A NNALES DE L ’I. H. P.
G EORGES G AMOW
L’évolution des étoiles du point de vue de la Physique moderne
Annales de l’I. H. P., tome 8, n
o5 (1938), p. 193-211
<http://www.numdam.org/item?id=AIHP_1938__8_5_193_0>
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L’évolution des étoiles
du point de
vuede la Physique moderne
par
Georges GAMOW
Professeur de Physique théorique
à l’Université George Washington, (U. S. A.).
CHAPITRE I.
TRANSFORMATION DES
ÉLÉMENTS
DANS LESÉTOILES.
Le
problème
des ressourcesénergétiques
des étoiles est un desplus importants,
mais aussi desplus
difficiles del’astrophysique
moderne.H. v. Helmholtz a montré que la contraction
gravifique
des étoiles nerend
compte
del’énergie dissipée
que pourquelques
millionsdonnées,
tandis que les données
astronomiques
etgéologiques exigent
109 à1011 1 années.
Après
la découverte de la transformation artificielle deséléments,
ilétait clair que
l’énergie
nucléairepouvait expliquer
l’existence des étoiles même pour des durées de cet ordre. Parexemple,
si nousadop-
tons la
possibilité
de 1~ formation de rhélium par des collisions entre noyauxd’hydrogène, l’énergie
libérée parchaque particule
a serade 30 MeV
( 3o
millionsélectron-volts)
cequi représente, d’après
la relation
d’Einstein,
o,70/0
de la masse totale de laparticule
formée. Si l’on admet ce processus pour
expliquer
laproduction d’énergie
de notreSoleil,
laquantité
totale libérée par gramme sera de 0,007 c2 = 6. i o’ 8 ergs.Le Soleil rayonne en moyenne i,g
erg~gr.
sec ; nous trouvons donc quel’énergie
libérée par formation d’hélium suffit pour 3.I018 sec ou I011 années. Les autres transformations nucléaires nous donneront despériodes
de temps de même ordre degrandeur.
I94
La
question qui
se pose est maintenant de savoir si depareilles
trans-formations artificielles
peuvent
avoir lieu à l’intérieur des étoiles. Noussavons que la condition nécessaire de ces transformations est
l’existence
de chocs violents entre les atomes, la
transparence
des barrières depotentiel
des noyaux diminuant très vite avecl’énergie
de collision.Dans les
expériences
de laboratoire on peut observer des transforma- tions nucléaires mettant enjeu
de faiblesénergies, quelques
centainesde
kilovolts;
la théoriequantique
des noyaux nous permet de calculer deplus
laprobabilité
de transformation pour desénergies
encoreplus
faibles.
D’après
la théorie del’équilibre
intérieur desétoiles, développée
par A.Eddington,
on sait aussi que latempérature
dans larégion
internede certaines étoiles est
égale
à environ4.
i o7degrés;
cequi correspond
à une
énergie cinétique
dequelques
kilovolts pour desparticules
maté-rielles.
Le calcul des vitesses de réaction nucléaires
produites
par les colli- sionsthermiques
a été fait pour lapremière
fois par Atkinson etHoutermans
[1]
il y a 10 ans. Nous lereproduisons
ici avecquelques
modifications
importantes nécessitées
par ledéveloppement
ultérieur de laphysique
nucléaire.Soit un
mélange
de deux gazparfaits
de densitéspartielles
et P2 ==
YP
et dont lesparticules
ont pour masses mi et m2. Le nombre des collisionsthermiques
entre deux moléculesdifférentes,
mettant enjeu
uneénergie
de collisioncomprise
entre E et E +~E,
estdonné,
pour la
température T;
par la formuleoù m1 ma est la masse réduite et u la section efficace.
mi + m~
D’après
la théoriequantique,
nous avonsoù
Z~
etZ2
sont les numérosatomiques
et ro le rayon nucléaire.Par
intégration
surl’énergie,
nous obtenons le nombre total deI95
pénétrations
par seconde et par grammeAprès
lapénétration,
lesurplus d’énergie peut
être émis sous forme derayonnement électromagnétique
et les deux noyaux se réunissent enformant un noyau
plus complexe.
