• Aucun résultat trouvé

Geneviève Echard : témoignage

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2021

Partager "Geneviève Echard : témoignage"

Copied!
19
0
0

Texte intégral

(1)

HAL Id: hal-02802268

https://hal.inrae.fr/hal-02802268

Submitted on 5 Jun 2020

HAL is a multi-disciplinary open access archive for the deposit and dissemination of sci- entific research documents, whether they are pub- lished or not. The documents may come from teaching and research institutions in France or abroad, or from public or private research centers.

L’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, est destinée au dépôt et à la diffusion de documents scientifiques de niveau recherche, publiés ou non, émanant des établissements d’enseignement et de recherche français ou étrangers, des laboratoires publics ou privés.

Geneviève Echard : témoignage

Geneviève Echard

To cite this version:

Geneviève Echard. Geneviève Echard : témoignage. Archorales : les métiers de la recherche, té- moignages, 15, Editions INRA, 2012, Archorales, 2-7380-1305-8. �hal-02802268�

(2)

Geneviève Echard

Je suis née le 24 mai 1931, à Alençon dans l’Orne. J’appartiens à une famille d’enseignants. Mon grand-père était instituteur, mon père professeur d’anglais. J’avais un oncle professeur de latin, de français et de grec et un autre oncle professeur de lettres et écrivain. Ce dernier a reçu le prix Goncourt en 1943, malheureusement, il est décédé deux ans plus tard d’une tumeur au cerveau.

Née à Glasgow en Ecosse, ma mère est arrivée en France à l’âge de 27 ans.

Mes parents ont eu 5 enfants : je suis la troisième et j’ai deux frères et deux sœurs.

Mon père a d’abord exercé son métier au Havre. Puis, nommé à Paris au lycée Colbert en 1936, nous avons habité trois ans du côté des Buttes-Chaumont.

Au moment de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, le 3 sep- tembre 1939, nous étions en vacances en Normandie, dans le Perche (à cette époque, les vacances scolaires duraient jusqu’au 1er octobre). J’ai beaucoup de souvenirs de la guerre, de l’exode, de l’Occupation et de la Libération.

Dès le 1er octobre 1939, la plupart des lycées parisiens ont été repliés en pro- vince et mon père s’est organisé pour être muté au lycée d’Alençon, ville où nous avions de nombreuses attaches et où nous avons habité durant l’année 1939-1940 puis participé à l’exode.

Après l’armistice, mon père a réintégré

le lycée Colbert à Paris et nous nous sommes installés rue Gay-Lussac, dans le 5ème arrondissement. J’ai habité au cœur du Quartier Latin jusqu’en 1970, date de la décentralisation de certains laboratoires de l’INRA à Toulouse.

J’ai fait mes études primaires, secondaires et supérieures à Paris. J’ai passé toute ma scolarité secondaire au lycée Fénelon, à vingt minutes de chez moi. Lycée de filles à l’époque, cet établissement mixte a toujours une excellente réputation.

Après avoir passé le baccalauréat sciences expérimentales, j’étais indécise sur la carrière à entreprendre. Rien ne me prédestinait à faire des études scientifiques, encore moins de la recherche. Compte tenu de mon contexte familial, je me suis inscrite en propédeutique Lettres en vue de faire carrière dans l’enseignement en tant que professeur d’anglais.

J’ai une sœur qui était professeur d’anglais et un frère traducteur dans des entreprises franco-britanniques. Mes parents parlaient anglais entre eux, l’anglais était utilisé autant que le français à la maison (ma sœur aînée a appris l’anglais avant le français). Cependant, pendant toute la période de l’Occupation, mes parents ont cessé de parler anglais ouvertement, c’était plus prudent. Fondamentalement, je suis française mais j’ai été imprégnée par l’anglais une bonne partie de ma vie. Je suis en quelque sorte bilingue et cela m’a énormément servie tout au long de ma carrière.

Nous avons passé toute l’Occupation à Paris. Je me souviens des soldats allemands martelant les rues de mon quartier, des étoiles jaunes, de la défense passive, des restrictions, des tickets d’alimentation. Nous avons moins souffert que beaucoup d’autres du rationnement et nous avons eu de la chance.

Nous avions une propriété familiale dans le Perche où nous passions à l’époque toutes les vacances scolaires, c’est à une heure et demie de train depuis Paris. Mon père, professeur, disposait du jeudi libre. Il prenait le train à la gare Montparnasse le mercredi soir et revenait le jeudi soir (nous allions le chercher à pied à la gare). Après avoir fait le tour des fermes des environs où tout le monde le connaissait, il ramenait dans une valise de quoi nourrir sa famille (nous étions sept) : mottes de beurre, œufs, volaille ou lapin, légumes, fruits de saison. Au niveau nourriture, nous n’avons pratiquement manqué de rien sauf de lait, pain, sucre.

Propos recueillis par B. Desbrosses et Ch. Galant Auzeville, février 2008

Début des années 80.

Sauf indication du ©

les photos font partie de la collection de Geneviève Echard.

(3)

Quels souvenirs avez-vous de votre enfance imprégnée de la campagne normande ?

Notre propriété familiale dans le Perche était à l’origine une ferme, construite par le grand-père de mon arrière-grand- mère vers 1850 pour sa famille. Il était bâtisseur, tailleur de pierre, il a beaucoup construit dans la région et même participé à la construction de l’église du village. Dans cette ferme, occupée par des fermiers jusqu’à la fin des années 1950, les propriétaires s’étaient réservé une partie du bâti- ment dès la première location vers les années 1900. Enfants, nous y passions nos vacances.

À côté des fermiers, notre partie réservée donnait dans la cour de ferme entourée des bâtiments : étable, remise, écu- rie, fournil, poulailler, mare, fumier au fond de la cour. C’est une ferme normande typique de la fin du XIXe siècle.

Je n’ai que de bons souvenirs de cette région du Perche : la verdure, les arbres, les prairies, les champs de blé. Enfants, nous accompagnions la fermière chercher les vaches, nous la regardions traire dans l’étable ou tourner la baratte pour faire le beurre dans la laiterie. Le fermier se déplaçait avec plusieurs types de carrioles conduites par le cheval. Nous participions aux travaux des champs : ramasser les pommes dans les prés, participer au battage du blé après la récolte.

L’arrivée de la batterie dans la cour de ferme était un événe- ment, et nous faisions des tâches à notre niveau. Donnant dans la cour de ferme, il y avait aussi un grand jardin avec arbres fruitiers, cultures potagères. J’ai beaucoup côtoyé des fermes d’“autrefois” dans mon enfance, la vie agricole faisait partie de mon univers mais cela n’a influencé en rien mon entrée à l’INRA.

J’ai échoué à l’examen de mon année de Propédeutique, les langues et les lettres ne m’intéressaient pas particu- lièrement. J’étais davantage attirée par les sciences de la vie, grâce au professeur de sciences naturelles, Madame Possompès, que j’avais eue en sciences expérimentales. Elle savait intéresser ses élèves. Mes premiers contacts avec la génétique sont des travaux pratiques sur des épis de maïs colorés, ma première approche des lois de Mendel. Cette at- tirance m’a décidée à me tourner vers les sciences avec pour objectif, devenir professeur de sciences naturelles et je me suis inscrite à la faculté des sciences de Paris pour obtenir le SPCN (sciences physiques, chimiques et naturelles). Cet examen était nécessaire pour préparer une licence d’ensei- gnement. À cette époque, l’université Paris VI ou Jussieu n’existait pas et le SPCN se déroulait dans les bâtiments de la faculté des sciences, rue Cuvier, situés en face du Jardin des Plantes (Muséum d’histoire naturelle). Les cours de Licence avaient lieu à la Sorbonne.

À cause de graves problèmes familiaux, j’ai mis trois ans pour passer le SPCN. Une fois reçue, je me suis inscrite en licence que j’ai obtenue en trois ans après avoir passé suc- cessivement les certificats de botanique, zoologie et géolo- gie. Après avoir obtenu la licence d’enseignement en 1958, la voie normale était de préparer un diplôme d’études supé- rieures (DES) pour passer ensuite le Capes ou l’Agrégation.

