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Jack Schneberger : témoignage

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Submitted on 7 Jun 2020

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Jack Schneberger : témoignage

Denis Poupardin, Jack Schneberger

To cite this version:

Denis Poupardin, Jack Schneberger. Jack Schneberger : témoignage. Archorales : les métiers de la recherche, témoignages, 3, Editions INRA, 205 p., 1999, Archorales. �hal-02835143�

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J.S. — Je suis né en Algérie en Juillet 1922. Ma famille possédait une petite propriété, à 30 km d’Oran. Ay a n t p e rdu mes parents très jeune, j’ai été élevé par ma grand-mère et mes tantes. Après mes études secon- d a i res au Lycée d’Oran, mes oncles et mes tantes m’ont poussé à entrer à l'École Régionale d’Agriculture de Sidi-Bel-Abbès (1939-1941). Mais, du fait des hostilités, les écoles d’agriculture ont été ferm é e s . Après sélection, une cinquantaine d’entre nous ont été re g roupés à l'École Nationale de Maison-Carr é e (Alger). A la sortie (1941), mes professeurs m’ont suggéré de m’inscrire en classe préparatoire pour pré- senter le concours d’entrée aux Écoles Nationales d’agriculture. J’ai dû faire cette préparation par cor- respondance (École Universelle) et cours particuliers, mais je n’ai pu me présenter au concours d’en- trée, Maison Carrée ayant été à son tour fermée en raison du débarquement américain en AFN, le 8 N o v e m b re 1942. J’ai été mobilisé en Juin 1942 dans l’Armée de l’Air.

A ma démobilisation (novembre 1945), j’avais la possibilité de faire Maison Carrée, mais deux à tro i s ans d'études supplémentaires étaient, pour moi, financièrement inenvisageables. M. Henry, mon ancien p rofesseur d’entomologie et directeur de l'École Régionale de Bel-Abbès m’a conseillé de re n t rer dans l’Administration et de préparer un concours d’ingénieur qui serait certainement ouvert par le Ministère de l’Agriculture. Reçu sur titre, à la suite d'un concours, j’ai été nommé, en Novembre 1946, chef de c u l t u re à la Station Expérimentale d'Élevage. Située au Kroubs, à 15 km de Constantine, cette station faisait ses premiers pas. Nous étions 4 Européens et 80 familles musulmanes. Il n’y avait alors qu’un seul robinet d’eau courante et pas d’électricité !

Me voici donc sur un domaine de 1 500 ha (céréales, fourrages, prairies, pacages à moutons). Tout était à faire ! L’angoisse avec mes 24 ans et mon peu d’expérience !

Le lendemain, j’ai pris mes fonctions. En sortant de ma chambre (un ancien poulailler), j’ai tro u v é devant ma porte sucre, café, huile, etc. J’en ai demandé les raisons. C’étaient les cadeaux off e rts au nou- veau “Mahalem” (patron). J'ai expliqué aux ouvriers qu’ils ne me devaient rien et que c’était à moi de leur amener du mieux. Je les ai re m e rciés et leur ai demandé de re p re n d re tous ces produits dont ils avaient certainement plus besoin que moi. Une demi-heure après, il n’y avait plus rien devant ma p o rt e . . .

Depuis, je n’ai plus eu de cadeaux de mes ouvriers, mais en revanche une extrême compréhension s'est instaurée entre nous. Une seule exception : le vieux berger Taïbi qui apportait à ma femme deux œufs frais, tous les quinze jours, pour la moutchacha (ma fille).

Le directeur qui avait apprécié mes connaissances et mon attirance pour la zootechnie m’avait fait nommer Chef d'Élevage (Novembre 1947). J'étais chargé part i c u l i è rement d'acclimater des races impor- tées et de sélectionner des races locales. Il me fallait étudier (avec l’aide de vétérinaires) certaines patho- logies graves, comme la tuberculose bovine, les piroplasmoses et la brucellose qui sévissaient partout à l’état endémique.

Chez les bovins, l'acclimatation de “la Brune des Alpes” ou de “la Ta rentaise” a donné de bons résultats.

La race locale “Brune de l’Atlas” a connu également des progrès (homogénéité). Chez les ovins, l’intro- duction des diff é rents types de mérinos n’a pas toujours été un succès. En revanche, la race locale Ouled Djellal a fait de gros progrès au niveau du format, de la re p roduction et de l'homogénéité de la laine.

Chez les équins, je me suis occupé de la race Barbe qui était très rustique mais qu’il convenait de “re c o n s- t ru i re”, ayant été trop souvent croisée avec d’autres races. Je me suis intéressé enfin à la production asine (le mulet étant utilisé souvent par les fellahs comme animal de trait ( 1 ) ) .

