• Aucun résultat trouvé

Consommation chez les adolescentes

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2021

Partager "Consommation chez les adolescentes "

Copied!
122
0
0

Texte intégral

(1)

https://lib.uliege.be https://matheo.uliege.be

Consommation chez les adolescentes : Qu'en est-il des adolescents institutionnalisés ?

Auteur : Hermans, Lara

Promoteur(s) : Glowacz, Fabienne

Faculté : þÿFaculté de Psychologie, Logopédie et Sciences de l Education

Diplôme : Master en sciences psychologiques, à finalité spécialisée en psychologie clinique Année académique : 2019-2020

URI/URL : http://hdl.handle.net/2268.2/10403

Avertissement à l'attention des usagers :

Tous les documents placés en accès ouvert sur le site le site MatheO sont protégés par le droit d'auteur. Conformément aux principes énoncés par la "Budapest Open Access Initiative"(BOAI, 2002), l'utilisateur du site peut lire, télécharger, copier, transmettre, imprimer, chercher ou faire un lien vers le texte intégral de ces documents, les disséquer pour les indexer, s'en servir de données pour un logiciel, ou s'en servir à toute autre fin légale (ou prévue par la réglementation relative au droit d'auteur). Toute utilisation du document à des fins commerciales est strictement interdite.

Par ailleurs, l'utilisateur s'engage à respecter les droits moraux de l'auteur, principalement le droit à l'intégrité de l'oeuvre et le droit de paternité et ce dans toute utilisation que l'utilisateur entreprend. Ainsi, à titre d'exemple, lorsqu'il reproduira un document par extrait ou dans son intégralité, l'utilisateur citera de manière complète les sources telles que

mentionnées ci-dessus. Toute utilisation non explicitement autorisée ci-avant (telle que par exemple, la modification du document ou son résumé) nécessite l'autorisation préalable et expresse des auteurs ou de leurs ayants droit.

(2)

Université de Liège Faculté de Psychologie Clinique de la délinquance, des inadaptations sociales et des processus d’insertion

Consommation chez les adolescentes

Qu’en est-il des adolescents institutionnalisés ?

Revue de question réalisée en vue de l’obtention du grade de Master en Sciences Psychologiques

par

Lara HERMANS

Promotrice : Fabienne GLOWACZ

Lectrices : Stéphanie CHARTIER et Jacqueline SPITZ

Année académique 2019-2020

(3)

Remerciements

Je tiens à adresser mes remerciements à ma promotrice, Madame Fabienne Glowacz, pour son suivi, son implication et ses précieux conseils dans ce mémoire. Je la remercie également pour la transmission de ses savoirs tout au long de mon parcours universitaire.

Je remercie également Madame Emilie Schmits pour sa disponibilité et ses conseils avisés à la réalisation de ce mémoire.

Je tiens à remercier mes deux lectrices, Madame Stéphanie Chartier et Jacqueline Spitz, pour leur temps et intérêt accordés à ma recherche.

Enfin, je remercie mon entourage pour son soutien indispensable dans mon travail qui représente l’aboutissement de mes études. Je remercie ma famille et mes amis pour leurs encouragements et leur motivation dans la réalisation de ce mémoire. Plus particulièrement, je remercie ma maman, Natalie Ponsart, pour ses nombreuses relectures, son implication et sa présence depuis toujours.

(4)

Table des matières

Partie I : Introduction ... 1

Revue de la littérature ... 3

1. Le contexte des adolescents ... 3

2. Définitions et fonctions de consommation ... 4

2.1 Définitions ... 4

2.2 Fonctions de consommation ... 5

3. Les différents modes de consommation ... 13

3.1 La consommation récréative ... 13

3.2 Le binge drinking... 14

3.3 La poly-consommation ... 15

3.4 L’addiction ... 17

4. Les différents types de consommation ... 21

4.1 Substance psychoactive ... 21

4.2 L’alcool ... 23

4.3 Le tabac ... 26

4.4 Le cannabis ... 29

5. La consommation chez les jeunes ... 34

5.1 Consommation chez les filles ... 34

5.2 Consommation chez les garçons ... 37

5.3 Les prises en charge des consommateurs ... 38

6. Les facteurs associés à la consommation ... 44

6.1 Les facteurs liés à la famille ... 45

6.2 Les facteurs liés aux pairs ... 46

6.3 Les facteurs liés à la scolarité ... 48

6.4 Les facteurs personnels ... 49

6.5 Les facteurs sociodémographiques ... 52

7. La délinquance chez les jeunes ... 53

7.1 La délinquance chez les filles ... 55

8. Le contexte de l’institution ... 58

8.1 Définition d’une institution ... 58

8.2 Les fonctions des institutions ... 59

(5)

8.3 Profil des adolescents ... 60

8.4 Institution et développement ... 63

8.5 Les relations au sein des institutions ... 65

8.6 Stratégies d’intervention ... 67

Questions de recherche ... 71

Partie II : Méthodologie... 72

1. Bases de données bibliographiques ... 72

1.1 Medline ... 73

1.2 PsyInfo ... 74

Partie III : Discussion par problématique ... 77

1. Le profil des jeunes filles consommant des substances psychoactives ... 77

Quelles spécificités par rapport aux garçons ? ... 79

2. Le profil des jeunes consommateurs institutionnalisés ... 82

Quelles différences entre les garçons et les filles ?... 83

3. Les stratégies d'intervention et de prévention chez les adolescents et/ou adolescents en institution ... 84

Partie IV : Discussion générale ... 88

1. Conversion du mémoire ... 91

1.1 Modifications apportées ... 91

1.2 Conséquences sur les résultats et l’interprétation ... 91

1.3 Attentes prévues ... 92

Conclusion ... 94

Références bibliographiques ... 95

Annexes ... 111

Annexe 1 ...111

Annexe 2 ...112

Annexe 3 ...113

Annexe 4 ...113

Abstract... 117

(6)

1

Partie I : Introduction

Cette recherche porte sur la consommation chez les adolescents et plus particulièrement chez les adolescentes. La consommation est un sujet extrêmement vaste. Nous ne pourrons donc aborder toutes les formes de consommation dans la cadre de ce mémoire. Nous nous intéresserons aux trois substances psychoactives les plus consommées chez les adolescents, à savoir l’alcool, le tabac et le cannabis.

A travers ce mémoire, nous chercherons à comprendre les raisons qui conduisent les jeunes consommateurs vers une première expérience ou vers d’autres modes de consommations tels que le binge drinking ou ivresse ponctuelle, la consommation récréative et la poly- consommation. Même si nous essayons de cibler certains aspects des conduites de consommation, notre recherche reste très large.

A l’heure actuelle, les attitudes et les habitudes de consommation des adolescents ont évolué. La consommation de substances psychoactives à l'adolescence est hétérogène. Elle va de l'expérimentation normative précoce à des modes de consommation plus lourds et plus risqués. Dans certains cas, elle peut entraîner une morbidité et une mortalité aiguë importantes.

En outre, un certain nombre de traitements des troubles liés à la consommation de substances psychoactives ciblés sur les adolescents ont été mis au point. Toutefois, il est nécessaire de poursuivre les recherches afin d’améliorer la prévention (Gray & Squeglia, 2018). Au vu des effets délétères, il est essentiel d’informer et de sensibiliser toutes les personnes qui font partie de l’entourage des adolescents.

Lors de la littérature, nous nous apercevons que nous manquons d’informations concernant la consommation chez les filles. Beaucoup d’études et d’articles se sont intéressés à la consommation chez les garçons. Pourtant, il existe des différences et nous allons les mettre en lumière.

De plus, la société actuelle n’aborde pas suffisamment le cas des adolescents se retrouvant dans des maisons pour jeunes. Nous allons consacrer une partie de cette recherche à comprendre les trajectoires de vie de ces jeunes. En outre, nous constatons que les garçons sont plus souvent placés en institution que les filles. Prenons l’exemple des institutions publiques de protection de la jeunesse (I.P.P.J.). En Belgique, il en existe 6. Malheureusement, seule l’I.P.P.J.

de Saint Servais est destinée aux jeunes filles. Nous espérons mettre l’accent sur cette

(7)

2 population féminine afin d’en apprendre davantage sur leur trajectoire de vie et de consommation.

