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Le kaïros existe je l ai rencontré!

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Academic year: 2022

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Le kaïros existe… je l’ai rencontré !

Le kaïros…. Le kaïros…, drôle de mot lorsque je l’ai entendu pour la première fois, sachant vaguement qu’il avait un rapport au temps…, sans plus…

Puis le revoilà…, une fois, puis dans un second temps, lorsque je souhaite suivre une formation, puis la formation d’art-thérapie… Tiens tiens… kairos à Pôle Emploi ! C’est une plateforme d’échange, permettant, de façon dématérialisée, la transmission d’informations relative au parcours de formation. Quel rapport avec le temps me suis-je demandée à ce moment, sans véritablement chercher à en savoir davantage. Le principal étant pour moi de valider mon devis…

Au dixième mois de formation, je suis complètement dans le flou pour composer mon exposé : Un imbroglio d’idées, sans pouvoir véritablement me fixer sur un thème à travailler. Rien n’émerge ! Par contre deux exposés suivis dans l’année lors des webinaires, ont néanmoins retenus mon attention. De manière différente, ils faisaient tous deux, allusion au kairos, thème qui m’interpellait souvent, par rapport à ce que je vivais dans ma période de stage. Parler encore du kairos, alors que deux stagiaires l’ont déjà fait ?! Et c’est au cours de mon entretien du dixième mois, que Mr Royol, me boosta à ne pas faire marche arrière. En effet, je constatais que je ne vivais pas les mêmes choses que les auteurs de ces exposés, choses, qui pourtant venaient faire sens à mes préjugés et appréhension d’avant stage.

Ayant travaillé dans le champ de la petite enfance pendant de nombreuses années, j’ai eu des activités chronophages, particulièrement pour ma dernière fonction en tant que directrice de crèche. Régulièrement les yeux étaient rivés sur tous cadrans horaires

« Quelle heure est-il ? Il est déjà telle heure !!! » Et un jour stop ! Les circonstances de la vie ont fait que la machine emballée s’est enrayée et s’est arrêtée. Il me fallait prendre du temps pour moi !! Souffler un peu ! Tiens… souffle du neutre… !!

Mais qu’est-ce que le chronos ?

Dans la mythologie grecque, Chronos était le dieu représentant la personnification du temps, et notamment des douze heures du jour ou de la nuit.

Le temps Chronos, c’est celui que nous connaissons tous, c’est le temps physique. Il permet de segmenter le temps en passé, présent et futur, grâce aux unités de mesure telles que la seconde, la minute, l’heure, etc. Ce temps est quantitatif et linéaire.

D’ailleurs, on retrouve chronos dans chronomètre qui permet de mesurer le temps, par exemple dans une discipline sportive. Le chronos est opposé au kairos.

Qu’est-ce que le Kairos ?

Le Larousse encyclopédique le définit «comme une allégorie de l'occasion favorable souvent représenté sous forme d'un éphèbe aux talons et aux épaules ailés.» Plusieurs auteurs utilisent le mot kairos comme substantif pour désigner l'aptitude à saisir l'occasion opportune. Il

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est souvent représenté comme un jeune homme ayant une épaisse touffe de cheveux, à l'avant d'une tête chauve à l'arrière ; il s'agissait de le "saisir par les cheveux" lorsqu'il passait...toujours vite. C’est le dieu de l’opportunité, du moment juste ! Celui qu’il faut saisir quand il passe … après c’est trop tard ! »

Wikipédia de son côté dit du kairos : « qu’il est une dimension du temps n'ayant rien à voir avec la notion linéaire de chronos (temps physique), pourrait être considéré comme une autre dimension du temps créant de la profondeur dans l'instant. Une porte sur une autre perception de l'univers, de l'événement, de soi. Une notion immatérielle du temps mesurée non pas par la montre, mais par le ressenti ».

J’en suis donc à mon douzième mois de formation à PROFAC, où j’ai découvert ce courant de l’art-thérapie éclairée par la psychanalyse. Aïe ! J’avais une toute autre idée de l’art-thérapie comme certaines d’entre nous, je suppose, et j’en ai été ébranlée mais je m’y suis accrochée. Mr Royol, dit souvent que c’est de bon augure que d’être ébranlée. Ma formation s’est déroulée sous forme de montagnes russes : m’esclaffant avec des « Oué ! » lorsque j’avais saisi et compris un concept, et redescendant de ma montagne comme un soufflet, quand un concept, ou le même, me remettait dans un nuage à embrouiller mes neurones.

