Éditions Fernand Nathan,

Texte intégral

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LA CORSE

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© Éditions Fernand Nathan, 1971 282 021

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LA CORSE

Texte par JEAN RICCI

Maquette de LIONEL SCANTÉYÉ

FERNAND NATHAN

18, rue Monsieur-le-Prince - Paris 6e

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« E T D'ABORD, la Corse est une île », déclara un jour le député Emmanuel Arène, soulevant les rires de tout le Palais-Bourbon.

Pourtant, il faut bien commencer par cette consta- tation, moins banale qu'elle ne paraît à première vue. Comme l'Angleterre, la Corse doit à son insu- larité d'avoir gardé son caractère propre, mieux peut- être qu'aucune autre région de France. C'est vrai de ses paysages, c'est vrai de ses habitants.

Paysages corses

L'île de Beauté — puisque tel est son surnom (du grec « Kallistê ») — a le rare privilège de réunir dans un petit espace les sites les plus variés, depuis les calanques de Piana jusqu'aux falaises de Bonifacio, depuis la plaine de la Balagne jusqu'aux montagnes escarpées du centre. Elle offre au voyageur, pour ainsi dire à portée de sa main, les joies multiples du bord de mer, de la campagne, de la forêt, de la montagne.

Quand on habite un village de la côte, on peut quitter sa maison et, en quelques pas, se retrouver sur la plage pour contempler la Méditerranée, si bleue, si douce, sauf quand elle se fâche, ramasser des oursins ou des coquillages, se baigner dans l'eau toujours tiède, se sécher sur les rochers, les galets ou le sable brûlant, contempler l'immensité avec, au loin les trois îles, Caprera, Elbe, Monte- Cristo, que l'on aperçoit de la côte orientale.

Comme bien des communes de la côte, Centuri (Cap Corse) a sa

« marine », petit port de pêche, qui abrite surtout des barques. Il est renommé pour ses langoustes, ses « poissons de roche », ses vins.

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La Corse est le paradis des fruits méridionaux ou exotiques : oranges, pamplemousses (notre photo), cédrats, figues de Barbarie.

Puis, en quelques minutes, on peut flâner en pleine campagne, parmi les vignes et les orangers, les cultures en terrasse, les figuiers de Barbarie aux fruits succulents, les oliviers, les châtaigniers, les chênes verts, les chênes-lièges, les lauriers-roses et les aloès, qui fleurissent, quoi qu'en dise la légende, avant leur centième année. En une heure ou deux de marche, on peut atteindre le maquis, cette forêt dense d'arbustes sauvages qui ne s'élèvent pas à hauteur d'homme, mais qu'on ne peut traverser hors du sentier, même avec une hache ; vous voyez votre but, une maison, un hameau, et vous ne pou- vez y aller directement, car vous êtes prisonnier de la « macchia » : cistes, arbousiers, lentisques, myrtes, avec leurs épines, leurs feuilles, leurs tiges pois- seuses. Napoléon a dit : «Je reconnaîtrais mon île, les yeux fermés, rien qu'à l'odeur du maquis appor- tée sur les flots. » C'est très vrai, mais il faudrait y venir au printemps, quand toutes ces plantes sont en fleur.

Forêt typique de pins laricio de Corse, dont les lamelles de l'écorce se décollent en «jeu de patience » (L'Ospedale, près de Porto-Vecchio). ►

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Les fervents de la montagne peuvent trouver en Corse, outre les promenades faciles, les ascensions et les escalades de rochers (ici, environs de Corté).

En une heure aussi, on peut aller en montagne, se livrer aux joies périlleuses de l'ascension, se battre à coups de boules de neige. Dans certains endroits du centre de la Corse, quelques stations d'hiver convenablement équipées rendent possible la pratique du ski et de la luge.

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Les sports d'hiver sont possibles en Corse : voici un skieur sur les pentes du Monte Cinto.

La « modernisation » ne peut abîmer le panorama de Vizzavona dominé par le Monte d'Oro, et elle procure aux tou- ristes et aux curistes le confort si nécessaire en montagne.

