extrait Céline Lavignette-Ammoun Indomptables
Texte intégral
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(3) Indomptables.
(4) Pour mes petites frisées, Aurélia et Justine. Ne m’en voulez pas, les filles, de vous avoir transmis mes bouclettes. C. L.-A.. Illustration de couverture : Caroline Hesnard © Samir Éditeur 2018 Sin al-Fil, Jisr al-Waty B.P. 55542 Beyrouth, Liban www.samirediteur.com ISBN 978-614-443-179-5. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, qu’elle porte sur le texte, les illustrations ou la mise en page, faite sans le consentement de l’éditeur ou de ses ayants droit ou ayants cause, serait illicite et constituerait un plagiat et une contrefaçon sanctionnés par les lois relatives à la protection des droits de propriété intellectuelle. Tous droits réservés pour tous pays..
(5) Indomptables Céline Lavignette-Ammoun.
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(7) Chapitre 1 Je m’appelle Capucine, j’ai onze ans et ma vie est un enfer. Bon, d’accord, ma mère n’est pas une droguée, mon père n’a pas fait de prison, nous ne vivons pas à cinq dans une chambre d’hôtel et je n’ai pas une maladie incurable. Mais n’empêche : ma vie est un enfer. Maman m’entendrait, elle me dirait : « Mais comment tu peux dire ça, ma chérie ? Tu es belle comme un cœur ! » Et elle ajouterait, tendant la main vers ma chevelure pour attraper une boucle et l’enrouler autour de son 5.
(8) doigt : « Regarde, ces cheveux ! Ils sont juste magnifiques ! » Puis Maman gémirait, prenant un air désolé : « Si seulement tu t’arrangeais un peu ! » Je vois déjà Maman empoigner ma tête, coincer une barrette métallique entre ses lèvres, tirer sur une mèche, en attraper une autre sous la brosse, puis tout lâcher d’un coup : « Ce n’est pas possible d’avoir de si beaux cheveux et de ne pas en prendre soin ! » Puis Maman soupirerait si fort que tous les petits cheveux qui encadrent mon visage s’envoleraient : « Ah, si j’étais toi, comme je serais fière d’avoir une chevelure pareille ! » Seulement, Maman n’est pas moi. Elle n’a pas onze ans, ne porte pas un nom de fleur et ne déteste pas la tignasse broussailleuse qui pousse au-dessus de ses oreilles. Et moi, je ne suis pas Maman, Dieu merci. Je ne passe pas la moitié de mes journées devant un miroir à rejouer les répliques cultes de Blanche-Neige, ni la moitié de mes soirées à feuilleter des magazines de mode, 6.
(9) et encore moins la moitié de mes week-ends à parcourir la région pour inscrire mes filles à des concours de beauté. J’ai seulement onze ans et j’ai compris déjà que la vie est mal faite. Si la vie était bien faite, elle aurait donné à Maman mes cheveux et moi j’aurais eu les siens. Maman aurait la joie de brosser chaque matin sa belle et indomptable crinière blonde, en remuant doucement la tête pour que chaque boucle danse en rythme sur ses épaules. Et moi j’aurais eu des baguettes bien droites, bien raides que je n’aurais même pas eues à présenter à un peigne pour qu’elles m’obéissent au doigt et à l’œil. J’aurais pu me lever le matin sans avoir à me coiffer. Le rêve ! Plus encore, je n’aurais pas eu besoin de me poser de questions sur mes cheveux : j’aurais su le matin qu’ils étaient forcément exactement pareils que la veille au soir. L’extase ! Au lieu de ça, Maman et ses cheveux raides m’ont fait hériter d’horribles cheveux frisés. 7.