Avec la formation, je suis un peu revenue dans le chronos, dans le sens où j’étais encore et toujours à l’affut de l’heure, du temps, pour finir mes cours du mois, pour les recherches de stage, confection des dispositifs etc. Mes vieilles habitudes revenaient au galop, mes yeux cherchant toujours l’heure…

Chronos toujours…, mon stage du mois de Mars en EHPAD est reporté à cause du confinement, mais je garde contact avec « ma référente ». Chronos… chronos…, je vois le temps qui défile… Mars.., Avril.., Mai.., Juin…, Juillet un petit espoir ! Mais

« ma » référente change d’établissement et ne peut donc plus, m’accueillir en stage en Septembre, comme nous l’avions envisagé. Il me faut repartir à zéro. Situation sanitaire, plus congés annuels, j’avais déjà essuyé quelques refus. Chronos… chronos… mais kairos veille ! La référente me donne une piste pour un autre EHPAD. Je saute sur l’occasion et en 2 jours, réponse positive. Bonjour Kairos !

Non sans une certaine appréhension et préjugés, je commence donc, le 1er septembre 2020, mon unique stage dans un EHPAD, dépendant d’un centre hospitalier qui comprend un SSR (Soins de Suite et de Réadaptation). Cet EHPAD, a en son sein une Unité d’Hébergement Renforcée (UHR), accueillant des résidents à pathologie plus lourde (malade d’Alzeimer, démence ou psychose ayant tendance à la fugue…).

Me demandant au départ : « Mais qu’est-ce que je vais bien y faire ? » je n’étais, cependant pas dans le « Mais qu’est-ce que je fous là ! » de Jean Oury. Je sais que je dois créer ma fonction d’apprentie art-thérapeute. Comment ? Mr et Mme Royol stipulent bien que nous sommes en stage pour aller à la rencontre, rencontre de

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l’équipe dans ses différentes fonctions, rencontre des résidents de manière singulière.

Etre réceptive, attentive, ouverte, écouter, regarder, utiliser plus ou moins mes cinq sens. Je ne dois pas oublier que je ne suis que de passage, donc pas de place à me faire. Comme aime à dire Mr Royol, je suis « l’invitée aimable ! ».

Malgré les difficultés de prise en charge lourde de certains résidents, je découvre l’approche bienveillante, patiente, et très respectueuse de l’équipe auprès de la personne âgée accueillie, les soins, les activités sociales et thérapeutiques individuelles ou collectives proposées. Ceci, toujours avec la bonne humeur et l’amour qui transpire de cette équipe. Pas de place pour la mauvaise humeur, aussi « pénibles » que puissent être parfois certains résidents. Cependant, il ne faut pas entendre que tout est rose dans une institution ! Il y a toujours dans la prise en charge des personnes âgées, des améliorations à porter, des remises en question, des réajustements, des analyses de pratiques professionnelles, que justement, ma référente psychologue, s’attache à toujours travailler avec l’équipe, malgré les contraintes budgétaires. Leur principale vision étant : le résident au centre des préoccupations.

Je suis davantage présente auprès de l’animatrice ou de l’aide-médico-psychologique (AMP), et parfois auprès de l’éducateur sportif lors des activités ou animation. J’ai pu ainsi apprécier les fonctions de chacun auprès des résidents, en prenant soin de ne pas m’y confondre et de garder ma position d’apprentie art-thérapeute. Certains soignants(es) me demandent en quoi consiste mon stage, je présente comme je peux l’art-thérapie. Ils me disent : « Ah ! Comme Mme Untel » ! Car en effet, Mme Untel, l’art- thérapeute, intervient tous les jeudis matin, en séances groupales, une heure avec le groupe de l’UHR, puis l’heure suivante avec celui de l’EHPAD, à l’abri de tout regard.

