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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository
Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:
Viviers, D. (1991). Les cités crétoises aux VIe et Ve siècles avant notre ère: contribution à l'étude de l'Etat en Grèce aux époques archaïque et classique (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres, Bruxelles.
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UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES Faculté de Philosophie et Lettres
1 COMM
Dissertation originale présentée par Didier VIVIERS, licencié en Histoire, en vue de l’obtention du grade de Docteur en Philosophie et Lettres (Histoire)
Directeur Prof. R. VAN COMPERNOLLE
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CaitributiŒi à l’étude de l’État en Grèce aux Roques archaïque et classique
TOME II
Les cités crétoises et leurs relations avec le monde grec aux VI* et V® s.
Année académique 1990-1991
UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES Faculté de Philosophie et Lettres
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COMMUNICATION REFUSÉE
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Contribution à l’étude de l’État en Grèce aux ^xxjues archaïque et classique
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Dissertation originale présentée par Didier VIVIERS, licencié en Histoire, en vue de l’obtention du grade de Docteur en Philosophie et Lettres (Histoire)
Directeur Prof. R. VAN COMPERNOLLE
Année académique 1990-1991
Remarques préliminaires
Si la première partie était consacrée à l’archéologie de la Crète, c’est-à-dire aux témoins matériels, le deuxième volet de cette étude abordera plus particulièrement le contenu des témoignages écrits (épigraphiques et littéraires) se rapportant aux cités des VI* et V® s. Cette partition ne procède pas d’une volonté d’isoler chaque type de sources; on résumera d’ailleurs le contexte archéologique de chaque cité avant d’en étudier les textes. Cette division s’est imposée non seulement pour plus de clarté, mais aussi, comme je l’ai déjà souligné, en raison du contexte méthodologique dans lequel se pose l’étude de la Crète aux VI® et V® s.
Si l’organisation de la première partie pouvait reposer sur le strict principe topographique, l’analyse de la documentation écrite requiert d’autres modes de classement. Je me suis expliqué, dans l’introduction générale, sur l’importance que je souhaitais accorder aux cités. Il était donc naturel d’organiser la deuxième partie autour de cette entité. Nous rassemblerons ici tous les témoignages écrits nous informant sur la vie de poids crétoises bien précises, aux VF et V® s.
Problème de déBnition. En bonne méthode, il importe de définir un concept avant de l’utiliser. Pourtant, la définition est un exercice périlleux; si l’on n’y prend garde, elle peut induire une pétition de principes. Posant tels critères pour définir une cité, on risque ainsi de voir refaire surface, au moment de la conclusion, les mêmes critères formulés en “résultats”. C’est, en d’autres termes, les dangers de VIdealtypus de Max Weber, pourtant nécessaire à tout historien pour l’aider à conceptualiser la variété des aspects de l’objet étudié, à poser les problèmes, et à lui permettre de mesurer plus aisément les “écarts” repérés par rapport aux situations historiques. Mais, au-delà, il faut se garder de faire subir à l’objet étudié l’influence de VIdealtypus qui a servi de révélateur initial. La rigueur impose donc de définir, dès à présent, les concepts utilisés mais aussi les limites de l’objet étudié.
n y a tout d’abord un problème de terminologie. Il n’est guère besoin d’insister
longuement sur les multiples expressions qui ont tenté de traduire, dans nos langues
modernes, ce que les Grecs ont nommé no \ lc ;. Aristote (0 ne se posait-il pas déjà cette
question bien délicate: TL noxé éaxtv
t) nôXuc;; Aussi, il n’est pas étrange qu’à sa
suite, les historiens modernes n’aient cessé, depuis plus d’un siècle, de remettre sur le
métier cette interrogation bien légitime. Deux études très récentes vierment de
reformuler, de manière semblable mais dans des proportions très diverses, la question
Remarques préliminaires
de la définition d’une polisQ). Leurs auteurs s’accordent, en gros, pour reconnaître deux voies d’approche:
1. à partir de la chose;
2. à partir du mot.
De ces deux études, on retiendra principalement, d’une part, - en ce qui concerne la chose - que les situations sont multiples et qu’il convient à chaque instant de distinguer entre puissanceet acte(}), c’est-à-dire entre ce que la polis tend à être et ce qu’elle est réellement; d’autre part, - en ce qui concerne le mot - qu’il y a polysémie (^) et que, selon les contextes ou les époques, le mot nôX Lq a pu désigner plus d’une réalité ('*).
Aussi, la difficulté est-elle moins grande qu’il n’y paraît à première vue. Car, s’agissant du sens des mots, on peut très bien en débattre pour chaque cas et opérer des classements par la suite. Quant à la chose, compte tenu de la diversité des situations historiques et géographiques, il peut suffire, pour l’étude de la Crète des VI® et V® s., de poser d’entrée de jeu un certain nombre de critères. En effet, je ne recherche pas une définition générale de la polis grecque, mais je tente de comprendre la nranière dont les Crétois organisèrent leur vie en commun. Autrement dit, on ne se posera pas ici la question de savoir comment traduire un mot grec, mais on définira l’objet d’une recherche: les différentes cités crétoises aux VI® et V® s. On ne peut préjuger de leur homogénéité. Il faut donc s’en tenir à une définition la plus souple possible. C’est pourquoi j’entends par cité toute communauté d’individus, politiquement organisée autour d’un ou de plusieurs centres et dont le pouvoir s’exerce de manière autonome et libre (^). Cette définition est loin de répondre au mot grec noX tq , dans la multiplicité de ses acceptions, mais elle permet d’ordonner le matériel à notre disposition.
Seront reprises ici toutes les cités crétoises dont nous avons conservé une preuve de l’activité aux VI® et V® s. Ainsi, il est plus que probable que les cités crétoises autonomes et libres soient plus nombreuses que celles dont nous traiterons. U Iliade classe, par exemple, Milatos parmi les sept cités les plus importantes de Crète et les Milatiens sont nommés dans une inscription de Dréros datée de la fin du VU® s. ou du
(1) SAKELLARIOU (1989) et LEVY (1990).
(?) Je reprends cette distinction à LEVY (1990), p. 57.
(^) A
ristote, Po/. ni üi 4 (1276a) le soulignait déjà (noWaySiq yàp xnq nôXetoq
XeYouévni;)-
(^*) LEVY (1990), pp. 59-63 distingue trois niveaux sémantiques; les murs, les hommes, les institutions. SAKELLARIOU (1989), pp. 155-208 précise davantage (11 défmitions proposées), mais sans vraiment dépasser les trois grandes catégories mises en évidence par Edm. Lévy.
(^) Sur les concepts d’autonomiaet d'éleutbéria et leur importance dans la polis, voir LEVY (1983).
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Remarques préliminaires
début du VI®. Il est donc vraisemblable que Milatos fut encore une cité indépendante aux VI® et V® s., mais notre documentation ne permet guère d’en déduire davantage. On trouvera donc dix monographies, abordant des cités documentées pour les VI® et V® s., au sein desquelles a parfois été introduite l’emalyse d’autres cités qui entretinrent des relations très étroites et peut-être de dépendance avec la polis en question. Ensuite, j’ai rassemblé sous l’appellation “cités mineures” une série de cas problématiques ou de poids dont seul le ihatériel archéologique permet de supposer l’activité aux VI® et V® s.
En abordant les cités crétoises par l’intérieur, c’est-à-dire par l’examen de leur comportement concret, en dehors de toute défînition trop théorique de la polis en général, j’espère parvenir à plus de nuances, rencontrant la conviction de M.
Sakellariou (*) selon laquelle “a knowledge of the phenomenon that was called polis can only be achieved through observation of the data”.
*
* *
(*) SAKELLARIOU (1989), p. 59.