Afin d’éclaircir les différents éléments relevés, nous pouvons élaborer trois questions de recherche :

1) Quel est le profil des jeunes filles consommant des substances psychoactives ? 2) Quel est le profil des jeunes consommateurs institutionnalisés ?

3) Quelles sont les stratégies d'intervention et de prévention chez les adolescents tout venant et chez les adolescents en institution ?

Afin de répondre à ces questions, nous allons focaliser notre recherche sur différentes thématiques. Dans un premier temps, la revue de la littérature se basera sur la période de l’adolescence. En effet, cette période est une étape très importante qui n’est pas toujours simple à gérer et peut être semée d’embûches. Ensuite, nous nous attarderons sur les fonctions, les modes et les types de consommation. Une fois ces recherches réalisées, nous nous focaliserons sur la consommation des jeunes filles et garçons tout venant. Par la suite, nous identifierons les facteurs liés à la consommation. En outre, une partie de notre littérature abordera la délinquance chez les jeunes. Notre recherche progressera vers une population spécifique, à savoir les jeunes institutionnalisés. Nous nous intéresserons également à l’institution en tant que structure et aux différentes stratégies mises en place pour aider ces jeunes dans les trajectoires de vie et de consommation.

Subséquemment à la revue de la littérature, nos questions de recherche seront explorées plus en profondeur dans la partie discussion. Nous expliquerons notre méthodologie réalisée pour cette recherche. Nous terminerons par une discussion générale dans laquelle nous résumerons les différentes réflexions et pistes pour un travail préventif avec ces jeunes, et plus spécifiquement avec les jeunes filles consommatrices et les jeunes institutionnalisés. Une section abordera brièvement les conséquences de la conversion du mémoire qualitatif en une revue de question.

(8)

3

Revue de la littérature

1. Le contexte des adolescents

La période de l’adolescence est une période allant de l’enfance à l’âge adulte (Casey, Jones & Hare, 2008) et se caractérise par une transformation à différents niveaux : physique, psychologique, cognitif et social (Malchair, 2013 ; Gray & Squeglie, 2018). L'adolescence est une période de stress en raison de l'ensemble des transitions qu'elle comporte, notamment la maturation physique, la recherche d'indépendance, l'importance accrue de l'interaction sociale et entre pairs et le développement du cerveau (Casey & al., 2008 ; Somerville, Jones & Casey, 2010).

Il est essentiel de se rendre compte de l’importance de la poussée hormonale, du développement des caractères sexuels secondaires et du changement brusque du schéma corporel au moment de l’adolescence. En effet, le psychisme de l’enfant n’évolue pas de manière aussi rapide. L’adolescent va donc ressentir énormément d’angoisses face à ces multiples changements. Afin d’exercer une maitrise sur le corps et sur la pensée, certains vont éviter la pensée, notamment par le passage à l’acte. D’autres vont passer par une hypermentalisation (mécanismes obsessionnels, …). En ce qui concerne la maitrise du corps, certains adolescents vont centrer leurs comportements sur le contrôle de l’alimentation par exemple. D’autres empruntent la voie de la consommation de produits (Malchair, 2013).

L'adolescence est donc une période de développement critique qui comporte un risque accru de consommation de substances (Gray & Squeglia, 2018).

En plus de ces changements, l’adolescence est souvent caractérisée comme le moment

« où il faut trouver sa place ». En effet, les jeunes doivent prendre des décisions pour leur future vie d’adulte. Dès le plus jeune âge de scolarisation, ils sont contraints de choisir une orientation qui va influencer les conditions d’accès aux potentiels positionnements professionnels ultérieurs. Les adolescents sont confrontés de plus en plus tôt à des problématiques sociales d’adultes. Très vite, ils se retrouvent dans un stress, une concurrence, une tension sociale (Le Garrec, 2011 ; Schmits & Glowacz, 2019). En effet, l’adolescence est caractérisée par un passage stressant vers l’âge adulte. Les jeunes passent d’une certaine immaturité à la maturité de l’âge adulte. Ils peuvent éprouver de la difficulté à faire face à cette transition.

(9)

4 De plus, la sortie de l’adolescence ne débouche plus directement sur un statut d’adulte mais transite par une phase de vie fragile. Ce contexte rend l’avenir de plus en plus complexe et nourrit des sentiments d’insécurité chez les jeunes. Les projections dans l’avenir sont plus difficiles comparées aux générations précédentes (Le Garrec, 2011).

Les sociétés exigent des jeunes qu’ils se construisent et se projettent dans l’avenir de plus en plus tôt et de manière positive. La plupart des adultes interrogés jugent, directement ou indirectement, les jeunes comme « violents », « irrespectueux », « fainéants », « sans limites »,

« sans avenir », « posant problème ». Ils sont une minorité de personnes à percevoir les jeunes positivement. Cette vision stigmatisante pose question d’autant plus que des professionnels en lien direct avec les adolescents partagent cette vision (Le Garrec, 2011).

Nous constatons que l’adolescence est une période particulière et difficile pour les jeunes. En raison des différentes transitions et changements qu’elle implique, les adolescents peuvent parfois dévier vers des conduites de consommation. Dès lors, nous allons aborder la notion de consommation ainsi que ses fonctions spécifiques.

2. Définitions et fonctions de consommation

2.1 Définitions

Avant tout, il convient de mettre en évidence que les consommations de drogue ne sont pas à considérer comme des conduites délinquantes. Néanmoins, la consommation de substances est un facteur de risque dans l’engagement d’une trajectoire délinquante (Glowacz

& Born, 2017).

Catry & al. (2006) ont identifié trois profils de consommation chez les jeunes consommateurs : consommation conviviale, consommation autothérapeutique et consommation toxicomaniaque.

Dans le cas de consommation conviviale, le jeune recherche l’effet euphorisant du produit. La consommation a souvent lieu en petits groupes lors de soirées. Dans ce type de consommation, le jeune ne présente pas de décrochage scolaire. Des facteurs de risques familiaux ainsi que des facteurs individuels ne sont souvent pas visibles (Catry & al., 2006).

(10)

5 Dans le cas de consommation autothérapeutique, le jeune recherche l’effet anxiolytique de la substance. L’adolescent va consommer seul et de façon plus régulière. Des premiers signes de décrochage scolaire peuvent être constatés. Des facteurs familiaux ne sont pas nécessairement présents. Néanmoins, des signes de souffrances psychiques, relationnelles ou scolaires sont à prendre en compte à ce stade de la consommation (Catry & al., 2006).

Dans le cas de consommation toxicomaniaque ou plus communément appelée problématique (Gisle & al., 2018 ; Eurotox, 2018), l’adolescent recherche l’effet anesthésie dans le produit. Il consomme régulièrement seul ou en groupe. Il présente de nombreux problèmes sur le plan scolaire et social. En effet, il a tendance à fréquenter des jeunes en situation marginale ou de rupture. Dans cette consommation, il est fréquent d’observer des facteurs de risques familiaux et individuels (Catry & al., 2006).

2.2 Fonctions de consommation

Afin de mieux comprendre les différents mécanismes liés à l’usage des drogues chez les adolescents, intéressons-nous d’abord aux différentes fonctions que procurent la consommation de certains produits.

Les conduites d’exploration et l’expérimentation de comportements dont la consommation de substances sont habituelles à l’adolescence. Ces expériences permettent, lorsque leur issue est favorable, de se définir une identité stable (Mantzouranis & Zimmermann, 2010). Ces conduites d’exploration leur seraient utiles en termes d’individuation et de socialisation. Un certain niveau de prise de risque chez les jeunes est normatif (Dworkin, 2016).

Les résultats de l’étude de Mantzouranis & Zimmermann (2010) indiquent que les conduites à risque telles que la consommation de l’alcool ou la pratique du ski hors-piste sont, pour la plupart, socialement acceptées. Par contre, celles qui contreviennent aux normes sociales telles que les vols ou les actes de vandalisme sont beaucoup plus rares. Il semblerait donc que les adolescents ne considèrent pas nécessairement de la même manière certains comportements définis comme « risqués » par les adultes.

