ANNEXE I
LES CHIFFRES DU CHOMAGE DANS UNE PERSPECTIVE
INTERNATIONALE ET EUROPEENNE
SOMMAIRE
I. LA DEFINITION DU CHOMAGE ET LES METHODES PERMETTANT DE LE MESURER SONT LARGEMENT FIXEES AU NIVEAU INTERNATIONAL ET EUROPEEN ... 1
A. LES NORMES INTERNATIONALES ONT CONDUIT A UNE DEFINITION HARMONISEE DU
CHOMAGE ET A L’ETABLISSEMENT DE TAUX DE CHOMAGE STANDARDISES... 1 1. La définition du chômage au sens du BIT constitue la référence internationale ... 1 2. Les organisations internationales ont depuis les années 1980 travaillé à
l’établissement de taux de chômage standardisés ... 1 B. L’INTEGRATION EUROPEENNE CONDUIT A UNE INTERPRETATION COMMUNE DES
CRITERES DU BIT, A L’ENCADREMENT DE LA METHODE D’ENQUETE ET A UNE PUBLICATION PAR EUROSTAT DES CHIFFRES DU CHOMAGE... 2
1. Les normes européennes précisent l’interprétation des critères du BIT ... 2 2. Le chômage au sens du BIT est mesuré par une enquête dont les principes et les
modalités sont fixés au niveau européen ... 3 3. Les données nationales sur le chômage sont transmises à Eurostat, qui en assure une
publication mensuelle ... 3 4. Eurostat a continué à publier en 2007 un taux de chômage français différent en niveau
du taux INSEE et s’appuyant sur l’enquête Emploi 2006 ... 5 II. RELATIVEMENT VARIABLES, LES PRATIQUES NATIONALES ACCORDENT UNE PLACE CROISSANTE AU CHOMAGE AU SENS DU BIT, SANS PROCEDER A UN « CALAGE » AVEC LES DONNEES ADMINISTRATIVES ... 8
A. LES MODALITES DE DETERMINATION DU CHOMAGE AU SENS DU BIT CONVERGENT
TOUT EN LAISSANT SUBSISTER DES DIFFERENCES DE METHODE... 8 1. Obéissant à des principes communs, les enquêtes LFS nationales reposent néanmoins
sur des modalités différentes ... 8 2. Les indicateurs de qualité ne font pas apparaître de situation défavorable pour
l’enquête Emploi française, mais son échantillon est deux fois plus aible de celui des autres principaux grands pays... 10 3. Les modalités et le rythme de publication du chômage au sens du BIT ... 12 B. LES PRATIQUES NATIONALES DIVERGENT FACE A LA CO-EXISTENCE DE DONNEES
ADMINISTRATIVES ET DES CHIFFRES AU SENS DU BIT, MAIS LES SOURCES SONT TOUJOURS
MAINTENUES SEPAREES... 13 1. Dans certains pays, les données administratives correspondent à des données
d’indemnisation et ne sont pas utilisées comme un outil de mesure du chômage ... 13 2. Dans d’autres pays, le débat public national se focalise davantage sur le chômage
mesuré par les sources administratives que sur le chômage au sens du BIT ... 14 3. La plupart des autres pays connaissent la co-existence des deux sources de mesure du
chômage mais tendent à faire prévaloir le chômage au sens du BIT et maintiennent
séparées les deux séries ... 14 C. LES AUTRES PAYS CONNAISSENT EGALEMENT DES PHENOMENES DE DIVERGENCES
DANS LES EVOLUTIONS MESUREES PAR LES DONNEES ADMINISTRATIVES ET PAR L’ENQUETE
LFS ... 15 1. Des divergences dans les évolutions et des diffrérencessur les niveaux de chômage ... 15 2. Des différences dans la mesure du chômage enregistré dans l’enquête LFS... 23 D. LA PUBLICATION DES CHIFFRES DU CHOMAGE EST ASSORTIE DANS PLUSIEURS PAYS D’UNE TRANSPARENCE SUR LES ELEMENTS D’INCERTITUDE STATISTIQUE... 24
III. LES PERSPECTIVES D'EVOLUTION TENDENT A RENFORCER LA FONCTION DE REFERENCE DU CHOMAGE AU SENS DU BIT ET A EN ACCELERER LE RYTHME DE PUBLICATION... 25
A. PLUSIEURS PHENOMENES CONCOURENT POUR CONTINUER DE FAIRE DE LA MESURE DU CHOMAGE AU SENS DU BIT LA REFERENCE CENTRALE... 25 B. EUROSTAT ET LES ETATS-MEMBRES REFLECHISSENT AUX METHODES
D’ACCELERATION DE LA PRODUCTION DES DONNEES ISSUES DE L’ENQUETE LFS ... 26
volonté de disposer de données susceptibles de comparaisons internationales, dans un domaine où les organisations et les pratiques nationales divergent fortement.
Une éventuelle évolution du dispositif français ne peut en conséquence s’envisager qu’en prenant en compte ce cadre international et européen, tout comme elle peut s’inspirer de pratiques déjà en œuvre dans d’autres pays.
I. LA DEFINITION DU CHOMAGE ET LES METHODES PERMETTANT DE LE MESURER SONT LARGEMENT FIXEES AU NIVEAU INTERNATIONAL ET EUROPEEN
A. Les normes internationales ont conduit à une définition harmonisée du chômage et à l’établissement de taux de chômage standardisés
1. La définition du chômage au sens du BIT constitue la référence internationale Les statisticiens du travail ont cherché à obtenir la définition la plus harmonisée possible de la notion de chômeur. En 19821, le Bureau International du Travail (BIT) a actualisé ses normes précédemment fixées en 1954. Sa définition du chômage s’appuie sur trois critères principaux : un chômeur est un individu qui :
- est totalement sans travail, - est disponible pour travailler, - et recherche activement un emploi.
Cette référence au chômage au sens du BIT est largement admise au niveau international même si elle ne fait pas l’objet d’une convention internationale liant juridiquement les Etats-membres.
Il semble admis que seule une enquête par sondage auprès des ménages permette de mesurer le chômage BIT, les données administratives ne permettant généralement pas d’identifier chacun des paramètres du chômage tel que défini par le BIT et étant hétérogènes d’un service public de l’emploi à un autre.
2. Les organisations internationales ont depuis les années 1980 travaillé à l’établissement de taux de chômage standardisés
Malgré leur simplicité apparente, les critères du BIT peuvent faire l’objet d’interprétations multiples dans leurs modalités de mise en œuvre, avec des implications loin d’être négligeables sur le taux de chômage. Les organisations internationales se sont donc efforcées de fixer des normes d’interprétation de ces critères.