L FlAISOS
C’est sur le territoire de la commune actuelle de Néa Praisos - appelée Vaveli jusqu’en 1955 - que se situait la ville antique de Praisos. Plusieurs inscriptions mentionnant le toponyme TTpaLaoq y ont été découvertes (') et garantissent l’identification, que le nom donné au village à l’époque vénitienne - ’q xoùq ripacraoùq ~ laissait déjà soupçonner. Le site antique est situé au nord du village actuel et s’étend sur et entre trois acropoles, que l’on nomme traditionnellement A, B et C (cf. PI. I).
Quelques traces d’occupation aux époques néolithique et minoenne ont été relevées à cet endroit. Une construction mégalithique a été découverte qui se rapporte sans doute au MR. Ce n’est pourtant qu’à partir de l’époque géométrique, et plus précisément à partir du Vm^ s., que l’agglomération semble prospérer réellement, si l’on en croit les fouilles effectuées au début du XX* s.
Hérodote (2) mentionne les Praisiens et, s’il faut attendre ensuite le IV® s. pour trouver à nouveau une attestation écrite de l’existence d’une cité praisienne (3), les
(1) Surtout /cm vi n°9-10 (nF s.).
(2) HERODOTE VII 171.
0) À propos des monnaies praisiennes, voir supra, p. 177; PSEUDO-SKYLAX 47: ripauCToq
6 Li^Ke L âpcpOTÉpuSev' - La datation de cette Périégèse est problématique. Nous savons qu’elle est le résultat d’une succession de “strates rédactionnelles” qui ont peu à peu corrigé, résumé, précisé la version originelle d’un périple qui remonterait à la fin du VI® s. [PERETTI (1979), pp. 113; 483; sur Skylax de Karyanda, voir e.a. von FRITZ (1967), p. 33]. Nous disposons certes d’un terminus ante quem pour la rédaction du texte tel qu’il nous est parvenu, à savoir le milieu du IV® s. [sur la date de cette version, on consultera FABRE (1965): rqirès 361 et sans doute avant 357; PERETTI (1979), p. 483: sous le règne de Philippe n de Macédoine], mais il est extrêmement difficile de préciser à quelle “couche” appartient chaque information du texte. PERETTI (1979), pp. 418-434 a fort bien montré que cette description de la Crète est construite sur la base d’im itinéraire terrestre, d’ouest en est, évoquant tour à tour les cités des côtes septentrionale et méridionale, avec la mention des points cardinaux et non plus la traditionnelle expression
meto6é, de même qu’en précisant des distanceset non plus des durées. La narration rompt ainsi avec ce que l’on pourrait appeler “l’usage côtier”, c’est-à-dire cette habitude de nommer les différentes cités côtières d’une île dans l’ordre dans lequel on les rencontre lors d’une circumnavigation (ex. la Sicile ou Chypre). Cette habitude est probablement la caractéristique d’une présentation antique.
La description de la Crète dans la Périégèse ne trahirait donc pas un état du texte fort ancien mais serait
due à l’une des nombreuses mains qui participèrent à la rédaction finale du texte peu avant le milieu du
IV® s. Le fait que Praisos, cité de l’intérieur des terres, soit ici mentioimée peut faire penser que le texte
Praisos
témoignages archéologiques nous autorisent pleinement à inclure la cité dans notre étude.
I. Les inscriptioas de Praisos au VI® s.
Les trois seules inscriptions datées du W s. et provenant du site de Praisos sont rédigées en “étéocrétois” (i). Nous n’avons donc aucune idée de leur contenu.
Cependant, il est intéressant de noter que deux d’entre elles ont été découvertes sur le versant sud-ouest de l’Acropole C et que la troisième a manifestement été déplacée par un paysan pour construire un muret; que, par ailleurs, des trois autres inscriptions
“étéocrétoises” provenant du site (IV®/III® s.), deux furent également retrouvées sur l’Acropole C (l’une au sommet, l’autre sur le versant sud-ouest) et la troisième dans le village, réutilisée dans une constmction moderne. Si bien que l’Acropole C semble avoir accueilli la majorité, si pas la totalité, des inscriptions en langue non grecque.
Quant aux inscriptions en langue grecque, de toutes celles qui provieiment du site rmtique, seules quelques-unes, parfois t
2iidives et de contenu privé, ont été retrouvées sur les Acropoles A ou B 0; toutes les autres, dont le contenu - chaque fois qu’on peut le déterminer - est officiel, proviennent de l’Acropole C (^). D n’y a donc pas de différence, sur le plan de l’exposition des textes, entre les inscriptions “étéocrétoises” et grecques. Cette constatation autorise trois déductions:
- Y. Duhoux (“*) avait raison de reconnaître aux textes “étéocrétois” un caractère officiel, politique ou religieux;
- une langue non grecque est utilisée à Praisos au VI^ s., peut-être en partie seulement, si l’on veut bien admettre la possibilité que des inscriptions grecques de cette époque n’aient pas été conservées. Cette langue non grecque pourrait toutefois n’avoir concerné que des textes religieux ou honorifiques, et non pas des textes de lois, car nous n’avons aucune preuve, parmi les textes en langue grecque provenant de
initial est revu en cet endroit, mais il est précisé que la cité s’étend d’une mer à l’autre et l’on ne peut dès lors rejeter a priori la possibilité de sa présence dans la version du VF s.
(') Cf. supra, p. 14.
(^) /C ni vi n°22 (stèle funéraire: Œle s. de n.ère); n“25 (bord de vase en terre cuite: nF s.); n°26 (fragment de tuile: non daté); n'27-30 (empreinte: IV®/in® s.).
(^) /Cin vi n°9 (décret honorifique: ni® s.); n“ll (traité entre Praisos et Lyttos: ni® s.); n°12 (traité entre Praisos et Lyttos: ni® s.); n°13 (contenu indéterminé: non daté); n°14 (traité: HP s.); n°15-17 (contenu indéterminé: ni® s.); n“18 (contenu indéterminé: D® s.); n“19 (contenu indéterminé: non daté).
('♦) DUHOUX (1982), pp. 57-58.
Praisos
l’Acropole C, de l’existence à cet endroit d’un code ou d’articles de lois gravés sur pierre. La question demeure ouverte tant que cette langue ne sera pas comprise;
- l’Acropole C fait office de lieu d’affichage des textes officiels de la cité (traités, décrets honorifiques). Or, le lieu est sacré. Nous avons vu, dans la première partie, que cette Acropole avait été, dès le VDI®A^n® s., le siège d’un sanctuaire qui connut, à la fin du V® s., un profond réaménagement avec constmction d’un (nouveau?) téménos et de bâtiments intérieurs. D conviendra de s’interroger sur la divinité tutélaire de cette Acropole.
IL Les sanctuaires urbains
Les divinités principales de Praisos nous sont connues par un décret, du DI® s., où figure une liste de dieux et déesse par lesquels doit jurer un cosme (0: Zeus Diktéen (^), Poséidon, Athéna et Apollon Pythien sont ainsi mentionnés.
Strabon (^), citant Staphylos de Naukratis ('*), qui fut probablement contemporain de ce décret (^), note par ailleurs que Praisos était le siège d’un temple de Zeus Diktéen. La plupart des critiques ont tenté de retrouver dans cette mention stiabonienne d’un temple de Zeus Diktéen, l’évocation du sanctuaire de Palaikastro (^), tandis que R.C. Bosanquet (J) défendait l’identification du temple de l’Acropole C avec celui du dieu. Réexaminons donc la question.
Uargumentation des partisans de Palaikastro
Cette argumentation peut se résumer en deux temps.
Tout d’abord, il convenait de montrer qu’il n’a pu exister qu’im seul temple de Zeus Diktéen dans tout le territoire de Praisos. Pour ce faire, les partisans de cette théorie ont fait valoir
(l)/Cmvin'’7AU. 15-17.