Ce processus, de formationd’éléments plus lourds,
doit être d’unegrande Importance
pour leschangements
deconstitution
chimique
des étoiles et pour le rayonnementémis,
carchaque
nouvelle liaison d’uneparticule
élémentaire(proton
ouneutron)
est
accompagnée
d’une libérationd’énergie
de 8 MeV. Laprobabilité
de liaison par
pénétration
est donnée par lerapport
entre laproba-
bilité
ry
de rayonnement y et l’inverse de lapériode
d’oscillation desparticules
dans le noyau. Ce dernier est de l’ordre deh mr20;
le nombretotal de liaisons par
seconde,
pourIg,
est donc donné par la formule(3) multipliée
Lesfigures
1 et 2représentent l’énergie
totaleFig. i. -
Énergie
libérée par pénétration de protons dans les divers noyaux pour T = 4. 10’ = -;5.libérée
(par
gramme et parseconde)
dans les diverses réactions thermo- nucléaires en fonction de latempérature
et du numéroatomique.
Lescalculs sont faits avec la densité p =
75 (densité
de lapartie
centrale duSoleil)
etFy
estsupposé
de l’ordre de I014 sec donné par lesexpé-
196
riences sur les liaisons de
rayonnement
des neutrons pour les noyauxlégers.
Nous voyons que lapénétration
deprotons thermiques
dans desnoyaux aussi lourds que le néon
peut
suffire àexpliquer l’énergie
pro- duite à l’intérieur des étoiles.’
La
figure
2 montre aussi que lapénétration
des protonsthermiques
Fig. 2. -
Énergie
libérée par pénétration de protons dans les notions, en fonction’
de la température (pour p = ~5 ),
dans les noyaux d’éléments lourds est
négligeable.
Pourexpliquer
laformation d’éléments
plus
lourds nous devons avoir des neutronslibres, qui, d’après
lesexpériences
deFermi,
ont une trèsgrande
affinité de liaison avec les noyaux lourds.Examinons maintenant la
probabilité
des réactions thermonucléairesen cas de résonance.
Nous
savons que, si leprojectile
nucléairepossède
une
énergie égale
à celle d’un niveauquantique,
laprobabilité
depéné-
tration
peut
être fortementaugmentée.
La théoriequantique
des noyauxnous donne pour le cas de résonance la formule suivante :
où
Er
estl’énergie correspondant
à la résonance.La
ligure
3 donne unexemple
de. la libérationd’énergie
dans la suite des réactionshypothétiques 2He4
+,H’
-2He5
+hw,
... pourEr==
2,4
et. 8 KV en fonction de latempérature.
Nous voyons que, dans le cas de la
résonance.,
laproduction d’énergie
peut être
multipliée
parI05;
les réactions de résonancepeuvent
donc devenir trèsimportantes
pour des élémentsplus
lourds que le néon.Nous avons montré que la vitesse de toutes les réactions thermo- nucléaires des éléments
légers
est assezgrande
pourexpliquer
le rayon-nement des
étoiles. Cependant,
on rencontre des sérieuses difficultésFig. 3. -
Énergie
libérée par pénétration, sur des niveaux de résonance, de protons dans des hélions. Les courbes A, B, C correspondent à des résonances pour 2, r, 8 KV( densité p = ;~~ j. En pointillé, pénétration ordinaire.
quand
on cherche la réactionparticulière qui
provoque effectivement la libération del’énergie
et la formation des neutrons à l’intérieur des étoiles. Lapremière réaction,
ouplutôt
lapremière
suite de réactions de ce genre a étéproposée
par Weizsâcker[2]
et s’écrit sous la formesuivante : 1
La vitesse de cette
chaîne,
donnée par la vitesse de lapremière réaction,
est suffisamment
grande; chaque capture
dequatre protons,
par les noyauxd’hélium, produit
un neutron.Deux autres suites du réactions nucléaires ont été
proposées
pourexpliquer
la formation de neutrons et la libérationd’énergie.
Une suitetout à fait
analogue
à laprécédente
a étéproposée
par Bethe[3]
et, 14.
I98 s’écrit :
Cette chaîne
représente
la formation d’un.eparticule
a au moyen dequatre protons
absorbés par un noyau de carbone.L’énergie
libérée(environ
3oMeV parparticule)
suffit pourexpli-
quer le rayonnement des étoiles
(voir fig.. 2),
mais iln’y
a pas forma- tion de neutrons libres. Si nous voulonsexpliquer
la formation des élémentslourds,
nous devonsenvisager
une autre réactionproduisant
des neutrons en
grande quantité.