Je suis allée trouver un ancien assistant que j’avais eu en bio- logie animale au SPCN, à la faculté de la rue Cuvier, pour lui demander comment faire pour passer mon diplôme. Il m’a introduite dans le laboratoire de mademoiselle Germaine

Cousin, professeur de biologie animale au SPCN, spécialiste en entomologie dans l’étude des insectes orthoptères, plus particulièrement les Gryllides. Elle m’a acceptée dans son laboratoire. En 1958, j’ai donc commencé ma carrière scien- tifique en tant qu’enseignant-chercheur. D’abord monitrice, je suis ensuite devenue assistante de travaux pratiques en biologie animale au SPCN et j’ai commencé à travailler sur mon sujet de diplôme : Développement larvaire des gonades du grillon domestique (Gryllus domesticus). J’ai été ensei- gnant-chercheur pendant 14 ans et j’ai fait de la recherche en entomologie pendant 10 ans (rue Cuvier).

Cette période mérite que je m’y arrête un peu car elle est à l’origine de mon intérêt pour la cellule et la cytologie et de ma bifurcation vers l’INRA en tant que chercheur à temps plein.

Le travail d’enseignement consistait à assurer les travaux pratiques de biologie animale aux étudiants du SPCN.

Chaque assistant avait 4 sections différentes d’environ 30 étudiants et les séances duraient au moins trois heures par semaine. L’assistant faisait un exposé de 20 à 25 minutes avec dessins et schémas au tableau pour expliquer aux étu- diants ce qu’ils devaient faire. Préparer les séances de TP, corriger les copies (souvent des dessins de dissection ou d’histologie) constituaient un travail important qui prenait beaucoup de temps mais complétait ma formation dans le domaine de la biologie animale. Je l’ai fait avec plaisir.

En même temps, je faisais un travail de recherche original pour passer mon diplôme. À partir de mon propre élevage de grillons domestiques, je pratiquais des dissections sou- vent sous loupe binoculaire pour prélever les gonades ; j’ai appris l’histologie et la cytologie. J’observais l’évolution de l’organogenèse de l’ovaire et du testicule sur des coupes histologiques (il y a 9 stades larvaires chez le grillon, de l’éclosion à l’âge adulte). N’ayant pas de microscope équipé d’appareil photographique, je transcrivais mes observations par des dessins minutieux à l’encre de Chine.

Après avoir passé mon diplôme en 1961, très intéressée par mon travail, j’ai abandonné l’idée de devenir professeur de sciences naturelles. J’ai continué à travailler comme assis- tante et poursuivi l’étude larvaire des gonades du grillon par l’étude du développement embryonnaire de l’ovaire et du testicule que j’ai publiée en 1968. Ce travail me plongeait au cœur de la cellule et de l’embryogenèse. J’étais fascinée par les potentialités de la cellule.

Au laboratoire de mademoiselle Cousin, il y avait 7 ou 8 assistants de travaux pratiques et une assistante de cours, Monique Gillois. Nous étions très amies, et c’est par son intermédiaire que j’ai rencontré Michel Gillois, son mari.

Michel Gillois était à l’époque chargé de recherches à l’INRA de Jouy-en-Josas et avait pour mission de constituer un laboratoire de génétique cellulaire, orienté vers tous les aspects de la génétique cellulaire animale. Dans l’esprit de constituer un laboratoire de pointe, il fallait recruter de futurs chercheurs ayant une vision large, relevant de la recherche fondamentale. C’est pourquoi il a recruté de jeunes chercheurs polytechniciens. Le premier était Claude Chevalet, spécialiste en génétique mathématique, puis Philippe Mulsant et Michel Caboche. Il fallait aussi des cyto- logistes capables de se pencher sur tous les aspects de la vie cellulaire.

(4)

Vers 1967-1968, arrivée à la fin d’un cycle de recherches, je réfléchissais à l’orientation à donner à mon travail : embryo- genèse, organogenèse. Travailler sur les cellules d’insectes présentait beaucoup de difficultés à l’époque (on ne savait pas cultiver de cellules d’insectes). Michel Gillois m’a alors proposé d’aborder la cellule, la division cellulaire, les chro- mosomes par le biais de cellules animales en culture. L’idée m’a beaucoup intéressée.

En 1968, j’ai commencé à faire de la recherche à l’INRA, au laboratoire de Michel Gillois à Jouy-en-Josas. Je partageais mon temps entre mon travail d’assistante rue Cuvier et la recherche à Jouy-en-Josas. J’ai appris toutes les techniques de culture cellulaire à Jouy et fait un stage à l’hôpital des enfants malades (Necker) dans le service du professeur de Grouchy, pour apprendre les techniques de cytogénétique.

J’ai commencé à travailler sur le mécanisme de la division cellulaire et l’étude du caryotype.

Que connaissiez-vous de l’INRA ?

L’INRA n’était pas l’organisme qui m’employait et je connaissais peu sa structure et ses objectifs. Si le même tra- vail m’avait été proposé au CNRS, j’aurais aussi bien intégré ce centre. La dualité de mon travail, enseignement à Paris

et recherche à Jouy, ne me laissait pas beaucoup de temps pour les contacts avec les autres laboratoires de l’INRA de Jouy. Le petit secteur de la génétique cellulaire se trouvait dans un bâtiment annexe et ma première préoccupation était de mettre en route toutes les idées de mon programme de recherche dans un laboratoire en pleine élaboration.

Quels étaient vos autres contacts sur le plan professionnel ?

J’avais surtout des contacts avec les personnes que je cô- toyais à l’université : assistants, maîtres-assistants, profes- seurs. En 1966, au moment où mademoiselle Cousin a fêté son jubilé, 50 années de carrière, j’ai côtoyé d’autres profes- seurs d’université, comme M. Beaumont ou M. Bergerard ; ou des personnes de notoriété dans le domaine de la zoo- logie comme Jean Rostand et son frère. J’avais très peu de contacts avec les chercheurs INRA travaillant à Jouy dans des domaines très différents du mien.

Quels souvenirs gardez-vous de mai 1968 ?

J’ai beaucoup de souvenirs des bouleversements du Quartier Latin, en plein cœur duquel je vivais. J’ai vu les rues

Coupe longitudinale de l’ovaire du grillon domestique au stade 9. Ann. Soc. Ent. Fr (NS), 4 (3), 1968, 679 à 701.

(5)

aux pavés arrachés, les barricades, les voitures renversées ou brûlées sur le bord des trottoirs, les grilles métalliques des arbres enlevées. J’ai toujours pu me déplacer même s’il fallait parfois se faufiler parmi la foule. Je suis allée dans la cour de la Sorbonne, écouter les exhortations des meneurs étudiants. Parfois, dans notre appartement rue Gay-Lussac, situé au premier étage, nous ne pouvions pas ouvrir les fenêtres en raison des gaz lacrymogènes.

Je n’étais plus étudiante, notre préoccupation majeure rue Cuvier était de permettre aux étudiants de passer leur exa- men en octobre, la session de juin ayant été annulée (nous avons dû interrompre tout enseignement pendant plus d’un mois). Nous avons fait le nécessaire pour rattraper au mieux le programme. Il est vrai que mai 1968 a apporté un cou- rant d’air frais dans beaucoup de domaines, mais cela n’a pas été ressenti de suite. Nos conditions d’enseignants-cher- cheurs n’ont pas vraiment été modifiées.

Parlez-nous de la décentralisation à Toulouse et de votre arrivée au laboratoire de génétique cellulaire.

Au moment de la décentralisation, je faisais déjà partie du laboratoire de génétique cellulaire, en tant que chercheur non INRA. Plus intéressée par mon domaine de recherche que par l’enseignement, j’ai quitté Paris pour Toulouse en 1970. La décentralisation ne m’a pas posé de problème en tant que chercheur. Cela a été plus difficile en tant qu’ensei- gnante car j’ai continué à assurer mes séances de travaux pratiques rue Cuvier. J’avais pu les regrouper sur deux jours et j’ai pris le train Toulouse-Paris toutes les semaines pen- dant deux ans. J’ai définitivement intégré l’INRA en 1972 avec un poste de chercheur contractuel ; en 1974, j’ai passé le concours de chargé de recherches.

Rétrospectivement, je pense qu’avoir quitté Paris à été une grande chance pour moi. Mes collègues de la rue Cuvier sont restés avec peu de moyens et n’ont pas pu dévelop- per des programmes de recherche de pointe, le budget recherche dans l’enseignement supérieur restait très limité.

