Revue d’histoire des techniques / Journal of the history of technology
X-1 | 2022
Le goût des techniques
Un miroir des arts ménagers : le 9
eart
Cuisiner dans la bande dessinée, des années 1900 aux années 2000 A Mirror of the Domestic Arts: the 9th Art (1900-2000)
Danièle Alexandre-Bidon
Édition électronique
URL : https://journals.openedition.org/ephaistos/9837 ISSN : 2552-0741
Éditeur
IHMC - Institut d'histoire moderne et contemporaine (UMR 8066) Référence électronique
Danièle Alexandre-Bidon, « Un miroir des arts ménagers : le 9e art », e-Phaïstos [En ligne], X-1 | 2022, mis en ligne le 05 avril 2022, consulté le 06 avril 2022. URL : http://journals.openedition.org/ephaistos/
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Un miroir des arts ménagers : le 9 e art
Cuisiner dans la bande dessinée, des années 1900 aux années 2000 A Mirror of the Domestic Arts: the 9th Art (1900-2000)
Danièle Alexandre-Bidon
1 Les journaux illustrés constituent une source inédite pour étudier les structures du quotidien aussi bien que les mentalités. En France, la presse illustrée s’est très tôt divisée en deux groupes, les journaux pour les adultes, en général des hommes, et la presse pour la jeunesse, qui a connu une apogée dans les années 1860. Dans les années 1880, les journaux illustrés satiriques ou humoristiques pour adultes ont opté pour de nouvelles formes de représentations. Ils sont passés de l’image unique à la Daumier aux gags séquentiels, qui se déroulent en plusieurs images.
Le caractère familial du 9
eArt à ses débuts
2 Ce procédé va influencer la presse jeunesse : autour de 1900, naît une nouvelle génération d’illustrés à prix modique, « pour la famille » et pour l’enfance, visant d’abord les garçons puis, très vite, les filles. Ils développent le principe des histoires en images « à suivre et à suspense » allant d’une à plusieurs pages : ce sont les premières BD. Même s’ils sont beaucoup plus riches en images que dans les périodes précédentes, les journaux pour la jeunesse persistent dans leur volonté éducative. Ce souci se lit par
constituent une pièce essentielle d’un dispositif éducatif qui englobe aussi les manuels scolaires, mieux connus ; en effet, tout ce qui peut contribuer à former le sexe féminin aux arcanes des arts ménagers doit être pris en considération, car l’opinion des éducateurs est que « la petite fille devrait apprendre à lire et à écrire avec des sujets d’économie domestique » (Driessens 1922).
4 Par leurs articles comme à travers les histoires à suivre, les illustrés adoptent un angle intimiste, entrant au cœur du noyau familial – et jusque dans les cuisines – de manière volontairement réaliste pour que les jeunes lectrices et lecteurs puissent se projeter et adhérer aux messages des textes et des images. Même dans les journaux pour les garçons, l’intimité familiale le dispute aux aventures exotiques. Au cours des années 1930, la BD américaine se répand dans les journaux français. Elle aide à diffuser les modèles des arts ménagers d’outre-Atlantique.
5 Face à un corpus à la fois titanesque et peu connu, l’historien n’a d’autre choix que de dépouiller les journaux illustrés, puis les albums, de manière systématique. Il peut aborder les illustrés sous divers angles offerts non seulement par les images, mais aussi par les articles qui propagent des informations et des enseignements. Outre l’esthétique et l’invention du langage séquentiel, qui relèvent de l’histoire du 9e art, il peut axer sa recherche sur le contenu éducatif, différent pour les deux sexes, se rattachant ainsi à l’histoire de l’éducation. Il peut aussi y observer les structures du quotidien dont témoignent les images, qu’il s’agisse des objets culinaires, techniques, mobiliers ou vestimentaires, tous sujets relevant de l’histoire de la culture matérielle.
C’est enfin à l’histoire des mentalités que se rattachent les informations qui émanent du 9e art sur l’évolution du goût (Alexandre-Bidon 2013), les relations entre le genre et la cuisine, les progrès techniques ou l’aspiration au modernisme symbole d’une vie meilleure, dont toutes ces histoires sont empreintes. Autant de problématiques auxquelles ouvre la bande dessinée.
La cuisine en BD : moderne et genrée
6 Aux États-Unis, le caractère familial du 9e art est encore plus marqué. Avant l’ère des comic books et des superhéros, la BD était publiée en strips noir et blanc dans les quotidiens et en couleurs dans les suppléments illustrés du dimanche. Face aux récits d’aventures s’est immédiatement imposée une catégorie spécifique : les « family strips ».
Sur un mode humoristique, les recommandations n’en sont pas moins nombreuses. Les héros enfants et adolescents y déroulent leur existence de personnalités de papier ayant vocation à l’exemplarité : les garnements sont punis, les enfants sages récompensés, les bonnes cuisinières aimées de leur époux.
7 Les images, qu’il s’agisse de celles de la Belle Époque (entre 1880 et 1914) ou de la bande dessinée d’aujourd’hui, ne doivent pas être envisagées isolément. Comme pour toute source iconographique, il importe de prendre en considération leur contexte. En matière d’arts ménagers, les journaux pour la jeunesse proposent non seulement des histoires en images, mais aussi des articles illustrés et des publicités qui, aux États-Unis, sont souvent sous forme de BD. Les appareils ménagers y sont rois. Le fourneau, la cuisinière, le réfrigérateur, appareil genré – plutôt féminin en France, mais masculin aux États-Unis –, la machine à laver le linge, l’aspirateur, ainsi que le petit appareillage ménager et les ustensiles de cuisine, apparaissent dans des milliers de cases. La cuisine s’impose même dans la science-fiction. Déjà en 1905, Robida avait dessiné « La maison
vraiment moderne » dont l’espace culinaire, scientifiquement aménagé, permettait de faire de la « cuisine électro-chimique pour repas en boulettes ». L’humour parodique a ensuite donné une place inédite aux cuisines et aux ustensiles ménagers : au nombre des machines à remonter le temps, on compte désormais une cuisinière vaisseau spatial, un frigo et même un grille-pain3 ! Pour le 9e art, la cuisine n’est un endroit banal qu’en apparence. Elle peut dissimuler un centre de recherches militaire ultra-secret4 !
