Il comportamento di voto negli scrutini popolari sull'integrazione europea

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Il comportamento di voto negli scrutini popolari sull'integrazione europea

SCIARINI, Pascal

SCIARINI, Pascal. Il comportamento di voto negli scrutini popolari sull'integrazione europea. In:

Mazzoleni, Oscar & Paolo Dardanelli. Svizzera-UE: un rapporto irrisolto. Locarno : Armando Dadò, 2019. p. 169-191

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:123002

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Le comportement de vote dans les scrutins populaires sur l'intégration européenne Prof. Pascal Sciarini

Département de science politique et relations internationales Université de Genève

La démocratie directe est une institution fondamentale du système politique suisse et un élément clé de l'identité nationale ((Kriesi 1999, 2005; Sciarini et al. 2001). Non seulement la Suisse se distingue des autres pays en ce qui concerne le degré de développement de la démocratie directe en général, mais elle constitue surtout un cas à part du point de vue des droits de codécision accordés au peuple en matière de politique extérieure. Ce chapitre s'intéresse au comportement de vote des Suisses et des Suissesses dans les votations populaires sur la politique européenne, l'un des champs les plus importants et les plus sensibles de la politique extérieure suisse en ce début de 21e siècle. Dans la première section, je discute brièvement le contexte structurel et institutionnel dans lequel s'inscrivent les votes de démocratie directe. Dans la deuxième section, je présente d'abord une revue succincte de la littérature, puis je me livre à deux types d'analyse.

Premièrement, je propose une méta-analyse des études VOX relatives aux neuf votations fédérales en matière de politique européenne au sens large (de l'Espace économique européen en 1992 à l'initiative contre l'immigration de masse en 2014). Deuxièmement, je procède à ma propre analyse des données d'enquête d'opinion VOX. Concrètement, je réunis les données des neuf enquêtes dans une seule base de données et je conduis des analyses de régression. Cette double analyse me permet d'identifier les facteurs qui influencent le plus – et le plus systématiquement – les votes individuels en matière de politique européenne.

1. Le contexte

1.1 Européanisation et démocratie directe

Pendant longtemps, la politique extérieure a été largement soustraite aux droits populaires. En Suisse, comme ailleurs, on considérait que le peuple devait être tenu à l'écart de la prise de décision dans ce domaine (Marquis and Sciarini 1999; Sciarini 1994: 43-46).1 Cependant, les

1 La question du rôle que le peuple devait (ou ne devait pas) jouer dans la définition de la politique extérieure a été vivement débattue aux Etats-Unis. Selon la position dominante, les citoyens sont particulièrement ignorants en matière d'affaires internationales et leurs opinions volatiles et dictées par l'émotion s'accommodent mal des exigences de rationalité d'une bonne politique extérieure (Almond 1950; Lippmann 1965 [1922]; Morgenthau 1956).

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révisions constitutionnelles de 1977 et de 2003 ont substantiellement étendu le champ d'application de la démocratie directe en matière de traités internationaux.2 Ce changement institutionnel a été renforcé par un changement structurel: la dissolution progressive des frontières entre politique interne et politique extérieure consécutive à la globalisation de l'économie et à l'internationalisation de la politique. A l'ère de la globalisation, des enjeux politiques qui relevaient essentiellement de la politique interne sont aujourd'hui fortement influencés par les développements économiques, politiques ou technologiques au niveau international. Il n'y a plus guère d'enjeux politiques qui n'aient pas une composante internationale.

La multiplication des accords internationaux bilatéraux ou multilatéraux conclus par la Suisse, phénomène dénommé "internationalisation directe" (Fischer 2005, 2007; Sciarini et al. 2004;

Sciarini 2002; Sciarini and Nicolet 2005), a considérablement augmenté la part du droit international dans la production normative en Suisse (Linder 2014; Linder et al. 2009). Depuis le milieu des années 1990, les traités internationaux ont commencé à surpasser en nombre (de pages ou d'articles) les actes législatifs de droit interne. Les deux séries d'accords bilatéraux avec l'UE et les actes dérivés ont fortement contribué à cette évolution.

Ce dernier résultat nous rappelle que, dans le contexte européen, internationalisation signifie avant tout européanisation. Bien que la Suisse ne soit pas membre de l'UE – ni même de l'Espace économique européen (EEE) – elle est néanmoins fortement influencée par le processus d'intégration européenne. Après le rejet de l'EEE en votation populaire le 6 décembre 1992, la Suisse a entrepris des négociations avec l'UE sur une base bilatérale et sectorielle. Les deux cycles de négociations bilatérales ont débouché sur une quinzaine d'accords (Afonso and Maggetti 2007; Dupont and Sciarini 2007; Schwok 2006)3 et ont permis à la Suisse d'atteindre un niveau élevé d'intégration au sein de l'UE, caractérisé par certains comme une "quasi- adhésion personnalisée" ("customized quasi-membership") (Kriesi and Trechsel 2008: 189).4

2 En plus d'accorder aux citoyens un droit de co-décision sur la définition des politiques, la démocratie directe exerce également des effets indirects, au travers de son influence sur les phases du processus législatifs et les stratégies des acteurs – par exemple sur le développement de la phase pré-parlementaire (Kriesi 1980; Neidhart 1970; Sciarini 2014, 2015).