L’INRA m’a donné les moyens de travailler dans un domaine qui me passionnait. Nous sommes arrivés dans des locaux entièrement neufs et bien équipés. La partie la plus specta- culaire du laboratoire était la zone de culture des cellules en- tièrement stérile. Celle-ci fut conçue par Michel Gillois pour y travailler dans de bonnes conditions sur de très grandes quantités de cellules. Sa conception était unique en Europe : trois rangées de stalles attribuées chacune à un seul cher- cheur ou technicien ; zone climatisée avec circulation d’air stérile dans chaque stalle et humidité constante pour éviter au maximum toute contamination. La culture de cellules demande beaucoup de matériel stérile. À côté de la zone de culture se trouvait la laverie, où deux personnes s’occupaient de laver, rincer à l’eau distillée, emballer et stériliser en étuve tout le matériel en verre : bouteilles, pipettes, flacons, éprou- vettes et d’autoclaver tout le matériel non en verre comme les tétines pour pipettes, les tuyaux de caoutchouc…

Le déménagement et l’installation à Toulouse au cours de l’été et de l’automne 1970 a inévitablement ralenti pen- dant quelque temps la remise en route des programmes de recherche.

Quels étaient les personnels de ce laboratoire ? À notre arrivée à Toulouse, parmi les chercheurs à côté de Michel Gillois, il y avait Claude Chevalet responsable de la partie biomathématique, Philippe Mulsant et Michel Caboche orientés vers le métabolisme de la cellule et la différenciation cellulaire vus sous un angle génétique. Je m’occupais de la division cellulaire et de la cytogénétique.

À côté des chercheurs, il y avait le personnel technique qui travaillait à la laverie : Jeanine et Nathalie Anddreuza. Les besoins en matériel stérile étaient importants. La gestion et le secrétariat étaient assurés par Annie Nunes. Comme per- sonnel technique, il y avait Ginette Donal et Marie-Claude Caboche qui faisaient un travail de laboratoire puis Alain Desbyes, ouvrier d’entretien des installations. Francis Benne est arrivé un peu plus tard en 1972, et d’autres personnes ont été recrutées par la suite, parmi les chercheurs : François Hatey et François Gasser.

Nous avions peu d’aide technique au début, et les chercheurs manipulaient beaucoup eux-mêmes, les contacts étaient assez fraternels. La première aide technique affectée à la cy- togénétique a été apportée par Chantal Delcros (de Banizette à l’époque), recrutée comme technicienne vers 1980.

Quel était le contenu de votre activité scientifique ?

Mon travail initial a porté sur l’étude des mécanismes de la division cellulaire. La mitose comporte des étapes succes- sives très bien connues mais les mécanismes intervenant dans leur régulation étaient peu étudiés. En collaboration avec Michel Gillois, j’ai cherché à aborder ces problèmes sous deux aspects : l’haploïdisation de cellules en culture et le contrôle génétique du cycle cellulaire à l’aide de mu- tants thermosensibles. Pour déterminer si une cellule était haploïde (n chromosomes) ou diploïde (2n chromosomes), il fallait connaître son caryotype et je me suis donc très vite familiarisée avec les techniques de cytogénétique. Entre 1970 et 1975, quand les travaux ont explosé concernant l’identification des chromosomes à l’aide de leurs bandes caractéristiques, mes connaissances en culture cellulaire et en cytogénétique m’ont tout naturellement amenée à m’in- téresser aux caryotypes à bandes et à me tourner vers la connaissance du génome des animaux domestiques (porcin, lapin, bovin). À partir de 1977-1978, lorsque la localisation des gènes sur les chromosomes humains a révolutionné la connaissance du génome, j’ai commencé à aborder la carte génique des espèces étudiées.

La cytogénétique et la réalisation de la carte génique ont été les deux grands axes de mon activité scientifique.

Comment définissez-vous la cytogénétique ? La cytogénétique regroupe toutes les techniques d’étude du caryotype des espèces animales ou végétales. Le caryotype est la description morphologique de chaque paire de chromo- somes d’une espèce, leur classification et leur répartition en groupes. Il y a 19 paires de chromosomes par cellule chez le porc, 22 chez le lapin et 30 chez les bovins. La réalisation com- plète d’un caryotype peut demander trois semaines à un mois.

(6)

Pour connaître le caryotype d’un animal donné, son sang prélevé est mis en culture dans un milieu contenant de la phytohémaglutinine, produit dont la propriété est d’induire une dédifférenciation des lymphocytes qui deviennent alors capables de faire une mitose in vitro. Le pic de mitose s’ob- serve après 48 heures de culture, on fait alors agir de la col- chicine qui bloque les cellules à une étape de la mitose : la métaphase, où la membrane nucléaire a disparu et où les chromosomes peuvent être visualisés. Un choc hypotonique est effectué pour faire gonfler les cellules, qui sont ensuite tuées avec un fixateur dans l’état où elles se trouvent. On fait ensuite tomber les cellules sur une lame de verre, elles éclatent et les chromosomes s’étalent sur la lame, méta- phase par métaphase. On effectue alors une coloration des lames permettant de visualiser les chromosomes et de les ob- server au microscope de façon à les photographier. On peut disposer ainsi d’un grand nombre de photos de métaphases.

Pour chaque photo, les chromosomes sont découpés, clas- sés selon des critères bien précis, leur taille et la position de leur centromère (on faisait des mesures des bras longs et des bras courts), puis collés sur un carton et le résultat obtenu est le caryotype. L’ensemble de ce travail est minu- tieux et délicat.

Aujourd’hui, les cultures de sang sont toujours difficiles à réaliser et les résultats ne sont pas tous homogènes.

Comme il s’agit de matériel vivant, l’état du sang n’est pas identique d’un prélèvement à l’autre.

Pour obtenir le caryotype de l’espèce, j’ai travaillé aussi avec des “cultures primaires”. Il suffit de prélever un organe (rein ou poumon de lapereaux nouveau-nés par exemple), de mettre les cellules en culture et de traiter ensuite le tapis cellulaire comme les cultures de sang. Pour les cultures permanentes présentes au laboratoire (souches cellulaires anciennes qui ont acquis la possibilité de se multiplier indéfi- niment), la réalisation du caryotype se fait de façon similaire.

J’ai effectué des caryotypes de la sorte de 1968 à 1971. Les chromosomes étaient classés par groupes, mais rien ne nous permettait de distinguer deux chromosomes très proches, la mesure du bras long et du bras court pour chaque chromo- some n’étant pas suffisamment précise.

Au début des années 1970, des possibilités d’identification des chromosomes ont révolutionné la cytogénétique. Il est devenu possible de reconnaître chaque paire de chromo- somes grâce à la répartition caractéristique de ses bandes.

En 1971, je suis allée au 4e congrès international de géné- tique humaine à Paris où j’ai pu assister à de nombreux expo- sés intéressants sur l’obtention de bandes chromosomiques chez l’homme. Bernard Dutrillaux, chercheur au CNRS, a fait un exposé sur les différentes techniques de bandes chromo- somiques. L’enthousiasme des cytogénéticiens était énorme.

Enfin, la cytogénétique pouvait apporter une réponse pré- cise à l’identification du chromosome en se basant sur trois critères : sa taille, la position de son centromère et la réparti- tion de ses bandes. Dès mon retour, je me suis lancée dans la réalisation des bandes chromosomiques du porc et du lapin.

Pourquoi le lapin ?

Le porc était l’espèce sur laquelle le laboratoire travaillait mais il n’était pas toujours facile de se procurer du sang fraîchement prélevé (je me rendais souvent aux abattoirs de Toulouse ou à l’École vétérinaire pour avoir du sang frais de porc). Par contre, un élevage de lapins se trouvait au do- maine de Langlade (INRA) et il était facile de se procurer des lapereaux nouveau-nés. J’ai peu travaillé sur les bovins et les ovins, ces espèces ont été étudiées par la suite par l’équipe de cytogénétique de Jouy-en-Josas.

En 1973, j’ai publié le premier caryotype à bandes G du lapin, puis le caryotype à bandes G du porc et des souches permanentes issues de porc et existant au laboratoire. De Le chromosome 1 du porc et son diagramme de la métaphase à la fin de la prophase

montrant l’évolution de la répartition des bandes depuis la fin de la prophase (haute résolution) jusqu’à la métaphase. Cytogenetics and Cell Genetics, 1987, 45, 5 à 9.

Caryotype à bandes G d’une souche cellulaire ancienne de porc (PK 15) montrant les chromosomes normaux et les chromosomes remaniés (M).

Chromosoma, 45, 1974, 139 à 149 (classification antérieure à la conférence de Reading en 1976).