(?■) L’épiclèse est restituée, mais cette proposition est extrêmement bien fondée par d’autres traditions
dont nous parlerons ci-dessous.
(3) STRABON X 4, 6 (p. 475 C); X 4, 12 (p. 478 C).
S
taphylosde Naukrads F 12 [^FGrKst n°269].
(^) Sur la date de cet historien, F. JACOBY, FGrHist BI a (Kommentar) (Leyden 1943 [1964]), p.
212: première moitié du m® s.
(^) E.a. M. GUARDUCCI, /Cm, p. 6; DUHOUX (1982), pp. 61-62.
Ç) BOSANQUET (1939-40), pp. 64-66.
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Praisos
a. que le traité entre Itanos et Hiérapytna (0, daté de 112 ou de 111 et sur lequel nous reviendrons ci-dessous, ne fait allusion qu’à un seul sanctuaire de Zeus Diktéen;
b. que chaque fois qu’il cite le sanctuaire de Zeus Diktéen à Praisos, Stiabon recourt à l’expression xô xoîi ALKxaCou A loq Lepôv, dont l’article défini nous renverrait au temple unique de l’endroit;
c. que Strabon se réfère très souvent à l’ensemble du territoire d’une cité plutôt qu’à la ville proprement dite.
Or, ces arguments ne sont pas sans réplique.
a. Le traité entre Itanos et Hiérapytna fixe les frontières des deux cités et fait allusion à des traités antérieurs dont l’objet était identique. Aussi, il n’est absolument pas étonnant que l’on ne fasse allusion qu’au seul sanctuaire de l’actuel Palaikastro qui se situait dans une zone frontière, comme j’aurai l’occasion d’y insister par la suite.
b. Le problème de l’article défini est en fait beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît, car il convient évidemment d’envisager les deux citations du sanctuaire par l’auteur. Strabon déclare tout d’abord (^) que dans le territoire étéocrétois se trouve une petite ville du nom de Praisos (noXCxvLov rTpacov) où sé trouve le sanctuaire de Zeus Diktéen. H confirme un peu plus loin (^): s’Cprixai. ôé, oxu xcjv ’ExeoKpnxuv ùnfîpxsv' n OpaCTOc;, kql ôloxl évxauBa xô xou ALKxatou Atôc; ùepôv. Y.
Duhoux ('^) souligne, à juste titre, que l’information de Strabon remonte sîuis doute au III® s. Et l’on ne peut nier que l’article défini concentre l’attention sur un seul sanctuaire. Cependant, cela ne signifie en rien qu’il soit le seul de toute la cité de Praisos! En effet, il faut clairement voir que, dans les citations straboniennes, le lien est affirmé non pas tant entre Praisos et Zeus Diktéen qu’entre ce dieu et les Étéocrétois;
c’est parce que Praisos est étéocrétoise qu’elle accueille le sanctuaire de Zeus Diktéen.
Comme nous aurons l’occasion d’y insister dans l’Annexe n“3 de cette dissertation, il y a là très probablement le signe, au EU® s., d’un lieu sacré fédéral, centre cultuel étéocrétois. Aussi, quand Strabon recourt à l’article défini, il ne précise nullement le sanctuaire des Praisiens, mais celui des Étéocrétois. Si unicité du sanctuaire il y a, c’est donc celle d’un iepov fédéral et non civique.
(1) /Cfflivn‘’9.
(2) STRABON X 4,6 (p. 475 C).
0 ) STRABON X 4, 12 (p. 478 C).
('*) DUHOUX (1982), p. 61.
Praisos
Rien n’empêche donc les Ptaisiens, si l’on respecte intégralement l’esprit de nos sources, d’avoir édifié plusieurs sanctuaires à Zeus Diktéen sur le territoire de leur cité.
Pau conséquent, le fait que Praisos ait contrôlé le sanctuaire de Palaikastro, comme nous le verrons, - second temps de l’argumentation ici résumée - n’enlève rien à la validité de l’hypothèse de R.C, Bosanquet.
Un sanctuaire de Zeus Diktéen sur l’Acropole C ?
C’est l’hypothèse lancée par R.C. Bosanquet. Quels sont ses arguments?
Outre l’importance de la divinité, l’archéologue anglais proposa deux arguments.
a. D avait découvert sur l’Acropole C des restes de décors architecturaux en terre cuite que j’ai moi-même réexaminés au musée d’Iraklion (^) et dont on peut aflîrmer qu’ils sortaient des mêmes moules qui servirent à la décoration du temple de Zeus Diktéen à Palaikastro après le milieu du V® s. L’archéologue anglais en déduisait que ce lien d’ordre artistique entre les deux édifices révélait une similitude des divinités tutélaires. Cette parenté autorise, certes, à reconnaître un lien particulièrement étroit entre le site de Palaikastro et la cité de Praisos; nous y reviendrons. Je doute pourtant que l’on puisse déduire de ces travaux édilitaires contemporains l’identité des divinités honorées sur les deux sites.
b. Il identifia d’autre part la statue en terre cuite découverte sur l’Acropole C et représentant un jeune homme imberbe (2) avec l’effigie du Zeus Diktéen lui-même. Les fouilleurs avaient d’ailleurs surnommé cette statue “the Young God”. Y. Duhoux crut réduire la force de l’argument en soulignant que R.W. Hutchinson ('*) préférait y recormaître un donateur et non la divinité. Or, les discussions qui tentent d’établir si les statues dédiées dans les srmctuaires représentent les dédicants ou la divinité ont déjà fait couler des flots d’encre (^) sans que l’on ait atteint un quelconque début d’assurance en cette matière. Et l’on peut douter que la question ait jamais effleuré l’esprit d’un Grec de l’époque archaïque. La seule chose qui importe, c’est la nature de l’offrande. J.
Ducat (^) notait, pour entamer son étude des kouroi et de leur fonction, que la moitié des kouroi découverts avaient été dédiés à Apollon et, derrière cette pratique, c’est
(*) Voir supra, p. 16.
(^) Voir supra, p. 17.
(3) DUHOUX (1982), p. 56.
('’) H
utchinson(1939-40), pp. 41-42.
(^) Parmi les dernières publications sur ce problème; VERNANT (1986) et PUCCI (1988).
(6) DUCAT (1976), p. 239.
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Praisos
assurément une fonction courotrophe de la divinité qui est sollicitée (0- Que nous soyons à Praisos en possession d’une statue de culte ou d’une offrande ne change rien au problème: à travers cette effigie, c’est donc la fonction courotrophe de la divinité qui s’exprime. Et force est de reconnaître que Zeus Diktéen pourrait répondre à cette définition. Car VEtymologicon Magnum 0 nous apprend que l’effigie du Zeus Diktéen était imberbe (àykvE uov) (3) et VHymne qui lui était adressé l’invoque sous la forme deiaÉytCTTe Koîîpe (f).
Nous toucherions dès lors le point le plus convaincant de la démonstration de R.C. Bosanquet ... si Zeus Diktéen était l’unique candidat possible à la fonction courotrophe. Nous éliminerons d’office Athéna (5) à laquelle on voit mal offrir une statue masculine et Poséidon dont la fonction courotrophe serait tout à fait exceptionnelle 0 et, en tout cas, non attestée en Crète. Reste Apollon Pythien.
Un sanctuaire d’/^llon Pythien sur l’Acropole C ?
Apollon, nommé dans la liste du serment du III® s., conune nous venons de le noter, peut répondre sans aucim problème à la définition de divinité courotrophe. C’est même la première divinité à laquelle on pense en présence d’une offrande du type
kouros.
