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Une histoire de l'Institut de mécanique des fluides de Toulouse de 1913 à 1970

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HAL Id: hal-01577645

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Submitted on 27 Aug 2017

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To cite this version:

François Charru. Une histoire de l’Institut de mécanique des fluides de Toulouse de 1913 à 1970 : Un siècle de mécanique des fluides : 1870–1970. Comptes Rendus Mécanique, Elsevier, 2017, 345 (8), pp.505-544. �10.1016/j.crme.2017.05.009�. �hal-01577645�

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Comptes Rendus Mecanique

www.sciencedirect.com

A century of fluid mechanics: 1870–1970 / Un siècle de mécanique des fluides : 1870–1970

Une histoire de l’Institut de mécanique des fluides de Toulouse de 1913 à 1970

A history of the ‘Institut de mécanique des fluides de Toulouse’

François Charru

InstitutdemécaniquedesfluidesdeToulouse,CNRS–universitédeToulouse,31400Toulouse,France

i n f o a r t i c l e r é s um é

Historiquedel’article : Reçule23décembre2016 Acceptéle5mars2017

DisponiblesurInternetle14juillet2017

Mots-clés : Histoire

Mécaniquedesfluides Institutions

En1913,Charles Camichelcréelelaboratoired’hydrauliquede l’institutélectrotechnique de l’université de Toulouse, institut qu’il avait lui-même fondé six ans plus tôt. Ce laboratoire acquiert rapidement une grande notoriété pour la qualité de sa recherche expérimentale etpour ses succès dans la transpositionà l’hydrauliquedes concepts et méthodes dela physiqueetdela mécanique.En1930, leministère de l’Air luiassocie uninstitutdemécaniquedesfluides,etfinanceunegrandesoufflerie.Unsiècleplustard, l’IMFTadiversifiéson activitédansdenombreuxdomainesautourd’enjeuxscientifiques et d’applications très variés. Il est l’un des plus grands laboratoires de sa discipline à l’échelle internationale. Cet article en retrace l’histoire jusqu’un 1970, en insistant plusparticulièrementsurlesremarquablescontributionsscientifiquesdestroispremières décennies.

©2017Académiedessciences.PubliéparElsevierMassonSAS.Cetarticleestpubliéen OpenAccesssouslicenceCCBY-NC-ND (http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/).

AbridgedEnglishversion

In2016, the‘Institutde mécaniquedesfluidesdeToulouse’hascelebrateditscentenary, preciselyits103anniversary.

Theyear2016alsoisthe50th anniversaryofitsassociationwiththeCNRS, andthe20thanniversaryofthereturnofthe UniversitédeToulouse(whichhadbecomethe‘UniversitéPaul-Sabatier’inthemeantime)amongitsacademicauthorities.

Thispaperrecountsthishistory,starting withthefoundationofaHydraulicsLaboratory byCharlesCamichel,in1913, inthecontext ofthedevelopment ofhydroelectricity inthePyrenees. Fromthe studyofhydraulicquestions,the activity quicklyevolvestowardsmorefundamental fluidmechanicsissues.In1930,theAirMinistryassociateswiththeHydraulics Laboratory aFluidMechanicsInstitute, andfinances theconstruction ofalargewind tunnelforaeronauticsstudies.After WorldWarII,LéopoldEscande,seconddirector,makesIMFTareferenceplaceforhydraulicsstudies,andobtainstheassoci- ationwiththeCNRSin1966.Aprofoundtransformationwillfollow,markedbyalargediversificationoftheresearchareas andincreasinginternationalinfluence.

AfterapanoramaofthishistoryinSection 2,we comeback inthefollowing Section3 onthescientific worksinthe three firstdecades, from1913to 1936. TheHydraulics Laboratory,around Camichelanda few skillful PhDstudentsand collaborators,then shows a period ofexceptional creativity, which makes it one of the mostactive places for fluid me-

Adressee-mail :[email protected].

http://dx.doi.org/10.1016/j.crme.2017.05.009

1631-0721/©2017Académiedessciences.PubliéparElsevierMassonSAS.CetarticleestpubliéenOpenAccesssouslicenceCCBY-NC-ND (http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/).