Tous, y compris la psychologue et le cadre de santé, me disent ne pas savoir comment se passe une séance d’art-thérapie. Mon imaginaire part au galop en pensant que toute l’attention sera sur moi (stagiaire) pour voir ce qu’est l’art-thérapie ! L’art-thérapeute en place, échappait à tout regard dans sa pratique. Je me sentais exposée. Malgré tout, je me réjouis, moi, à l’idée de pouvoir « assister, de pouvoir voir » une séance, car floue est encore pour moi, la fonction d’art-thérapeute. N’étais-je pas aussi dans cette

« jouissance » ?! Je me leurrais, car il fallait compter avec l’éthique de l’art- thérapeute..., je ne pouvais assister à sa séance ! Grande était ma déception, surtout que ce jour là, j’enchainais une série de contrariétés et de mauvaises nouvelles du point de vue personnel. Pendant que je me refais, je prends conscience que je suis déjà dans une mise au travail !! Me reviennent en mémoire plusieurs paroles de Mme ROYOL. Elle dit qu’être art-thérapeute, c’est faire la part de nous, en tant que sujet dans notre vie de tous les jours, pour embrasser cette fonction d’art-thérapeute, fusse- t-elle dans ce cas présent, dans le cadre du stage. En avançant dans mon cursus formatif, je me posais la question à propos du refus de l’art-thérapeute : « N’était-elle pas dans la bienveillance au regard des résidents en séance ? » Car c’est avant tout, eux, le centre de cette séance ! Ma présence en séance ne leur avait pas été signifiée,

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et je prends donc conscience de ce regard intrusif… J’en déduis finalement, que c’est tout aussi bien de se forger une fonction, sans pour autant avoir de modèle au risque de ne pouvoir forger sa propre identité.

Dans une journée à l’EHPAD, il y a des moments socles, plus ou moins sous la loi du Chronos : La toilette/bain du matin, les soins prodigués par l’infirmière, ainsi que les moments de restaurations pris en chambre pour les résidents non-autonomes. On n’y échappe pas ! Il faut faire vite pour la toilette pour qu’ils puissent petit-déjeuner après leur insuline pour les diabétiques, à l’exemple de ce résident qui me confiait qu’il ne déjeune pas avant d’avoir été baigné et installé dans sa chaise roulante, même si le petit déjeuner lui était déjà porté. Cela pouvait arriver qu’à 9h/9h30, voir même plus, qu’il n’ait pris son petit-déjeuner, parce que l’équipe est occupée avec un autre résident. Mais cela se faisait sans bousculade, sans pression sur les résidents, avec beaucoup d’échanges verbaux et dans le plus grand des respects, et sans exagération de ma part, avec amour et bienveillance, ce qui m’a d’ailleurs beaucoup frappée.

D’aucun pourrait penser que cela était dû à ma présence, eh bien pas du tout ! Les soignants(es) avaient toujours un mot bien placé, sans infantilisation. Le vouvoiement était davantage de mise, mais il est des résidents longtemps présents avec eux, où j’ai pu observer le tutoiement, tutoiement respectueux, dans la bienveillance…

Bienveillance, bientraitance, respect sont les ingrédients réunis pour favoriser ces temps de kairos dans l’institution, et que chaque résident puisse faire cette rencontre avec leur propre poésie, et poésie commune, silencieuse avec les autres…

Rien dans cette institution, ne presse les résidents. Rien ne les oblige à participer aux activités, réunions, animations, etc. Pas de rigidité ! D’ailleurs, il n’y a aucun emploi du temps, hormis un, à l’entrée après le sas d’accueil, juste affiché pour la forme, je dirais ! A l’entrée de la salle d’animation, il y a le programme de chaque jour, mis la veille pour les résidents, juste pour une indication, de ce qu’ils pourront faire, car la place est aussi laissée à l’improvisation. Il est des résidents que je n’ai pratiquement jamais vu fouler le seuil de la porte de la salle d’animation. Ceux qui y viennent, y sont actifs ou passifs, tous accueillis par l’animatrice.

Certains, surtout les hommes, même en chaise roulante, préfèrent la poésie du silence, de la respiration, de l’air libre, à l’ombre des espaces arborés du centre hospitalier, loin du tumulte des activités. Ils font leur propre activité de rencontres avec d’autres patients du SSR (chacun munis de son masque entre ces deux temps de confinement, seul moment où ils le portent d’ailleurs). D’autres restent dans leur chambre et s’adonnent à la lecture, ou se reposent…

Aucune heure de goûter, ni un lieu précis pour le prendre n’est imposé à qui que ce soit ! L’aide soignante de service, passe dans tout le bâtiment avec son chariot ! Ceux qui sont dans la salle d’animation, leur goûter est déposé dans la salle, à côté de chacun, non sans un petit échange chaleureux. Ceux qui sont à l’extérieur, ou en promenade, ou visités par leur proche, le goûter est laissé dans leur chambre.