8 Nous avons envisagé la BD à la fois en Europe et aux États-Unis. En effet, les productions américaines sont plagiées en France dès la Belle Époque, puis traduites dans les illustrés franco-belges à partir des années 305. Pour les périodes antérieures à 1970, nous avons eu accès à un très large ensemble éditorial avec la collection de l’historien de la BD Pierre Couperie6 (1930-2009) : des milliers d’illustrés franco-belge, italiens, anglais et de journaux américains, parmi lesquels un lot important de BD publicitaires entre 1930 et 1960. Celles-ci ne sont jamais prises en considération, ni par les bédéphiles, ni par les spécialistes de la publicité, notamment en matière d’appareils ménager et d’ustensiles culinaires : elles permettent une approche inédite.
9 À toutes les périodes, les illustrés publient non seulement des BD, mais aussi des romans illustrés, des devinettes, des jeux, notamment des découpages7, des concours, qui font souvent appel au registre du culinaire, et des rubriques d’actualité, parfois consacrées à des accessoires ménagers inattendus, comme le masque américain pour éplucher les oignons sans pleurer, inspiré des masques à gaz employés dans les tranchées8. De telles rubriques sont l’occasion de montrer aux garçons les « progrès des techniques » en les comparant aux « procédés primitifs » d’antan9. Chaque journal pour fillette propose une rubrique culinaire : par exemple, « Sur le coin du fourneau », dans Fillette, pour les années 1910, puis « Fillette cuisine », dans les années 1940. À partir des années 1950, ces rubriques sont même déclinées en BD10.
10 En outre, les filles trouvent dans leurs illustrés des informations techniques utiles au quotidien. On leur explique par exemple comment obtenir de l’eau fraîche en été même si l’on ne possède pas de réfrigérateur11, ou bien encore la cuisson dans du papier. Celle- ci peut aussi bien figurer dans la rubrique « Pour les gourmands » d’un journal illustré que dans celle consacrée à « La physique amusante » d’un autre12. Enfin, il existe même des reportages sur les salons des Arts ménagers13. Tous ces éléments, qui constituent le
« contexte » des histoires en BD, doivent aussi être pris en considération.
Le registre du culinaire dans la BD de fiction
11 Le corpus rassemblé comporte environ un millier de titres et plus encore d’images, allant de la Belle Époque à nos jours. Comme il en est de toute source iconographique, les images de la cuisine ne sont pas à prendre pour des témoignages ethnographiques
vue choisi par le dessinateur et l’intention du discours narratif, la cuisinière et le frigo peuvent être disposés côte à côte ou en vis-à-vis15, le réchaud posé par-dessus la glacière, ou, plus judicieusement, le fourneau ou la cuisinière installés à côté de l’évier, lui-même toujours disposé sous la fenêtre. L’humour peut pousser un dessinateur à déployer un gag dans le cadre le plus ordinaire qui soit pour faire un contrepoint à la fantaisie de l’histoire. Le dessinateur satirique Cruikshank a ainsi mis en scène d’extravagants « Frying fish and Flying fish » dans une cuisine des plus normales, avec son fourneau sous le manteau de la cheminée, sa table, son dressoir. Encore dans les années 40, on peut voir d’incongrus ustensiles de cuisine anthropomorphes mis à cuire sur un réchaud à gaz des plus réalistes.
Fig.1a. Une cuisine tonique et onirique. Fig 1b : Ustensiles et légumes anthropomorphes
Fig.1a: Cruikshank, Scraps and Sketches, Londres, 1832; Fig. 1b: « Fun on the gas stove », Puck Annual 1937.
13 Vingt ans plus tard, un maximum de réalisme est exigé dans la représentation des appareils ménagers : aux États-Unis, les dessinateurs qui poursuivent leurs récits parfois sur plusieurs décennies font évoluer leurs personnages dans un décor contemporain. Ils changent le type de réfrigérateur et de cuisinière au fil du temps pour éviter les anachronismes et renforcer l’effet de réel : « It’s vital to our acceptance that we be contemporary » (Young et Marschall 1981). La BD rend aussi compte de décalages entre le moment où se diffuse un appareil ménager et celui où l’on procède à sa représentation. Le mixer électrique s’impose dès la fin des années 50 aux États-Unis16 et au début des années 70 dans la BD franco-belge17. Alors qu’il est omniprésent dans les cuisines américaines dès les années 30, le réfrigérateur est considéré, en France et en Belgique, comme un « confort moderne »18 en 1948, et, dix ans plus tard, on peut encore imaginer qu’une jeune lectrice ne dispose pas de cet appareil19. Ce témoignage est conforme à ce que l’on sait du réfrigérateur : en 1956, moins de 8 % des Français possédaient un réfrigérateur (Brayet 2019 : 8, 16). La cuisine est enfin l’expression du statut social, comme on le voit dans une BD anglaise : la famille Snobb dispose de tous les gadgets modernes et fait cuire sa volaille dans le four d’une cuisine intégrée qui ressemble à un laboratoire, tandis que la famille Slobb (i.e. Plouc) fait griller sa saucisse à la flamme d’une bougie (fig 2).
Fig. 2a et 2b. Les Snobb et les Slobb en cuisine
« The Snobbs and the Slobbs », The Dandy Book, 1988.
14 La cuisine est un des lieux privilégiés où s’exerce la magie du 9e art. Celui-ci, en effet, a mis à l’honneur les histoires dont les enfants sont les héros et les « family strips » qui racontent la vie ordinaire d’une famille. La cuisine y est omniprésente : la bonne épouse et mère de famille s’y active sans cesse à concocter des bons repas et des gâteaux.
15 Les garçons et leurs pères passent leur temps à ouvrir le réfrigérateur pour voir ce qu’ils pourraient se faire comme en-cas, à l’image de « Blondie », de Chic Young, « Hi and Lois », de Mort Walker et Dik Browne, ou encore « Dennis the menace ». Le soir, les hommes viennent piller le réfrigérateur, image moderne de la corne d’abondance, pour leurs « bedtime sandwiches » et autres « midnight snacks »20, occasion d’une scène récurrente : l’homme courbé en deux devant son frigo, porte ouverte (fig.3).
Fig. 3. Une scène récurrente : l’homme courbé en deux devant son frigo, porte ouverte
Fig. 3a: Martin Branner, Bicot magicien, Paris, Hachette, 1933 (série traduite de l’américain); Fig. 3b:
Roy Crane, « Buz Sawyer featuring Rosco Sweeney », The Overseas Weekly, 15 janvier 1967.