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1. Introduction

En 2016, l’institut de mécanique des fluides de Toulouse a fêté son centenaire, ses 103 ans précisément. Cette date est aussi l’anniversaire de cinquante ansd’association au CNRS, et desvingt ansdu retourde l’université de Toulouse devenueentre-tempsl’universitéPaul-Sabatierparmisestutelles.Cetarticleenretracel’histoire,depuislafondationpar CharlesCamicheld’unlaboratoired’hydraulique,en1913,danslecontextedudéveloppementdel’hydroélectricitédansles Pyrénées,jusqu’en1970.L’activitéinitiale,centréesurlesouvrageshydrauliques,sedévelopperapidementverslamécanique desfluidesplusfondamentale.En1930, leministère del’Airassocieaulaboratoired’hydrauliqueuninstitutdemécanique des fluides(IMFT),etfinance laconstruction d’unegrandesouffleriepourdesétudesd’aéronautique. Dans l’après-guerre, Léopold Escande, deuxième directeur, faitde l’IMFT un laboratoire deréférence pourles étudesd’hydraulique, etobtient l’associationauCNRSen1966.Uneprofondemutations’ensuivra,marquéeparunegrandediversificationdesdomainesde recherchesetunrayonnementinternationalquiiracroissant.

Après un panoramade cette histoire dans la Section 2 (pour une présentation plus détaillée, voir [49]) on présente danslaSection3l’activitéscientifiquedestroispremièresdécennies,de1913à1936.Lelaboratoired’hydrauliqueconnaît alorsunepériodedecréativitéexceptionnelle,qui enfaitsansdoutel’undeslieuxlesplusactifsaumondeenmécanique des fluides.Les étudesd’ouvrages hydrauliques sur modèles réduitsenclenchent une réflexiongénérale sur la similitude etl’analyse dimensionnelle.Lestechniquesexpérimentalestrèspointuessontdéveloppées,associantoptique,électricitéet mécanique, qui permettent d’accéder à des résolutions spatiales inférieures au millimètre et desrésolutions temporelles de l’ordre delamilliseconde. Deremarquablesrésultatsd’hydrodynamiquegénérale sontobtenus,notammentautour des tourbillons de sillage, des instabilités et de la transition à la turbulence. On présente ici, successivement, des résultats sur les ondesdans les conduites (§3.1), la similitude desécoulements (§3.2), l’hydraulique fluviale(§3.3), les techniques expérimentales,etnotammentlachronophotographie(§3.4),lestourbillonsdeBénard–Kármánetlesvibrationsdetigeset defilstendus(§3.5),lestourbillons« secondaires » (Kelvin–Helmholtz)(§3.6)et,enfin,lesrégimestransitoiresetlatransition àlaturbulence(§3.7).

2. Delacréationdulaboratoired’hydrauliqueàl’IMFTdesannées1960

Danslesannées1890,l’enseignementsupérieurfrançaisconnaîtuneprofonderéformesousl’impulsionduministèrede l’Instruction publiqueetde sondirecteur del’Enseignementsupérieur,LouisLiard[50,51].Danslaquinzaine d’universités queleministèreveutprivilégier,lenombred’étudiantscroîtfortement,tantdanslesdisciplinesacadémiquestraditionnelles quedanslessciencesappliquées.Desinstitutstechniquess’ydéveloppentvigoureusement,notammentdanslesdomainesde l’agronomie, delachimieetde l’électricitéindustrielle.Pour cettedernièrediscipline,troisinstituts électrotechniquessont créés,àGrenobleetNancy,en1900,puisàLille,en1902,sousl’impulsiondefortespersonnalitésscientifiques.Lesautorités politiqueslocales,deleurcôté,appuientfermementlacréationdecesnouvellesformationstechniques,danslesquelleselles voientuneopportunitédedéveloppementéconomiqueetsocial.Lecontexteindustrielestégalementfavorable.ÀGrenoble, ils’agitdel’essordel’industriehydroélectriqueethydrauliqueautourdela« houilleblanche » ;àNancy,c’estlemécénatde l’industrielbelgeErnestSolvaydirigénotammentversl’institutchimiquecrééparAlbinHaller– ;àLille,c’estl’industrie minièreettextile,etl’émulationliéeàlaconcurrencedepuissantesfacultéscatholiques.

Toulouse,quantàelle,demeureàlafindusiècleunecitéessentiellementagricoleetpeuindustrialisée,loindesgrandes routescommercialesetdesressourcesnaturellespropicesaudéveloppementdel’industrie.Dominéeparunefacultédedroit séculaire,elleesttoutefois inclusepar leministère,de justesse,danslalistedesvillesà promouvoirau rangde capitales universitaires.Ellevadèslorss’affirmersousleseffortsconjuguésd’untriod’hommesdéterminésetdegrandtalent :Paul SabatieretCharlesCamichel,universitaires,etAlbertBedouce,mairedeToulouse.

