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Texte intégral

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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository

Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:

El-Batrik, N. (1979). Situation du cinéma égyptien: l'influence des facteurs socio-culturels sur son développement (Unpublished doctoral dissertation).

Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres, Bruxelles.

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"L’Influence des Facteurs So cto-culturel s sur son dêvelo-ppement "

Directeur du Travail Eadelin TRINON

Thèse présentée pour l 'obtention du grade de Docteur en journalisme et Communication Sociale,

NESMA EL-BATRIK

Année académique 1978-1979

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UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES

Faculté de Philosophie et lettres

Section de Journalisme et Communication Sociale

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inéma

E

gyptien

,

"L'Influence des Facteurs Socio-culturels sur son développement"

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Directeur du Travail * Hadelin TRINON

Thèse présentée pour l 'obtention du- grade de Docteur en journalisme et Communication Sociale,

NESMA EL-BATRIK

Année académique 1978-1979

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Dans cette étude sur la situation du cinéma égyptien, objet de ma thèse, j'ai été encouragée à différents titres et de différentes façons, par de nombreuses personnes à qui je tiens à exprimer ici toute ma gratitude.

Celle-ci s'adresse d'abord, et très vivement, à Monsieur le Professeur Hadelin TRINON, promoteur de ce travail, qui m'a prodigué son temps, ses précieux conseils et ses suggestions fer­

tiles, avec une constante bienveillemce.

Elle va également aux professeurs orientalistes de 1 ' Université Libre de Bruxelles, surtout à Monsieur le Professeur Robert ANCIAUX, à Monsieur le Professeur Gabriel THOVERON, à Mon­

sieur le Professeur Marc PLANCKE, orientaliste à l'Université de l'Etat de Gamd, à qui je dois des remerciements spéciaux.

Mes remerciements vont aussi aux directeurs de l'Insti­

tut des Hautes Etudes de Cinéma du Caire et de la Cinémathèque Nationale du Caire qui m'ont accordé leur aide, m'ont accueillie

et conseillée pour divers renseignements, documents et autorisa­

tions.

Ma gratitude s'adresse enfin à Mesdames Francine Remy, bibliothécaire de l'I.N.S.A.S. de Bruxelles,et Noëlle Lans,qui

toutes deux ont contribué à la bonne réalisation de ce travail.

X

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1

INTRODUCTION ŒNERAIE

Le cinéma égyptien est dertainement de tous les pays du monde arabe le plus important, non seulement parcequ'il a produit le plus gremd nombre de films, mais il est le plvis important dans la mesure où sa diffusion a dépassé l'Egypte et atteint le monde arabe et musulman en général. Or sur ce cinéma nous possédons peu de choses; nous possédons sans doute des textes que nous

pouvons trouver dans les encyclopédies, que nous pouvons trouver chez les historiensMais les vues qu'ils nous donnent restent limitées.

l'ensemble du cinéma mondial, mais il a prêté au cinéma égyptien peu d'attention.

En effet un ensemble qui ne dépasse pas les six pages ne peut définir les

causes essentielles de l'antériorité de ce cinéma par rapport aux autres cinémas arabes, ni même les causes qui ont amené cette production à atteindre cette importance dans cette région arabe et musulmane; sur ce dernier point l'auteur se borne à cette évidence: "Le centre culturel de ces pays. Le Caire est devenu après 19^ leur capitale cinématographique... La production reprit son essor pour se fixer aux environs d'une soixantaine de films par an. Un large marché in­

ternational s'était ouvert à l'Egypte dans le monde islamique, qui va dè Dakar à la Chine - sans oublier les pays d'émancipation (deux millions d'Arabes dans les Amériques, plus de 300.000 en France). Vers 19^2, dans certains pays arabes, un film qmérlcain ou européen ne tenait pas l'affiche plus d'tine semaine, alors que les exclusivités des films égyptiens se poursuivaient souvent pendeuit des mois, malgré les prix des billets doublés ou triplés. Et l'on voyeit la leingue

arabe du cinéma (forma particiillère de 1'Egyptien) influencer les Jeunes généra­

tions, qui adoptaient son accent, ses tournures de jdirases, son argot" (2).

1. - Les plus importants: Georges Sadoul, Histoire du cinéma mondial. Editions Flamma­

rion, 1968, pp. 486-491. Egalement du même auteur; Merveilles du cinéma. Editions d'Aujourd'hui, 1976 surtout pp. 211-216.

Roger Boussinot, Encyclopédie du cinéma, Paris, Ed. Bordas, I967, pp.503-506 Guy Hennebelle. Quinze ans de cinéma mondial. Editions du Cerf, Paris, 1975 pp. 217-228

Yves Thoraval, Regards sur le cinéma égyptien, Dar El Machreq, Beyrouth, 1977 2. - Georges Sadoul, Histoire du cinéma mondial, op.cit. pp. 486-489

Par exemple Georges Sadoul (Histoire du cinéma mondial) a éclairé

Cette importance a été dégagée également par Guy Hennebelle, "Le cinéma

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du Caire a été un des premiers cinémas du Tiers Itonde à se développer sur des baises industrielles et commerciales. A la faveur de la Deuxième Guerre mondlale> les studios atteignirent même une production de quelque cent films par an... "Hollywood du Moyen Orient", le cinéma égyptien a Joué dans le inonde arabe une rôle idéologique analogue à celui de son greind frère installé sur la côte californienne des Etats-Unis, mais à la différence de celui-ci, il n'a donné que fort peu de films dignes d'inétrêt"(l).

L'auteur a,par eiiHeurs,Jeté un coup d'oeil hâtif sur l'évolution de cette production, en ne prêtant attention qu'aux facteurs politiques qui ont pu influencer le développement et le recul du "réalisme social" développé en Egypte après la révolution de Juillet 1952.

Par ailleurs l'ouvrage d'Yves Thoraval, Regards sur le cinéma égyptien est le seul à avoir examiné en détail l'évolution du cinéma égyptien, mais sa vision reste limitée à l'analyse des oeuvres.

En effet, le cinéma égyptien existe depuis plus de 50 ans avec une production globale qui dépasse les 5-000 films. Ce cinéma Inonde non sexJement le marché égyptien mais également le marché arabe et musulman.

Or, études, articles et ouvrages restent partiels (2).

Si certains historiens,surtout freinçals et arabes,se sont efforcés à donner une vue d'ensemble sur ce cinéma, il n'ont pas abordé les facteurs essen­

tiels qui ont permis, d'une part, l'antériorité de sa naissance en Egypte par rapport aux autres pays arabes et ,d'autre part, les causes de son dévelop- 1. - Guy HENNETyjJiR, Quinze ans de cinéma mondial, op.cit., p. 2l8

2. - Plusieurs critiques arabes, surtout Egyptien et Tunisiens, on publié en langue française dans des revues spécialisées certains articles et études; parmi ces recherches nous citons: Samir Farid, "Les six générations du cinéma égyptien".

Ecran, n® 15, mal 1973> PP* 38-53; H y donne une vue globale sur le cinéma égyptien tout en essayant d'étudier les différentes tendances replacées dans leur contexte socio-culturel et politique. Voir aussi Gala Al-Oiarkawi,

"Histoire du cinéma de la R.A.U.", Les cinéma des pays arabes, UNESCO et Centre interarabe du cinéma et de la télévision, Beyrouth, 1966, où il met l'accent sur l'évolution de certains genres Jusqu'au début des eunnées 60, ce qui limite l'importance de cette recherche.

Aly Choubachy, "Le drame du cinéma égyptien". Positif, n® 151> Juin 1973jPP*9-16 Jette certaines lumières sur les difficultés de cette production de qualité développée seins le secteur public.

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3

pement. Aucun n'aborde la sitiiatlon du cinéma égyptien par rapport à la société égyptienne, aux conditions économiques, politiques et culturelles, qtd ont permis le développement de ce cinéma. Tous se bornent aux données directement économiques.

To\;ib les auteurs s'accordent pour dire que le cinéma égyptien est né en 1927 à la suite de la création de la "Misr Company for acting and the ciné­

ma" , société par actions largement financée par la Banque Misr, le plus grand holding du monde arabe et de l'Afrique et dont les activités sont assez étendues.

Tous disent également qu'un certain nombre de réalisateurs européens ont produit des films en Egypte; mais aucun n'examine les raisons profondes du développement qu'a connu le cinéma.