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La restauration du midi est à 12h30. Les résidents arrivent au fur et à mesure à partir de 12h20/25, sans aucune pression, parfois même au-delà de 12h30. Idem pour le petit déjeuner.

Les deux confinements subis, ont chamboulé cet équilibre, leur existence plus ou moins sereine dans l’EHPAD et brimé une certaine liberté. Plus de sorties familiales, plus de sorties collectives (Cinéma, théâtre, à la mer, la rivière etc…). Plus de coiffeur, de shopping, toutes ces occasions de sortir de cette vie quotidienne institutionnelle, d’avoir tout simplement des moments de rêverie…. Bouleversement de cette quiétude que beaucoup avait trouvé et apprécié. Certains me racontent leur dépit, leur déception… Confinés pendant plus de 3 mois, sans pouvoir voir physiquement leur famille. Une me confie : « J’en avais marre de voir la tête de ma fille dans une tablette ! ». Un autre tout joyeux, nous raconte un jour, ma référente et moi, comment il fut heureux d’avoir fait une sortie hors de l’EHPAD, pour un simple RV médical dans un autre centre hospitalier ! Pur moment d’occasion saisi d’un peu de poésie respiratoire !!

L’équipe est consciente de quelques syndromes de glissement du au confinement, et met les bouchées doubles pour remettre de la gaieté, de l’espérance, de la rêverie dans leur vie nouvellement ponctuée par le Covid et les visites reprennent également, ils sont heureux !

Les résidents ont plusieurs espaces d’expressions :

- Une réunion pour tous les résidents (EHPAD et UHR) leur est ouverte tous les 1ers jeudis du mois, en présence du médecin coordonnateur gériatre, du cadre de santé, de la psychologue et des soignants. Ils peuvent ainsi exprimer leurs coups de cœur, satisfaction et doléances, à l’exemple des repas fournis par un prestataire, qu’ils ne trouvaient pas bons, et non adaptés à leurs habitudes culinaires culturelles ;

- Un autre espace est ouvert, après la lecture quotidienne du journal par l’animatrice ou l’AMP, espace, où ils leur plaisent de se remémorer des évènements passés, des souvenirs heureux ou non, à tel point qu’un jour, l’idée est venu d’un petit groupe de résidents, encouragés par l’équipe, de réaliser une petite saynète, pour la Semaine Bleue intitulée « L’école antan lontan » (expression créole signifiant « au temps jadis, autrefois »). Comme le dit Ernest Pépin, écrivain Guadeloupéen, dans son ouvrage « Scènes des Antilles Antan Lontan » ces photos, ces moments mémoriels « ne sont pas des plongées inertes dans un temps révolu ». « Elles sont des irruptions de présences qui sommeillent en nous et qui nous révèlent à nous-mêmes le sens de nos profondeurs ».

Des petits moments de poésie, de retour sur soi, qui permettent ainsi à ces ainés de ne pas sombrer dans l’oubli, de refaire un petit pèlerinage intérieur.

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Philippe LAPLACE, poète lui, de son côté, dans son site « En toutes lettres », dit que :

« La poésie n'est pas quelque chose de figé, elle est immanente. Elle est un langage singulier, le langage de l'invisible. La poésie c'est une musique édénique et suave qui effeuille une à une vos émotions et vous plonge dans un rêve éveillé ». Je retrouvais bien là ces résidents….

Il est aussi, une « espèce d’espace » de 3 m2. C’est un espace de détente, de lâcher prise, et pourquoi pas un moment de poésie, moment n’appartenant qu’à chaque un des résidents, espace que l’équipe a baptisé « Le salon des 5 sens ». Ce projet encouragé et validé par le trio de cadres, a été pensé en début mars, juste avant le confinement, par deux aides-soignantes, l’une diplômée de coiffure, l’autre d’onglerie.

Attendu par beaucoup de résidents, Il sera finalement opérationnel en novembre, et cet espace ne désemplira pas. Chaque jeudi, il procure une certaine estime de soi, de bien être aux résidents par le biais de la coiffure (coupe, couleur, brushing, des tresses…).

