KI KO U YAMATA M A S A K O. ÉDITIONS STOCK DELAMAIN ET BOUTELLEAU 6, rue Casimir Delavigne PARIS. Illustrations de RIHAKOU HARADA

Texte intégral

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MASAKO

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KI KO U YAMATA M A S A K O

Illustrations de RIHAKOU HARADA

ÉDITIONS STOCK

DELAMAIN ET BOUTELLEAU 6, rue Casimir Delavigne

PARIS

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CETTE ÉDITION, AVEC LES DESSINS AU PINCEAU, DE RIHAKOU HARADA, A ÉTÉ TIRÉE SUR HÉLIONA NAVARRE, A 2.000 EXEMPLAIRES NUMÉROTÉS, PLUS 50 EXEMPLAIRES HORS COMMERCE, MAR- QUÉS H. C., SUR LES PRESSES DE L'IMPRIMERIE DARANTIERE A DIJON, POUR LA TYPOGRAPHIE ET DE J. M. MONNIER, POUR LES ILLUSTRATIONS

EN OFFSET.

EXEMPLAIRE N° 1 2 8

Tous droits réservés pour tous pays.

Copyright 1942 by Éditions STOCK, Delamain et Boutelleau. Paris.

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à PAUL VALÉRY hommage reconnaissant

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M A A S K O

Les pétales du cerisier épanoui tombent, se tournent et se retournent.

Nos jours choient effeuillant notre vie...

LA LECTURE D'HIVER

L

A fleur à six pétales tombe des nuages mûrs. Elle se pose sur la terre et disparaît. Elle touche les dalles de granit et sa nouvelle métamor- phose les mouchette de gouttes noires.

Il neigera longtemps.

Le ciel est plein d'encens gris, si lourd qu'il s'immobilise, si refroidi qu'il n'a plus d'odeur. Cette nuée terne demeure autour de la maison. Un crépuscule

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hâtif s'allonge dans la chambre. La lumière, aplatie sur les nattes, pâlit.

Elle émane à présent de leur paille claire et lisse.

Dans le brasero, parmi les noirs char- bons de bois, une fleur de feu vit, douce et mordante. Elle réchauffe le regard et distrait un instant. Je remonte la cendre blanche, j'y trace lentement des rayures du bout des baguettes de cuivre attiédi.

Peu à peu une clarté venant du jardin illumine les portes translucides tendues de papier laiteux. La blancheur de la neige et le blanc du papier se pénètrent.

Je regarde la lanterne de pierre basse veloutée comme un champignon, les arbres dépouillés épanouis avec lour- deur. Les pins sont moins sombres, des reflets se sont fixés le long de leurs troncs.

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Ne plus s'ennuyer, ne plus avoir froid, lire ! Longtemps je lis l'histoire de femmes inconnues et d'hommes, dont la vie fut pleine. La journée enfin s'est écoulée.

Le lendemain, dans des kimonos oua- tés et les genoux pris dans la chauffe- rette de soie violette, même béatitude et même désir sourd. Ce désir, l'habitude, la tiède torpeur l'endorment aujour- d'hui. Le livre sur la couverture, les mains assouplies, je pense et somnole.

Rien n'occupe mon cœur ; une autre journée d'hiver y passe sans heurt.

Neige molle dans l'air et sur la terre.

Sa blancheur n'est que trop réelle au- tour de nous. Nul pas n'y laisse son

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empreinte. Je vis enfermée en moi-même et la chrysalide plongée dans le miel tout l'hiver n'est pas plus engourdie ni plus impatiente.

Par delà le jardin, il y a les vieux pins du parc de Shiba, la pagode plantée sur sa colline. Matin et soir j'entends le gong des bonzes, tout le jour des trams qui courent sur la route, les trompes des autos. Aujourd'hui tous ces bruits se sont tus ou résonnent isolés.

Je voudrais vivre. Je voudrais que la vie s'ouvrît un jour comme une coque craque sous la main. Je veux découvrir sa tendresse.

La chambre se fait intime ce soir. Les ombres, présence familière, se projet- tent sur les cloisons d'argent : la théière devient énorme et floue, enflée comme

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une bulle d'ombre. Baya qui s'endort en cousant va se piquer le nez sur la pelote haut perchée dont la forme s'allonge contre la porte close, hérissée d'aiguilles comme une coiffure d'autrefois.

Depuis deux ans je vis ainsi. J'ai quitté l'École des Nobles et la jupe d'uniforme plissée. J'ai porté les cein- tures de brocart nouées avec caprice et de longues manches fleuries. J'ai suivi des cours de langues européennes au cou- vent étranger. Mais ces mots n'avaient pour moi aucune figure, c'étaient des noms d'idées et d'objets inconnus. Baya m'y accompagnait, dormeuse, et fut sage sans doute.

