• Aucun résultat trouvé

de la Conservation cantonale des Monuments et Edifices publics et de la Société fribourgeoise d'Art public

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2021

Partager "de la Conservation cantonale des Monuments et Edifices publics et de la Société fribourgeoise d'Art public"

Copied!
56
0
0

Texte intégral

(1)

PRO FRIBOURG Septembre 1990 Trimestriel N' 87

Le patrimoine, un défi au futur

L'approche scientifique de la conservation

(2)

SOMMAIRE

Des partenaires scientifiques pour les maîtres d'œuvres et les architectes 2 La préhistoire de la conservation scientifique 4 Un plan d'aménagement ne se limite pas à protéger 7 L'inventaire du patrimoine immobilier. - Inventorier c'est déjà préserver 7 L'archéologie médiévale:

l'apport d'une discipline scientifique à la conservation du patrimoine 11 Conservation du patrimoine immobilier et formalités administratives 21 Le travail d'analyse et les restaurateurs d'art 24 Balises légales de la conservation 28 Quel avenir pour notre passé? 34 Une alternative à la conservation?

La notion passéiste du monument étouffe la création contemporaine 36 Congrès de Civitas Nostra:

Le patrimoine: un défi au futur 39 Crédit photographique:

Archives de l'Etat, Fribourg: p. 18 et 19 Stefania Beretta, Giubiasco: p. 40,42,51 et 52 Primula Bosshard: couverture

Service de l'Edilité, Fribourg: p. 9 et 10 Service archéologique cantonal: p. 16,17 et 20 Urs Bertschinger et Willy Stebler, Fribourg: p. 27 Alain Wicht, La Liberté, Fribourg: p. 13

Ce cahier spécial de la revue PRO FRIBOURG (No 87 de septembre 1990) a pu être réalisé grâce à la collaboration et à l'aide financière de l'Edilité de la ville de Fribourg, service de l'aménagement; de la Conservation cantonale des Monuments et Edifices publics et de la Société fribourgeoise d'Art public.

Imprimerie Mauron+Tinguely et Lâchât SA, Villars-sur Glâne Tirage: 5700 exemplaires

(3)

CONVOCATION

A LA 26E ASSEMBLEE GENERALE DE PRO FRIBOURG jeudi 18 octobre 1990 À 19h30 hôtel central

A FRIBOURG

ORDRE DU JOUR : Rapports d'activité et financier Rapport des vérificateurs des comptes Rapport sur les éditions

Relation Pro Fribourg - brennpunkt:

vers une formule élargie de brennpunkt Participation au Forum écologique Renouvellement du comité

Programme 1990-91

Fixation cotisation-abonnement 1991 proposition d'augmentation Divers

A 18h. un apéritif et un repas simple sont prévus à l'Hô¬

tel Central. Prière de s'annoncer à notre secrétariat au Stalden 14 (tél. o37 22 17 40).

A 20H30 CONFERENCE - DEBAT

La rénovation douce des HLM, POUR DES LOYERS ABORDABLES

avec Pierre MERMINOD et Daniel MARCO de l'Ecole d'Architecture de GENEVE

Les grands ensembles construits dans les années 50 et 60 prennent de l'âge. Ils doivent être rénovés au risque de voir leurs loyers grimper dangereusement. Daniel Marco et Pierre Merminod ont élaboré une méthode d'évaluation des coûts qui permet, par une rénovation douce, de maintenir les loyers à un niveau acceptable. Cette étude a été fai¬

te sur mandat de l'Office fédéral du logement. La méthode intitulée MER 60 a été testée sur un ensemble de 140 loge¬

ments, construits dans les années 50 aux 12-18 rue Hoff¬

mann à Genève. L'opération, réussie, a permis aux locatai¬

res de rester en place, ne devant que déménager dans l'im¬

meuble pour une durée de huit semaines. MER 60 sera pro¬

chainement publié: il est appelé à jouer un grand rôle dans le programme fédéral de promotion de la construction.

La méthode est à l'usage aussi bien des architectes, des maîtres d'oeuvre que des locataires!

Un tel sujet est d'une actualité brûlante à Fribourg. Pour exemple: le Moderna à Pérolles, immeuble "protégé" vient de subir des transformations de fond en combles, avec pour résultat tangible le départ des anciens locataires et le triplement des locations! Pro Fribourg avait fait opposi¬

tion, sans succès, contre cette transformation abusive, l'immeuble étant en bon état et demandant seulement à être entretenu et rafraîchi (voir Pro Fribourg No 78, p. 18 et No 79, p. 26-27). De tels cas se multiplient.

1

(4)

EXERCICE FINANCIER 1989, arrêté au 31 décembre BILAN

Chèques Postaux Débiteurs Publications Coop Auge Matériel

401890.54 20'700.—

61400.—

450.—

31000.—

71'440.54

Créanciers Méandre Editions Cotisations d'avance

" brennpunkt 1990 Capital

32'480.—

2'530.—

31'000.—

2*950.—

2'480.54 71.440.54 COMPTE D'EXPLOITATION

Cotisations Dons

Ventes publications Subvention LOTERIE F Autre subside Perte de l'exercice

75.830.85 2'263.—

12'290.80 121000.—

51000.—

593.90 107.978.55

Frais Généraux Frais bulletins Congrès CIVITAS NOSTRA Amortissement matériel

26'205.65 791484.20 11403.70 885.—

107.978.55 COMPTE EDITION (ETAT DE CIEL)

Découvert *) 46'153.-- Crédit BEF

*) Compensé en théorie par les invendus en stock, mais sans grande perspective d'en couvrir la totalité, (voir rapport spécial sur le sujet)

Inventaire des publications en stock au 31.12.89 (se rapportant au bilan ci-dessus) 60 exemplaires reprint No VII

190 exemplaires reprint No VIII 220 exemplaires reprint No IX

54 exemplaires ETAT DE CIEL

à 6 Fr. 360 à 6 Fr. 1( '140 à 10 Fr. 2 1 '200 à 50 Fr. 2 1 '700

Le programme très chargé du 25e anniversaire de notre mouvement a tendu nos ressour¬

ces financières à l'extrême. L'organisation du congrès international de CIVITAS NOSTRA à l'automne se solde par un léger déficit. La publication de l'ETAT DE CIEL sur la Fête-Dieu de Fribourg a été par contre une entreprise hasardeuse avec un partenaire auteur qui n'était pas de toute confiance. Ce livre de qualité laisse un gros découvert qui ne pourra être comblé que par des ressources extérieures. En attendant, il va nous imposer une charge d'intérêts.

Par ailleurs, nos frais augmentent régulièrement. Les cotisations ne couvrent pas les frais de réalisation de nos bulletins, d'autant que notre cahier de Noël, très apprécié de nos membres, est d'un coût particulièrement élevé. Dans la mesure où nous maintenons ce type de publication spéciale, la nécessité s'impose de relever le montant des cotisa¬

tions. Cela d'autant plus que l'effectif de nos abonnés plafonne (à 2'000 pour PRO FRI¬

BOURG et à 800 pour BRENNPUNKT). Une séparation des comptes est prévue pour 1990 pour nos deux publications.

(5)

Des partenaires scientifiques pour les maîtres d'œuvres et les architectes

Ce présent cahier offre à la fois une mise à jour en matière de conservation, tant en ville que dans le canton, et un guide pour les intervenants.

Des techniques nouvelles - ou nouvellement appliquées à Fribourg - apportent une connaissance approfondie de la substance historique d'un bâtiment. Elles permettent des interventions "en connaissance de cause", évitent les tâtonnements, les erreurs qui provoquent destructions et ...surcoûts.

Car elles mettent entre les mains du maître d'oeuvre comme de l'architecte le moyen de pratiquer une restauration économe - "écolo¬

gique" pourrait-on dire - ou plus simplement respectueuse des traces authentiques d'un passé, fondement de notre mémoire collecti¬

ve.

C'est évidemment une tout autre approche que celle purement esthétique qui ne par¬

vient souvent qu'à "faire joli" selon le goût du temps, mais en falsifiant notre héritage commun. Elle permet aussi de mieux "tirer parti" du bâtiment, de sa substance, en évi¬

tant les interventions lourdes de grosses entreprises mieux équipées, mieux armées pour faire du neuf derrière l'apparence du vieux que pour restaurer. Ces entreprises envahissantes entraînent la disparition des métiers traditionnels du bâtiment, sans les¬

quels la conservation n'est plus qu'une vue de l'esprit.