Parce qu'elle est une île, la Corse a pu résister à l'afflux démesuré des foules estivales et à la spécu- lation sur les terrains à bâtir. Cependant, la « moder- nisation » des paysages par des constructions de style international commence déjà en certains endroits.

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Les réunions amicales sont fréquentes. Mais carafes et verres sont plus nombreux que tasses et pichets; on s'éclaire surtout au pé- trole, au gaz, à l'électri- cité. Le maître de céans a pendu à gauche de la cheminée un portrait de Pascal Paoli, le libéra- teur de la Corse.

La mentalité corse

L'insularité a aussi préservé la mentalité corse, aujourd'hui encore très marquée. Dans un roman fameux d'Alexandre Dumas père, le comte de Monte- Cristo, parlant de son intendant au vicomte de Morcerf, dit : « C'est un compatriote à vous, si tant est qu'un Corse puisse être le compatriote de quel- qu'un. » Cette formule excessive renferme un grain de vérité : le Corse se caractérise par un ensemble de traits bien particuliers. Et, chose curieuse, les immigrants, Français du continent ou Italiens natu- ralisés, établis dans l'île, ne tardent pas à devenir plus Corses que les Corses de longue date.

Le Corse n'est pas un Méridional dans le genre du Marseillais, par exemple; ce dernier est exubérant, le Corse, en général, est réservé, taciturne. Il se livre peu, parle peu, il est volontiers sentencieux, il a une sorte d'autorité naturelle, et il le sait. Il ne se vante pas, mais il sait se mettre en valeur.

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Il reste, dans le monde moderne, fidèle à des tra- ditions millénaires. Quand il rencontre des amis, il leur souhaite la paix (« Pace e salute! » Paix et santé), vieille formule de salutation qui survit dans le Scha- lom juif, le Salem Aleikum arabe, et rappelle les antiques civilisations patriarcales.

Le père de famille continue à jouir de l'autorité d'un pater familias romain; il est vraiment le chef responsable. S'il meurt, c'est le fils aîné qui com- mande désormais, même à sa mère; l'homme a priorité sur la femme, qui obéit sans rechigner. Bien entendu, la rigidité de ces coutumes s'est, tout de même, peu à peu assouplie.

Si les enfants corses vagabondent pieds nus et mal (ou peu) vêtus, ce n'est signe ni de mi- sère, ni de négligence de la part des parents.

Ces deux « tsidelli » (gar- çons) doivent ramener du bois pour le feu. Ils veulent persuader l'ânesse de démarr'er. Le gamin s'y prend mal : il ne faut pas regarder la bête dans les yeux. Un bon moyen : attraper la queue et tirer fort.

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La famille, comme la « gens » romaine, comprend toute la parenté, si bien qu'en définitive, comme on le dit parfois en plaisantant, les Corses sont tous cousins. Conséquence : les cousins se doivent entraider; pour «recommander» un parent, on fait volontiers appel à des gens influents, aux élus du peuple surtout. Dans les luttes politiques, ce sont souvent des clans qui s'affrontent, bien plus que des idéologies.

L'hospitalité corse fait songer à celle des peuples antiques. L'étranger reçu à la table du maître est un personnage sacré : il n'y a pas très longtemps encore, dans les villages sans auberge, c'est chez l'habitant que le voyageur trouvait le vivre et le couvert, qu'on ne lui faisait pas payer. Les progrès de l'hôtellerie, le besoin de confort des touristes, le camping, si aisé en Corse, les caravanes, la possi- bilité, grâce à la voiture, de s'arrêter où l'on veut, ont supprimé ce genre de contact entre les voya- geurs et la population.

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◀ Ce mariage (à Patrimonio, près de Saint-Florent) serait banal sans l'arc de triomphe fait de verdure et de feuillage. Autre coutume, que la photo n'a pu enregistrer : les femmes du village lancent aux mariés des poignées de grains de riz, symbole de prospérité.

