Martine NAPOLEONE, T. GILLET
INRA SAD Unité
d ’Eco d éve l op p ement
tDomaine Saint-Paul 84143 Montfavet
(
*
)
Centre d’Etude etde RéalisatioIJ Pastorale
(CERPfIMJ
Route de la DuraIJce 04100
Manosque
Profil de production
du troupeau
et système d’élevage caprin de la région
Provence Côte d’Azur
En mettant
enrelation la courbe de production laitière du troupeau et les pratiques de conduite des exploitants,
noustenterons de comprendre les logiques de fonctionnement d’exploitations caprines laitières de la région
Provence - Alpes - Côte d’Azur,
apriori très diverses, et de raisonner leur capacité à valoriser l’espace pastoral. Plus que l’élaboration d’une typologie
de fonctionnement, le but de
cetexte est d’apporter des éléments de réflexion quant à l’intérêt d’aborder des exploitations par l’analyse des pratiques de leurs gestionnaires.
Les espaces pastoraux de la
région
ProvenceAlpes
Côte d’Azur(PACA)
sontlargement exploités
par des éleveurscaprins spécialisés.
Ces
élevages présentent
uneimportante
diver-sité de type de
troupeau,
de mode deconduite,
et de
productions
laitières réalisées.Il
importe
de savoir si ces différences sontimputables
à des niveaux de maîtrisetechnique différents,
ou à desobjectifs particuliers.
Cediagnostic
nécessite « lacompréhension
desprojets
individuels et la connaissance du fonc- tionnement deJ’exploitation » (Capillon
etManichon
1978). Cependant,
les choix indivi- duels ne sont pastoujours
facilementpercepti-
bles auregard
des informationsclassiquement
collectées sur les
exploitations (bilans
techni-ques et
économiques
annuels -caractéristiques
structurelles de
l’exploitation).
Un ouplusieurs
indicateurs
qui pourraient
être reliés aux choix de conduite refléteraient lesobjectifs
de pro- duction de l’éleveur etprésenteraient
donc unintérêt
particulier
pour proposer un conseiltechnique adapté.
Ainsi, en 1986, un groupe de travail INRA- SAD, CERPAM, EDE de la
région
PACA aessayé,
àpartir
des données collectées lors de suivis réalisés enexploitations,
de :-
dégager
un(ou des) indicateur(s)
de conduite facilementdisponible(s)
sur uneexploitation.
En
particulier,
le groupe s’estinterrogé
sur lapossibilité
de mettre en relation leprofil
de lacourbe de
production
du troupeau et les diffé-rents éléments de conduite de
l’exploitation
pour aider à identifier les
logiques
de fonction-nement de
chaque système
observé.- raisonner la
place
et le rôle des parcours et dupâturage
dans la conduite de l’alimentationd’élevages caprins producteurs
de lait.1 / Conduite de l’étude
1.
1
/ Les exploitations
En 1985, onze
exploitations caprines
de larégion
P.A.C.A. ont été choisies àpartir
des cri-tères suivants :
répartition géographique
per- mettant dereprésenter
des situations deplaine,
de montagne, de littoral et d’arrière pays ; être
Résumé
-Certains résultats
d’élevages caprins, analysés
en terme dedynamique,
enparti-
culier l’allure de la courbe de
production
laitière, peuvent être des indicateurs permettant de typer desexploitations
enprenant
en compte leur fonctionnement.Nous avons ainsi pu mettre en évidence des
logiques
de fonctionnement diffé- rentes dans lesélevages caprins
laitiers de larégion
Provence -Alpes -
Côted’Azur. Celles-ci peuvent être dictées par les conditions de milieu
(exploitation
demontagne)
ou peuvent être laconséquence
des choix individuels des éleveurs(exploitations
deplaine
orientées vers laproduction
laitière soutenue ou vers uneutilisation
importante
du milieupastoral).
Ces diversobjectifs
se traduisent aussi bien au niveau desstratégies
de conduite du troupeau(alimentation - production
-
gestion
des lotsd’animaux...) qu’au
niveau de lagestion économique
del’exploi-
tation. Dans ce contexte, il
apparaît
nettement que lespossibilités d’intégration
du milieu
pastoral (niveau -
durée -période)
dans les calendriers d’alimentation detroupeaux caprins
laitiers seront d’abord et avant tout liées auxobjectifs
dechaque
éleveur.bien connues par les différents services techni- ques ; ne pas être en
phase
d’installation ou de modificationprofonde
del’exploitation ; dispo-
ser d’un contrôle laitier sur les animaux traits ; utiliser le
pâturage
dans leursystème
d’alimen-tation.