Nous vous proposons un tour d'horizon: des recherches archéologiques en milieu urbain, qui ne sont pas les obstacles que l'on pré¬

tend, mais aident à appréhender un bâtiment

dans sa durée; des techniques nouvelles qui permettent d'ausculter les décors, de préciser une datation; des inventaires qui fournissent un dossier complet par immeuble; et, nec plus ultra, un guide sûr dans le dédale des prescriptions légales actuelles.

L'approche de la conservation est désormais évolutive: il n'y a pas de certitudes simples mais nombre d'interrogations *): La conser¬

vation contribue-t'elle au maintien de notre mémoire par des témoins véridiques ou risque-t'elle de ravaler ces témoins au rang de "souvenirs" pour boutiques du même nom ?

De ces interrogations, de ce débat, le comp¬

te-rendu du congrès international de l'automne 89 à Fribourg donne une idée et souligne notre responsabilité collective. La confrontation avec les architectes créateurs, le témoignage d'un Aurelio Galfetti appor¬

tent un élément de réponse à ces questions lancinantes: Allons-nous vers une société sans mémoire ? Peut-on créer sans cette mémoire, à partir de rien ?

Gérard Bourgarel

*,) Si vous lisez l'allemand, l'ouvrage de Georg Mörsch, de l'EPLZ de Zurich, fail courageusement le point: G. Mörsch, Aufgeklärter Widerstand. Das Denkmal als Frage und Aufgabe, Birkhäuser Verlag, Basel, 1989,144 S.

3

(6)

La préhistoire de la conservation scientifique

Jusqu'au 19ème siècle, l'évolution de la ville s'est faite sans à-coup, servie par la pé¬

rennité des techniques et des matériaux pris dans la région. Les bâtiments étaient mis au goût du jour sans nostalgie.

Le 19ème siècle apporte une rupture. Les immeubles familiaux deviennent "de rap¬

port", de nouveaux matériaux sont intro¬

duits, les schémas du passé sont écartés, on prône les alignements. Les obstacles à la cir¬

culation - portes et bastions - sont démolis.

En portant atteinte à l'image de Fribourg pri¬

sée par les Romantiques, on suscite des résistances. Elles sont le fait d'érudits, d'his¬

toriens. La toute jeune université n'apporte qu'un faible soutien scientifique au mouve¬

ment de préservation qui se dessine: les his¬

toriens de l'art sont, au début, des savants livresques, préoccupés de théorie plus que d'étude directe des oeuvres et des édifices.

Le "Fribourg artistique" est, au début de notre siècle, l'oeuvre d'amateurs éclairés.

Un Georges de Montenach, homme poli¬

tique très au fait des courants d'idées de son temps, est le défenseur attitré et informé du patrimoine, il décrète en 1908: "la ville est plus belle que le monument."

En 1925, le rhénan Heribert Reiners est nommé professeur d'histoire de l'art à Fribourg. Personnage controversé, il reste un grand savant, formant ses étudiants à la recherche méthodique, aux inventaires. Ce travail est relayé au plan local par des érudits qui ne sont pas des praticiens. Pierre de Zurich accomplit un formidable travail de déblayement archivai et fait, avant guerre, oeuvre de pionnier sur le passé de la ville, tel son étude sur les origines du quartier du Bourg.

L'architecte Augustin Genoud apporte à la même époque l'indispensable complément professionnel: il a restauré les remparts de la ville et va multiplier les recherches et les relevés, souvent à compte personnel, entre¬

prenant un premier essai de reconstitution de la ville ancienne à chacune des étapes de son développement. Il permet pour la première fois de visualiser la synthèse des renseigne¬

ments éparpillés dans l'oeuvre des histo¬

riens. Ses recherches ne sont pourtant pas corroborés par des recherches sur le terrain.

Longtemps encore, l'archéologie va se concentrer sur le passé préhistorique et romain, sans s'intéresser au passé trop

"moderne" d'une ville médiévale.

Pendant la dernière guerre, une impulsion viendra de la Confédération: soucieuse de fournir des occasions de travail aux futurs démobilisés, elle élabore un programme d'interventions sur l'habitat ancien. C'est le Plan Zipfel qui aborde le problème plus en fonction de l'assainissement de l'habitat que du maintien de la substance historique. Le quartier de la Matte à Berne est un exemple de cette méthode de démolition-reconstruc- tion en Heimatstil. La relance de l'activité économique, la paix revenue, fera oublier un plan qui aura eu pourtant le mérite d'avoir une vision d'ensemble, de préconiser des interventions groupées et même d'avoir étu¬

dié - en pleine guerre ! - les conséquences futures du trafic motorisé sur les quartiers anciens. Il proposait, par exemple, dès 1945, une route de contournement d'Estavayer-le- Lac, route bientôt réalisée, ...près de 50 ans plus tard.

Il faudra finalement attendre l'époque actuelle pour que des méthodes scienti-

(7)

fiques d'investigation du patrimoine soient alors même que la pression spéculative fait adoptées à Fribourg. Elles donnent mainte- disparaître de plus en plus rapidement la nant de premiers résultats convaincants, matière d'étude.

Premier Congrès Suisse D'HISTOIRE ET D'ARCHÉOLOGIE

FRIBOURG 15-17 JUIN 1918 En juin 1918, la carte d'invitation du 1er congrès suisse d'histoire et d'archéologie, due à Eugène Reichlen, donne un condensé de l'«image» de la ville par éléments

5

(8)

it*7 StalcJcn 9 Y/W/fr, Blatt 8

Ces relevés de profils du 16ème siècle ont été réalisés, en vue d'une typologie, par un élève de Reiners: Gottlieb Stein wachs, dans sa thèse de doctorat de 1934, traite en professionnel de la maison gothique à Fribourg. C'est un entrepreneur devenu prêtre ! Sa thèse n'a pas été publiée et il faudra encore 50 ans avant que ce travail d'inventaire et de documentation soit repris.

H"

sjiOTETErr 7 n? w I.ITAGE 25., WZ DE lAJArtÂRllÂiîlC.:'

.rmta â pûmPIaŒ}' ptoAiir/

(9)

Un plan d'aménagement ne se limite pas à protéger

par Jean-Marc Schalles Architecte de ville

La ville ancienne de Fribourg est protégée en tant que site construit de grande valeur histo¬

rique, artistique, esthétique voire pitto¬

resque. Le caractère urbanistique et architec¬

tural de cette partie de ville doit être sauvegardé.

Depuis de nombreuses années des mesures de protection en préservent l'essentiel.

Cependant, ce n'est qu'à partir de 1986 que le plan d'aménagement local fixe des règles d'urbanisme garantissant non seulement la conservation de ce patrimoine mais aussi la substance intérieure, son habitat et l'équi¬

libre entre types de logements notamment.

La réglementation ouvre aussi la voie à la rénovation contemporaine. Cependant, cette mesure exige une intervention architecturale de très grande qualité où l'architecte doit

projeter avec sensibilité, respectant entre autres les buts de la protection du patrimoine et de la typologie du bâtiment.

Dans son règlement d'urbanisme, le Conseil communal s'est fixé une règle qui n'est pas comme d'habitude à charge des construc¬

teurs. Il s'est engagé à constituer un "plan fiche d'immeuble" comprenant notamment un dossier pour chaque bâtiment protégé, mettant en valeur les éléments essentiels de sauvegarde.

Ce dossier introduit et financé par la com¬

mune doit apporter à chaque propriétaire, maître d'ouvrage et architecte, un ensemble de données les guidant, nous l'espérons, vers une restauration de qualité.

L'inventaire du patrimoine immobilier Inventorier, c'est déjà préserver

La connaissance qu'on possède en général de nos monuments est loin d'être exhaustive.

Trop souvent on n'a analysé et identifié que les témoins les plus marquants de l'architec¬

ture ancienne, ceux que l'on dit chargés d'une signification historique ou d'une valeur artistique particulière tels les cathé¬

drales, les abbayes, les palais ou les châ¬

teaux. Les édifices ruraux et urbains plus

par Eva Heimgärtner modestes qui sont pourtant la trame de notre civilisation ont été le plus souvent négligés.

Pourtant l'intégration du patrimoine culturel immobilier dans notre vie quotidienne nécessite de connaître ce patrimoine.

Au Canton de Fribourg, un inventaire de la maison paysanne s'est achevé en 1987 et un inventaire des chalets d'alpage est en cours.