1 BIT (1982), « Résolution concernant les statistiques de la population active, de l’emploi, du chômage et du sous-emploi, adoptée à la treizième conférence internationale des statisticiens du travail (octobre 1982) », Genève.
L’OCDE s’est ainsi emparée du sujet après 1982 et a défini le concept de taux de chômage standardisé2. Puis Eurostat a développé ses propres interprétations en la matière, et l’OCDE ne procède désormais plus à aucun ajustement interne. Elle reprend les données qui sont publiées :
- par Eurostat s’agissant de l’ensemble des pays européens (cf. infra) ;
- par les autres Etats-membres pour lesquelles des données mensuelles standardisées sont publiées : Etats-Unis, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Japon, Corée du Sud.
Même s’il s’agit de taux de chômage standardisés au sens du BIT et de l’OCDE, les interprétations des critères du BIT peuvent diverger pour ces pays par rapport aux normes adoptées ultérieurement par Eurostat3.
B. L’intégration européenne conduit à une interprétation commune des critères du BIT, à l’encadrement de la méthode d’enquête et à une publication par Eurostat des chiffres du chômage
Au sein de l’Union européenne, les institutions communautaires et les Etats-membres ont décidé d’aller plus loin dans l’harmonisation des règles et des pratiques nationales, afin d’accompagner une intégration économique croissante et le développement d’une stratégie européenne pour l’emploi.
1. Les normes européennes précisent l’interprétation des critères du BIT
Dès les années 1980, les pays européens se sont accordés, sous l’égide d’Eurostat, sur une interprétation commune des critères du chômage au sens du BIT :
- l’absence de travail effectué implique de n’avoir pas travaillé, même une heure, au cours d’une semaine dite de référence ;
- la disponibilité pour travailler s’apprécie dans un délai de deux semaines ;
- la recherche active suppose d’avoir entrepris des démarches spécifiques pour trouver un emploi au cours des quatre semaines précédant la semaine de référence.
Face à la subsistance de différences assez sensibles entre Etats-membres, la législation européenne a apporté en 2000 des précisions complémentaires dans l’interprétation des critères du BIT4. Le règlement 1897/2000 introduit notamment une liste des actes pouvant être considérés comme constitutifs d’une recherche active d’emploi5.
Les Etats-membres se sont progressivement adaptés à cette nouvelle définition, certains ayant d’abord préféré conserver leurs pratiques nationales pour assurer la continuité des séries, avec des différences parfois significatives en niveau de chômage. La Suède va par exemple se mettre en conformité avec la définition européenne à l’automne 2007, principalement sur la question de l’emploi des étudiants, ce qui va occasionner un passage de son niveau de chômage au sens du BIT au niveau national de 3,9% à 6%.
2 C’est par exemple sous l’égide de l’OCDE qu’une recommandation a en 1983 demandé aux Etat-membres membres de fixer la période de référence de la recherche d’emploi à 4 semaines, alors qu’auparavant les pays utilisaient des périodes allant d’une semaine à deux mois (Constance Sorrentino "International Unemployment Rates: How Comparable are They?", Monthly Labor Review, June 2000, pp. 3-20).
3 Constance Sorrentino "International Unemployment Rates: How Comparable are They?", Monthly Labor Review, June 2000, pp. 3-20.
4Olivier Chardon et Dominique Goux, La nouvelle définition européenne du chômage BIT, Économie et Statistique, n° 362, 2003.
5 Il précise par ailleurs qu’une personne ayant trouvé un emploi ultérieur dans un délai supérieur à trois mois ne doit pas être considérée comme étant au chômage si elle ne conduit pas des recherches actives.
Mais même dans les cas où des différences d’interprétations subsistent, Eurostat dispose de l’ensemble des micro-données lui permettant de publier au niveau européen des chiffres de chômage nationaux correspondant à la définition européenne, même s’ils s’écartent de ceux publiés nationalement. C’est le cas en particulier pour la France.
2. Le chômage au sens du BIT est mesuré par une enquête dont les principes et les modalités sont fixés au niveau européen
Au sein de l’Union européenne, le chômage au sens du BIT est mesuré grâce à l’enquête européenne sur la force de travail (Labour Force Survey- LFS), qui est une « enquête ménages » conduite dans tous les Etats-membres sur la base de définitions et d’une méthodologie pour l’essentiel communes. La mise en place d’une telle enquête n’est pas nouvelle, puisque la première a été organisée dès 1960 et qu’une harmonisation et une synchronisation des enquêtes nationales s’observent déjà dans les années 19706. Mais c’est à partir de 1983 que cette enquête se base directement sur le concept de chômage défini par le BIT en 1982 et prend le nom de « forces de travail ».
L’enquête européenne fait l’objet d’un encadrement juridique depuis 1991, le règlement européen n°3711/91 prévoyant l’organisation d’une enquête nationale chaque année au printemps. Les règles européennes vont ensuite évoluer en deux temps vers l’organisation d’une enquête en continu :
- en 1998, le règlement n° 577/98 privilégie l’organisation d’enquêtes en continu donnant des résultats trimestriels et annuels, tout en laissant la possibilité de poursuivre la pratique d’une enquête annuelle de printemps ;
- en 2002, le règlement n°1991/2002 consacre l’obligation d’enquêtes nationales en continu, n’accordant que des dérogations temporaires à l’Italie (jusqu’en 2004) et à l’Allemagne (en 2005).
Ce passage à une enquête en continu a été très encouragé non seulement par Eurostat, mais aussi par ses « utilisateurs » (Banque centrale européenne, Commission européenne, OCDE, etc.). La France et plus encore l’Allemagne se sont montrées longtemps réticentes à cette évolution.
3. Les données nationales sur le chômage sont transmises à Eurostat, qui en assure une publication mensuelle
Le règlement européen impose à chaque Etat-membre de produire et de transmettre chaque trimestre les données issues de l’enquête nationale sur les forces de travail.
Il n’existe en revanche pas de réglementation européenne sur la production et la publication de données mensuelles sur le chômage. Mais Eurostat publie tous les mois des taux de chômage harmonisés suivant la définition BIT, en s’appuyant sur des données mensuelles qui lui sont transmises par les Etats-membres sur la base d’un « gentlemen’s agreement »7. Selon les pays, il peut s’agir de données administratives (chômage enregistré par le service public de l’emploi) ou de données mensuelles issues de l’enquête sur les forces de travail.
Cette publication mensuelle, portant sur des chiffres décrits comme provisoires, s’appuie sur un calcul effectué par Eurostat consistant, le plus souvent, en un « calage » (« benchmarking ») des données administratives mensuelles sur les enquêtes trimestrielles LFS. Ceci permet de respecter les résultats de l’enquête LFS en niveau et en évolution en trimestriel et/ou en annuel, tout en fournissant une évolution mensuelle plausible du chômage BIT. Ce calcul diffère cependant selon la nature et la périodicité des données nationales transmises, comme en témoigne le tableau suivant.