Étant seul, il a fallu que je me forme moi-même, puis que je forme tous les ouvriers. Cela n’a pas été une mince aff a i re de leur expliquer toutes les opérations qu’il y avait à faire. J’ai dû bien souvent leur a p p re n d re d’abord à lire et à compter pour leur perm e t t re de devenir ultérieurement opérationnels. J’ai eu la chance à cette époque de me lier d’amitié et de travailler la main dans la main avec Bouhana, le docteur vétérinaire de la région, puis avec le docteur Steghens (qui est resté chef d’expérimentation pen-

ARCHORALES-INRA – CASSETTEDATN° 76 Propos recueillis par D. Poupardin

S chneberger Jack

, Tours, le 6 Mars 1996

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dant 4 ou 5 ans (2)) et enfin avec le docteur Joseph (qui était à la tête du Haras de Constantine ( 3 ) ) . Tous ont contribué beaucoup à ma formation technique et scientifique, m’éclairant notamment sur les re c h e rches diverses qui étaient entreprises alors sur les animaux. Aussi est-ce moi qui, à la longue, ai pris en charge les problèmes sanitaires et l’expérimentation.

J’ai travaillé beaucoup également sur les problèmes de l’alimentation. Dans la région pauvre du Kro u b s , il s’agissait, en effet, de trouver les rations les mieux équilibrées. J’ai eu la chance de pouvoir m’appuyer en cette matière sur Paul Soulier (qui était sous-major de Grignon et chef d’exploitation végétale) et sur Léon Tc h a m i t c h i a n (4), des amis avec lesquels j’ai eu beaucoup d’échanges.

Est survenu, en Avril 1956, le concours d’ingénieur des travaux auquel je me suis présenté. Je me sou- viens qu’il y avait alors 35 candidats pour 7 postes à pourv o i r. Je me faisais un peu de souci parce que p a rmi eux, il y avait des jeunes qui sortaient juste des écoles. Mais les choses se sont bien passées pour moi et j’ai pu rester au Kroubs. J’avais l’intention toutefois de faire autre chose.

Mon séjour dans cette station de re c h e rche m’a beaucoup apporté. Le travail que j’avais à y faire était un travail de pionnier requérant des connaissances techniques et scientifiques étendues au niveau des animaux et impliquant des rapports humains nombreux, notamment avec tous les pro p r i é t a i res des alentours qui venaient me demander conseil. Ayant débarqué à 24 ans dans une région que je ne connaissais pas du tout, j’ai eu, à cette époque, un éventail très grand de choses dont il a fallu que je m’occupe. Il était urgent notamment de former la main-d’œuvre. Le matin, je prenais mon travail sans toujours savoir précisément ce que j’aurais à faire dans la journée. La confiance qui a toujours existé e n t re les ouvriers et moi est difficile rétrospectivement à imaginer ! Je suis resté une année, seul euro- péen, dans une ferme de 1 500 ha où il y avait près de 150 vaches laitières et jeunes, 700 à 800 mou- tons, 60 juments et poulains et que j’ai pu gérer sans aucun problème. J’ai pu me re n d re partout, aller dans toutes les maisons sans re n c o n t rer la moindre difficulté. La vie que j’ai connue au Kroubs a été à la fois merveilleuse et très enrichissante ! Les conditions au début n’étaient pourtant pas des plus faciles.

Ma femme, qui était enceinte de notre pre m i è re fille, n’avait pu m’y re j o i n d re. Mais je tiens à dire que, quand nous sommes partis, nous avions tous des villas splendides (on voulait alors garder des gens dans le bled) et que nous y vivions très bien.

Quand j’étais en Algérie, j’étais un fonctionnaire métropolitain détaché, mis à la disposition de l’INRA.

En 1958, je me suis inscrit à l’Agro pour suivre des cours de technicien des animaux domestiques. Je me souviens encore de la question que Jacques Delage m’avait posée au moment de l’examen final. Il m’avait demandé de préparer un condiment minéral pour les vaches et m’avait fait re m a rquer que la ration que j’avais prévue contenait trop de NaCl, l’eau d’Oran étant déjà très salée. Mais je lui avais fait re m a rquer que le nouveau barrage de Béni-Babel fournissait de l’eau douce.

C’est au Kroubs que j’ai fait la connaissance du président Henri Ferru, de Jean Bustarret et de Raymond Février qui s’y rendaient une fois par an. C’est ce qui fait que, quand il a fallu que je quitte l’Algérie avec ma valise pour revenir en France, H. Ferru et J. Bustarret ont accepté tout de suite mon détachement à l’INRA.

D.P. — Pour quelles raisons J. Bustarret se rendait-il si régulièrement en Algérie ?

J.S. — Les stations de recherche qui existaient sur le sol algérien ont fait partie de l’INRA les dernières années avant l’Indépendance. Il existait précédemment une recherche agronomique autonome. Mais elle est tombée sous le couvert de l’INRA, ayant été placée sous les ordres d’un de ses directeurs, de Pierre Frézal au début puis de Georges Grillot.

D.P. — Est-ce en 1962 que vous êtes rentré en métropole ?

J.S. — J’ai été muté quelques temps auparavant (en 1961) à Ferme-blanche qui était une autre station, près d’Oran, tournée vers la production d’agrumes et la sélection d’artichauts et autres légumes primeurs.

Cette station avait besoin de beaucoup d’engrais et d’humus et j’avais été chargé de déterminer les asso- lements qu’il convenait d’adopter et de voir comment arriver à élever des animaux rapportant au moins la fumure. La Direction d’Alger m’avait confié le soin de faire un bilan en cette matière dans toutes les stations zootechniques.