(7)

ce dernier travail, nous avons déduit l’hypothèse suivante : dans une souche ancienne, un lot haploïde de chromo- somes est conservé. Le deuxième lot subit pertes, remanie- ments et altérations mais on arrivait toujours à trouver un chromosome de morphologie apparemment normale pour chaque paire. Malgré les remaniements et les pertes, la cel- lule était fonctionnelle et se reproduisait.

En 1976, j’avais déjà publié le caryotype à bandes G du lapin et du porc. Cette connaissance m’a amenée à partici- per cette année-là à la conférence de Reading en Grande- Bretagne : 1ère conférence internationale sur la standardi- sation du caryotype à bandes des espèces domestiques.

Les cytogénéticiens n’utilisaient pas tous la même classifi- cation et pour avoir un outil de travail fiable, il fallait que chaque équipe dispose d’une même description pour un même chromosome. Sept espèces ont été abordées : le bœuf, le mouton, la chèvre, le porc, le cheval, le chat et le lapin. Travaillant sur l’homme, les chercheurs du CNRS ou de l’Inserm avaient déjà publié un standard du caryotype humain en 1971. Les règles de classification pour l’homme ont été acceptées pour les espèces domestiques. Au cours de cette réunion à Reading, j’ai apporté des caryotypes à bandes G du porc et du lapin qui, avec d’autres, ont servi de base aux discussions sur la classification. Étaient présents des cytogénéticiens de Grande-Bretagne, de France, d’Ita- lie, du Danemark, de Suède, de Pologne, d’Allemagne, du Canada, des États-Unis, d’Australie.

Ces travaux ont-ils été publiés ?

Les travaux de la conférence de Reading ont été publiés en 1981 par Ingemar Gustavsson dans Hereditas, importante revue suédoise. Le retard est dû aux difficultés d’identifi- cation de certains chromosomes très proches, comme par exemple les chromosomes 8 et 9 chez le porc. D’autres investigations étaient nécessaires pour les classer. Des pré- cisions ont été apportées ultérieurement et ont levé toute ambiguïté. Le caryotype du lapin que j’ai présenté a été choisi pour publication ; concernant le porc, c’est celui du Canadien C.C. Lin qui a été proposé.

Peut-on parler d’avancées cognitives importantes ? Oui, c’était une véritable révolution sur le plan cytogéné- tique mondial. Il devenait possible d’identifier chaque chro- mosome d’une espèce sans ambiguïté. Un chromosome donné devenait le même pour tous. Le laboratoire a com- mencé à être connu en Europe et dans le monde entier pour ses travaux en cytogénétique.

Comment expliquez-vous cette ascension notoire de votre laboratoire ?

Ma participation à partir de 1979 jusqu’à ma retraite aux conférences internationales sur la carte génique humaine et aux colloques européens de cytogénétique des animaux domestiques a permis de faire connaître le laboratoire au niveau international dans ce domaine de recherche. Nous étions très connus pour nos travaux en cytogénétique puis en carte génique. À chaque manifestation, je présentais l’état de nos travaux de recherche.

Quel était votre statut ?

Jusqu’en 1972, j’étais enseignant-chercheur à la faculté des sciences de Paris. Je faisais mon enseignement à Paris et la recherche à Toulouse. L’enseignement peut être très pre- nant et je me rendais compte des difficultés à assurer les deux, surtout qu’il me fallait voyager entre Paris et Toulouse.

J’avais bloqué mes enseignements de TP sur deux jours et je prenais le train toutes les semaines. Comme mes parents habitaient à Paris, je n’avais pas de problème de logement.

Cette situation a cessé en 1972 : j’ai été nommée chargée de recherche contractuelle détachée à l’INRA ; en 1974, j’ai passé le concours de chargée de recherche à l’INRA. Ma situation est alors devenue fixe et j’ai transformé ma vie per- sonnelle en adoptant deux fillettes coréennes, la première en 1974 et la deuxième en 1976. J’ai ensuite suivi toutes les étapes d’une carrière à l’INRA et je suis devenue directeur de recherche en 1987.

Avez-vous préparé une thèse ?

Je me suis inscrite en thèse avec comme sujet : “La carte génique et la cytogénétique des espèces domestiques”, mais la recherche en elle-même m’intéressait bien plus que la thèse. J’étais chargée de recherche, je pouvais continuer à travailler à l’INRA et je n’ai pas passé beaucoup de temps à préparer et rédiger une thèse. Malgré les encouragements du directeur, j’ai préféré m’investir dans le travail de pail- lasse sur un sujet qui m’intéressait et dans les contacts euro- péens et internationaux. J’ai passé par la suite le concours de directeur de recherche sans que l’absence de thèse ne pose problème.

Qui étaient vos bailleurs de fonds ? D’où venaient les crédits et aviez-vous des exigences de moyens particuliers ?

Nos crédits venaient strictement de l’INRA, il en était ainsi lorsque j’ai quitté l’INRA en 1995. Peut-être existe-t-il à pré- sent des financements par contrat.

Ingemar Gustavsson (Suède), Bhanu P. Chowdary au cours d’un colloque de cytogénétique.

(8)

Nous n’avions pas besoin de matériel très sophistiqué, du moins en cytogénétique. Nous étions bien équipés en culture cellulaire ; notre outil le plus important était un mi- croscope comportant un bon équipement photographique.

Un chromosome est caractérisé par une succession de bandes appelées G ou Q, les interbandes étant appelées R.

Nous avons commencé par travailler sur les bandes G qui étaient obtenues de façon relativement simple : on faisait agir sur des préparations chromosomiques de la Trypsine qui digérait une partie des protéines histones et dégageait ainsi des portions de l’ADN, coloré ensuite au Giemsa. L’essentiel du travail était ensuite l’observation microscopique : les plus belles métaphases étaient photographiées, les chromo- somes découpés et classés. Plus tard, la cytogénétique s’est vu équipée d’un microscope à fluorescence.

Quels étaient les travaux existants sur l’espèce humaine ? Avez-vous utilisé ces résultats ? Que leur avez-vous apporté ?

Chez l’homme, les recherches étaient bien plus avancées, de nombreux laboratoires s’y intéressaient. Le caryotype à bandes a été standardisé en 1971 et les premières publi- cations concernant la carte génique datent de 1968-1970.

Par contre, on a mis beaucoup de temps à s’intéresser aux mêmes problèmes chez les espèces animales. La standardi- sation des caryotypes a été bien plus tardive et les premières publications sur la carte génique datent de 1979. Les cher- cheurs dans le domaine animal ont puisé, en les adaptant, dans les techniques utilisées chez l’homme.

La réalisation de la carte génique de l’homme n’a été pos- sible qu’après trois découvertes importantes :

• la possibilité de fusionner des cellules d’espèces diffé- rentes (fusion cellulaire interspécifique). L’idée était de fabri- quer des hybrides en faisant fusionner une souche cellulaire ancienne pouvant se multiplier indéfiniment, avec des cel- lules de l’espèce à cartographier (lymphocytes, cultures pri- maires). Ces hybrides gardent la propriété de se multiplier indéfiniment, comme la souche générale, et perdent de fa- çon aléatoire les chromosomes de l’espèce à cartographier.

On peut alors avoir un échantillonnage de clones ayant conservé des chromosomes différents de l’espèce choisie,

• les hybrides interspécifiques conservent l’expression gé- nétique des chromosomes qu’ils ont retenus, par exemple l’expression enzymatique,

• la possibilité de reconnaître de façon plus précise chaque chromosome de l’hybride grâce à ses bandes chromoso- miques.

On disposait donc d’un certain nombre d’hybrides indépen- dants qui avaient des expressions enzymatiques différen- tes : ceux qui étaient positifs pour une expression enzy- matique avaient gardé le chromosome porteur du gène, ceux qui étaient négatifs l’avaient perdu. Cette première approche a permis de définir des “synténies”. Les gènes qui ségrègent en même temps dans les clones étaient dits synténiques et portés par le même chromosome, ceux qui ségrégent indépendamment étaient dits asynténiques et portés par des chromosomes différents. Suivait une analyse cytogénétique.

