LES ARTS DU FEU Céramique
Guide pédagogique
Conçu et dirigé par Asmae Laraqui Présenté par CIRCA art actuel
Subventionné par le Conseil des arts de Montréal
Dans le cadre du programme DémART 2020
Les arts du feu
Introduction
Les arts du feu englobent différentes techniques artistiques utilisant une cuisson à haute température pour transformer une matière minérale. Parmi elles, on compte les arts de la céramique et du verre.
Ce cahier pédagogique est un guide illustré accompagné d’activités pédagogiques en lien avec ces deux médiums. Il est destiné aux parents, aux enfants et aux passionné.e.s d’art.
Guide pédagogique
L’art de la céramique est le premier art du feu à apparaître, et ce, bien avant la verrerie et la métallurgie.
Le mot « céramique » vient du grec keramikos, dérivé de keramos, qui signifie « argile, vase d’argile » (CNRTL).
Cet art consiste à modeler de l’argile pour fabriquer des objets usuels et décoratifs de toutes formes. Une fois modelés, les objets sont déposés dans un four et cuits à haute température.
Céramique artistique Asmae Laraqui
Guenon, 2016 Grès, glaçure et oxyde
36 x 26 x 9 cm
L’art de la céramique
Il existe trois branches de la céramique. Une branche artistique englobe les pratiques sculpturales et le design, une autre, utilitaire, appelée poterie permet la fabrication d’objets utilitaires (assiettes, cruches, briques, etc.). La branche technique se concentre sur la céramique industrielle utilisée dès le XXe siècle en architecture pour l’isolation thermique.
Céramique utilitaire
L’art de la céramique (suite)
L’histoire de la céramique commence à une époque inconnue, mais elle existait déjà dans la Préhistoire.
Aujourd’hui, la céramique est toujours fabriquée et utilisée, que ce soit pour des objets utilitaires, décoratifs ou industriels.
Durant la Préhistoire, les poteries de type utilitaire étaient faites à la main. Simplement desséchées au soleil, elles restaient ainsi perméables et très fragiles. Suite à des feux accidentels, on a découvert que l’argile cuite durcissait de façon permanente. Ainsi serait née la technique de la céramique (par définition, « céramique » veut dire « argile cuite »).
En Afrique subsaharienne, il existe des traces de pièces datant entre les XIIe et IXe siècles av. J.-C. Les créations représentaient des éléments de la vaisselle courante, de jarres funéraires et des récipients destinés à conserver l’eau, l’huile ou les céréales ou encore des poids pour les filets de pêche. On trouve la céramique également sous forme de sculptures, de figurines ou de statuettes pour l’apparat. Les pièces étaient cuites à basse température, mais rarement émaillées.
Céramique Hochet – Âge du bronze, époque préhistorique
Europe du nord et centrale
environ 900 / 500 av. J.-C.
8 × 7 × 7 cm
L’histoire de la céramique
Dans les Amériques précolombiennes, on retrouve une extraordinaire collection de céramique. Comme en Afrique subsaharienne, cette poterie était toujours cuite à basse température et sans émaillage, façonnée et moulée. Les précolombiens ne connaissaient pas la roue et donc pas le tour de potier. Les créations sont surtout liées à un but utilitaire. Cependant, on connaît aussi quelques figurines féminines, comme la Vénus de Curayacu, datée du IIe millénaire avant notre ère.
C’est en Égypte antique que sont introduits les tours de poterie pour la conception de vases ou d’urnes funéraires.
En Grèce antique, l’art se développe rapidement avec la création de vases décorés de scènes mythologiques. Il permet également la fabrication de tuiles, de statues et de bas-reliefs.
Au Proche et au Moyen-Orient, c’est en Perse que la céramique lustrée avec glaçure métallique a été élaborée à partir d’une technique de fabrication de verre en Égypte vers la fin du VIIIe siècle. Cette technique qui consistait à ajouter de l’émail sur la terre et à la faire cuire une deuxième fois pour obtenir un glaçage a été l’une des techniques décoratives les plus importantes dans le Proche et le Moyen-Orient tout au long de la période islamique. La technique se diffuse autour de la Méditerranée, en Égypte, au Maghreb, en Syrie (Raqqa), en Anatolie et enfin en Andalousie (Espagne et Portugal).