16 Les enfants viennent jouer au chaud à la cuisine et ils y font mille bêtises21, soit avec le fourneau, comme Naughty Pete, soit avec le frigo, comme Nano et Nanette qui y mettent des billets pour quand on aura « besoin d’argent "frais" »22 ! Aux États-Unis mais aussi dans la BD franco-belge, les histoires familiales se déclinent volontiers à table. La cuisine est le point de rencontre des adultes et des enfants, le lieu où s’exprime le mieux l’affection entre les personnages : la cuisine, c’est de l’amour.
Lorsque l’époux rentre du travail et demande à sa femme : « Qu’est-ce que tu as pour moi ce soir ? », la ménagère répond, mi-figue, mi-raisin : « J’ai de l’amour à te donner, et si cela ne suffit pas, j’ai aussi une tourte à la crème de banane au four. » « C’est bien à ça que je faisais allusion », rétorque le mari affamé23. Cette thématique est également déclinée dans la publicité (Parkin 2006).
17 Par ailleurs, le registre du culinaire n’est pas limitée aux family strips. Dans la BD,
« l’aventure est en cuisine ! », on peut la retrouver associée à la politique, comme chez Winsor McCay24 (Canemaker 2005 : 14), ou au genre policier. De l’amour on passe aisément à la haine : à la Belle Époque, la cuisine est le lieu de projets féminins meurtriers25 ; dans les comic books horrifiques des années 50, elle est le lieu de meurtres de ménagères par des époux devenus fous à force de soumission : on les voit leur écraser un fer à repasser brûlant sur le visage ou noyer leur femme dans la machine à laver26, une version modernisée de la Farce du cuvier médiévale ! (The Very large book 1975 : 80).
18 Les célibataires, en général gourmands, engagent une cuisinière en les mettant en concurrence, comme « Monsieur Lepansu »27 ou cuisinent eux-mêmes en suivant les émissions culinaires à la télévision28. Même les superhéros se font une « supercuisine » ! Leurs superpouvoirs suppléent à l’équipement ménager. Loïs Lane, « superchef », fait un gâteau dans son super-four et concocte pour Superman, qu’elle cherche à épouser, un « super steack » (Siniavski 2020)29. Superboy prépare un gâteau gigantesque. Tel autre superhéros refroidit un gâteau juste sorti du four grâce à son super-souffle, au lieu de le mettre, comme tout le monde, sur le rebord de la fenêtre de la cuisine, source de gags habituelle.
Fig.4. La cuisine savante
Mars-Trick, « La cuisine savante », La Baïonnette, 5e année, n° 189, 13 février 1919
19 Les ustensiles culinaires sont très souvent représentés, parfois même anthropomorphisés. Ils servent d’argument scénaristique : en 1930, on peut trouver en couverture du Corriere dei Piccoli une histoire de fabrication de faitouts en céramique incassable30. En 1950, toujours en couverture du même journal, un nouveau cuiseur à vapeur en aluminium est mis sur le marché et les femmes se pressent pour l’acheter (fig.5).
Fig.5. Histoire d’un cuiseur à vapeur
Corriere dei Piccoli, XLIIIe année, n° 2, 14 janvier 1951
20 Au début du XXe siècle, comme de nouveau actuellement avec les BD culinaires et gastronomiques, la réalisation d’une recette peut même être le seul argument d’une histoire31.
21 Il existe aussi des récits de personnages historiques qui ont joué un rôle majeur dans les progrès de la vie domestique, tel Charles Tellier32, « le méconnu » auteur d’une
« merveilleuse découverte », le « froid artificiel », grâce auxquels « de meilleures possibilités d’hygiène et de confort se sont introduites dans les plus modestes foyers ».
Les garçons peuvent être amenés à s’intéresser aux arts ménagers par le biais de telles histoires.
22 L’inventeur est d’ailleurs un personnage habituel du 9e art, toutes époques confondues33, et il n’hésite jamais à se mêler d’arts ménagers : ici un savant invente une pâte à faire briller les casseroles, si efficace que toutes les ménagères en ont les yeux brûlés34 ; là un professeur imagine un robot faisant office de serviteur à table35. Ce savant, le professeur Radium, invente aussi des ustensiles de cuisine amusants, comme la machine à faire les pancakes (fig.6).
Fig.6. La machine à pancakes
Puck, vol. IV, n° 82, 17 février 1906
23 Alain Saint-Ogan, en 1934, propose quant à lui une machine à cuire les œufs à la coque36. En 1938, Charlot utilise une épluche-tout universel à manivelle dont il se sert pour une corvée de pommes de terre37. En 1917, George Delaw fait une allusion à ce type d’appareil en figurant des cuistots en pleine corvée de pommes de terre38. Beaucoup de ces inventions ont été réalisées depuis…
24 Les humoristes se gaussent parfois de ces mécanismes dignes d’un concours Lépine : Cami se moque par exemple de l’appareil « électro-tambour-culinaire » qui sert à battre
« les œufs et la charge en même temps » soi-disant présenté au salon des Arts ménagers de 195039. Il fait sans doute allusion au robot ménager, « seconde paire de bras de la ménagère », que l’illustré Âmes vaillantes a sélectionné cette même année parmi les heureuses trouvailles du salon40.
25 En cuisine, l’inventivité n’est pas genrée. Depuis ses origines, la BD montre les femmes intéressées par les mécanismes leur permettant de cuisiner en moins de temps et de fatigue. Une des premières images à en témoigner date de 1898 (fig.7).
Fig.7. Mécaniciennes, sportive ou cuisinière ?
G. Ri, Le Pêle-Mêle, 1898
26 Elle est signée du dessinateur G. Ri, dont le nom de plume dit bien l’esprit. Il figure une femme en train de pédaler dans sa cuisine sur un chevalet faisant fonction de vélo d’intérieur. Le pédalier entraîne trois mécanismes : un hachoir qui cisèle des herbes, la manivelle d’un moulin à café, la rotation d’une broche sur laquelle rôtit une volaille.
L’air content de soi de la dame, en costume de cycliste et non en tablier de cuisinière, montre assez qu’elle n’a pas l’intention de se laisser réduire à un rôle seulement féminin : « Avec cette nouvelle invention, je ne perds pas mon entraînement, pendant la mauvaise saison, et tout en pédalant, je fais ma petite cuisine ! ».