J’ai fabriqué des hybrides cellulaires interspécifiques à partir de 1977-1978 en utilisant comme souche permanente une souche ancienne de hamster chinois (wg3hCl2) et de souris (LMTKCL1D), des cultures primaires de lapins nouveau-nés, ainsi qu’une culture primaire bovine présentant une translo- cation X/13 qui m’avait été envoyée du Nebraska par le pro- fesseur R. Eldridge. J’ai fait peu d’hybrides interspécifiques de porc car Joël Gellin, recruté comme chercheur en 1979, est arrivé à Toulouse après avoir fabriqué un certain nombre de clones hybrides porc/hamster et porc/souris à l’hôpital Necker de Paris, alors qu’il faisait un stage dans le laboratoire de Marie-Claude Hors-Cayla (unité Inserm 12). Les hybrides porc que j’ai fabriqués sont venus compléter cette série.

Nos premiers résultats ont été présentés en 1979 à la 4e conférence internationale sur la carte génique humaine à Edimbourg (HGM4). Ce congrès comportait pour la pre- mière fois un comité sur la carte comparative des espèces autres que l’homme (primates, souris et quelques espèces domestiques). Avec Joël Gellin, nous avons présenté nos travaux sur le lapin et le porc : la synténie de certaines enzy- mes. Connues pour être portées par le chromosome X chez l’homme, nous avons montré qu’elles étaient aussi synté- niques chez le lapin que chez le porc et très probablement aussi portées par le chromosome X. Nous étions les pre- miers, au niveau mondial, à travailler sur ces espèces.

Comment décidiez-vous de vos protocoles de recherche ?

Au laboratoire de génétique cellulaire, nous discutions de nos orientations de recherche dans des réunions bibliogra- phiques hebdomadaires. Michel Gillois était sensibilisé à ces problèmes nouveaux, il avait une vision ambitieuse de

Caryotype à bandes G du lapin réalisé par G. Echard et présenté à la conférence de Reading (1976) puis publié en 1980 dans Hereditas, 92, 145 à 162.

(9)

la recherche et voyait ce qui pouvait être important pour l’avenir. Il était très attaché à un démarrage rapide de ces recherches. Nous avions tout pour les entreprendre : les cel- lules (cultures primaires ou sang), les conditions de culture idéales, les outils d’analyse et d’observation.

Aviez-vous de l’aide de la part des autres membres du laboratoire ?

Bien entendu. Dans l’équipe carte génique, il y avait des cytogénéticiens mais aussi des biochimistes, comme Joël Gellin qui s’intéressait à l’expression enzymatique des gènes dans les hybrides. Les biomathématiciens Claude Chevalet et Florence Corpet nous aidaient dans l’interprétation des résultats.

Avez-vous eu le sentiment

de laboratoire homogène tout au long de votre vie professionnelle ?

Pendant toute ma carrière, j’ai ressenti une cohésion autour de sujets majeurs. La personnalité de Michel Gillois était très

importante. Il faisait en sorte que des thèmes de recherche de pointe puissent entrer au laboratoire et suivre l’évolution internationale.

En cytogénétique, il nous encourageait à mettre au point des techniques nouvelles. Pour assurer l’avenir de la cyto- génétique, le recrutement d’un ingénieur a été décidé et en 1983, j’ai été membre du jury du concours d’ingénieur de Martine Yerle qui devait assurer ma succession. J’ai donc été impliquée directement dans son recrutement. Je l’ai for- mée aux techniques de la culture cellulaire et de la cyto- génétique. Elle a participé avec moi à divers congrès et au moment de mon départ à la retraite en 1995, elle a pris la direction du secteur cytogénétique.

Quels travaux de recherche vous ont mobilisée jusqu’à votre départ à la retraite ?

Jusqu’à ma retraite, mes travaux de recherche ont progressé avec l’évolution mondiale, vers la connaissance du caryo- type des espèces, la localisation de gènes sur les chromo- somes des animaux domestiques, la diffusion de nos tra- vaux par des publications dans des revues internationales Photo du haut : Martine Yerle, Geneviève Echard,

Florence Corpet et Francis Benne (1985).

À gauche : Geneviève Echard, Claude Chevalet,

Florence Corpet, Philippe Mulsant et Joël Gellin (1985-1986).

À droite pot de retraite : Michel Gillois et Claude Chevalet (1995).

Les chercheurs du laboratoire de génétique cellulaire de Toulouse dans les années 1980.

(10)

spécialisées et des revues INRA avec comité de lecture, et par ma participation à des congrès ou des colloques inter- nationaux. Les deux manifestations auxquelles je participais régulièrement et activement sont : les congrès européens de cytogénétique des animaux domestiques et les colloques in- ternationaux sur la carte génétique humaine (HGM : human gene mapping conferences).

Je participais au comité sur la carte génique des espèces de mammifères autres que l’homme (souris, primates, animaux domestiques). Ces réunions étaient le point de rencontre des chercheurs internationaux travaillant dans ce domaine, toutes espèces confondues.

Ces congrès avaient lieu tous les deux ans et chaque année, de 1979 à 1995, j’allais alternativement à l’un d’entre eux. Il n’existait pas de congrès spécialisé dans la cartographie gé- nique des espèces domestiques. Participer aux conférences internationales sur la carte génique humaine était la seule possibilité pour connaître les nouvelles technologies, l’état de la carte humaine, et les résultats sur les espèces autres que l’homme. À ces congrès, je présentais l’état de nos travaux sous forme d’un exposé ou d’un poster. J’y ai ren- contré la plupart des spécialistes mondiaux travaillant sur la carte humaine dont les travaux ont abouti à la connaissance complète de la répartition des gènes sur les chromosomes humains. L’explosion de ces connaissances est à l’origine du développement du Généthon et de manifestations très médiatisées comme le Téléthon.

À la conférence d’Helsinki (HGM8) en 1985, le professeur Jean Frezal qui dirigeait l’unité Inserm 12 et travaillait sur les handicaps génétiques de l’enfant à l’hôpital Necker de Paris, m’a sollicitée pour organiser avec des chercheurs internationaux le comité sur la carte comparative des es- pèces autres que l’homme, à la conférence internationale de Paris (HGM9) dont il était responsable. Je me suis alors beaucoup intéressée aux connaissances sur l’état des cartes géniques des espèces domestiques : porcin, ovin, bovin, caprin, lapin… Ce qui m’a orientée vers l’étude des cartes comparatives de ces espèces, et plus particulièrement vers la conservation des gènes et groupes de gènes au travers des espèces. Au cours de ces réunions, j’ai rencontré Stephen J. O’Brien, travaillant au National Cancer Institute (USA) et spécialiste de la carte du chat. Régulièrement, il publiait un livre Genetic Maps qui compilait toutes les connaissances sur les liaisons génétiques et les cartes géniques chez un grand nombre d’espèces (virus, algues, bactéries, champi- gnons, insectes (drosophiles), poissons, amphibiens, mam- mifères et plantes). J’ai participé aux éditions de ce livre en 1984, 1986,1990. En 1993, dans la 6ème édition, j’ai ajouté à l’état de la carte du porc, celle du mouton. Je n’ai pas travaillé sur la localisation de gènes chez le mouton mais j’ai accepté de combler un vide, je connaissais bien les cartes ovins, bovins, caprins.

Les congrès européens de cytogénétique des animaux domestiques rassemblaient entre 80 et 100 personnes (il y avait plus de 1 000 participants aux HGM). Ces réunions étaient consacrées essentiellement à l’étude du caryotype des espèces et des anomalies chromosomiques. Nous y avons présenté tous nos résultats sur les caryotypes nor- maux et à haute résolution du porc et du lapin ainsi que

nos résultats de cartographie génique. J’y ai rencontré tous les cytogénéticiens de l’époque, non seulement européens mais aussi australiens, canadiens, américains. Peu de cher- cheurs des pays de l’Est (URSS notamment) pouvaient venir, il leur était quasiment impossible de se déplacer mais, ils étaient demandeurs d’informations et j’ai correspondu avec certains d’entre eux pendant plusieurs années. Par ailleurs, les problèmes de standardisation des caryotypes n’étaient pas tous résolus. Les résultats de la conférence de Reading en 1976 étaient insuffisants et dans chaque congrès se trou- vait un groupe de travail spécialisé dans la standardisation.

Les travaux de recherche progressaient dans la description des bandes de chaque chromosome, par l’étude précise de la répartition des bandes G ou Q et des interbandes R. En 1988, nous avons publié le caryotype standard du porc mis en forme par un chercheur suédois, Ingemar Gustavsson.

Chaque chromosome était accompagné d’un diagramme où chaque bande était numérotée selon les règles élaborées chez l’homme.