3 Voir également la contribution de R. Schwok dans le présent ouvrage.

4 En plus de cette forme directe d'influence, il existe une forme indirect d'internationalisation, non traitée dans ce texte mais également très importante. Cette internationalisation indirecte se produit notamment lorsqu'un Etat décide de s'adapter unilatéralement à des règles internationales ou supranationales qu'il n'a pourtant pas contribué à élaborer (Fischer 2005, 2007; Sciarini et al. 2004; Sciarini 2002; Sciarini and Nicolet 2005). Au cours des

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L'importance de l'européanisation se manifeste par exemple dans l'étude de Sciarini et al. (2015) des 11 processus de décision les plus importants de la période 2001-2006 (voir aussi Fischer and Sciarini 2014; Sciarini 2014). Parmi ces 11 processus, trois relèvent de l'européanisation

"directe": l'extension de l'accord sur la libre-circulation des personnes avec l'UE, les accords d'association à l'Espace Schengen et à l'Espace Dublin, et l'accord bilatéral sur la fiscalité de l'épargne.5

En résumé, l'extension du champ d'application de la politique extérieure, conjugué aux processus d'internationalisation/européanisation, ont sensiblement renforcé le poids des citoyens et citoyennes en matière de politique extérieure en général, et européenne en particulier. On comprend ainsi mieux pourquoi, bien que la Suisse ne soit pas membre de l'UE, elle a connu plus de votations populaires en matière de politique européenne que n'importe lequel des Etats membres de l'UE.

1.2 "Consensus permissif" versus "dissensus contraignant"

Dans les premières décennies d'existence de la Communauté européenne (CE), la dépolitisation des enjeux européens et l'existence d'un "consensus permissif" au sein de l'opinion publique a permis aux élites d'œuvrer, par étapes, à l'approfondissement du processus d'intégration (Inglehart 1971; Lindberg and Scheingold 1970). Cependant, le consensus permissif s'est progressivement fissuré (Franklin et al. 1994; Gabel and Palmer 1995), avant de céder la place au "dissensus contraignant" (Hooghe and Marks 2009).

En Suisse, le "consensus permissif" n'a jamais vraiment existé (Afonso et al. 2014). Déjà en 1972, lorsque la Suisse a conclu l'accord de libre-échange sur les produits industriels avec la Communauté européenne, les citoyens et citoyennes suisses ont été invités à se prononcer sur sa ratification.6 Même si le camp opposé à l'accord était alors très minoritaire (il se limitait à

dernières décennies, la Suisse a ainsi repris à son compte bon nombre de directives et réglementations européennes (pour un résumé, voir notamment Linder 2011, 2013). Selon l'étude de Jenni (2014a, 2014b), un tiers des changements législatifs opérés en Suisse entre 1990 et 2010 ont débouché sur des règles au moins en partie conformes aux règles européennes – dans trois quarts des cas au travers d'une adaptation unilatérale et dans un quart des cas au travers des accords internationaux conclus avec l'UE.

5 De plus, deux autres processus (la révision de la loi sur les étrangers et la révision de la loi sur les télécommunications) sont des cas d'européanisation indirecte.

6 Les parlementaires suisses ont rapidement bouclé la discussion de l'accord de libre-échange, mais ont longuement disserté sur l'opportunité de le soumettre à l'approbation du peuple et des cantons (Sciarini 1991). Cette ratification populaire n'était constitutionnellement pas nécessaire, celle du parlement aurait suffi. Cependant, le parlement a

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deux petits partis de la droite nationaliste, l'Action nationale et le Mouvement Républicain et un petit parti de la gauche radicale, le Parti du Travail), cette opposition préfigurait le conflit sur la dimension "ouverture-fermeture" devenu central dans la politique suisse dès la fin des années 1980 (voir infra).

Le précédent créé par le référendum sur l'accord de libre-échange de 1972 a inspiré la révision constitutionnelle de 1977 mentionnée précédemment. Par la suite, la nécessité de soumettre une éventuelle adhésion à l'UE au referendum obligatoire et les accords bilatéraux au référendum facultatif ont définitivement empêché l'émergence d'un "consensus permissif" sur l'intégration européenne. Dans le contexte suisse de "diplomatie référendaire" (Germann 1994),7 les institutions de démocratie directe ont favorisé la politisation de la question européenne et l'expression du "dissensus contraignant".