7

(10)

Un volume des Monuments d'art et d'histoi¬

re de la Suisse consacré à la partie romande du district du Lac vient de paraître, celui de la partie alémanique du même district est en préparation.

Pour la ville de Fribourg n'existent que les trois tomes de la même série, consacrés aux édifices civils et religieux de la cité. Quant au volume fribourgeois de la Maison bour¬

geoise en Suisse, qui date de plus d'un demi- siècle, il n'a retenu que les hôtels particuliers exemplaires.

Cette lacune sensible a été ressentie par les responsables de la commune qui, à partir de 1988, ont mis en route un inventaire du patri¬

moine immobilier de la ville de Fribourg.

Un tel inventaire est un moyen de définir le contenu de ce patrimoine et d'en connaître la valeur.

Cet inventaire effectué par des historiens d'art est une analyse historique et stylistique des bâtiments prenant pour base leur état présent et visible. Il comporte:

- une description minutieuse de l'état actuel, - la date de la construction (ou l'âge approxi¬

matif du bâtiment),

- les modifications postérieures et leur data¬

tion,

- les dispositions architecturales ou décora¬

tives remarquables, datant de l'époque de la construction ou ajoutées postérieurement (caves, cages d'escalier, menuiseries des baies, ferronneries, décors extérieurs ou inté¬

rieurs),

- éventuellement, les travaux ayant défiguré la construction originelle (surélévation, additions),

- les éléments pouvant être ôtés sans qu'il en

résulte de dommage pour la structure du bâtiment, ou qui permettent de restituer les espaces (hangars, annexes, cloisons non soli¬

daires de la construction).

Ces inventaires répondent à une double nécessité: d'une part, ils permettent l'identi¬

fication des valeurs culturelles jusqu'ici sou¬

vent ignorées; d'autre part, ils doivent tendre à donner conscience de l'existence et de l'intérêt du bien identifié aux propriétaires de même qu'aux collectivités locales. Ils sont d'autant plus importants lorsqu'une transformation d'un bâtiment est prévue.

La restauration d'un édifice de valeur archi¬

tecturale et historique ne peut être entreprise, ni même conçue, sans connaître parfaite¬

ment cet édifice, dans son état présent et sa forme apparente (inventaire du patrimoine immobilier) aussi bien que dans ses états antérieurs pour le moment invisibles (exa¬

mens de restaurateurs et d'archéologues), mais qui ont logiquement déterminé sa struc¬

ture actuelle. La synthèse des résultats acquis donne à l'architecte les bases et les limites de son programme de restauration.

A la différence des produits de consomma¬

tion courante qui se renouvellent constam¬

ment, les biens culturels existants ne peuvent se reproduire; toute atteinte à leur substance est aussi irréversible qu'irrémédiable.

"La prise de conscience de la valeur sociale du patrimoine immobilier lui confère une dimension nouvelle qui impose sa conserva¬

tion et son intégration active dans le cadre de la vie des hommes" (Conférence euro¬

péenne des Ministres de la Culture, réunie à Bruxelles en novembre 1969).

(11)

m « I

n

Ci-contre: L escalier du 16e siecle a noyaux creux servait de puits, chaque étage était ainsi desservi. (Relevé tiré de la maison bourgeoise de 1928).

Ci-dessous: Au rez-de-chaussée, les armoiries de Guillaume de Praroman, datées 1552, et le chapiteau du pilier de la cave qui remonte à l'époque des seigneurs de Vuippens

-■%

(12)

Grand-Rue 32:

Les apports successifs sont la marque de plusieurs siècles d'occupation. Ici boudoir de dame et poêle de la fin du 18e siècle.

(13)

L'archéologie médiévale: l'apport d'une discipline scientifique à la conservation du patrimoine

par François Guex et Gilles Bourgarel du Service archéologique cantonal L'archéologie médiévale est une science

récente comparée à ses consoeurs préhisto¬

rique et classique. A Fribourg, il a fallu attendre les années 80 pour que les pre¬

mières analyses et fouilles de bâtiments médiévaux se réalisent (Auberge de Zaehringen, chapelle de Bourguillon). La restauration et la transformation de ces édi¬

fices importants, remaniés plusieurs fois, ont amené les experts fédéraux à demander des recherches archéologiques afin de mieux connaître ces bâtiments et de définir cer¬

taines options de la restauration. Pour le ser¬

vice archéologique cantonal, ce fut le point de départ d'une série d'études de bâtiments (maisons, églises, ouvrages de défense...).

Dorénavant, l'archéologie médiévale ne se limitait plus au sous-sol. Nous en présentons brièvement les buts, les méthodes de recherche et quelques-uns de leurs résultats.

But des recherches

Si les premières analyses étaient d'abord destinées à répondre à des points précis, leur but est un apport à l'histoire. Le champ de recherches est vaste. Nous nous limiterons ici à l'archéologie urbaine.

Les fouilles en milieu urbain et les analyses de bâtiment permettent

- d'observer l'évolution architecturale (nombre d'étages, répartition et fonction des différentes pièces, formes des ouver¬

tures...)

- d'étudier les techniques et les matériaux de construction.

- de connaître les règles d'urbanisme - par¬

cellaire, système d'égouts, dispositions anti-feu - des villes fondées au Moyen-Age comme Fribourg, Arconciel, Bulle ou Romont...

- d'en observer l'application et les transfor¬

mations.

- de retracer l'évolution d'une cité, d'en remonter à ses origines.

- de mieux connaître l'artisanat - poterie, tannerie, forge - et l'activité économique:

importations, circulation monétaire.

- de mieux connaître la vie quotidienne - ali¬

mentation, habillement - et même les mala¬

dies et la mort: étude des sépultures.

L'archéologie a pour but de dégager et de décrire l'héritage matériel dans le contexte d'un tissu historique.

Il ne s'agit pas seulement de prélever des objets mais également de comprendre et de décrire les couches dans lesquelles ils se trouvent. Si les trouvailles peuvent être conditionnées et même restaurées, les couches, elles, seront détruites à jamais par la fouille méthodique. Une documentation exhaustive s'avère donc indispensable, car ce sont les relevés de l'archéologue qui rem¬

placeront le support stratigraphique détruit.

L'archéologue ressemble à quelqu'un qui brûlerait un parchemin original après en avoir fait une photocopie. Ayons donc soin de nos archives enfouies mal connues voire méconnues!

11

(14)

Les méthodes d'investigation Les méthodes d'analyse de bâtiments sont basées sur celles, scientifiques, de la fouille de terrain. Il s'agit de comprendre les inter¬

ventions successives qui ont amené, au fil des siècles, à l'état actuel d'un immeuble (chronologie relative). L'apport des histo¬

riens, des historiens d'art et des sciences naturelles permettra la datation et une meilleure connaissance des différentes phases de l'évolution architecturale (chrono¬

logie absolue).

En pratique, l'approche se fait par une étude préalable comprenant:

- la fonction du bâtiment (église, château, maison privée...)

- son emplacement topographique et urbain (quartier, position par rapport aux voies de communication...)

- son aspect actuel (vision locale et inventai¬

re)

- des sondages ponctuels

- les sources écrites (archives si possible, lit¬

térature)

- l'iconographie (y compris d'anciennes photos).

Disposant de ces éléments, l'archéologue pourra déterminer la manière d'étudier le bâtiment, sélectionner les parties à analyser ou pouvant l'être (un décor peint de la Renaissance ne sera pas sacrifié pour obser¬

ver le mur qui le porte et un ajout moderne ne fera pas l'objet de recherches inutiles).

Les murs seront décrépis (après étude des crépis), soigneusement lavés ou nettoyés à l'aspirateur pour en observer la structure, les limites entre les étapes de construction, leur chronologie relative et leur liaison aux sols et aux poutraisons anciennes. Celles-ci sont aussi importantes car elles portent les traces d'anciennes cloisons, d'escaliers déplacés...

et sont surtout (comme tous les éléments en bois)) les seuls éléments datables à l'année

près depuis le développement de la dendro- chronologie (datation basée sur l'étude com¬

parative des variations des cernes de crois¬

sance des arbres).

Des relevés très précis sont dressés. Dans la majorité des cas, les murs sont dessinés pierre par pierre à l'échelle 1:20 (1:50 lors¬

qu'il s'agit de grands blocs réguliers) en plan et en élévation. Toutes les limites entre étapes de construction y sont reportées. La précision des relevés est capitale pour l'archéologie urbaine car les structures sont souvent fragmentaires, la continuité de l'occupation ayant entraîné de nombreuses transformations et destructions. Tout est photographié (noir-blanc et dias), décrit afin de publier les résultats obtenus sans quoi ces recherches n'auraient aucun sens.