2.1. Del’électricitéindustrielleàlamécaniquedesfluides

2.1.1. Créationdel’institutélectrotechniquedel’universitédeToulouse(IET)

Charles Camichel,normalien etdocteur enphysique de la faculté dessciencesde Paris, obtienten1900un postede maîtredeconférencesàlafacultédessciencesdeToulouse.IlarrivedeLille,ilavaitobtenusonpremierposteen1895 et découvert laphysique industrielle. À Toulouse, il se lie avec Paul Sabatier, professeur de chimie bientôt doyen de la faculté dessciences, etfuturprix Nobel 1912. CommeSabatier, Camichelestconvaincude l’intérêtde renforcerles liens entre l’université et l’industrie. Fort de son expérience lilloise, il crée en 1902 un cours public d’électricité industrielle, soutenu par la municipalité, soucieuse de développer l’enseignement des sciences appliquées. L’enjeu est de profiter du

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Fig. 1.Le laboratoire de mécanique appliquée de l’IET en 1914 (Arch. IMFT).

développementde l’hydroélectricité pyrénéenne,sousl’impulsiondescompagniesde cheminsde fer quiélectrifient leurs réseaux,pourfairedeToulouseuneimportanterégionindustrielle,surlemodèledeGrenoble :pourcela,ilfautformerdes ouvriersetdescadres.Cecoursrencontreimmédiatementunsuccèspublicconsidérable.Le recteurClaude-Marie Perroud leretire pourtantl’annéesuivante, pourleconfier à HenriBouasse, professeurde physique àlafaculté desscienceset fortepersonnalité–,quileconduirapendantquatreans.

LadécisiondePerroudnesatisfaitsansdouteniSabatierniCamichel,nilamunicipalité.En1906,lenouveaumaireAl- bertBedouceoffreàl’universitédefinancerunechairemunicipaled’électricitéindustrielle,dontletitulaireseraitCamichel.

Leprojetprenddel’ampleur,etaboutitfinalementen1907àlacréationdel’institutd’électrotechnique(IET)del’université deToulouse,fondationdelaVille.Uninstitutdechimieetuninstitutagricoleverrontlejourpeuaprès.

L’IETcomprendunesectionsupérieure,quiformedesingénieurs,etunesectionélémentaire,quiformedesconducteurs électriciens.Ilcomprendégalementunbureaudecontrôlepourlesessaistechniquesdesappareilsd’électricitéindustrielle.

La Ville finance une chaire de professeur et un emploi de chef des travaux, et met à disposition des locaux. Camichel raconteraainsilesdébutsdel’institut[52]:

« LaVilledeToulousemeconfia lesclésde diverslocauxvacants,etj’entrepristoutseulunepromenade[...]pourfixer l’endroits’élèverait plustard l’institutélectrotechnique.[...]J’arrivais, enfin,à larue Caraman,etmonchoixsefixa surunesalledecetterue.[...] »

« Lesdébutsdel’institutélectrotechniquefurentpénibles.[...]Nousn’avionsniappareilsnimachines ;lesindustrielsde larégion,enparticuler laSociété toulousainedu Bazacle,nousprêtèrentdumatériel. Nousn’avionspasdepersonnel ; lestravauxpratiquesavaientlieu,lesoir,dedixheuresàminuit,etnousfaisionsnous-mêmestouteslesmanipulations. » Enplus destravauxpratiquesdu soir,desvisitesd’usinessontorganiséesle dimanche.Passées cespremièresannéeshé- roïques,lesoutiendelamunicipalitéetduministèredesTravauxpublicsvontpermettreundéveloppementrapide :

« Descessionssuccessivesde terrains, aunombrede sept,parlaVilleà l’université,ont permisà l’institutélectrotech- nique de sedévelopper, d’aboutir d’abord au canaldu Midi. C’étaiten quelquesorte une « fenêtre sur la mer ».Nous avions besoin d’eau pourles machines etles expériences. Ce futensuite la construction d’un amphithéâtre, l’aména- gementde lasalle desmachines(Fig. 1) etdeslaboratoires d’enseignement ;plus tard, les laboratoires de recherche, nosgrandsréservoirs,latour,sortedegrandeéprouvette,quis’élevèrentunjourenpleinToulouse,réalisationconcrète d’uneidéequej’avaislongtempsenvisagée,cellesdesexpériencesrégulières. »