Deux ans dans cette aile d'une vieille maison de bois qui a pris vraiment la couleur et l'odeur d'une tabatière moi- sie ! En ce soir de froid et de silence,

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cette neige me fait encore plus prison- nière. Nul ne la pétrit, rien ne la souille.

Inerte jusque dans la nuit venue, elle reflète mon image, car une jeune fille doit vivre ainsi.

Mes tantes me font de la belle morale et m'envoient des fards pour les joues et pour les paupières, de la poudre pour le cou, du rouge doré et violacé pour les lèvres. Il faut mettre un rouleau dans mes cheveux et marcher comme un saule tordu dont seules les branches ondulent. Vieilles élégances dont je me passerais !

Père en province, cependant, ne s'en- nuie pas, je le sais. Les servantes bavar- dent et ma Baya conte parfois d'étran- ges histoires de famille. Il y en a qui vivent comme des chanteurs dont la voix vibre. Allons ! au lieu de penser à ces

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heureux, prions devant la tablette mor- tuaire de ma pauvre maman. Si elle vivait, j'en suis certaine, père et mes tantes seraient plus empressés à trou- ver le jeune homme que je puis épou- ser. On me l'amènerait. Je partirais d'ici et les choses désormais auraient une importance.

Pourtant chaque année, des photogra- phies ont été échangées, chaque saison ajoute des kimonos de couleurs nou- velles à mon trousseau.

— Baya, réveille-toi. Tu renverses ta pelote et je veux me coucher.

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LE BOUQUET

J

'AI pris froid en allant rendre visite à mes tantes. C'est si grand ce Tokio, et nos pousses allaient si lentement ! Cahotée entre les rideaux noirs, j'entendais le flic flac des pieds des coureurs dans la boue. A travers le mica des lucarnes on aurait dit la glace pilée à la confiture de pois qu'on vend aux coins des rues, dans les petites boutiques, l'été.

Et puis mes tantes, mes nobles tantes, possèdent des salles de vingt-deux nattes

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où elles aiment à recevoir avec tout le cérémonial. Après avoir quitté écharpe et manteau dans l'entrée ouverte au vent d'hiver, j'ai eu le temps de me refroidir dans les longs couloirs miroitants.

Le charbon était, certes, de première qualité et le brasero de laque d'or. Mais sous le haut plafond de bois la petite fleur de feu s'épuisait. Et ce thé délicat, comme il y en avait peu dans les tasses transparentes, minces comme un pétale entre les lèvres ! Moi, je n'osais pas dire que j'avais froid, que j'aurais voulu mettre mes deux bras autour du brasero, boire toute l'eau chaude qui fumait selon nos coutumes dans la bouilloire de la pièce commune.

Aujourd'hui les vieilles tantes décla- rent d'un air méprisant que Masako est trop délicate. Elles parlent de la santé

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de ma mère. Depuis deux jours, mon lit de coussins est étendu dans la chambre et ma tête se balance sur l'oreiller de bois. Pourvu qu'elles ne viennent pas aux nouvelles, m'apporter des gâteaux et ressasser longtemps de vieilles choses entendues depuis l'enfance.

— Baya, arrange donc des narcisses sur le tokonoma !

Elle y met trois quarts d'heure, mais c'est un délice de contempler la courbe des feuilles, de sentir le regard fixe de ces fleurs parfumées. Leur vie végétale et muette me tient subtilement compa- gnie.

Cet après-midi, mon vieil oncle et tuteur doit rentrer de son voyage à Kagoshima, la capitale de notre pro- vince. Tous les étudiants de la maison sont à la gare.

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Quelle affaire a pu l'appeler là-bas, lui qui déteste les soucis matériels et qui vit retiré comme les anciens esthètes ? Affaires de famille que j'ignore.

Ah ! le voilà ! On crie : « Honorable retour ! », toutes les servantes courent à l'entrée.

— Baya, va vite, présente ma bien- venue et fais-moi excuser !

Baya revient avec des paquets de gâteaux du pays, une recette tenue des premiers Hollandais, biscuit mêlé de sucre noir. Je reconnais la croix encer- clée, les armoiries des seigneurs de notre province. Je les brise avec une nuance de respect, car mon oncle m'apprit autrefois le culte du clan de Satsouma, celui des samouraïs fermes et droits et des marins dont la puissance soutient l'Empire. Combien de fois ne m'a-t-il

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CE VOLUME AUTORISÉ SOUS LE N° 11.116

EST SORTI DES PRESSES DE L'IMPRIMERIE DARANTIERE

A DIJON EN NOVEMBRE

M. CM. XL II

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