Il semblequ’une
chaîne de réactions donnant ce résultat doive commencer par la collision entre deux pro-+ .
tons
~H’ --~- ~H’ -~ ~D’-’-~- N.
Les deutons formés dans cette réactiondonnent des neutrons libres de la même manière que dans la chaîne
(5).
La
grande
différence entre cette dernière réaction et les réactions quenous avons considérées
auparavant
consiste dans le fait que la liaison de deux protons estaccompagnée
par l’émission d’uneparticule (5
au lieude celle d’un
quantum
de lumière. Laprobabilité
del’émission 03B2
est àpeu
près
10’16 foisplus petite
que laprobabilité
d’émission y, mais estcompensée
par la trèsgrande probabilité
depénétration
pour les deuxprotons.
Les calculs de Bethe etCritchtield [4]
montrent quel’énergie
,libérée par cette réaction suffit pour
expliquer
lerayonnement
de notreSoleil,
maisqu’elle
est troppetite
pour les étoiles lesplus
brillantes.Nous pouvons étudier maintenant l’évolution d’une étoile en tenant .
compte
de son réservoird’énergie thermonucléaire.
Nous ne faisonsaucune
hypothèse spéciale
sur les réactionsnucléaires; néanmoins,
nousadmettons que la
production d’énergie
estaccompagnée
de la transmu-tation
d’hydrogène
en hélium et en élémentsplus
lourds. Nous savonsque, dans l’état
complètement
ioniséqui
doit exister à l’intérieur desétoiles,
lespoids atomiques
moyens del’hydrogène,
de l’hélium et des éléments lourds sontrespectivent I 2, 3 4
et environ a. D’un autrecôté, l’opa-
cité Xu de la matière augmente avec le numéro
atomique,
et nous pouvonsadmettre que
l’opacité
de la substance stellaire estproportionnelle
à lateneur en éléments lourds. Si
X,
Y et Z sont les concentrations relatives del’hfdrogène,
de l’hélium et des éléments lourdson aura
Les
quantités
relatives d’hélium et d’éléments lourds(nombre
de neu-trons
produits
parchaque particule a) engendrées
par les protons thermo-nucléairesdépendent
dutype
de réaction nucléaire choisi pourexpliquer
l’évolution des étoiles.Néanmoins,
dans les réactions(5)
et(7),
on a nous pouvons accepter cette valeur pour nos recherches
préliminaires.
Dans ce cas, nous avons
et
Dans le cas d’une réaction ordinaire
(sans résonance),
la vitesse de libération del’énergie
augmente très vite avec latempérature
et son "maximum sera atteint au centre de l’étoile où la
température
est laplus
élevée. Si nous
désignons
par ro le rayon de cetterégion centrale,
nouspourrons écrire pour la
production d’énergie
totale(I I) L = -1 pg Tn0r30,
où po et
To
sont la densité et latempérature
centrales et A un coefficientdépendant
du caractèrespécifique
des réactions.Pour les collisions entre deux protons, nous avons .
~
et pour les collisions des protons avec différents noyaux
(hélium
ouplus
lourds)
200
Nous avons
remplacé
ici le facteurexponentiel
detempérature [voir
formule
(3)]
par la nièmcpuissance
de latempérature ;
nous trouvonsque, pour
T 4.I07 C0 et la réaction H.’ + 1 H’I,
on a/~ === 3,5~
pour la réaction
1H’ + 2H4,
n = 7.
Pour les réactions avec les éléments
plus
lourds npeut
être encoreplus
grand.
,Les
équations (10), ( 10’ )
et(n)
nous donnent ladépendance
entre lespropriétés physiques
de la matière stellaire et sa constitutionchimique;
en
appliquant
la théorie del’équilibre
des étoiles onpeut
suivre les chan- gernents desquantités caractéristiques
d’une étoile(rayonnement,
lumi-nosité, température effective)
en fonction de sa constitutionchimique.