L’histoire de la céramique
(suite)
En Asie, c’est dès les premiers siècles du second millénaire que les techniques de cuisson à haute température pour les grès et porcelaine ont été maîtrisées en Chine, en Corée et au Japon. Cette porcelaine était mince et solide.
En Europe, c’est à partir de la céramique lustrée que s’est développée l’industrie des azulejos. L’Andalousie en devient un centre de production autour du XIe siècle qui drainera sa production sur la Méditerranée, en Italie et en France, mais aussi en Angleterre et aux Pays-Bas. Avec les voyages des explorateurs européens et des conquêtes territoriales, on voir apparaitre au cours du Moyen Âge et de la Renaissance de nombreuses œuvres dorées, des majoliques et des faïences italiennes. Considérée longtemps comme un luxe princier, la porcelaine asiatique est importée depuis le XVIIe siècle, puis adaptée pour la fabrication de faïence locale en Allemagne, suivie par la France, l’Angleterre, les Pays-Bas et l’Italie.
Ensemble de deux potiches couvertes,
CHINE, XVIIe siècle Porcelaine de la famille verte à décors Wucaï
L’histoire de la céramique
(suite)
Les argiles sont des matières premières naturelles qui se forment de la désagrégation des roches ayant eu lieu pendant des millions d’années.
En présence d’eau, l’argile devient une pâte plastique, c’est-à-dire qui se déforme réversiblement sous l’effet de forces minimes. Plus on y ajoute de l’eau, plus elle devient liquide. C’est ce qu’on appelle la barbotine (voir lexique en fin de document, dorénavant mentionné par le symbole*).
Types d’argile et couleurs - faïence : noire, grise, rouge, etc.
- grès : blanche crème, grise, etc.
- porcelaine : blanche
Les argiles
Au séchage, l’argile perd de sa malléabilité et devient fragile. Elle durcit et perd de son volume. Ce phénomène s’appelle le retrait. Au stade intermédiaire de séchage cru*, l’argile ne se déforme plus, mais peut prendre la marque de l’ongle. C’est le moment idéal des manipulations, assemblages et évidages des sculptures.
À la cuisson, l’argile perd son eau. Elle se solidifie et perd encore du volume. Au total, le volume perdu est de l’ordre de 8 à 15 %, jusqu’à 20 % pour certaines porcelaines. Les pièces subissent une première cuisson à très basse température (800-900 °C) appelée « biscuit » et une seconde à maturité pour fixer la glaçure*.
Types d’argile et couleurs - faïence : noire, grise, rouge, etc.
- grès : blanche crème, grise, etc.
- porcelaine : blanche
Les argiles (suite)
Les argiles se distinguent non seulement selon leurs couleurs, leurs textures, leurs qualités et leurs plasticités, mais aussi selon les températures de cuisson.
La faïence peut avoir plusieurs couleurs : blanchâtre, crème, rouge ou noire.
Elle se cuit à une basse température de 1120 °C et reste poreuse après la cuisson. L’agile rouge, par exemple, est d’une grande plasticité; elle sert à confectionner des pièces modelées à la main ou au tour.
Le grès peut également avoir plusieurs couleurs. Il cuit à une haute température de 1280 °C. Il devient imperméable, vitrifié et opaque, après la cuisson.
La porcelaine est toujours blanche. Elle se cuit à une haute température de 1280 °C et devient translucide et vitrifiée après la cuisson. C’est une pâte extrêmement fine qui acquiert en cours de cuisson une dureté comparable à celle du verre.
Astuces : pour faciliter le séchage, augmenter la résistance des pièces en cours de cuisson et limiter le retrait, on introduit la chamotte* (terre cuite broyée) dans l’argile. La pâte chamottée convient aux grandes pièces, aux sculptures et aux décors muraux. Elle a une grande résistance aux chocs thermiques.
Les différents types d’argiles
Laurent Craste au tournage
Pour réussir des pièces sans casse de fabrication, il est conseillé de suivre les techniques de fabrication de base. Toutes les sortes d’argile peuvent être travaillées selon les méthodes suivantes :
Le tournage : transformation d’une boule d’argile mise en forme à partir d’une rotation effectuée grâce à un tour de potier et de pressions exercées par la main, sur l’argile. Une grande proportion des objets de vaisselle artisanale, tels que des assiettes, des vases, etc., est obtenue grâce à cette méthode.