La documentation doit être la plus complète et la plus objective possible. Pour cela on aura recours à plusieurs techniques, chacune ayant ses limites. La photo ou le dessin ne traduisent pas les chronologies relatives et une description aussi détaillée soit-elle ne donnera pas une bonne appréciation de l'aspect d'un mur ou de la forme d'une mou¬

lure. Le mode de documentation est aussi adapté à la nature de l'objet et au temps à disposition.

L'apport de l'archéologie lors de transformation ou restauration Cet apport est réciproque puisque, à de rares exceptions près, c'est toujours lors de restau¬

rations ou de transformations que les ana¬

lyses archéologiques peuvent ou doivent être réalisées, et le sous-sol n'est exploré que s'il est menacé par des excavations.

L'archéologie, par ses méthodes d'investiga¬

tion, peut contribuer sur plusieurs plans à l'élaboration et à la réalisation d'un projet de transformation ou de restauration:

- la détermination des éléments à conserver (en collaboration avec les historiens, histo-

(15)

riens de l'art et les restaurateurs d'art): en les datant et en définissant leur fonction précise,

- l'analyse statique d'un bâtiment: l'observa¬

tion de la liaison entre les poutres et les murs permet aux architectes de s'assurer de l'état des têtes de poutres et de la profon¬

deur des ancrages, les carottages effectués dans des poutres donne de précieuses indi¬

cations sur leur état de conservation (il arri¬

ve trop souvent qu'en sciant des poutres qu'on croit vermoulues, on s'aperçoit qu'elles ne sont attaquées que sur un à deux centimètres et que le coeur est parfai¬

tement sain),

L'analyse détaillée des maçonneries permet de mieux évaluer leur résistance et parfois d'en expliquer certaines fautes en observant l'état et la profondeur des fondations, la nature du sous-sol, la liaison entre les étapes de construction.

- le choix des matériaux.

- Dans certains cas les analyses permettent des reconstitutions d'éléments disparus ou remplacés tels que fenêtres, murs : celles-ci sont toutefois exceptionnelles et ne devraient avoir lieu que si la statique d'un bâtiment en dépend ou si son aspect est for¬

tement altéré par des transformations mal intégrées.

D'une manière générale, l'étude approfondie d'un bâtiment par les archéologues et les res¬

taurateurs d'art amène architectes et maîtres d'oeuvre à une meilleure évaluation des devis, à éviter les surprises en cours de tra¬

vaux (décor peint à un emplacement prévu pour une porte, problèmes statiques insoup¬

çonnés...) pouvant paralyser un chantier. La conservation d'éléments (poutraisons, cloi¬

sons...) entraîne souvent des économies puisqu'elle évite les frais de démolition, l'achat et la mise en oeuvre de nouveaux matériaux.

Dans la pratique...

Une des conditions capitales pour mener toute recherche est la collaboration de tous les acteurs concernés lors de la réalisation des analyses comprenant les architectes, le maître d'oeuvre, les entreprises, les services communaux et cantonaux et parfois fédé¬

raux, et, lors de l'élaboration des résultats, des historiens et spécialistes des différents domaines. On le voit, elle est tous azimuts.

L'activité croissante dans le bâtiment ces dernières années a débordé la capacité des médiévistes, les contraignant à faire des choix et à limiter les analyses au strict mini¬

mum. La priorité a dû être accordée aux acti¬

vités de terrain et aux tâches administratives (préavis, séances de chantier) au détriment de la synthèse des résultats et de leur publi¬

cation, mais aussi de la prospection et de l'étude des sources qui permettent de mieux orienter la recherche et d'en étayer les résul¬

tats. Mais le boom de l'immobilier n'est pas seul en cause: s'ajoutent le manque de spé¬

cialistes et la rareté des travaux universi¬

taires sur l'architecture régionale et l'urba¬

nisme.

Heureusement la situation évolue et la recherche avance. Les fouilles effectuées dans le quartier du Bourg (1980: rue du Pont-Suspendu, canalisation; 1985: rue du Pont-Suspendu 74 et 75, Grand'Rue 55, etc.) et les analyses en cours nous donnent une image toujours plus précise de la ville à son origine (voir J. Bujard et E. Broillet, Fouilles archéologiques de bâtiments médiévaux ä Fribourg, in Chroniques archéologiques 1986, pp. 166-180, Ed. Universitaires, Fribourg 1989).

Les fouilles et les analyses dans l'ensemble de la ville mettent en évidence l'extension rapide de la cité au Moyen-Age (1989-90:

fouille du Criblet, de la Neuveville, du che¬

min des Archives, ainsi que des analyses, souvent partielles, de bâtiments à la rue de 13

(16)

Lausanne, ä la place du Petit-St-Jean, ä la rue d'Or et à la Samaritaine) et éclairent les règles de sa croissance. Les fouilles révèlent aussi la richesse et la qualité de l'artisanat (catelles de fourneaux, céramique, chaus¬

sures au Criblet, manufacture de faience à la Neuveville).

L'architecture militaire n'est pas en reste à Fribourg. La création d'une galerie commer¬

ciale souterraine et surtout la construction d'un parking à la Place Python ont mis au jour d'importants ouvrages de défense. C'est aussi le cas à Gruyères (Foyer St-Germain, enceinte du premier bourg, Café des Halles, enceinte du deuxième bourg), de même qu'à Bulle où la transformation des locaux de police a révélé un superbe chapiteau de la fin du XlIIème ou du début du XlVème siècle, rare témoin de l'aménagement intérieur d'origine d'un château fort. La fouille par¬

tielle et l'analyse exhaustive de l'église des Cordeliers s'est avérée capitale pour l'histoi¬

re de l'art régionale, au sens très large. Cette église considérée comme l'une des plus anciennes conservées de l'ordre est, en fait, une reconstruction plus tardive mettant ainsi à mal les datations où elle servait de point de comparaison, (les résultats de ces recherches sont présentés dans les chroniques du SAC, éd. univ. Fribourg. ainsi que dans l'annuaire de la SSPA. Les découvertes de 1989 et

1990 ne sont pas encore publiées).

Conclusion

La restauration ou la transformation d'un immeuble ancien n'est pas une opération simple. Pour obtenir les meilleurs résultats aussi bien sur le plan de la conservation que fonctionnel et financier, il est indispensable de bien étudier le bâtiment, d'élaborer le projet avec soin et d'en suivre la réalisation attentivement. Essayons d'en résumer le déroulement:

A. Une étude préalable sera réalisée, elle comprendra:

- un relevé précis (plans par étage et coupe(s) Ech. 1/50 à 1/100) L'exactitude des plans est capitale car les immeubles anciens sont souvent complexes et toute erreur ou imprécision peut entraîner de sérieux pro¬

blèmes lors des travaux (statique, passage de canalisations)

- l'inventaire:

Fribourg: réalisé par la Commune, Direction de l'édilité, Grand'Rue 37, tél.

037 25.12.89

District du Lac: Inventaire du patrimoine artistique, la rue de l'Hôpital, 1700 Fribourg, tél. 037 25.12.89

Pour les maisons rurales et les chalets d'alpage: Inventaire de la maison rurale, la rue de l'Hôpital, tél. 037 25.12.92 Pour les édifices religieux: Inventaire du patrimoine religieux, la rue de l'Hôpital, tél. 037 25.12.91

Pour les communes ne disposant pas d'inventaires, on s'adressera à : Conservation des monuments historiques, la rue de l'Hôpital à Fribourg, tél. 037 25.12.87. Les éléments à conserver pour¬

ront être sommairement définis sur la base des plans et d'une vision locale par le Conservateur des monuments ou un de ses adjoints.

B. Un avant-projet sera établi sur ces bases en tenant compte des règlements d'aménage¬

ment locaux. Il sera soumis aux services com¬

pétents (conservation des monuments histo¬

riques, services communaux) qui évalueront le projet et donneront les conseils nécessaires à la poursuite de l'étude (en vue de l'établis¬

sement d'un projet définitif) comprenant:

- emplacement et type de sondages à but artistique ou archéologique (les sondages statiques étant du ressort de l'architecte) - modification du projet

- choix des matériaux

- détermination du taux de subventionne- ment

- éventuellement choix des entreprises pour des travaux spécialisés.