(^) Voir sur ce point, en dernier lieu de POLIGNAC (1984), pp. 52-54.
0 Etymologiœn Magnum s.v. A
lkxti.
(^) Sur ce texte, voir le conunentaiie de M. GUARDUCCI, /CIH, p. 9. F. JACOBY, FGrfDst n°472, F 1 propose de faire remonter cette tradition à Agathoklès de Babylone qu’il date de la fin du V® s. ou du début du IV® s.
(^) /cm ii n°2. La légende du dieu comprend également de nombreuses allusions à la courotrophie, comme on le sait On consultera encore sur ces aspects l’étude de JEANMAIRE (1939), pp. 427-450 ou, plus récemment, celles de HADZISTELIOU PRICE (1978), pp. 81-89 et de VERBRUGGEN (1981), pp. 27- 49.
(5) C’était la proposition de DUHOUX (1982), pp. 56-57, qui tentait de l’appi^er en comparant les armures offertes à la divinité praisienne avec celles que l’on retrouve à Aphrati et qu’A.E.
RAUBITSCHEK, apud HOFFMANN (1972), p. 16 a mis en relation avec le culte d’Athéna (cf. /Civ n°4). La conqjaraison n’est cependant guère pertinente car non spécifîque, comme nous aurons l’occasion de le montrer plus loin. Par ailleurs, le même auteur voulait identifier une antéfixe découverte par R.C.
Bosanquet sur l’Acropole C avec la déesse Athéna - comme auparavant DAWKINS (1903-04), pp. 222- 223 avait voulu l’associer à Rhéa, en raison des deux serpents que tient la figure ! On redira cependant qu’il s’agit là de représentations de Gorgone et que l’effigie d’Athéna ne convient nullement à ime fonction ornementale!
(*5) Dans une fonction courotrophe, on ne peut mentionner que le Poséidon Hiytalmios de Trézène (cf.
PAUSANIAS n 32, 8).
Praisos
Mais surtout, on rappellera que l’ensemble des inscriptions à contenu offîciel, découvertes sur le site antique, provenaient de l’Acropole C, que par conséquent la divinité propriétaire du lieu avait aussi une fonction d’”archiviste”. Or, avant que la cité de Gortyne ne se restructure, Hans le courant du VI* s., le sanctuaire d’Apollon Pythien servait de chancellerie (0- De même, à Dréros, le fameux “serment des Drériens” (^) précise que le sanctuaire d’Apollon Delphinien servira de dépôt d’archives, ce que les fouilles ont confirmé (^). Par ailleurs, ce même texte, du m* s. lui aussi, menrïotme la liste des divinités par lesquelles les jeunes citoyens devront prêter serment. La liste est longue ('*) et précise, ce qui nous permet de constater qu’Apollon Delphinien n’est cité qu’en troisième position, après Zeus Agoraios et Zeus Tallaios. On évitera dès lors de prétendre que la position privilégiée de Zeus Diktéen dans la liste praisierme implique sa désignation comme gardien des archives de la cité (^).
La candidature d’Apollon Pythien, à laquelle on n’a jamais pensé, semble-t-il, ne peut donc être écartée. La découverte sur l’Acropole C d’offrandes à caractère guerrier (armes miniatures (®) ...) ne contredit nullement cette hypothèse. Apollon, tant à Delphes qu’à Délos, reçut des offrandes d’armes. Diogène Laërce (^) rapporte que Ménélas avait consacré le bouclier d’Euphorbe dans le temple d’Apollon des Branchides à Didymes. L’aspect guerrier de l’Apollon Pythien à Argos est également manifeste (®). Et, à Amyclées, lors des Hyacinthies, on montrait la cuirasse de Timonakhos, qui conquit Amyclées pour les Spartiates. Aussi n’est-il guère étonnant que la stèle qui portait l’accord signé entre Lacédémoniens et Athéniens, coimu sous le nom de “Paix de Nikias”, avait été placée dans le sanctuaire d’Apollon à Amyclées et que les députés athéniens allaient renouveler l’alliance lors des Hyacinthies (^). Un sanctuaire d’Apollon convient donc tout à fait à la conservation des traités de paix, comme ceux que l’on a retrouvés sur l’Acropole C.
(1) Cf. infra, pp. 322-323.
(2) /CIixn“l,U.l 15-123.
0) Cf. supra, pp. 60-62.
(-*)/C üx n°l, U. 14-36.
(^) Citons encore l’exemple knossien de l’Apollon Delphinien, dont le sanctuaire abritait certains traités (cf. IC lxvin“3, U. 16-17; n°4 A, U. 12-13).
(6) Cf. BOSANQUET (1901-02), pp. 258-259; pl. X.
0) DIOGENE LAERCE Vm 14-5.
(*) Voir sur ce culte: VOLLGRAFF (1966).
(9) THUCYDIDE V 18; 23.
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Praisos
Un sanctuaire d’Athéna sur l’Acropole A ?
Nous avons relevé (^) la découverte d’un matériel votif, composé de figurines féminines en terre cuite, sur l’Acropole A où l’on peut encore retrouver les traces de la fondation d’un temple. Le caractère féminin des offrandes fait penser au culte d’Athéna, dont l’invocation lors du serment des cosmes laisse entrevoir l’importance pour la cité.
Si l’on se fie à l’inventaire du musée d’Iraklion, on notera également que les trois fragments d’une amphore panathénaïque que j’ai pu retrouver et qu’il convient de dater de la fin du V® s. proviennent également de l’Acropole A. S’il s’agit bien d’une offrande, l’identification de sa destinatrice avec la déesse Athéna serait on ne peut plus séduisante. Comme à Gortyne, à Dréros et dans d’autres cités Cretoises, nous pourrions donc avoir ici la trace d’un culte poliade voué à la déesse Athéna.
Un culte héroïque dans la cité de Praisos?
Au début de ce siècle, R.C. Bosanquet (}) avait proposé de réconnmtre dans une tombe à tholos [Tomb A], découverte au sud-est de l’Acropole C et à l’est du cimetière principal, un “hero-worship”. J. Whitley (3) considère cependant que l’on ne peut plus suivre aujourd’hui cette interprétation: il s’agit, selon lui, d’une tombe de l’époque géométrique qui ne présente aucune trace particulière de culte héroïque. On relèvera pourtant que R. Bosanquet ('*) note la présence dans cette tombe de deux fragments à figures rouges ainsi que d’un plat publié par HOPKINSON (1903-04) et daté du début du VI® s. (5) n convient donc d’attendre la republication de J. Whitley et de laisser momentanément la question ouverte.
(^) Sapra, p. 15.
(2) BOSANQUET (1901-02), p. 242.
(?) J. Whitley
, qui vient de reprendre l’étude de ce matériel, me précisait par lettre (06.01.90): “he (Bosanquet) made this claim before the character of collective interments in Cretan Early Iran Age tombs was properly tmderstood, and when tholos tombs in Crete were still mistakenly thought to be Bronze Age in date”.
('*) BOSANQUET (1901-02), p. 243.
(?) J’ai revu ce pinax au Musée d’Iiaklion où il est conservé sous le n° d’inv. 2071.
Praisos
On doit pourtant noter que la cité de Praisos connaissait un héros éponyme:
Paraisos (>). Ce renseignement nous est fourni par Stéphane de Byzrmce (^), utilisant Hérodien, qui précise: eYêi/'exo ôè ô îlapai-CTÔç litvy ouYYev'fiq, âcp’ ou f) nôXtc; f| riapai-CTÔc; 6|jioxôvcjq xîp o L klctxîj . Je réserve à la synthèse générale et à l’Aimexe n°3 l’examen de l’idéologie minoenne et de sa signification précise pour la cité de Praisos. Mais, pour l’heure, on soulignera le terme o L k Lcrxfiq, utilisé ici pour qualifier le héros éponyme. H est courant que les fondateurs de cités fassent l’objet d’un culte urbain, notamment dans le monde colonial (^). Certes, nous n’avons guère retrouvé la trace archéologique d’un pareil culte à Praisos, mais on admettra que l’hypothèse en est pour le moins plausible. La tombe [D] découverte par R.C.