2.1.2. Créationdulaboratoired’hydraulique

DansunSud-OuestdelaFrancepauvreenressourcesminières,ledéveloppementduchemindeferincitelescompagnies exploitantesàsetournerverslatractionélectrique,etàselancerdanslaconstructiond’usineshydroélectriques dansles PyrénéesetleMassifcentral.Danscecontexte,laCompagniedescheminsdeferduMidisolliciteCamichelen1910pourl’aider àrésoudrelesnombreuxproblèmesquiseprésententsursesinstallations,d’ordrehydrauliquenotamment.Pour répondre

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Fig. 2.Danslacourdel’IET,modèleréduitdelaGaronneetduPont-NeufàToulouse(Arch.IMFT).Lesmodèlesréduitsserontprogressivementtransférés surlesitedeBanlèveàpartirde1920.

à unedemandecroissante,Camichelcréeen1913unlaboratoired’hydrauliquedansleslocauxde l’IET,etobtientbientôt des subventions importantes du ministère des Travaux publics. L’IET devient « institut électrotechnique et de mécanique appliquée » (IETMA).Lespremièresétudesportentsurlamesurededébitdanslesconduites,quifaitl’objetdelapremière publicationdulaboratoireen1914[1].Lesétudessuivantesportentsurlescoupsdebélier,ondesdepressiondestructrices sepropageantdanslesconduiteslorsdemanœuvresrapidesdevannes[2].Cettequestionfaitl’objetdelathèsededoctorat ès sciences de Denis Eydoux, en 1919 : c’est lapremière thèsede l’institut[3]. De nouveaux problèmes seprésentent, d’hydraulique fluviale. Il s’agitde mieuxcomprendre et maîtriser les inondations, et d’aménager les rivières notamment pourlanavigation.Lesessaissontréaliséssurdesmodèlesréduitsinstallésdanslacourdel’IET(Fig. 2).Lesrésultatssont extrapolés auxsitesréelsà l’aidedeslois delasimilitudedesécoulements,sur lesquelsCamichelentreprenddestravaux théoriques.L’undesesétudiants,LéopoldEscande,yconsacresathèse[4].

2.1.3. Extensionsurl’îleduRamier

Leslocauxdel’IETs’avérant insuffisants,Camichelobtienten1920unterrainsur l’îledu RamierduChâteau, surl’em- placementd’unancienmoulin :

« Quandl’espacemanqua, qu’ilfallutexécuterdesexpériencesàplusgrandeéchelleavecdesdébitsconsidérables,nous songeâmesàtrouverauvoisinaged’uncoursd’eaul’emplacementd’unnouveaulaboratoire.[...]Commenousexaminions avec[lemaireA.Bedouce]laplainedelaGaronneduhautdutertrepréhistoriquequisetrouvesurlescollinesdePech David,ileutl’idéetoutàfaitremarquabledenousproposerlebarragedeBanlève. »

LesitedeBanlèveautorisedesdébitsd’eauimportants,liésaudéniveléentrelesdeuxbrasdelaGaronne.Lespremières étudessontréaliséesdansuncanalcourbepréexistant (Fig. 3), tellel’étudedu déversoirdu barragede Pinet,sur leTarn, confiéeparleservicecentraldesforceshydrauliquesduministèredesTravauxpublics.Unnouveaucanalestréaliséetmis en serviceen 1932(Fig. 4). Long de 117m, il autorise un débit de 25 m3/s. La fermeture des vannes amont etaval le transformeenbassindescarènes,notammentpourdesessaisdecoquesetflotteursd’hydravions.

En parallèle auxétudes d’hydraulique,Camichel développe destravaux plus fondamentaux de mécanique des fluides, entourédecollaborateurs degrandtalent(Fig. 5).Ladescriptiondequelques-unsdesremarquablesrésultatsobtenusdans lesannées1913–1936faitl’objetdelasuitedecetarticle.Cesrésultatstémoignentd’échangesaveclacommunautéscienti- fiquenationale,enparticulieravecHenriBénardàParis,maisaussiavecl’Allemagne,l’AngleterreetlaRussie.Ilsfontl’objet

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Fig. 3.Le canal courbe du laboratoire de Banlève, et nacelle de mesure du débit à l’aide du déversoir de Bazin (Arch. IMFT).