14

(17)

AVANT-APRES Une indispensable fouille de sau¬

vetage !

Ces fouilles récentes au Criblet ont permis la découverte d'éton¬

nants témoins de la vie quoti¬

dienne à l'époque médiévale:

céramiques, catelies, fonds d'échoppe de cordonnier...

15

(18)

En accumulant cette documentation, on évi¬

tera les mauvaises évaluations, les surprises en cours de chantier et les pertes de substan¬

ce historique et artistique. Les sondages et les analyses réalisés par des spécialistes, notamment des restaurateurs d'art compé¬

tents, amènent un choix optimum des maté¬

riaux et de leur mise en oeuvre, améliorant leur longévité. De plus, le projet sera mieux conçu, les devis affinés et les coûts souvent diminués. Il est en effet moins onéreux d'uti¬

liser la substance d'un bâtiment ancien pour ses besoins plutôt que de la modifier pour ceux-ci: ils sont appelés à changer.

C) Tous les éléments réunis au stade de l'avant-projet permettent d'établir un projet définitif pouvant être mis à l'enquête. Etant conforme, ce projet n'aura plus à être modi¬

fié suite au préavis défavorable de l'un ou l'autre service, entraînant ainsi un gain de temps et évitant des frais administratifs sup¬

plémentaires.

D) Le permis de construire obtenu, il est impératif, avant l'ouverture du chantier, de réunir la direction des travaux, les différents corps de métiers et les spécialistes (restaura¬

teur d'art, conservateur..) qui ont participé à l'élaboration du projet afin d'assurer un bon déroulement des travaux. Nous n'entrerons pas dans le détail. Il faut cependant souligner qu'à l'heure actuelle la formation spécifique dans le domaine de la restauration, de la transformation d'immeubles anciens, fait défaut (de l'architecte à l'électricien). L'Etat manque de personnel pour assurer les inven¬

taires (un seul rédacteur pour l'inventaire du patrimoine artistique), l'étude des projets et la surveillance des chantiers (1 conservateur et 2, bientôt 3, adjoints à temps partiel, pas de restaurateur d'art pour les problèmes techniques de la conservation).

Fouille du Criblet:

Catelles de fourneaux des 15e - 16e siècles

(19)

Cote pile, côté face...

Au château de Bulle, bâtiment de l'Etat, une gaine malencontreuse à écorné un rare chapiteau des 13e -

14e siècles.

Des sondages préalables auraient évité un accident aussi stupide.

(20)

Rue de Romont

Au début du siècle, la rue de Romont était sans protection. En 1919, l'ancienne maison de Raemy d'Agy était démolie et son décor intérieur du 17e siècle arraché et dis¬

persé Dieu sait où.

Ce serait maintenant évitable, pour peu que la surveillance du chantier soit efficace...

(21)
(22)
(23)

Conservation du patrimoine immobilier et formalités administratives

par Marie-Thérèse Torche Conservatrice adjointe des Monuments La conservation et la restauration du patri¬

moine immobilier constituent une démarche complexe qui devrait être conduite par des spécialistes. Les articles de ce cahier le démontrent bien. Mais la restauration est également assujettie à certaines règles admi¬

nistratives que le public a parfois de la peine à discerner.

Selon la loi, toute intervention architecturale est soumise à la procédure de mise à l'enquête publique qui aboutira normale¬

ment - après diverses consultations - à l'octroi d'un permis de construire. La restau¬

ration d'un bâtiment historique n'échappera pas à cette règle. Le dossier sera en outre soumis à diverses commissions spécialisées, communales et cantonales. Selon l'impor¬

tance de l'édifice, les instances fédérales seront également appelées à émettre un pré¬

avis au sujet des travaux projetés.

Par contre, s'il n'y a pas de modifications architecturales, mais simplement entretien ou restauration du bâti ancien et éventuelle¬

ment des oeuvres d'art qu'il contient, le per¬

mis de construire ne sera pas requis. Le Service des Monuments historiques et - si nécessaire - la Commission fédérale des M.H. ou le service archéologique seront alors seuls concernés. Cette situation se retrouve essentiellement lors de travaux exé¬

cutés dans les églises et les chapelles, la res¬

tauration de maisons d'habitation étant généralement accompagnée de transforma¬

tions.

Le rôle du Service des Monuments histo¬

riques qui prépare et suit la restauration d'un objet est souvent confondu avec les attribu¬

tions des diverses commissions qui émettent leur préavis avant l'octroi du permis de construire. A cela s'ajoute le fait que cer¬

tains bâtiments d'importance régionale ou nationale - et le canton de Fribourg en comp¬

te beaucoup - sont restaurés sous la direction conjointe du Canton et de la Confédération.

Selon les cas, la situation peut paraître com¬

pliquée et les attributions de ces divers orga¬

nismes n'apparaît pas clairement. La voix populaire assimile ces instances à une sorte d'éminence redoutable, un ogre fédéral qui - sous le nom de "Heimatschutz" semble tou¬

jours prêt à attenter à la liberté cantonale.

Or, il faut le préciser, le "Heimatschutz" ou Société d'Art public n'est pas un organe officiel de conservation. C'est une institu¬

tion de droit privé, fondée au XIXe s. afin de protéger le patrimoine artistique totalement négligé par les institutions officielles. Cette société a été en quelque sorte l'initiatrice des organes administratifs de protection du patrimoine. C'est sans doute là l'origine de cette confusion.

Le chemin administratif parcouru par un dossier avant la restauration de l'objet qu'il concerne est parfois assez long. Il peut être utile de le présenter, de manière simplifiée, à l'aide des schémas ci-dessous.

21

(24)

N>

to I. Interventions soumises au permis de construire

Demande préalable (facultative) Commune

Service des monuments historiques Autres services

I

Mise à l'enquête publique Commune

I

Gestion des dossiers

Office des constructions et de l'aménagement du territoire (OCAT) i

Consultation des organes de préavis

Commissions communales du patrimoine (Fribourg, Morat

Estavayer)

Commission cant, des monuments hist,

et édifices publics Service archéologique i

(si nécessaire) Comm. féd.

des mon. hist, (si nécessaire)

Comm. cant, pour la protection

de la nature et du paysage Comm. féd. pour

la protection du paysage et des sites (si nécessaire) I

Inspectorat Département Office Autres services cantonal du feu des Ponts et Chaussées de la protection (si nécessaire)

de l'environnement

Préavis de synthèses OCAT

Octroi ou refus de permis de construire

(25)

II. Organes spécialisés de préavis

Commune Canton Confédération

I. Dénomination I. Dénomination I. Dénomination

FRIBOURG Commission du patrimoine ESTAVAYER Commission de la vieille ville,

MORAT Altstadt Baukommission, AUTRES COMMUNES Commission d'aménagement ou commission des constructions

Commission cantonale des monuments historiques

et des édifices publics

II. Objets soumis à la consultation II. Objets soumis à la consultation II. Objets soumis à la consultation Bâtiments signalés comme protégés

ou dignes de protection dans les plans d'aménagement ou situés

dans des zones protégées.

Edifices religieux et couvents Châteaux fortifiés, château baillivaux

maisons patriciennes Villes fortifiées Bâtiments figurant à l'inventaire

de la maison rurale Chalets d'alpage figurants à l'inventaire

Edifices publics Centres villages

Divers

Edifices et sites d'importance nationale parfois régional

Objest placés sous la protection de la confédération

Divers

Inventaires ISOS et biens culturels

(26)

Le travail d'analyse des restaurateurs d'art

par Urs Bertschinger et Willy Stehler

Lors de projets de transformation de bâti¬

ments anciens, il est important de procéder, en plus des analyses techniques habituelles, à un examen pour en définir la substance his¬

torique. De cette façon, il est possible d'inclure dans la démarche de restauration les éléments subsistants et méritant protec¬

tion. On évite par la même occasion les frais imprévus découlant immanquablement de découvertes fortuites en cours de travaux.

Suivant les cas, des historiens de l'art, des archéologues et des restaurateurs sont appe¬

lés à collaborer étroitement. Nous abordons ici la tâche particulière du restaurateur, ses méthodes d'investigation, en donnant un aperçu de leurs possibilités et de leurs limites.