Au cours des années 1990 et 2000, le Conseil fédéral et le parlement se sont accommodés des contraintes de la démocratie directe. Après le rejet de l'EEE en 1992 (courte majorité de 50.3%

de Non mais large majorité de 14 cantons contre 7), le Conseil fédéral a bénéficié d'un soutien populaire sans faille pour sa stratégie d'intégration bilatérale et sectorielle. Il a obtenu gain de cause dans les sept votes de démocratie directe sur le thème entre 1997 et 2009: rejet de l'initiative populaire "Négociations d'adhésion à l'UE: que le peuple décide!" demandant le retrait de la demande d'adhésion à l'UE en 1997 ((74% de Non); acceptation du premier paquet d'accords bilatéraux en 2000 (67% de Oui); rejet de l'initiative populaire "Oui à l'Europe"

demandant la réactivation de la demande d'adhésion à l'UE en 2001 (77% de Non); soutien aux accords d'association à l'Espace Schengen et à l'Espace Dublin en 2005 (55% de Oui);

acceptation de l'extension de l'accord sur la libre-circulation des personnes aux dix nouveaux Etats membres de l'UE en 2005 (56% de Oui); soutien à la loi fédérale sur la coopération avec les Etats d'Europe de l'est (contribution au fonds de cohésion de l'UE) en 2006 (53% de Oui);

reconduction de l'accord sur la libre-circulation des personnes et son extension à la Roumanie et à la Bulgarie en 2009 (60% de Oui).8

finalement tenu à soumettre l'accord au référendum (à la double majorité), eu égard à son importance économique et politique.

7 Selon cet auteur, la diplomatie suisse est soumise à une panoplie de contraintes unique au monde: en plus d'être éventuellement amené à ratifier un accord international, le peuple peut également se prononcer sur les lois d'application qui s'y rapportent.

8 A cette liste, on pourrait encore ajouter le soutien à l'introduction des passeports biométriques et des documents de voyage dans le cadre des régulations de Schengen en 2009 (50.1% de oui). Cependant, cet objet n'était que très indirectement lié à la politique européenne et ne sera donc pas inclus dans l'analyse.

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Cette longue série positive a été brutalement interrompue par l'acceptation inattendue de l'initiative contre l'immigration de masse en février 2014, qui ne portait pas stricto sensu sur la politique européenne, mais mettait néanmoins en danger la voie bilatérale. L'initiative est en effet incompatible avec l'accord sur la libre-circulation des personnes avec l'Union européenne, puisqu'elle exige la réintroduction de contingents pour contrôler l'immigration des travailleurs européens et le respect de la préférence nationale sur le marché de l'emploi. De plus, elle oblige le Conseil fédéral à renégocier les engagements internationaux de la Suisse dans un délai de trois ans, afin de les rendre compatibles avec les termes de l'initiative. En raison de la fameuse

"clause guillotine", la dénonciation de l'accord sur la libre-circulation des personnes entraînerait celle des six autres premiers accords bilatéraux conclus avec l'UE. Prenant acte de l'impossibilité de renégocier l'accord sur la libre-circulation des personnes, le parlement a opté pour une mise en œuvre dite "light" de cette initiative (voir le chapitre de Sabine Jenni dans le présent volume).

2. Les déterminants individuels du vote dans les scrutins populaires en politique européenne

2.1 Brève revue de littérature

Dans la littérature, on trouve principalement deux types d'études sur les comportements de vote des Suisses et des Suissesses en politique européenne. Certaines études, basées sur des données agrégées et/ou sur des données individuelles, se sont concentrées sur une votation populaire particulière, comme celle sur l'EEE de 1992 (Anson and Cadot 2004; Kriesi et al. 1993; Vatter 1994). D'autres études portent plus généralement sur la politique extérieure au sens large et incluent donc, en plus des votes sur la politique européenne, les votes sur la politique étrangère, la politique d'immigration et d'asile ou la politique de sécurité (Marquis and Sciarini 1999;

Sciarini 1999, 2000; Sciarini and Marquis 2000; Sciarini and Tresch 2009, 2011).

Les études existantes montrent qu'en politique extérieure les prédispositions politiques (identification partisane, orientation idéologique gauche-droite, valeurs politiques) influencent fortement les votes individuels. Premièrement, les sympathisants des partis votent souvent à l'unisson de leur parti préféré, et ceci selon une configuration partisane propre à la politique extérieure. Alors qu'en politique interne la gauche (PS, Verts) s'oppose généralement à la droite (PLR, PDC, UDC), en politique extérieure, la ligne de fracture sépare le plus souvent la gauche et la droite modérée, d’un côté, et la droite nationale-conservatrice (UDC), de l’autre.