6Dominique Goux, Une histoire de l'Enquête Emploi, Économie et Statistique, n° 362, 2003.
7 Seules l’Italie et la Grèce ne transmettant aucune donnée mensuelle.
Tableau 1 : Mode de calcul des chiffres mensuels du chômage publiés par Eurostat Taux mensuel du chômage BIT
calculé par Eurostat sur la base : Pays - de l’enquête LFS trimestrielle et
des données administratives mensuelles
Belgique, Bulgarie, Danemark, Estonie, Espagne, Hongrie, Irlande, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Pologne, Portugal, République tchèque, Roumanie, Slovénie, Slovaquie Utilisation de
données
administratives sur une base provisoire
- de l’enquête LFS trimestrielle (en moyenne annuelle glissante) et des données administratives
mensuelles
France, Autriche, Chypre, Malte
- de l’enquête LFS trimestrielle et de données mensuelles de l’enquête LFS
Finlande, Suède - de l’enquête LFS trimestrielle et
de données mensuelles de l’enquête LFS (en moyennes mensuelles glissantes sur 3 mois)
Royaume-Uni, Pays-Bas
- d’une enquête mensuelle
spécifique et provisoire conforme à la définition du BIT
Allemagne (enquête téléphonique jusqu’en avril 2007)8
Utilisation de la seule enquête LFS
- de l’enquête LFS trimestrielle seule, en l’absence de données mensuelles complémentaires
Grèce, Italie
Source : Eurostat9
Quelques pays sont donc en mesure de fournir directement à Eurostat des données mensuelles de chômage au sens du BIT, en ayant recours à des méthodes différentes :
- la Suède et la Finlande disposent d’une enquête LFS exploitée mensuellement ; - les Pays-Bas et le Royaume-Uni établissent à partir de leur enquête en continu des
moyennes mensuelles glissantes sur 3 mois, pratique qui permet de disposer d’un échantillon équivalent à celui d’un trimestre. Les Pays-Bas fournissent des données à partir des deux derniers mois disponibles et ajoutent une estimation pour le 3e mois, afin d’avoir une moyenne centrée sur le dernier mois connu. Le Royaume-Uni calcule la moyenne des trois derniers mois connus et affecte la valeur obtenue au mois central ;
- l’Allemagne a eu recours jusqu’en avril 2007, sur une base transitoire dans l’attente de la consolidation de son enquête LFS, à une enquête téléphonique mensuelle, solution qui a généré un certain nombre de difficultés (cf. infra).
Pour la plupart des autres pays, la publication des données mensuelles par Eurostat repose sur la prise en compte des résultats trimestriels de l’enquête LFS, complétés pour les mois intermédiaires par calage des données administratives sur les données LFS.
Pour quatre pays (France, Autriche, Malte, Chypre), l’enquête LFS est prise en compte sur une base annuelle glissante, même si des données trimestrielles sont transmises à Eurostat. En effet, il n’était jusqu’au début 2007 pas possible de procéder à des corrections pour variation saisonnière des données trimestrielles, en l’absence du recul nécessaire depuis l’introduction de la nouvelle enquête en continu (au moins 20 trimestres, soit 5 ans). Le calcul du chômage mensuel se
8 L’Allemagne devrait prochainement passer à une enquête LFS à exploitation mensuelle, cf. infra.
9 À noter qu’Eurostat se base sur les enquêtes LFS trimestrielles pour estimer le niveau de l’emploi et ne dispose pas de données administratives mensuelles sur l’emploi.
base sur la prise en compte des cinq derniers trimestres connus de l’enquête LFS, complété par les données administratives mensuelles sur la dernière période. Cette méthode devrait être abandonnée par Eurostat dans le courant de l’année 2007, au profit de la méthode utilisée pour la plupart des autres pays, c’est-à-dire l’utilisation des données trimestrielles LFS complétée au niveau mensuel par les données administratives (première ligne du tableau 1).
Au total, ces divergences persistantes conduisent Eurostat à publier des chiffres mensuels dont la comparabilité entre pays reste limitée en raison des différences de méthodes et donc de temporalité.
4. Eurostat a continué à publier en 2007 un taux de chômage français différent en niveau du taux INSEE et s’appuyant sur l’enquête Emploi 2006
Le chômage français au sens du BIT présente plusieurs différences selon qu’il est publié par Eurostat ou par l’INSEE, qui tiennent d’abord :
- à une question de champ géographique, Eurostat incluant les départements d’outre- mer dans ses calculs tandis que l’INSEE les exclut. Cette différence d’appréciation conduit à augmenter de l’ordre de 0,5 point le taux de chômage publié par Eurostat par rapport à l’INSEE ;
- à une question d’interprétation de la définition du chômage BIT, notamment sur les démarches actives de recherche d’emploi. L’INSEE considère que la simple inscription à l’ANPE est une démarche active de recherche d’emploi et suffit donc à remplir ce critère du BIT. Depuis 2000, Eurostat a une interprétation plus restrictive.
Combinée à d’autres différences d’interprétation, de moindre importance, cette divergence contribue à diminuer le niveau du chômage publié par Eurostat d’environ 0,6/0,7 point par rapport à l’INSEE10, comme le montre le graphique et le tableau ci- dessous.
Graphique 1
Recherche active: nombre de chômeurs pris en compte par l'INSEE mais pas par Eurostat
185000 190000 195000 200000 205000 210000 215000 220000
2 003 2 004 2 005 2 006
Source : Insee
10 L’Espagne s’est alignée en 2001 sur la conception d’Eurostat en la matière, ce qui s’est traduit par la sortie d’environ 500 000 chômeurs du chômage au sens du BIT.
Tableau 2 : Chômage BIT suivant les interprétations sur la recherche active (moyennes annuelles)
2003 2004 2005 2006
Nombre de chômeurs, interprétation INSEE recherche active
(en milliers et en taux de croissance) 2 682 2 734
(+1,9%)
2 723 (-0,4%)
2 729 (+0,2%) Nombre de chômeurs, interprétation Eurostat recherche active
(en milliers et en taux de croissance) 2 465 2 519
(+2,2%)
2 513 (-0,2%)
2 532 (+0,8%)
Écart (2) - (1) (en milliers) 217 215 210 197
Impact en points de taux de chômage (%) -0,72 -0,71 -0,69 -0,64
Source : Insee
Le graphique suivant illustre ces deux différences, soit l’intégration des DOM et le critère sur la recherche active. Partant du taux de chômage actuel publié par l’INSEE, il montre le taux de chômage INSEE translaté à la hausse d’environ 0,5 point du fait de l’intégration des DOM, puis translaté au contraire à la baisse d’environ 0,7 point du fait de la correction sur la recherche active. Il persiste cependant une différence avec le taux Eurostat malgré ces deux corrections.