27 Les dessinateurs rivalisent d’imagination pour inventer qui le hachoir à viande-jouet à bascule, pour préparer le repas et occuper bébé en même temps41, dont une domestique est l’inventrice, qui le cordon de sonnette-pilon à purée42, dont une cuisinière est l’auteur, qui le sifflet avertisseur d’eau chaude pour bouilloire43, sans parler du ventilateur faisant aussi fonction de piège à souris ou d’aiguiseur de couteaux44. Les femmes qui les imaginent ne sont « pas sottes » ; les titres des histoires les disent même
« ingénieuses », alors que les hommes sont davantage présentés comme des hurluberlus : le sous-genre des arts ménagers loufoques connaît un vif succès dans la BD d’avant-guerre. Ici, un célibataire imagine un nichoir installé au-dessus de la poêle à frire, avec une poule qui pond sur commande45, là le ventilateur tranche-pain46. Martin Veyron renoue avec les inventeurs de mécanismes fous en imaginant la façon la plus compliquée de faire cuire un rôti47. Comment ne pas évoquer, dans Pif Gadget, la machine à faire les œufs durs carrés, rééditée sous le titre « La recette scientifique » en 201648 ?
La BD publicitaire : une source inexplorée
28 La publicité a repéré très tôt le potentiel commercial de la BD. Aux États-Unis, les réclames49 en BD, publiées dans tous les journaux du dimanche en même temps sur l’ensemble du continent, touchaient jusqu’à cent millions de lecteurs. Ce sont des professionnels du 9e art qui dessinent les publicités culinaires, comme Grace G. Drayton pour les soupes Campbell en boîtes de conserve50, et les syndicates qui les emploient ont même eu l’idée de créer une page de BD spécialement ouverte à la publicité. Alfred Andriola, auteur de la série « Kerry Drake », faisait à la demande une page pour une recette de cuisine employant un bouillon cube ou pour tout autre sujet51. D’une qualité graphique remarquable, parfois même exécutées par des dessinateurs phares, comme Milton Caniff, les BD publicitaires attiraient immanquablement le regard. Cette
« littérature grise » en couleurs constitue une source de premier plan.
29 Sur le vieux continent, les réclames paraissent dans les quotidiens ou les illustrés pour la jeunesse, qui, dans la France de la Belle Époque, tiraient déjà jusqu’à 150 000 exemplaires. Ici aussi, les plus célèbres dessinateurs ont un jour ou l’autre mis en scène la cuisine et/ou les arts ménagers dans une publicité. C’est le cas de Benjamin Rabier, de Poulbot (Weill et Gouvernon 2006 : 52, 37, 59)52 et plus tard, en Belgique, de Hergé (Sadoul 1975)53. D’autres ont joué les inventeurs, tel Jijé qui a même déposé un brevet pour une boîte de conserve « autochauffante » pour étudiants, ouvriers, pique-niqueurs ou soldats (Vous avez dit BD : 66) !
30 En Italie, le Corriere dei Piccoli publie dès les années 30 de superbes pages de BD publicitaire dans le style Art Déco pour les bouillons cube Arrigoni. Dans les années 50, Maïzena va également y publier des strips54. En France, les pâtes Lustucru et l’huile Lesueur proposent des strips dès les années 30. Les années 1950-60 voient se multiplier les pubs commanditées non seulement par les industries alimentaires, mais aussi par des industriels de l’équipement ménager. Frimatic publie dans divers illustrés pour la jeunesse des pages de BD publicitaires pour ses frigos avec un phoque de l’Antarctique comme mascotte et héros des histoires55. Les yaourts Chambourcy font de même à la fin des années 6056. Les distributeurs d’énergie leur emboîtent le pas. En 1960, Jean Effel, l’auteur inoubliable de La Création du monde, réalise même un catalogue de cuisinières, chauffe-eaux, chauffe-bains, générateurs d’air chaud, chaudières et machines à laver fonctionnant au gaz. À l’intérieur, entremêlée aux photos d’ustensiles ménagers, se déroule la vie d’une charmante petite famille qui se prélasse, y compris l’épouse, entre deux activités domestiques. Le message est clair : l’équipement moderne au gaz est « le paradis retrouvé », titre du fascicule !
31 En Grande-Bretagne, Gas Council propose dans le journal anglais Eagle, très apprécié des garçons, des publicités qui prennent la forme de family strips didactiques. Dessinées
Fig.8. « What’s cooking? »
« What’s cooking? with Carol and Chris », Girl, 7 mai 1958
32 Aux États-Unis, on compte, parmi les annonceurs qui, dès les années 30, ont mis en scène la cuisine et son équipement, Ovomaltine58 et Nestlé59 pour les boissons chocolatées instantanées, les pancakes Aunt Jemima60, les jus de fruit Welch’s61, la gélatine Royal62, les pizzas à toaster Toasta Foods, et même des plats à four en pyrex à offrir en cadeau de mariage à une femme, un matériau « aussi transparent que la lumière de l’amour qui brille dans ses yeux » (on croit rêver : on dirait plutôt une publicité pour un diamant !)63. Les arts ménagers s’invitent jusque dans des pubs qui n’ont rien de culinaire. On peut voir s’extasier une épouse devant le nouveau grille-pain que les bénéfices de son mari lui ont permis de lui offrir64… « Bill ! A new toaster ! » (Beller et Leibowitz 1995).
33 Enfin, Procter & Gamble’s publie des publicités au style et au langage BD, avec des bulles, pour promouvoir l’hygiène de la cuisine65. Ce n’est pas une nouveauté : « Clear the kitchen » en éliminant les cafards, était déjà à l’ordre du jour dès 188566. La cuisine doit être non seulement propre mais saine. L’envahissement de cette pièce par la vapeur fait l’objet d’attentions depuis les années 1940 aux États-Unis. La publicité insiste sur les changements de façons de laver le linge : la lessive mise à bouillir dans une cuisine transformée en étuve, terminé (fig.9) !
Fig.9. "Mother, it's simply stifling in here!"
« Whiter washes – cooler kitchen ». Publicité en bd pour Lever Brothers Co.? The Standard Montreal, 13 décembre 1947
34 Toutes ces réclames concernent en règle générale les épouses et mères, mais l’homme est aussi une cible : ce sont les maris en burn out (Marschall 1987 : 38)67 ou les pères démotivés qui, le soir, n’ont pas le courage de ressortir chercher des pizzas pour les gamins68. Heureusement, un grille-pain suffit à obtenir des « pizzas toastées » qu’il convient seulement de sortir du freezer !