Corollairement, les votations de politique extérieure se caractérisent habituellement par une

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forte corrélation entre l'auto-positionnement des individus sur l’échelle gauche-droite et leur décision de vote.

En outre, les votations de politique extérieure sont le théâtre d'un conflit de valeurs sur la dimension "ouverture-fermeture" ou "intégration-démarcation" (Bornschier and Helbling 2005;

Brunner and Sciarini 2002). Ce conflit relatif au degré souhaitable d'ouverture internationale de la Suisse et de modernisation de ses institutions a d'abord été mise en évidence dans les votations fédérales des années 1980 portant sur les étrangers, l'armée et le travail, soit des votes touchant aux images et représentations collectives de la "Suissitude" (Sardi and Widmer 1993).

Il a ensuite profondément marqué les votations de politique extérieure, à commencer par la votation du 6 décembre 1992 sur l'EEE (Kriesi et al. 1993; Sciarini and Listhaug 1997; Vatter 1994). Ce conflit entre valeurs d’ouverture et valeurs traditionnelles a encore gagné en importance dans les années 2000, en particulier dans les votes de politique européenne (Feddersen 2011).9

Dans la foulée, plusieurs études se sont intéressées au poids relatif des considérations de type culturel ou identitaire et des considérations de nature plus "utilitariste" dans les votations populaires en politique européenne. De manière schématique, on peut dire que les travaux des politologues tendent à conclure que les facteurs culturels sont plus importants (Armingeon 2000; Vatter 1994), tandis que les économistes mettent davantage en exergue les facteurs de type utilitariste (Brunetti et al. 1998; Brunetti et al. 2000). Analysant les données par commune des référendums sur l'EEE sur les accords bilatéraux 1, Anson et Cadot (2004) aboutissent à une conclusion plus nuancée: ils montrent que les deux types de facteurs importent et sont en plus fortement liés l'un à l'autre. L''analyse plus large conduite par Sciarini et Tresch (2009) sur les 25 votations de politique extérieure des années 1990 et 2000 montrent que l'effet des facteurs culturels ou identitaires est plus fort et moins dépendant du contexte que celui des facteurs utilitaristes: les premiers importent presque toujours, indépendamment du cadrage de la campagne précédant le vote, alors que les seconds jouent un rôle surtout lorsque les

9 Ce conflit s'est aussi manifesté dans d'autres votes de démocratie directe touchant à la politique extérieure, à la politique d’immigration et d'asile, et aux réformes institutionnelles (Christin et al. 2002). Nous avons montré ailleurs (Brunner and Sciarini 2002; Giugni and Sciarini 2009) que ce "clivage de globalisation" (Kriesi et al.

2006), possède les trois composantes – structurelle-empirique, culturelle-normative et organisationnelle-politique – constitutives d'un clivage politique (Bartolini and Mair 1990): le conflit de valeurs sur la dimension ouverture- fermeture exprime, au niveau normatif, l'opposition existant au niveau socio-structurel entre les "gagnants" et les

"perdants" supposés de la globalisation et est articulé par l'UDC, d'un côté, et le PS et les Verts, de l'autre.

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conséquences économiques d'un projet de politique extérieure dominent la campagne référendaire.

2.1 Méta-analyse des analyses VOX

Le tableau 1 résume les résultats des enquêtes d'opinion VOX conduites après chacune des neuf votations populaires portant sur la politique européenne mentionnés précédemment (voir liste des analyses-VOX en annexe). Il montre si le lien entre chaque facteur sociodémographique ou politique considéré et la décision de vote était statistiquement significatif et, le cas échéant, à combien se montait la différence de vote (Δ) entre les deux catégories (extrêmes) du facteur concerné. La dernière colonne ("total") indique la fréquence avec laquelle le facteur en question a joué un rôle.

On constate tout d'abord que le vote des hommes n'a jamais différé de manière significative de celui des femmes. De même, l'âge n'a presque jamais joué de rôle. En revanche, le vote a systématiquement varié en fonction d'autres facteurs sociodémographiques, à commencer par le niveau d'éducation. Comme le montre le tableau 1, tous les votes considérés ont été caractérisés par des différence sensibles de vote entre les personnes les moins formées et les personnes les plus formées. Ces différences varient entre 22 et 46 points de pourcentage selon le vote. Les résultats relatifs au revenu du ménage vont dans le même sens que ceux du niveau d'éducation, tout en étant un peu moins forts et un peu moins systématiques.

Ensuite, on a souvent observé des différences régionales dans les votes en matière de politique européenne, que ce soit entre les régions linguistiques ou entre les villes et les campagnes. D'un côté, un puissant clivage linguistique s'est manifesté à l'occasion du vote sur l'adhésion à l'EEE, qui a été plébiscitée par la Suisse romande mais rejetée par la Suisse alémanique et la Suisse italienne (plus de 30 points de pourcentage de différence). Les votes ultérieurs ont cependant montré un fort rapprochement des préférences entre la Suisse romande et la Suisse alémanique, même si la première a presque toujours plus soutenu l'ouverture européenne que la seconde.