Du côté du bien-être corporel, des bains de pieds, des soins de manucure étaient réalisés pour tout preneur. On pouvait lire la satisfaction des candidats en sortant de cet espace bien-être, qu’ils fussent homme ou femme.

Je me souviens de cette résidente de 92 ans, qui en sortant du « Salon des 5 sens », visage rayonnant me montre ses dix doigts vernis : « C’est la première fois que je fais ça ! Jamais fait ça, jamais connu ça » insiste-t-elle, les yeux lumineux ! Et elle continue

« ça fait du bien de se faire chouchouter, moi qui avait toujours les mains dans la terre, je me suis laissée faire, c’était tellement bon » ! N’avait-elle pas eu son petit temps de poésie, ce petit temps de rêverie ? Voilà, encore un petit moment de kairos, un petit temps saisi pour elle. Toujours dans cette bienveillance, le cadre de santé saisi l’opportunité de prendre en stage une professionnelle en psycho socio esthétique (PSE), pendant 4 semaines, qui « travaillera » en étroite collaboration avec les deux aides soignantes dans le salon des 5 sens. Un autre métier de relation. Wikipédia dit de ce métier, je cite: « C’est également un métier d’accompagnement à visée thérapeutique, qui pratique le soin esthétique et le toucher-massage comme outil de médiation corporelle et support de soin dans un cadre de travail pluridisciplinaire, au cœur d’un projet de soin dans le secteur médico-social ».

Il dit encore que : « En soutenant la personne à devenir acteur de son propre bien-être, l'objectif du métier est la revalorisation de l’image de soi et de l’estime de soi, en encourageant la parole par l’expression de ses ressentis et en travaillant sur la désadaptation ou le handicap de l'apparence ». La notion de psycho-socio-esthétique est fondée sur l’ouvrage de Didier Anzieu, « Le Moi-peau ». Le concept de Didier Anzieu « est que si le corps physique délimite, contient des organes et des organismes, le moi-peau est à l'identique, un corps psychique »… Voilà encore des petits moments de poésie, ces instants T, ces moments de kairos, que le trio de cadres estime devoir renforcer après avoir vu les bienfaits sur les résidents qui d’ailleurs, sont en demande.

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A tel point, qu’il est envisagé le projet d’un partenariat avec cette professionnelle qui viendrait ainsi renforcer l’équipe pluridisciplinaire et améliorer toujours et encore le bien-être de la personne âgée dans cet EHPAD. Je témoigne donc de ces visages illuminés, cette estime de soi revigorée à chaque sortie de séance. Un petit temps de respiration psychique !

PARTAGES DE SITUATIONS DE STAGE EN MODE KAIROS

Tout au long de mon stage, avec l’aval de ma référente et de l’équipe, je m’attachais à proposer des petits moments de poésie, de rêverie, surtout pour les résidents en chambre ou ceux en UHR, soit en participant aux différentes activités de la structure, soit avec mes médiations vitaminées validées par Mme ROYOL.

Parfois l’après-midi, avec l’animatrice, nous partions donc en chambre, au niveau des petits salons, pour des petits moments de poésie, avec l’écoute de doux sons de la nature (cours d’eau, vagues sur la plage, le son des oiseaux etc), pour accompagner leur sieste. Nous terminions lorsqu’ils étaient plus éveillés par l’écoute d’anciens contes, bien connus des résidents… Ces moments d’écoute attentive, où nous parlions très peu l’animatrice et moi, étaient souvent ponctués par des rires et des « Yé cric Yé crac ! » qui fusaient de plusieurs résidents alités, les ramenant pour beaucoup dans un joyeux passé …