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Quand nous sommes rentrés en métropole, en Juillet 1962, “la queue entre les jambes”, nous nous sommes réfugiés à Tours chez des amis. C’est la raison pour laquelle nous y sommes par la suite res- tés. Mais R. Février qui ne savait pas encore quelle serait mon affectation, m’a envoyé en Novembre 1962 à Bressonvilliers où je suis resté chef d’élevage pendant deux ans.

D.P. — Quelle était la nature du travail qui vous avait été confié ?

J.S. — Les chercheurs qui travaillaient à Bressonvilliers étudiaient la physiologie de la reproduction. Je n’y connaissais pas grand chose, à mon arrivée. Robert Ortavant, Pierre Mauléon et Michel Courot, qui ne me connaissaient pas, étaient assez méfiants à mon égard et se demandaient bien pourquoi j’avais atter- ri là. Bressonvilliers était un domaine dans lequel avait été mis en place un élevage bovin protégé. La brucellose sévissait, en effet, à cette époque. Une partie du troupeau avait été achetée au Danemark.

J’avais fait l’acquisition de quelques bêtes supplémentaires indemnes de brucellose avec P. Mauléon.

Des précautions avaient été prises pour éviter ou réduire les risques divers de contamination.

Le travail qui m’avait été confié à Bressonvilliers avait-il donné satisfaction à mes chefs ? Le fait est que les responsables du département de physiologie animale m’ont proposé de pre n d re en charge la condui- te des installations expérimentales de la Station de Tours dont l’ouvert u re était imminente. Nous ne nous sommes installés définitivement dans cette ville qu’en 1964 (5) mais, dès 1963, j’y suis venu p resque toutes les semaines pour voir un peu comment les choses allaient bien pouvoir se passer.

Nous avons commencé à Tours à travailler dans des algécos, c’est-à-dire dans des baraques de chan- tier très médiocrement chauffées. Nous avions tous beaucoup à faire dans la boue et le froid ! Mais en dépit des conditions de travail difficiles, l’ambiance était très conviviale : j’étais alors le seul ingénieur sur le Centre et je retrouvais R. Ortavant, les quelques chercheurs, les deux ou trois techniciens et la dizaine d’ouvriers, qui l’avaient accompagné, dans une petite cantine, au moment des repas. Tout le monde mangeait ensemble et j’ai souvenir qu’on rigolait bien !

D.P. — Vous aviez été envoyé en éclaireur au domaine de l’Orfrasière, bien avant que le gros des troupes n’y arrive ?

J.S. — Oui car il fallait tout construire avant que les contingents de Jouy ne s’y installent et recruter sur place de la main-d’œuvre ! R. Ortavant, M. Courot et P. Mauléon sont les trois scientifiques qui sont arrivés ici les premiers. Jean-Pierre Signoret est venu par la suite les y rejoindre, suivi bientôt par le reste de la troupe. Outre les constructions dont il fallait s’occuper, il y avait des problèmes complexes d’ali- mentation du bétail à régler. Il fallait prévoir, en effet, les modalités d’alimentation des bovins, des ovins et des chèvres mais aussi des rats dont l’élevage était important, à une époque où l'on procédait sur eux à un grand nombre de dosages biologiques. Il a fallu, par ailleurs, songer à construire un hôpi- tal pour les animaux, puis un abattoir.

On a terminé par le cheval, 7 ou 8 ans avant mon départ à la retraite.

Vous re m a rq u e rez que beaucoup de bâtiments du Centre de Tours, notamment ceux de la Station de

“P h y s i o”, ont une forme circ u l a i re ou semi-circ u l a i re. Cela a toujours été un peu mon idée, ayant estimé que si l’on faisait des box trop éloignés les uns des autres, on perdrait beaucoup en temps de transport ! Responsable des installations expérimentales, j’ai été chargé au début des années soixante-dix de la gestion du laboratoire. En d’autres termes, il s’agissait que je fasse le lien entre les chercheurs et les techniciens qui travaillaient dans les installations expérimentales. Les programmes de recherche, mis au point par les scientifiques, étaient soumis à des commissions dont je faisais partie. L’objectif des études qu’il se proposaient d’entreprendre était alors examiné et, au vu de la nature et du nombre des animaux qu’elles requéraient, je devais me prononcer sur leur faisabilité financière et technique.

D.P. — Peut-on dire que vous contribuiez, dans une certaine mesure, à l’arbitrage des programmes ? J.S. — Je n’exerçais pas vraiment un rôle d’arbitre. Mais si un scientifique me réclamait 25 vaches pour effec-

tuer une recherche particulière, je devais m’assurer que je pourrais lui donner satisfaction. Mon rôle était aussi de l’inciter et de l’aider, dans la mesure du possible, à réduire ses coûts.