Dans les
exploitations
retenues, letroupeau caprin
varie de 12 à 80 chèvres. Le niveau deproduction
moyen s’échelonne entre 200 et 1 000kg
de lait par chèvre et par an. Les éle-veurs transforment le lait « à la ferme » et com-
mercialisent eux-mêmes leur
fromage. Quel-
ques éleveurs vendent leur
production
en cailléfrais.
Excepté
dans deuxélevages
Varois, le trou-peau
représente
une seule entité : tous les ani-maux sont de même race, orientés vers la pro- duction
laitière,
etreçoivent
la même alimenta-tion. La lutte se déroule à l’automne et la mise bas en
janvier -
février. L’allaitement des che-vreaux par leur mère peut varier de 0 à 30
jours.
La traite a lieu deux fois parjour,
de lamise en traite au tarissement
(n<> 1 <:iuhr<:).
Les deux
élevages
Varois secomposent
de 2et de 3 groupes d’animaux
qui
diffèrent par leur typegénétique,
par leur rationnement enchèvrerie et par la conduite des
productions (date
de mise à la traiteaprès
misebas).
L’allai-tement dure en moyenne de 1 à 3 mois pour les animaux en
production laitière,
et de 4 à 6 moispour les animaux non traits. La traite est effec- tuée une fois par
jour,
de la mise en traite autarissement
(novembre
oudécembre).
Dans cesdeux
élevages
le lot d’animaux constitue l’unité degestion.
Ilreprésente
l’unité observée et ana-lysée.
En
règle générale,
les troupeauxpâturent
desprairies
ou/et des parcours, et sontcomplémen-
tés en chèvrerie avec des
fourrages
et/ou desconcentrés.
Cependant,
la nature dufourrage pâturé
et de l’alimentdistribué,
lapart
relative de chacun d’eux et le calendrier d’alimentation du troupeau sont variables d’uneexploitation
àl’autre.
1.
2
/ Recueil et analyse des données
Les données ont été recueillies dans le cadre des suivis
techniques
etéconomiques
classi-ques
(contrôle laitier,
suivi technico-économi- que« ATEC »), complétés
par desenregistre-
ments
quotidiens,
effectués parl’éleveur,
de l’alimentation distribuée en chèvrerie.Les différents
élevages
ont étéanalysés
enprivilégiant
uneapproche dynamique
de cer-tains éléments de leur conduite. Un bilan
technique,
pour une seuleannée,
n’auraitreprésenté qu’une image statique
nepermettant
pas de
comprendre
unestratégie.
Emettant
l’hypothèse
que l’éleveur oriente la conduite du troupeau pour atteindre unobjec-
tif de
production (volume
etrépartition),
cesélevages
ont étéregroupés
àpartir
de l’évolu- tion mensuelle de laproduction
du troupeau(ou
dulot),
ramenée à l’animal enproduction,
en comparant de visu les il
profils étudiés,
eten
précisant
ce classement par uneanalyse
fac-torielle de
correspondance (A.F.C.) (logiciel LEAS).
Eneffet,
IAFC permet de regrouper deslactations sur des
profils (Regalgo
et Rehben1979).
Les variables actives considérées pourl’analyse
factorielle sont lespourcentages
men- suels de laproduction
annuelle d’un animal moyen dechaque
troupeau. Laproduction
mensuelle a été calculée en ramenant au mois la moyenne de
production
brute entre deuxcontrôles laitiers consécutifs. Le
pourcentage
mensuel de laproduction
totale a été obtenu endivisant la
production
mensuelle estimée par laproduction
totale évaluée par la méthode FLEI-CHMAN. Pour travailler sur un tableau homo-
gène,
seuls les huitpremiers
mois de lactationont été retenus. Aucune variable
supplémen-
taire ne fût introduite.
Après
avoir ainsiregroupé
les lots d’animauxsur des
profils
deproduction,
nous avons cher- ché s’il existait à l’intérieur dechaque
groupeune cohérence quant :
- à la conduite de l’alimentation distribuée en chèvrerie
(évolution
mensuelle del’énergie
dis-tribuée).
