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Museum in transition (I)

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Academic year: 2021

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Museum in transition (I)

blog.mahgeneve.ch /museum-in-transition/

David Matthey

Quel avenir numérique pour le MAH?

Dans le cadre de la Conférence Museumnext qui se tient actuellement à Genève, la question de l’usage du numérique par le Musée d’art et d’histoire a été expliquée par David Matthey. Voici la première partie de son intervention, la deuxième étant publiée jeudi 23 avril.

On parle beaucoup de l’avenir du MAH ces derniers temps. Le projet MAH+ n’étant pas encore accepté par le Conseil municipal, sa réalisation reste du domaine du conditionnel. Le MAH vit donc une étape de transition, devant le challenge que représente ce projet.

À tous les niveaux, nous vivons une période passionnante, faite de questionnements, de réflexions, d’expérimentations. Dans la perspective de préfigurer le musée de l’avenir, les opportunités sont nombreuses. En effet, les musées changent, évoluent et, aujourd’hui plus que jamais, s’ouvrent aux différents publics. Cette ouverture passe immanquablement par le chemin digital, qui compte aujourd’hui parmi les outils indispensables. Nous savons que petits et grands, visiteurs habitués ou de passage pratiquent le numérique au quotidien, et certains de manière assidue.

Aujourd’hui, le MAH tourné vers l’avenir est déjà engagé sur la voie digitale. Nous travaillons sur deux axes, souvent à la croisée des domaines de la communication et de la médiation culturelle. Le premier axe concerne plutôt la dimension extra muros: elle vise à rendre le musée accessible et à permettre une interaction avec lui à toute heure et en tout lieu. Notre site web et notre présence sur les réseaux sociaux s’appliquent à cela. Ils permettent de travailler notamment à l’avant et à l’après venue au musée. Ils cherchent aussi à mettre en avant les coulisses de l’institution et les

personnes qui y travaillent, ce qui renforce notre volonté d’accessibilité.

Du digital dans les salles

Le second axe concerne le numérique intra muros. Des installations permettent d’offrir une plus-value à la découverte des objets, des œuvres et des collections in situ. Je citerais par exemple l’application sur table tactile des «1001 deniers de la République», installée dans notre salle romaine. Cette application permet la découverte interactive d’une collection d’un millier de monnaies. Ces monnaies peuvent être agrandies, et montrer ainsi correctement toutes les informations textuelles et iconographiques qu’elles portent; elles peuvent aussi être retournées – ce qui est évidemment impossible en réalité; on peut enfin naviguer dans cette base par thème iconographique ou en suivant la chronologie. Ces regroupements, matériellement impossibles à réaliser, sont aussi d’un grand intérêt pour notamment constater la récurrence de tel ou tel motif iconographique ou pour mettre en avant des modes d’inscriptions courants ou plus rares. La plue-value de l’application réside bien sûr dans ces manipulations, mais ne remplace en aucun cas le contact visuel avec les monnaies exposées en salle, d’où la proximité de la table et de la collection.

Et c’est là un point extrêmement important pour nous: comme pour tous ses projets de médiation, le musée se fixe le respect de ses missions fondamentales dans ces différentes manifestations digitales, soit rigueur scientifique, justesse dans la manière de diffuser les savoirs et recherche de la délectation. Ceci s’accorde d’ailleurs avec différentes formes de médiation et avec le développement du musée en tant que lieu d’échange, de rencontres, lieu de vie, lieu d’expressions artistiques diverses par excellence : le sens de l’intervention prime avant tout. Je n’hésite pas à le souligner : en ce qui concerne l’emploi du numérique aussi, il faut que les lieux culturels soient pertinents et justes. Nous

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n’avons pas la vocation d’être une foire aux technologies digitales ou de partir sur un tout numérique :

Soirée d’ouverture de Museum Next au Musée d’art et d’histoire. Jim Richardson, fondateur de l’événement Museum Next

nos piliers, nos matières premières sont les collections, les objets d’histoire et les œuvres d’art, ainsi que les lieux qui les abritent. Nous ne remplaçons pas l’objet, nous facilitons, modernisons ou rendons attractifs son approche. Et nous devons toujours nous poser la même question : en termes de communication ou de médiation, l’outil digital, sous ses multiples formes, est-il le plus approprié ?

Les technologies numériques en question

À l’heure actuelle, certaines technologies représentent d’intéressantes pistes de travail, eu égard à leur potentiel. Je pense par exemple à la réalité augmentée. Nous avons tenté l’expérience de son utilisation dans le cadre d’une problématique fondamentale de l’art antique. En deux mots: dans leurs collections de sculptures antiques, les musées possèdent majoritairement les copies que les Romains ont réalisé des originaux grecs qui sont pour la plupart perdus. Au moment où les Romains arrivent en Grèce, au 2e siècle avant J.-C., il sont tellement impressionnés par ce qu’ils trouvent que non seulement ils ramènent un grand nombre d’œuvres d’art en Italie, mais qu’ils mettent en place des ateliers de copiste. Les copies réalisées vont notamment rejoindre les intérieurs des gens fortunés. Ce succès explique que subsistent un grand nombre de copies de certains modèles fameux. À partir de ces différentes copies, on peut reconstituer certains archétypes. C’est le cas pour le groupe d’Achille et Penthésilée, dont nous avons deux fragments, le corps et la tête. À Bâle, il y a quelques années, les archéologues ont fait venir la majorité des fragments connus du groupe en question et, à partir de là, ont réalisé un moulage. Nous avons donc scanné ce moulage et en avons réalisé une modélisation, déployée dans une application de RA.

L’application nous permet donc, à côté des fragments antiques, de montrer à quoi ressemblait le modèle original. Par ce biais, on explique aussi in situ le phénomène de la copie romaine tout en mettant en avant le potentiel du groupe sculpté, qui dévoile en l’occurrence tout le pathos de la scène, si cher à un certain art grec: Achille vient de tuer Penthésilée, tout en tombant amoureux d’elle.

Au-delà de la reconstitution des archétypes de la sculpture antique, nous pourrions explorer d’autres voies avec la réalité augmentée: en ce qui concerne l’Antiquité, la couleur des statues ou des reliefs par exemple; nous pourrions aussi imaginer de replacer des œuvres d’art dans leur contexte d’origine:

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le retable de Konrad Witz, l’une des pièces majeures du musée, replacé dans la cathédrale Saint-Pierre du XVe siècle… Mais ne pourrions-nous pas aussi expérimenter la mise à disposition de contenus scientifiques et culturels via la réalité augmentée? Proposer des textes, des photographies, des vidéos qui viendraient se superposer à la réalité? Ces opportunités d’approfondissement ou de

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prolongation du regard soulèvent maintes interrogations. Quel outil utiliser? Une tablette n’est pas commode à transporter sur un parcours long, nous l’avons testé. L’oculus rift quant à lui impose l’immobilité partielle et ne permet qu’une expérience individuelle et les expériences Google glass et HoloLens ne sont pas encore vraiment satisfaisantes… Et faut-il vraiment que le visiteur ait accès à toutes ces informations in situ? Ne faut-il pas justement privilégier une approche exempte d’artifices dans les salles – toujours dans la ferme volonté de donner à l’œuvre originale la première place – et donner à voir tous ces media dans une phase de préparation, avant la visite, ou dans une phase d’approfondissement, après la visite? Il faut, à mon avis, que le visiteur ait le plus de choix possibles et ne pas oublier qu’il y a, et qu’il y aura toujours des visiteurs récalcitrants quant à l’usage des technologies. Nous devons aussi penser à eux.

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