Le moulage : utilisation de moules en plâtre poreux qui dessinent une forme en négatif, et dans lesquels on presse de l’argile en pâte, ou, plus fréquemment, dans lesquels on coule une argile liquide (barbotine). La grande majorité des objets industriels est obtenue par cette méthode.
Les techniques de travail
Le façonnage : transformation de l’argile en pâte sans tour à potier.
Le pincement est la plus ancienne technique de modelage qui consiste à créer des formes en utilisant les mains. Il consiste à creuser une boule d’argile avec le pouce puis à pincer la terre en parois pour façonner un objet.
Le modelage et le vidage consistent à travailler une masse de terre en ajoutant et en retirant de l’argile pour lui donner une forme sculpturale.
Les objets de céramique d’une certaine taille destinés à la cuisson doivent être évidés lorsque la terre est encore fraîche en s’assurant de l’épaisseur uniforme des parois. Sans évidage, les pièces risquent de se fissurer ou même d’éclater au cours de la cuisson.
Asmae Laraqui Modelage et évidage
Les techniques de travail (suite)
Le colombinage consiste à construire des volumes creux directement par assemblage de boudins d’argile. Cette technique est beaucoup utilisée pour modeler de grands vases ou des sculptures.
Le galetage ou plaque consiste à étendre l’argile pour créer des plaques de tailles et d’épaisseurs différentes. On laisse ensuite durcir les plaques dans la mise en forme souhaitée avant assemblage et transformation. La plaque est souvent utilisée dans la réalisation de décors et dans celles de formes géométriques.
L’extrusion est un passage sous pression de l’argile à travers une buse profilée afin de sortir un tube.
Pièce galetage en faïence rouge et colombin en gré
Les techniques de travail (suite)
Les pièces doivent être bien sèches avant d’être enfournées.
Le séchage est une étape cruciale. Il doit se faire de manière uniforme, progressivement et lentement. On choisit un endroit frais et sans courants d’air.
Suggestion : comme pendant le séchage l’eau s’évapore et le taux d’humidité baisse, l’argile se rétrécit.
Pendant le séchage, l’argile se rétrécit, car son eau s’évapore et son taux d’humidité descend.
Le temps de séchage peut durer de une à deux semaines; il dépend de la température du local et de la taille de la pièce.
Grande sculpture en cours de séchage
Le séchage
Une des dernières étapes de travail de la céramique avant l’enfournement est le traitement des surfaces. Il se fait à différents stades de la création.
Avant la première cuisson. Sur la terre encore humide, il est possible d’imprégner des motifs (végétaux séchés, frises de bois, moulures, dentelles, etc.) ou d’appliquer une couche d’engobe* (mélange de barbotine avec des oxydes – fer, cobalt, cuivre, manganèse, nickel et chrome) pour apporter une coloration.
Après la première cuisson sur la terre cuite appelée
« biscuit »*, il est possible d’appliquer :
- Les glaçures qui sont composées de matière qui, à la cuisson, fondent et se transforment en une couche vitreuse.
- Les oxydes qui sont à la base des colorants céramiques (fer, cobalt, cuivre, manganèse, nickel et chrome)
Motifs imprégnés dans l’argile
Asmae Laraqui,
Oiseau Bleu Oriental, 2019 Faïence, 29 x 22 cm technique : Engobes et glaçures
Traitements spéciaux de
la surface
Pour la cuisson, il existe différents types de fours : à gaz, électriques, à bois et Raku. La majorité des céramistes utilisent les fours électriques, moins polluants et plus faciles d’utilisation.
Après la cuisson biscuit (première cuisson), la terre devient une matière dure qu’on ne peut plus dissoudre dans l’eau. Cependant pour devenir imperméable, la terre doit être émaillée avec des glaçures et être cuite à plus haute température lors de la deuxième cuisson.