Pour le lapin, ce programme de standardisation a été diri- gé par Richard Fox du Jackson Laboratory (USA) et le dia- gramme que j’ai présenté a été publié comme standard. En ce qui concerne les bovins, ovins, caprins, le standard a été publié en 1989 avec la participation des chercheurs de Jouy- en-Josas (Hélène Hayes). Ma participation régulière aux col- loques de cytogénétique des animaux domestiques ainsi que la reconnaissance de nos travaux font que j’ai été sollicitée au colloque de Bristol en 1988 (responsable : Susan Long) pour organiser le colloque suivant à Toulouse en 1990.

En même temps, nous nous sommes intéressés à un autre aspect des bandes chromosomiques. Les bandes décrites alors étaient celles de chromosomes observés en méta- phase, lorsqu’ils ont atteint un raccourcissement maximum.

Pour obtenir une localisation plus fine des gènes, on s’est intéressés à des chromosomes plus allongés en fin de pro- phase. Ce qui a amené à la description d’un caryotype à haute résolution en observant des chromosomes non plus en métaphase, mais en fin de prophase où ils sont plus allongés tout en étant suffisamment individualisés. Ce qui a abouti, en collaboration avec Martine Yerle, à la publica- tion d’un caryotype en bandes G à haute résolution pour le

Colloque de Bristol en 1988 organisé par Susan Long (à gauche).

Professeur Fecheimer (au centre) et Geneviève Echard au moment de sa nomination pour l’organisation du congrès en 1990.

(11)

porc et le lapin. Pour chaque chromosome, un idiogramme a été réalisé avec des bandes numérotées par zones et sous zones. Ces idiogrammes du porc et du lapin ont été large- ment utilisés pour la localisation fine de gènes en hybrida- tion moléculaire in situ sur les chromosomes (hybridation directe de métaphases étalées sur lame).

Quel est l’intérêt de ces manipulations ?

Notre objectif en développant ces techniques était d’enri- chir de plus en plus les connaissances sur la localisation chromosomique des gènes des espèces sur lesquelles nous travaillons. On pouvait ainsi arriver à situer un gène sur une ou deux bandes d’un chromosome plus ou moins allongé.

En carte génique, l’hybridation moléculaire in situ s’est substituée pour un temps à l’utilisation d’hybrides inters- pécifiques. La cytogénétique de ces hybrides est parfois très compliquée. Ils perdent de nombreux chromosomes de l’espèce à cartographier et ceux qui restent peuvent présen- ter des anomalies, ce qui est très difficile à identifier par les voies de la cytogénétique seule.

En hybridation moléculaire in situ, on travaille directement sur des métaphases de l’animal, où chaque chromosome est identifié. On hybride directement une sonde d’ADN, rendue radioactive sur des cellules en métaphase, et ensuite on révèle l’hybridation par radioactivité, des grains d’argent se déposent à l’endroit où l’hybridation s’est produite. On compte les grains d’argent, on réalise des idiogrammes et par des calculs statistiques, on observe des pics de grains à un endroit donné du chromosome qui correspond à la localisation du gène. Martine Yerle qui avait une formation en radioactivité, s’occupait de cette partie du travail et nous prenions toutes les précautions qui s’imposent en la matière.

Parveniez-vous toujours à localiser les gènes ? En utilisant l’hybridation moléculaire in situ, nous avons toujours pu localiser des gènes sans ambiguïté. On travail- lait directement sur des métaphases de l’animal obtenues à partir de cultures de sang et où chaque chromosome est normal et facile à identifier par ses bandes. Nos premières publications originales en utilisant cette technique ont été, en 1985, la localisation des caséines a et b dans la région q 2-6 du chromosome 12 du lapin et, en 1986, la locali- sation du SLA (complexe majeur d’histocompatibilité) sur le chromosome 7 du porc dans la région p 1-4, p 1-2 (on nomme p et q les bras d’un chromosome situés de part et d’autre du centromère). Ces localisations ont été confirmées par la suite (on considère qu’une localisation est confirmée si elle a été obtenue par deux équipes indépendantes).

Cependant, nous avons d’abord travaillé sur les synténies à l’aide d’hybrides cellulaires interspécifiques porc/hamster, porc/souris, lapin/hamster. Mais je souhaitais aller plus loin et arriver à localiser les synténies ou les gènes sur lesquels on travaillait sur un chromosome de l’espèce. Le travail était délicat et complexe ; je vais essayer de l’expliquer à l’aide d’un exemple.

Je disposais d’un panel d’hybrides indépendants de porc.

En 1983, j’ai choisi l’un d’entre eux qui exprimait clairement

une synténie (MPI : mannose phosphate isomérase ; PKM2 : pyruvate kinase 2 ; NP : nucléoside phosphorylase) et dont j’avais fait le caryotype à bandes. Je l’ai sous-cloné. À par- tir de ce clone, j’ai obtenu 28 sous-clones indépendants ; ils ont tous subi une analyse enzymatique par les biochi- mistes du laboratoire pour les enzymes MPI, PKM2, NP.

Les résultats ont confirmé la synténie avec seulement deux clones discordants. Le travail cytogénétique étant très long, 14 sous-clones ont été retenus pour l’analyse du caryotype, clairement positifs et négatifs pour la synténie, les discor- dants ont été éliminés. Cette analyse m’a amenée à publier la localisation de cette synténie sur le chromosome 3 en 1984. En 1985, PKM2 et MPI sont localisés sur le chromo- some 7 par une équipe danoise et confirmés ensuite par une équipe suisse en utilisant l’hybridation in situ. Cette erreur d’interprétation a été comprise plus tard, lorsque nous avons repris l’étude des hybrides porc/hamster par la technique du “chromosome painting” : coloriage des chro- mosomes par les techniques de fluorescence de la cytogé- nétique moléculaire qui permet d’observer en fluorescence tous les chromosomes de l’espèce (porc) à l’exclusion des autres. On voit alors que la sonde porc a hybridé soit sur un chromosome entier soit sur des portions de chromosomes ; ce qui signifie que l’ADN porcin se trouve remanié avec de l’ADN hamster dans l’hybride.

L’analyse fine montre qu’il y a des chromosomes hamster, hamster/porc, et même porc/porc au niveau cellulaire. Nous avons publié en 1996 la composition en chromosomes nor- maux et en chromosomes remaniés pour 27 hybrides porc/

hamster et porc/souris.

Dans les sous-clones étudiés, le chromosome identifié comme le chromosome 3 du porc et toujours présent dans les sous-clones positifs était en réalité un chromosome remanié (contenant une portion du chromosome 7) res- semblant morphologiquement, au degré de précision de l’époque, au chromosome 3 du porc normal, ce qui per- met de comprendre mon erreur d’interprétation. Les loca- lisations obtenues par hybridation moléculaire in situ, sur le chromosome lui-même, sont beaucoup plus fiables et donnent une localisation régionale du gène.

Interview de

Geneviève Echard [2

ème

partie]

Le congrès de Toulouse a-t-il beaucoup marqué le domaine de la cytogénétique ?

Le colloque s’est déroulé au centre INRA de Toulouse du 9 au 13 juillet 1990. Dans le même temps, par pure coïncidence, a eu lieu à l’université des sciences sociales de Toulouse la quatrième réunion de la Fez (Fédération européenne de zootechnie : EAAP meeting) et nous avons organisé une ses- sion commune d’une demi-journée. La préparation du col- loque de cytogénétique m’a d’abord amenée à m’impliquer dans toutes sortes de problèmes pratiques mais aussi dans de nombreux contacts extérieurs pour obtenir les fonds né- cessaires (une grande partie a été allouée par l’INRA) pour contacter les chercheurs susceptibles de venir, pour inviter

(12)

des personnalités pouvant assurer les conférences plénières, pour établir le programme. Les cytogénéticiens français et étrangers sont venus à Toulouse, ce qui a contribué à faire connaître le centre, ses installations et ses objectifs. Cette manifestation a rassemblé 76 participants, spécialistes en cytogénétique ou carte génique.

La cytogénétique n’est pas une science très ancienne et elle a été longtemps considérée comme non fiable et peu précise. Le nombre de chromosomes chez l’homme (2n = 46) n’est connu avec certitude que depuis 1956, et chez les espèces animales on ne savait pas grand-chose.