Bosanquet (“*), au pied de l’Acropole A, dans une aire qui pourrait avoir accueilli le centre civique de la cité praisienne, montre que l’on a pu procéder à des ensevelissements dans cette zone, comme ce fut le cas, par exemple, à l’endroit qui deviendra l’agora d’Athènes à l’époque archaïque (^). Cette tombe suscita-t-elle une pratique cultuelle de type héroïque dont le destinataire aurait été le héros éponyme de la cité? Les fouilles anglaises du début du siècle ne permettent guère de l’affirmer. En attendant de nouvelles fouilles plus précises dans cette zone, il est prudent de laisser la question sems réponse.
Quant à Poséidon, il nous est interdit de localiser son culte.
La cité de Praisos s’organise donc au départ de différents cultes urbains que nous avons tenté de situer topographiquement. D’un point de vue chronologique, rien n’apparaît antérieur au VIII® s. et les VI® et V® s. semblent témoigner d’un intérêt particulier des Praisiens pour leurs sanctuaires (cf. le “Jeune dieu”, les lions en terre cuite, les offrandes diverses, le réaménagement de l’Acropole C dans le courant de la seconde moitié du V® s....).
(^) M
eyer(1974), col. 466 considère la forme corrompue; il faudrait lire FTpa
lctôc;, comme pour la cité. Mais DUHOUX (1982), pp. 181-182, après étude de la langue “étéocrétoise”, propose astucieusement d’y voir la trace d’”une notation alternative, reflétant la présence d’un point vocalique”.
(^) STEPHANE de Byzance, s.v. Flapa i,aôc;.
(3) Cf. e.a. LESCHHORN (1984).
('*) BOSANQUET (1901-02), pp. 251-254. Voir PI. I.
(5) Sur l’agora athénienne et les tombes que l’on y a retrouvées: voir e.a. YOUNG (1958);
OIKONOMIDES (1964), passif MORRIS (1987), sp. pp. 67-68.
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III. Les sanctuaires suburbains et extra-urbains:
la cité et sa cfaôra
Je reprends ici la classification proposée par Fr. de Polignac (^), qui permet de dissocier les sanctuaires établis au bord des centres urbains proprement dits 0 de ceux implantés aux frontières de la polis ou à l’extrémité d’une portion importante de son territoire (essentiellement une plaine). On comprendra dès lors que la question du territoire praisien doive être abordée dans un premier temps, afin de mieux cerner les enjeux de ces sanctuaires.
Praisos
A Le territoire de Praisos
1. Le territoire de la cité d’après les sources littéraires
Le Pseudo-SkylEix (^), comme nous l’avons noté en tête de ce chapitre, précise que la cité de Praisos s’étendait de la côte nord à la côte sud de l’île. C’est donc là l’extension du territoire praisien au IV® s. au plus tard.
Strabon {^) commet, pour sa part, quelques confusions. S’il est parfaitement correct de situer Praisos à soixante stades de la mer (^), il l’est nettement moins de déclarer la cité voisine de Lébéna et séparée de Gortyne par quelque cent quatre-vingts stades. On a donc, depuis fort longtemps, imaginé une confusion (ou une cormption?) entre Praisos et Priansos (®). Mais l’élément le plus important pour notre propos est assurément la double mention strabonienne (^) d’un sanctuaire de Zeus Diktéen sur le (•)
(•) de POLIGNAC (1984), pp. 31-35.
(^) Parfois séparés d’eux par un cours d’eau, comme le sanctuaire de Déméter à Knossos.
(?) PSEUDO-SKYLAX 47.
('♦) STRABON X 4, 12 (pp. 488-479 C).
(^) Sur les mesures auxquelles Strabon recourt, voir G. AUJAC, STRABON. Géographie I 2 (Paris 1969), pp. 191-192 ou R. BALADIE, Le Péloponnèse de Strabon. Étude de géographie historique (Paris 1980), pp. 30-33. En considérant un stade de 185 m, on obtient la distance d’environ 11 km, qui correspond à peu près à la réalité, entre Praisos et le golfe de Sitia.
(®) Cf. J. M
iller, “
s.
v. Eteokretes”, RE VI (Stuttgart 1909), coll. 709-710, repris par M.
GUARDUCCI,/cm, p. 135.
Ç) STRABON X 4, 6 (p. 475 C) et 12 (p. 478 C).
Praisos
territoire de la cité praisienne, près du mont Diktè que le géographe situe à mille stades de l’Ida et à cent stades du cap Samonion. Si l’on tient compte de l’approximation de ces chiffres, la proposition de reconnaître ce mont Diktè dans le sonunet appelé aujourd’hui Modi (ait. 539 m) est parfaitement défendable Et cela d’autant plus que ce sommet, facilement reconnaissable à sa forme conique, est clairement visible de la plaine de Roussolakkos où se trouvait le sanctuaire de Zeus dont parle Strabon. En effet, c’est à cet endroit que l’on découvrit, en 1904, une inscription du n®/in® s. de n.
ère qui n’est autre que le célèbre Hymne à Zeus Diktéen (^), identiflemt ainsi le site avec celui du temple, mentionné par Strabon et par une inscription du H® s. retrouvée non loin de là (^).
2. Le territoire de la cité
d’après les sources épigraphiques
Aucune inscription du VI® ou du V® s. ne nous permet de préciser l’étendue du territoire de Praisos à cette époque. Pourtant, l’histoire postérieure de toute la partie orientale de la Crète est remplie de conflits de frontière entre cités. Il n’est donc pas inutile de s’autoriser quelques détours afin de dresser un tableau plus précis des enjeux de certains cultes extra-urbains dans la constitution et le renforcement de l’État praisien.
•/C DI vi n°7: il s’agit d’un décret praisien (e^6o[|e] xc T m , Koapcju naî, xau nô\L XQL npaLCJLuv'), du début du DI® s., qui règle les relations institutionnelles et commerciales entre Praisos et les Stalitai (^). Ceux-ci occupent un territoire s’ouvrant
(^) On a parfois identifié le mont Diktè avec le plateau du Lassithi, et la grotte dans laquelle Zeus aurait été élevé avec Psykhro [cf. BOARDMAN (1961), pp. 2-3]. Mais ces identifications ont été combattues, avec raison, par M. GUARDUCCI,/CDI, pp. 5-6, FAURE (1960), p. 196 ou encore VERBRUGGEN (1981), pp. 134-138, en faveur d’une identification du mont Diktè avec le sommet Modi.
On ne niera cependant pas que plusieurs problèmes denKurent sans solution (notamment le problème de la grotte). 11 conviendrait en fait de reprendre l’étude conq>lète de cette question en l’insérant dans le long terme et en ne négligeant ni les possibilités de déplacement de populations et de topon}mies, ni les aménagements des traditions dans le contexte de la religion civique. Pour notre propos, la chose est pourtant sans grande inqxtrtance.
(?) ICmnn°2.
(3) /Cfflünn.
(4) GSCHNITZER (1958), pp. 35-37; SCHMITT (1969), n“553.