Cesapports
ont été estimés àpartir
desenregistrements quotidiens
desquantités
moyennes distribuées par individu de
chaque
lot de conduite
homogène.
Les valeurs retenuessont de 0,6
UFL/kg
MS pour du foin de luzerneou de
prairie
de montagne, 0,55UFL/kg
MSpour du foin de
pré
deplaine,
1UFL/kg
brutpour
l’orge,
ou le concentré chèvre laitière.- à la
place
accordée à l’alimentationprélevée
àl’extérieur
(répartition
etimportance),
évaluée àpartir
de l’évolution de laquantité d’énergie
estimée
prélevée
aupâturage.
Cette estimationa été obtenue en
calculant,
pourchaque
mois,ce que l’éleveur ne distribue pas à
l’auge :
diffé-rence entre les apports en chèvrerie et les besoins stricts d’un animal moyen de
chaque lot, (hors dépenses
liées auxdéplacements
etaux variations de
poids).
L’évaluation de cesbesoins a été réalisée à
partir
des recommanda- tions de Morand-Fehr et Sauvant(1988).
- aux
grandes
«lignes
» de lagestion
technico-économique
Le niveau de réflexion est donc celui de l’unité de
gestion :
le lot ou le troupeau. Pourpouvoir
comparer lesexploitations,
toutes lesdonnées ont été ramenées à l’individu
présent,
compte tenu de l’effectif du troupeau.2 / Résultats
2.i / Profil de production du troupeau
L’observation visuelle des 14 courbes de pro- duction et
l’AFC, opposent plusieurs profils
àpartir
des critères suivants :- différence
quantitative
deproduction
entre lepremier
et le huitième mois deproduction, (l’axe
1 del’AFC, qui explique
81 % de la variance, oppose ces deuxvaleurs) ;
- évolution en milieu de
lactation, (forme
concave, convexe, ou
plane),
l’axe 2 del’AFC, (15
% de lavariance),
oppose les valeurs moyennes aux valeursextrêmes ;
- évolution de la lactation en
phase
de démar-rage. L’axe 3, bien que
plus
délicat àinterpré-
ter, fait intervenir notamment l’évolution de la
production
entre lepremier
et le troisième mois,(2
% de lavariance).
Trois groupes de
profils
ont été retenus(figures
la etib) :
- Groupe
1 : courbe avec chute deproduction
en début de
lactation,
stabilisation et/ou aug- mentation de laproduction
vers lequatrième
mois et une bonne
persistance
par la suite ;-
Groupe
2 :production
maximum entre un etdeux mois de
lactation,
chuterégulière
par la suite,persistance
mensuelle d’environ 90% ;
- Groupe
3 : courbe sanspic
deproduction marqué, présentant
deuxplateaux :
une formesensiblement
plane
du début au milieu de la lactation,puis
une chuteplus
ou moins accen-tuée en milieu de campagne, et enfin un nou- veau
plateau jusqu’à
la fin de la lactation.2.
2 / Analyse des modes de conduite de chaque groupe
a /
Conduite de
la distribution d’alimentcomplémentaire
en chèvrerieLes
profils
de distribution enchèvrerie, pré-
sentés à la
figure
2 fontapparaître
des varia-tions
importantes
d’un groupe à l’autre.-
Groupe
1 :(profil
de lactationn U l), apports complémentaires
en chèvrerieimportants
en début et en fin de saison. Toute distribution defourrage
sec estsuspendue
dejuin
à octobre.L’apport
de concentré estrégulier,
environ 0,6à 0,7
kg/chèvre/jour,
sur toute lapériode
delactation.
-
Groupe
2 :(profil
de lactationn&dquo;2),
distribu-tion élevée sur toute la
période d’enregistre-
ment,
équivalente
aux besoins stricts d’un ani-mal
produisant
2 litres de lait. Le concentré distribué à concurrence de 0,8 à 1kg/animal
endébut de campagne est
progressivement
réduità 0,4
kg
en fin de saison. Un apport de foin esttoujours
maintenu enchèvrerie,
même auprin-
temps,période
où l’herbepâturée
est abon-dante
(plus
d’un kilo par animal auprintemps
et en automne, 0,5 à 0,8
kg
par animal enété).