Ces raisons profondes nous les voyons dans un certain nombre de facteurs politiques économiques et socio-c\ilturels qui ont permis à l'Egypte de prendre conscience de son identité et,du coup, de prendre conscience de sa pi?opre cultu­

re. Nous pouvons citer à ce sujet Georges Sadoul; "Le cinéma n'a pas surgi sur une terre vierge et sans culture. Il s'est assimilé rapidement des éléments pris à tout le savoir humain. Ce qui fait la grandeur du cinéma c'est qu'il est vine somme, me synthèse aussi de beaucoup d'autres arts."(l)

Par ailleurs nom partageons,dans ce même sens,les propos de

M. Hadelin Trinon, professeur à l'INSAS: "Si nous nous penchons sérieusement sur les différents cinémas dans le monde et sur les différents auteurs nom consta­

tons que les meilleurs ouvrages, ce\ax qui nous touchent le plus, sont ceux qui nom parlent d'abord de leur identité, qu'ils s'appellent Wajda en Pologne, Bergman en Suède ou Delvavtx en Belgique..."

L'objet de notre étude aura un but essentiel, c'est de joindre et de questionner les thèmes premiers de la renaissance nationale, économique et socio­

culturelle de l'Egypte moderne.

L'Egypte est le premier pays musulman à s'être industrialisé, c'est aussi le premier pays mmulman a avoir connu des échanges avec l'Occident, c'est de ces échanges que quelque chose a surgi. Mais ce qui a surgi ne consiste pas

(1).- Georges Sado\il, Histoire du cinéma mondial, op.cit.. p. 5

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nécessairement à Implanter 1*Occident en Egypte, mais à tirer de l'Occident lan modèle sur lequel puisse s'adapter la cvilture égyptienne.

c'est pourquoi dans la première partie, nous examinons les facteurs qui ont marqué la période de la renaissance de l'Egypte et les processus qvii ont marqué également sa particularité par rapport à l'ensemble des autres pays du monde arabe.

D'autre part nous préclseirons quelques données indispensables à la compréhension de cette évolution; la renaissance de la langue arabe, le déve­

loppement d'une littérature moderne, d'vine musique moderne, d'un théâtre moderne.

c'est dans ce bain culturel, que le cinéma, même le cinéma le plus strictement commercial, sera appelé à se développer. Novis ajouterons encore que depuis le début du 19ème siècle, l'Egypte a mené l'effort le plus considéra­

ble pour se hisser tant sur le plein économique que cijlturel au rang des nations occidentales; comme l'a écrit Samlr Amin, "Elle est devenue le centre du monde arabe, le lieu où se décide le sort de cette région arabe. La renaissance arabe est sortie d'Egypte. Les grandes tentatives de modernisation capitaliste du monde arabe sont toutes venues de ce pays." (l)

En partant de cette vision globale, l'objet de notre étude aura un but essentiel; c'est de répondre aux trois groupes de questions qui formeront les thèmes essentiels de trois parties différentes , dont chacune Jettera des lumières sur différents éléments qui conditionnent la situation actuelle de ce nouveau moyen de communication de masse et de culture.

En effet l'Egypte est un pays musvilman et il est paradoxal que le

cinéma, art directement occidental s'y soit développé ainsi. N'est-il pas intéres­

sant et même indispensable de mettre l'accent sur les différents facteurs qui ont agi sur la sensibilité et la mentalité des intellectuels, des chefs religieux, pour permettre à ce moyen de s'implanter sur la terre d'Egypte, presque à la même date où il s'imposait en Occident?

En d'autres termes, nous nous efforcerons dans une première partie de (l).- Samir Amin, La nation arabe. Editions de Minuit, Paris, 1976, pp. IO8-II5

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notre thèse de dégager les facteurs de forces qui vont amener à la naissance du cinéma égyptien et qui vont donner k ce biriémà ses bases culturelles.

c'est pourquoi il nous a semblé nécessaire de regrouper en un seul cadre les différents thèmes que plvisieurs ouvrages, articles, études (que l'on

peut compter par milliers) relatifs à la renaissance moderne de l'Egypte ont dégagés(l) Par ailleurs, cette première partie déterminera, par contre, les facteurs de

faiblesse qui vont intervenir pour limiter la portée de cette renaissance, sur­

tout culturelle; ce sont ces facteurs de faiblesse qui seront à la base des difficultés que connaîtra dans son évolution la société égyptienne et ces mêmes facteurs seront un frein au développement d'xme production de cinéma de

q\ialité.

C'est à partir de ces devix groupes de facteurs, dits de force et de faiblesse, qu'il nous sera possible de dresser un bilan de la situation du cinéma.

Ce sont ces devix groupes de facteurs qui vont permettre l'étude de la production du cinéma égyptien abordée dans la deuxième partie et l'étude du public dans la dernière.

Dams la deuxième partie, notre Intention est nette, elle n'est pas d' analyser les films au niveau de leurs données proprement cinématographiques, mais de déterminer les facteurs qui vont conditionner les différents genres de cette production et leur évolution.

Nous prêterons une attention particulière aux différentes conditions qui susciteront la nalssamce de certains genres (du musical au réalisme). Ce sont les facteurs de force qui interviendront pour faire Surgir et développer ces genres. Et d'autre part nous mettrons l'accent sur les difficultés qu'ont connu certains auteurs lorsqu'ils veulent aborder la réalité égyptienne, ces

difficuktés ne seront que les facteurs de faiblesse qui interviendront pour limiter l'évolution de ce qu'on a appelé "le réalisme social".

(l).-Une bibliographie complète, nous pouvons la trouver surtout en France, à Paris, à la Bibliothèque nationale, à la Bibliothèque de l'Ecole nationale des Langues orientales vivantes. Faculté des Lettres et Sciences humaines (Sorbonne).

En Egypte, au Caire, les bibliothèques: Dâr Al-Kotob, Al-Mirçrlyyedi, celle de l'Université du Caire. Ep Belgique, à Bruxelles, la Bibliothèque royale

Albert I, la Bibliothèque centrale de l'Université libre de Bruxelles et celle de l'Institut de Sociologie.

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En effet si le cinéma égyptien est important par le nombre d'oeuvres qu'il produit, il faut bien constater que la plupart d'entre elles relève de la convention (du musical au mélodrame), les oéuvres le plus personnelles ont cherché à rompre avec ces conventions et à aborder la réalité sociale; il est donc légitime que nous nous attardions sur elles.

Si novis prêtons une attention particulière à l'aspéct cvilturel du cinéma, c'est parce que noiis croyons au rôle que peut exercer ce moyen dans le processus de développement surtout d'un pays en voie de développement tel que l'Egypte,

En effet, sur le plan culturel et sociologique, le cinéma s'avère être un excellent moyen de communication, et la communication Joue un rôle de premier plan dans le processus de développement, comme le confirme et le met en évidence le livre de Wilbur Schransn sur 1 ' infonnatlon et le développement national que nous aurons l'occasion de citer à plusieurs reprises.(l)

En tfTectuant une étude globale sur le public national du cinéma égyp­

tien, dans une troisième partie, noixs pourrons alors donner un bilan complet de la situation du cinéma.

(l).-Si la liste des ouvrages traiteint des fonctions des moyens de communication de masse est assez large dans les deux langues: anglais et français, les plus importants sont: Gabriel Thoveron, Radio et télévision dans la vie quotidienne, op.cit., surtout pp. 795-848. Joffre Dumazedler, Vers xme civilisation du

loisir?,Paris, Le Seuil, Collection Esprit, 1962 . Josef KLapper, The effects of mass communication, Glencoe, Illinois, Pree Press, i960. Francis Balle et Jean G. Padloleau, Sociologie de l'information, (textes fondamentaux), Larousse, 1975 où on trouve plvisieurs textes dont le plus significatif pour notre

étude, celui de Harold P. Lasswell,"Sur la structure et fonction de la

communication dans la société", pp. 31-41. Aussi le texte de Charles R. Wright

"Analyse fonctionnaliste et commionication de masse, pp. 55-65, également voir l'ouvrage de Roger Clausse, Les nouvelles; synthèse critique, Bruxelles, Institut de Sociologie de l'Université Libre de Bruxelles, I965.

Notis n'accorderons une Importance particulière qu'aux ouvrages qui mettent en corrélation le rôle de l'information et le développement, comme le livre de Wilbur Schramm, L'information et le développement national, UNESCO, I966, qui est le plus éclairant sur ce point. Voir également Suzanne Laurent, "For­

mation, information et développement en Côted'Ivoire", Cahiers d'études africaines, n® 39, 1970»

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En partant de cette vision nous prêterons une attention particvilière au rôle d'éducation, de développement que pourrait avoir le cinéma. Notre dernière partie consacrée àl'étude du public, aura un but à atteindre, c'est de préci­

ser les différents facteurs qui facilitent ou par contre limitent le rôle que le cinéma égyptien pourrait Jouer.