35 Trente ans plus tard, la publicité en BD a conquis les comic books. Même dans ceux visant les garçons, on trouve des réclames en BD proposant aux filles des jouets ménagers, tels les fourneaux cuisinières de Kenner « Easy-bake ovens », « le plus formidable jouet imaginé depuis l’invention de la poupée »69.
36 Avec le mouvement de légitimation du 9e art, dans les années 1970, les annonceurs ont multiplié les commandes à des dessinateurs de BD, mais rares sont ceux qui sont passés en cuisine, comme Brétécher pour la purée Flodor, en 1972 (Lachartre 1987 : 22). Les clins d’œil, le décalage, la dérision et le pastiche l’ont largement emporté sur l’intimisme et le réalisme des décennies précédentes. Par ailleurs, la vie a changé ; la table de cuisine n’est plus le lieu de vie familiale par excellence. Enfin, il s’agit souvent d’affiches et non plus de strips ou de pages de BD : la narration séquentielle n’est plus autant à l’ordre du jour dans la publicité.
Des pots, des fourneaux, des ustensiles, mais… pas
d'éviers
Fig.10. « Une scène traditionnelle dans une cuisine
Scott McCloud, L’Art invisible, Delcourt, (1993) 2007
38 De même, aux yeux des lecteurs, la cuisine vient spontanément à l’esprit quand on visualise une habitation. Lorsque Katharina Greve a conçu, sur l’internet, sa BD intitulée Le Gratte-Ciel. 102 étages de vie, qui figure un building vu en coupe du sous-sol au dernier étage, la question qui lui a été le plus posée est la suivante : « Mais pourquoi n’y a-t-il pas d’évier dans les cuisines ? » (Greve 2018). De fait, on y voit essentiellement les cuisinières et les frigos. Sa réponse, « à chaque étage, l’évier est adossé au mur qui a été coupé pour qu’on puisse voir dans la cuisine », est insuffisante. Il faut, pour identifier la cuisine, figurer ses deux appareils ménagers essentiels pour les deux fonctions principales que sont la cuisson et la conservation : la cuisinière et le réfrigérateur. Un évier ne renvoie pas à l’idée du culinaire.
39 La cuisine intéresse aussi les dessinateurs en ce qu’elle leur offre l’occasion de plans inhabituels. Ils aiment opérer un cadrage serré sur un appareil ménager (fig.11a). Le four tient tout l’espace de la case, laissant les personnages adultes en amorce et les enfants en réduction70. Ils se plaisent à focaliser l’image sur le fourneau ou la cuisinière, zoomant sur les casseroles comme Benjamin Rabier dans « Le lapin de chou et le lapin de garenne »71 ou offrant des champs/contrechamps cinématographiques dès les années 30 : la cuisine est vraiment une vedette (fig.11b). Ils vont jusqu’à la vue vers l’extérieur depuis le fond d’une rôtissoire de four électrique, avec en premier plan la broche à « la rotation lente et inexorable » et le poulet rôti, icône de la cuisine familiale (Long 2012).
Fig. 11a. Gros plan sur la cocotte
Cyril Bonin, Amorostasia, t. 2, Paris, Futuropolis, 2013 Fig.11b. L'art du cadrage culinaire
aussi décoratives qu’utiles. Ensuite, « L’éclat de l’aluminium rend attrayante votre cuisine », dit la publicité72. L’aluminium, bon conductible, s’impose en cuisine et en électro-ménager dans le monde de l’après-guerre (Fridenson et Hachez-Leroy 2017 : 11). Les boîtes offertes par les marques de gâteaux, de pâtes alimentaires ou de bouillons cube ont un caractère ornemental manifestement apprécié des ménagères (Quadratino 1967 : 9 ; Il meglio 1978 : 76). Elles sont à la cuisine ce que les tableaux sont au salon73… En Italie, au début des années 30, la marque Arrigoni propose des boîtes ornées de motifs à la mode, tendance Art déco74, ou décorés de sa mascotte, devenue personnage de BD (fig.12).
Fig.12. Esthétique en cuisine : les boites de bouillons cubes
« La casa contenta », publicité pour le bouillon « superdado Arrigoni », Corriere dei Piccoli, XXXe année, n° 26, 26 juin 1938
41 En France, les pâtes alimentaires Lustucru mettent au point le carroyage en quinconce rouge et blanc qui fait encore croire à certains bédéphiles quelque peu ignorants des voyages dans l’espace que la fusée de Tintin pour la Lune obéissait à une « esthétique de carreaux de cuisine »75. L’érudit Pierre Couperie, féru non seulement de BD mais aussi d’astronomie, auteur d’un ouvrage sur la Lune, expliquait déjà aux auditeurs de son séminaire de l’EHESS, dans les années 1980, qu’il s’agissait tout simplement de la peinture d’une mire pour pouvoir suivre la fusée au télescope…
Le goût des femmes pour l’appareillage domestique
42 Même si c’était pour s’en moquer, la BD a très tôt mis en évidence l’intérêt des femmes pour l’appareillage domestique. Maîtriser les subtilités du fonctionnement d’un nouveau fourneau à est sujet de gags : Miss Meddle, en 1912, qui pense tout savoir, enfume la cuisine de sa voisine, provoquant le départ scandalisé de la cuisinière. (fig.13)
Fig.13. Nouveau fourneau, mode d’emploi
Crite, « Miss Meddle. She fixes her neighbor’s kitchen range », New York Herald, 21 avril 1912
43 Les images de bandes dessinées accompagnent l’évolution de l’aménagement de la cuisine. Au commencement est la cheminée à hotte au-dessus d’un potager ou d’un fourneau en briques réfractaires revêtues ou non de carreaux de faïence76.
44 Puis on remplace le fourneau de briques par un autre de métal, dont le tuyau d’évacuation passe par la souche de la cheminée : il reste au même emplacement.
Ensuite le fourneau laisse place à une cuisinière que l’on installe toujours au même endroit. Au fourneau s’est ajoutée une armoire à glace, objet de toutes les convoitises des personnages de BD : c’est là que sont stockés le gâteau ou le poulet rôti. Enfin, un frigo se substitue à l’armoire à glace. L’évier a remplacé la fontaine-lavabo77. Au sol, le carrelage est remplacé par du linoléum. Une publicité de style BD pour encourager à un
« daily cleaning plan » en montre la raison : l’hygiène. Il est plus facile à laver (fig.14).