Eddington [5]
a montré que leséquations d’équilibre
interstellairepeuvent
s’écrire sous la forme :où G est la constante de
Newton;
k la constante deBoltzmann; 03C3
la cons-tante de
Stephan;
c la vitesse de lalumière ;
la masse de l’alomed’hydrogène ; P,
p et T lapression,
la densité et latempérature
à la dis-tance r du centre,
Mr
la masse à l’intérieur du rayon r; et L laproduc-
tion
d’énergie
totale au centre de l’étoile. ,Aux
limites,
nous avons naturellement :Une fois la solution des
équations ( i z ), ( 13 ), ( t 4 ) et(i5)
trouvée pourcertaines valeurs de
M, A, ~., Ho,
nous pouvons obtenir les solutions pour d’autres valeurs de cesquantités M’, A‘, ~.’, H~,
par les transfor-mations suivantes :
Si nous introduisons encore la
température
de l’étoile par la rela-tion nous aurons
11 â 31-1-107t _1~ X 4..-+-14/! ,, 1
(I7’) Teff. = 03B1 2 4 + 2n b 2 4 C 4 5 + 2n d .fi. ’ 2R Teff.
En admettant que la masse de l’étoile ne
change
paspendant
son évo-lution
(on peut négliger
lechangement
de la masseproduit
par le rayon-nement
total),
nous pouvons calculer leschangements
relatifs de lumi- nosité L’et detempérature
efficaceT~,~.,
avec la variation de laquantité d’hydrogène [6].
Le résultat de ces calculs est donné sur la
figure 4
pour les deuxFig. 4. - Trajectoire d’évolution de deux étoiles (sources nucléaires). A, pénétration
des deux protons; B, pénétration des protons dans les hélions.
réactions
simples H1-~- ~ H’
etH’ -~- ~H ~ .
202
On voit que la différence entre les deux chemins d’évolution est très
petite.
Pour les réactions avec les élémentsplus
lourds(n
>7)
on obtientdes courbes
analogues
mais un peuplus
inclinés que pour les deux réactions étudiées.Dans la
figure 4
lesnombres correspondent
à la teneur enhydrogène
et nous voyons que la diminution de la
quantité d’hydrogène
augmenteà peu
près
100fois,
c’est-à-dire de 5magnitudes stellaires,
la luminosité de l’étoile.La
température
de notreSoleil,
parexemple, qui
contient mainte-nant 60 pour 1oo
d’hydrogène augmentera
donc deplus
enplus
àl’avenir. ,
Comparons
maintenant nos résultatsthéoriques
aux données de l’as- tronomie stellaire. Nous savons que si nous portons sur ungraphique
les
magnitudes
stellaires absolues en fonction destempératures
efficaces(graphique
deHertzsprung-Russell),
laplupart
des étoiles se trouventdans l’étroite bande dite de la série
principale ( fig. 5 ) .
Lesexceptions
Fig. 5. - Trajectoires d’évolution des étoiles (sources thermonucléaires) dans le diagramme de Hetzsprung-Russell.
sont les étoiles
géantes ( étoiles
brillantes rouges )
et les naines blanches( étoiles
chaudes maispetites).
Nous savons aussi que dans la série
principale
il existe une corrélation certaine entre la masse etLa
luminosité des étoiles : les étoiles lesplus
lourdes
possèdent
laplus grande
luminosité et latempérature
efficace laplus
élevée.D’après
notrecalcul,
la luminosité d’une étoile de masse donnée doitchanger beaucoup pendant
sonévolution,
cequi semble
en contra-diction avec la corrélation observée entre les masses et les luminosités.
Néanmoins nous pouvons éliminer cette contradiction si nous nous
rappelons
que larapidité
aveclaquelle
une étoile parcourt sa courbe d’évolution est donnée par larapidité
de’ la combustion del’hydrogène qui
est 100 foisplus grande
à la fin de l’évolutionqu’à
son commen- cement. Une étoile passe 99 pour 100 de sa vie dans lapremière partie
de sa courbe d’évolution et 1 pour 1oo seulement des étoiles connues
doivent avoir une luminosité
plus grande
que cellequi correspond
à leurmasse.
(Dans
lafigure 5 l’épaisseur
du traitreprésente
laprobabilité
detrouver une étoile dans l’état
correspondant
de sonévolution.)
Commeseules les masses d’un
petit
nombre d’étoiles sont connues, cette anomaliene peut pas être observée.
Dans la
figure 5,
on trouve l’évolution des six étoiles de masses rela- tives : 13,
2,i,5,
1,0,75, o,5o;
nous voyons que la distribution théo-rique
des masses dans la sérieprincipale
est en accord avec les valeurs observées( données
par les nombres entrecrochets).