Activités Jeux de mémoires du jeudi après midi

Chaque jeudi après-midi, je co-animais avec ma référente, un atelier jeux de société, avec des mémos et jeux de cartes, dans le but d’entretenir et de maintenir leur mémoire altérée et de renforcer l’estime de soi, avec un même groupe de 6 résidents, retenus par elle, avec leur accord, pour ce jeu hebdomadaire. Ainsi, Ces jeux lui permettaient d’évaluer la capacité mémorielle de chaque résident. De mon côté, même si je suis dans un atelier, et non une séance d’art-thérapie, j’apprends à me mettre en fonction de neutralité. J’en dis le moins possible, du moins j’essaie, car je me surprends souvent à vouloir corriger ou guider. La résidente à ma gauche, a besoin d’être rassurée et me prête plus que les autres, un tout supposé-savoir : elle me demande et me montre toujours si c’est la bonne carte à poser et quand je lui dit : « Selon vous ? », elle répond en secouant la tête: « Ouille ! Je ne sais pas ! », mais pose quand même la carte ou réfléchit à nouveau si ce n’est pas la bonne. Elle trouve elle-même la solution et sourit. Mon travail d’éthique a payé. « L’utile, inutile » comme dit Mr ROYOL.

Médiations vitaminées avec Mme M., en UHR

L’AMP et moi échangions beaucoup autour de nos pratiques, et particulièrement autour de l’art-thérapie. Elle a finit par bien comprendre la fonction d’art-thérapeute, la notion d’éphémère, la non production d’objet. Je lui expliquais que j’avais une obligation de

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moyens et non de résultats, pour reprendre la phrase de Mr ROYOL, et que nous n’avions pas les mêmes objectifs, elle et moi. Un matin, elle et ma référente, me suggèrent toutes deux, de faire une médiation vitaminée avec une résidente de l’UHR, Mme M., atteinte de démence. Alors, je précise ce « diagnostic » non pas qu’il ait une importance pour la séance, mais simplement pour affirmer que contrairement à mes premiers doutes, l’art-thérapie peut se faire avec ce public. L’AMP me dit : « tu feras ta séance avec elle, je vais avertir l’équipe » Et elle ajoute : « S’il y a un après-coup, je le récupèrerai, puisque tu n’as pas à savoir, et je suis avec elle tous les jours… » Ma référente renchérit : « L’après coup, sera peut être pour D., (l’AMP), quand tu ne seras pas en UHR, ou même après ton stage. Je constate donc qu’elles ont saisi où s’arrête

« mon intervention », la fonction d’art-thérapeute…

Une fois sur place, l’aide-soignante me dit qu’elle a laissé Mme M. dans sa chambre, et je vais la rejoindre en saluant au passage les autres résidents installés au salon et dans la salle d’activités. A mi-chemin, munie de « mon sac à médiations vitaminées », je rencontre Mme M. qui s’est levée pour déambuler, un grand drap blanc dans ses mains. Nous retournons sur nos pas, pendant que je lui parle de la séance de médiations vitaminées que je vais faire avec elle. Arrivées dans la chambre, je me rends compte qu’une autre résidente Mme R. m’a suivi. En voulant la ramener, Mme M.

reprend son drap qu’elle met sur sa tête, le reste trainant par terre et s’en va. La seconde résidente Mme R. se saisit alors du drap qui traine et la suit. Prise de cours et stupéfaite, je ne sais quoi dire, quoi faire sur le moment. Je me décide donc de prendre l’autre bout du drap et de suivre aussi jusqu’au salon et profiter d’y laisser Mme R. pour revenir dans la chambre avec Mme M. Lors de son retour de mon feuillet d’élaboration Mme Royol, a cette petite phrase tout à propos, je la cite : « Un dispositif aérien sans que personne ne se retrouve « dans de beaux draps » !! Je « lis » cette scène comme une mariée et ses demoiselles d’honneur soutenant sa traine, et je garde le silence.

Arrivées au salon, les deux AS nous regardent avec surprise et l’une dit de manière joviale : « Eh bien Mme M., vous allez vous marier ! » « Et où avez-vous pris le drap ? » et la première de reprendre : « Chut ! C’est l’activité qui est là ! » Je souriais dans mon fort intérieur devant la drôle de scène qu’elle pensait être de l’art-thérapie. Finalement, difficile d’arrêter les deux résidentes, eh bien, je joue le jeu, ou plutôt je dirais, que je me saisis de cet instant comme temps poétique… Car, qu’importe ! Pas ce que je veux ou attends, mais ce qui se joue sur ce kairos, ce moment T, pour Mme M. Qui sait ? Elle a peut être chanté sa poésie, eu son moment de rêverie !! Elle s’est bricolé quelque chose ! Un bricolage éphémère ! Une esquisse d’un « Je » en devenir…pour reprendre Mme ROYOL.