Fig.14. Vue plongeante sur la salle de bains et la cuisine
« Spic and Span », publicité pour Procter & Gamble’s, 5 mai 1946
45 Aujourd’hui, après avoir été d’une blancheur de laboratoire, les cuisines font l’objet d’un esthétisme fondé sur le retour à l’ancien temps. Elles sont de nouveau carrelées de rouge et blanc et, sur le piano de métal noir à barres dorées, mijotent d’immenses faitouts, parfois en cuivre étamé, comme dans Les Triplés, de Nicole Lambert78. Figurer la cuisine dans la BD est en effet l’occasion de mettre en évidence les nouveautés et les progrès techniques. Dans les profondeurs de la campagne bretonne, au début du XXe siècle, on ignore le gaz. À la ferme, la marmite d’eau est mise à bouillir devant le feu, sur un trépied. Lorsque Bécassine est placée en apprentissage en ville, à Quimper, c’est l’occasion de lui montrer, et à travers elle à toutes les petites filles, à quel point un réchaud à gaz peut être pratique79. À partir de la fin des années 40, des publicités dessinées pour les cocottes à pression sont publiées dans les journaux féminins80. Quelques années plus tard, l’objet apparaît dans les jeux des journaux illustrés81 et suscite même des strips didactiques : il faut apprendre à l’ouvrir correctement, sauf à recevoir un jet de vapeur dans la figure (fig.15). Le strip rejoint ici le mythe de l’autocuiseur qui explose (Brayet 2009 : 143).
Fig.15. Attention au jet de vapeur !
« Bleuette et la cocotte-minute », La Semaine de Suzette, n° 14, 1er mars 1956
46 C’est surtout l’explosion du nombre d’appareils ménagers en cuisine qui a frappé les dessinateurs. Dans la BD, les femmes, même célibataires, disposent de cuisines suréquipées82. Avec un regard rétrospectif sur les années 50, au cours desquelles la maison s’est remplie de machines à laver, de fers à repasser électriques et d’aspirateurs, Wallace Wood représente la « ménagère civilisée type » au moment où
« les machines commencent à entourer l’humanité », ici réduite par métonymie à la femme au foyer. Un million d’années plus tard, « tout est pris en charge par les machines »83.
47 Les ménagères ne se sont jamais tant activées que dans la BD. C’est à se demander si ce nouvel équipement ménager n’est pas, en réalité, « more work for mother », pour reprendre le titre d’un livre (Schwartz Cowan 1989). Est donnée en modèle absolu la femme non seulement attentive au bien-être des siens, mais aussi capable d’œuvrer 24 heures sur 24 dans sa cuisine simple et ergonomique : voilà quel est l’idéal ouvrier84 à l’orée des années 40. Les catégories sociales bourgeoises ne fonctionnent d’ailleurs pas autrement pendant les années 50 (Marabet 2016). Cette « exaltation de la ménagère » a forgé une image durable de la femme fée du logis et mère de famille dévouée. Jamais les stéréotypes du genre n’ont été davantage mis en évidence.
48 On le voit, l’image de la femme est indissociable de celle de la cuisine. Mais la BD ne fait que refléter un sentiment général, celui-là même qui est aussi inculqué aux enfants à l’école sous forme de tableaux muraux Rossignol (Lerch 2007 : 111). La femme au foyer a-t-elle vraiment un sort enviable ? La question ne se pose même pas dans les illustrés bien-pensants qui s’adressent aux catégories sociales modestes, voire pauvres. Line
50 Rien d’étonnant à ce que, à la fin des années 80, la libération de la femme passe par l’abandon de la cuisine maison au profit des surgelés. Dès lors, la femme, en pantalon, tourne le dos à la cuisine, stricto sensu. Désormais, elle se veut aventurière, pas cuisinière89.
BIBLIOGRAPHIE
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NOTES
1. Publicité pour Mon Journal, recueil hebdomadaire illustré pour les enfants, dans Le Journal de la jeunesse, n° 1375, 8 avril 1899.
2. NEZIERE (De La) Raymond, « Une maison où on lit La Semaine de Suzette », publicité pour La Semaine de Suzette, en couverture des reliures, 12e année, premier semestre 1916.
3. DIDGÉ et ERNST, William LAPOIRE, « Armstrong et Cie », Super Tintin Voyage dans le temps, 4e trimestre 1984 ; CROMEHEECKE et LETZER, Tom Carbone, t. 2, Mise en boîte, Dupuis, 1992 ; G. BOUCHARD, « Les p’tits diables. P’tit déj », Le Journal de Mickey, n° 2730, 13 octobre 2004.
4. MONTY Nero et DOWLING Mike, Death Sentence, Delcourt, 2015.
5. Par exemple, BRANNER Martin, Les Exploits de Bicot, Paris, Hachette, 1931.
6. Sur cet historien de la BD et son rôle dans la légitimation culturelle du 9e art, voir « Hommage à Pierre Couperie », neuvièmeart2.0, en ligne : http://neuviemeart.citebd.org/spip.php?
rubrique101.
7. Pour construire une cuisine avec son fourneau sous hotte : « Ma petite cuisine », Le Journal de bébé, 1er août 1933 ; Pouf, « Mobilier de poupée en carton. Salle à manger et cuisine », Lisette, 19e année, n° 31, 4 juin 1939.
8. « Ménagères sensibles », rubrique « Choses vues », La Jeunesse illustrée, 27e année, n° 1355, 22
13. « Pip aux arts ménagers », Bayard, nouvelle série, n° 126, 1er mai 1949 ; « Un petit tour… aux Arts ménagers », Âmes vaillantes, n° 17, 23 avril 1950.
14. ROSS Russel E., « Jane Arden », The Milwaukee Journal, 30 juin 1935.
15. KETCHAM Hank, « Dennis the menace », The Overseas Family Comics, 9 janvier 1970.
16. « Science says you’re wrong if you believe that… », Strange Adventures, n° 87, décembre 1957.
17. MITTEI, « Modeste et Pompon », Tintin, 28e année, n° 39, 25 septembre 1973.
18. « Toto au Mexique », Bravo, 8e année, n° 49, 2 décembre 1948.
19. « Quand on n’a pas de réfrigérateur », La Semaine de Suzette, n° 101, 29 octobre 1959.