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Je me suis donc trouvé responsable à la fois de la gestion du laboratoire et des installations expéri- mentales. Pour les installations expérimentales, j’ai pu m’appuyer sur des techniciens que j’avais for- més dont beaucoup sont devenus plus tard ingénieurs. Mais pour tout ce qui concernait la gestion de la station, les choses étaient plus difficiles à organiser (6). La station était divisée alors en cinq labora- toires qui avaient chacun son budget propre. C’était une époque où les contrats d’étude étaient nom- breux. Il convenait de bien étudier ce qu’ils impliquaient. Pour avoir une bonne connaissance des coûts de production, j’ai organisé un système de bons internes. Tous les lundis, chacun faisait état de ce dont il avait besoin. J’examinais les bons qui m’avaient été remis. J’acceptais de prendre en consi- dération les commandes qui m’apparaissaient justifiées mais j’allais voir R. Ortavant lorsque certaines d’entre elles m’apparaissaient déraisonnables. Ce système centralisé m’a permis de connaître les prix de revient journalier d’une vache, d’une brebis ou d’un bélier, d’un lot de rats ainsi que le coût des diverses opérations. J’ai pu aider, en conséquence, les chercheurs à mieux apprécier les sommes qu’ils devaient réclamer à leurs partenaires dans la négociation des contrats qu’ils passaient avec eux.

Il a fallu ainsi que j’acquière une formation solide en matière de physiologie de la reproduction de façon à bien comprendre la nature des recherches qui étaient menées mais aussi en matière de nutri- tion pour élaborer les rations animales les plus performantes et les moins onéreuses et en matière pro- phylactique de façon à réduire les risques d’erreurs.

D.P. — Ordonnateur de votre station dont vous teniez la comptabilité, vous étiez en mesure de déter- miner poste par poste les prix de revient des opérations diverses à engager ?

J.S. — Les contrôles que j’exerçais me permettaient aussi de réduire les dépenses de la station. C’est ainsi que, quand quelqu’un me déclarait qu’il devait partir le lendemain en mission à Toulouse, il me suffisait d’appuyer sur un bouton pour lui mettre sous les yeux les frais qu’il avait déjà engagés et le montant des crédits qu’il était autorisé encore à dépenser.

Je tiens ici à évoquer le souvenir de Claude Lorentz qui était le responsable des installations expéri- mentales de la Station de Pathologie de la Reproduction (dirigée par Michel Plommet) et avec lequel j’ai toujours travaillé la main dans la main pour avoir toujours des aliments de bonne qualité et de bonne conservation. Un jour, nous sommes partis ensemble en R4 avec Martial Charpentier, l’actuel directeur du domaine de Tours, et Durand, son adjoint, pour aller voir dans l’Oise une fabrication de luzerne déshydratée où les fibres étaient conservées. Mais au retour, nous avons eu un accident grave à la suite duquel C. Lorentz est décédé. C’est évidemment un souvenir pénible mais qui m’a beaucoup marqué et que je tiens ici à rappeler.

D . P. — Y a-t-il eu d’autres responsabilités que vous avez assumées au cours de votre carr i è re ?

J.S. — J’ai fait partie du Conseil scientifique du département de Physiologie de la Reproduction, au titre d’in- génieur. Charles Thibault qui était alors chef du département, m’a poussé à m’occuper des domaines.

C’est ainsi qu’avec Jean Garambois, nous avons été les premiers à organiser des réunions de chefs de domaine, en 1969. L’initiative a été reprise et développée par la suite. Il était affligeant, en effet, de ren- contrer des gens qui faisaient le même métier et qui ne se connaissaient pas !

D.P. — Ces réunions ne concernaient-elles au début que les domaines de votre département ?

J.S. — Non, elles ont été organisées tout de suite au niveau national, apportant à l’institution un bien énor- me. Elles ont permis, en effet, aux chefs des domaines de se connaître et d’échanger leurs idées sur des problèmes d’intérêt commun. Tout le monde auparavant commandait son matériel à son idée. Les réunions de concertation qui ont eu lieu ont permis d’échanger les expériences et les points de vue.

Je ne sais plus très bien comment les choses se sont passées, mais j’ai été désigné, un jour d’octobre 1968, pour siéger dans la Commission "Béranger". Cette Commission avait été chargée de s’occuper de l’intégration du personnel ouvrier dans le cadre technique. Elle devait déterminer notamment dans quelle catégorie de la grille les ORA (ouvriers régime agricole) et les ORG (ouvriers régime général) seraient rangés. Les ouvriers, les ingénieurs et les chercheurs étaient représentés respectivement dans

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cette Commission par deux personnes. Siégeant dans cette Commission durant un laps de temps assez long, j’ai pu avoir un aperçu de la diversité des métiers qui étaient exercés à l’INRA. Cette expérience a évidemment été très enrichissante pour moi.

L’ennui a été qu’avec Jean Rettagliati, il a fallu que je me rende pendant plus d’un an dans toutes les stations de l’INRA pour aller faire passer aux personnels ouvriers les examens d’intégration dans les nouvelles catégories.

Dernière responsabilité que j’ai exercée au niveau national. J’ai assisté pendant un certain temps aux réunions organisées pour les formations sociales. J. Poly souhaitait que je continue mais je ne pouvais être partout à la fois. P. Mauléon qui était devenu directeur de la station, prenant la suite d’Ortavant qui avait été promu chef de département, me donnait, en effet, souvent des choses à faire qui n’avaient rien à voir avec la station, devant s’occuper aussi de la génétique animale. J’étais tenu d’assister à beau- coup de réunions à Paris, à Toulouse ou en Auvergne où R. Jarrige avait organisé les célèbres "Greniers de Theix".