-
Groupe
3 :(profil
de lactationn°3), l’apport
enchèvrerie est
régulier
durant toute lapériode
deproduction
et se limitepratiquement
à un apport d’aliment concentré,(en
moyenne 0,4kg/chèvre/j our).
b / Relation entre
production
et
complémentation
L’évolution des
performances
mensuelles et celle desquantités
d’aliments distribuées enchèvrerie aux mêmes
périodes, divergent
d’ungroupe à l’autre. La
figure
3aprécise
la relation existante entre ces deuxvariables,
relationqui
peutexprimer
les décisions de conduite des éleveurs pour réaliser uneproduction
donnée.Les
exploitants
du groupe 1 réalisent «l’ap- port
total »,(couverture
d’environ la totalité des besoins d’un animalmoyen) jusqu’en
mai. Dejuin
à octobre ils ne distribuentqu’environ l’équivalent
des besoins de lactation. Apartir
denovembre,
lapart
du besoin couverte par la ration enbergerie
tend à nouveau vers la tota- lité.Les éleveurs du groupe 2 distribuent tou-
jours plus
que les besoins delactation,
et main- tiennent un niveaud’apport régulier.
Avecl’avancement de la lactation une part de
plus
en
plus importante
du besoin est couverte par le distribué. Au tarissement, l’éleveur apporteplus
que la totalité des besoins. Cesexploitants paraissent
donc ainsipréparer
la lactation sui- vante par une alimentation libérale des ani-maux. En outre,
(figure 2),
laproportion
deconcentré dans la ration est
progressivement
réduite du début à la fin de la campagne ;l’ap-
portd’énergie
par lacomplémentation
sousforme d’aliments concentrés tend à chuter.
Les éleveurs du groupe 3, couvrent
unique-
ment les besoins de lactation de leurs animaux,
quels
que soient la saison ou le stadephysiolo- gique,
et cessent tout apport au tarissement.Si la
quantité
totale d’UFL distribuée en chè- vrerie relève d’unelogique spécifique
àchaque
groupe
d’exploitation,
la distribution d’aliment concentré semble être raisonnée sur les mêmes bases et dans le même but(figure 3b) :
toutsemble se passer comme si, les
exploitants
accompagnent directement la
production
lai-tière à
partir
d’aliment distribué sous forme de concentré.c / Place et rôle du
pâturage
Puisque
lesexploitants
conduisent différem- ment l’alimentation enchèvrerie,
lepâturage, qu’ils
utilisent tous,n’occupe
pas la mêmeplace
dans le rationnement des animaux. Cetteplace
peut êtreestimée,
en évaluantl’énergie prélevée
sous forme defourrage
surpied,
à par- tir du calcul de ce que l’éleveur ne distribue pas en faisant la différence entre les besoins(hors dépenses
liées auxdéplacements
et auxvariations de
poids),
et lesapports (figure 4).
Pour les
exploitations
des groupes 1 et 2 unprélèvement important
n’est observé quepério- diquement lorsque
lespâturages
sont de bonne valeurfourragère.
Dans lesélevages
du groupe 3, l’intensité de ceprélèvement
estélevée, quelle
que soit la saison,puisque
celui-ci doittoujours
couvrir au moins les besoins d’entre- tien.Il semblerait donc que pour certains
exploi-
tants, la décision
d’intégrer
lepâturage puisse
être liée à l’évolution
qualitative
decelui-ci, (groupe
1 et2).
Par contre, pour les éleveurs du groupe 3, la ressourcepâturée représente
la base de l’alimentation et sonintégration
dans le calendrier d’alimentationprésente
peu de variation.On
peut,
d’autrepart,
tenter de raisonner « leniveau
d’exigence qualitative
» de l’éleveur parrapport
aufourrage
surpied,
àpartir
d’une démarchethéorique appliquée,
tenant compte de l’animal et du distribué enchèvrerie,
seules informationsdisponibles, (la composition
desprélèvements
et leur valeur alimentaire ne sontpas
connues).
Utilisons pour cela la notion de matière sèche volontairementingérée
par unanimal,
tentons del’appliquer
à l’alimentation mensuelle du troupeau, etanalysons
le résultaten terme d’indicateur.
Sauvant et Morand-Fehr
(1977)
ont mis aupoint,
en situationcontrôlée,
desabaques qui permettent
d’estimer laquantité
defourrage grossier susceptible
d’êtreingérée,
àpartir
de laproduction
de lait et del’apport
d’alimentconcentré. A
partir
de cesabaques,
ont été éva-luées les
quantités
totales defourrages
gros- siersthéoriquement ingérées
par un animal moyen dechaque
troupeau, et par déduction de laquantité
de foin consommée enchèvrerie,
lesquantités
defourrage
surpied ingérées.
