a p p e l à a rt ic le s
Recherche-action, recherche-développement, recherche académique, recherche appliquée, impli- quée, « transductive », fondamentale… Les types de recherche que l’on rencontre « sur le marché » renvoient à une pluralité de postures et de moda- lités et témoignent d’une variété des manières de voir les rapports entre science et monde social, plus ou moins compatibles entre elles. Dans les sciences humaines et sociales, les débats à ce sujet renvoient globalement aux manières de se situer par rapport au binôme « critique – utilité ».
Outre les discussions propres aux enjeux disci- plinaires (critique du monologue, du radicalisme académique…), les formes et pratiques de l’ac- tivité de recherche sont aussi largement imputa- bles aux modalités de financement de la recher- che, à son organisation au sens large et aux rap- ports envisagés entre producteurs et récepteurs de l’activité de connaissance. Les différentes postures évoquées sont aussi largement liées aux tempo- ralités de travail, selon les temps impartis au déploiement de tel ou tel savoir : de plusieurs années pour un ouvrage à quelques mois pour une
recherche contractuelle, en passant par les trois ans, durée formelle, pour une thèse de doctorat en France.
Dans la recherche architecturale et urbaine, ces trois aspects (discipline, financement, tempora- lité) prennent notamment les contours suivants.
En termes disciplinaires, et pour parler de la situa- tion française, la création d’un doctorat en archi- tecture a permis de reposer des questions quant aux spécificités de cette recherche en regard des disciplines existantes (situation qui pourrait être rapprochée de ce qui s’est passé au moment de la création de la discipline aménagement-urbanisme
« s’émancipant » de la géographie). La volonté du projet peut-elle être considérée comme une acti- vité de recherche ? Comment se pratique une recherche qui vise l’énonciation d’un projet ? Les réponses à ces questions sont décisives au moment de la mise en place de la réforme dite LMD dans les écoles d’architecture. Sans l’existence d’un espace de discussions à ce propos, il serait incon- venant d’accorder beaucoup de crédit au coup de force disciplinaire.
Appel à articles pour le n° 10 de Lieux communs
Formes et pratiques
de l’activité de recherche
quelle part les jeunes (et/ou précaires) chercheurs prennent-ils à l’élaboration et au développement d’une recherche ? Jusqu’à quel stade ? Sur quels types de travaux ? Quelle conception se font-ils du « métier » ?
La question des collectifs est aussi directement posée : comment se cimente une collectivité de travail dans un univers qui valorise fortement la singularité et l’originalité ?
Les textes sélectionnés privilégieront des études de cas, des récits d’expérience sollicitant un tra- vail de terrain, en France ou ailleurs. Ils pourront relever d’une sociologie des sciences mais sans exclusivité paradigmatique ou réduction discipli- naire. Les aspects propositionnels (manières de faire, petits arrangements, formes peu visibles) seront bienvenus. Seront exclus les essais et considérations trop générales sur le sujet.
Notes d’intention attendues pour le 1erDécembre 2006
Réception des textes : 15 février 2007 Publication : septembre 2007
Responsable du numéro : Laurent Devisme Comité de lecture : Pascal Amphoux, Jean-Louis Violeau, les membres du LAUA
Si vous envisagez des visuels en résonance ou appui à votre texte, merci de transmettre des originaux ou des versions numériques de résolu- tion supérieure ou égale à 300 dpi pour Photoshop – formats EPS ou TIFF.
Envoi de votre texte sous forme électronique, format RTF, aux deux adresses suivantes simulta- nément :
[email protected] [email protected] En termes financiers, la pluralité des financeurs
est notoire, liée aux enjeux professionnels, pra- tiques et politiques de l’activité de transformation des espaces bâtis. En France, outre le ministère de la recherche et le CNRS (dont les actions conjoin- tes ont connu bien des aléas dans les dernières années), on peut mentionner le PUCA, la DIV jusqu’à une période récente, l’ADEME et quelques autres ministères (Culture et Communication, Envi- ronnement…). On assiste surtout à une montée des financements régionaux et locaux et au déve- loppement de grands programmes de recherche européens. Globalement, dans ce secteur comme pour l’ensemble des politiques publiques d’ailleurs, le maître mot est celui du partenariat, qui amène de plus en plus à des montages assez complexes visant à un intéressement multi-actoriel. En témoi- gnent des structures de type fédérations, groupe- ments d’intérêt public… Cette évolution est par- fois en phase avec un mouvement idéologique de critique de la « recherche inutile ». Les tempo- ralités de recherche sont bien sûr indexées aux financeurs, à leurs attentes. Mentionnons à cet égard les effets de fractionnement du travail de recherche via les nombreux rapports intermé- diaires attendus et conditionnant la rémunéra- tion ; pointons également des attentes de point de vue dans le « juste à temps », selon telle ou telle préoccupation. Subsistent d’autres tempo- ralités comme un financement quadriennal pour une activité de laboratoire ou celles beaucoup plus longues permises par un statut de fonctionnaire au CNRS, opposées aux cycles saccadés et bien peu maîtrisés que connaissent quelques « intel- los précaires »…
Enfin, au croisement entre questions financières et disciplinaires, on peut repérer le déploiement d’un ensemble de chercheurs-experts-consultants, témoignant d’un brouillage assez fort (ou d’une
hybridation si l’on veut positiver) entre recherche et expertise. Les chercheurs d’institution et intel- lectuels de gouvernement pour les uns sont les experts attentifs, décloisonnés et non académi- ques pour d’autres… Mais il ne s’agit pas ici de choisir son camp ! D’autant que les parcours de recherche sont souvent assez longs et que ces postures s’objectivent la plupart du temps a pos- teriori. Cela n’empêche pas d’y réfléchir, d’essayer d’y voir plus clair, voire d’anticiper afin de se construire (chacun mais aussi chaque collectif en charge de faire de la recherche, songeons aux labo- ratoires), sans épouser benoîtement un quelcon- que « mainstream » dans le seul but de drainer davantage de financement ou d’augmenter sa sur- face sociale. Mais la critique de ce brouillage n’a pas grand intérêt non plus si elle se ramène à un retour à l’homo academicus et aux formes les plus dégagées de l’élaboration des savoirs1.
Le LAUA cherche à travailler autour d’une dialec- tique entre voie autonome et voie contractuelle, estimant précisément que l’interrogation sur les formes de l’activité de recherche est indispensable.
Il est en outre engagé dans plusieurs recherches contractuelles posant chacune des questions quant aux rapports d’implication. À l’occasion de Lieux communs n°7 « vertiges et prodiges de l’inter- disciplinarité », nous avions interrogé la produc- tivité des croisements entre disciplines. Par ce nouvel appel à contributions, nous voulons éla- borer un dossier argumenté sur les conséquences de telles ou telles structurations d’engagement et de distanciation en termes d’écriture de recher- che, de positionnement dans le champ de la pra- tique, de types de connaissances attendues. Aussi bien les retours sur longue expérience (dans la recherche incitative notamment) que les témoi- gnages de jeunes chercheurs sont attendus : lieux communs n° 9 | 2006 | APPEL À ARTICLES
284 lieux communs n° 9 | 2006 | APPEL À ARTICLES 285
(1)Certains aspects ici mentionnés ont déjà été abordés dans les n°74 (« Recherches sur la recherche », septembre 1988), 141-142 (« Science », Mars 2002) et 164 (« Écono- mies de la recherche », Septembre 2006) des Actes de la Recherche en Sciences Sociales, ainsi que dans le n°101-102 d’Espaces et Sociétés(« 30 ans : anciens débats, nouvelles questions »).