Graphique 2
Comparaison des taux INSEE et Eurostat
8,0 8,5 9,0 9,5 10,0 10,5 11,0
Taux INSEE actuel Taux INSEE + DOM
Taux INSEE + DOM - correct ion recherche act ive Taux Eurost at
Source : INSEE et Eurostat
La différence résiduelle provient de points mineurs (différence dans le dénominateur utilisé11, ménages collectifs12, mise à jour des pondérations), du mode de calcul des estimations mensuelles et surtout, récemment, de la prise en compte de l’enquête emploi 2006.
En effet, depuis le passage à l’enquête emploi en continu et dans l’attente de disposer de suffisamment de recul pour pouvoir calculer les données trimestrielles corrigées des variations saisonnières, Eurostat a défini pour la France (comme pour l’Autriche, Chypre et Malte) une méthode particulière d’estimation du chômage BIT mensuel13 :
- en effectuant une moyenne annuelle glissante intégrant les 5 derniers trimestres disponibles de l’enquête emploi et en les complétant pour la fin de série par l’évolution des DEFM ;
- en intégrant progressivement, après transmission par l’INSEE et vérification interne, le dernier trimestre disponible de l’enquête emploi.
Cette méthode diffère du calage effectué traditionnellement par l’INSEE qui consiste à se caler une fois par an (en mars de l’année suivante) sur la moyenne annuelle calendaire de l’enquête.
Elle permet de prendre en compte plus tôt, en un peu plus lisse et en continu les résultats trimestriels de l’enquête emploi. Elle conduit néanmoins à de fréquentes révisions progressives et rétrospectives de l’ensemble des mois de fin de période, pour progressivement se rapprocher, avec retard, des niveaux ressortant de la moyenne annuelle de l’enquête emploi.
Le graphique suivant illustre les révisions engendrées récemment aux données calculées par Eurostat du fait du calage en moyenne annuelle glissante. Eurostat n’a en effet pas accédé aux demandes formulées par l’INSEE, à partir de décembre 2006, de cesser d’intégrer les données trimestrielles de l’enquête Emploi à partir du 2ème trimestre 2006. L’INSEE ayant tardé à transmettre à Eurostat les données du 3ème trimestre 2006, celles-ci n’ont été intégrées qu’en mars 2007, en même temps que celles du 4ème trimestre 2006, conduisant à un « recalage » plus important. Eurostat a ainsi procédé à la publication du chômage français en prenant en compte l’enquête emploi pour 2006 au moment même où l’INSEE différait cette prise en compte. Comme le calage sur l’enquête emploi 2006 a pour conséquence de relever le niveau de chômage, le taux Eurostat se trouve mécaniquement supérieur au taux INSEE, même après correction des DOM et du critère de recherche active, fin 2006 et en 2007, d’environ 0,5-0,7 point. Eurostat a néanmoins indiqué sur ses publications que les données sur la France étaient provisoires et sujettes à révision d’ici la fin 2007.
11 L’INSEE utilise au dénominateur un estimateur de l’emploi dit « au sens de la comptabilité nationale » et provenant des statistiques administratives, tandis qu’Eurostat utilise un estimateur de l’emploi provenant de l’enquête emploi elle-même.
12 Le règlement européen prévoit l’intégration dans la population enquêtée des ménages dits « collectifs ». Ce terme recouvre les personnes telles que les pensionnaires de maisons de retraite, les étudiants en cité universitaire, les prisonniers, les militaires en caserne. Les redressements de l’enquête française tiennent compte de cette population, mais Eurostat ne les intègrent pourtant pas encore dans ses propres calculs car de nombreux autres pays sont en retard sur la France et n’appliquent pas encore ce point du règlement. L’impact de cette différence sur les résultats globaux est mineur.
13 On peut presque parler de cette méthode au passé, puisque, pour la France, Eurostat a l’intention d’abandonner cette méthode très rapidement (et l’aurait même d’ailleurs probablement fait dès début 2007, si la crise de début 2007 n’avait pas eu lieu) dès lors que la France dispose maintenant d’une série assez longue pour effectuer un calage trimestriel.
Graphique 3 : Taux de chômage français (CVS, publié par Eurostat)
8 8.2 8.4 8.6 8.8 9 9.2 9.4 9.6 9.8
janfebma r
aprma y
junjul au g
se p
octno v
de c
janfebma r
aprma y
junjul au g
se p
octno v
de c
janfebma r
aprma y
2005 2006 2007
LFS up to 2006Q2 LFS 2006Q3+4 included LFS 2007Q1 included Source : Eurostat
II. RELATIVEMENT VARIABLES, LES PRATIQUES NATIONALES ACCORDENT UNE PLACE CROISSANTE AU CHOMAGE AU SENS DU BIT, SANS PROCEDER A UN « CALAGE » AVEC LES DONNEES ADMINISTRATIVES
A. Les modalités de détermination du chômage au sens du BIT convergent tout en laissant subsister des différences de méthode
1. Obéissant à des principes communs, les enquêtes LFS nationales reposent néanmoins sur des modalités différentes
Aux termes des règlements qui prévoient l’organisation des enquêtes LFS, et notamment du règlement n°577/98 du 9 mars 1998, chaque Etat-membre doit conduire son enquête en respectant les aspects suivants :
- une enquête par sondage en continu produisant des résultats trimestriels et annuels transmis à Eurostat dans des délais déterminés (90 jours après la fin du trimestre pour les résultats trimestriels) ;
- une enquête comprenant une série de variables précises et de questions correspondantes, listées par le règlement et posées dans un ordre déterminé ;
- une enquête dont les semaines de référence sont réparties uniformément sur l'ensemble de l'année, et où l'entretien a lieu normalement au cours de la semaine qui suit immédiatement la semaine de référence et en tout cas dans les cinq semaines qui suivent.