Connaissant la
quantité d’énergie
devant êtreprélevée
hors chèvrerie pour assurer la couver- ture des besoinsénergétiques
de cet animalmoyen, on peut alors estimer la concentration
énergétique
de ceprélèvement, (C.E. exprimée
en
UFL/kg
deMS).
S’il est hors de
question
d’utiliser les résul- tats obtenus pour raisonner sensu stricto un rationnement,puisque
leurprécision
est incon-nue, il est intéressant de
rapprocher
leurs évo-lutions de celles des
quantités
estiméespréle-
vées au
pâturage,
etd’analyser
la relation exis- tante entre « attentequantitative
etexigence
qualitative
».La mise en
relation
duprofil de production
dutroupeau
et del’évolution des
pratiques de
conduite
alimentairepermet d’identifier
leslogiques de
fonctionnement t propres à
chaque
esystème d’élevage.
Si
l’importance quantitative
dufourrage
surpied
dans la ration varie entre les groupes d’ex-ploitation,
«l’exigence qualitative
» de l’éleveurqui
conduit son troupeau aupâturage
diffèrep ,l 1e
aussi
(figure ,r7).
Pour les
élevages
du groupe 1 ou pour ceux du groupe 3, laqualité
duprélèvement
restemoyenne durant la
période
où saparticipation quantitative
dans la ration estimportante.
Unecomplémentation
sous forme de concentré, enpériode
depâturage,
limite de fait la concentra- tionénergétique
que leprélèvement
devraitprésenter.
Par contre, pour les
élevages
du groupe 2, lepâturé
doit être d’excellentequalité
durant les2 à 4 mois où sa
participation
à la ration n’estpas
négligeable (plus
de 0,6 à 0,7UFL).
Donc les différentes
conceptions
de conduiteimpliquent
que les modes degestion
des res-sources
(type
de ressourceutilisée, période
d’utilisation et mode
d’utilisation)
soient diffé-rents.
d
/
Profil de lactation dutroupeau
uet orientations
technico-économiques.
A
l’analyse
du tableau 1 on note que lesexploitations
des groupes 1 et 2, dont les trou- peauxprésentent
desproductions
moyennes relativementélevées,
se sontengagées
dans unprocessus d’intensification. Ce choix
implique
que la
gestion
des facteurs deproduction (capi- tal-troupeau
et travailprincipalement)
soitorientée vers une rentabilisation maximum
(Tirel 1987) :
lescharges
alimentaires et de structure sontélevées,
mais leproduit
brutdégagé
parchaque
chèvre estimportant
et l’ef- fectif dutroupeau
réduit.Dans les
exploitations pastorales (groupe 3)
par contre, il
n’apparaît
pasd’objectif
de« maximisation » des facteurs de
production :
le
produit
brut parchèvre,
ainsi que lescharges
alimentaires et de structures par chèvre sont faibles. La
production
del’élevage
est réalisée àpartir
d’une combinaison desproductions
éla-borées par des groupes d’individus aux
poten-
tialités différentes(Napoléone
et Hubert1987).
Le
produit
del’exploitation
est alors obtenu parun effectif élevé d’individus peu
exigeants,
nécessitant peu de
charges.
Avec cetteorgani-
sation, l’éleveur module laproduction
laitièredu troupeau,
malgré
une faible maîtrise de laration de base
prélevée
aupâturage.
Le revenu
agricole
semble dans certains casdirectement lié à la
productivité
desindividus,
mais dans d’autres à celle du troupeau
(Weber 1986) :
si la marge nette semble relativementéquivalente
entre cesexploitations,
son moded’élaboration diffère d’un groupe à l’autre.
3 / Discussion
3.
1 / Plusieurs systèmes d’élevage
Il existe donc pour les trois groupes identi- fiés à
partir
duprofil
moyen deproduction
du troupeau une relation entre le type deproduit obtenu,
lagestion
des « outilstechniques
» uti-lisés par
l’éleveur,
ainsi que les résultatstechnico-économiques
réalisés au niveau del’exploitation.
-
Groupe
1 : ce sont desexploitations
de mon- tagne(800
à 1000 mètresd’altitude),
où l’hiverest
rude, (une période
de chèvrerie estobliga- toire).