La cytogénétique a pris un essor considérable à partir de 1970 avec la découverte des bandes chromosomiques caractéristiques de chaque chromosome d’une espèce pré- cise. La connaissance des chromosomes d’une espèce et leur identification est utilisée dans des domaines très variés : pathologie de la reproduction, fertilité (anomalies chromo- somiques), diagnostic de maladies constitutionnelles, can- cérologie (cancers liés à des perturbations du caryotype), génie génétique (transfert de gènes)…

Chaque colloque de cytogénétique, dont le premier a eu lieu à Giessen (Allemagne) en 1970, apportait de nombreux résultats à la communauté des cytogénéticiens concernant le caryotype, les anomalies chromosomiques et leur impact génétique. Le colloque de Toulouse a regroupé un ensemble de résultats nouveaux venus s’ajouter à ceux des précédents colloques, aussi bien au niveau des techniques, des caryo- types, de l’interprétation des anomalies que de la carte génique ou génétique. Le compte-rendu et l’ensemble des résultats de ce colloque ont été publiés en 1991 dans un nu- méro spécial de la revue Génétique, Sélection, Evolution [1].

L’impact de ce colloque a eu entre autres conséquences le choix du centre INRA de Toulouse pour l’organisation de la deuxième réunion “Pigmap” rassemblant les chercheurs tra- vaillant sur tous les aspects de la carte génétique ou génique du porc. Cette réunion a été organisée par Joël Gellin à qui j’ai apporté mon aide à la suite de mon expérience concer- nant l’organisation du colloque de Toulouse. Cette réunion, qui s’est déroulée les 8 et 9 décembre 1991, a été suivie par

d’autres réunions “Pigmap” au cours des années suivantes avec à chaque fois de nouvelles mises au point importantes concernant la carte du porc. Quelques mois auparavant, en mai 1991, s’est déroulée à l’INRA de Toulouse une réunion intitulée “Stratégie d’établisse- ment des cartes géniques” sous le patronage de la Société française de génétique. J’ai contribué à son organisation et assuré une conférence qui avait pour sujet “Cartographie chez les mammifères autres que l’homme, les pri- mates, la souris : étude comparée”.

Le dernier colloque de cytogénétique auquel j’ai participé en tant qu’invitée d’honneur est celui organisé à Saragosse (Espagne) par Victoria Arruja en 1996 (un an après mon départ à la retraite). J’ai fait partie du conseil scientifique.

Quelle image avez-vous de la recherche chez les Anglo-Saxons ?

Les chercheurs étrangers que j’ai rencontrés et les instituts ou laboratoires que j’ai visités, ne sont pas seulement anglo- saxons mais aussi européens, américains pour les labo- ratoires et en plus australiens, néo-zélandais entre autres pour les chercheurs. Notre langage scientifique commun était bien entendu l’anglais. Leurs installations n’étaient pas meilleures que les nôtres. Par exemple, au niveau culture cellulaire, notre matériel et nos conditions de travail étaient bien supérieurs à tous ceux que j’ai rencontrés même aux États-Unis. Par contre, souvent leur matériel d’observation et d’analyse des chromosomes ou de la localisation des gènes étaient plus performants (microscope à fluorescence, équi- pement photographique, outils d’analyse, cytométrie de flux, hybridation in situ). Cela dépendait surtout des moyens financiers mis à leur disposition ou de leur programme de re- cherche. Le matériel était souvent plus élaboré dans les labo- ratoires travaillant sur la cytogénétique et la carte humaine.

Les résultats, les travaux et la qualité des chercheurs étaient plus ou moins équivalents aux nôtres.

[1] Proceeding of the 9th European Colloquium on Cytogenetics of Domestic Animals. Genetics Selection Evolution 1991, 23 (Suppl 1):S113-S116.

Ensemble des participants au colloque de Toulouse (1990). G. Echard au premier rang, 2ème à droite.

(13)

Certains laboratoires se détachaient par leurs méthodes ou leurs résultats. Nous avons été des pionniers dans l’étude des caryotypes à bandes et de la carte génique des animaux domestiques.

Vos travaux ont-ils eu des retombées sur la production porcine ?

Tout ce qui touche la carte génique ou génétique peut avoir des retombées sur la production porcine à plus ou moins long terme. Pouvoir localiser un gène, connaître sa structure et sa fonction, extraire ou transférer ce gène par les tech- niques de la génétique moléculaire et du génie génétique ont montré que cela pouvait avoir d’énormes retombées sur la production d’une espèce à caractère économique (OGM : organisme génétiquement modifié, par exemple).

Nous étions au tout début de cette recherche et nous nous sommes intéressés à la localisation de gènes ou de com- plexes géniques d’intérêt majeur déjà bien connus ; par exemple chez le porc, le complexe majeur d’histocompatibi- lité (SLA), le gène de sensibilité à l’halothane (HAL stress des animaux) ou la localisation du gène RN intervenant dans la qualité de la viande. Nous avons localisé ces gènes et cela constitue un outil important pour les généticiens animaux.

Des gènes d’intérêt majeur comme ceux-ci ont été localisés sur les chromosomes d’autres espèces domestiques à peu près à la même époque (bovins, ovins et autres).

Avez-vous travaillé sur les palmipèdes à foie gras ? Non, la génétique et la cytogénétique des oiseaux sont arrivées tardivement au laboratoire et ont commencé avec État de la carte génique du porc, en 1990,

présenté par le laboratoire de génétique cellulaire. Les chromosomes sont représentés par leur diagramme et la position des gènes par une bande. Trois chromosomes ne sont encore marqués par aucun gène : les 11, 17, 18.

(14)

la venue d’Alain Vignal (fin des années 1980, en 1988 ou 1989), suivie par celle de Valérie Fillon. Ils se sont intéressés à la poule. L’intérêt génétique suscité par la poule est ancien, les premières cartes génétiques datent de 1936, et c’est à ma connaissance la seule carte génétique aviaire étudiée jusque dans les années 1990. Cette étude portait sur des marqueurs phénotypiques dont on analysait la ségrégation dans la descendance (pigmentation, groupes sanguins…) La cytogénétique des oiseaux est compliquée. Un des pro- blèmes majeurs est l’existence de deux lots distincts de chromosomes : les macrochromosomes et les microchro- mosomes entraînant une interprétation délicate des caryo- types. Par ailleurs, la culture de cellules d’oiseaux était diffi- cile et posait de nombreux problèmes.

Le caryotype des oiseaux est caractérisé par un grand nombre de chromosomes, 76 à 82, et parmi eux les mi- crochromosomes sont très nombreux, leur nombre peut s’étaler d’une trentaine à une centaine selon les espèces.

Le sexe de la femelle est hétérogamétique (ZW) et celui du mâle homogamétique (ZZ), contrairement aux mam- mifères. La moyenne générale est d’environ 16 paires de macrochromosomes pour une soixantaine de microchromo- somes. Chez la poule, le nombre diploïde de chromosomes est 2n = 78. Il y a 9 paires de macrochromosomes dont les chromosomes sexuels que l’on peut différencier par leurs bandes chromosomiques et 60 microchromosomes que l’on essayait de classer par taille décroissante.

Le développement de la cytogénétique chez la poule et chez les oiseaux a surtout pris son essor à partir de 1990 : ICSAK, comité international sur la standardisation du caryotype des oiseaux. De même, l’essor de la carte cytogénétique (locali-

sation de gènes sur les chromosomes) et génique a explosé à cette même période et les résultats sont regroupés dans une base de données “ckickmap”.

Les palmipèdes à foie gras (canard, oie) ont un important intérêt économique et de nombreux élevages ont existé de tout temps, mais il y avait peu d’études de leur caryotype et probablement quelques résultats seulement sur la ségré- gation de caractères physiques plus ou moins à visée éco- nomique. Je n’ai jamais été impliquée dans ces problèmes.

Avez-vous utilisé la souris comme modèle animal ? Le modèle animal que constitue la souris a beaucoup été utilisé pour l’étude de liaison génétique. Le premier groupe de liaison décrit chez la souris date de 1915. Lorsque j’ai commencé à travailler sur la carte génique, de très nom- breux gènes étaient déjà étudiés chez la souris. Mais la sou- ris n’est pas un animal d’intérêt zootechnique, elle n’était donc pas une espèce intéressant directement l’INRA.

Par contre, j’ai utilisé des souches permanentes cellulaires de souris pour fabriquer des hybrides, mais la cytogénétique de la souris est complexe, chaque cellule contient 20 paires de chromosomes tous télocentriques ; les hybrides cellulaires porc/souris ont alors un caryotype très complexe. Le hams- ter chinois, utilisé pour fabriquer des hybrides porc/hamster, lapin/hamster ou bovin/hamster possède seulement 10 paires de chromosomes beaucoup plus facilement identifiables, ce qui rendait l’étude cytogénétique des hybrides possible.