En revanche, les Etats-membres disposent d’une latitude assez grande sur des domaines importants de l’enquête, même si des lignes directrices existent au niveau européen :
- méthode de détermination de l’échantillon et de son volume. La plupart des Etats- membres s’appuient sur la détermination de logements, tandis que la Suède, le Danemark et la Finlande identifient directement des individus. Le plus souvent, le recensement est l’outil de base d’identification de l’échantillon, mais les pays nordiques, l’Italie et la Belgique se fondent sur des registres de population ;
- nombre de vagues d’interrogation, qui varient de deux à huit entre les différents pays (6 pour la France), avec un dispositif de rotation qui permet un maintien d’au moins 50% de l’échantillon entre deux vagues trimestrielles (sauf pour le Danemark : 33% et la Lettonie : 0%) ;
- modes d’interrogation, les entretiens pouvant être exclusivement en tête-à-tête (Portugal, Grèce et plusieurs pays de l’est), exclusivement par téléphone (Suède, Finlande) ou mixtes (dans la plupart des pays, le premier entretien est en tête-à-tête, les suivants s’effectuant par téléphone. La France se distingue en revenant à un entretien physique pour la dernière vague) ;
- caractère obligatoire ou non de la réponse à l’enquête (qui est obligatoire en France, Belgique, Allemagne, Italie, Chypre, Malte, Autriche, Portugal, Slovaquie mais volontaire dans les autres Etats-membres14) ;
- détermination de la méthode de pondération des résultats. La France est le seul pays à ne pas intégrer les régions dans le calcul des pondérations.
La mesure du chômage au sens du BIT aux Etats-Unis
Aux Etats-Unis, les seules données utilisées pour mesurer le chômage sont issues de l’enquête mensuelle sur la population active conduite dans le cadre du Current Population Survey (CPS), qui se fonde sur des critères proches de ceux du BIT. Elles sont publiées chaque mois par le Bureau of Labor Statistics six jours environ après la fin de mois.
Les chiffres « administratifs » ne concernent que le nombre de bénéficiaires des indemnités chômage (Unemployment Insurance -UI-). Ils sont disponibles sur une base hebdomadaire, mais ne sont pas utilisés comme une mesure du chômage car ils excluent environ la moitié des chômeurs au sens du BIT.
L’enquête CPS existe sous une forme mensuelle depuis 1940. Elle a été réformée à plusieurs reprises, notamment en 1994. L’enquête est dite mensuelle mais elle ne porte que sur une semaine donnée du mois : elle ne constitue pas stricto sensu une enquête en continu telle que mise en place en France depuis 2002. L’échantillon mensuel comprend environ 60.000 ménages (soit 90 000 ménages en trimestriel, soit 200 000 personnes, du fait du système de rotation), choisis pour être représentatifs de la population nationale, répartis sur 754 secteurs géographiques (sur les près de 2000 que compte le pays).
Chaque mois, un quart des ménages dans l'échantillon change, de sorte qu'aucun ménage ne soit interviewé plus de quatre mois consécutifs. Huit mois après être sorti de l’échantillon, un ménage y revient à nouveau pour quatre mois, avant de le quitter définitivement. Ce système permet de conserver 75% de l’échantillon d’un mois sur l’autre et environ 50% d’une année sur l’autre. Les entretiens sont menés par environ 1500 enquêteurs, qui s’appuient sur un support informatique. Une partie des entretiens sont effectués par téléphone, après l’entretien initial en tête-à-tête. La proportion des ménages qui ne peuvent être interviewés varie entre 7 à 8%. Les résultats bruts font l’objet de pondérations tenant compte de l’âge, du sexe, de l’appartenance raciale et du lieu de résidence.
14 En France, le caractère obligatoire de l’enquête n’induit néanmoins pas de sanction en cas de non-réponse.
L’intervalle de confiance à 90% est estimé, s’agissant des variations mensuelles de chômage, à +/- 0.19 point de pourcentage.
Cette enquête CPS, qui est une enquête-ménages, ne doit pas être confondue avec l’enquête spécifique sur l’emploi (« Current Employment Statistics program ») qui est effectuée chaque mois auprès de plus de 300 000 entreprises15. Cette enquête sert en particulier à déterminer l’emploi par branche.
2. Les indicateurs de qualité ne font pas apparaître de situation défavorable pour l’enquête Emploi française, mais son échantillon est deux fois plus faible que celui des autres principaux grands pays
Les données suivantes, issues du rapport d’Eurostat sur la qualité16 publié en 2006 sur des données 2004, illustrent quelques éléments de potentielle fragilité de l’enquête LFS. Elles montrent que l’enquête Emploi française présente dans chacun des domaines des résultats relativement comparables à ceux des autres pays et ne présentait en conséquence donc pas, à l’époque de ces résultats, une fragilité susceptible de remettre sa fiabilité en question.
L’enquête LFS autorise les entretiens par proxys, c’est-à-dire qu’une personne du foyer peut répondre pour une autre. Cette souplesse permet d’améliorer les taux de réponse mais crée des risques d’erreurs et donc de fragilité supplémentaires. En la matière, la France présentait en 2004 des taux se situant dans la moyenne européenne, voire dans la fourchette basse. Il en allait de même pour le nombre d’entretiens par enquêteur.
Tableau 3 : Part des entretiens par proxys et nombre d’entretiens par enquêteur Part des entretiens par proxys
(2005)
Nombre d’entretiens par enquêteur par trimestre (2004)
Allemagne 26,6% 35
Espagne 52,9% 602
France 32,1% 101
Italie 40,3% 140
Pays-Bas 46,6% 277
Royaume-Uni 34,4% 137
Suède 2,8% 246
Source : Eurostat
Les taux de non-réponses sont également un indicateur important de la fragilité de l’enquête puisqu’une absence de réponse a un effet déformant de l’échantillon, d’autant qu’un non- répondant n’a pas nécessairement les mêmes caractéristiques que la moyenne des répondants sur le marché du travail. En 2004 les taux de non-réponse de l’enquête emploi n’étaient pas particulièrement élevés par rapport à d’autres pays (notamment le Royaume-Uni), bien qu’en la matière la France se situe dans la fourchette basse17. Les taux de pays comme l’Italie ou l’Espagne doivent en outre être relativisés dans la mesure où les non-répondants de la première vague ne sont pas conservés dans l’échantillon.
15 Cette enquête a un échantillon plus important et donc une marge d’erreur plus faible que l’enquête ménages (un changement mensuel du niveau d’emploi de 104 000 est statistiquement significatif, contre un seuil de 400 000 dans l’enquête ménage). Mais l’enquête ménage a un champ plus large, car elle s’étend notamment aux indépendants, aux salariés agricoles.
16 Eurostat, « The European Union Labour Force Survey - Quality report 2004», 2006
17 Pour la France, l’année 2004 est celle qui se caractérise par les meilleurs taux de réponse depuis le passage à l’enquête emploi en continu. Pour autant, les différences sont relativement faibles par rapport aux autres années, avec un taux de réponses de 80,5% en 2003, 81,9% en 2004, 80,9% en 2005 et 80,7% en 2006.