1. Contenu et champ d'applica¬

tion de l'analyse du bâtiment La tâche du restaurateur comprend pour l'essentiel le repérage des éléments anciens tels que plafonds, boiseries, portes, etc., de même que la décoration peinte en façade et à l'intérieur. Cette dernière est le plus souvent recouverte de repeints, de crépis ou masquée par des boiseries. Elle doit être sondée selon les procédés d'investigation du restaurateur:

car, en fait, les décors peints et la façon de peindre ont évolué au cours des siècles en suivant le goût du jour, ils sont donc souvent superposés. On ne peut dès lors analyser et classifier les découvertes que pour autant qu'à chaque sondage on établisse la chrono¬

logie des couches d'enduits. En comparant avec les données fournies par l'historique de

l'immeuble et les recherches d'archives, on obtient plus ou moins une vue d'ensemble des différentes phases de l'aménagement et de la décoration du bâtiment avec ses trans¬

formations. Ces éléments de décor doivent être appréciés quant à leur degré de conser¬

vation, leur qualité et les risques de dom¬

mages à prévenir.

Les résultats de la recherche sont ensuite analysés du point de vue de la technique et de l'histoire de l'art et documentés dans un rapport écrit, complété par des relevés et des photos. Cette documentation a pour but d'établir les mesures de conservation à prendre. Ainsi, en complément des autres disciplines participant à l'étude du bâtiment, un dossier complet est fourni au maître de l'ouvrage. Il est alors possible, en collabora¬

tion avec le service de la conservation des monuments, de définir la marche à suivre en tenant compte des éléments à préserver et de leur importance, de façon à les inclure dans le projet avant le début des travaux.

Le champ de l'analyse en vue de la restaura¬

tion est fonction de l'objet, de l'importance des transformations prévues et de l'état actuel. Plus tôt on fera appel au restaurateur dans la phase d'élaboration du projet, mieux cela vaudra. Il est recommandé d'établir un avant-projet avec les premières idées de transformation. L'expertise du restaurateur peut alors se concentrer en premier lieu sur les parties où les interventions sont prévues, par exemple par l'élimination de parois ou des percements de plafonds pour le passage des gaines de service, escaliers ou autres. De cette façon, avec en plus quelques sondages

(27)

de contrôle sur l'ensemble, on obtient rapi¬

dement un aperçu des anciens aménage¬

ments et du décor. En liaison avec la conser¬

vation des monuments, il devient possible de discuter d'éventuels changements pouvant être apportés au projet.

Suivant le cas, lorsque les découvertes artis¬

tiques sont d'importance et qu'on peut envi¬

sager en tout ou partie leur mise en valeur, on peut, en suivant une marche à suivre pré¬

cise, procéder aux analyses nécessaires et établir un concept détaillé de conservation et de restauration.

De telles analyses sont pratiquées générale¬

ment sur des immeubles d'importance cultu¬

relle ou historique. Dans le cas où, par manque d'examen préalable, des éléments sont mis au jour lors des travaux, des son¬

dages d'urgence peuvent être pratiqués menant, en cas de nécessité, à des mesures de conservation provisoires.

2. Les méthodes d'investigation Une analyse de bâtiment commence par son examen minutieux: un trou dans un enduit, un crépi qui s'écaille, fournissent déjà des indications sur une décoration masquée. Un examen plus approfondi doit se faire selon un concept clair, car nombre de moyens d'investigations impliquent d'entamer des revêtements plus récents mais souvent tout autant de qualité. Elles devraient donc se limiter au strict nécessaire.

Nous donnons ci-après un résumé des méthodes employées.

- Exploitation des relevés architecturaux:

Les plans à disposition permettent déjà de saisir la structure du bâtiment. Cela facilite la distinction des étapes de construction et permet de supputer l'emplacement des anciens décors et aménagements.

- les sondages:

Sur une petite surface, les différentes couches d'enduit sont découvertes par des moyens mécaniques ou chimiques. On peut ainsi déterminer les couches de peinture suc¬

cessives et repérer éventuellement d'anciens décors. Du fait de leur petite surface, plu¬

sieurs sondages sont nécessaires. Quand on laisse subsister un élément de chaque couche, on parle de stratigraphie, une métho¬

de qui permet une analyse plus fine.

- l'analyse des crépis:

Ils se différencient selon des critères précis (couleur, composition, structure, dureté).

C'est une indication utile pour situer les élé¬

ments dans telle ou telle phase de la construction ou de l'aménagement.

- Examen à la lumière frisante:

Des décorations peintes se signalent sou¬

vent par un relief inscrit au travers de couches plus récentes. Cela peut être relevé et documenté au moyen de la lumière frisan¬

te. Une méthode non destructive pour repé¬

rer les décorations peintes et leur étendue.

- Examen par les rayons infra-rouges:

Cela permet, également de manière douce, de repérer des décorations peintes au travers de couches plus récentes. Rarement appli¬

cable pour des fresques, cette méthode s'avère utile pour l'examen de plafonds ou de boiseries peintes.

- Examen stéréo-microscopique:

Il permet un examen des couches picturales sur une minuscule partie. Cette méthode est particulièrement indiquée quand une couche picturale est recouverte par un décor posté¬

rieur également important. Elle permet une différentiation très précise, souvent invisible à l'oeil nu. Un champ d'application porte aussi sur l'examen détaillé des oeuvres pic¬

turales et de leur état. Par la micro-photogra- 25

(28)

phie, ces résultats peuvent être documentés.

- Coupes microscopiques:

De petites parcelles sont prélevées, qui, du support à la surface, contiennent toutes les couches successives. Elles sont coulées dans une résine transparente et coupées: vues au microscope, elles permettent de discerner de façon très précise les différentes couches qui peuvent être aussi photographiées.

Selon l'objet et la problématique, le restaura¬

teur doit faire appel à d'autres disciplines pour des examens plus approfondis. Les principales sont les sciences naturelles et la dendrochronologie, dont nous donnons un bref aperçu:

a) Analyses biologiques - analyse des pigments:

Elle permet d'identifier les pigments d'une couche picturale. Cela facilite une datation de l'oeuvre et de ses repeints.

- Analyse des liants:

Pour établir un diagnostic des dommages et le choix des matériaux de conservation, la connaissance des produits utilisés à l'origine est essentielle: elle livre en plus des indica¬

tions sur la technique picturale ancienne.

- Etude des causes de dommages:

Quand des dommages surviennent, par exemple des taches de salpêtre sur les murs ou des champignons dans des boiseries, il est indispensable de déterminer leur nature avant de choisir la méthode de conservation.

Pour de telles analyses, il existe en Suisse des laboratoires spécialisés au service de la conservation des monuments.

b) Analyses dendrochronologiques

Grâce aux cernes du bois, le spécialiste peut établir, d'après des schémas comparatifs, la

date d'abattage des arbres ayant fourni par exemple les poutres d'une charpente. C'est un élément important pour la datation des différentes phases de construction d'un bâti¬

ment.

3. Pour une conservation des décors et aménagements anciens Les éléments architectoniques et décoratifs dignes de protection, une fois mis au jour, la question se pose de leur conservation adé¬

quate. Leur restauration et leur mise en valeur n'est pas toujours appropriée. Si l'uti¬

lisation des locaux implique qu'ils seront soumis à des sautes de température et des nuisances (telles que des fumées grasses ou la nicotine dans un établissement public) la restauration peut être remise en question.

Dans de tels cas, il peut être sensé d'établir une documentation complète et de protéger le décor en l'état, éventuellement en le recouvrant. La conservation doit avoir pour but de prévenir de futurs dommages. Pour des peintures murales, il faut préalablement consolider l'enduit et fixer la couche pictura¬

le. Il faut évidemment veiller à ce que l'opé¬

ration soit réversible et que les éléments recouverts ne soient pas ensuite exposés à des atteintes telles que percements, gainages ou autres.

A ces conditions, l'objet est préservé et peut, en cas de changement de fonction du bâti¬

ment, être restauré en tout temps. Une telle démarche peut être également envisagée au cas où, sur le moment, les moyens financiers pour une restauration font défaut.

(adaptation française de Gérard Bourgarel)

(29)
(30)

Balises légales de la conservation

par Jean-Claude Morisod président de la société fribourgeoise d'art public

Nous avons choisi, pour ce cahier, de pré¬

senter le plus simplement possible les princi¬

pales formes de protection dont sont l'objet, selon la législature actuelle, les biens cultu¬

rels meubles et immeubles se trouvant sur le territoire d'une commune, comme celle de Fribourg.'