Par ailleurs, on travaillait au niveau cellulaire et à ce niveau les mécanismes de fonctionnement et les contraintes de culture sont les mêmes qu’il s’agisse d’une cellule d’homme,

Localisation par hybridation in situ de gène codant pour nucléoside phosphorylase (NP) sur le chromosome 7 du porc, région q2.1 - q2.2 (Martine Yerle et Geneviève Echard).

Histogramme représentant la distribution des grains d’argent sur les chromosomes. 89 mitoses ont été analysées.

L’évaluation statistique (loi de Poisson) du nombre de grains d’argent par unité de longueur chromosomique révèle que le signal observé sur le chromosome 7 est significatif.

Distribution des grains d’argent

sur le chromosome 7 dans la région q2.1-q2.2.

J’ai développé l’hybridation moléculaire in situ qui consiste à hybrider la sonde d’ADN d’un gène sur des chromosomes fixés en métaphase. L’étude statistique des sites d’hybridation sur un grand nombre de métaphases permet de déterminer la zone correspondant à une hybridation spécifique qui définit la localisation régionale du gène. J’ai débuté ce travail par la localisation de gènes localement répétés tels que les gènes codant pour les ARN ribosomaux 18S et 28S (ADNr), leur détection étant relativement aisée du fait de leur nombre élevé de copies.

Il paraissait en effet important de maîtriser les paramètres de la technique en localisant d’abord des gènes répétés pour passer ensuite aux gènes présents en copie unique dans le génome. La localisation des ADNr ribosomaux, déterminée précédemment par coloration à l’argent, a été affinée sur les chromosomes 13, 16, 20 et 21 du lapin et sur les chromosomes 8 et 10 du porc. Nous nous sommes ensuite intéressés à des gènes faiblement répétés ou unique en localisant d’une part chez le lapin, les gènes des caséines alpha et béta sur le chromosome 12 (1) et les gènes codant pour 2 cytochromes P450 sur les chromosomes 6 et 17 (10) et d’autre part chez le porc, le système d’histocompatibilité sur le chromosome 7 (2), l’interféron alpha sur le chromosome 1 (3, 5) et la nucléoside phosphorylase sur le chromosome 7 (6). Un exemple de localisation par hybridation in situ est présenté dans cette figure.

(15)

de souris ou d’animal domestique. La souris m’a servi d’outil pour fabriquer des hybrides cellulaires interspécifiques. En cartographie comparée, je me suis forcément intéressée aux connaissances sur la génétique et la cytogénétique de la souris.

Comment vous procuriez-vous le matériel d’expérimentation ?

En ce qui concerne les souches cellulaires permanentes anciennes, initiées dans les années soixante, il était assez facile de se les procurer auprès des laboratoires qui les pos- sédaient. Par exemple, certaines souches permanentes de porc que j’ai utilisées viennent du laboratoire de virologie, de Grignon.

Des populations cellulaires pouvaient être envoyées de très loin par avion (par exemple, j’ai reçu du Nebraska des cel- lules d’une vache porteuse d’une translocation X/13. C’était des envois gracieux, il ne s’agissait pas d’échanges commer- ciaux. L’important était que les cellules arrivent en bon état.

Pour cela, le mieux était de les expédier sous forme d’un tapis cellulaire dans un flacon en plastique stérile rempli de milieu de culture. L’envoi était fait par colis spécial gardé en cabine, et il m’est arrivé plusieurs fois d’aller chercher des cellules à Blagnac (aéroport de Toulouse). Dès mon retour, je les plaçais en étuve à 37 ou 38°C. Bien sûr, les cellules subissaient un choc thermique, parfois elles avaient du mal à surmonter le transfert, mais en général la culture repartait.

Il était aussi possible de travailler sur des cultures primaires (cultures fraîchement initiées) à partir d’organes de l’animal concerné. J’ai initié des cultures de rein, de foie, de muscles à partir de lapereau nouveau-né ou d’embryon de porc.

L’essentiel du processus est de disséquer l’organe, de le dis- socier en très fins morceaux, de les placer ensuite pendant un certain temps dans une solution stérile contenant de la trypsine, puis filtrer, centrifuger et placer les cellules obte- nues dans un milieu de culture très riche, principalement en sérum de veau. L’ensemble se fait dans des conditions de stérilité maximales.

Pour les cultures de sang, il était facile d’aller chercher du sang aux abattoirs, je partais avec du matériel stérile, alcool, flacons contenant de l’héparine. Aux abattoirs, avant de saigner l’animal, les personnes acceptaient de passer leurs instruments à l’alcool et de désinfecter la zone concernée, ensuite je remplissais mon flacon après avoir laissé couler le premier jet de sang. Parfois, il m’arrivait aussi d’aller à l’école vétérinaire de Toulouse où une personne compétente faisait une prise de sang à l’animal (le porc) et je repartais avec les échantillons nécessaires qui, dès mon retour, étaient mis en culture.

Parlez-nous de la valorisation de vos travaux.

Quel regard portez-vous sur cette période ? Pourriez-vous dresser une sorte de bilan de votre carrière ?

Mes participations à des congrès et les publications dans des revues à comité de lecture comme “Chromosoma - Cytogenetics and cell Genetics” ou “Genetic, Selection,

Evolution”, sont à l’origine de la valorisation de mes travaux.

Peut-être le fait d’avoir franchi presque toutes les étapes d’une carrière à l’INRA constitue une sorte de valorisation.

Ce que je vois surtout dans ma carrière est que j’ai ap- porté une petite pierre à un édifice qui était au début de sa construction : la cytogénétique, les cartes géniques, le génie génétique. Le regard que je porte sur cette période dans mon domaine de recherche est d’avoir eu la chance de participer à l’acquisition de connaissances dans un sec- teur en pleine évolution, révolution même, et aux consé- quences très importantes dans beaucoup de domaines. Les recherches vers la connaissance du génome des espèces a fait un bond énorme à partir des années 1970 et a été un thème très porteur d’enthousiasme et de travail dans beau- coup de domaines.

Lorsque j’ai quitté l’INRA en 1995, il y avait encore beau- coup à faire, mais une tâche est maintenant terminée : le décryptage complet du génome humain. La connaissance a aussi progressé exponentiellement pour les espèces autres que l’homme. Je n’ai suivi cette évolution que de loin après ma retraite et je ne connais pas le détail actuel des travaux.

Continuez-vous à venir régulièrement dans votre unité de recherche ? Quels sont vos centres d’intérêt actuels ?

Les premières années après ma retraite, je venais assez régu- lièrement au laboratoire de génétique cellulaire. Un an après mon départ (1996), je suis allée au colloque de cytogéné- tique à Saragosse (Espagne) en tant qu’invitée d’honneur. Je venais aussi à l’INRA pour saluer mes anciens collègues, sa- voir comment évoluaient leurs travaux, mais peu à peu, j’ai espacé mes visites et j’y retourne très peu actuellement. En voici les principales raisons : avec les années, le laboratoire a évolué, même s’il reste encore un noyau ancien - Claude Chevalet, Philippe Mulsant, Joël Gellin, Martine Yerle -, il y a beaucoup de nouveaux scientifiques. Lorsque les chercheurs du début seront partis, le laboratoire me deviendra comme un lieu étranger. De plus, les thématiques ont beaucoup évolué en 15 ans et je ne sais plus quelles sont les nouvelles idées et pistes de recherche, aussi bien en cytogénétique qu’en carte génique et même si je peux les concevoir, je me sens loin des thématiques qui ont rempli ma carrière.

Je continue cependant à m’intéresser à la recherche en gé- néral, aux recherches qui étaient de pointe il y a 15 ans et à leur évolution. Je suis abonnée à La Recherche depuis son début et j’ai toute la collection depuis les premiers numéros à la fin des années 1960. Cela me permet de rester plus ou moins au courant de ce qui se passe dans le domaine de la biologie en particulier.

Souhaitez-vous évoquer

quelques personnalités qui vous ont marquée ? J’estime que tous les chercheurs autour de moi étaient re- marquables, que ce soient Michel Gillois, Claude Chevalet, Philippe Mulsant, François Gasser ou François Hatey.

Beaucoup aussi parmi les personnalités que j’ai rencontrées au cours des congrès internationaux étaient des chercheurs

Références

Documents relatifs