L’étude de Shapiro, Siegel, Scovill & Hays (1998) met en évidence les motivations de la prise de risque chez les adolescentes. En premier lieu, ils révèlent une forte perception des bénéfices comme le plaisir et les sensations. Par contre, une autre raison concerne le stress et l’isolement affectif. Bien que la prise de risque à l’adolescence soit liée à une recherche de

(11)

6 plaisir, elle est aussi le reflet de certaines difficultés affectives. Nous aborderons ces problèmes émotionnels au fur et à mesure de la littérature.

A travers la consommation, les personnes essayent de trouver leur place dans un groupe social (Varescon, 2005 cité par Scroccaro, 2017). Michel, Le Heuzey, Purper-Ouakil &

Mouren-Siméoni (2001) précisent que les consommateurs d’alcool et de marijuana se disent soumis à l’influence des pairs. Les pairs peuvent avoir une incidence sur la perception des risques et des bénéfices.La consommation de substances prend une valeur sociale pour le jeune en favorisant son insertion dans le groupe de pairs.

Comme nous venons de l’aborder, les conduites d’exploration sont courantes chez les jeunes. Picherot (2014) précise que la plupart des personnes ne vont pas plus loin qu’une première expérience. Les personnes qui poursuivent cette expérience recherchent la sensation de trouver les solutions à leur mal-être. En effet, dans le contexte actuel, beaucoup de jeunes ne trouvent pas leur place dans la société. Dès lors, ils essayent de combler certaines de leurs attentes. Celles-ci sont spécifiques à chacun. Il faut également prendre en compte leurs conséquences personnelles. Grégoire & Mathys (2018) rapportent qu’une consommation relativement importante de stupéfiants et d’alcool évoque un besoin d’évasion.

A travers la consommation de certains produits, les jeunes vont avoir la sensation d’exister. A leurs yeux, il est plus facile d’essayer de régler leurs problèmes en recherchant la sensation que procure le produit. Malheureusement, ces sensations sont de courte durée. Les consommateurs ne vont plus profiter des effets du produit mais vont consommer en raison du manque du produit. Le temps de la dépendance devient alors un temps circulaire dans lequel ils se retrouvent bloquer. Le produit prend alors tout le dessus dans son existence (Picherot, 2014).

En outre, il existe deux types de conduites à risque : les conduites à risque comme recherche de limites et les conduites à risque comme recherche d’excès. Dans le cas de la recherche de limites, les adolescents cherchent des expériences. La recherche de limite et de sensation est un élément essentiel dans la crise d’adolescence. Grâce à ces expériences, le jeune apprend à se connaître (Dworkin, 2016). Dans le cas de la recherche d’excès, les jeunes ne veulent pas simplement tenter des expériences mais veulent aller jusqu’au bout. Ils peuvent avoir des ivresses répétées, un absentéisme scolaire fréquent, utiliser des moyens de transport sans respecter les règles, … De 5 à 10% des jeunes se trouvent dans ces conduites à risque (Picherot, 2014).

(12)

7 Il est important de préciser qu’une consommation n’entraîne pas obligatoirement une dépendance. En effet, une dépendance peut se développer lorsque l’adolescent trouve en elle des réponses à ses questions (Picherot, 2014).

WHO (2004) émet une distinction entre l’usage simple, l’abus et la dépendance d’un produit. Le comportement d’usage est plus déterminant que la substance consommée. Prenons l’exemple de l’alcool. Si un individu en consomme occasionnellement à faible quantité et sans risque pour la santé, il s’agit d’un usage simple. Par contre, même si un individu en consomme une seule fois mais que cette consommation entraîne de graves conséquences, il s’agit d’un abus. Si un individu en devient dépendant au point de perdre sa santé, son travail et sa famille, il s’agit alors d’une dépendance au produit. Cet exemple nous montre qu’une personne peut devenir dépendante de n’importe quel produit. Néanmoins, certaines substances, comme le tabac, ont le potentiel d’entraîner plus rapidement une dépendance et laisse moins de place à un usage simple ou un abus. Dans cette même optique, Picherot (2014) souligne le fait que l’usage de drogues dures n’entraîne pas forcément plus de complications dans la vie quotidienne que l’usage de drogues douces. En effet, certaines personnes peuvent avoir un usage dur des drogues douces et d’autres un usage doux des drogues dures. Le cannabis est le parfait exemple de cette distinction. Une minorité de personnes consommatrices de cette substance en font un usage dur et ont du mal à mener leur vie au quotidien. Cet usage peut entraîner des conséquences dommageables.Comme le confirment Schmits & Quertemont (2013), les concepts de « drogue douce » et « drogue dure », n’ont aucune valeur scientifique. Il est donc préférable de parler en termes d’usage et non de drogue douce ou dure.

A nos yeux, il était indispensable de clarifier ces concepts de « drogues dures » et

« drogues douces ». En effet, c’est bel et bien l’usage d’une drogue, quelle qu’elle soit, qui détermine la fonction recherchée par l’individu à travers sa consommation.

Varescon (2005) cité par Scroccaro, (2017), regroupe plusieurs fonctions d’usage de drogues. En effet, elle considère que les individus recherchent un plaisir facile et maîtrisable.

(Hunt, Evans & Kares, 2007 ; Moffat, Johnson & Shoveller, 2009). Une deuxième fonction est celle d’une aide à la facilitation des relations interpersonnelles grâce à l’abolition des inhibitions. Grâce aux drogues, les personnes tentent d’obtenir un effet d’automédication lorsqu’ils sont dans un malaise profond (Picherot, 2014). Certains individus recherchent également un rapport au risque (Hunt & al, 2007 ; Moffat & al., 2009). De plus, les consommateurs sont à la recherche d’un besoin de transgression et d’interrogation avec la loi.

(13)

8 D’autres poursuivent une forme d’autodestruction à travers leur consommation. Une dernière fonction reflète une inscription sociale dans des groupes. Toutefois, aucune de ces fonctions n’est spécifique. Elles peuvent disparaitre, apparaître et être multiples selon le consommateur, le contexte ou la trajectoire de vie et de consommation.

Pour résumer, les adolescents et les jeunes adultes ont le sentiment que certaines consommations sont bénéfiques à de nombreux égards. En effet, ils abordent le bien-être, les liens sociaux et la quête identitaire. Lorsque la consommation ne dépasse pas la limite de l’exploration et de l’expérience, elle est considérée comme normative dans le processus de développement chez l’adolescent. Toutefois, une minorité va au-delà des conduites d’exploration. Au fur et à mesure de la progression de notre recherche, nous allons tenter de mettre en lumière les différentes raisons qui poussent certains jeunes dans cette voie.

A présent, nous allons nous focaliser sur les fonctions spécifiques des trois substances principalement consommées par les adolescents : l’alcool, le tabac et le cannabis.

2.2.1 Fonctions spécifiques de l’alcool

L’alcool est une substance largement consommée par les adolescents depuis très longtemps (Johnston & al., 2020). Le comportement des jeunes vis-à-vis de l’alcool a changé au fil du temps. Michel & al. (2006) constatent une nette augmentation de la consommation toxicomaniaque et surtout des conduites d’ivresse. Cet attrait pour le risque semble très présent dans les conduites d’alcoolisation chez les jeunes. L’usage excessif de boissons alcoolisées peut être délétère en raison de ses conséquences aiguës. En effet, les jeunes semblent être attirés par cet usage excessif pour le sentiment qu’il leur procure. Il s’agit d’un sentiment d’omnipotence avec perte de contrôle. Des débordements, de multiples infractions et de comportements à risques peuvent avoir lieu sous l’influence d’une alcoolisation excessive. Parmi les substances utilisées, la bière semble être la boisson la plus consommée par les adolescents pour l’ivresse.

La consommation d’alcool chez les jeunes est motivée par la détente, le plaisir de la fête (Beck & Richard, 2014), l'habitude, l'imitation des pairs, la recherche de l'ivresse (Beck &

Richard, 2014), l'imitation des adultes, et enfin la résolution d'un mal de vivre (Malchair, 2013).