En d'autre termes quels sont les facteurs q\ii peuvent faciliter auprès du public de film égyptien - (dans sa majorité ce public se recrute parmi les masses citadines les plus défavorisées économiquement et culturelle­

ment) - la vision de films de qualité les setils à pouvoir exercer un rôle non négligeable dans le processus du développement? Egalement quels sont les fac­

teurs qui limitent le rôle que pourrait Jouer le cinéma dans le processus de développement?

Une fois de plus les facteurs de force et les facteurs de faiblesse vont intervenir pour noias éclairer davantage sur les données actuelles relati­

ves à ce problème.

Donc cette troisième partie sera consacrée essentiellement à dégager les facteurs qui peuvent faciliter d'un côté et limiter de l'autre le rôle

de ce cinéma de qualité.

L'enseignement dépasse les autres variables qui peuvent influencer favorablement cette perception.

Pouvons-noiis ajouter un autre facteur favorable, c'est celui qui se rattache essentiellement à un facteur économique, qui invite les gens à préférer le cinéma conme moyen de loisir mais surtout d'évasion, relativement à bon marché par rapport aux autres moyens de distraction disponibles?

Si nous Jetons un coup d'oeil sur la place du cinéma dans les loisirs, novis constaterons à quel point cette place privilégiée peut faciliter le rôle du film égyptien à accomplir le rôle espéré.

Par contre, le goOt du public est un premier facteur défavorable lié essentiellement à la situation économique et socio-culturelle fort critique de la population.

Vient s'ajouter à ce premier un autre, c'est l'insuffisance de l'équipement en sallæ de cinéma. Ce dernier facteur se présente comme ion inconvénient qui dépasse les autres* puisque les salles de cinéma sont indispensables pour que les messages de cette technique de diffusion collective atteignent les masses égyptiennes et que la recherche de diffusion maximum est une des caractéristiques

essentielles de ce moyen de culture et d'information.

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Comme le confirme M. le Professeur Gabriel Thoveron, "Presse, radio, cinéma et télévision sont des techniques conques pour permettre d'atteindre ie public le plus large... Ce qui compte d'abord, c'est que les messages s'ils ne sont pas consommés par tous, soient en tout cas mis à la disposition de tovis.''(l)

Cette dernière partie fait appel à plusieurs enquêtes et sondages qui pourront indiquer les habitudes globales surtout qui permettront de situer le cinéma par rapport aux autres loisirs.

Certes ces données sont partielles. Mais l'Egypte comme les autres pays du Tiers Monde ne possède pas un ensemble d'enquêtes et de sondages qui permettrait de suivre année par année une évolution.

Noiis mettrons toutefois à Jour les données statistiques que nous avons récoltées et qui permettent à nos constatations de prendre poids.

XXX

(l).- Gabriel Thoveron, Radio et télévision dans la vie qutidienne, op.cit., pp.22-24

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PREMIERE PARTIE

LES ASSISES CULTUREUES DU CINEMA EGYPTIEN Introduction de là première partie

La naissance du cinéma égyptien, l'évolution de sa production et l'engouement du public arabe et égyptien pour cette production de filniB ne sont que les conséquences d'un groupe de phénomènes sociaux, politiques,

culturels et économiques. En effet un nouveau mode d'art ne peut naître et s'afflr mer en dehors d'une certaine autonomie nationale ou en dehors d'un certain

développement culturel et artistique propre à un pays donné.

Dans la première partie de ce travail, nous nous proposons de dégager ces phénomènes historiques, culturels, sociaux et politiques à partir de la renaissance nationale qui a donné à l'Egypte moderne une base solide pour son développement culturel.

L'étude de cette renaissance - qui porte sur le siècle dernier (19e siècle) manifestera des contradictions. Elle opposera l'élan créateur des premières années du 19e siècle au coup d'arrêt de 1882.

Par contre, durant la période dè 1882-1919* c'est l'échec, le coup d'arrêt. Toutefois l'intelligentsia maintiendra la volonté d'une renaissance nationale et malgré l'occupation militaire britannique, qui ne cessera qu'en 1936,pouraulvra à travers ses oeuvres l'effort des générations antérieures.

c'est à cette époque - tout au long du 19e siècle - que nous nous liraitérons pour dégager les tentatives gigantesques d'une renaissance culturelle et nationale ainsi que leurs Influences sur la société égyptienne.

En effet, sans cette approche de la tentative de rénovation de l'Egypte, on ne pourrait comprendre ni la nature du mouvement culturel, ni même la réalité de la société égyptienne avec ses problèmes politiques et éco­

nomiques. Nous ne pouvons donner le bilan d'une situation actuelle du cinéma égyptien sans mentionner l'évolution des phénomènes Indiqués plus haut car le cinéma - nouvelle forme d'art qui draine xm ensemble d'éléments culturels et

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de chacun des pays où il s'est développé.

Il s'agit donc de plusieurs facteurs historiques dont nous nous effor­

cerons de dégager les aspects culturels, sans oublier d'appréhender, dans la mesure du possible, les Influences socialés et politiques.

Soulignons que le but essentiel de cette première partie est de mon­

trer dans un premier chapitre un aspects historique de l'Egypte avant le 19ème siècle afin de mieux dégager l'évolution qui a marqué le début du 19ème siècle.

Dans im detixième chapitre, nousgrouperons les facteurs économiques, sociaux politiques et culturels qui représentent un tournant décisif dans l'évolution de l'Egypte moderne.

Enfin, nous consacrerons le 5e chapitre à la renaissance culturelle égyptienne en sovillgnant essentiellement la renaissance de la littérature mo­

derne qui ne peut être séparée du cinéma et la naissance du théâtre moderne en Egypte d'où sont Issvis les pionniers du cinéma. Nous Justifierons l'arrivée

tardive du théâtre dans le pays par un bref aperçu sur le Uiéâtre d'Ombres égyptien dont les bases remontent déjà au 12ème siècle.

Nous pourrons montrer enfin que ces données historiques ont favorisé la naissance d'un cinéma égyptien, en lui donnant son caractère spécifique et que l'absence des mêmes facteurs à la même époque dans les autres pays arabes voisins retardera la naissance de leurs cinéma nationaux.^

Sans aucun doute, l'étude de la renaissance nationale et culturelle sera utile car elle no\is permettra de tracer à grands traits im tableau d'im passé nécessaire pour éclairer la société égyptienne contemporaine au moins sur deux plans: le plan culturel et le plan socio-politique.

(l) Voir à ce propos Georges SADOUL. Les cinémas des pays arabes. Recueil préparé pour 1'UNESCO, Beyrouth - Liban, 1966.

(15)

11

Or, comme nous venons de le dire; tout film est un instrument culturel et social. Il peut être le simple diffuseur d'un élément culturel antérieur: par exemple, la popularité des films musicaux trouvera sa base première dams le développement d'une cvilture musicale, à travers d'autres media (radio). Mais il peut être aussi un lieu privilégié de réflèxion et de conscientisation sociale. Qu'un film s'efforce d'inscrire un récit dans un cadre social précis, définisse à travers ce cadre les antagonismes des diffé­

rentes classes sociales, et il permet alors au spectateur ime prise de sonscien- ce de son propre statut social.

Ce sont ces données que nous examinerons dans la deuxième partie.

XXX

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AYANT-PROPOS HISTORIQOE

BREF HISTORIQUE DE L'ECFÏPTB AVANT LE XIXe SIECLE

Grâce à sa sltiiation géograjAilque, située au centre du monde, à son climat modéré, à la particularité de son peuple, l'Egypte Antique a pu grouper plusieurs facteurs favorables pour devenir une grande civilisation.

Cerné par le désert, le Nil a offert au peuple d'Egypte une terre fertile et riche par son limon : "l'agriculture était la grande, l'inépuisable la miraculeuse ressource du pays. Chaque année, le coeoir de l'été est salué par des scènes d'allégresse et de gratitude"^ ' Donc le Nil, tout en offrant la richesse, offre également la sécurité. C'est pourquoi l'Egypte fut depuis

"toujours" (une cinquantaine de siècles avant notre ère) un état stable et uni.