Tableau 4 : Taux de non-réponses (en%)- Moyenne annuelle 2004
Vagues 1 2 3 4 5 6
Espagne 15,2 7,7 7,2 7,6 7,4 7,5
France 19,1 17,8 17,9 18,3 19,4 16,2
Italie 18,5 8,2 7,4 6,7
Royaume-Uni 26 35 37 40 41
Suède 20,6 17,4 16,3 16,1 16,2 15,7
Source : Eurostat
La réalisation de l’entretien au plus près de la semaine de référence est un autre facteur de qualité de l’enquête LFS. La part d’entretiens réalisés dans la semaine immédiatement consécutive est, sur les données allant jusqu’en 2005, une fois encore dans la moyenne pour la France, même si une dégradation s’observe entre 2003 et 2005.
Tableau 5 : Part des entretiens réalisés dans la semaine consécutive à la semaine de référence (2005)
2003 2004 2005
Espagne 93,7% 93,8% 73,8%
France 71,3% 68,1% 65,3%
Italie 17,8% 33,9%
Finlande 91,5% 92,3% 92,5%
Suède 56,2% 58,9% 58,9%
Source : Commission européenne18
En revanche, le principal élément de fragilité de l’enquête Emploi française tient à la taille de son échantillon, relativement réduite par rapport à d’autres pays, ce qui induit des intervalles de confiance plus importants :
- alors que l’enquête française comporte un échantillon trimestriel de l’ordre de 35 000 ménages soit 75 000 personnes (non compris les non répondants), on dénombre 120 000 à 160 000 personnes pour l’Allemagne, 140 000 personnes pour l’Espagne, 150 000 personnes pour l’Italie, 96 000 personnes pour le Royaume-Uni et 200 000 personnes pour les Etats-Unis ;
18 Commission Staff Working Document, Annexes to the Report from the Commission to the council an the European Parliament on the implementation of Council Regulation (EC) n°577/98, Janvier 2007.
- en conséquence, les intervalles de confiance à 95% pour le taux de chômage trimestriel (en niveau) sont de l’ordre de + ou - 0,4 point pour la France, contre 0,2 en Allemagne, Italie, Suède, Royaume-Uni et 0,3 en Espagne19. Les intervalles de confiance peuvent atteindre des niveaux plus élevés dans d’autres pays, par exemple 0,6 point en Finlande en mai 2006, 0,5 point au Danemark, 0,8 point en Belgique (et des valeurs encore plus importantes dans les nouveaux Etats-membres).
Tableau 6 : Taille des échantillons de personnes répondantes dans le cadre des enquêtes sur les forces de travail (LFS)
France Allemagne Royaume-
Uni Espagne Italie Suède Portugal Etats- Unis Source : Eurostat, 1er
trimestre 200720 72 000 120 000 96 200 141 000 150 200 52 200 38 100 - Sources nationales 75 000 120 000 à
160 000 120 000 180 000 - - - 205 000
Source : Eurostat et contacts directs de la mission dans les pays concernés
3. Les modalités et le rythme de publication du chômage au sens du BIT
Les rythmes de publication des chiffres du chômage au sens du BIT au niveau national concordent pour l’essentiel avec les pratiques de transmission en direction d’Eurostat, déjà explicitées.
Les précisions suivantes peuvent néanmoins être apportées.
Au Royaume-Uni, l’office national statistique procède chaque mois à la publication d’une moyenne glissante sur trois mois. L’enquête LFS y a en effet été conçue pour être représentative pour chaque période de trois mois dans l’année : de janvier à mars, mais aussi de février à avril, etc. A titre d’exemple, le 13 juin 2007 a été publié le chiffre mensuel du chômage sur les mois de février à avril 2007. Ce chiffre est l’indicateur officiel du chômage au Royaume-Uni et il est attribué dans les séries au mois central, en l’occurrence à mars.
Pour l’Allemagne, il existe actuellement deux taux de chômage BIT. Le premier, publié sur le plan national et actuellement repris par l’OCDE et par Eurostat en tant que « taux standardisé », est basé sur une enquête téléphonique mensuelle, organisée de manière transitoire en attendant la mise en place d’une enquête LFS en continu conforme aux règles européennes21. Ce taux de chômage BIT est inférieur de deux points en 2006 (8,4% contre 10,4%) au second indicateur de taux de chômage, également BIT et aussi publié par l’OCDE et Eurostat, qui est, quant à lui, issu directement, y compris le dénominateur, de la nouvelle enquête LFS (intégrée dans l’enquête dite Micro-zensus conduite par les Länder). La conduite de l’enquête téléphonique, dont le terme était initialement prévu en fin d’année 2006, s’est finalement achevée en avril 2007. L’utilisation de l’enquête LFS en rythme mensuel, trimestriel, et annuel devrait faire l’objet d’une décision prochaine, dès lors que la qualité de ses résultats aura été confirmée. Dans l’attente, les taux de chômage BIT publiés ne seront que des projections estimées. En l’état, des travaux méthodologiques se poursuivent, notamment sur la prise en compte du travail marginal, l’une des difficultés semblant tenir au fait que l’Allemagne n’avait à l’origine pas repris purement et simplement la définition du BIT sur l’absence totale de travail. Le passage à l’enquête LFS devrait provoquer un gonflement significatif du taux de chômage au sens du BIT, avec une sensibilité politique amoindrie dans la mesure où le débat public allemand porte davantage sur le chômage mesuré par les données administratives (cf. infra).
19 Eurostat, « The European Union Labour Force Survey - Quality report 2004», 2006. Données portant sur les trimestres de 2004 mais n’ayant a priori pas changé depuis.
20 Nombre d’individus enquêtés de plus de 15 ans.
21 D’après l’OCDE, son dénominateur est constitué de la somme de la source comptabilité nationale pour l’emploi et du chômage BIT estimé par cette enquête téléphonique L’usage du chiffre issu de la comptabilité nationale gonfle l’emploi très significativement.
En Espagne, en parallèle de la publication trimestrielle des résultats de l’enquête LFS, une moyenne mensuelle glissante sur trois mois est désormais calculée. Elle ne fait à ce stade pas l’objet d’une publication mais est transmise à titre indicatif à Eurostat.
Au Portugal, la publication trimestrielle du taux de chômage au sens du BIT a lieu environ 45 jours après la fin du trimestre concerné.
B. Les pratiques nationales divergent face à la co-existence de données administratives et des chiffres au sens du BIT, mais les sources sont toujours maintenues séparées
Tous les pays disposent naturellement de sources administratives liées au chômage, qu’il s’agisse de données sur l’indemnisation des demandeurs d’emploi ou sur l’activité du service public de l’emploi. L’existence de ces sources administratives n’implique pour autant pas nécessairement qu’elles soient utilisées pour mesurer le niveau ou les évolutions du chômage.