Selon Boys, Marsden & Strang (2001), les jeunes consomment de l'alcool pour s'intoxiquer mais également parce qu'ils pensent que cela les aidera à se détendre, rester éveillés la nuit tout en socialisant, à se sentir plus confiants, améliorer une activité et leur humeur. En outre, la recherche de la « défonce » ne concerne qu’une minorité de jeunes. Certains travaux soulignent

(14)

9 l’aspect compétitif de la consommation d’alcool, surtout entre les garçons, avec l’idée de « tenir l’alcool » (Beck & Richard, 2014).

2.2.2 Fonctions spécifiques du tabac

Plusieurs facteurs entrent en jeu dans l’initiation tabagique : la présence de fumeurs au sein de la famille ou des pairs, la pression sociale, l’adolescence, la sous-estimation de sa consommation tabagique et la surestimation de celle des autres, l’image positive sur le fait de fumer, un terrain dépressif, des résultats scolaires moyens et le vécu d’expériences douloureuses telles qu’un divorce, une grossesse, une maltraitance, … Le faux effet du tabac sur la prévention de prise de poids chez la population féminine est également un motif dans l’initiation du tabagisme. Ainsi, beaucoup d’éléments sont à prendre en considération pour comprendre la consommation du tabac chez les personnes. De plus, les raisons sont spécifiques et diverses à chaque consommateur (Okoli, Greaves & Fagyas, 2013).

Certains adolescents rapportent que fumer facilite l’accès à la vie sociale et au sentiment d’appartenance à un groupe (Stjerna, Lauritzen & Tillgren, 2004).

Selon Creamer, Delk, Case, Perry & Harrell (2018), les attentes liées à la réduction du stress sont importantes à la fois pour l'initiation et la susceptibilité aux produits du tabac. Leur étude démontre que les chances d'être sensible à la cigarette sont 8,6 fois plus élevées pour les étudiants qui approuvent l'attente concernant le stress. Cependant, des recherches antérieures ont trouvé une association entre les attentes de résultats relatives à la relaxation et la minceur, et les comportements tabagiques. Dans l'ensemble, les attentes concernant la capacité du tabac à réduire le stress semblent importantes pour les jeunes.

2.2.3 Fonctions spécifiques du cannabis

La consommation de cannabis est influencée par différents éléments : facteurs génétiques et environnementaux, l’influence des pairs, la consommation de substances comorbides telles que l'alcool ou le tabac ainsi que des symptômes psychopathologiques (Schmits & al., 2015).

Le cannabis agit sur le système nerveux central (Picherot, 2014). Il convient de souligner que l’usage de cannabis peut répondre à des motivations variées et ne se limite pas à un usage addictif (Eurotox, 2018). Certaines personnes consomment dans le but de trouver une détente et une désinhibition liée au produit (Picherot, 2014). D’autres individus sont des

(15)

10 consommateurs réguliers et utilisent la substance de manière auto-thérapeutique dans le but de soulager des douleurs somatiques, de l’anxiété et/ou des troubles du sommeil. D’autres personnes recherchent simplement un moyen de se détendre durant une soirée (Eurotox, 2018).

Le cannabis accentue une humeur déjà existante et qui est exacerbée avec la substance.

Les consommateurs ressentiront une accélération du pouls, des vertiges, de légers troubles moteurs, une dilatation des pupilles (Picherot, 2014).

Selon Expertise Collective (2001), cité par Picherot (2014), le cannabis provoque plusieurs effets psychiques. Grâce à sa consommation, la personne ressent une sensation de bien-être et une légère désinhibition. De plus, la substance lui procure un sentiment de relaxation, de légèreté, de flottement. Certaines personnes peuvent se retrouver dans un état d’ivresse transitoire et d’euphorie. Une diminution du libre arbitre ainsi qu’une intensification des perceptions sensorielles sont également constatées. Lorsque les effets s’estompent, le consommateur ressent une certaine fatigue et somnolence. Schmits & al (2015) confirment ces propos. En effet, les consommateurs sont à la recherche de plaisir, d'amusement, d'expérimentation, d'amélioration sociale ou de relaxation, ou la réduction de l'ennui, du stress ou de l'anxiété. En outre, les adolescents consomment pour les effets positifs procurés par la substance tels que les effets euphoriques, la relaxation et une réduction du stress. Toutefois, les effets négatifs sur la santé ou sur le contrôle du comportement sont associées à une réduction de la consommation.

Le cannabis peut provoquer de nombreux troubles comportementaux tels que des comportements de prise de risque ou des troubles de la motivation. En outre, cette substance a un impact sur les troubles sociaux sur les adolescents et les jeunes adultes. Enfin, ce produit peut induire des troubles physiologiques comme des symptômes respiratoires ou neurocognitifs, psychologiques tels que des troubles de l'anxiété ou de l'humeur (Patton et al., 2002 ; Looby and Earleywine, 2007 ; Zvolensky & al., 2010 ; Degenhardt & al., 2012 ; Thames & al., 2014 cités par Schmits & al., 2015).

Selon Crippa, Zuardi, Martin-Santos, Bhattacharyya, Atakan, McGuire & Fusar-Poli, (2009), les personnes anxieuses font état de taux élevés de consommation de cannabis, et les consommateurs fréquents de cannabis affichent une forte prévalence d'anxiété.Selon Buckner, Crosby, Silgado, Wonderlich & Schmidt (2012) cités par Schmits, Quertemont, et Boulard (2018),des niveaux élevés d'anxiété prédisent une consommation ultérieure de cannabis. Le cannabis aurait un effet d’automédication contre l’anxiété. Néanmoins, d’autres auteurs tels que

(16)

11 Tournier, Sorbara, Gindre, Swendsen, et Verdoux (2003) cités par Schmits & Quertemont (2018), ne sont pas d’accord avec ce lien.

Au milieu de l'adolescence, la relation entre l'anxiété sociale et la consommation de drogue reste floue. La relation entre les différentes formes d'anxiété (anxiété de trait et d'état ou anxiété sociale) et la consommation de cannabis n'est pas clairement démontrée.Selon Di Blasi, Pavia, Cavani, Lo Verso & Schimmenti, 2015 ; Di Blasi & al., 2017 ; Frojd, Ranta, Kaltiala- Heino & Marttunen, 2011 ; Schmits, Mathys & Quertemont, 2015, 2016 ; Schmits &

Quertemont, 2018 cités par Schmits & al. (2018), l’anxiété sociale peut protéger les adolescents de la consommation de cannabis. Toutefois, l'orientation de la relation (c'est-à-dire si l'anxiété est un facteur de risque ou de protection) reste controversée.

En outre, l’étude de Schmits & al. (2018) rapportent que l'hypothèse de l'automédication (fumer du cannabis pour les effets positifs attendus) n'est pas soutenue par leurs résultats obtenus. Toutefois, il est possible que les adolescents s'automédicamentent d'une autre manière.

La mesure de l'automédication, en particulier à l'adolescence, pourrait faire l'objet d'un examen plus approfondi.

Selon Chollet-Przednowed, 2003 ; Richard et Senon, 2000 cités par Schmits &

Quertemont (2013),l’intoxication au cannabis présente très peu de manifestations somatiques à court terme. Elle est surtout dominée par des signes d’origine neurologique. Une intoxication légère ne produira pas les mêmes effets qu’une intoxication sévère. En effet, lorsqu’elle est légère, elle entraîne une ivresse légère et euphorique, associée à une somnolence, ainsi que quelques signes somatiques mineurs (yeux rouges, éventuellement crampes abdominales).

Lorsqu’elle est modérée, le consommateur ressent une désinhibition, une labilité de l’humeur, des accès de rire, un ralentissement psychomoteur, des troubles de la mémoire et de l’attention ainsi qu’une incapacité à réaliser des tâches multiples. Lorsque l’intoxication est sévère, elle entraîne une dysphorie, des troubles du langage, une bradypnée, une atteinte de la coordination motrice, une faiblesse musculaire, des tremblements, des secousses myocliniques et un élargissement du diamètre pupillaire.Ces manifestations sont de courte durée et disparaissent quelques heures après la fin de la consommation.