Fig. 4.LeGrandCanalachevéen1932,vudel’amont.Àgauche,l’emplacementdelafuturesoufflerie,aufondlechariotderemorquagedescarènes(Arch.

IMFT).

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Fig. 5.Photodefamille,vers1935.Assisdeg.àdr. :M.Teissié-Solier,L.Escande,C.Camichel,P.Dupin,X ;debout :X,E.Crausse,R.Favre-Artigues,J.

Baubiac,J.Lhomme(fondsP.CrausseetarchivesIMFT).

de sept thèsesde doctoratès-sciences etd’unethèsed’ingénieur-docteur,de rapportsetde publicationsdansdes revues nationales,notammentdanslesComptesrendusdel’Académiedessciences.Laqualitéetlerayonnementdesestravauxscien- tifiquesvalentàCharlesCamicheld’êtreélumembrecorrespondant(1922),puismembrenonrésident(1936)del’Académie dessciencesdel’InstitutdeFrance.

2.1.4. Créationdel’institutdemécaniquedesfluides

Afindestimulerledéveloppementdel’aéronautiquefrançaise,leministèrede l’Airdécide,àlafindesannées1920, la création d’instituts de mécaniquedesfluides.Toulouse estchoisie pour laréputationdu laboratoired’hydraulique deson université, ainsique Paris,Lille etMarseille.La créationde ces quatreinstituts,etde chairesdans quelquesautres villes, s’inscrit dansun mouvementderenforcementdel’État danslesorientationsdelarecherchenationale, auquelcorrespond un reculrelatifdel’influencedespartenairespolitiqueslocauxquiavaientjouéunrôlemajeurdanslapériodeprécédente.

En 1930, l’institut de mécanique des fluides de Toulouse (IMFT) est créé, dont le laboratoire d’hydraulique devient une composante.C’estuninstitutd’université,dotédepersonnelspropres.Leministèredel’Airluiverseunesubventionannuelle de fonctionnementetrémunèredeux emploiscrééspar l’universitéde Toulouse :un mécanicienchargédesmontages,et une maîtrise de conférences de mécanique des fluides,qui reviendra à Léopold Escande. En 1936, le ministère attribue une importantesubventionpour unesoufflerieaérodynamiquequi entreraenservicel’annéesuivante (Fig. 6).Ce « grand instrument » marque un tournantdansl’histoire dulaboratoire,avec l’ouvertured’unenouvellethématique scientifiqueet l’arrivéedenouveauxpartenairesindustriels,notammentlesconstructeursd’avionsLatécoère(fondateurdeL’Aéropostale)et Dewoitine.

2.2. L’âged’ordel’hydraulique

CharlesCamicheldirigelelaboratoirejusqu’en1941,puislaisselaplaceàl’undesesbrillantscollaborateurs,ingénieurde l’IET,LéopoldEscande.Passionnéd’hydraulique,Escandeestun organisateurentreprenantetcharismatique.En1943, dans unepérioded’activitéintensedelasoufflerie,liéenotammentaudéplacementàToulousedel’activitédessouffleriesdeLille etdelarégionparisienne,ilobtientdelamunicipalitéuneimportanteextensiondeterrainpourl’étudedesmodèlesréduits d’ouvrageshydrauliques(Fig. 7).Ilembauchedenombreuxpersonnelstechniques.Personnageinfluentauseindel’industrie hydroélectriquedel’après-guerre,ilestsollicitépourdesexpertisesetmissionsdansdenombreuxpaysétrangers.Dansles années 1960d’uneFrancegaullienne attachéeau développement de larecherchescientifique (Fig. 8),il occupeplusieurs fonctions à l’échelle nationale, et obtientdes crédits importants pour la construction de nouveaux bâtiments. Il est élu à l’Académie des sciences en1954, et préside l’Association internationale de recherches hydrauliques (AIRH) de 1960à 1964.

Sur leplan scientifique,labrillanteéquipede Camichels’estdispersée au départà laretraite decelui-ci, etl’IMFTvit désormais, jusqu’audébutdesannées1960, sursonhéritage.Lesremarquablesétudesdesannées1913–1936,notamment

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Fig. 6.Esquisse de la soufflerie de l’IMFT, mise en service en 1937. Elle sera abritée par un bâtiment en 1942 (archives IMFT).