Seul le Tessin s'est constamment singularisé par son opposition à la politique européenne, en étant même souvent le canton avec le taux le plus élevé de refus (entre 17 et 37 points de pourcentage de plus de refus que la Suisse romande).

D'un autre côté, à l'affaiblissement du clivage linguistique entre Romands et Alémaniques a répondu le renforcement du conflit ville-campagne. Dans sept votations sur neuf, les campagnes ont été sensiblement moins favorables à l'intégration européenne que les villes (entre 8 et 33 points de pourcentage de différence). De plus, les différences de préférences selon le lieu de résidence ne sont pas finement mesurées dans les enquêtes d'opinion individuelles et sont donc

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certainement sous-estimées dans le tableau 1. Elles apparaissent plus clairement dans les études basées sur des données agrégées – au niveau des districts ou des communes (Linder et al. 2008;

Seitz 2014). Aux valeurs plus cosmopolites et multiculturelles des citadins s'opposent les valeurs plus traditionnelles et isolationnistes des personnes vivant en milieu rural. Notons encore qu'il existe vraisemblablement un lien entre l'évolution, au cours des 25 dernières années, du vote selon les régions linguistiques et du vote selon le lieu de résidence. Plus précisément, le recul du soutien à l'intégration européenne parmi les Romands vivant en campagne et l'augmentation du soutien à l'intégration parmi les Alémaniques vivant en ville, ont contribué au rapprochement du vote entre les deux régions linguistiques (Engeli and Tresch 2005).

S'agissant des facteurs politiques, on note tout d'abord que la décision de vote varie selon l'intérêt pour la politique: dans sept votations sur neuf, plus une personne était intéressée par la politique, plus elle a eu tendance à voter en faveur de l'intégration européenne (entre 10 et 32 points de pourcentage de différence de soutien à l'ouverture entre les personnes "pas intéressées" et les personnes "très intéressées", selon le vote). La confiance dans le gouvernement montre des effets plus systématiques et encore plus prononcés que l'intérêt pour la politique: dans toutes les votations sauf une, cette variable est significativement liée au vote;

l'exception que constitue l'initiative "Oui à l'Europe" s'explique aisément, car pour une fois le Conseil fédéral recommandait de refuser l'ouverture et prônait donc le rejet de l'initiative.10 Ensuite, les prédispositions politiques, mesurées ici par l'idéologie gauche-droite et la sympathie partisane, apparaissent également comme des facteurs décisifs. Ces deux facteurs sont fortement liés à la décision de vote dans chacun des votes considérés. D'une part, le soutien à l'ouverture européenne diminue drastiquement lorsque se déplace d'un pôle à l'autre de l'axe gauche-droite: dans un cas (Initiative "Que le peuple décide"), la différence de soutien est de seulement 15 points de pourcentage. Mais dans les autres votations, la différence varie de 30 à 73 points de pourcentage. D'autre part, la décision de vote varie de manière considérable en fonction de la sympathie partisane. Dans tous les cas sauf un, le vote a donné lieu à un conflit entre les sympathisants de l'UDC, fortement opposés à l'intégration européenne de la Suisse, et les sympathisants du PS, alliés à ceux du PLR et du PDC, fortement favorables. Ce résultat confirme qu'en politique européenne, comme en politique extérieure plus généralement, la

10 Bien qu'à l'époque l'adhésion à l'UE constituait toujours l'objectif à long terme du Conseil fédéral, celui-ci souhaitait éviter de brûler les étapes et voulait d'abord mettre en œuvre les premiers accords bilatéraux. D'où sa recommandation de vote pour un Non "raisonnable" à l'initiative.

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configuration partisane "standard" est une coalition de type centre-gauche contre droite conservatrice. L'initiative "Oui à l'Europe" constitue à nouveau l'exception, mais le conflit entre la gauche et l'ensemble de la droite qui a prévalu en la circonstance au niveau des sympathisants était conforme aux mots d'ordre des partis: outre l'UDC, le PLR avait aussi recommandé le Non, tandis que le PS avait recommandé le Oui.11

Enfin, les deux dernières lignes du tableau 1 confirment que les comportements de vote en politique européenne sont motivés par des valeurs politiques plus fondamentales relatives à l'ouverture internationale de la Suisse, d'une part, et au rapport aux Etrangers, de l'autre. Dans toutes les enquêtes où ces deux questions de valeurs ont été posées, elles sont fortement associées à la décision de vote. Plus une personne s'est déclarée favorable à l'ouverture de la Suisse, plus elle a voté en faveur de l'intégration européenne. La différence de soutien à l'intégration entre les personnes qui se placent aux deux pôles de l'échelle "ouverture-fermeture"

varie de 20 à 70 points de pourcentage, selon le vote. De même, les personnes qui souhaitent accorder les mêmes chances aux étrangers qu'aux Suisses sont beaucoup plus favorables à l'ouverture à l'Europe que les personnes qui souhaitent accorder la priorité aux Suisses (différences de 13 à 54 points de pourcentage, selon le vote).