Si la réaction nucléaire
qui
est àl’origine
de la vie d’une étoilepré-
sentait le
phénomène
de résonance dans larégion
destempératures
dequelques
dizaines de millions dedegrés,
la distribution de latempé-
rature à l’intérieur de cette étoile serait tout à fait différente. En ce cas.
la libération de
l’énergie
aurait lieu à une certaine distance du centre, là où latempérature
a la valeur nécessaire pour larésonance,
et nous aurions le modèle avec sourced’énergie sphérique.
Avec la décroissance de la
quantité d’hydrogène,
latempérature
’àl’intérieur de l’étoile augmente et le rayon de la couche
sphérique
pro- duisantl’énergie
doit aussi augmenter. Lecalcul,
tout à faitanalogue
auxcalculs de modèles avec source
ponctuelle,
montrequ’en
ce cas la lumi-nosité et la
température
efficace varient considérablement moins que pour les étoiles avec sourced’énergie ordinaire,
et que l’évolution de l’étoile dans lediagramme
deHertzsprung-Russell
estreprésentée
parla courbe tracée en
pointillé ( fig. ~)..
204
Une
analyse plus complète
des réactions nucléaires devraitpouvoir
nous montrer si un tel modèle est réellement
important
pour les étoiles actuellement connues.Abordons maintenant cette autre
question : Que
devient une étoileaprès
que tout sonhydrogène
a brûlé ?Il est clair
qu’en
ce cas l’étoiledépourvue
des ressources del’énergie
nucléaire doit commencer à se contracter
progressivement
etdépassant
l’état de naine
blanche,
devenir un corps froid et non lumineux. Maison
peut
supposerqu’au
moment de ladisparition complète
del’hydro- gène
unebrusque redistribution
des masses dans le corps de l’étoile aitlieu,
parce que cette distribution est très différente pour une étoile avec source centraled’énergie
et pour une étoile en voie de contraction gra-vifique.
Il est bienpossible
que la libération del’énergie gravifique correspondant
à cette redistribution des massespuisse expliquer
lephé-
nomène de nov0153. De ce
point
de vue,l’explosion
de nov0153 est le derniercri de l’étoile avant le commencement de la contraction et de la mort
thermique.
’
En
conclusion,
on doit remarquer que l’existence des étoilesgéantes
ne
peut
êtreexpliquée
par une sourced’énergie
thermonucléaire. Ces étoiles diffèrent des étoiles de la sérieprincipale
parce que, comme il découle des considérationsprécédentes,
les étoilesayant des
ressourcesd’énergie
thermonucléaire différentes devraient former des bandesparallèles,
alors que lafigure 5
nous montre que lesgéantes
sont distri-buées de
façon
tout à fait différente dans lediagramme.
Dans le
chapitre
suivant nousanalyserons
une autre sourced’énergie qui peut présenter
une certaineimportance
pour lacompréhension
del’évolution des étoiles de
grande
densité.CHAPITRE II.
LES NOYAUX NEUTRONIQUES DES
ÉTOILES.
Dans le
premier Chapitre
nous avons étudié un modèle d’étoile satis- faisanttoujours
aux lois des gazparfaits.
Maintenant nous allons consi- dérer le cas des étoiles à densités centrales suffisammentgrandes
pour que les écarts d’avec les loisclassiques
deviennent sensibles.En
effet,
si la distance entre lesparticules
de gaz est trèspetite,
presque tous les niveaux
quantiques
desparticules peuvent
êtreoccupés
et nous avons le gaz
dégénéré
de Fermi. D’autrepart,
les vitesses quan- tifiées desparticules peuvent s’approcher
de la vitesse de la lumière etil sera nécessaire d’introduire les corrections relativistes.
Par des considérations très
simples,
onpeut
montrer(1)
que lapression
du gaz
dégénéré
de Fermi doit varier commep3 (p
=densité) jusqu’aux
densités po pour
lesquelles
laplupart
desparticules
atteindront les vitessesrelativistes,
et commep3
pour les densitésplus grandes.
Lesexpressions
exactes de la
pression
etl’énergie
d’un tel gaz par unité de volume sontoù m est la masse des
particules.