En outre, Schmits & Quertemont (2013) rappellent que les effets psychoactifs sont ressentis par les consommateurs de manière très variable selon le sujet, le produit et l’environnement. Lors d’une consommation régulière et importante, de nombreuses manifestations somatiques chroniques peuvent apparaître telles que des altérations respiratoires,

(17)

12 un affaiblissement de la fonction immunitaire, des risques cardiovasculaires, des problèmes endocriniens, des risques de cancérisation et des troubles du comportement alimentaire. Ces manifestations dépendent des antécédents du consommateur et de son niveau de consommation.

Selon Schmits & Quertemont (2013), l’abus sévère de cannabis est susceptible de provoquer une série d’effets chroniques néfastes. Bien que la majorité des consommateurs font un usage « doux » du cannabis, nous pouvons néanmoins identifier une minorité de consommateurs problématiques. Eurotox (2018) rapporte que chaque personne est confrontée à des facteurs de risque et de protection qui déterminent la probabilité de développer un usage problématique. Ainsi, selon Schmits & Quertemont (2013), le passage vers un usage problématique est généralement progressif et consécutif à une confrontation avec diverses difficultés (sociales, familiales, scolaires, professionnelles, psychiatriques, ...). Ces personnes peuvent être soumises à des inégalités sociales. De plus, le contexte socioéconomique et culturel actuel peut favoriser l’émergence des usages nocifs et problématiques. Si l’individu ne parvient plus à faire face efficacement à ses problèmes, la substance prend alors une fonction réparatrice, stabilisatrice ou anesthésiante (Eurotox, 2018).

A l’heure actuelle, le cannabis est capable de provoquer une dépendance tant psychologique que physique chez une minorité de gros consommateurs. La dépendance physique se manifeste par une irritabilité, une anxiété, une diminution de l’appétit, une agitation et une perturbation du sommeil. Il est important de spécifier que la dépendance psychologique et physique au cannabis est moins sévère que celle induite par l’alcool, la cocaïne ou l’héroïne.

En outre, elle ne concerne qu’une minorité des consommateurs de cannabis (Schmits &

Quertemont, 2013).Il est important de préciser que la consommation fréquente de cannabis n’est pas une condition nécessaire pour développer des symptômes de la dépendance (Dennis, Babor, Roebuck & Donaldson, 2002). En outre, la consommation de cannabis à l'adolescence peut augmenter le risque de comportements de dépendance à l'âge adulte, surtout pour les personnes vulnérables (Schmits & al., 2015).

(18)

13

3. Les différents modes de consommation

Il est important d’identifier et de comprendre les différents modes de consommation des jeunes à l’heure actuelle. En effet, les adolescents peuvent consommer une substance de différentes façons. A travers la littérature, nous allons nous intéresser à la consommation récréative, au binge drinking et à la poly-consommation. En outre, nous aborderons l’addiction.

3.1 La consommation récréative

Les consommations strictement solitaires se révèlent rares à l’adolescence. Leur consommation a surtout lieu le weekend, entre amis, dans des occasions festives correspondant à un événement particulier comme un anniversaire ou un mariage. Cela suggère que les consommations d’alcool des jeunes de 17 ans ont lieu la plupart du temps dans un cadre festif et convivial (Beck & Richard, 2014).

Il apparaît que la majorité des individus consomment du cannabis de manière occasionnelle, probablement dans un contexte festif. Seulement une faible proportion en consomme de manière régulière (Eurotox, 2018). Picherot (2014) rapporte qu’une consommation régulière pose problème mais une consommation à titre occasionnel peut également avoir des effets négatifs sur des jeunes plus fragiles. En effet, une consommation occasionnelle de cannabis peut causer des difficultés au niveau de la perception, de l’attention et de la mémoire immédiate.

Comme nous l’avons déjà abordé dans les fonctions de consommation, nous avons relevé qu’il existe une distinction entre l’usage simple, l’abus et la dépendance. En plus de cette distinction, Tomberg (2010) identifie trois états progressifs dans la consommation d’alcool : l’intoxication, la tolérance et la dépendance. Nous aborderons la tolérance et la dépendance dans la partie « L’addiction » de cette recherche.

L’intoxication alcoolique est un syndrome spécifique dû à une consommation aiguë.

Elle va alors produire des changements comportementaux et/ou psychologiques sur le système nerveux central. Cette intoxication est souvent liée à ce qu’on appelle la consommation sociale.

Elle entraine une réduction de l’anxiété, produit des altérations de l’humeur, de l’excitation, une sédation légère et une attention altérée. Cette intoxication aiguë apparait également chez les consommateurs appelés « binge drinkers ». Nous allons l’aborder ci-dessous.

(19)

14 A l’heure actuelle, une grande majorité d’adolescents consomment de manière sociale et festive. Cette consommation n’entraîne pas de problèmes conséquents pour la suite de leur développement. Malheureusement, un nouveau mode de consommation apparaît de plus en présent dans la société chez les jeunes. Il s’agit du binge drinking. Nous allons essayer de mieux comprendre ce mode de consommation.

3.2 Le binge drinking

Les adolescents actuels ont tendance à avoir un mode de consommation associé à un usage excessif de la boisson : le binge drinking. Le binge drinking consiste en un mode de consommation excessive d’alcool fréquemment observé chez les jeunes. Ce mode de consommation consiste en l’absorption de grandes quantités d’alcool dans un intervalle de temps assez court qui conduit rapidement à une intoxication. Gisle & al. (2018) nomment également ce concept d’ivresse ponctuelle qui représente une pratique régulière chez plus d’une personne sur dix (11%) : 7% la réitère tous les mois, plus 4% toutes les semaines. Selon Tomberg (2010), le binge drinking est considérée comme une consommation ponctuelle immodérée. Il s’agit d’une forme de consommation d’alcool particulièrement préoccupante (Johnston & al., 2020). En effet, elle semble être la plus courante avec des taux élevés chez les jeunes âgés de 12 à 20 ans. Or, à cet âge, le cerveau n’est pas encore mature.

L’intoxication équivaut à un niveau d’alcoolémie d’environ 0,08 mg/l. Un homme arrive à ce niveau d’alcoolémie s’il boit 6 verres en moins de 2 heures et une femme si elle boit 4 verres en moins de 2 heures (Gisle & al., 2018 ; Johnston & al., 2020).

Le binge drinking est caractérisé par des alternances répétées entre de fortes consommations et des périodes de sevrage. (Lannoy & al., 2018 ; Lannoy & al., 2019) rapportent que cette consommation représente un problème de santé dans les sociétés occidentales. En effet, il s’agit d’un facteur de risque important pour le développement de troubles graves de la consommation d'alcool.

Ce mode de consommation est clairement dangereux pour le consommateur et la société.

En effet, elle est fortement associée aux comportements dangereux et aux accidents de la circulation (Tomberg, 2010).

Selon Miller & al. (2007), peu d’études abordent les caractéristiques des mineurs qui ont une consommation ponctuelle immodérée d’alcool et sur leurs comportements à risque pour leur santé.

(20)

15

3.2.1 Prévalence

La prévalence du binge drinking hebdomadaire s’élève à 8 % chez les Wallons de 15 ans et plus. Elle est nettement plus élevée chez les hommes que chez les femmes. Ce comportement est plus fréquent chez les jeunes, en particulier chez les 15-24 ans (12,2 %). Chez les adolescents, nous constatons que la différence de genre est peu marquée. La prévalence de la consommation quotidienne à risque est de 5,2 % dans la population wallonne de 15 ans et plus. Elle augmente avec l’âge mais la différence de genre est peu marquée : il semble y avoir autant de femmes que d’hommes qui consomment quotidiennement une quantité excessive d’alcool (Eurotox, 2017).

18,9% des individus de 15 ans et plus s’hyper-alcoolisent moins d’une fois par mois, 19,8% le font une à plusieurs fois par mois, 7,0% le font une à plusieurs fois par semaine et 0,6% consomme 6 verres ou plus par occasion tous les jours. Au total, 7,6% de la population s’hyper-alcoolisent de 1 à 7 jours par semaine. Le pourcentage de personnes qui s’adonnent à cette pratique hebdomadaire ne diminue pas dans le temps. La stabilité des taux sur ces 10 dernières années est confirmée (Gisle & al., 2018). Nous remarquons que le binge drinking ne diffère pas selon le niveau d’instruction (Eurotox, 2017).

