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LE tableau de Van Gogh

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Academic year: 2022

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tableau LE

de Van Gogh

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DU MEME AUTEUR

Les Cahiers du Nouvel Humanisme (Le Puy) Les Guibert, roman (1951).

Editions Subervie (Rodez) La première mort, roman (1954).

Editions des Artistes (Bruxelles) Le jeu impossible, roman (1956).

Le fils de la femme adultère, roman (1958).

Editions G.-M. Dutilleul (Bruxelles) Maris... et autres hommes, nouvelles (1961).

Editions Pierre De Méyère (Bruxelles-Paris) Une semaine perdue, roman (1966).

Les temps heureux que nous vivons, théâtre (1971), comprenant : Il n'y a plus de liberté — Les vainqueurs — Voici venue la dernière heure.

Les neiges du cœur, roman (1972).

La patrouille assassinée, récit (1974).

La montée au Golgotha, roman (1974).

A distance égale, essai (1975).

D'autres hommes..., d'autres femmes, nouvelles (1976).

Les colères vaines I, chroniques (1977).

Escale à l'aéroport national, pièce (1977).

Editions Le Méridien (Nîmes) Corinne ou un amour indien, roman (1980).

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Editions Barré & Dayez (Paris)

Six morts au carrefour, roman (1984), prix Tchantchès 1985.

Histoire d'un roman, essai (1985).

Le chancelier d'un été, roman (1985).

Editions Silex (Paris) Mourir en paix, roman (1988).

A Brochant, peut-être ?..., roman (1988).

Editions Didier-Hatier (Bruxelles) Le chant des Wallons, roman (1988)

I La faute de René.

II La mort de Marthe.

Les belles années, roman (1990)

III Les scandales de Saint-Martin-les-Chênes.

IV Les règlements de comptes.

Ernest Solvay, un géant, portrait biographique (1989), traduit en allemand, anglais, espagnol, italien, néer- landais et portugais.

Editions Nouvelles du Sud (Paris)

La complicité de Dieu et autres fantaisies, nouvelles (1991).

Les mains pures et les mains pleines..., roman (1992).

A la scène

Des millions en fumée (Théâtre royal du Gymnase de Liège), 1960.

Agression à main armée (Théâtre royal du Gymnase de Liège), 1965.

Escale à l'aéroport national (Théâtre Arlequin de Liège), 1977.

A la radio

Agression à main armée, dans une adaptation radio- phonique (RTB Bruxelles), 1967.

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Maxime Rapaille

tableau LE de Van Gogh

EDITIONS NOUVELLES DU SUD

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© Editions Nouvelles du Sud, 1992 46, rue Barbes

94200 Ivry ISBN 2-87931-024-5

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Le 20 juin 1980, c'est-à-dire dans sept mois et quinze jours, mon cinquante-quatrième anniversaire tombera et j'aurai sans doute terminé le présent essai, qui sera mon cinquante-quatrième volume. J'ai écrit beaucoup plus de cinquante-quatre œuvres, car je con- sidère chacune de mes pièces de théâtre ou de mes nou- velles, réunies en recueil, comme un tout. Mais en me tenant au mot livre, LE tableau de Van Gogh est, en effet, le cinquante-quatrième de ma bibliographie.

Aurai-je le bonheur de le ranger un jour sur une étagère, à la suite de ses prédécesseurs ? Oui, si je n'ai pas cassé ma pipe d'ici là et ai trouvé enfin un éditeur qui me prenne au sérieux. Je ne suis pas plus assuré de cela que de ceci.

Ces deux dernières années, malgré une secousse qui ne regarde que moi, je n'en ai pas moins mené à bien la composition quotidienne de Ah ! Maître, quel beau jour ! et Arène, soit trois actes et un roman. Il n'y avait pas de meilleur remède pour me remettre du cœur au ventre. Son effet cessait dès que je quittais

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ma table de travail. L'homme était accablé et l'écri- vain s'avouait qu'il n'était pas plus avancé dans la notoriété que vingt-huit ans plus tôt, lorsque parurent Les Guibert, son premier roman digne d'être publié.

Rassurez-vous, je ne me complais pas dans la dé- pression, grâce à une santé morale solide, ni dans l'exhibitionnisme, même si chacun de mes livres contient une part de moi-même : on n'est pas un auteur sans se pousser en scène peu ou prou. Mais voilà, j'en ai mon compte d'avoir raison contre tous.

Et je le dis.

En tête d'un de ses textes, Bernanos lançait ce cri : « J'ai juré de vous émouvoir. » Ennemi du pa- thos, j'ignore comment toucher qui que ce soit. Mais j'aurai eu raison d'entreprendre ce cinquante-qua- trième ouvrage, sur le titre duquel je m'expliquerai tout à l'heure, si un seul lecteur comprend ce que peut être l'état d'esprit d'un écrivain méconnu, sinon rejeté, au moment où il bascule dans le dernier tiers de son existence.