11 Notons toutefois que le PDC s'est retrouvé en décalage avec sa base: le parti national avait, un peu à la surprise générale, recommandé le Oui à l'initiative, mais celle-ci a été balayée par ses sympathisants (seulement 16% de Oui selon l'enquête VOX (Hirter and Linder 2001)).

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Tableau 1: Résumé des relations bi-variées mentionnées dans les analyses VOX des neuf votations fédérales en politique européenne

EEE (1992)

IP "Que le peuple décide"

(1997)

Accords bilatéraux 1

(2000)

IP "Oui à l'Europe"

(2001)

Schengen- Dublin (2005)

Extension ALCP (2005)

Loi fédérale Coopération Europe de l'est (2006)

Extension/re conduction

ALCP (2009)

IP "Contre l'immigration

de masse"

(2014)

Total

Sexe n.s. n.s. n.s. n.s. n.s. n.s. n.s. n.s. n.s. 0/9

Age n.s. n.s. *** n.s. n.s. n.s. n.s. n.s. ** 2/9

Région linguistique (Δ avec SR)

*** (TI 37, SA 33)

n.s. (TI 17, SA 4)

*** (TI 34, SA 12)

*** (TI 19, SA 15)

*** (TI 25, SA 19)

n.s. (TI 25, SA 6)

n.s. (TI 21, SA 5)

ns (TI 32, SA 7)

** (TI 26, SA

10) 5/9

Ville-campagne (Δ) *** (25) n.s. *** (33) *** (24) *** (32) ** (19) n.s. * (8) ** (13) 7/9

Formation (Δ entre

catégories extrêmes) *** (33) ** (29) *** (45) *** (22) *** (37) *** (35) *** (30) *** (44) *** (46) 9/9 Revenu (Δ entre

catégories extrêmes) n.d. * (12) *** (32) n.s. *** (30) * (23) * (24) *** (22) *** (30) 7/8

Intérêt pour la

politique ** (17) n.s. *** (14) n.s. *** (23) *** (25) ** (27) *** (27) ** (22) 7/9

Confiance gvt. (Δ

entre oui et non) *** (43) *** (19) *** (53) n.s. *** (45) *** (23) *** (39) *** (57) *** (55) 8/9 Gauche-droite

entre cat. extrêmes) *** (30) * (15) *** (55) *** (55) *** (64) *** (69) *** (53 *** (56) *** (73) 9/9 Sympathie partisane

(Δ PS-UDC) *** (37) *** (34) *** (69) *** (52) *** (78) *** (76) *** (76) *** (74) *** (79) 9/9 Valeurs: Ouverture n.d. *** (20) *** (78) *** (37) *** (70) *** (70) *** (60) *** (58) *** (53) 8/8 Valeurs: Etrangers n.d. *** (13) *** (48) *** (31) *** (54) *** (47) *** (45) *** (53) *** (54) 8/8

N 870 479 644 712 718 522 589 676 1065

Sources: Analyses-VOX des votations concernées (les cellules en rouge sont des résultats non mentionnés dans les analyses VOX, que j'ai calculés moi-même.

Notes: *** coefficient significatif à 0.001; ** coefficient significatif à 0.01; * coefficient significatif à 0.05; n.s. coefficient non significatif; n.d. information non disponible.

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En dépit de leur intérêt, les analyses bi-variées présentées dans le tableau 1 souffrent d'une faiblesse majeure: elles ne tiennent pas compte des liens existant entre les facteurs explicatifs considérés. Par exemple, comme l'auto-positionnement sur l'échelle gauche-droite et la sympathie partisane sont fortement liées entre elles, une analyse bi-variée ne permet pas de savoir si c'est le fait d'être votant PS ou si c'est plutôt le fait d'avoir une idéologie de gauche de qui importe, ou les deux. Les analyses de régressions permettent de remédier à cette faiblesse, c'est-à-dire de mesurer l'effet spécifique de chaque variable sur la décision de vote.