Dans ce contexte, des animauxprésen-
tant un bon
potentiel
deproduction permettent
une bonne valorisation de cette
période
d’af-fouragement
en sec. Pour un même volume deproduction,
l’effectif du troupeau estplus réduit,
et le besoin total seracomposé
enmajeure partie
desdépenses
liées au niveau deproduction. L’affouragement
en sec sera doncplus
utilisé par le troupeau pour assurer sa pro- duction que pour son entretien. Laproduction
laitière moyenne du troupeau est élevée
(500
à700
kg/chèvre/an),
et lesquantités
moyennes distribuées en chèvrerieimportantes (0,65
à1,05
UFL/jour),
maisprincipalement
distri-buées hors de la
période
depleine productivité
des
prairies
de montagne. Avec une mise basen
janvier-février,
les besoins maxima des ani-maux
correspondent
à lapériode
où les stockshivernaux
s’épuisent,
et où toutepâture
estimpossible.
Lalactation,
limitée par le niveau del’apport
enchèvrerie,
démarremal,
mais dès la mise à l’herbe elle retrouve une évolution normale(figure 1).
Il est intéressant de consta- ter que la lactation de ces animaux aupotentiel
de
production
élevé(niveau
actuel 500 à 700kg),
augmente àpartir
ducinquième
mois mal-gré
un niveau alimentaire basqui
nuit audémarrage
de la lactation. Le choix d’une mise basprécoce
limite donc le volume deproduc-
tion du troupeau. Mais avec le tourisme hiver-
nal,
laproduction
peut être écoulée facilement etlocalement,
à unprix
intéressant. Donc, laréalisation de la
production
est conditionnée ici par le choix ducalage
de la date de misebas, qui
résulte d’uncompromis
entre des critèrestechniques,
et des considérations d’ordre éco-nomique.
-
Groupe
2 : Ce sont desexploitations
deplaine,
que nouspourrions appeler
à «produc-
tion soutenue ». Suivant le schéma
développé
dans le Centre Ouest, leur
stratégie
est fondéesur
l’expression
maximum dupotentiel
des ani-maux pour rentabiliser au mieux le
capital
et letravail. C’est le modèle
laitier, pouvant
aller du hors sol à unsystème
mixte utilisant des ali- ments conservés et dupâturage
sur les surfacesfourragères.
Le troupeau estcomposé
d’indivi-dus
sélectionnés,
degénotypes alpins
ou saa-nens. La
production
laitière moyenne est élevée(500
à 1000kg).
L’alimentationdistribuée, importante
toute l’année(plus
de 1,4 UFL/femelle/jour
enmoyenne),
est calculée pour soutenir un bon niveau deproduction (figures
2 et
3a).
Ainsi, en fin delactation,
par le main-tien d’une
complémentation élevée,
les éle-veurs
préparent
la lactation à venir.Bien que le
troupeau puisse
être conduit aupâturage
unegrande partie
del’année,
l’éleveurn’intégrera
laparticipation
de celui-ci dans le rationnement de ses animaux quelorsque,
savaleur
fourragère
estsupérieure
ouégale
à celled’un foin de bonne
qualité (plus
de 0,7UFL/kg MS) (figure 5). L’objectif prioritaire
n’est pas en effet de réduire le coût de l’alimentation distri- buée mais d’obtenir un bon niveau deproduc-
tion laitière
puisque
la valeurajoutée dégagée
par
chaque
animal est élevée.-
Groupe
3 : ce sont aussi desexploitations
deplaine,
créées dans la mouvance des années 70(Gauthier 1983),
mais dont les facteurs de pro- duction sontorganisés
de manière à utiliser aumaximum le milieu
pastoral (figure 4).
Cettehypothèse
de baseimplique
que le modèle lai- tierévoqué précédemment
ne peut êtreappli- qué.
Lespossibilités
depilotage
de laproduc-
tion individuelle par l’alimentation distribuée sont limitées par des facteurs liées au
système (qualité
etquantité
dufourrage pâturé, impor-
tance des
déplacements).
L’éleveur nepeut
donc pas miser sur laproductivité
des indivi- dus car il ne peut contrôler la ration de base que devrait fournir le parcours(figure 5).
L’éle-veur
gère
ici laproduction
du troupeau àpartir
de l’effectif et d’uneorganisation souple
desproductions (durée
del’allaitement) qui permet
de compenser les variations dudisponible.