En d'autres termes, elle est devenue un état centralisé, le plus vieux du monde. ïïn tel climat où domine la sécurité favorise la rechërche et le dévelop­

pement. L'Egypte a eu le mérite d'être la mère d'une civilisation grandiose et continue pendant trois mille ans durant lesquels le monde fut touché par son éclat.

L'Egypte fut également le modèle de la Grèce et de la Rome antiques

"cette vallée fut la mère des arts, des armes et des lois" ^.11 suffit de (2) citer Ekhnaton "qui est peut-être le premier citoyen du monde moderne, le pre­

mier être qui ait exprimé un rapport entre l'homme et la nature fondé sur la

conscience individuelle. Il y a en lui quelque chose de Jésus, mais aussi d'Hamlet, de Tolstoï" ou Ramsès II pour jeter la lumière sur la gloire artistique et idéologique de cette civilisation pharaonique.

Malheureusement, des conditions défavorables vont dominer, affaiblir la société et mettre un terme à cette civilisation qui était la ^oire des grands pharaons. La civilisation s'écroule. C'est l'aube de l'ère chrétienne laissant s'effondrer et souffrir derrière elle un peuple fondateur. Mais cette

souffrance s'est tradtdte dans un art d'une incomparable sensibilité et d'iine saisissante originalité.

(1) André AÏMARD et Jeanine AUBOYBR. Histoire Générale des Civilisations.

L'Orient et la Grèce Antique, Tome I, Presses Universitaires de France, Paris 1967» P« 41>

(2) Simone LACOUTDRE, l'Egypte, éditions Petite Planète, p. 12, (3) îMd, PPo 15-16.

(17)

13

Après cette époque, le pays vit l'invasion arabo-musulmane qui ins­

crivit le paye dans une autre civilisation : la civilisation arabe. Elle déte­

nait à cette époque le secret de la science et du progrès sur tous les plans : théologie, philosophie, littérature, arts, sciences militaires, administration, histoire etc, et ce^ du Vile siècle au XlVe siècle,

Far ailleurs, pendant la phase arabo-inusulmane, l'Egypte a pu con­

server une personnalité bien distincte des autres pays du monde arabe. Cette originalité provient du type de la formation sociale traditionnelle, constitué sur des bases bien différentes de celles de l'Orient arabe (ou Eashrek arabe) et celle du Magreb; ces deux extrémités présentent les mêmes caractéristiques : l'alliance des villes et des nomades et l'exclusion de la paysannerie.

Contrairement au cas égyptien, sa formation sociale traditionnelle

(

2

)

se constitue et repose sur une formation rurale tribale,.

De plue, comme on l'a déjà souligné, l'Egypte se présente comme le plus vieil état centralisé, "l'état maître des terres et des eaux, symbole de l'unité et garant de la sécurité. Le chef de l'état est devenu le représentant du dieu face au peuple d'Egypte.,., la production et la vie sociale ont provo­

qué la mise en place d'un appareil d'état, dont la pièce maîtresse est l'armée nationale",

Il nous Importe de souligner que l'Egypte a perdu progressivement son état de sécurité pendant les trois premiers siècles arabes, ce qui a eu

une conséquence directe sur sa production artistique et culturelle : ",,. pendant

(1) Anouar ABDEL NAT.Tîy, Dialectique sociale, éditions du Seuil, Paris 1972, PP. 74-75.

(2) Saillir AMIH. La Nation arabe, éditions de Min\ilt, Paris 1976.

(3) A.A’R’mgr. malek. La Dialectique sociale, op.cit. p. I52,

Sur ce même point, nous pouvons ajouter qtie cette originalité qui a influen­

cé la formation sociale va faciliter la tâche aux souverains qui gouvernent l'Egypte, et plue précisément Mohammed Ali q\il fut "le maître absolu et se déclara, comme les anciens pharaons, propriétaire de toutes les terros du pays". Voir à ce propos Michel MOTJBBE, Dictionnaire de l'Histoire Universelle,

éditions Thiiversltaires, Paris I969,

(18)

les trois premiers siècles de son arabisation, la production de l’Egypte est terne. Succéderont six siècles plus favorables, ceux des Etats touloumides, fatimides, aiyoubides et mamelouks, du Xe au XVIe siècle".

Comme une des conséquences relatives à ces six siècles, on peut citer la floraison de l'art et des lettres. "Le Caire s'orne de magnifiques monuments tels que les mosquées de Kalaoun (XlIIe S), d'Hassan (XÎVe S) et de Kaitbey (X7e Ce furent aussi les grands siècles de la littérature arabe en Egypte.

La période des Hamelotiks peut être considérée comme la période la plxis fameuse qu'ait connu l'Egypte depuis l'époque hellénistique. Cej)endant, les Mamelouks ne peiivent résister à l'invasion ottomane.

Nous pouvons donc dégager l'originalité égyptienne pendant ces quinze siècles dont S.hacouture fait ainsi la synthèse : "Qu'il s'agisse des Toialoumides venus au IXe siècle de quelques provinces turques, des Patimides qui instaurèrent une domination maghrébine sur la vaü.lée du Nil au Xe siècle, ou des Aiyoubltes dont un fondateur, Saladln (Salah-M-Dîn) était d'origine kurde, l'originalité égyptienne éclate non par le caprice de quelque souverain ou de quelque Cour Chauvine, mais parce que la situation géogra^diique, la confrontation du pays, la singularité de la population, l'emprunt d'une longue histoire ont fait cette nation irréductible à aucune autre, fut-elle embrasée de la même foi, façonnée par les mêmes rites". Cette réalité est confirmée (■z)

par Jacques Berque qui souligne : "S'il est un peuple qui récuse toute approche réductrice, qu'elle soit de l'action ou de l'interprétation, c'est bien l'Egypte, Nil du Temps et Nil de l'Espace, où rien ne peut se faire que par la s\a:abon-

dance et par l'original". (4)

L'Egypte a donc pu maintenir une originalité et \me personnalité bien marquantes sur le plan culturel et des valeurs q\ii restent des vsileurs paysannes.

(1) Samir AMIE. La Nation arabe, op.oit. p. 24

(2) Michel MOÜBBE. Dictionnaire d'Histoire, op.oit.pp.630-634; et Simone La COÜTÜRE. L'Egypte, op.oit. p. 20

(5) Ibid, p. 20

(4) Jacques BEIQIJB, L'Egypte, Impérialisme et Révolution, éditions Gallimard, Paris 1967» P» 97

(19)

15

Cependant, à la fin de cette période arabe, vers le XVe siècle, la civilisation arabe se laisse à nouveau envahir par là fatigue et l'imagi­

nation. Pendant ce temps là, le Monde occidental fait la course aux grsindes découvertes maritimes en découvrant l'importance géographique du Monde arabe, tente de contoximer celui-ci et établit des relations directes avec l'Extrême Orient. De ce fait, l'Egjrpte perd le contrôle maritime du commerce en passant par la Mer&suge. Cette situation a eu des conséquences graves, tant sur la société égyptienne que sur sa culture et son art.

Ce qui a encore aggravé la situation précaire du monde arabe - déjà affaibli - c'est la conquête ottomane qui a abouti à la décadence totale de cette civilisation arabe vers le X7e siècle. L'Egypte fut conqtdse par le sultan turc Sélim 1er et réduite par conséquent à n'être qu'une simple province turque depuis le XTIe siècle. Cette conquête turque conduira vite l'Egypte à la misère et, suite au régime faible et corrompu, l'économie, tout comme l'art et les lettres, déclineront rapidement.

Pendant la conquête turque, l'Egypte était réduite à la misère et à l'ignorance ptiisqtie les sultans ottomans, conscients de son passé et de ce qu'elle pouvait devenir, "y implantèrent l'anarchie afin de s'assurer de sa passivité", comme le soulignent J« ex S. Lacouture.

Donc, la politique ottomane a révissl à mettre l'Egypte à l'écart de tous les courants modernes de la connaissance et à faire régner m état d'ignorance générale à tous les niveaux de la population. Il va de soi qu'avec la famine et l'insécurité établies par ce système anarchique, et par l'injustice du gouvernement des Mamelouks - représentants des sultans turcs - l'ignorance s'installe facilement.