,Nous voyons que, si nous avons, par
exemple,
unmélange
de gaz élec-tronique
etprotonique (produit
par dissociation totale del’hydrogène ),
la
pression
du gazprotonique
seranégligeable jusqu’aux
densités pourlesquelles
lesprotons atteignent
des vitessess’approchant
de celle de la lumière(p
‘I 016gfcm’i).
Pour les densitésplus grandes,
les électronset les
protons
fourniront la même contribution à lapression;
en elfetpour ces
densités, d’après (3),
lapression dépend
seulement du nombredes
particules.
Lapression
en fonction de la densité estindiquée schématiquement
dans lafigure
6 où les courbes a et bcorrespondent respectivement
aux gazd’électrons
et deprotons.
Si les électrons et les protons ne se combinaient pas, la
pression
totaledevrait être donnée par la sommé des courbes a et b.
(1) Voir notre 4° conférence à l’Institut Henri Poincaré (ic)33).
206
Mais nous savons
qu’un
électron et unproton peuvent
former unneutron
d’après
la réaction(5) P-+~ + li;~,= ~~
(où Eo, l’énergie
dedésintégration
estégale,
pour ce processus, à environo, 8 MeV).
Dans ces
conditions,
comme l’aindiqué Landau, quand l’énergie
desFig. 6. - Représentation schématique de la pression en fonction de la densité pour des densités très grandes à l’intérieur des étoiles.
particules
de notre gaz atteindra l’ordre degrandeur
d’un million de volts(commencement
de larégion
relativiste pour lesélectrons),
nousdevrons nous attendre à la formation de neutrons en
grande quantités.
Gomme
dans
cetterégion
lapression
desparticules
lourdes estbeaucoup plus petite
que celle desélectrons,
la formation de neutrons doit êtreaccompagnée
d’une décroissancerapide
de lapression
totale. Cet effetest
représenté
dans lafigure
6 par la courbe cqui,
pour lespressions plus grandes (formation
exclusive deneutrons),
passe au-dessus de la courbe ordinaire desparticules
lourdes. ,Nous voyons que la formation des neutrons
produit
dans lacourbe
(P - p)
un fléchissement tout à faitanalogue
au fléchissement de la courbe de van der Waals dans larégion
deliquéfaction
des gaz réels. Nous ne devons pas oublier que toutes les courbes de lafigure
6correspondent
à l’état de gazd’énergie:
minima(état quantique
fonda-mental du
système).
Pour destempératures plus élevées,
nous auronsnaturellement des
pressions plus
hautes etInéquation
d’état se rappro-’
chera de celle du gaz
parfait classique. Eu
utilisanL cesformules,
nouspouvons étudier Fêtât final d’une étoile
dépourvue
de toute sourced’énergie.
Connaissant Fêtât
final,
nous pourrons tirer desconclusions
intéres-santes quant à Févolution des
étoiles, après
le moment où la sourced’énergie
nucléaire est devenue trop faible pour assurerl’équilibre
du modèle considéré dans le
premier Chapitre.
Considérons l’existence d’un état
d’équilibre
d’un gazdégénéré
dansla
région
centrale. Lapression gravifique
à l’intérieur d’unesphère
de masse M et de rayon R et son
énergie gravifique
totale sont donnéespar les formules suivantes
(avec l’hypothèse
d’une densité constante quenous pouvons accepter en
première approximation ) :
où G est la constante de Newton.
La
pression gravifique Pg
estreprésentée
dans lafigure
6 par les courbesI,
II et III pour trois masses M différentes. Nous voyons que pour les trèspetites
masses(courbe I) l’unique
étatd’équilibre
corres-pond
à une étoileremplie
par le gazdégénéré
non relativiste des élec-trons. La densité intérieure est de l’ordre de I06
g/cm3
et la formationde neutrons n’est pas encore commencée. ,
Les modèles de ce genre ont
été-envisagés
parFowler,
Chandrasekharet autres pour
expliquer
la structure des naines blanches.Pour les
masses plus grandes (courbe II),
nous avons deux étatsd’équi-
libre dont le
premier (point A)
est du même genre que leprécédent.
Ledeuxième (point B) correspond
à la formation de neutrons engrande quantité,
et à une densité de l’ordre degrandeur
de I012g/cm3.