1. Les bâtiments

La protection d'un bâtiment et de ce qui s'y rattache résulte du plan d'aménagement local et de la réglementation de ce plan. Une construction est protégée différemment selon qu'elle se situe a) en vieille ville, b) dans un quartier remarquable ou c) à l'exté¬

rieur de ces zones à la condition toutefois d'être inscrite sur la liste du patrimoine architectural. Exceptionnellement un bâti¬

ment peut être spécialement protégé par des mesures arrêtées en Conseil d'Etat ou défi¬

nies lors du paiement d'une subvention publique.

Le système de sauvegarde ainsi conçu pour les immeubles repose sur le principe de la protection du site entendu comme aspect d'ensemble: l'immeuble est protégé non seulement en tant que tel mais aussi avec ses abords, c'est-à-dire comme partie d'un ensemble architectural ou comme élément d'un site construit, de telle sorte que sera seule autorisée l'intervention nouvelle qui ne nuira pas à la beauté d'un paysage, d'une place, d'une rue, d'un monument ou d'un bâtiment protégé.

a. Protection par le plan d'aménagement C'est donc d'abord la situation du bâtiment qui déterminera son degré de protection; et celui-ci sera d'autant plus fort que l'immeuble sera situé dans un paysage urbain dont l'intérêt historique,, artistique et pittoresque est de plus grande valeur cultu¬

relle. La vieille ville de Fribourg, enserrée grosso modo à l'intérieur de ses anciens remparts, étant l'ensemble construit le plus prestigieux du territoire communal, c'est bien sûr pour elle que les règles de conserva¬

tion sont les plus sévères (zone de ville I).

Sauf adaptations exceptionnelles et mineures, qui ne doivent ppas dénaturer le bâtiment, les façades, les toits, les murs et les structures essentielles de tout bâtiment de la vieille ville doivent être intégralement conservés 1) (N.B. ces chiffres renvoient aux notes publiées en fin de texte).

Un bâtiment situé dans un des quartiers modernes remarquables de la ville (zone de ville II), tels ceux de Gambach, d'Alt ou de Faucigny, est protégé de manière très sensi¬

blement équivalente à celle d'un ensemble de la vieille ville. Du point de vue de la conservation, qu'est-ce qui distingue ces deux zones ? D'une manière générale et en simplifiant, disons que la vieille ville est intégralement protégée tandis que les quar¬

tiers urbains remarquables sont protégés de telle manière qu'une légère surélévation et des transformations intérieures limitées sont possibles dans la zone de ville II.

Les édifices publics qui sont situés dans la zone de ville I ou dans la zone de ville II et

(31)

les constructions qui se trouvent en dehors de ces deux zones, mais qui figurent sur la liste du patrimoine architectural, sont proté¬

gées de la même manière que ceux qui sont situés dans la zone I ou la zone II, en fonc¬

tion de leur qualité architecturale. Ainsi la villa palladienne de la Poya, la chancellerie cantonale, la cathédrale St-Nicolas sont pro¬

tégées comme les immeubles du Bourg (degré I), ainsi l'église du Christ-Roi, l'uni¬

versité de Miséricorde, la bibliothèque can¬

tonale ou le château de Pérolles sont proté¬

gés comme le quartier de Gambach (degré II).

b. Protection par des règles spéciales Toutes les églises, chapelles et châteaux du canton ont été classés par décision de la commission des monuments artistiques et historiques du 5 février 1937 en application de l'arrêté du Conseil d'Etat du 3 octobre 1936. "Il en résulte qu'aucune modification ne peut être apportée à ces immeubles, soit dans leur ensemble, soit dans leurs acces¬

soires, sans une autorisation spéciale du Conseil d'Etat" 2).

Un immeuble peut faire l'objet d'un classe¬

ment, total ou partiel, provisoire ou définitif, ordonné par le Conseil d'Etat. Le bâtiment classé doit être entretenu de manière à assu¬

rer la conservation des éléments à protéger.

En vertu d'un engagement pris par le Canton vis-à-vis de la Confédération, l'Etat de Fribourg a décidé d'entretenir et conserver les tours et remparts de la ville de Fribourg.

Par règlement du 11 décembre 1920, le Conseil d'Etat a délimité les zones de pro¬

tection de ces ouvrages où toute construction qui masquerait la vue ou déprécierait la valeur du site est en principe interdite. Aux abords de ces édifices, pour les nouvelles plantations, la préférence sera donnée aux

tilleuls et aux marronniers 3).

Pour protéger les quartiers anciens, d'autres mesures peuvent en outre être prises, en matière d'urbanisme (alignements, respect d'un front de rue contigii), de circulation (modération du trafic), ou encore de protec¬

tion du paysage.

2. Les meubles

Les meubles qui présentent un intérêt artis¬

tique ou scientifique sont protégés s'ils sont liés à un bâtiment lui-même protégé, ou s'ils sont propriété des collectivités ou institu¬

tions publiques ou religieuses.

a. Protection des meubles liée à l'immeuble

On oublie souvent qu'à strictement parler une partie intégrante d'un immeuble n'est pas un meuble car elle constitue l'un des éléments du bâtiment considéré, de ce point de vue, comme une chose complexe. Dès lors qu'un objet est un élément essentiel ou constitutif d'un immeuble parce que sa séparation ou sa destruction altérerait le bâtiment ou l'objet, ou réduirait leur valeur économique, cet objet est une partie inté¬

grante de la construction: il est protégé de la même manière que lui.

Un miroir ou un trumeau encastrés, un poêle, une cheminée et son cadre, un four, une boiserie, une porte intérieure, une armoire intégrée, un plafond peint, un par¬

quet, une fresque sont des parties inté¬

grantes intérieures de l'immeuble protégé.

Lorsqu'elles possèdent un intérêt typolo¬

gique, historique, archéologique ou artis¬

tique, elles sont protégées tant qu'elles ne rendent pas impossible l'utilisation d'un bâtiment à des fins d'habitation ou d'activi¬

tés 4). Cette règle est applicable aux immeubles de zone ou de degré de protec¬

tion I et II.

29

(32)

.Sont des parties intégrantes extérieures d'un immeuble les portes d'entrée, statues, statuettes, grilles et fenêtres, notamment.

Ces éléments architecturaux ou ces orne¬

ments de façade sont protégés s'ils sont "de valeur". Cette règle est applicable pour tout immeuble de zone ou de degré I et II. Les enseignes, que le droit civil qualifierait d'accessoires, parce qu'elles peuvent être séparées facilement, sont dites, par le règlement communal, parties intégrantes des bâtiments. Elles sont protégées. Seul le conseil communal peut en autoriser l'enlè¬

vement ou le déplacement 5).

b. protection par des règles spéciales Un meuble précieux ("antiquité"), que l'on vient à découvrir, par exemple lors de la restauration d'un bâtiment, et qui offre un intérêt artistique, archéologique ou histo¬

rique considérable est acquis à l'Etat moyennant versement d'une indemnité équitable. Il fait partie des collections du Musée d'art et d'histoire 6).

Les meubles qui présentent un intérêt artis¬

tique ou scientifique et qui sont propriété de la commune, des paroisses, des cou¬

vents, de l'évêché, des bénéfices curiaux, du séminaire, du chapitre St-Nicolas, de l'université, de l'Etablissement d'assuran¬

ce contre les incendies, ou de la Banque de l'Etat, ne peuvent pas être aliénés sans l'autorisation du Conseil d'Etat 7). Leur vente non autorisée est nulle 9).

La vente ou l'échange des biens apparte¬

nant aux fondations ecclésiastiques, aux chapellenies ou aux bénéfices curiaux n'est possible qu'avec l'accord de l'évêché et du gouvernement 8). Le Ministère public est chargé d'attaquer les aliénations illicites de meubles d'intérêt artistique ou scienti¬

fique, propriété des institutions et corpora¬

tions de droit public 9).

3. Mesures de prévention

La commune, le préfet ou le Conseil d'Etat ont pour tâche de veiller à l'entretien d'un bâtiment protégé 10) et de faire exécuter les travaux de protection si le propriétaire s'y refuse 11). Le préfet doit sanctionner le pro¬

priétaire qui n'aurait pas obtempéré à l'obli¬

gation que la loi lui fait d'entretenir son immeuble protégé 12). La commission de surveillance des biens du clergé veille à la conservation des biens appartenant aux bénéfices et fondations ecclésiastiques 13).

La commission cantonale des monuments historiques et édifices publics, qui a la direc¬

tion et la surveillance de tout ce qui touche à la conservation des monuments ayant un caractère artistique, historique ou archéolo¬

gique, comme encore à la construction et à la transformation des édifices publics, a aussi la surveillance de tous les objets artistiques, historiques et archéologiques qui ne sont pas sous la garde du Musée d'art et d'histoire 14).