Crouchley résume l'état de l'Egypte sous le règne des Mamelouks :

"elle vivait la misère, la maladie et le déséquilibrre économique, politi­

que et social". Ajoutons encore que Volnay décrivait le gouvernement mame­

louk et son injustice sociale vis-àr-vis des paysans comme "\m gouvernement

(l), (2), Jean et Simone LACODTDRE. l'Egypte en mouvement, éditions du Seuil Paris 1962 » p. 37

(3) A.E.CROUCHLEY, The Economie Development of Modem Egypte. London 1938, p. 15

(20)

qui ne connaît ni la propriété, ni la sûreté des personnes, une soldatesque grossière et licenclettse ne laissant au pays que ce qu'il faut pour ne pas mourir".Donc, la politique ottomane visait toujours l'affaiblissement dé l'Egypte, touchant le coeur même du pays, le centre même de la productivité : le paysan.

Ilalgré cette situation, "la décadence de ces trois siècles ottomans^

1 ' Egypte, grâce à la permanence de son substrat rural, ne descendra jamais

(

2

)

au niveau de misère de l'Iraq, de la Syrie ou du Magjireb". ^ '' Grâce à son caractère paysan, l'Egypte gardera to\ijours son unité; "nous pouvons parler de tout temps de nation égyptienne"{ "au regard de l'Egypte, le malheur lui- même est futile. L’Egypte, toujours perdante, n'a jamais perdu" Non, elle n'a jamais perdu son unité et sa personnalité; soixante-dix siècles d'histoire donnent à l'Egypte xuie i>e8anteur nationale exceptionnelle.

Avant de ccanpléter ce bref s\arvol historique de l'Egypte (avsuit le 19ème siècle),il fendra aoulipiarlImportance de la langue car elle eat instrument de communication q\iotidienne. Depuis la conquête arabe et depuis que l'Egypte est arabisée, elle parle la langue arabe et ce, malgré la lenteur avec laqxielle ; elle s'est définitivement arabisée et a adopté l'Islam.

Depuis des siècles, l'Egypte utilise la langue arabe - à tous les niveaux - comme langue du Coran et dans la vie qiiotidienne. Mais la langue arabe parlée en Egypte ne peut être distinguée de celle parlée dans les autres paya arabes que par l'accent. La langue écrite, elle, demevire l'arabe classique.

Tel est un bref aperçu historique de l'Egypte avant la fin du

XVIIIe siècle : un pays pauvre, malade et ignorant, se laissant aller à \an long sommeil qui durera plus de trois siècles pendant lesquels l'Europe réalise de grands progrès scientifiques et techniques et une révolution industrielle qui la dépasse largement. L'arrivée de Bonaparte et de son armée en 1798 sera \in fac­

teur stimulant pour le réveil national. C'est à cette date que commencera le début de la renaissance de l'Egypte Moderne.

(1) 70LBEY. cité par J. et S . LACOÏÏTDKE, L'Egypte en mouvement, op.olt. p. 38 (2) Samlr AMIN. La Nation Arabe, op.oit. p. 24

(3) Jacques BERODE. L'Egypte ; Impérialisme et Révolution, op.cit. p. 32

(21)

17

Nous pouvons dégager trois facteurs concernant l'Egypte "arabe" et qui lient l'Egypte à l'ensemble du monde arabe. Le premier est la langue arabe utilisée en Egypte depuis son arabisation (comme nous venons de le montrer).

Un autre facteur qu'elle partage avec tous les pays du monde arabe est le cadre de sa culture et de son idéologie formé par le Coran i "Sur le plan du contenu, c'est l'Islam, Idéologie, et non point seulement religion, q^ll a fourni les formules de vie qtiotidienne dans une mesure variable, s\ilvant le degré de vita­

lité de l'Islam local et les traditions historiques anti-islamiques".

Un troisième facteiir enfin (partagé également par tous les pays du monde arabe) se rapporte à une des conséquences de la conquête turque. Il s'agit de l'état d*lsolemeut du paya par rapport aux courants modernes européena de 1”époque, courants qui devançaient le monde dans tous les domaines. La cxilture arabe

donc, n'a jamais été Influencée par celle de l'Europe moderne et il n'y a pas eu de contact entre ces deux mondes jusqu'à la fin du XVIIIe siècle (avec 1*

arrivée de l'expédition Bonaparte).

Soumise depuis le XTIe siècle au pouvoir ottoman, l'Egypte se re­

trouve à l'époque totalement coupée du courant moderne et évolué de l'Europe.

Elle croit que le monde islamlqtie de l'Empire Ottoman islamique détient une suprématie idéologique et devance ainsi tout courant moderne soir le plan social et politique.

Donc, pendant ces trois siècles ottomans, l'Egypte ne parvient plus à s'exprimer à travers son art et sa ciilture et se replie sur elle-4nême.

Elle ne produit pl\is rien de grand, "l'histoire monumentale et artistique de l'Egypte est momentanément close".

XXX

(1) Awniiflv AunBT^JiAT.Tgg, La Dialectique sociale, op.clt.. pp. 14^.JL32; voir éga­

lement Samir AMIN. La Nation arabe, op.oit.. pp. 22-24.

(2) Voir à ce propos Ibid, pp. 11-30.

(22)

CHAPITBE I :

LA RENAISSANCE NATIONALE aCSBC3aS33SBSSa83BBOaBBBSaBBS

Dans ce chapitre, notre but eet de saisir l'importance d'une con­

frontation entre deux mondes différents : le monde Islamique du Caire et le monde Européen de l'expédition française de Bonaparte, au XVIIIe siècle.

Cette confrontation provoquera un choc énorme auprès des savants égyptiens, surtout les savants de Al-Azhâr - la plus ancienne et la plus fameu­

se des xmlversltés du monde islamique - quand ils compareront leur situation humiliante avec celle des peuples modernes que l'expédition Bonaparte leur présentera.

Donc, le début de la renaissance égyptienne commence au moment del*

arrivée de Bonaparte en 1798* Bonaparte, tout en essayant d'introduire de nou­

velles Institutions administratives et sociales po\ir mieux gérer et orienter ses affaires commerciales - (grâce au régime des capitulations appliqué dans tout l'empire ottoman, les Français s'étalent foiimi l'occasion de monopoliser le commerce extérieur de l'Egypte ) - a donc ouvert les yeux et l'esprit égyp­

tiens aux nouvelles techniques et aux nouvelles idées, ce qui a eu comme consé­

quence directe d'augmenter le choc et de rendre plus caractéristique le décalage durant presque tout le XIXe siècle. Il est bien évident que ce genre de chose ne peut se produire qu'après une prise de conscience de la situation précaire du pays qui rendra possible le mouvement de transformation d'une société sur le plan social, économique et cvilturel, comme nous le verrons dans la section II.

Il est intéressant de grouper les facteurs qui ont conduit l'Egypte à rattraper plue de trois siècles de retard et de décadence et à atteindre par

la suite, en moins d'un demi siècle, un niveau assez marquant dans presqxie tous les domaines.

Dans ce chapitre, nous allons donc essayer de dégager deux groupes de facteurs î uremièiement. dans la section I, les facteurs qui peuvent être stimulants et provocants pour la réalisation d'une renaissance égyptienne;

ces facteurs se rapportent essentiellement aux conséquences de l'expédition Bonaparte (1798-I8OI). deuxièmement, dans la section II, nous allons étudier les facteurs constructifs et positifs pour la réalisation de cette renaissance qui se rapporte à la phase Mohammed Ali (I6O3-I840).

(23)

19

- Section I ; Lee ConaéquehceB de 1 *ExT]i'écLition Bona-barte

Il faut signaler que le rôle de l'Expédition Bonaparte se limite à celui de "stlmulusaccélérateur" afin que l'Egypte prenne conscience de son état

déplorable et qu'elle se mette à le corriger,

Signalons l'Importance de deux factexirs qui ont Joué un rôle déci­

sif dans cette prise de conscience égyptienne et qui la conditionnent dans sa réalisation d'une renaissance nationale. Le premier facteur groupe deux aspects différente a) l'étude scientifique de l'histoire d'Egypte qui peut être un élément Important pour foiimlr une toile de fond à la conscience nationale et qui pourra être considéré comme une étape Importante pour reconnaître chaque

phase de son développement et la situation du pays par rapport aine autres nations.

Un nom Illustre dans ce domaine, celui du Sheik Abdel-Rahmân-Al Gabartî, qui sera le précurseur de la méthode scientifique appliquée à l'histoire de l'Egypte, mé­

thode qui sera svilvle par E, Rafel-Al-Tahtàwî.

cette ligne de condtilte à son compte,

b) la prise de conscience de la notion "Patrie" ou nation au sens moderne; l'Expédition Bonaparte Jotiera là un rôle Important, en la tranchant et en la renforçant. Cette notion de Patrie. Aly-Bey-Al-Kabîr (1770) a déjà essayé de l'utiliser pour renforcer sa position face à l'Empire Ottoman quand 11 a vou­

lu se séparer de lui en faisant appel au sentiment national du peupl| et en mettant l'accent sur une notion nouvelle, celle de nation égyptienne ; le detixlème

facteur est 1 'autonomie et 1 'Indépendance nationale de l'Egypte, où l'Expédition Bonaparte Jouera également un rôle non négligeable.