(10) Je sais que mes cheveux ne sont pas horribles en soi. Mais ils sont juste horribles à porter. Un petit peu d’humidité – du genre un petit crachin de printemps, comme il y en a souvent ici –, et inexorablement ma chevelure se met à tripler de volume. Chacun de mes cheveux fait des tas de tours sur lui-même et se ratatine comme un tire-bouchon. Ma tête semble énorme, mes joues se perdent sous l’immense masse qui m’encercle. On ne me voit plus, moi. On voit juste mes cheveux qui remontent dans tous les sens et qui paraissent courts malgré leur longueur tant ils rebiquent de partout. Bref, l’horreur. J’ai arrêté de me regarder dans un miroir à l’âge de huit ans. Je me souviens bien de ce jour-là. C’était le jour où Maman m’avait préparée à un concours de mini-miss, comme elle a fait des dizaines de fois avec mes sœurs aînées, Clémentine et Églantine. J’avais passé un après-midi entier sous les coups de brosse 8.
(11) de ma mère qui avait tiré sur chacune de mes mèches de cheveux pour essayer de les « mettre en place », comme elle dit. Après avoir déversé la moitié de la bombe de laque sur ma tête et tordu une douzaine de barrettes, Maman avait paru réussir à rendre mes cheveux obéissants. J’avais toute confiance dans le pouvoir du peigne de ma mère en ce temps-là. Maman avait tout juste eu le temps d’appeler Clémentine et Églantine : « Regardez, les filles, comme votre sœur est belle ! » Sauf qu’en allant à la voiture, un violent orage éclata. On tenait les belles robes de concours, la trousse à maquillage, les chaussures. Pas de main libre pour un parapluie. Mes cheveux ont morflé. 2 minutes 30 de pluie drue, un après-midi de foutu. Ma tête n’avait plus forme humaine. Je n’étais plus une petite fille de huit ans, j’étais un mouton rebelle ayant échappé à la tonte du printemps. Ça rebiquait de tous côtés. 9.
(12) Comme si j’avais sur la tête la perruque synthétique d’une chanteuse pop des années 1970. Clémentine a ricané. Églantine a demandé s’il y avait un prix spécial pour les ovins dans le concours. Moi j’ai dit « très drôle » et j’ai éclaté en sanglots. Et Maman s’est mise à faire la gueule. Elle n’a pas voulu rebrousser chemin car ça faisait plus d’un mois qu’elle préparait ce concours qui était censé consacrer sa fille cadette. Clémentine est devenue mini-miss la première fois à six ans et maintenant elle en a seize. Églantine, qui a quatorze ans, a suivi exactement le même chemin. Troisième fleur de la famille, ma destinée était prétendument toute tracée. « Les cheveux frisés, c’est un défi à la beauté ! », répétait Maman dont les cheveux raides de mes aînées n’avaient aucun secret et qui croyait encore que tout ce qui passait sous son peigne pouvait être dompté. 10.
(13) Quelques heures plus tard, quand on est revenues à la maison, Clémentine avait une couronne de Miss Côte d’Opale et Églantine était première dauphine de sa catégorie. Moi je n’avais rien. Enfin, juste un champ de coton sur le sommet de mon crâne. Depuis, je ne me suis plus laissée entraîner dans aucun concours de beauté. Depuis, je ne me suis plus regardée dans un miroir. Depuis, j’ai compris que j’étais le petit mouton à cinq pattes de la famille..
(14) Dépôt légal : avril 2018 Loi nº 49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse Achevé d’imprimer sur les presses de Al Arz Printing Press à Beyrouth en janvier 2018.
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(16) Capucine déteste les robes à frous-frous, les concours de beauté et surtout… sa tignasse indomptable qui frise dans tous les sens. Sa mère, elle, ne rêve que de la voir couronnée miss ! Pas facile d’aller contre les désirs maternels et de refuser d’être la jolie fille à la coiffure impeccable qu’on voudrait qu’elle soit. Mais à l’occasion d’un exposé et de sa rencontre avec David, Capucine s’interroge sur son avenir. Et si c’était à chacun de choisir son destin ?.
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