Le tableau 2 présente les résultats d'une telle régression, conduite sur l'ensemble des données des neuf enquêtes d'opinion, réunies dans un seul fichier.12 L'analyse inclut toutes les variables discutées précédemment, sauf le revenu, variable pour laquelle il y a trop de données manquantes. Le modèle 1 se concentre sur les facteurs sociodémographiques, le modèle 2 inclut les facteurs politiques et le modèle 3 ajoute en sus les deux échelles de valeurs. Le tableau 3 permet de se faire une idée plus concrète de l'ampleur des effets des différentes variables. Il présente les probabilités prédites de voter en faveur de l'intégration européenne. Dans la première colonne, ces probabilités ont été calculées à partir du modèle 1 du tableau 2, c'est-à- dire le modèle incluant seulement les facteurs sociodémographiques. Dans la seconde colonne, les probabilités ont été calculés à partir du modèle 3 du tableau 1, c'est-à-dire le modèle complet incluant toutes les variables.

Alors que les analyses bi-variées ne montraient pas de différences entre les hommes et les femmes, le premier modèle du tableau 2 montre que ces dernières sont plus favorables à l'intégration européenne. Toutefois, la différence est peu prononcée et disparaît dans les modèles suivants. Il en va de même des différences entre citoyens des villes et des campagnes et des différences entre Romands et Alémaniques, qui s'amenuisent lorsque les variables politiques sont prises en compte, et disparaissent complètement lorsque les valeurs politiques sont également incluses. Dans le modèle 1, les Romands se distinguent significativement des Alémaniques. Ceci est encore le cas dans le modèle 2, mais plus dans le modèle 3. Cela signifie concrètement que les Romands sont porteurs de valeurs plus favorables à l'ouverture internationale et à l'égalité des chances entre Suisses et Etrangers, valeurs qui expliquent à leur tour leur soutien plus marqué à l'intégration européenne. En revanche, l'opposition de la Suisse

12 Pour les besoins de l'analyse, les données ont été, si nécessaire, recodées de sorte à ce qu'une augmentation du pourcentage de Oui signifie une augmentation du soutien à l'intégration européenne de la Suisse. Cela concerne l'initiative demandant le retrait de la demande d'adhésion à l'UE de 1997 et l'initiative contre l'immigration de masse de 2014.

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italienne à l'intégration européenne ne faiblit pas dans les modèles 2 et 3, ce qui souligne la singularité de cette opposition (Mazzoleni et al. 2007). Comme le montre le tableau 3, même lorsque tous facteurs sociodémographiques et politiques sont inclus dans l'analyse, la probabilité de soutien à l'intégration est de 18 points de pourcentage inférieur parmi les Tessinois que parmi les Romands ou les Alémaniques.

Le niveau d'éducation conserve également une influence significative dans tous les modèles du tableau 2. Selon le tableau 3, la différence de probabilité de soutien à l'intégration européenne entre les personnes les moins bien formées et les personnes les mieux formées s'élève à 35 points de pourcentage dans le modèle simple et demeure significative (11 points de pourcentage) même lorsque les variables politiques sont prises en compte. Ce résultat confirme que le niveau d'éducation exerce une influence particulièrement élevée sur la formation des opinions en politique européenne, comme en politique extérieure plus généralement (Sciarini 2000). Le clivage gagnant-perdants fournit une explication plausible à ce résultat: les personnes faiblement qualifiées ressentent l'intégration européenne comme une menace, tandis que les personnes les mieux qualifiées pensent au contraire disposer des ressources nécessaires pour pouvoir en tirer profit.

Dans le contexte multivarié, l'intérêt pour la politique n'a plus guère d'effet. En revanche, les autres variables (confiance au gouvernement, auto-positionnement gauche-droite, sympathie partisane, valeurs politiques) contribuent toutes à l'explication des votes individuels en matière de politique européenne. Selon le tableau 3, selon que l'on fasse confiance ou pas au Conseil fédéral, la différence de soutien à l'intégration européenne s'élève à 20 points de pourcentage.

En outre, il est frappant que les quatre derniers facteurs politiques, dont on aurait pu penser qu'ils soient corrélés entre eux, influencent en fait chacun de manière substantielle les votes individuels en matière de politique européenne: la différence de soutien à l'intégration augmente de 38 points de pourcentage entre le pôle droite et le pôle gauche de l'échelle gauche-droite, de 51 points entre le pôle "fermeture" et le pôle "ouverture" et de 20 points entre le pôle "priorité aux Suisses" et le pôle "égalité des chances pour les Etrangers" des échelles de valeurs, et il est de 38 points plus élevé parmi les sympathisants du PS que parmi ceux de l'UDC. Ces résultats confirment que les votes de politique européenne favorisent l'expression de conflits de nature idéologique entre la gauche et la droite, qui se confondent avec des conflits de nature culturelle ou identitaire sur la dimension "intégration-démarcation" ou "ouverture-traditions".