Nous grouperons donc les conséquences de l'Expédition Bonaparte en trois points essentiels : I l'étude scientifique de l'histoire de l'Egypte, II la prise de conscience de la notion de Patrie, III l'Idée de l'indépendance nationale de l'Egypte, Dans un quatrième point, nous examinerons les autres

fàcteurs qui, au delà de l'expédition Bonaparte, ont contribué à la renais­

sance égyptienne*

(1) Alv-Al-Dîn-HELAL. Al-Tagdîd-Fî-Al-Pîkr, op.clt. p. 16

(2) Abdel MMiM, "Idéologie et Renaissance nationale", L'Egypte modeime.

éditions Anthropos, Paris, pp,199-230, Voir également Aly-Al-Dîn-HELAL, Al-Tagdîd, op,clt, p, 16, qui met l'accent stir le remord provoqué dans les esprits par la situation précaire où vivait le paysj le sentiment évo­

qué par les savants d'Al—ABhar,avant même l'arrivée do Bonaparte, se concrétisera dans le mouvement appelé Al-Ahyaâ,

(24)

I L*Etude scientifique de l’histoire d’Egypte

Comme on l'a déjà souligné, répétons que l'étude scientifique de l'histoire d'Egypte va jouer un rôle inqjortant dans sa £r^se, jde_C£ns^oien^C£ hi^- iorl£ue. Or, depuis le l^ème siècle - et jusqu'au début du 19ème siècle ■> elle n'avait pas conscience de son histoire, l'histoire se meurt en même temps que la société . Il faudra attendre Âl-Cabartl qui contribuera à retourner la situa­

tion. Il avait commencé de tracer une histoire de l'Egypte depuis les travaux des grands historiens de Al-Tabaxî à Ibn Ehaldoûm (qui a vécu au 14ème siècle).

C'est également lui qui a fondé l'histoire en tant que science éparpillée dans les mosquées et les bibliothèques. Quant aux méthodes q\ii fournissent la matière essentielle de l'histoire, elles peuvent être considérées comme méthodes scien­

tifiques préolse&^^^ Ajoutons avec A .Abdel Malek que "la première édition paraît en 1879 st suscite l'admiration des orientalistes". E.W.Lane ajoute qu'il

s'ag^lt là "d'tine excellente histoire des événements qoii ont eu lieu en Egypte au début du 12ème siècle de l'Hégire"; plus récemment, P.B.Macdonald qualifie cette matière comme "la pl\is magnlfiqtie histoire de l'Egypte des 12ème et 13ème siècles".

Cette tentative d'étudier l'histoire d'Egypte va évolTier à 1' époque Mohammed Alî, grâce à l'impact de Tâhtawî et de ses élèves de l'Ecole des Langues où on enseigna l'histoire en tant que science.

Il faudrait signaler que l'ensemble des travaux (menés par l'Ecole des Langues) sur l'histoire d'Egypte aura comme conséquence essentielle de bri­

ser les murailles qtii Isolaient l'Egypte en exaltant la consoience historique, politique et culturelle de son élite, conscience qui répond aux exigences Indispensables à la réalisation d'une renaissance nationale. Cela, en

situant l'expérience égyptienne et son histoire pami les autres expériences.

(1) Gamâl Al-Dîn AL-SHAYYAL : Tftrtkh Ai-Targamah va-l-Harakah Al-Thagâfl.yah fî Acr Mrihammed A31. éditions Dâr Al-Pîkr Al-Arabî, Le Caire 1951» pp.16-17;

voir également A.ABDEL MAT.EK~, Idéologie et Renaissance, op.cit. p.201; voir également A.HtÆOHRAIlI, Refleotions on the présent State of Islamio Historio- graphv. Colloque, Les Arabes par leurs Archives (XVIe-XXe siècles). Centre national de la Recherche scientifique, Paris 1976, p. 2J, qui soxiligne essen­

tiellement son admiration po\ir Al-Gabâxti quand il a décrit le peuple du Caire lors de l'arrivée de Bonaparte au Caire.

(2) Anouar ABDEL MAt,ek~. Idéologie et Renaissance, op.cit., pp. 201-202.

(25)

21

Cet aperçu sur l'étude scientifique de l'histoire d'Egypte n'est qu'un premier aspect de la prise de conscience historique de l'Egypte avant l'arrivée de Bonaparte. Mais cet aspect va se développer quand la notion de

"Patrie" sera concrète, Bonaparte Jouera là un rôle décisif.

IX Bonaparte et la prise de conscience de "Hation-Patrie"

Le passage de Bonaparte en Egypte a déclenché une suite de réflexions sur différents termes qui n'étaient pas encore utilisés da-na le monde musulman.

Entre autres : le terme Indépendance et le terme Hation (ou patrie au sens moder- he). Ces deux notions qui se sont eiffirmées dans le monde occidental moderne vont ânouvoir la terre d'Egypte. Mbtis allons esquisser brièvement leur impor­

tance pour la renaissance de l'Egypte moderne.

Avant l'arrivée de Bonaparte, le monde musulmanet ses différentes nations ne se distinguaient pas du point de vue Juridique, idéologique et poli­

tique. Or, la "Communauté des Musulmans" (ou "ümmah" dans sa totalité) consiste, da.wH son aspect interne, à grouper différents individus par "des liens, non d'ethnie ou de race, mais de religion, du fait que tous les membres confessent leur fol en un dieu unique, Allâh de l'Islam, dont le proidiète Mohammed n'est que le messager. Quant à l'aspect externe. "l’TKnmah" se différencie radicalement de toutes les autres organisations sociales. Son devoir est de porter témoignage à Allâh ... Comme Bleu est lui-même l'unique législateur, il n'existe pas de place Han P la théorie politique islamique pour la législation et les pouvoirs législatifs, qu'ils soient détenus par un souverain temporel ou par toute autre espèce d'assemblée. "Il ne salirait exister d'Etat souverain, au sens où l'Etat a le droit de promulguer sa propre législation, bien qu’il puisse avoir la liber­

té de déterminer sa structure constitutionnelle".^^^

(

2

)

En d'autres ternes, "Etat et Islam s'étalent toujours confondus".'

(1) Majid ifUATiTiinil and Hebert jj.TürRBSHY, eds, The Muslim Comnnmity and the State s Lav in the Mlddle East. The Middle East Institute. Washington 1955* cité dans

ATtT)TüT...MAT.Tîy- Rerm-issanoe Hationale. op.cit.. pp.211-212.

(2) Samir AMIN. La nation arabe, op.cit. p. 51.

Il est à souligner que la confusion du teme Etat et Islam va disparaître définitivement par le mouvement de MoUstapha Kemal Atatürk en Turquie qui abolit l'institution du califat ottoman qui mettait un terme à \in millénaire

d'histoire où Etat et Islam se confondaient.

(26)

Cette conception sera interrompue à la fin du XTIIIe siècle par une autre dénonination qui fait son apparition pour la première fols au sens moderne du terme et qui désigne •patrie ou nation . Pour L*Avrad« cette nation sera le

point de départ de la pensée politique et sociale égyptienne toute en­

tière; il fed.t allusion pau* là à la proclamation de Bonaparte en 1798 devant le peuple égyptien.

Il n’est pas dans notre intention d’analyser la théorie politique de l'Islam et l'idéologie révolutionnaire de l'Europe bourgeoise, sachant que maintes études traitent déjà de ce point,

Mais ce qui nous intéresse de souligner à ce sujet y c'est l'impor­

tance de cette nouvelle conception de Patrie au sens moderne, pour stimuler chaque pays du monde arabe de son côté en commençant par l'Egyp-te. Ploisieurs faotetirs

étalent réunis poxir déclencher et encourager ces efforts afin de réaliser le contenu de cette conception qui ne peut se différencier des efforts menés par sa renaissance nationale. La première moitié du 19éme siècle va cozinaître l'ef­

fort le plus considérable pour imposer et réaliser cette conception de "nahdah"

(ou renaissance) nationale qui a préparé la floraison et la réstirrectlon cul-tu- relles^marquées toutes de'ux par un retour aux sources classiqties de la cvil'ture arabe . Ceci, après des efforts et des travaiix sur la langue arabe q\ii sera rénovée par les soins de Tahtàwî (et ses élèves de l'Ecole des Langues) qui met­

tront à la disposition des écri'vains et des poètes arabes un instrument efficace pour un redressement culturel .(Nous en parlerons dans 'un chapitre •ultérle'ur).