La prévalence de l’hyper-alcoolisation hebdomadaire diminue graduellement au sein des groupes d’âge, de 10,4% chez les plus jeunes à 2,9% chez les séniors.L’abus d’alcool au cours d’une même occasion est plus courant et plus fréquent chez les 15-24 ans (Gisle & al., 2018).

La consommation quotidienne a augmenté de manière progressive et significative depuis 1997 en Wallonie. Par contre, l’usage problématique sur la vie, la surconsommation hebdomadaire et l’hyperalcoolisation hebdomadaire sont restés stables au cours du temps (Eurotox, 2017).

3.3 La poly-consommation

La poly-consommation consiste en une consommation de plusieurs substances psychoactives avec une certaine fréquence afin de renforcer ou modifier leurs effets. C’est un mode de consommation qui peut se révéler dangereux parce que les effets des combinaisons de produits sont encore peu connus (Deschenau, Iftimovici & Touzeau, 2016).

(21)

16 L’adolescence est l’âge des poly-expérimentations mais également des poly- consommations dans plein de domaines. Pour le jeune, il devient indispensable de faire des expériences qui sont propres aux adultes. Ces nouveautés qu’il ne pouvait réaliser dans son enfance se traduisent par des changements de looks, sortir plus tard, prendre des risques, ...

Mais aussi consommer des substances. Les causes de ce phénomène sont notamment dues à l’accès facile à certaines drogues mais également à l’expérimentation afin de se conformer dans la société actuelle (Deschenau & al., 2016).

Selon Cassen & Delile (2008), il existe une comorbidité entre les consommations de substances multiples et les troubles psychiatriques. Certains troubles psychiatriques augmentent le risque de présenter une poly-consommation problématique. A l’inverse, cette consommation de substances multiples peut également être à l’origine de troubles psychiatriques. Les troubles des conduites sont les troubles psychiatriques les plus fréquemment retrouvés chez les adolescents qui consomment plusieurs substances en même temps. Les troubles de l’humeur, et surtout la dépression, sont parfois antérieurs et consécutifs aux usages de drogues. Ils sont également un facteur de risque pour des comportements suicidaires. Parmi les autres troubles psychiatriques, on retrouve aussi les personnes atteintes de troubles anxieux qui sont consommatrices de drogues. Il existe également une association avec les personnes souffrant de boulimie et de schizophrénie.

Quelle que soit l’association des substances, la poly-consommation doit être considérée comme un facteur de gravité à divers niveaux. Au niveau neurobiologique, il existe des interactions particulièrement dangereuses. Au niveau psychosocial, un risque accru d’incidents sévères à court terme est présent (intoxications aiguës, accidents, troubles du comportement,

…). Il y a également un risque d’évolution vers une addiction sévère à moyen terme. Au niveau symptomatique, elle peut exprimer et aggraver des difficultés psychologiques et/ou familiales (Cassen & Delile, 2008).

3.3.1 Prévalence

Au cours de leur adolescence, la majorité des jeunes finissent par essayer au moins une substance. 75 % d’entre eux essayent le tabac et l’alcool et 50 % le cannabis. On constate une différence entre les deux sexes au niveau de la consommation de plusieurs substances. En effet, 2 garçons sur 10 et 1 fille sur 10 sont poly-consommateurs réguliers. Les filles associent généralement le tabac et le cannabis alors que les garçons rajoutent l’alcool au tabac et au cannabis (Cassen & Delile, 2008).

(22)

17 En 2014, la consommation régulière d'au moins 2 des substances parmi l’alcool, le tabac et le cannabis touche 12,8 % des jeunes de 17 ans. C’est un phénomène en augmentation depuis 2010 (Deschenau & al., 2016).

Selon Deschenau & al. (2016), il existe 3 catégories selon l'étendue des consommations : - Les usages d'ampleur limitée associant alcool, tabac et cannabis ;

- Les usages d'ampleur modérée, associant amphétamines et dérivés ;

- Les usages d'ampleur étendue incluant toutes les autres drogues illicites, ainsi que le mésusage de psychotropes et traitements opioïdes hors prescription ;

Les personnes qui font l’usage d’une poly-consommation d'ampleur limitée dans l'adolescence augmenteraient le risque d’une poly-consommation d'ampleur étendue à l'âge adulte. Chez les jeunes de 12–17 ans, le poly-usage d'ampleur étendue est relativement rare (2

%). Par contre, il augmente fortement chez les 18–29 ans (13,5 %) (Deschenau & al., 2016).

Selon une étude récente (Lewis, Hoffman & Nixon, 2014), les taux de consommation de drogues et les âges repères varient selon le sexe et la drogue. Pour la consommation du cannabis, le passage d’un usage régulier à un usage problématique prendrait 0,7 années aux femmes. Il prendrait 2 années aux hommes et expérimenteraient le cannabis en moyenne plus d'un an avant les femmes. Malheureusement, la recherche au niveau des outils pharmacologiques pour les sevrages multiples est encore faible.

3.4 L’addiction

La majorité des adultes souffrant d'un trouble lié à la consommation de substances ont commencé à en consommer avant l'âge de 18 ans et développent leur trouble avant l'âge de 20 ans, ce qui souligne la nécessité de retarder le plus possible le début de la consommation de substances (Dennis & al., 2002).

Comme nous l’avons évoqué précédemment, Tomberg (2010) a identifié trois états progressifs dans la consommation d’alcool : l’intoxication, la tolérance et la dépendance. Nous allons aborder la tolérance et la dépendance. La tolérance à l’alcool est décrite comme la nécessité d’augmenter les quantités d’alcool afin d’obtenir l’effet désiré ou de diminuer les effets en continuant à consommer la même quantité d’alcool. La dépendance à l’alcool, quant à elle, est décrite comme une perte croissante de contrôle sur la consommation malgré l’apparition de conséquences négatives (Tomberg, 2010).

(23)

18 Une consommation excessive entraîne une sédation profonde, des troubles cognitifs, une amnésie ainsi qu’une perte de coordination motrice. Les individus normaux peuvent ressentir une perte de conscience, une diminution de la ventilation et un risque de décès. Par contre, ces effets sont moins prononcés chez les alcooliques chroniques puisqu’ils tolèrent des niveaux plus élevés d’alcool (Tomberg, 2010).

L’usage de substances répond à des besoins tels que se soigner, prendre du plaisir ou expérimenter des états modifiés de conscience (Escohotado, 1995 ; Rosenweig, 2008 cités par Eurotox, 2017). Lorsqu’une personne expérimente positivement l’usage d’une substance, elle est en mesure de réitérer cette expérience. Dès lors, elle peut rentrer dans des modes de consommation appelés récréatif, ponctuel ou régulier (Eurotox, 2017).

La dépendance ou l’addiction se traduit par le fait « de ne plus pouvoir se passer d’une substance ou d’une expérience ». Elle se rencontre généralement pendant l’adolescence. Cette dépendance va alors prendre une grande place dans la vie du jeune. Dans un monde qu’il ne maîtrise pas et où il ne trouve pas sa place, il va alors répéter un comportement qu’il pense maitriser mais ce n’est pas le cas. Lorsqu’elle est sévère, la dépendance devient une forme d’effacement de soi (Picherot, 2014).

Malchair (2013) ajoute qu’il s’agit d’une période critique pour l’entrée en addiction. Un adolescent addict met en danger son avenir au niveau de sa scolarité, de son développement physique et neuronal. L’addiction est un véritable problème de santé publique. De plus, la ligne de partage entre une addiction et une consommation n’est pas simple. La consommation est acceptée, banalisée. Tandis que l’addiction est cachée, minimisée, et dramatisée par l’entourage.

Dans un contexte d’avenir incertain et de dévalorisation concernant les jeunes, les pratiques addictives deviennent des solutions à cette réalité pressante et oppressante « de ne pas y arriver » (Le Garrec, 2011).

Pour l’adolescent, le recours à la dégradation de ses processus psychiques sert à maintenir un lien avec l’objet. Le passage à l’acte devient primordial afin de sauvegarder son identité. Le jeune restitue un rôle actif et suscite une réaction de son entourage. La toxicomanie est donc un problème majeur dans notre société (El Khoury, 2016).