Fig. 7.Le« laboratoireplat » desmodèlesréduits,surunterrainacquisen1943,faceaubâtimentdelasoufflerie(archivesIMFT).Cetespaceseracouvert en1962.

sur les tourbillons et les phénomènes transitoires, etsur la visualisation et l’analyse des écoulements, n’inspireront pas de descendance. La soufflerie, très sollicitéedans les années1940par l’industrie aéronautique,verra le nombred’études diminuerfortement dansl’après-guerre,sans donnernaissanceà desrecherches plusacadémiques. Lesétudesd’ouvrages hydrauliques alimentent l’essentiel de l’activitéet des sujets de thèse, autour d’Escandeet de ses collaborateurs : Louis Castex,JeanNougaro,JeanClariaetAlbertClaria.Lesétudesportentnotammentsurleschambresd’équilibredesconduites forcées,lesdéversoirs,les évacuateursde crues,les prisesd’eau, etlesbarragesmobiles. Unrésumédestravaux dulabo- ratoireceuxd’Escandepourl’essentielestpublié,touslescinqansenmoyenneetjusqu’en1963, danslesPublications scientifiquesettechniquesduministèredel’Air.

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Fig. 8.En février 1959, le général de Gaulle visite l’IMFT à l’occasion d’un déplacement à Toulouse (Arch. IMFT).

2.3. Lerenouveaudesannées1960etl’associationauCNRS

Unenouvellegénérationdechercheurs émergedanslesannées1960,quiva renouvelerlesthématiquesdulaboratoire.

L’électroniquesedéveloppedansl’instrumentation,pourdesmesuresdevitesse,depressionetdehauteurd’eau,maisaussi pour des modèles analogiques d’écoulement.Le calcul scientifiquesur ordinateur fait son entrée en1958, ettrouve ses premièresapplicationsdanslecalculdelapropagationdesintumescencesdanslescanauxdécouverts.De1960à1970,21 thèses dedoctorat èssciencessontsoutenues,laplupartsur desquestionsnouvelles :écoulements ettransfertsdansles milieuxporeux,jetsturbulentsetécoulementsdécollés,écoulementscompressiblesetsupersoniques,ondes,analysenumé- rique.Apparaissentégalementdesétudessurletransportsolide,lapollutionetl’hydrobiologie,lesfluidesnonnewtoniens, labiomécanique,etlesautomatismesàfluide.

En 1966,l’IMFT faitpartiedelapremière vaguedeslaboratoires associésauCNRSinventésparPierreJacquinot [53] : c’estleLA5.Unedirectionpluscollégialesemetenplace,ledirecteurestassistéparunconseildelaboratoire.L’activité sestructureautourd’équipesderecherches.Lelaboratoireestdésormaisévaluétouslesdeuxansparuncomitédedirection composé pour unelarge partde personnalités nomméespar leCNRS.Les orientationsscientifiques s’inscriventdansune politiquenationaledecontractualisationdelarecherche,appuyéessurles« actionsconcertées » delaDélégationgénéraleà larecherchescientifiqueettechnique(DGRST)etdes« actionsthématiquesprogrammées » (ATP)duCNRS.Cesfinancements permettent unerecherche sur des questions plus génériques etfondamentales, moins liée à unedemande industrielleà courtterme.

L’IMFT renoue alorsavec sapremière tradition,associant étroitementrecherches fondamentalesetappliquées. L’expé- rimentation est révolutionnée par l’anémométrie à fil chaud pour laturbulence, puis par les lasers pour l’anémométrie et lavisualisationdes écoulements,etlagammamétrie pourles milieuxporeux.Le traitementdusignal, analogiquepuis numérique (corrélations, spectres), renouvelle l’analyse. La simulation numérique desécoulements se développe, comme nouveloutild’investigationdesphénomènesphysiques.Lespartenariatsindustrielssediversifientversl’industriepétrolière etnucléaire,latransformationdelamatièreetde l’énergie,etles transports.Lespartenariatsavec lesorganismespublics s’amplifient.Côtéacadémique,l’IMFTmultiplielescontactsaveclacommunautéscientifiquenationaleetinternationale,par- ticipeauxprogrammeseuropéens,ets’engageauniveauinternationaldanslescomitéséditoriauxdesrevuesetl’animation dessociétéssavantes.

Le nombre de thèses soutenues passe de 41 pour la période 1970–1973 (dont 14 doctorats ès-sciences) à 88 pour 1995–1998. Sur cette dernière période, un tiers des docteurs sont étrangers, et deux tiers trouvent un emploi dans le secteur privé. La formation à larecherche est assurée par le centre de 3e cycle de mécanique des fluides(qui regroupe

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