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Praisos
sur la mer libyque (B, 1.11: vÔTuav BâXaacrau), y compris certaines îles (A, 1.5) (0- Je serais assez tenté de rechercher le port des Stalitai dans les environs immédiats du bourg de Makrygialos (commune d’Agios Stéphanos) où l’on a découvert des tessons archaïques et classiques, le long de la côte méridionale (^). L’endroit convient en effet fort bien à l’implantation d’un port antique. Et si par chôra il faut entendre un territoire relativement étendu, on peut se demander si ses limites n’ont pas correspondu aux lignes de crête des montagnes qui encerclent la commune de Stavrokhori. En l’absence d’éléments probants, je ne peux cependant préciser davantage les frontières de cette communauté.
Mon intention n’est nullement de livrer ici l’exégèse approfondie de ce décret, certes fort intéressant; on en retiendra principalement le fait que Praisos exerçait, au début du ni® s., un contrôle direct sur les Stalitai. Ce contrôle consistait dans le choix par les Piaisiens d’un cosme, praisien, qui dirigeait cette communauté (A, 11. 10-15).
Celle-ci jouissait cependant de la possession d’une “campagne” (xupa), d’une commune (nôX tq) (3), de quelques îles et d’une série de revenus propres (pourcentage concédé sur les taxes portuaires ou les produits de la pêche). D s’agit donc d’une certaine forme d’autonomie, sous l’étroite surveillance des magistrats praisiens qui (*)
(*)M. GUARDUCCI,/C III, p. 145, dans son commentaire de l’inscription, note: “Insulae in conspectu litoris meridiani emergentes intellegendae sunt, inter quas Leuce iUa (hodie Kupbonisi Eqjpellata) maximi momenti fuit”. En fait, il y a, face à la côte méridionale de la partie orientale de l’ile, cinq îles qui ont pu être concernées: Kouphonisi certes, mais aussi Prasonisi, Strongyli, Makrouli et Trakhylos. Un des problèmes les plus délicats de la topographie antique de cette région demeure cependant l’identification, proposée par M. GUARDUCCI, /Cin, p. 2, de la plus grande de ces îles, Kouphonisi, avec le toponyme antique de Leukè. D ne m’appartient pas ici de donner le détail des diverses argumentations. Notons simplement que tant le témoignage de PLINE, HN IV vü (20), 61(contra Itanum proiarnturium Onysia, Leuce ... ), que la mention répétée de l’ile dans un arbitrage des Magnésiens au sujet d’une contestation territoriale entre Itaniens et lEérsqjytniens (IC ni iv n°9,11. 39, 78, 94, 109, 114) en association étroite avec le sanctuaire de 2feus Diktéen me font cependant préférer l’ancieime hypothèse d’E. KiRSTEN, “s.v. Onysia”, /ÎEXVÜI (Stuttgart 1939), col. 534 qui identifiait Leukè avec l’île Grantès, au large de Palaikastro. Cette question de toponymie est d’une très grande importance pour l’histoire des relations entre Itanos, Praisos et Hiérapytna à l’époque hellénistique; mais reconnaissons qu’elle l’est nettement moins pour notre propos.
(2) Supra, pp. 21-22.
(^) La traduction du terme n ô \
lc; dans ce contexte précis n’est guère aisée. Étant dotmé que le
territoire est mentiormé de façon spécifique, il faut peut-êbe voir dans la nôX
lçl’ensemble des citoyens,
comme l’entendait ARISTOTE, Pot. III i 2 (1274b) et comme il faut également le comprendre dans la
formule introductive de ce même décret. WEST (1965), p. 158 proposait le même sens pour /C III ii n®2,
1. 29. Si l’on oppose cbôra et pobs, cette dernière est peut-être le territoire “communal” (cf. inSra, p. 363-
364).
Praisos
gouvernent de &cto les Stalitai. Mais nous apprenons également par ce décret (A, 11. 7- 8) qu’aupaiavruit, les Praisiens exerçaient déjà une certaine forme de contrôle sur cette communauté, contrôle dont on ne peut malheureusement pas définir ni les limites, ni surtout l’origine (0-
Nous voyons ainsi se dégager peu à peu une situation beaucoup plus complexe que celle présentée laconiquement par le Pseudo-Skylax. Praisos contrôlait effectivement son accès à la mer libyque, mais elle n’avait pas encore, au début du s., intégré complètementXdi communauté des Stalitaikson État (no?^ lq et xupa).
En alla-t-il de même pour les Sétaètai, évoqués rapidement à deux reprises dans ce même décret (B, 11. 14, 16)? Séteia était un port de la côte septentrionale, que les Praisiens contrôlaient manifestement aussi au s. Le fait que soit mentiormé ici le nom d’une communauté d’individus fait penser que ceux-ci n’étaient pas non plus entièrement incorporés dans l’État praisien.
•IC DI iv n°9: ce second texte est plus tardif; il date de 112 ou de 111 et fut découvert dans le monastère de Toplou, au sud d’Itanos. D s’agit d’un arbitrage des Magnésiens dans un conflit opposant Itrmos et Hiérapytna, arbitrage mentionnrmt différents traités antérieurs, qui fixaient les frontières entre Itanos et l’État qui jouxtait son territoire, au gré des conquêtes dans cette région. C’est évidemment à ce titre qu’il retiendra notre attention.
On y apprend que les Itaniens possédaient la région voisine du sanctuaire de Zeus Diktéen et que ce droit était ancestral (11. 37-38: ’IxavLO u nôXuv o lkouvxec ; ÉnL0aXâcraLov Hat ’É xovtec ; npoyovLKnv i-xovouaav’ xcou xou A lôc ; XOÎ3 A lkxo C ou lepûl ...). Cela n’empêcha pourtant pas les Hiérapytniens de leur contester ce titre de propriété, reprenant ainsi à leur compte la politique qu’avaient menée les Praisiens avant la destmction de leur cité par Hiérapytna (cf. 11. 45-50).
En fait, du travail de jurisprudence effectué par les Magnésiens, nous apprenons que la frontière qui borde le sanctuaire fut tout d’abord établie avec les Dragmiens, en des termes similaires aux traités postérieurs avec Praisos puis Hiérapytna. Nous n’avons conservé qu’une seule autre mention de Dragmos, chez Xénion (^), transmise par
(O Sur la question du statut des Stalitai, voir LARSEN (1936), pp. 20-21; (1937), col. 830;
GUARDUCCI (1936), p. 363; KIRSTEN (1942), pp. 82-83; WÏLLETTS (1955), pp. 129-130; GSCHNITZER (1958), pp. 35-37; SPYRIDAKIS (1970), p. 27; BRULE (1978), p. 151 n. 2.
(2) XENION F 4 [= FCrfSst n°460].
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Praisos
Stéphane de Byzance (0, et extrêmement laconique: ApaYMÔç- nôXuc KpfiTnq. Nous ignorons donc à quelle époque se fit la conquête de Diagmos par Praisos (1, 68) (2), qui entraîna un nouveau traité avec Itanos. Nous disposons d’un terminus ante quem: la destruction de Praisos par Hiérapytna vers le milieu du s. Quant au terminus post
quem, on peut soupçonner qu’il ne fut guère antérieur au VBP s. En effet, cette inscription cite de façon très précise les termes de l’accord intervenu entre Itaniens et Dtagmiens au sujet de leur frontière commune, ce qui fait indéniablement penser à un enregistrement par écrit que l’on conçoit dès lors difirdlement avant le VI® s. ou la fin
du vn®.