Cinquante-quatre, c'est beaucoup. N'est-ce pas trop ? Lors de mes débuts officiels, et bien que je fusse incapable d'imaginer le volume de ma produc- tion, une manifestation par an me paraissait aller de soi. A cet égard, mes modèles s'appelaient Monther- lant, Gide, Mauriac, Green et combien d'autres. Ni leurs éditeurs ni leur public ne s'en plaignaient. J'avais un peu plus de vingt-cinq ans. « Si tu disparais dans un demi-siècle, pensais-je, et pour autant que tu te sois montré fécond et régulier, ton cinquantième bou- quin sera en librairie l'année même de ta mort et tu ne laisseras aucun inédit derrière toi. » Aujourd'hui, je me dis : « Tu as cinquante-trois ans et trente-deux

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manuscrits attendent, dans tes tiroirs, le bon vouloir d'un éditeur. Par conséquent, il faut que tu vives au moins jusqu'à quatre-vingt-cinq ans pour les voir tous publiés ! »

La raison d'être du Tableau de Van Gogh est là : l'éditeur dont j'ai besoin, comme d'un mari la jeune fille qui envisage l'avenir. Pour un motif que j'ignore, je n'ai contracté l'union pour le meilleur et pour le pire avec aucun d'entre eux. Deux sur cinq seulement me témoignèrent quelque intérêt, le second m'assu- rant encore, à la veille de sa faillite, qu'il ne tenait pas à me perdre (il est vrai que, sans ma participa- tion aux frais d'impression, il De m'aurait sorti que cinq livres au lieu de neuf).

Ce devrait être la règle qu'un auteur ne déboursât pas un centime pour ses ouvrages. Mais quand on sait combien de maîtres passèrent par là, combien d'éditeurs ayant pignon sur rue sollicitent une contri bution plus ou moins directe, on se dit qu'il n'y a là rien que de très naturel aussi longtemps qu'on ne s'est pas fait un nom. Après plus de vingt-huit ans d'une carrière jalonnée de quatorze publications et de quatre créations théâtrales, le mien ne signifie tou- jours rien et je continue à marteler des deux poings des portes qui refusent de s'ouvrir, alors qu'il a suffi à maints confrères, de valeur ou non, d'en effleurer à peine la poignée pour qu'elles pivotent sur leurs gonds.

Des deux éditeurs dont je viens de parler, le pre- mier est mort ruiné, le second a déposé son bilan.

Est-ce à dire que leur métier est voué à l'échec, en Belgique ? Aucunement, à la condition de se montrer entreprenant et diligent, de consentir certains frais

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de publicité et de donner confiance aux écrivains, plu- tôt que de les traiter comme si personne ne songeait à leur prêter attention.

Un titre qui parle, une présentation qui accroche, une promotion large, et le lecteur belge achètera belge comme le lecteur suisse achète suisse, sans cesser d'acheter français pour la cause. Dans l'Europe fran- cophone, qui dépasse soixante millions d'habitants, il y a bien soixante mille individus assez cultivés pour savoir que, si la plupart des choses intéressantes pa- raissent à Paris, de remarquables romans voient aussi le jour à Bruxelles et à Lausanne, après avoir été refusés par Paris (ou n'y avoir pas été présentés).

Je suis persuadé qu'en Belgique même, sur les quel- que cinq millions de citoyens pratiquant le français couramment, cinq mille d'entre eux n'attachent au- cune importance à l'origine de l'éditeur, et un mil- lier mettrait même sa coquetterie à consommer belge.

Encore faudrait-il l'appui de la presse et des librai- res : la première n'accorde que les miettes de sa vigi- lance à la production du cru, les seconds réclament un bon matériel de lancement pour marcher. Ils l'at- tendent à peu près toujours en vain. Quand vous entendrez un éditeur gémir que ce genre de dépense coûte plus qu'il ne rapporte, ne vous interrogez pas sur sa nationalité : il est belge. Son confrère français n'hésitera pas à risquer le paquet. A la longue, son audace paiera, tandis que la pusillanimité de l'autre le condamne à vivoter, puis à disparaître.

Sans doute, un éditeur ne peut-il entourer chaque titre du même fracas et sait que certains ne rencon- treront aucun succès, quoi qu'il fasse. Est-ce une raison pour ne pas le diffuser généreusement, comme

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Stendhal donnait rendez-vous aux lecteurs de 1935.

Ils sont venus, sans s'écraser ; Schubert a laissé d'in- nombrables posthumes, dont certains attendirent un demi-siècle pour être interprétés, et Van Gogh n'a vendu qu'un tableau dans sa vie, alors que les ama- teurs s'arracheraient à prix d'or aujourd'hui sa moin- dre esquisse. L'échec apparent de leur œuvre n'a empêché aucun de ces créateurs de la mener à bien.

L'indifférence des contemporains est une constante en art. Ce n'est jamais en pensant à leur plaire qu'un écrivain doit prendre sa plume, un peintre ses pin- ceaux, un compositeur son papier à musique. Seul, son propre jugement importe.

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