Danscet état,
une étoile peut être considérée comme forméed’unnoyau
stellairetrès dense entouré par un gaz
ordinaire,
tou t à faitanalogue
à unliquide
en
équilibre
avec sa vapeur.Pour les masses encore
plus grandes (courbe III),
lapression gravi- fique
esttoujours plus grande
que lapression
du gaz et l’état final avecrayon fini est
impossible;
nous devons donc nous attendre à constater208
que les étoiles très denses
présentent
une contraction illimitée. Enutili- ’
sant les formules données
plus haut,
nous pouvons estimer les valeurs des massescritiques
pour les troispossibilités
d’états finaux des étoiles.La condition de contraction illimitée se traduit par le fait que la
pression
donnée par
(3)
esttoujours plus petite
que lapression
donnée par(6)
(8)
33 - hc m4 303C14 3 I 5(403C0 3)1 3GM2 303C14 3,
ce
qui
donne(9)
M0> 3.52 03C0 I6 2 c2 G3 2m2 ~ I,2I 3M0398,
où
etMe
sont lepoids atomique
moyen et la masse du Soleil.Pour la
possibilité
d’existence de noyau centralneutronique,
il estnécessaire que
l’énergie gravifique
totale soitplus grande
quel’énergie
de gaz
neutronique, augmentée
del’énergie
dedésintégration
desneutrons en électrons et
protons.
Pour notre
calcul,
nous ne devons pasprendre l’énergie
de désinté-gration
de neutronslibres,
parce que, dans la matièreordinaire,
les élec-trons sont liés dans des
noyaux plus
lourds. Pour lesparticules
oc(dans lesquelles
la liaison est laplus forte),
nous avonspar.exemple :
(10) 2He4 + 2e + MeV = 4n
et
l’énergie
par neutron est - Me~’ . Avec cettevaleur,
nous avons(II) M0 >
(I80)3 431 4
03C0 2 ~0,06 M0398.
Nous pouvons résumer nos conclusions de la manière suivante :
10 Pour les étoiles de masse inférieure à
1 Mo,
la formation de noyauxneutroniques
est tout à faitimpossible.
2° Pour les masses entre
I 20 M0
et2, 5 Mo,
le noyauneutronique
peutexister,
mais nepeut
se former par le processus de contractiond’étoile,
parce que cette contraction s’arrêtera au
premier
étatd’équilibre (point
Adans la
figure 6) correspondant
aux naines blanches.L’existence de noyaux de ce genre dans des étoiles comme notre
Soleil, implique l’hypothèse
additionnelle de l’existence d’autres forces extérieures dans le processus de la formation des étoiles.3° Pour les masses
supérieures
à2,5Mo,
la formation de condensation centraleneutronique
est inévitableaprès
que l’étoile aperdu
les sourcesd’énergie
nucléaire( c’est-à-dire lorsque
toutl’hydrogène
a étébrûlé).
Comparons
maintenant nos résultats aux donnéesastronomiques
pourvoir si l’on
peut
s’attendre à l’existence réelle de tels noyauxneutroniques
dans les étoiles connues, par
exemple
dans notre Soleil.Si,
à l’intérieur duSoleil,
nous avons un noyauneutronique
du genreconsidéré
plus
haut( 3°),
nous devons écrire la condition du cas limite pour le centre de l’étoile sous la forme(12) Mr=o= Mn =
où 03B1 =
Mn M
est la masse relative du noyau.L’intégration
deséquations d’équilibre [8] (données
dans lepremier Chapitre)
montrequ’en approchant
du centre latempérature
et la den-sité s’élèvent
beaucoup plus rapidement
que pour le modèle ordi- naire(Mr_o=o);
dans lesrégions
centrales duSoleil,
nous arrivons auxvaleurs suivantes :
T0 ~ I09 0C. 03C10 ~ I06 g/cm3.
La théorie des transformations thermonucléaires nous montre d’un autre
côté que pour cette
condition,
la vitesse de transformation sera considé- rable et que la libération totaled’énergie
nucléaire sera dequelques
millions de fois
supérieure
au rayonnement observé. Si nous élimi-nons
l’hypothèse
trèsimprobable
que l’intérieur du Soleil est formé d’éléments très lourds etincapables
de transformation( comme
leplomb )
nous devons admettre que le noyau
neutronique
n’existe pas dans notre Soleil ou dans les autres étoiles du mêmetype.
La sérieprincipale
devradonc être
expliquée uniquement
par les transformations nucléaires ana-logues
à celles considérées dans lepremier Chapitre.