Toute modification de terrain, même de minime importance, dans l'un des vingt- deux périmètres d'archéologie antique doit être autorisée 15). C'est le cas, par exemples, de la zone archéologique de la tour du Dürenbühl, de celle de la villa de la Poya ou de celle de la butte de Pérolles.

Le service de l'édilité établit un inventaire des maisons protégées 16). Avant et pendant tous travaux, tout propriétaire veillera de permettre à l'autorité compétente de faire les sondages archéologiques, historiques et artistiques nécessaires 17). Il est bon de rap¬

peler qu'un sondage est une étude prélimi¬

naire qu'il ne faut pas confondre avec une recherche artistique approfondie.

La demande préalable (incluant le dépôt de dessins, photographies, relevés des éléments artistiques répertoriés, descriptifs exacts des travaux) est aussi une mesure de prévention

(33)

puisqu'elle permettra d'adapter aux élé¬

ments protégés du bâtiment les plans défini¬

tifs et non l'inverse 18).

4. Principes généraux de la conservation

Le bref exposé qui précède permet de tirer quelques-uns des principes généraux de la conservation du patrimoine en ville de Fribourg.

1. La vieille ville et les autres bâtiments pro¬

tégés au même degré doivent être absolu¬

ment conservés.

2. Les quartiers remarquables et les bâti¬

ments protégés au même degré doivent être conservés.

3. L'entretien de ces immeubles doit assurer la conservation des éléments à protéger.

4. Avant l'entreprise de tous travaux de modification du sol ou du sous-sol, ou de transformation d'un bâtiment, la demande préalable et l'inventaire permettront d'adap¬

ter les plans pour intégrer les éléments qui doivent être conservés.

5. La commune, par la direction de l'édilité, et la commission cantonale des monuments historiques ont la surveillance des travaux de conservation autorisés par le préfet.

6. Des aides financières pour compenser les frais supplémentaires résultant de l'applica¬

tion des règles en matière de protection du patrimoine peuvent être sollicitées de la commune, du canton, de la Confédération et, dans certains cas, d'associations privées (par exemple la société fribourgeoise d'art public).

Notes

1. Article 27, al. 1er du règlement de la com¬

mune de Fribourg relatif au plan d'affecta¬

tion des zones et à la police des construc¬

tions du 31 mars 1989, dit règlement d'urbanisme (RU):

"La zone de ville I eest protégée en tant que site construit de grande valeur historique, artistique et pittoresque."

2. Feuille officielle du canton de Fribourg, nos 7 et 8 des 13 et 20 février 1937:

"La commission des monuments artistiques et historiques a, dans sa séance du 5 février 1937, décidé de classer comme bâtiments offrant un intérêt artistique ou historique au sens de l'arrêté du 3 octobre 1936, toutes les églises, chapelles et châteaux sis dans le canton.

Il en résulte qu'aucune modification ne peut être apportée à ces immeubles, soit dans leur ensemble, soit dans leurs accessoires, sans une autorisation spéciale du Conseil d'Etat."

3. Règlement du 11 décembre 1920 concer¬

nant la protection des tours et remparts de la ville de Fribourg (BL1920, p. 323-326) 4. Article 40 RU: "Les structures intérieures essentielles d'intérêt typologique, histo¬

rique, archéologique ou artistique sont pro¬

tégées dans la mesure où elles ne rendent pas impossible une utilisation d'un bâtiment à des fins d'habitation ou d'une activité."

5. Article 32 RU.

6. Article 313, al. 1 LACC: "Les curiosités préhistoriques, archéologiques, historiques ou naturelles offrant un intérêt scientifique considérable, découvertes dans un fonds par le propriétaire ou toute personne, sont la propriété de l'Etat et font partie des collec- 31

(34)

tions du Musée cantonal."

7. Article 314, al. 1 LACC: "Les institutions ou corporations de droit public ne peuvent aliéner, sans l'autorisation du Conseil d'Etat, les choses offrant un intérêt artis¬

tique ou scientifique."

8. Convention du 6 mai 1958 au sujet de la surveillance à exercer par les deux autorités sur l'administration des biens du Clergé (BL 18581.36)

9. Article 314, al. 2 LACC: "L'aliénation non autorisée est de nul effet. Les objets ainsi aliénés doivent être réintégrés moyen¬

nant restitution de la contrevaleur livrée. Le Ministère public attaque, d'office et sur requête, les aliénations illicites, sans préju¬

dice des poursuites pénales."

10. Article 196, al. 1 LATeC: "Si des raisons de sécurité, de salubrité ou d'esthétique l'exigent, le conseil communal peut, même en l'absence de règlement, ordonner à un propriétaire:

a) d'entretenir son immeuble;..."

11. Article 197 LATeC

12. Article 195, al. 2 LATeC: "Les bâtiments classés ou figurant à l'inventaire doivent être entretenus de manière à assurer la conservation des éléments à protéger."

Les dispositions pénales figurent à l'article 199 LATeC.

13. Article 8, chiffre 1 de la convention du 6 mai 1958 au sujet de la surveillance à exer¬

cer par les deux autorités sur l'administra¬

tion des biens du Clergé:

"Les attributions (de la commission de sur¬

veillance des biens du Clergé) sont les sui¬

vantes:

1. Elle veille à la conservation des biens appartenant aux bénéfices ecclésiastiques dont elle recevra un inventaire général dres¬

sé à l'époque de la remise qui en sera

faite;"

14. Article 3 du règlement du 26 novembre 1971 concernant la conservation des monu¬

ments historiques et des édifices publics, la protection des sites archéologiques et le subventionnement des restaurations d'immeubles anciens.

15. Article 202, al. 2 du règlement d'urba¬

nisme

16. Article 57 RU: "Le Conseil communal établit et met à jour un relevé des patri¬

moines urbanistique et architectural sous forme de plans-fiches par rue. Portant indi¬

viduellement sur chaque bâtiment, ceux-ci comprennent toutes les données concernant les caractéristiques de ces patrimoines et de leur utilisation."

17. Article 59 du règlement d'urbanisme 18. Article 58 du règlement d'urbanisme RENSEIGNEMENTS PRATIQUES 1. Le règlement de la commune de Fribourg relatif au plan d'affectation des zones et à la police des constructions du 31 mars 1989 (règlement d'urbanisme) et les plans, for¬

mant le plan d'aménagement local de la commune de Fribourg, sont disponibles à la direction de l'édilité, Grand'Rue 37, à Fribourg.

2. La législation cantonale est disponible à l'économat de l'Etat, 118 rue des Chanoines, à Fribourg.

3. Sur requête, la société fribourgeoise d'art public (boîte postale 538, 1700 Fribourg 1 ) peut apporter, au besoin gra¬

cieusement, des conseils en matière de constructions et restauration de meubles ou d'immeubles anciens.

(35)

Références

Documents relatifs

Durant l'année 1999, 8 nouveaux objets ont pu être classés au nombre des monuments historiques: Ardon, maison La Pontaise (cad. n° 3028); Brigue, égli- se Saint-Antoine;

Les restaurations de monuments classés suivies par notre office durant l'année 2000 sont au nombre de 32, 18 concernent des bâtiments religieux et 14 des bâtiments profanes.. A

Les restaurations de monuments classés suivies par notre office durant l'an- née 2001 sont au nombre de 42, 19 concernant des bâtiments religieux et 23 des bâtiments profanes.. A

Durant l'année 1998 cinq nouveaux objets ont pu être classés au nombre des monuments historiques: Fieschertal, chapelle «Zer Flie»; Inden, chapelle St- Antoine ermite; Loeche,

Les restaurations subventionnées prises en charge par l'Office des Monu- ments historiques durant l'année 1997 sont au nombre de 25: 10 concernent des bâtiments religieux et 15

Vor der nun abgeschlossenen Innenrestaurierung war das Schiff durch die historisierende Ausmalung von 1934-1936 durch Julius Salzgeber geprägt (Abb. 5, 6), während der Chor die

Musée cantonal d'archéologie / Kantonales Museum für Archäologie Faute d'avoir obtenu les crédits nécessaires, nous n'avons pas pu cette année entreprendre l'inventorisation

Notre demande pour l'obtention d'un poste de conservateur ayant échoué, les travaux sont en souffrance aussi bien ceux liés à l'inventorisation qu'à la conservation. Malgré ce