Si, àl’intérieur d’un même
troupeau,
le niveau decomplémentation
est raisonné pourchaque génotype,
lastratégie
de distribution est la mêmequel
que soit le niveau deproduction
des animaux.
L’éleveur,
par le biais de l’alimentdistribué,«
accompagne » lalactation,
sans uti- liser cet outil pour accroître laproduction (figure 3a).
Au tarissement toutecomplémenta-
tion est arrêtée.
Il convient de remarquer que le distribué en
chèvrerie n’est pas utilisé de la même
façon
par tous les éleveurs. Enélevage
de type montagneou de
production
soutenue,l’apport
en chèvre-rie est modulé par
rapport
auxbesoins, compte
tenu du
potentiel
deprélèvement
dufourrage
sur
pied.
On serapproche
là du type de raison-nement
employé
pour calculer unecomplé-
mentation. Par contre en
élevage pastoral,
« lepotentiel
deprélèvement
intervient dans le choix du matérielgénétique (proportion
d’ani-maux sélectionnés dans le
troupeau),
ainsi que dansl’objectif
deproduction
individuelle. Le distribué(essentiellement
duconcentré), repré-
sente alors un
appoint ajusté
exclusivement surla
production.
3.
2 / A chaque système
sonconseil...
...
Augmenter
laproductivité
...desindividus, du troupeau,
du travail ? ;*Il faut donc
distinguer production
etsystème productif.
Dans le modèle laitier cesystème
estreprésenté
par une conduite d’individusperfor-
mants
gérés
au mieux. Dans le schémapastoral,
l’existence même du troupeau n’est fondée que
sur une combinaison des
aptitudes
des diffé-rents groupes du
troupeau
dont lesproportions
sont
susceptibles
d’êtreréajustées fréquem-
ment en fonction d’un certain nombre de contraintes. La valorisation des actions entre-
prises
semble doncdépendante
de laproduc-
tion des individus dans les schémas
laitiers,
ou de celle de l’ensemble des groupes dans le schémapastoral.
Ces différences fondamentales
impliquent
que dans
chaque type d’exploitation,
l’amélio-ration de la
productivité
du travail ne reposera pas sur les mêmes éléments.En schéma laitier cette
productivité
est étroi-tement liée à celle des individus et à une valori- sation maximum des intrants mis en
jeu.
En schémapastoral,
lespossibilités d’augmenter
leproduit
brut par animal sont limitées par des facteurs liés ausystème.
Laproductivité
du tra-vail est alors directement
dépendante
de l’effec- tifqui
permet des’ajuster
sur des économiesd’échelle. Le
développement
de cesexploita-
tions ne pourra donc pas
s’appuyer
entièrementsur les bases du modèle
productiviste
courant,ou
alors,
ce choiximpliquerait
une remise encause
complète
de leurorganisation.
Selon le système
misen
place la production du
troupeau
repose sur laproductivité
individuelle
ou surla
souplesse des
individus
etl’effectif
du troupeau.
Les
possibilités de
valorisation de
l’espace pastoral
par destroupeaux caprins dépendent
du mode de
fonctionnementde
ces
élevages.
... Valoriser
l’espace pastoral
pardes
troupeaux caprins
laitiers.Les différences entre ces trois
logiques
mon-trent que le
pâturage
nereprésente
pas le mêmeenjeu
pour tous lesélevages caprins.
En montagne, le
système d’élevage
estorienté de manière à valoriser
l’affouragement
en sec. Les
prairies
ne sont doncintégrées
defaçon conséquente
quelorsqu’elles
sontpleine-
ment
productives.
La valeurfourragère
decelles-ci
permet
aux animaux deprélever
uneration de base de bonne
qualité.
L’utilisation de cette ressource estplus
liée à desproblèmes d’organisation
du territoire(éloignement
desparcelles
parrapport
au lieu de traite, àl’abri,
au
point d’eau...)
que d’amélioration de la qua- lité dupâturage.
En
plaine,
schémalaitier,
lepâturage
rem-place
un bon foinpendant
lapériode
de pro- duction desespèces
herbacées(figure 4).
Sonintégration
dans lesystème fourrager
des ani-maux est limitée au
printemps
et à l’été. Sa valeurfourragère
doit être élevée pourgarantir
une bonne
adéquation
ressources-besoins(figure 5).