III L'Expédition Bonaparte et l'idée de l'indépendance en Egypte

Sovilignons que l'idée d'indépendance -va s'imposer aux Egyptiens pour la première fois depuis l'occupation ottomane. Non seulement l'indépendance des troupes françaises mais aussi à l'égard de l'occupation ottomane.

(1) Awrtya-r A'RTi'RT. KAT.roc, Eenaissanoe Nationale, opecit. p, 213, où on peut lire le texte complet de cette proclamation.

(2) A-rmoTirt ABEL, Introduction critique à une étude sur la arenaissance du monde arabe, correspondance d'Orient. Etudes, Centre pour l'Etude des Problèmes du Monde musulman contemporain, Bruxelles 1969» P« 4« Voir également P.H, p/t-pVTnr.T., The Founder of modem Egypte. A Study of Mohammed Ail, London 196?»

Cambridge Universl'ty,

(3) Voir AnoToar ABDEL MALEK. Renalflseuaee Nationale, op.olt.. pp. 119-143•

(27)

23

Cette idée de l'Indépendance se: manifestera déjà durant la première année de l'arrivée de l'Armée Bonaparte en 179d sous forme de soulèvementso La premlèire révolte du Calage, contre Bonaparte, prolongera ses combats dans les villes et la campagne. Cette première révolte en déclenchera utip dmiYlème.

en 1800, qui manifeste un désir sincère de liberté, non seulement vis à vis de Bonaparte, mais également envers lea Mamelouks et la Porte Sublime Ottomane.

Un désir donc qui unit aussi bien les aspirations des habitants des vil­

les que celles des habitants des campagnes pour que "l'Egj^te trouve sa voie ailleurs que dans le sillon traditionnel de 1*Empire Sure et du pouvoir des Mameloiiks".

Une preuve de ce désir, c'est qu'après l'évacuation du Territoire des troupes françaises en 1801, vin état d'insatisfaction va se faire sentir en Egypte, car le pays est totgours, malgré tout, xaie province ottomane. Donc, le courant des Idées modernes sur la liberté, venu essentiellement de la France, va produire ses effets. Ces Idées se caractérisent par l'état d'insatisfaction d'une situation qui reflète la misère de l'occupation. Ce sera la raison essen- tlells dlin redressement ultérletir, dès que les circonstances seront favorables.

Notis pouvons même dire que cet état de choses sera "à l'origine de toutes les entreprises révolutionnaires xxltérieures et rendra ainsi possibles les soiilève- ments futurs et la renaissance culturelle et sociale", ' ^

11 importe donc, à ce stade de notre étude, d'établir rapidement quelques autres conséquences qui mettront l'accent sur l'importance du passage de Bonaparte en Egypte.

17 Autres conséquences de l'Expédition Bonaparte

PcemièTCment : une des conséquences imi>ortantes de l'Expédition Bonaparte est d'avoir mis en catise le pouvoir des Mamelouks, cause de l*a.nar- ohie et d*lnju6tlces sociales antérieures.

Deurièmement ; l'Expédition Bonaparte, elle encore, a été un instru­

ment de changement social povir avoir introduit i '■imprimerie, s'être intéressée à

la science expérimentale, avoir mis nombre de savants français à la disposition

(1)(2) I^, pp. 199-257

(28)

d'une grande étude sur la description de l'Egypte et avoir explore sa richesse.

On ne peut donc nier l'inifiact d'une telle tentative sur les esprits natlona\;ix.

Trol^lèn^ii^nt x l'Expédition Bonaparte a eu beaucoup de prolongé->

inents culturels : les savante et les écrivains méditeront les idées révolutLDa>>

nalres et libérales de la révolution française. Cet impact culturel, précisons- le, va se perpétuer tout au long du 19ème siècle et évoluer comme nous nous proposons de le montrer pliis loin.

gimtri^ement x l'Expédition Bonaparte a remis en lumière l'impor­

tance stratégique de l'Egypte. Les autres forces enropéeimes et surtout la Grande Bretagne considéraient l'Egypte comme une clé de la route des In­

des. Aussi soulignons-nous avec Crouehley que "L'Expédition Bonaparte a mis l'Egypte sur la carte des grandes puissances."

ïïne conolmslon sur l'importance du séjour de Bonaparte peut être apportée par A, ABDEL MALEK : "L'Europe en question est celle issue des révolu­

tions, principalement de la Révolution française ; c'est la 'mission scientifi­

que' qui accompagne l'Expédition française de Bonaparte qui amorce la reprise des rapports directs entre l'Egypte, province quasi autonome et relativement isolée de l'Snpire Ottoman, depuis 1517» et l'Europe, balayée par les guerres révolutionnaires, et où s'amorce la révolution industrielle et technologique".

(

2

)

XXX

(1) CROÜCHLEY, The Economio Development of Modem Egypt, op.oit. pp. 37-38.

Voir également P.J, VATIKIOTIS, The Modem Hiatory of Egypt, London 1969»

pp. 37-40

(2) A .ABDEL MALEK. Renaissance Nationale. opcCit., p, 117

(29)

25

- Section II ; Mohammed Ail et l'Egypte Moderne (1805-1849)

Mohammed Alî, soldat albanais, grand aventurier, ambitieux, réussit, avec l'aide des ülemas d'Al Azhar et des notables égyptiens, à s'emparor du pouvoir en l80^. Sous son règne, l'Egypte connut de nouvelles réalisations dans tous les dcmialnes, économiques, cultiirels, politiques, qui lui permirent de rattraper plusieurs siècles de décadence. Mohammed Alî a eu le mérite d'être le constructeur de l'Egypte moderne.

(

1

)

Donc, après avoir "repoiissé un débarquement anglais (au printemps 1807), Mohammed Alî va d'abord s'occuper d'en finir avec les rebellions endémi­

ques des Mamelouks, qu'il fit massacrer en masse, après avoir traîtreusement rassemblés ceux-ci dans la Citadelle du Caire (le 1er mars 1611)" et assurer au pays l'Indépendance quasi totale vis à vis de l'Empire Ottoman et la force écono­

mique et militaire. Il a jeté les graines d'une base culturelle égyptienne (sans laquelle la renaissance culturelle n'aurait pu être réalisée pendant la dexixlème moitié du 19ème siècle). Les grandes réalisations q\ii volent le ;jour sous son règne peuvent être considérées comme une étape Importante pour le redressement d'un pays, siirtout sur le plan des réalisations industrielles,

(

2

)

"Non sans raison, les progrès matériels réalisés i)endant les quarante premières années du siècle avaient été prodigieuses de par la diversification de son économie. Les ateliers et les manufactures de l'Etat employaient des cen­

taines de milliers d'ouvriers, produisaient plus de cotonnades que la majorité des pays européens, travaillaient le fer, fabriquaient des machines à vapeur, des canon, etc. Tout cela était réalisé avec des cadres excl\isivement natlonaiix, dans des usines de productions également nationales".

Face à l'importance de cette époque "Mohammed Alî", nous allons pi:é- senter un tour d'horizon rapide des facteurs économiques, sociaux, politiques et culturels car ils présentent un indice important pour notre étude sm: la renais­

sance culturelle, et plus encore sur la société égyptienne contemporaine, puis­

que cette période nous fournit une base Importante de l'Egypte moderne.

(1) Michel MOUBBE. Dictionnaire d'Histoire ïïnivereelle.op. clt. pp. 630-654.

(2) Voir quelques ouvrages qui se partagent des opinions s\ir la politique de Mohammed-Alî : M. btpaat hEY. The Avakennlng of Modem Egypt. London 1947;

H. T^AmniTri.. The Founder of Modem Egypt (Cambridge 1951)*

(3) Anouar ABDEL-MALEK. Renaissance Nationale, op.clt. p. II3,

(30)

^ L'Indépendance soua Mohaanned-Alî

Depuis sa prise du pouvoir en 1005» l'objectif de Mohaimned-Alî sera la réalisation de l'autonomie et de l'indépendance de l'Egypte qiii lui permettra de mener à bon port les grandes entreprises de son long règne. Ce but sera le moteur essentiel de tous les grands travaux de Mohammed-Alî et lui permettra de faire de l'Egypte, simple province de l'Empire Ottoman, vn pays quasiment autonome et indépendant*

Pour assttrer et réaliser son dessein, il s'attaqua à la construc­

tion d'une armée forte et puissante, au renouvellement des bases et des cadres économiques de l'Egypte moderne et à la percée d'\me base culturelle comme nous allons le montrer par la suite.