L’art-thérapeute, ne sait pas à l’avance ce qui surgira du sujet de l’inconscient.Mais cela, il ne lui appartient pas de le savoir ! Cet objet psychique qui est mis au travail, au contraire de toute production, de tout objet concret. Quelque chose d’ouvert du coté de l'insu…

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Avant de conclure, je donne juste un autre temps d’improvisation laissé à la place d’une programmation d’animation !

Cette dernière vignette clinique montre encore, comment l’improvisation peut laisser place à un moment saisi, à la poésie, à un moment de détente, à une parenthèse….qui correspond à notre seconde définition du kairos, que l’on pourrait comparer à un moment éphémère.

Ce matin là, pour l’activité peinture et coloriage de la décoration de Noël, je dois ramener 6 résidents de l’UHR dans la salle d’animation. C’est toujours une occasion de rencontre et de liens avec les autres résidents de l’EHPAD. Quelques chants de cantiques de Noël sont en fond sonore, et je vois Mme R., qui se saisit d’un capuchon de Père Noël qu’elle enfile sur sa tête, qui augmente le volume de l’enceinte pour danser et chanter. Je m’étonne sur le moment de cette capacité pour Mme R., à chanter une phrase complète, alors que son langage parlé n’est fait que de mots marmonnés difficilement audibles et compréhensibles. Trois résidents lui emboitent le pas, tandis que les autres battent la mesure sur la table ou dandinent de la tête. Les aides-soignantes se joignent à eux et moi de même, attrapée par le bras par un résident… Moi qui, en ce temps de Covid 19, avait quelques craintes, de cette proximité avec les personnes âgées, craignant une éventuelle contamination, dans un sens ou dans l’autre, ce fut pour moi, le moyen de faire tomber mes aprioris, tout en prenant bien sûr, les précautions d’usage, qui nous étaient recommandées par le médecin coordonnateur. Nous avons donc compris qu’il valait mieux leur laisser ce temps d’émotion, ce moment d’évasion qu’ils s’étaient saisis, plutôt qu’une activité de peinture ou autre qui les aurait figés…

Conclusion

Pour conclure, je signale que ce stage en EHPAD n’était pas mon premier choix, mais un stage par défaut après de vaines recherches. Ce fut pour moi un vrai stage de découverte du milieu gériatrique, et une belle expérience, surtout en temps de crise sanitaire. J’ai franchis les portes d’une institution dont je ne connaissais que de très loin le fonctionnement, avec beaucoup de préjugés et d’appréhension de ce que j’allais découvrir dans ces murs.

Mais, dès les premiers jours, mon vécu de stage venait prendre le contrepied de ces préjugés. Je découvre ainsi, un autre univers que celui habituellement décrié dans certains EHPAD, souvent mis à mal avec plusieurs cas de maltraitance ou autres de la personne âgée, et qui ont malheureusement fait l’actualité à certaines périodes…

Quand je me disais : « Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir y faire en tant que stagiaire art-thérapeute ? », je ne me faisais pas beaucoup d’illusion de pouvoir faire de la médiation vitaminée auprès de personnes « si handicapées », soit par la démence,

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maladie d’Alzheimer ou autre. Cette immersion et expérience m’ont démontré le contraire… Je ne dois pas résumer une personne à sa maladie, à son handicap, mais prendre en compte le Sujet dans le champ de l’art-thérapie. Et comme nous l’apprenons à PROFAC c’est accepter le Sujet dans sa singularité, dans sa différence, sans préjugés, sans vouloir le figer dans la norme, sans lui coller une étiquette. Tout cela en lui permettant ou pas, de se saisir de ces moments de kairos, lieu de poésie, de rêverie, avec comme « médium » le silence et une attention flottante. « Des ingrédients » que l’art-thérapeute, de par son éthique de neutralité, en vacance psychique, lui ouvre ce moment T, que nul ne sait forcément quand il passe…..

Vivre ces moments de bienveillance et de bientraitance dans une équipe encline au confort et bien-être de la personne âgée, m’ont permis de comprendre que l’art- thérapie contemporaine a sa place dans le milieu de la gérontologie, et qu’elle vient en complément des autres fonctions de l’équipe pluridisciplinaire. Et je terminerai en disant…, que j’y ai bien rencontré le kairos !…

Catherine C. PROFAC Année 2020/2021

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