Dans cesconditions,
l’utilisation de parcours pauvres ou de certains espaces enpériode
de reposvégétatif,
estenvisagé
en asso-ciation avec des ressources
fourragères
d’excel-lente
qualité
afin que la valeurénergétique
de la ration soit assez élevée pour assurer les per- formances deproduction
souhaitées.Dans les
exploitations pastorales,
lefourrage
sur
pied
constitue la base dusystème
d’alimen-tation. Le faible niveau de
production
des ani-maux
permet
uneplus grande souplesse
dansla conduite de leur alimentation et le mode
d’organisation
desproductions.
Desfourrages
de
qualité
moyenne peuvent ainsi être utilisésquelle
que soit la saison(figure 5).
Le niveau deproduction
étant assezfaible,
l’éleveur pourracorriger
la ration de baseprélevée
sur les par-cours à
partir
d’un aliment concentré.Conclusion
L’approche
de cesexploitations
par une étude de l’évolution d’un desprincipaux repères
del’éleveur,
à savoir laproduction
deson troupeau facilite la
compréhension
desobjectifs
deproduction.
La mise en relation decet indicateur avec les
pratiques
de conduitepermet d’apprécier
la cohérence dechaque
sys- tème et de raisonner des voies dedéveloppe-
ment
adaptées.
En
particulier,
en fonction de sonobjectif
deproduction, chaque exploitant
tolère un niveaude contrainte en
intégrant plus
ou moins l’utili-sation
d’espaces pastoraux
dans lesystème
d’alimentation de sontroupeau.
Les voies d’amélioration de laproduction
laitière soit del’individu soit du troupeau devront donc tenir
compte
de ces contraintes et inversement, lespossibilités
de valoriser des espaces pastorauxdépendront
enpartie
du moded’organisation
du processus de
production.
Remerciements
Nous remercions D. Baron (EDE
04),
H. Coursange(EDE 05),
P. Gautier(EDE 83),
P. Berthon(EDE 84)
pour leur contribution à cette étude.
Références bibliographiques
CAPILLON A., MANICIION H., 1978. La typologie des exploitations agricoles : un outil pour le conseil techni- que. In « Exigences nouvelles pour l’agriculture : les sys- tèmes de culture pourront-ils s’adapter » Ed.ADEPRINA INA-PG 16, rue Claude Bernard 75005 Paris. 450-462..
Document de travail INRA-SAD - CERPAM - EDE (04 - 05
- 83 - 84), 1986. « Suivi des exploitations d’élevage caprin
- résultat de la campagne 1985 ». (non publié).
GAUTIER L.A., 1983. « L’élevage caprin dans le Sud Varois. Analyse de système de production ». ENSAM Montpellier. 129 p.
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annexes.
SAUVANT D., MORAND-FEHR P., 1977. « Méthodes de rationnement de la chèvre laitière ». Murcia - Granada -
Malaga. 3-7 octobre 1977.
TIREL J.C., 1987. « Intensification hier? Extensification demain ? » INRA - Direction des Politiques Régionales.
WEBER L., 1986. « Conditions du développement des éle-
vages caprins en zones sèches: approche technico-éco- nomique ». Doc. INRA-SAD - Ecodéveloppement -
ENSSAA Dijon. 46 p. + annexes.
Summary
Caprine production proves
andbreeding
sys- tems in the Provence and Côte dAzurregions.
The
analysis
ofbreeding results,
inparticular
the milk
production
curve, could beregarded
as an
operation
indicator toidentify
differentfarm types.
Thus,
we have identified severalfunctioning systems
indairy goat
farms inProvence and the Cote d’Azur. Some are
related to the environment
(mountains farms)
others to the farmer’s aims(dairy
intensifica- tion inplains
orlarge
amount of usage ofrough grazing).
These varioustargets
involve differences in herd management(feeding,
pro-duction, allotment,...)
and in economic man-agement.
Consequently,
the level ofintegration
of
rough grazing
into thefeeding systems
isclosely dependant
on the aims of each farmerand the farm’s technical contraints
they
haveto take into account. Our aim is to
provide
atool in order to
easily
understand thisintegra-
tion.
NAPOLEONE Martine, GILLET G., 1990. Profil de
production
du troupeau et syst6me d’61evage caprinde la region Provence Cote d’Azur. INRA, Prod.
Anim., 3 (5), 347 - 354.