Four électrique
Pièces biscuitées de Laurent Craste, en attente d’émaillage
Fours et cuissons
Place aux artistes du CIRCA art actuel
Buffalo Teapot 2018
Céramique, peinture, glaçure 25 x 33 x 33 cm
Crédit Photo : Philippe Caron Lefebvre
Festin Festin 2019
Céramique, peinture, glaçure 36 x 36 x 23 cm
Crédit Photo : Philippe Caron Lefebvre
Philippe Caron Lefebvre
Laurent Craste
Dépouille aux fleurs « Bleu de Delft » Porcelaine, glaçure, techniques mixtes 40 x 39 cm
Crédit Photo : David Bishop Noriega
Épuration II 2016
Porcelaine, glaçure 14,8 x 27,9 x 27,6 cm Crédit Photo : DPM
Place aux artistes du CIRCA art actuel
Dominic Papillon
Grande tête 2014
Plâtre, bois (noyer), pigments 43 x 43 X 135 cm (avec base) Crédit Photo : Dominic Papillon
Humeur acéphale 2018
Céramique, bois, gesso 165 x 60 x 75 cm
Crédit Photo : Jean-Michael Seminaro
Place aux artistes du CIRCA art actuel
Catherine Sylvain
Archéologie des petites détresses humaines (détail)
2018
Porcelaine, contreplaqué de merisier russe, acier 212 x 152 x 152 cm
Crédit photo : Catherine Sylvain
Géographie multiscalaire 2019
Installation de sculptures de porcelaine Dimensions variables
Crédit photo : Catherine Sylvain
Place aux artistes du CIRCA art actuel
Lexique de la céramique
Argile : roche sédimentaire constituée de silice et qui durcit à la cuisson.
Barbotine : argile en pâte ou liquide destinée à joindre deux pièces d’argile. Elle provient du mélange de la terre sèche en poudre avec de l’eau.
Biscuit : dénomination de l’argile après la première cuisson à haute température. L’objet est poreux et prêt à recevoir l’émail.
Céramique : terre (faïence, grès, porcelaine, etc.) qui a subi une cuisson.
Chamotte : céramique cuite broyée en petits grains qui donne plus de tenue à l’argile et surtout utilisée pour la sculpture de grosses pièces.
Colombin : boudin de terre cylindrique. Technique : rouler la terre d’avant en arrière sur toute son épaisseur pour éviter de l’aplatir. Les mains ouvertes doivent rouler la matière en s’écartant vers l’extérieur.
Cru : argile qui n’a pas encore séché ou qui n’a pas été cuite.
Lexique de la céramique (suite)
Cuir : argile encore humide mais qui ne se déforme plus.
Engobe : argile colorée par des pigments, utilisée pour le traitement de surface de la pièce avant cuisson. On délaie des petits morceaux de terre séchés dans un peu d’eau. On s’en sert comme colle entre des morceaux d’argile mouillée. Elle est utilisée dans certaines techniques de décoration et de traitement de surface des pièces.
Glaçure : peinture pour la céramique. Liquide, elle est appliquée sur une pièce biscuitée destinée à une cuisson à plus haute température.
La glaçure peut être transparente ou colorée.
Mirette : outil à manche en bois ayant à chacune de ses extrémités un anneau de métal tranchant ou rond selon les besoins. Elle a des fonctions très différentes selon sa forme : évider une sculpture, tournasser une pièce, etc.
Raku : technique de cuisson de poteries d’origine japonaise.
Liste des fournisseurs Produits et matériel
http://www.activargile-provence.fr/
http://www.afeao.ca/afeaoDoc/AV_ceramique.pdf http://bonvalot.e-monsite.com/
https://fr.wikimini.org/wiki/Accueil
www.larousse.fr/dictionnaires/francais https://fr.wikipedia.org
http://www.momes.net/Jeux/Jeux-et-animations/Jouer-tout-seul/Modelage-d- argile
https://www.sial-canada.com/
https://www.deserres.ca
Références
Recherche et conception
Asmae Laraqui
Émilie Granjon et Jules Gaulin
CIRCA art actuel remercie chaleureusement les artistes ayant accepté de participer au projet et ayant autorisé la diffusion de leur travail : Philippe Caron Lefebvre, Laurent Craste, Asmae Laraqui, Catherine Sylvain et Dominic Papillon.
Révision
Participation des artistes
Remerciements
Mise en page
Émilie Payeur