La situation est tout à fait différente dans le cas des étoiles
géantes
rouges. La
ligure 5
donne en détail la distribution desgéantes
rouges dans lediagramme
deHertzsprung-Russell.
Nous voyons que la localisa- tion de la série desgéantes
rouges est tout à fait différente de celle de laINSTITUT HENRI POINCARÉ. - VIII, V 15
2I0
série
principale.
Il n’est donc paspossible d’expliquer
lesgéantes
rouges par unprocessus
du même genre que les étoiles de la sérieprincipale,
parce que les deux classes d’étoiles ayant, comme les sources
d’énergie,
deux réactions thermonucléaires
différentes,
doivent être distribuées ’ dans lediagramme
deHertzsprung-Russell,
sur deux bandesparallèles.
D’autre
part,
nous savons que laproduction
moyenned’énergie
dans lesgéantes
rouges est environ mille foisplus grande
que dans notreSoleil,
tandis que les
températures
centrales sontbeaucoup plus petites,
et que leurs massespermettent
la formation de noyauxneutroniques.
Il semblealors
possible
que, dans lesgéantes,
le processus de formation des noyauxneutroniques
ait lieu à ce moment et que laplus grande partie
del’énergie rayonnée
soit donnée par la conformation et la contractionprogressive
du noyau central. Si l’onprend,
comme direction d’évo- lu tion desgéantes
rouges, la directionindiquée figure
2 par laSèche, on
°doit
prévoir
que le rayonnement d’unegéante
rouge augmentependant
son évolution. Il est bien
possible
que l’accroissement du noyau résulte del’expansion
del’atmosphère
de l’étoile et que, pourexpliquer
lesgéantes
rouges, il soit nécessaired imaginer
un modèle avec contraction de larégion
centrale et extension de larégion
extérieure. Nous pouvons résumer de la manière suivante nos résultats sur les directionshypothé- tiques
de l’évolution des étoiles.’
B. Les étoiles d’une masse inférieure à la masse
critique Mo
suiventune
trajectoire
d’évolution autour de la sérieprincipale; après épuise-
ment de leurs sources
d’énergie nucléaires,
elles commencent leur con-traction
gravifique
et,dépassant
l’état de nébuleuseplanétaire,
deviennentdes naines blanches.
B. Les étoiles de masses
plus grandes
suivent la mêmetrajectoire,
mais dans la
région plus
chaude de la sérieprincipale. L’épuise-
ment des sources
d’énergie
nucléaire conduit à la formation de noyaux stellaires et à la libérationd’énergie gravifique
en trèsgrande quantité.
Les étoiles abandonnent la série
principale
et sedirigent
vers la sériedes
géantes
rouges. Il est bienpossible
que nous ayons affaire ici à unetransformation interne et formation de novoe très brillantes
( supernovoe ?).
Les
pulsations
d’une étoilegéante après
une telleexplosion
peuvent être utiles pourexpliquer
l’existence des étoiles variables(Céphéides)
danscet endroit du
diagramme
deHertzsprung-Russell.
Nous avons vu
qu’en appliquant
les connaissances modernes despropriétés
de la matière onpeut
éclairerd’un jour
nouveau leproblème
de l’existence et de l’évolution des étoiles. Nous devons nous attendre à voir l’étude
plus
détaillée despropriétés physiques
des étoilesnous conduire
rapidement
à la solutioncomplète
de ces intéressantsproblèmes.
BIBLIOGRAPHIE.
1. R. d’E. ATKINSON et F. G. HOUTERMANS, Z. Physik., t. 54, I929, p. 656; voir aussi G. GAMOW et E. TELLER, Phys. Rev., t. 53, I938, p. 608.
2. C. v. WEIZSÄCKER, Phys. Zs., t. 38, I937, p. I76.
3. H. BETHE, Phys. Rev., sous presse.
4. H. BETHE et Ch. CRITGHFIELD, Phys. Rev., sous presse.
5.
Sir A.
EDDINGTON, The Internal Constitution of Stars. Cambridge Univ. Press, I926.6. G. GAMOW, Phys. Rev.,
t.
53. I938, p. 595 et 907.7. L. LANDAU, Nature, t. 141, I938, p. 333.
8. G. GAMOW et E. TELLER, Bull. Am. Phys. Soc., t. 13, I938, p. 23.
FIN DL VOLUME VIII.