1. Dans certains pays, les données administratives correspondent à des données d’indemnisation et ne sont pas utilisées comme un outil de mesure du chômage
a) Etats-Unis
Le texte de présentation de la mesure du chômage du Bureau of Labor Statistics précise bien que la mesure du chômage au sens du BIT est totalement distincte des données administratives hebdomadaires (« UI » : unemployment insurance) qui ne couvrent que les chômeurs indemnisés (environ 50% des chômeurs BIT) et ne sont donc pas utilisables pour mesurer le chômage22.
b) Royaume-Uni
Les données administratives correspondent au nombre de bénéficiaires de l’allocation chômage (Jobseeker's Allowance). Elles sont citées dans les publications officielles à titre d’information complémentaire intéressante sur le marché du travail mais non comme mesure statistique du chômage. En effet, du fait du caractère restrictif de l’indemnisation et donc du périmètre étroit des chômeurs enregistrés, les chiffres sont très différents.
A titre d’exemple, le 13 juin 2007 a été publié, dans le même document que le chômage BIT moyen des mois de février à avril, le nombre d’allocataires pour le mois de mai 2007. Les bénéficiaires de la JSA étaient 0,9 million, contre 1,7 million de chômeurs au sens du BIT. Cette publication fait également état d’un taux de bénéficiaires (claimant count rate), calculé par ratio du nombre de bénéficiaires divisé par la somme du nombre d’emploi (issu des enquêtes entreprises) et du nombre de bénéficiaires. Ce taux, qui n’est pas présenté comme un taux de chômage, s’établit à 2,7%
en mai 2007, contre 5,5% pour le chômage au sens du BIT.
22 Le BLS publie néanmoins les données hebdomadaires UI, accompagnées de la publication d’un taux hebdomadaire.
Néanmoins, ce taux est présenté clairement comme un taux de chômage des chômeurs indemnisés.
2. Dans d’autres pays, le débat public national se focalise davantage sur le chômage mesuré par les sources administratives que sur le chômage au sens du BIT
En Allemagne, le chiffre qui focalise l’attention dans le débat public est le nombre de chômeurs enregistrés par l’agence pour l’emploi en données brutes (non corrigées des variations saisonnières). Sont également publiés un taux de chômage correspondant à ces données administratives brutes et un nombre de chômeurs enregistrés en données corrigées des variations saisonnières. La publication mensuelle fait par ailleurs référence, depuis quelques années, au taux de chômage23 et au nombre de chômeurs au sens du BIT. Ces publications ont lieu le même jour, mais le taux de chômage BIT est désormais publié deux heures avant le communiqué de l’agence pour l’emploi, lui-même suivi d’une conférence de presse du ministre. Les deux sources peuvent diverger significativement en niveau comme en évolution, mais l’institut de statistique affirme parvenir à expliquer clairement les différences de définition.
La même prédominance des données administratives dans le débat public se retrouve également en Autriche, en tout cas s’agissant du nombre de chômeurs. Dans la publication officielle, sont présentés parallèlement un taux de chômage enregistré et un taux de chômage BIT (respectivement 5,4% et 4,9% en juin 2007). Le taux de chômage BIT, il est vrai plus faible, est néanmoins désormais clairement mis en avant dans la publication mensuelle, en référence à Eurostat et en comparaison aux autres Etats-membres.
Au Danemark, le chômage mesuré par l’enquête LFS trimestrielle est publié séparément de la source administrative, laquelle est publiée mensuellement et demeure le principal indicateur de chômage dans le débat national.
Le Luxembourg se caractérise enfin aussi par un débat public accordant la prééminence aux données administratives.
3. La plupart des autres pays connaissent la co-existence des deux sources de mesure du chômage mais tendent à faire prévaloir le chômage au sens du BIT et maintiennent séparées les deux séries
A l’instar de la France, les autres pays européens font co-exister des données BIT et administratives dans la publication des chiffres du chômage et le débat public porte simultanément sur ces deux dimensions. Pour autant, les autres pays accordent une place croissante aux chiffres BIT et ne cherchent pas à produire un chiffre combinant les deux séries.
Ainsi, en Espagne les deux sources font l’objet de publications séparées et ne sont pas combinées statistiquement. Pendant longtemps ont co-existé deux taux de chômage, l’un au sens du BIT (établi trimestriellement par l’INE, institut national de la statistique, sur la base de l’enquête LFS), l’autre, mensuel, correspondant au chômage enregistré par l’INEM (service public de l’emploi) et calculé en utilisant au dénominateur les données emploi issues de l’enquête LFS. Ce double taux de chômage a fait l’objet de critiques récurrentes, dans un contexte où le taux publié par le ministère en lien avec l’INEM était nettement plus faible que celui correspondant à la définition du BIT24. Le gouvernement élu en mars 2004 a souhaité mettre fin à cette situation, et depuis début 2005, il ne procède plus au calcul et à la publication d’un taux de chômage mensuel fondé sur les données administratives de chômage enregistré. L’Espagne connaît donc désormais un système de :
- publication mensuelle d’un nombre de chômeurs enregistrés par l’agence pour l’emploi, désormais opérée sans adjonction d’un taux de chômage calculé sur cette base ;
23 Qui, mesuré par l’enquête téléphonique provisoire, est nettement plus faible : 6,4% de taux de chômage au sens du BIT en mai 2007 contre 8,8% pour le chômage enregistré.
24 Carole Tuchszirer, « Espagne : critères de divergence autour des chiffres du chômage », Chronique internationale de l'IRES, n° 59, Juillet 1999.
- publication trimestrielle d’un taux de chômage au sens du BIT calculé sur la base de l’enquête emploi trimestrielle.
Au Portugal, la situation est assez proche, avec la co-existence d’une publication mensuelle du nombre de chômeurs enregistrés (sans calcul d’un taux de chômage correspondant) et d’une publication trimestrielle du taux de chômage (et nombre de chômeurs) au sens du BIT. Ce dernier est considéré comme le seul chiffre officiel du chômage, le seul à être produit par le système statistique national. A l’échelle mensuelle, l’institut statistique calcule, en se basant sur les données administratives et sur la méthode de régression dite « Chow-Lin », un taux de chômage mensuel au sens du BIT. Ce calcul n’est cependant pas publié et fait simplement l’objet d’une transmission informelle à Eurostat, qui estime de son côté selon une méthode plus simple le taux de chômage mensuel à partir des données trimestrielles LFS et des données administratives mensuelles.
En Suède, la publication mensuelle de l’office national statistique (dont la sortie est antérieure à la fin du mois m+1) porte exclusivement sur les résultats mensuels de l’enquête LFS. De son côté, l’AMS (agence pour l’emploi) publie mensuellement (au cours du mois m+2) le nombre de demandeurs d’emploi en l’accompagnant d’un ratio par rapport à la population active présenté comme un taux de chômage.