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Tableau 2: Déterminants du vote individuel dans les votations de politique européenne (coefficients de régression non standardisés, erreur standard entre parenthèses)

Modèle 1 Modèle 2 Modèle 3

Sexe 0.22*** 0.13 0.14

(0.06) (0.08) (0.10)

Age 0.00 0.00 0.00

(0.00) (0.00) (0.00) Région linguistique (réf.: Suisse alémanique)

Suisse romande 0.61*** 0.48*** 0.11

(0.07) (0.11) (0.14)

Suisse italienne -1.01*** -1.19*** -1.32***

(0.13) (0.17) (0.19)

Ville (vs campagne) 0.33*** 0.17* 0.01

(0.06) (0.08) (0.10) Niveau d'éducation (réf.: apprentissage)

Bas -0.40*** -0.32* -0.30

(0.10) (0.16) (0.20)

Moyen 0.73*** 0.51*** 0.45***

(0.07) (0.10) (0.12)

Elevé 1.26*** 0.64*** 0.39**

(0.09) (0.12) (0.14) Intérêt pour la politique (réf.: plutôt intéressé)

Pas intéressé -0.32** -0.21

(0.11) (0.14)

Très intéressé 0.04 -0.05

(0.09) (0.11) Confiance au gouvernement (vs méfiance) 1.45*** 1.41***

(0.11) (0.09)

Echelle gauche-droite -0.23*** -0.19***

(0.03) (0.03) Sympathie partisane (réf.: PLR)

PS 0.43* 0.26

(0.17) (0.21)

PDC 0.23 0.16

(0.16) (0.20)

UDC -2.00*** -1.93***

(0.18) (0.21)

Autre(s) parti(s) -0.23 -0.16

(0.16) (0.20)

Aucun parti -0.31* -0.42*

(0.15) (0.18)

Valeurs: Ouverture (vs fermeture) 0.14***

(0.03) Valeurs: Chances égales pour Etrangers (vs priorité aux Suisses 0.54***

(0.04)

Constante -1.14*** 0.52 -2.64***

(0.17) (0.32) (0.43)

N 6,319 4,680 3,873

Pseudo R2 0.14 0.36 0.46

*** p<0.001, ** p<0.01, * p<0.05

(15)

Tableau 3: Probabilités prédites du soutien à l'intégration européenne

Δ Probabilités prédites (points de pourcentage) Tirées du modèle 1 Tiréess du modèle 3

Sexe (Δ homme-femme) 5 n.s.

Age (Δ 18 ans-85 ans) n.s. n.s.

Région linguistique (Δ avec Suisse romande) Suisse italienne: 35 Suisse alémanique: 13

Suisse italienne: 18 Suisse alémanique: 1

Ville-campagne 8 n.s.

Formation (Δ entre catégories extrêmes) 35 11

Intérêt pour la politique n.s.

Confiance gvt. (Δ entre oui et non) 20

Gauche-droite (Δ entre catégories extrêmes) 38

Sympathie partisane (Δ PS-UDC) 38

Valeurs: Ouverture (Δ entre cat. extrêmes) 51

Valeurs: Etrangers (Δ entre cat. extrêmes) 20

Conclusion

Les comportements de vote en politique européenne présentent des caractéristiques relativement stables d'un vote à l'autre. Les facteurs sociodémographiques et – plus encore – les facteurs politiques influencent de manière assez systématique et assez prononcée la décision de vote des Suisses et des Suissesses. Parmi les facteurs sociodémographiques, tant la méta- analyse que l'analyse des données cumulées mettent en évidence le rôle puissant du niveau d'éducation, ainsi que la singularité des préférences des Tessinois. A ces facteurs s'ajoute le lieu de résidence, et plus précisément l'opposition entre les villes et les campagnes, dont l'importance est certainement sous-estimée dans les données d'enquête dont je me suis servi dans ce chapitre. Alors que les personnes les mieux formées et les citadins soutiennent le plus fortement l'intégration européenne, les personnes les moins bien formées, les personnes vivant en milieu rural et les Tessinois tendent à s'y opposer. De manière plus générale, le fort impact des facteurs sociodémographiques tend à accréditer la thèse selon laquelle la "stratification du vote" serait particulièrement marquée en politique européenne, comme en politique extérieure plus généralement (Papadopoulos 1996).

L'impact des prédispositions politiques, mesurées ici par l'idéologie (auto-positionnement gauche-droite), la sympathie partisane et les valeurs politiques, est encore plus marqué. Les

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votations populaires en politique européenne sont systématiquement l'occasion d'un conflit entre la gauche et – le plus souvent – la droite modérée, d'un côté, contre la droite nationale- conservatrice, de l'autre, auquel se superpose le conflit entre les partisans de l'ouverture internationale et les partisans du repli sur soi. De ce point de vue, la politique européenne est emblématique de la polarisation de la politique suisse, au sein du système de partis, et de l'affirmation corrélative, au sein de la population, du conflit entre les "gagnants" et les

"perdants" de la globalisation.

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