(24)

19 L’adolescence est une période particulière concernant le développement des systèmes cérébraux. Ces systèmes sont plus fragiles et plus vulnérables. Dès lors, l’installation des mécanismes d’addiction peut compromettre leur bon développement (Picherot, 2014).

Dans les années 1970-1980, les premières théories addictives posèrent comme postulat

« qu’un individu consomme initialement une substance pour le plaisir qu’elle lui procure, c’est- à-dire la récompense. Le sujet va alors répéter ses prises. ». De plus, la découverte d’une voie stimulée par les drogues d’abus est établie : on parle de système de récompense (Picherot, 2014). Des théories ont suggéré un "déséquilibre" dans le développement du cerveau qui sous- tend une propension aux comportements à risque, y compris la consommation de substances.

En effet, pendant l'adolescence, les émotions et les systèmes de récompense se développent avant les systèmes de contrôle cognitif (Casey & al., 2008 ; Somerville & al., 2010).Dès lors, les décisions des adolescents peuvent être basées sur des processus cérébraux favorisant la récompense immédiate plutôt que la prise en compte des conséquences à plus long terme (Gray

& Squeglia, 2018).

Selon Paul (2006), la consommation de drogues est initiée principalement pour obtenir les actions excitatrices des drogues addictives sur les systèmes de récompense du cerveau.

Paradoxalement, une consommation excessive peut diminuer l’activité des systèmes de récompense. Cette diminution se traduit par des seuils d’autostimulations intracrâniens élevés chez les rats. Ces seuils provoquent alors des mécanismes compensatoires pour contrer les effets des drogues. En outre, des stimuli environnementaux associés de façon répétée à des injections de drogues pourraient augmenter l’activité des systèmes de récompense. Les déficits de récompense associés au sevrage pourraient donc être liés à des stimuli environnementaux qui fournissent une source potentielle de renforcement négatif conditionné, ce qui motiverait la prise compulsive de drogue. Néanmoins, le rôle du sevrage conditionné dans la prise de drogues est controversé depuis de nombreuses années.

Au cours de la croissance, les projections limbiques sont développées plus tôt que les projections corticales. Ce déséquilibre entre ces systèmes crée une différence de maturité. Cet état a lieu uniquement au moment de l’adolescence. Ce décalage au niveau de la maturité pourrait expliquer l’impulsivité et la prise de risque observée de façon plus importante chez les adolescents que chez les adultes (Somerville & al., 2010 ; Picherot, 2014). De plus, les adolescents passent plus de temps avec leurs pairs qu’avec leurs parents. Ce changement dans les interactions sociales peut influencer l'augmentation de la réactivité émotionnelle. En outre,

(25)

20 étant donné l'augmentation des choix et des comportements à risque pendant l'adolescence, il semble que la valeur des informations positives et négatives soit exagérée (Casey & al., 2008).

Un exemple de comportement à risque est la consommation de substance psychoactive telle que la prise d’alcool, de tabac et de cannabis (Picherot, 2014).

Lorsque l’adolescent est confronté à un stress précoce dans sa vie, cela peut induire un comportement de recherche de drogue à un plus jeune âge. Les conséquences de l’exposition à un élément stressant varient chez un adolescent par rapport à un adulte (Picherot, 2014).Gray

& Squeglia (2018) rapportent qu’une altération du développement du cerveau due à l'exposition à des neurotoxines pendant l'adolescence, en particulier la consommation d'alcool et d'autres drogues, pourrait ouvrir la voie à des problèmes cognitifs à l'âge adulte, ce qui aurait des conséquences fonctionnelles tout au long de la vie. Le développement cérébral du jeune est donc plus vulnérable (Picherot, 2014). Plusieurs études longitudinales (Hanson, Cummins, Tapert & Brown, 2011 ; Meier & al., 2012 ; Jacobus & al., 2015) nous montrent une dégradation des performances cognitives chez les jeunes consommateurs de cannabis et d’alcool.

L'adolescence est une période clé afin d’explorer les premières expériences concernant la consommation du cannabis. Comme nous l’avons déjà abordé, l’adolescence est caractérisée par un passage stressant de l'immaturité à la maturité et impliquent des changements comportementaux et cognitifs. Par rapport aux adultes, ils subissent davantage de facteurs de stress et d'événements négatifs. De plus, ils réagissent et interagissent de manière très différente avec leur environnement (Jessor, 1993 ; Collins, 2001 cités par Schmits, Maurage, Thirion &

Quertemont, 2015).

Schmits & Glowacz (2019) précisent que la consommation de substances et les comportements délinquants sont des comportements fréquents chez les jeunes. Même si les chemins de la consommation de drogues et de la délinquance sont liés, il existe une certaine indépendance entre les deux. Schmits & Glowacz (2019) ont réalisé une étude sur 608 jeunes âgés de 15 à 25 ans. Selon les résultats de l’étude, l'âge, l'impulsivité, les distorsions cognitives, l'empathie et l'agressivité ont été associés de manière significative à la délinquance. En effet, les personnes plus âgées et les individus présentant de l'impulsivité, des distorsions cognitives et de l'agressivité étaient plus à risque de déclarer la délinquance. Par contre, les individus avec plus d’empathie étaient moins à risque. Nous relevons que la relation positive entre la délinquance et les distorsions cognitives est plus forte chez les adolescents. En outre, l'âge, le sexe, l'impulsivité et l’empathie sont associés de manière significative à la consommation

(26)

21 d'alcool. En effet, les personnes âgées, les hommes et les personnes impulsives étaient plus à risque de consommer de l'alcool. Par contre, les personnes plus empathiques étaient moins à risque. Les résultats ne montrent aucune relation significative avec les distorsions cognitives et l'agressivité. Néanmoins, nous constatons une relation positive plus forte entre l’agressivité et la consommation d’alcool chez les adolescents. Enfin, l'âge et l'impulsivité étaient significativement associés à la consommation de cannabis. Les personnes âgées et les personnes impulsives consomment plus de cannabis. Nous remarquons que la relation positive entre l’agressivité et la consommation de cannabis et la relation négative entre l’empathie et la consommation de cannabis est plus forte chez les adolescents.

Picherot (2014) indique que la dépendance est un passage dans la vie de certaines personnes. Elle ne dure pas indéfiniment. Certains s’en sortent grâce à leurs ressources personnelles, d’autres ont besoin de l’aide de professionnels. Pour l’aider dans son comportement à rompre cette dépendance, il est essentiel que la personne trouve une raison d’être. Afin de retrouver son autonomie complète, la personne doit trouver une réponse au manque qui l’avait poussée à consommer et à devenir dépendante du produit.

4. Les différents types de consommation

Nous venons de nous concentrer sur les fonctions et sur les modes de consommation.

Afin de progresser dans notre compréhension des différents processus liés à l’usage de drogues à l’adolescence, nous allons à présent continuer à nous intéresser à l’alcool, au tabac et au cannabis. Il s’agit des premières substances addictives auxquelles les jeunes s’adonnent (Gray

& Squeglia, 2018). Tout d’abord, examinons la notion de substance psychoactive.

4.1 Substance psychoactive

Il est essentiel d’aborder la notion de substance psychoactive. Selon World Health Organization (2004), une substance psychoactive est une « substance qui possède la capacité de changer la conscience, l’humeur ou les processus de pensées d’une personne ». L’alcool, le tabac et le cannabis sont des substances psychoactives. Ces drogues agissent dans le cerveau sur des mécanismes qui régulent les fonctions de l’humeur, de la pensée et de la motivation.

L’utilisation de ces substances est définie en trois catégories selon leur statut socio-légal.

Premièrement, ces produits sont utilisés comme médicaments. Ils soulagent la douleur, les

(27)

22 troubles de l’humeur et favorisent le sommeil. Deuxièmement, ces substances peuvent être consommées de façon illégale ou illicite.Le cannabis, la cocaïne, l'ecstasy, l'héroïne et d’autres stimulants sont des substances dont la production, la détention, la vente et leur usage sont interdites et réprimées. Malgré cette interdiction, leur usage est répandu chez les jeunes.