D.P. — Si je comprends bien, durant toute cette période de votre vie professionnelle, vous vous êtes beaucoup dépensé ?

J.S. — Nous n’avions pas d’heure, mais nous pouvions aller nous reposer deux jours quand nous en avions assez d’entendre sonner le téléphone, ayant peur de ce qui allait encore nous tomber dessus ! Il fallait alors se mettre au vert quelques temps pour remettre les pendules à l’heure !

J’avais décidé de prendre ma retraite à 60 ans. Mais P. Mauléon, devenu en 1981 directeur du secteur des productions animales, m’a demandé de lui donner la main. Il s’est débrouillé avec J. Poly pour me confier une mission pendant deux ans. Le bilan des domaines avait été déjà effectué, mais pas celui des installations expérimentales. Ce dernier travail dont l’intérêt m’apparaissait évident restait encore à faire. Il y avait, en effet, des gens qui travaillaient dans des labos et qui avaient des installations expé- rimentales mais sans avoir pour autant des animaux. Pour y voir plus clair en cette matière, je me suis rendu sur place dans les divers Centres, m’appuyant sur des collègues pour me renseigner quand il s’agissait d’étudier ce qui se passait dans les unités qui s’occupaient de vins, de poulets, de porcs ou de céréales (7). C’est ainsi que, pendant deux ans, j’ai travaillé comme chargé de mission, ayant par- fois plus à faire que précédemment dans la mesure où je ne disposais pas de secrétaires pour m’aider.

Je me souviens de la dernière réunion qui avait eu lieu au moment du départ à la retraite de R. Ortavant. Il y avait J. Poly et tous les gens de "la Physio". “Alors Schne”, me dit-il, “tu viens encore nous donner la main ?” Je lui ai répondu que je ne savais plus faire de différence entre une vache et un sper- matozoïde. Il a compris que je n’avais plus envie de travailler.

D.P. — Pourriez-vous revenir un peu sur vos activités à la station de physiologie de la reproduction au Centre de Tours ?

J.S. — Les personnes qui peuvent parler le mieux des résultats de re c h e rche que la station a obtenus sont évi- demment les chercheurs eux-mêmes, notamment R. Ortavant, P. Mauléon ou M. Courot. Mon action était la suivante : nous avions démarré sur une re c h e rche qui avait été lancée par la CEE à partir du constat qu’il y avait trop de lait et pas assez de viande. Les nutritionnistes, les généticiens et les physio- logistes avaient été invités à travailler ensemble pour remédier à cet état des choses. Les physiologistes ont essayé, pour leur part, d’améliorer les connaissances hormonales permettant de faire des jumeaux.

Mais les hormones “normales” étaient difficiles à maîtriser : il arrivait, en effet, qu’on obtienne après injection une ovulation, mais parfois cinq ou six. Je possède des photos de vaches ayant fait cinq veaux ! Évidemment, ce n’était pas le but re c h e rc h é .

Par la suite sont arrivées des améliorations plus désirées. La maîtrise des ovulations a permis notam- ment le développement de l’insémination artificielle. Le problème qui se posait à moi était d’avoir des animaux expérimentaux peu coûteux et homogènes. Le mouton est l’espèce animale qui a été pour cette raison la plus utilisée. Une autre difficulté était d’avoir à notre disposition des vaches susceptibles de f o u rnir des résultats, compte tenu de leur état sanitaire et nutritionnel. J’ai attiré l’attention des physio- logistes sur le rôle important de la nutrition sur les résultats de leurs travaux. Pratiquement, ils devaient s’abstenir de changer l’alimentation durant tout le temps d’une expérimentation. Il valait mieux donner

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aux vaches de l’ensilage de maïs à 35 % de matières sèches et en complément un déshydraté de luzer- ne d’une valeur assurée que de leur distribuer du foin dont la composition était éminemment variable.

Un autre problème auquel j’ai été confronté a été de trouver des lots d’animaux de même âge, de même poids et de même provenance, gestantes de 6 à 7 mois, pour pouvoir réaliser des expérimentations com- p a r a b l e s .

D.P. — Cette nécessité vous obligeait-elle à entrer en rapport avec une multitude de fournisseurs exté- rieurs ?

J.S. — En ce qui concerne les ovins, nous arrivions à nous suffire à peu près à nous-mêmes. Pour les bovins, les choses étaient plus compliquées. Une partie des expérimentations portaient sur la mise au point des techniques. Nous avions à notre disposition le domaine de Bressonvilliers où j’ai continué tout le temps à aller et dans lequel se trouvaient des animaux correspondant à nos expérimentations finales.

Nous avions fait chez nous, par ailleurs, des lots d’animaux reproducteurs, en particulier chez les Charolais. En ce qui concerne les Frisons, nous avions trouvé, avec Lorentz, un importateur hollan- dais susceptible de nous fournir des animaux répondant à nos exigences.

La difficulté est d’arriver à mettre la main sur des animaux expérimentaux valables, c'est-à-dire les plus homogènes possible.

D.P. — Les domaines expérimentaux de l’INRA ont-ils eu tendance à se spécialiser de plus en plus, à mesure que se développaient les recherches ?