Les Dragmiens, tout comme les Stalitai, ont pu cependant bénéficier d’une autonomie relative et de la possession d’une cbôra durant quelque temps après que Praisos fut en réalité devenue maître de cette communauté. Leur polis a pu conclure dans ce cas un traité avec Itanos avant que, complètement intégrée dans l’État praisien, ce dernier n’ait jugé utile de confirmer les accords antérieurs. De même, on ne peut déterminer avec précision la localisation de la frontière ici décrite ni celle de la cité de Dragmos (^). On soufignera cependant deux faits beaucoup plus assurés:
- dans le conflit de frontière qui opposa Itanos et Hiérapytna, le sanctuaire de Zeus Diktéen ne fut jamais contesté: xoî3 ôè ùepoîj xou A loc ÉKxôq xnç ÔLopcp LaPnxouiaévric; ovxoq (11. 69-70), car il est nettement délimité;
- par contre, ce sanctuaire est entouré d’une zone, appelée Héleia (11. 77-78) et comprenant également l’île de Leukè (1. 78), que les Hiérapytniens considèrent conune sacrée et qu’il est interdit de cultiver, tandis que les Itaniens prétendent le contraire et en revendiquent la pleine possession (^*).
Ceci nous permet sans doute de mieux percevoir le litige. Une bande de territoire, comprenant ime aire sacrée - le sanctuaire de Zeus Diktéen - que l’on ne peut ni habiter ni cultiver (1. 82), sépare la cité d’Itanos de celle d’Hiérapytna. Les Hiérapytniens prétendent que toute la région qui entoure le sanctuaire est également sacrée, ce qui devait leur permettre d’y exercer un certain contrôle (?), tandis que les
(1) STEPHANE de Byzance, s.v.
(2) H. BEISTER,
“s.v.Praisos”, LAUFFER (1989), p. 564 date la conquête de Dragmos du H® s., mais sans proposer d’argumentation. L’état de notre documentation ne nous autorise pas à le suivre dans ime telle précision.
(2) Pour un essai de localisation, je renvoie au commentaire de M. GUARDUCCI, ad loc. ainsi qu’aux tentatives de FAURE (1963), p. 18.
(^) WlLLETTS ( 1962), p. 211.
Praisos
Itaniens font valoir les preuves de leur pleine possession de cette zone contestée, qui constitue bien une frontière et non pas une sorte de no man’s land.
Or, ces conclusions sont importantes, car elles situent clairement le sanctuaire de Zeus Diktéen dans une zone frontière entre Itanos et Hiérapytna, cette même frontière qui, auparavant, séparait Itanos de Praisos, après la conquête de la cité de Dragmos.
C’est sous cet angle que je propose d’étudier ce sanctuaire et de tenter de comprendre le rôle du culte de Zeus Diktéen dans la constitution de l’État praisien aux VI® et V® s.
3. Le territoire de la cité
d’après les sources archéologiques
Avant de passer à l’étude des sanctuaires du territoire praisien, il me faut pourtant dire un mot de la frontière occidentale et septentrionale.
C’est là un problème fort complexe auquel notre documentation ne nous permet guère d’apporter de réponse définitive. Il convient cependant de le poser le plus clairement possible afin d’éviter les interprétations abusives. Pour ce faire, j’évoquerai ici l’enquête archéologique qui a mis en évidence quelques traces d’occupation dont il faut tenir compte, en parallèle avec les limites naturelles du paysage.
J’ai déjà évoqué la question délicate du territoire des Stalitai, qui a pu s’étendre à l’ouest de Praisos, autour de la baie nommée aujourd’hui “KaXâ Nepâ”, éventuellement jusqu’à la ligne de crête de l’Omon qui a probablement servi de limite entre cette cité et une autre, tournée vers le nord et sur laquelle nous reviendrons ci- dessous. Praisos s’est donc agrandie vers l’ouest en conquérant la cité des Stalitai.
En revanche, nous n’avons aucune preuve d’une quelconque avancée vers le nord-ouest, au-delà du territoire des Sétaètai. Pourtant, cette région, faisant face à la mer de Crète, au pied du versant septentrional de l’Omon, a conservé la trace de plusieurs sites d’occupation aux époques archaïque et classique.
a. La cité de Pétra (?)
Le cas de la cité de Pétra est doublement hypothétique. Tout d’abord, parce que les historiens ne sont guère d’accord sur l’existence d’une polis de ce nom. Ensuite, parce que sa localisation est loin d’être établie. Cependant, celle-ci pourrait devoir être mise en rapport avec la région située au nord-ouest de Praisos. C’est la raison pour
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Praisos
laquelle il m’est apparu nécessaire d’y faire rapidement allusion. On voudra donc bien considérer l’insertion de Pétra dans cette étude comme la conséquence d’un souci d’exhaustivité, bien plus que comme le signe d’une situation historique contraigncmte.
• Une polis nommée Pétra?
n faut partir de la mention dene-rpatoL dans un texte épigraphique découvert à Milet et transcrivant un décret knossien du IIP s. (0 Ceux-ci apparaissent au sein d’une liste de cités crétoises s’étalant entre les deux points extrêmes de l’île, Itanos et Phalasama. Or, cette mention rappelle une autre attestation: celle de monnaies présentant la légende riETPA (2). La convergence de ces deux mentions ne me paraît pas autoriser le regroupement de ces monnaies et de celles d’Hiérapjdna, comme le propose M. Guarducci (3). Nous n’avons aucune mention antique du toponyme Hiérapétra, qui est de formation récente. Il y aurait un anachronisme à imaginer que Pétra pourrait avoir constitué une forme raccourcie d’Hiérapytna. Il me paraît donc
(1) = /CIvüin°6*, 1.37.
(2) SVORONOS (1890), p. 193.
F
aure(1963), p. 21 voulait retrouver une seconde attestation de Pétra dans les “listes d’évêchés postérieures à la conquête arabe”. Il citait en fait les Notitiae Episcopatuum Ecclesiae
Constantinopolitanae El, X et XDI, comme avant lui M. GUARDUCCI, IC El, p. 19 mais sous la
rubrique “Hiersqjytna”. Le problème est en fait assez conqilexe. Notons tout d’abord qu’il convient aujourd’hui de se référer à l’édition des Notitiae de J. DARROUZES (Paris 1981) qui, par ailleurs, fournit une étude chronologique qui nuance quelque peu les informations de P. Faure. En effet, si l’on considérait autrefois la Notifia El comme la “Notifia iconoclaste”, celle qui aurait reproduit l’ordre nouveau instauré dans l’île par les empereurs isauriens [cf. G. KONIDARIS, A t, nrfzponoXe
lç hol apytenLaxonaC zou Oixovpei/où FlarpLapyeLou xat, r) ‘Tâ^tç’ auzaix (Athènes1934), pp. 89-103], l’étude de DARROUZES (1981), p. 31 a montré qu’il fallait la dater de la fin du VBF ou du début du IX^ s. et qu’elle constituait une conçilation de sources pas toujours faciles à définir. La
Notifia X appartiendrait au X®/XI® s. et la XEI au XE® s. Mais surtout, l’édition de DARROUZES (1981)ne laisse voir un évêché de Pétra que dans la Notifia X et encore, pour les seules recensions A et C.
Aussi, tout récemment, TSOUGARAKIS (1988), p. 229 défendait-il la thèse d’une erreur du scribe qui aurait fait éclater l’unique évêché d’Hiérapétra. Il demeure malgré tout que, durant la période d’occupation turque, lorsque les sièges épiscopaux furent réactivés, on créa (ou recréa?) un évêché de Pétra dont on situa le centre à Agios Nikolaos et à Néapolis. Est-ce, comme le pense TSOUGARAKIS (1988), p. 229, une conséquence de l’erreur d’un scribe des Notitiae'? ou beaucoup plus simplement l’ultime trace de l’existence d’im évêché de ce nom, distinct de celui d’Iérapétra? Quoi qu’il en soit, il convient d’être très prudent dans l’utilisation de ces sources byzantines et je préfère ne pas retenir ce témoignage dans le problème qui nous occupe ici.
(3) M. GUARDUCCI, IC El, p. 24.
Praisos
préférable d’admettre la proposition de Svoronos (i) et d’envisager l’existence en Crète d’une cité nommée Pétra.
• Où se situait cette cité?