En Finlande, la publication mensuelle (ayant lieu avant la fin du mois m+1) sur l’emploi et le chômage est centrée sur les données mensuelles directement issues de l’enquête LFS. Mais dans le tableau récapitulatif comme dans le commentaire, les chiffres du chômage enregistré issus du ministère du travail sont retracés, sans calcul d’un taux de chômage correspondant.
C. Les autres pays connaissent également des phénomènes de divergences dans les évolutions mesurées par les données administratives et par l’enquête LFS
1. Des divergences dans les évolutions et des différences sur les niveaux de chômage Dans la mesure où les sources administratives et l’enquête LFS ne mesurent pas la même chose, il est admis dans tous les pays qu’il est naturel qu’elles diffèrent en niveau (dans un sens qui varie selon les pays et les pratiques d’enregistrement du chômage25), mais aussi qu’elles divergent en tendance dès lors qu’elles ne sont pas nécessairement impactées de manière identique par les évolutions économiques, juridiques, sociales, opérationnelles.
De fait, les chiffres disponibles sur longue période confirment pour d’autres pays le phénomène observé de divergence par phases dans les évolutions de ces données.
25A. Melis and B. Lüdeke,”Registered unemployed compared with LFS unemployed”, Eurostat Working Papers, 2006.
a) Royaume-Uni
Au Royaume-Uni, bien que publiées dans le même document, les deux sources sont maintenues totalement séparées et ne font l’objet d’aucun calage l’une sur l’autre. Les deux séries peuvent converger ou diverger significativement. L’évolution sur longue période montre que si les deux données peuvent être proches à la fois en niveau et en évolution, elles peuvent aussi connaître des décrochages l’une par rapport à l’autre26. Ainsi, la réforme de l’indemnisation en 1996 et l’intensification du suivi des demandeurs d'emploi depuis la fin des années 1990 peuvent être des facteurs expliquant le reflux du nombre de bénéficiaires de la JSA (courbe du bas du graphique infra), plus rapide que le recul du chômage au sens du BIT (courbe du haut). Parallèlement, l’accent mis de plus en plus sur le retour vers le marché du travail de personnes inactives et bénéficiant d’autres allocations (invalidité-handicap, minimum social) a pu également accroître l’écart entre les deux séries, augmentant relativement le nombre de chômeurs au sens du BIT.
Graphique 4 : Évolution du chômage trimestriel au Royaume-Uni (1990-2005, CVS), enquête LFS et chômage enregistré
0 500000 1000000 1500000 2000000 2500000 3000000 3500000
1990Q1 1990Q4 1991Q3 1992Q2 1993Q1 1993Q4 1994Q3 1995Q2 1996Q1 1996Q4 1997Q3 1998Q2 1999Q1 1999Q4 2000Q3 2001Q2 2002Q1 2002Q4 2003Q3 2004Q2 2005Q1 LFS chômage enregistré
Source : OCDE
L’observation comparée des variations trimestrielles confirme l’occurrence de divergences, dans un sens ou dans l’autre. Ainsi, pendant deux trimestres de 2001, le chômage BIT a augmenté sensiblement tandis que le nombre de chômeurs indemnisés baissait nettement. Le même phénomène se reproduit en 2004, tandis que l’effet inverse joue fin 2002-début 2003.
26 Andrew Machin, “Comparisons between unemployment and the claimant count” February 2004 edition of Labour Market Trends.
Graphique 5 : Variations trimestrielles du chômage au Royaume-Uni (2000-2005, CVS), enquête LFS et chômage enregistré
-8,0%
-6,0%
-4,0%
-2,0%
0,0%
2,0%
4,0%
2000Q1 2000Q2 2000Q3 2000Q4 2001Q1 2001Q2 2001Q3 2001Q4 2002Q1 2002Q2 2002Q3 2002Q4 2003Q1 2003Q2 2003Q3 2003Q4 2004Q1 2004Q2 2004Q3 2004Q4 2005Q1
LFS chômage enregistré
Source : OCDE
b) Etats-Unis
Aux Etats-Unis, il y a une différence encore plus nette en niveau entre les deux sources, se traduisant également par des écarts en terme d’évolutions.
Graphique 6 : Évolution du chômage mensuel aux Etats-Unis (1995-2007, CVS, x1000, enquête CPS) et chômage indemnisé
0 1 0 0 0 2 0 0 0 3 0 0 0 4 0 0 0 5 0 0 0 6 0 0 0 7 0 0 0 8 0 0 0 9 0 0 0 1 0 0 0 0
C h ô m a g e B IT C h ô m a g e i n d e m n i s é Source : BLS
Graphique 7 : Variations trimestrielles du chômage aux États-Unis (2000-2007, CVS), chômeurs BIT et chômage indemnisé
Source : BLS
c) Suède
En Suède, les deux séries de mesure du chômage connaissent également des divergences ou des évolutions d’ampleur inégale à court terme, malgré des tendances de moyen et long terme relativement comparables. Le chômage enregistré a ainsi progressé plus rapidement au début des années 1990, avant de baisser davantage à la fin des années 1990. Sur la période récente, le chômage enregistré a été moins volatile que le chômage au sens du BIT, avant de connaître en fin de période une diminution plus marquée et plus précoce.
Graphique 8 : Evolution du chômage mensuel en Suède (1990-2006, CVS), enquête LFS et chômage enregistré
0 50000 100000 150000 200000 250000 300000 350000 400000 450000 500000
1990M1 1990M10
1991M7 1992M4
1993M1 1993M10
1994M7 1995M4
1996M1 1996M10
1997M7 1998M4
1999M1 1999M10
2000M7 2001M4
2002M1 2002M10
2003M7 2004M4
2005M1 2005M10
2006M7 LFS chôm age enregistré
Source : OCDE -10,0
-5,0 0,0 5,0 10,0 15,0 20,0
Chômeurs BIT Chômeurs indemnisés
Graphique 9 : Variations trimestrielles du chômage en Suède (2000-2006, CVS), enquête LFS et chômage enregistré
-15,0%
-10,0%
-5,0%
0,0%
5,0%
10,0%
15,0%
20,0%
2000Q1 2000Q3
2001Q1 2001Q3
2002Q1 2002Q3
2003Q1 2003Q3
2004Q1 2004Q3
2005Q1 2005Q3
2006Q1 2006Q3
LFS chômage enregistré Source : OCDE
d) Allemagne
Les évolutions comparées du chômage standardisé BIT en Allemagne et du chômage enregistré montrent qu’en dépit de tendances globales comparables (premier graphique), les variations trimestrielles diffèrent assez clairement entre 1998 et 2004 : jusqu’en 2001, le chômage BIT diminue plus rapidement que le chômage enregistré, puis il augmente plus rapidement de 2001 à 2004.