20. YOUNG Chic, « Blondie », Comic Weekly section of the Boston Advertiser, 6 février 1955.
21. Entre des centaines d’exemples : TYBALT, « Désobéissance », Les Belles images, 16e année, n° 786, 18 septembre 1919.
22. « Nano et Nanette » (série traduite de l’anglais), Les Belles images de Pierrot, n° 53, 1er juin 1954.
23. YOUNG Chic, « Blondie », Blondie, the Model Homemaker, Feature book, n° 38, (1942) 1943.
24. McCAY Winsor, « City Government », New York American, 10 mai 1932.
25. MARS-TRICK, « La cuisine savante », La Baïonnette, 5e année, n° 189, 13 février 1919.
26. « Cleaning house », Shock Suspenstories, n° 19, février-mars 1955 ; RUBENY et Jack OLECK,
« Double exposure », House of mystery, vol. 24, n° 237, novembre 1975.
27. GONEL Harry, « Les cuisinières de M. Lepansu », Le Petit illustré pour la jeunesse et la famille, 18e année, n° 875, 17 juillet 1921.
28. MIK, « Ferd’nand », Coq hardi, nouvelle série, n° 129, 14 mai 1953.
29. Superman’s Girlfriend, Lois Lane, n° 1, DC Comics, mars 1958 ; Superman, n° 146, juillet 1961 ; Adventure comics, Supergirl, vol. 38, n° 416, mars 1972.
30. STO, « Il signor Bonaventura », Corriere dei Piccoli, XXIIe année, n° 51, 21 décembre 1930.
31. BLONDEAU, « Les bonnes saucisses », L’Illustré à cinq centimes pour la jeunesse et la famille, n° 82, 21 décembre 1905.
32. CHENEVAL Fernand et DUVEL Yves, « Charles Tellier, le père du froid », Tintin, n° 786, 14 novembre 1963.
33. Par exemple « L’inventeur », Les Belles images, 11e année, n° 541, 1914.
34. BISI, Corriere dei Piccoli, n° 12, 1927.
35. « Professor Radium is very great on griddle cakes this week. Ask cook. », Puck, vol. IV, n° 82, 17 février 1906. Cette histoire est plagiée, trois ans plus tard, par un dénommé G. K. : « Monsieur Pointilleux et sa bonne », Diabolo-journal, 3e année, n° 25, 20 juin 1909.
36. SAINT-OGAN Alain, « Zig et Puce », Dimanche-Illustré, 12e année, n° 586, 20 mai 1934.
37. THOMEN, Les aventures acrobatiques de Charlot, XV, Charlot aviateur, Paris, SPE, 1938.
38. DELAW George, « Les cuistots », La Baïonnette, numéro spécial Cuistots, 1917.
39. CAMI, « La semaine camique », France Illustration, 1er trimestre 1950.
40. « Un petit tour… aux Arts ménagers », Âmes vaillantes, n° 17, 23 avril 1950.
41. « Eulalie est ingénieuse », Le Petit illustré pour la jeunesse et la famille, 20e année, n° 1000, 9 décembre 1923.
42. Le Petit illustré à cinq centimes pour la jeunesse et la famille, n° 83, 28 décembre 1905.
43. FORTON Louis, « Le sifflet avertisseur », Fillette, 31 mai 1931.
44. ISELIN, « Le piège de Césarine », Lili, 6e année, n° 317, 19 novembre 1925 ; Louis FORTON,
« Julie n’est pas sotte », Fillette, 23e année, n° 1237, 6 décembre 1931.
45. « Les frères Loufoc », Bilboquet, n° 3, 20 février 1938 (série traduite de l’américain).
46. « Les aventures de Félix le chat », Le Petit illustré pour la jeunesse et la famille, 33e année, nouvelle série, n° 35, 13 décembre 1936 (série traduite de l’américain).
47. « C’est compliqué la cuisine », La BD fait sa cuisine, éditions Bagheera, 1999.
48. Super Pif, n° 6, décembre 2016.
49. Une réclame est le « synonyme vieilli de publicité », dit le Larousse. Sur ce terme « ancêtre » du mot publicité, et sur la coexistence des deux durant la première moitié du XXe siècle, voir, dans Chessel 1998, l'introduction.
50. Par exemple dans le New York Journal American, 8 février 1959.
51. ANDRIOLA Alfred et BEARD James, « What’s cooking », Cartoonist profiles, n° 32, décembre 1976.
52. Par exemple, sous forme d’image d’Épinal, « Histoire de Guignolo et Guignolette et les bienfaits du BOV ».
53. HERGÉ, « Les mésaventures de Jef Debakker », publicité pour les Briquettes Union, années 30.
54. « La padrona difficile e la ‘Maizena'« , publicité pour Maizena, Corriere dei Piccoli, XLIIe année, n° 24, 11 juin 1950 ; n° 12, 19 mars 1950.
55. Cœurs vaillants, n° 21, 25 mai 1958 ; Bayard, nouvelle série, mai-juin 1958 ; La Semaine de Suzette, n° 128, 5 mai 1960.
56. LUSTUCRU, Benjamin, 7e année, n° 319, 19 décembre 1935 ; LESUEUR, Le Petit Écho de la Mode, n° 20, 14 mai 1933 ; « Les aventures de la famille Chambourcy », Le Journal de Mickey, n° 826, 24 mars 1968.
57. TEMPLE Christopher, « Live and learn with Mr. Therm », Eagle, vol. 9, n° 31, 2 août 1958.
« Mr. Therm. The Heat king ». Publicité pour Gas Council, Eagle, 8 octobre 1960.
58. Ovomaltine : GUNNOP K., « Restless Ralph and how he got relief from sleepless nights », 27 janvier 1935 ; « Henry the hunter striker », Philadelphia Record, 25 octobre 1936.
59. « Johnny jumps with the Junior Commandos », The Comic Weekly Los Angeles Examiner, 5 novembre 1944.
60. Aunt JEMIMA Aunt, « A happifyin’ holliday brunch… Aunt Jemima buckwheats », 1er décembre 1946 ; 11 avril 1948.
61. Publicité en BD pour les confitures et les jus de fruit Welch’s, 20 octobre 1946.
62. STRAAT Kent, « Nosing around with Jimmy ‘Schnozzle’ Durante ». Publicité en BD pour Standard Brands Inc, The Comic Weekly section of the San Francisco Examiner, 10 février 1935. Idem,
« Doing of the Duffs ».
63. « …as transparent as the love light in her eyes »: « Something for the brides », 1945.