J.S. — Oui, c’est sûr ! J’ai été amené à faire des études sur les domaines du département de physiologie de la reproduction pour déterminer leur SAU, le nombre de leurs UGB, l’importance de leur production et de leurs coûts. En réalité, chacun avait tendance à s’axer de plus en plus sur un type expérimental bien précis. Celui de Bressonvilliers est rattaché à "la Physio" mais c’est le Centre de Jouy-en-Josas qui désor- mais s’en occupe. Nous avons à Tours nos propres animaux et ils ont les leurs là-bas.

En ce qui concerne les ovins, il est sûr qu’au niveau de "la Physio", les besoins dépendaient beaucoup du type d’expériences : pour étudier l’anoestrus saisonnier, il fallait avoir évidemment des animaux qui saisonnent. Pour étudier de même l’anoestrus de la lactation chez la brebis, il fallait pouvoir disposer de femelles qui soient en lactation et qui soient débarrassées de leurs agneaux. Comme il fallait qu’il rentre de l’argent, il fallait nourrir les agneaux au biberon. Mais cela impliquait de connaître le lait qui convenait le mieux et de pouvoir grouper les agnelages. Je ne sais pas si vous voyez le nombre d’agneaux qui nous tombaient sous le nez !

Je suis allé en Normandie voir un fournisseur qui fabriquait des systèmes d’allaitement pour veau, avec une tétine de chaque côté. Je lui au demandé de les modifier en installant 12 tétines à agneau. Comme il me fallait 3 tétines pour 25 agneaux, avec une machine, je pouvais en nourrir entre 100 et 120.

D . P. — Vous êtes intervenu ainsi dans la conception de nouveaux matériels destinés aux expérimentations ? J.S. — Oui, avec l’idée de réduire les dépenses de main-d’œuvre et la pénibilité du travail. Je n’ai pas pu à l’époque me payer un système que j’avais imaginé pour attraper les brebis pour effectuer les prises de sang, mais j’ai laissé les plans à la station. Il consistait à installer des mangeoires automatiques avec des c o rnadis pour bloquer les animaux lorsqu’on leur distribuait du concentré. Mieux répondre aux demandes des chercheurs était pour moi, la justification même du travail demandé aux ingénieurs.

Il ne s’est pas agi seulement de concevoir des matériels nouveaux. Quand on a commencé à travailler sur le cheval, on s’est mis d’accord avec Erik Palmer pour importer des poneys (plus petits, ils pre n a i e n t moins de place et mangeaient moins). Comme la litière réclamait des volumes importants de paille, nous sommes allés voir les Haras de Saumur qui utilisaient de la tourbe. Nous avons essayé de faire de même, mais il fallait mettre de la sciure en plus. Nous avons renoncé toutefois à avoir recours à ce système en nous rendant compte que nous pouvions vendre le fumier de cheval, à meilleur prix.

Il fallait ainsi chercher toujours “des astuces” pour essayer d’améliorer les conditions dans lesquelles avaient lieu les expérimentations !

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Je tiens à rappeler l’importance que j’ai toujours accordée à établir de bons rapports avec les ouvriers.

J’avais été heureux au Kroubs, mais j’ai refusé de retourner en Algérie pour remettre en état de marche les stations zootechniques, quand Jean Bustarret me l’a proposé en 1964 ou 1965. C’était, en effet, trop dur pour moi, même si tout le monde là-bas demandait de mes nouvelles (8) ! De retour en France, j’ai essayé d’établir des rapports aussi confiants avec la main-d’œuvre qui était sous mes ordres. A Bressonvilliers, je réunissais, en effet, chaque semaine, les ouvriers qui s’occupaient des bovins et nous discutions des vaches qui avaient été malades et comment elles avaient été soignées. Nous parlions également des programmes de recherche en cours et de leurs raisons d’être. Je cherchais toujours à les mettre au courant. J’ai essayé de faire la même chose à Tours : toutes les semaines, je réunissais les ouvriers pour leur faire un petit topo, pour leur expliquer par exemple, pourquoi il était plus facile de congeler du sperme que des ovules. Je crois que ces réunions ont contribué à instaurer une bonne ambiance. Elles ont permis, en tout cas de faire germer de nouvelles idées : c’est celui qui tient la fourche qui sait que c’est dur et non pas celui qui dit comment s’en servir ! Je pense que les ouvriers avaient souvent de bonnes idées !

D.P. — Avez-vous eu autant de bonheur dans vos relations avec les chercheurs ?

J.S. —J’ai eu forcément beaucoup de contacts avec les chercheurs, dans la mesure où je tenais la bourse. Je n’ai jamais eu d’ennuis avec eux. Il paraît que j’étais cassant mais à la fois aimable. Il y a douze ans que je suis à la retraite mais quand il m’arrive de retourner au Centre, tout le monde a l’air content de me revoir. Il faut croire que je ne leur ai pas laissé un trop mauvais souvenir ! Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas eu parfois avec certains d’entre eux des engueulades homériques à propos du boulot ! J’ai eu une vie professionnelle qui m’a pleinement satisfait. Celui qui fait un travail qui lui plaît a bien de la chance ! Or, j’ai toujours aimé faire ce que je faisais, même si j’avais des ennuis et ne dormais pas la nuit parce que j’avais peur d’avoir été trop dur avec des gens avec lesquels je m’étais bagarré le jour précédent. Mais si j’ai joui de mon boulot, j’ai souhaité néanmoins m’arrêter à 60 ans.