En effet, ces entreprises, très avancées poxir l'époque et q\ii n'étaient formées qu'avec des cadres égyptiens, ne visaient qu'à assurer l'indépendance de l'Egypte et de l'Empire Ottoman, lequel commença de s'affai­

blir au moment même où l'armée égyptienne, sous Ibrahim (le fils du vice roi) devint puissante Ainsi fut gagnée la bataille contre la Turqviie et forcées les portes d'Istambul.

Il s'efforcera "d'affermir sa position politique et militaire et d'étendre les limites de sa pxiissance dans le cadre de l'Empire, sous le signe

(l) Ibrâhîm tenta de réaliser un projet de création d'\m empire arabe, en groupant par la force les paye arabes, tout en faisant de l'Egypte le coeur de cet empire. Cette initiative a été fort critiquée par Annice CAYEGH et les tenants actuels du nationalisme arabe qui reprochent à Mohammed-Alî et à Ibrâhîm d'avoir conquis par la force les pays arabes en provoquant de lourdes pertes* Voir pour plus de détails : J* RDSTUM, The Royal Archives of Egypt and the Origine of the Egyptien Expédition 1651-1841. American Univ* Press, Beyrouth 1940, n*®209-240; analyse par A* CAYEGB : fiWrah Arabiwah. 24^26.

(31)

27

d'une vassalité nationale" "c'est ainsi q^u'il lance son armée en Arabie (I8I3-I9)» pxiie au Soudan 'où il installa un gouverneur égyptien dans la ville de Khartoum qu'il venait de fonder' (1820-23) avec, comme objectif lointain, l'occupation de l'Abyssinie" ' (2)» "IXi Golfe Fersiqxie au Désert de Libye, du Soudan à la Méditerranée, de part et d'autre de la Mer Rouge, il s'étend sur cinq millions de kilomètres carrés

écrit Ed. Driault.

un Ekplre napoléonien ou pharaonique" (3)

La pxiissance de Mohammed-Alî devint désormais si girande, que le STiltan dut faire appel à lui pour soumettre les Grecs (I624). "Malgré l'échec de son intervention en Grèce, il entendait se faire pqjrer ses services par la cession de la Syrie, Le Sultan Mohammed II ayant refusé, les troupes égyptien­

nes, commandées par Ibrahim firent la conquête de la Syrie (1831-32), bouscu­

lèrent les Ottomans à Ebnya (21 décembre 1632) et pénétrèrent en Anatolie".

Il n'est pas dans nos intentions de tracer tine histoire à la gloire de l'armée égyptienne sous Mohammed-Alî, mais plutôt de montrer que dans toutes ces conqoiêtes, le but essentiel du vice-roi est, d'une part d'assurer son auto­

nomie, et d'autre part, de repovisser les menaces étrangères et surtout celles de l'Angletein:e qtii se dresse contre lui (depuis la menace égyptienne d'occuper l'Abyssinie, la Mer Rouge et le Golfe Persique, trois zones d'influences anglai­

ses indispensables pour la Route des Indes).

Ces conquêtes ont donc assuré à l'Egypte, pendant presque une quaran­

taine d'années, une indépendance et une autonomie nationales sans lesquelles Mohammed-Alî n'atarait pu réaliser ses grands travaux poTjr la renaissance de 1' Egypte moderne. Même après la cassure de 1640, ou le coup d'arrêt de Mohammed- Alî après la coalition des puissances européennes contre lui seul, l'Egypte n'a plus jamais rétrogradé. Grâce aux institutions réalisées, très en avance pour

(l)(2) Mohammed satoy, t. égyutien sous Mohammed-Alî et la Question d'Orient (1811-1849). Librairie Orientaliste Paul Geuthner, Paris 1930, pp. 37-66;

également citée dans Anouar ABDEL—MALEK, Idéologie et Renaissance, op.cit.p.257 (3) Ed, DRIAÜLT. M/iVmunmftd-Aly et Napoléon, cité dans Ibid, p. 237.

(4) ABTOgL-MALEK. Renaissance Nationale, on,oit., p, 243»

(32)

l'époque, Karl Marx peut qualifier 1'Egypte d'alors comme l'élément le plus avancé et le plus dynamique de tout l'Iknplre Ottoman,

Après la cassure et le coup d'arrêt forcé en 1840, l'Egypte aura désormais une dynastie nationale héréditaire par droit d'aînesse dans la des­

cendance mâle de Mohammed-Alî.

En ce qui concerne l'indépendance, nous pouvons conclure avec Â.H, Al-Râféî : "... Ce sont les guerres de l'Egypte à l'époque de Mohammed- Alî Pasha qui lui ont permis d'accéder à son indépendance nationale; sans ces guerjres, l'indépendance n'aurait pas existé et le pays serait retourné au pou­

voir ottoman ... C'est sur les champs de hataille que l'Etat égyptien moderne s'est constitué et qu'il a réalisé son indépendance..., par la force et qu'il l'a conservée, par la force", ' '(2)

Noue mettrons un terme à cet aperçu sur les étapes réalisées pour obtenir l'indépendance (étapes qui remontent déjà à la période de Bonaparte avec les deux révoltes du Caire et prennent une ampleur avec le vice-roi, comme on vient de le souligner) en disant qu'elles ont eu des conséquences sur la conscience nationale.

Ccmime le souligne M. Sabry, "Toutes les institutions de Mohammed- Alî : armée, marine, arsenal, fabriqites, administrations, conseils, étalent nationales, et c'est avec des ressources nationales en hommes et en argent qu'il avait réussi à conquérir et à consolider son empire, A part quelques cen­

taines de Turcs et de Français, les échos des victoires, tout l'appareil de grandeur déployé par la puissance égyptienne et la grande secousse imprimée à la grande oeuvre de Mohammed-Alî dans tous les domaines avalent réveillé

'l'instinct national égyptien'", C'est par l'impact de cet instinct national que "toutes les institutions réalisées étaient possibles et que s'est faite la

(1) Karl MABX, "War in Burma - G?he Russian Question - Curlous Diplomatie Corres­

pondance", New York, Daily Tribune, july 30, 1953»

(2) Abdel-Rahman-Al RAFEI. Açr Mohaj™ftd-Ait, éditions Maktabat Al Nahdah Al Maçrya, Le Caire 19511 PP» 122-123; voir également A, ABDEL-MALEK, Renais­

sance Nationale. op,cit. pp, 246-247»

(3) Mohammed SABRY. i 'Tanp^■re égyptien sous Mohammed-Alî et la Question d'Orient (1811-1849), Librairie Orientale Paul Geuthner, Paris 1930, pp. 467-470.

cité également par A.A^Mc^lALM, Renaissance Nationale, op, cit. p, 245.

(33)

transition de *l'ummaii' au 'watan' - de la communauté des croyants à la patrie ~ q-ui fait écho, sur le plan des idées, à l’action persistante de dégagement, à la volonté d'autonomisme face à la Turquie. Nais il faut bien se rendre compte qu'une transition théorique ... n'est guère pensable sauf en un pays qtii, tel l'Egypte, dispose d'une profondeur de champ historiqvie",

Il serait peut-être prânat\ixé de tirer des conclusions sans tracer une vue d'ensemble des institutions réalisées sur le plan économique et cultu­

rel. Cependant, ce bref aperçu sur l'idée d'indépendance est indispensable pour rendre accessibles et compréhensibles les travaux dmt nous allons traiter dans les sections prochaines. Ils évoquent la tentative de rénovation des structures économiques et culturelles qui ont constitué la base d'origine de tout l'avenir culturel de l'Egypte et du Monde arabe. ^ ' Cette tentative a sauvé l*ldentlté égyptienne, surtout après la colonisation anglaise de 1882 qui in^o- sa une politique culturelle qui pouvait faire le plus grand tort à l'Egypte.

Mais comme le dit S.Andn 5'ltinteUigentsia sauvera 1 'indépendance et la person­

nalité de l'Egypte en admettant les avantages de son européanisation."

Notis le verrons plus tard.

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(1) Ibid, p. 287.

(2) Samir AM^ La Nation arabe, on. clt.. p. 110.

(3) Ibid, p. 43.

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