64. « How I made a small fortune in spare time. The true story of William Bergstrom of Illinois », 1956.
65. Procter & Gamble’s, 5 mai 1946.
66. Publicité dans The Graphic, 10 octobre 1885.
67. CANIFF Milton, « Peter joins the Club. An advertisement for Postum », 1936.
68. CASSON, « The Links », publicité pour Toasta Pizza, Los Angeles Times, 12 octobre 1969.
69. « Sally visits the easy-bake oven toy-factory », Weird Worlds, vol. 2, n° 4, février-mars 1973.
70. Charles FORBELL Charles, « Naughty Pete », The New York Herald, European Edition, 14 septembre 1913.
71. Benjamin RABIER, Benjamin Rabier, Présentation d’Édouard François, choix de Pierre Couperie, Paris, Pierre Horay, 1982
« Cuisinez dans l’aluminium », Les Veillées des chaumières, 61e année, n° 69, 29 juin 1938.
77.La Semaine de Suzette, 14e année, n° 3, 21 février 1918 ; Henry MORIN, « Nane et la vie de château », VIII, « Nane cuisinière », La Semaine de Suzette, 26e année, n° 40, 2 octobre 1930.
78. Nicole LAMBERT, Miam miam, Paris, chez l’auteur, 2016.
79. CAUMERY et PINCHON, L’Enfance de Bécassine, Paris, Gautier, 1913 ; Bécassine en apprentissage, Paris, Gautier-Languereau, 1919.
80. Every Woman, juillet 1948.
81. « Hello questers », Swift, vol III, n° 1, 7 janvier 1956.
82. DISNEY Walt, « Daisy est susceptible », Le Journal de Mickey, n° 374, 26 juillet 1959.
83. WOOD Wallace, « Blobs », Mad Comics, n° 1, octobre-novembre 1952, réédité dans Les Années folles de Mad, Paris, Les Éditions du Fromage, (EC Publications, 1952-1958) 1978.
84. CLAIRVAL Cécile et Marguerite Sable, « Les 24 heures de la maman », Âmes vaillantes, 3e année, n° 19, 11 mai 1939.
85. « Le fourneau de Line », histoire illustrée, Lisette, 19e année, n° 24, 11 juin 1939.
86. « Sois fière, ouvrière, et relève les yeux », Âmes vaillantes, n° 17, 26 avril 1953.
87. BRANNER Martin, « Bicot président de club. Mérites respectifs », Dimanche-lllustré, n° 787, 27 mars 1938. À comparer avec le vieux thème des « Réformes du ménage » (George 2005).
88. ERIK, « Ah ! Ce ménage… quel souci ! », Âmes vaillantes, n° 18, 4 mai 1952.
89. LAMQUET Magda et Christian , « Gilles Roux et Marie Meuse », Super Tintin Secret, 2e trimestre 1987.
RÉSUMÉS
La cuisine, pièce à vivre, est aussi un local technique dont l’outillage reflète l’évolution de l’équipement domestique ainsi que les exigences hygiéniques croissantes. Les journaux illustrés constituent une source inédite pour étudier la réception des innovations technologiques adaptées à l’espace culinaire. Ils proposent non seulement des histoires familiales qui le mettent en scène, mais aussi des articles illustrés sur les salons d’arts ménagers et, depuis les années 1930, des BD publicitaires où les appareils ménagers sont rois. Le fourneau, la cuisinière, le réfrigérateur, appareil genré – dans les images de BD plutôt féminin en France, mais masculin aux USA –, la machine à laver le linge, l’aspirateur, ainsi que le petit appareillage ménager et les ustensiles de cuisine, apparaissent ainsi dans des milliers d’images, allant du début du XXe siècle à nos jours.
The kitchen, a living area, is also a technical room whose tools reflect the evolution of domestic equipment as well as the increasing hygienic requirements. Illustrated newspapers are an unprecedented source for studying the reception of technological innovations adapted to the culinary space. Not only do they offer family stories that put it on stage, but they also offer illustrated articles on domestic art fairs and, since the 1930s, advertising comics where household appliances are king. The cooking suite, the stove, the refrigerator, gendered apparatus – in the images of comic books rather feminine in France, but masculine in the USA – the washing machine, the vacuum cleaner, as well as the small household appliances and kitchen utensils, appear in thousands of images, from the beginning of the 20th century to the present day.
INDEX
Mots-clés : histoire des techniques, cuisine, arts ménagers, ustensiles, bande dessinée Keywords : history of technology, kitchen, comics, household appliances
AUTEUR
DANIÈLE ALEXANDRE-BIDON
Danièle Alexandre-Bidon, retraitée, membre associée du Centre de recherches historiques de l’EHESS-Paris, est aussi membre du Comité d’orientation de la Cité internationale de la Bande dessinée et de l’Image à Angoulême. Historienne médiéviste, elle est également historienne de la Bande Dessinée. Actuellement, ses recherches concernent la cuisine et l’alimentation dans la BD et ses publications les plus récentes, qui portent sur la santé et les pandémies à travers le 9e art, sont publiées dans la revue en ligne neuviemeart2.0. Ses publications sur l'alimentation et la boisson dans la BD : « Les nourritures du terroir dans les illustrés pour la famille et l’enfance (1900-2010) », dans Jean-Yves Andrieux et Patrick Harismendy (dir.), L’Assiette du touriste. Le goût de l’authentique, Actes du colloque international organisé à Saint-Brieuc les 6 et 7 juin 2012, Rennes-Tours, Presses universitaires de Rennes/Presses universitaires François-Rabelais, coll.
« Tables des hommes », 2013, p. 233-254 ; « Des tubercules fun en bulles. Les pommes de terre sur la table à dessin », dans Georges Carantino (dir.), …et patati et patata. La pomme de terre dans tous ses états, Papilles, n° 45, Dijon, Association des Bibliothèques gourmandes, 2016, p. 65-75 ; « Hic ! hips !, ou l’ivresse dans la bande dessinée », Revue de la Bibliothèque nationale, n° 53, septembre 2016, p. 92-100 ; (avec Yohann Chanoir), « Les festins de la Bête humaine. Le repas ferroviaire dans la bande dessinée et le cinéma », dans Jean-Pierre Williot (dir.), La Restauration ferroviaire, entre représentations et consommations, Peter Lang, 2017, p. 49-78 ; « Des histoires en cul-de-poule », Club Sandwich Magazine, vol. 1, L’Œuf, mars 2017, p. 75-77.