L’illégalité peut rajouter un frisson supplémentaire à leur consommation. Troisièmement, certaines substances comme l’alcool et le tabac peuvent être consommées légalement ou licitement. Quel que soit le but de cette consommation, les propriétés psychoactives de ces substances accompagnent son utilisation. Ces personnes s'attendent à tirer profit de leur consommation, que ce soit par l'expérience du plaisir ou par l'évitement de la douleur. Le bénéfice n'est pas nécessairement tiré directement de l'action psychoactive de la substance.

Quelqu'un qui boit de la bière avec des collègues peut être plus motivé par le sentiment de camaraderie que cela procure que par l'effet psychoactif qu’il procure. Cependant, l'effet psychoactif reste présent. En effet, la consommation de substances psychoactives comporte un potentiel de dommages, que ce soit à court ou à long terme. De tels dommages peuvent résulter de la quantité cumulative de substance psychoactive utilisée. Des effets néfastes peuvent également résulter du mode d'utilisation, ou de la forme ou du support sous lequel il est ingéré.

(WHO, 2004).

Les principaux effets d’une substance psychoactive peuvent être chroniques (cancer du poumon, …), biologiques (overdose, perte de concentration, …) et/ou avoir des conséquences sociales négatives (défaillances dans la vie professionnelle, …). De plus, la consommation de ces substances peut entrainer une dépendance. Cette dépendance modifie le contrôle et la volonté du consommateur. Cette consommation devient alors habituelle et non maîtrisée (WHO, 2004).

Un élément à aborder également est la notion de psychoactivité. Reuter & Pardo (2017) questionnent le fait que la psychoactivité soit définie de manière conceptuellement claire. En effet, selon le projet de loi sur les substances psychoactives, une substance psychoactive

« affecte la fonction mentale ou l'état émotionnel d'une personne en stimulant ou en déprimant le système nerveux central ». Cette définition est trop large. Elle implique que toute substance, autre que celles exemptées, présente au moins le risque de causer un préjudice. En outre, elle inclut les nouvelles substances mais aussi certaines substances dont on sait qu'elles ont un effet minimal ou modéré. The Advisory Council on the Misuse of Drugs (ACMD) a donc décidé de définir une substance psychoactive comme « tout composé capable de produire une réponse pharmacologique sur le système nerveux central ou qui produit une réponse chimique in vitro,

(28)

23 identique ou pharmacologiquement similaire à des substances contrôlées en vertu de la loi de 1971 sur l'abus de drogues ». Toutefois, cette définition exige une évaluation continue des dommages des nouvelles substances afin de déterminer si une substance affecte le cerveau humain.

4.2 L’alcool

Selon Verhaeghe & al. (2017), l'alcool représente un problème mondial qui affecte la santé et le bien-être économique des sociétés en raison d'un certain nombre d'événements indésirables. Gisle, Demarest & Drieskens (2018) confirment que la consommation d’alcool reste dangereuse pour la santé, même à des doses modérées. Néanmoins, elle fait partie de notre culture.

Chaque année, l'alcool est responsable de 3,3 millions de décès (5,9 % de tous les décès dans le monde) (Verhaeghe & al., 2017 ; Gisle & al., 2018). Les dommages liés à l’alcool dépendent de différents facteurs tels que la manière de consommer, la durée et la quantité. La consommation d’alcool est nocive pour le consommateur et impacte l’entourage familial, social et professionnel. Il présente également des répercussions économiques sur l’ensemble de la société (Gisle & al., 2018). Ce produit augmente également le risque de développer un certain nombre de maladies, notamment la cirrhose du foie, les troubles neuropsychiatriques, les cancers, les maladies circulatoires et les blessures telles que les accidents de la route et les chutes (Verhaeghe & al., 2018).

L’usage de l’alcool est impliqué dans des traumatismes corporels et psychologiques dus à des actes de violence, d’agressions ou d’accidents sous influence. En outre, l’alcool peut rapidement entrainer une dépendance. A dose élevée, il provoque le coma éthylique et peut s’avérer fatal. Lorsque la consommation d’alcool est susceptible d’aboutir à des effets nocifs, elle est considérée comme critique. Une consommation critique peut entraîner des décès et des incapacités tôt dans la vie. En effet, un décès sur quatre parmi les adultes de 20-39 ans est attribuable à l’alcool (Gisle & al., 2018).

Selon Malchair (2013), la consommation d’alcool présente la particularité de représenter des motivations proches des autres consommations mais qui sont intégrées, au départ, dans un fonctionnement social normal. En outre, l’alcool est la substance que les jeunes commencent à consommer en premier (Catry & al., 2006).

(29)

24 Gisle & al. (2018) rapportent que la population a tendance à diminuer sa consommation d’alcool. Néanmoins, les modes de consommation tels que l’hyper-alcoolisation et le binge drinking, qui touchent particulièrement les jeunes et les hommes, n’ont pas baissés et restent présents dans notre société.

Selon Miller, Naimi, Brewer & Jones (2010), la consommation d’alcool chez les mineurs contribue aux trois principales causes de décès, à savoir les blessures non intentionnelles, homicides et suicides.Plusieurs études ont montré les conséquences sanitaires et sociales néfastes de la consommation d'alcool chez les mineurs telles que le fait de négliger ses responsabilités, de se bagarrer, de manquer l'école, de conduire après avoir bu, d'avoir un comportement suicidaire et d'adopter un comportement sexuel à risque. La consommation d'alcool chez les mineurs est également associée au port d'armes, à la consommation de drogues illicites et à des activités sexuelles non protégées. En outre, pendant l’adolescence, certains effets à long terme de la consommation d'alcool peuvent se traduire par un risque accru de dépendance à l'alcool, des troubles de l'apprentissage et de la mémoire.De plus, nous relevons que la consommation d'alcool chez les mineurs est associée à d'autres comportements à risque pour la santé tels que le fait de ne pas porter de casque en faisant du vélo, d'avoir des relations sexuelles à un âge précoce et avec des partenaires multiples, et de consommer des drogues illicites. Plusieurs études non transversales ont démontré que la consommation d'alcool et/ou le binge drinking étaient associés à des comportements à risque pour la santé tels que la violence dans les relations amoureuses, les rapports sexuels non protégés et le comportement suicidaire.

4.2.1 Prévalence

Selon une étude du CRIOC, la consommation d'alcool est particulièrement importante chez les jeunes. En effet, elle subit une banalisation sociale. Comme on peut le constater, deux tiers des jeunes de 10 à 17 ans ont déjà bu de l'alcool : à 10 ans, 25 % et à 17 ans, 88%. En moyenne, les adolescents boivent leur premier verre d’alcool vers 11-12 ans (Malchair, 2013).

Selon Van Wel & al. (2016), les données de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) montrent que 66 % des habitants européens de plus de 15 ans ont consommé de l'alcool au cours des 12 derniers mois. En 2018, 76,6% de la population belge de 15 ans et plus ont consommé une boisson alcoolisée au cours des 12 derniers mois (Gisle & al., 2018). De plus, 6 % des habitants belges de plus de 15 ans boivent à des niveaux potentiellement dangereux pour leur santé (Van Wel & al., 2016). En outre, 16,8% de la population n’ont jamais touché à de l’alcool

Références

Documents relatifs

Cette protéine SDH5, encore appelée SDHAF2 (SDHA factor 2), interagit avec la sous-unité A de la SDH en en permettant sa flavination. Ce processus semble indispensable à la formation

JL Archimbaud CNRS/UREC Interconnexion et conception de réseaux 2002 303. Réseau « solide » : tolérance

tions, where each location consists of both a data tree (which contains scripts and pointers to nodes in trees at different locations) and a process, for modelling process

sieurs reprises ( 9 ) que, pour le même matériel animal, ses variations en reflé- taient pas toujours fidèlement les différences que peut présenter la valeur

The proposed approach aims to overcome communication problems between technical and functional experts by organizing needs specification in a common language and by

To explain why the restricted possibility of chromatin fibres to pass through each other should compress the chromosome fibres of individual chromosomes let us discuss briefly some

Une telle étude devrait permettre de mieux quan- tifier le risque d'accident lié à la consommation de stu- péfiants, à condition qu'il soit établi que les prélève- ments

[r]