On se sert encore (de moins en moins) du four de maçonnerie chauffé au charbon de bois pour faire le pain et les gâteaux. Cette brave campagnarde a pourtant l'électricité. —bruyère. A droite, un balai de

La vendetta est trop souvent considérée comme un exemple typique de la mentalité corse; en fait, elle remonte très loin dans le passé et se retrouve dans les traditions de bien d'autres pays. Le mot signifie bien « vengeance », mais au sens où l'on dit :

« le Dieu vengeur», le Dieu qui punit les coupables;

la vendetta est le châtiment d'un criminel, c'est la peine du talion, œil pour œil, dent pour dent, qui se résume en cette formule lapidaire : « Tu as tué mon cousin, je « te » tuerai un de tes cousins ! » Autrefois, quand la Justice était boiteuse, que gendarmes et juges étaient impuissants, il fallait bien se faire justice soi-même. Mérimée, cet éternel pince-sans- rire, l'avait compris. Sa « Colomba » est, à part quel- ques facéties, le récit fidèle, impartial, d'une vraie vendetta corse. Le bandit (le mot signifie : banni, hors-la-loi) n'est pas un brigand de grands chemins, détroussant les voyageurs, mais un justicier, meur- trier, pourchassé par les gendarmes, protégé par sa famille et par toute la population.

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Il n'a pas le chapeau corse à très larges bords, mais il a conservé son fusil; c'est pour chasser, non pour tuer un ennemi ou un gen- darme.

A côté du bandit, en voie de disparition, l'on ren- contre d'autres personnages typiques : le berger, gardant ses chèvres ou ses brebis (il porte volontiers un fusil de chasse et, parfois encore, le costume traditionnel); le marin, le pêcheur, qui ne se ren- contrent que dans les régions côtières, car le Corse est plutôt montagnard ; enfin, le retraité revenu finir ses jours dans l'île natale. C'est, le plus souvent, un ancien fonctionnaire; on trouve des Corses partout

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Berger du col de Man- ganello (Monte d'Oro); il a une très longue barbe qui a pu lui valoir le surnom, fréquent, de « barbutu ».

en dehors de la Corse, à tous les échelons de l'ad- ministration, du plus humble au plus élevé, du douanier, de l'adjudant, aux grands chefs civils et militaires. Le Corse aime les fonctions difficiles, à haute responsabilité. Parfois, ces vieux retraités sont des « Américains », Corses partis en Amérique (du Sud, de préférence, ou aux Antilles) et revenus, après fortune faite, vivre puis se faire enterrer auprès de leurs ancêtres.

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Cette mentalité très particulière n'empêche pas le Corse de se considérer comme Français. Il est bon de le rappeler : la Corse est un département fran- çais; elle a, comme les autres, son numéro miné- ralogique, « vingt», nombre facile à retenir. Quant aux étrangers, on est parfois obligé de leur préciser que la Corse n'est pas, n'a jamais été une colonie...

Mais, de même que l'Alsacien distingue les Fran- çais d'Alsace et les Français de « l'intérieur », le Corse appelle les autres Français des « continen- taux », ou encore des « pointus » (pinntsoudi), sans doute à cause de leur accent, toujours très différent de l'accent corse.

Le Corse est terriblement susceptible : n'allez pas lui dire qu'il est à moitié Italien. Comme l'Alsacien traite volontiers les Allemands de « Souabes » (Schwöbe), le Corse surnomme les Italiens « Luc- quois » (de la province de Lucques), les deux sobri- quets étant teintés d'une légère nuance péjorative.

Patois corse

L'erreur commise par certains s'explique par le patois : comme l'alsacien ressemble à l'allemand, le corse ressemble à l'italien, tout en comportant des différences considérables. Si vous parlez le pur alle- mand (Hochdeutsch) dans une rue de Strasbourg ou de Colmar, les gens se retourneront; et si vous parlez le pur toscan dans les rues d'Ajaccio ou de Bastia, on vous regardera curieusement. Car le corse n'est pas l'italien. Les trois mots cités plus haut ont pu vous induire en erreur si vous savez la langue de Dante ; c'est du patois écrit, faute de mieux, avec l'orthographe italienne; en fait, ils se prononcent à peu près : pâdjessaloudè, avec l'accent tonique sur le ou. Certains sons, qui n'existent pas en italien classique, sont usuels en patois et presque impos- sibles à transcrire, encore moins à prononcer pour un non-Corse.

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PAYS ET CITÉS D'ART

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