D.P. — Quels sont finalement les aspects qui vous ont le plus plu dans votre vie professionnelle ? J.S. — Je crois que ce qui m’a le plus plu dans mon métier a été d’organiser. J’aimais bien organiser les choses,

que ce soit au niveau local ou à une échelle plus large. Quand il y avait une expérimentation à effec- tuer, un bâtiment conditionné à construire, on me demandait souvent d’intervenir et d’indiquer com- ment il fallait s’y prendre. J’avais plaisir à demander à chacun quelles étaient ses attentes et à les trans- mettre aux architectes. Cette façon de procéder a élargi mon horizon, permis de mieux connaître l’INRA et de m’y sentir heureux !

D.P. — La recherche agronomique dont les objectifs et les méthodes ont beaucoup évolué, depuis votre arrivée à l’INRA, vous semble-t-elle avoir changé de nature ?

J.S. — J’y retourne volontiers pour revoir l’un ou l’autre. De notre temps, j’ai l’impression que l’atmosphère était très conviviale, même au niveau de la Direction générale. Je ne suis pas sûr que les rapports entre les gens soient aujourd’hui aussi cordiaux et détendus que par le passé ! Quand on veut déjeuner avec les ouvriers, on n’est plus accepté comme avant. L’évolution qui s’est produite est-elle liée à la taille de l’Institut ? Le fait est qu’à mon époque des liens solides s’étaient créés hors service.

Pris entre les chercheurs, les techniciens d’installation et les ouvriers, j’ai trouvé plaisir à faciliter entre eux le dialogue. Cela a été pour moi très enrichissant. J’ai passé beaucoup de temps sur les routes quand j’ai été conduit à faire passer des examens mais je ne regrette pas le temps passé avec Rettagliati avec lequel j’ai bien rigolé quand les épreuves étaient finies.

Je suis heureux d’avoir vu des gens, comme Guy Vernusse que j’ai recruté comme ORG, monter pro- gressivement en grade, ayant passé avec succès son Bac agricole, son BTS tout en travaillant.

Indéniablement, à une certaine époque, l’INRA a été pour certains une voie qui a facilité leur ascen- sion sociale.

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D.P. — Avez-vous eu des engagements syndicaux au cours de votre carrière ? Avez-vous participé aux activités de l’ADAS ?

J.S. — J’ai été membre de l’ADAS mais n’ai pas adhéré à un syndicat. Cela n’a pas été mon truc. J’ai été beau- coup marqué par tout ce que j’ai vu en Algérie. C’est là, en effet, où j’ai commencé vraiment à travailler et à prendre des responsabilités qui n’étaient pas seulement d’ordre technique ou scientifique, mais d’ordre humain ! Je me suis aperçu que je pouvais donner à des gens illettrés un sens au travail auquel je les associais. Le petit Taïbi, mon berger, était capable de faire la lutte en main et il connaissait toutes ses brebis. Bouzid passait les juments à la barre, il détectait celles qui étaient en chaleurs et nous arri- vions à avoir plus de 90 % de poulinage. Le grand Taïeb faisait le contrôle laitier quantitatif.

J'ai appris à être attentif à tout. Je me souviens du gars qui avait mal à la jambe et avait déclaré un jour ne plus pouvoir travailler le lendemain. Le lendemain était un vendredi, jour de marché. Je l'ai vu par- tir tout heureux, il ne boitait plus.... Je l'ai rattrapé demandant à voir sa jambe ! Il était facile de faire plaisir à tous sans pour autant gêner le travail. Le vendredi, les ouvriers venaient une demi-heure plus tôt. Le travail était arrêté à 11 heures et ne reprenait qu'à 14 heures. Tout le monde était satisfait. J'ai souvenir que toutes ces choses se passaient avec gentillesse et bonne humeur !

Malgré les coups durs, je suis resté, je crois, fondamentalement optimiste !

D.P. — Quel bilan tirez-vous finalement de votre passage à l’INRA ?

J.S. — J’ai mené deux carrières successives : la première s’est passée en Algérie, de 1947 à 1962, la seconde s’est déroulée à l’INRA, de 1962 à 1982. Durant la première phase de ma carrière, j’ai “touché” à toutes les données zootechniques et agronomiques : modes d’élevage, alimentation et génétique des trou- peaux, prophylaxie sanitaire, soins aux animaux. Pas de recherches “pointues”, mais une mise en place progressive de reproducteurs acclimatés ou nés sur place et élevés. Tout cela a demandé du temps et de la persévérance.

Les recherches sur les maladies du bétail (je pense surtout aux piroplasmoses bovines) étaient de haut niveau. Elles m’ont permis d’acquérir une pratique des différents tests et m’ont appris à interpréter leurs résultats. Je n’étais pas seulement un éleveur, mais un petit chercheur. Pendant toute cette pério- de, j’ai accordé beaucoup d’attention à la formation du personnel : pour apprendre à faire une traite convenable, il fallait savoir traire soi-même. Pour obtenir des naissances, il fallait savoir observer le comportement sexuel des animaux, etc.

Les connaissances acquises en Algérie m’ont été très utiles dans la suite de ma carrière. Les savoir-faire appris sur le tas en zootechnie m’ont permis, en effet, d’aider les scientifiques, mon rôle étant d’être le trait d’union entre les chercheurs et les techniciens des installations expérimentales.

Avec R. Ortavant et M. Courot, j’étais en prise directe et notre coopération a toujours été franche et ami- cale, même si elle a été ponctuée parfois d’engueulades. Je garde un excellent souvenir des cherc h e u r s , techniciens et autres collègues que j’ai connus et ai conservé des relations amicales (hors INRA) avec c e rtains d’entre eux. Une anecdote à ce sujet : j’étais depuis deux ans à la retraite lorsque mon cousin a manifesté le désir de visiter la Station. A la fin de la visite, il a dit à sa femme : “Je n’ai pas vu grand chose, simplement des gens qui discutaient et rigolaient avec Jack et des filles qui venaient l’embrasser !”

A l’INRA, la route était assez large pour que je prenne toutes les initiatives que je souhaitais ! J’étais heureux lorsque je voyais dans les yeux du chercheur ou du technicien un certain regard lors d’une réussite expérimentale. Ce regard était identique à celui de Taïbi ou de Bouzid lorsqu’ils réussissaient dans leurs entreprises.

J’aime finalement ces deux phrases qui me reviennent à l’esprit :

“Vous pouvez arracher l’homme du pays, mais vous ne pouvez pas arracher le pays du cœur de l’homme” (J.

Dos Passos).

“Pourtant, malgré le désepoir, ils poursuivaient la vie et voulaient la gagner ! La vie qu’ils poursuivaient, c’était la vie rêvée” (J. Prévert).

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Notes

(1) Nous avions importé des Pyrénées et du Poitou une quarantaine d’ânesses pour fabriquer des baudets reproducteurs.

(2) Il est devenu, plus tard, DSV à Tours.

(3) A son retour, il est devenu DSV à Blois.

(4) Le reste de sa carrière s’est déroulé au Centre INRA de Toulouse.

(5) Louis Dauzier que je connaissais bien m’avait fait part un jour de sa surprise de voir que, pied noir, j’avais préféré Tours à Montpellier. Mais en réalité, le choix d’une autre affectation ne m'a jamais été proposé.

(6) Je suis reconnaissant à R. Ortavant de m’avoir fait très tôt confiance. J’ai probablement été un des tout premiers ingénieurs à avoir la signature du directeur.

(7) P. Mauléon m’a envoyé à Thonon où étaient effectuées des recherches sur les poissons. Je ne connaissais alors rien aux poissons.

Mais Mauléon m’a dit : “Schne ! il faudrait que tu ailles là-bas et que tu passes une journée à discuter avec les gars ! Au bout de 24 heures, je suis certain que tu leur diras comment ils doivent s’organiser pour mieux s’y prendre !”

(8) J. Rebischung à qui j'avais remis tous mes dossiers est venu me voir à son retour d'Algérie avec les Bonjours des gars que j'avais connus !

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Curriculum vitae sommaire

Service en Algérie (1946-1962) :

– Novembre 1946 : chef de culture à la Station Expérimentale d'Élevage du Kroubs.

– Novembre 1949 : sous-chef d'exploitation animale (fonction de chef d'exploitation assumée de fait depuis le début jusqu'à ma nomination au grade d'ingénieur).

– Août 1956 : Ingénieur des Travaux agricoles, maintenu comme chef d'exploitation animale à la Station de Recherches du Kroubs.

Activités à l'INRA (1962-1982) :

– Mis à la disposition de l'INRA jusqu'en Juillet 1963. Détachement à l'INRA depuis cette date – 1963-1964 : Chef d'élevage au Domaine de Bressonvilliers.

– Janvier 1964 : Ingénieur Divisionnaire des Travaux Agricoles (1er échelon en 1964, 5ème en 1971).

– Responsable des Installations Expérimentales de la Station de Physiologie de la Reproduction au Centre de Tours : supervise le travail de 3 ingénieurs, 60 techniciens, s'occupe de troupeaux bovins, ovins, caprins, équins, porcins, des animaux de laboratoire, de l'hôpital et de l'abattoir.

– 1970 : responsable des Installations Expérimentales, de la gestion financière et de la mainte- nance de l'ensemble de la Station.

– Chargé de la présentation de la Station et de la Documentation au niveau des agriculteurs et des écoles.

Autres responsabilités :

– 1974-1975 : membre de la Commission de reclassement du personnel ouvrier dans le cadre technique.

– membre de la Commission de la Formation Professionnelle.

– membre de la Commission Scientifique du Département de Physiologie de la Reproduction.

– 1981 : Conseiller technique au sein de la Direction Scientifique des Productions Animales.

– Chargé de mission pendant deux ans après le départ en retraite (1982) : Président de la Commission chargée de définir les Installations dans les différentes Stations et Domaines de l'INRA.

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Références

Documents relatifs