Le décret knossien dans lequel sont mentionnés nos rTExpatoL nous est d’une aide toute relative. P. Faure (2) estime que “les IlexpatoL voisinent, selon l’ordre géographique, avec les ’IxavLo l et les ripa louo u ”. D est vrai que ces deux dernières cités succèdent dans la liste à celle des Pétraioi. Mais l’on émettra quelques doutes sur la validité de l’ordre géographique. En effet, d’une part, les Pétraio pourraient très bien devoir être rattachés, géographiquement, aux cités qui les précèdent (Priansos et Apollonia) et non pas à celles qui les suivent dems la liste; d’autre part, l’”ordre géographique” de cette énumération n’est pas clair. En partant de la fin de la liste, on pourrait mettre en évidence un groupe de cités occidentales (Phalasama, Kydonia, Axos et Eleuthema), puis un groupe oriental (Lato, Dréros, Olonte, Istron, Praisos, Itanos) et enfin un ensemble de Crète centrale (Apollonia, Priansos, Hérakleion, Eltynia, Milatos, Khersonèsos, Rhaukos et Tylissos). Mais force est de reconnaître que Milatos, par exemple, est bien plus proche de Dréros que d’Eltynia ou de Khersonèsos, les deux cités qui l’entourent dans la liste. Ce texte pourrait donc confirmer ime localisation de Pétra en Crète orientale, mais en boime méthode, il ne pourrait infirmer une autre proposition, plus centrale. Nous sommes par conséquent contraints à laisser la question ouverte (}) et ce n’est qu’à titre d’hypothèse de travail que j’évoquerai la proposition de P. Faure.
P. Faure localise en effet la cité de Pétra sur le site de Liopétro ou Léopétra (Sitias). Ce toponyme procède de la simplification de FTaXa LÔnexpa (^) et constitue, il faut l’avouer, un candidat particulièrement crédible. Mais surtout, et c’est la raison de ce long excursus, le site de Liopétro a conservé des traces d’occupation aux époques archaïque et classique (®), comme d’ailleurs d’autres sites voisins sur le territoire de la commune de Khamezi. Plus à l’ouest, sur le mont Kastellos, au lieu-dit “Ta Lènika”, on
(1) S
voronos(1890), p. 193.
(2) FAURE (1963), p. 21.
(2) Seule l’invocation de l’évêché de Pétra, qui fut à l’époque moderne localisé à Agios Nikolaos et à Néapolis (cf. supra, p. 211, n. 2), permettrait de nous orienter vers la région du golfe du Mirabello. J’ai pourtant déjà expliqué les raisons qui me poussent à la plus grande prudence en cette matière.
(^) Je renvoie ici au commentaire de FAURE (1963), p. 21.
(^) Supra, p. 23.
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À
Praisos
a découvert d’autres traces d’occupation archaïque (0- Or, si nous recherchons les voies possibles de prissage entre le golfe de Mirabello et celui de Sitias, on ne peut en proposer que deux: l’une prisse par lérapétra et longe la côte méridionale jusqu’à Makrygialos (antique cité des Stalitai ?), avant de retraverser l’île du sud au nord par Praisos, l’autre - beaucoup plus courte, mais plus escarpée • longe tout simplement la côte septentrionale, au pied du mont Omon. Je me demande donc si les sites fortifiés repérés à Khamezi, Myrsini et peut-être à Lastros (^), qui aurait contrôlé le col donnant accès à Kavousi, ne constituent pas autant de postes de garde sur cette route. Parmi ceux-ci, les Pétraioî ont pu trouver un endroit propice à l’implantation d’une cité (peut- être à Liopétro). Cité maîtresse d’un important axe de conununication, que Praisos a pu convoiter comme elle avait convoité la cité des Sétaètai
Mais - je le répète - nous n’avons conservé aucune preuve de la mainmise de Praisos sur ces territoires,
b. la plaine de Sida
Demeure le problème de l’occupation de la plaine de Sitia.
Un seul fait est assuré: les Semétai contrôlaient un port sur la côte septentrionale de l’île (3), Ce port est couramment identifié avec l’actuel port de Sitia ('^j, et force est d’admettre qu’il s’agit là de la solution la plus convaincante même si l’on ne peut écarter catégoriquement d’autres “abris” sur cette même portion de côte (ex, au pied du promontoire de Trypitos, à environ 3 km à l’est de Sitia - hameau de Pétras). Non seulement l’emplacement convient fort bien à un port, mais il se trouve également à l’embouchure de l’antique Didymos, le fleuve de Praisos qui trouvait ainsi un accès facile à la mer. Mais on insistera surtout sur le fait que le centre de la cité des Sétaètai ne doit pas nécessairement être recherché à Sitia, le long de la côte (5). H n’est pas
(^) Supra, p. 24.
(2)
Supra, pp. 23-24.(3) /C m vi n“8, B U. 14 et 16.
('♦) Cf. e.a. M. GUARDUCCI, IC IQ, p. 164; DAVARAS (1976), p. 293; H. BEISTER, “5.v. Sitia”, LAUFFER (1989), pp. 620-621.
(3) Cf. E. KIRSTEN, “5.V. Olus n°2”, RE XVII (Stuttgart 1937), col. 2505 qui notait, de manière
générale: “die kretischen Poleis der archaischen Zeit sind Burgen, nicht Stadte, vor allem nicbt
Küstenstàdte “ (c’est moi qui souligne). Il faut cependant nuancer les propos d’E Kirsten, en évoquantnotamment les exemples de Phalasama, à l’ouest, ou d’Itanos, à l’est qui s’installèrent très tôt sur la côte.
Praisos
impossible que les Sétaètai préférèrent s’installer à l’abri de la convoitise des pirates, sur les hauteurs des collines environn
2intes, et peut-être plus précisément sur celles de Roussa Ekklisia d’où l’on peut aisément contrôler toute la plaine de Sitia. Ce site conserve en effet la trace d’un sanctuaire en activité aux VH® et VI® s. et, sur l’acropole de Kastri, celle d’une petite cité fortifiée que N. Platon (*) donne pour archaïque (}).
Quant à la question précise de savoir quelle cité, à l’origine, possédait la plaine de Sitia et si cette cité en contrôlait toute l’étendue, nous sommes contraints de la laisser ouverte. Je me bornerai à dégager deux réflexions qui nous orienteront dans notre recherche. Tout d’abord, les Sétaètai possédaient à coup sûr le seul port important de la côte septentrionale et en maîtrisaient l’accès. Sans cela, on ne pourrait comprendre l’intérêt de Praisos pour cette communauté. Occupant le site de Sitia, les Sétaètai devaient sans doute contrôler une partie de la plaine de Sitia et, plus que probablement, le sanctuaire que l’on a découvert dans la ville actuelle. Avec la conquête, Praisos s’est donc vraisemblablement emparée de la totalité de cette plaine fertile. D’autre part, les découvertes archéologiques de la commune d’Akhladia (^), en bordure de cette plaine, pourraient correspondre à un poste de contrôle, non loin de la frontière avec une autre cité, située plus à l’ouest, que l’on pourrait très prudemment identifier à Pétra. Ces précisions, toutes incertaines qu’elles soient, ont le mérite de mettre l’accent sur l’enjeu territorial qu’a pu représenter la possession de la plaine de Sitia. À une époque qu’il ne nous est guère possible de préciser, trois cités ont pu se la disputer: Pétra, Sèteia et Praisos.
*
* *
De cette discussion sur le territoire praisien et surtout sur les étapes de sa constitution, on retiendra toutefois que la cité s’est étendue aux quatre points cardinaux par des conquêtes sur des communautés voisines (Sétaètai, Stalitai, Dragnnens) qui ont pu conserver une autonomie toute relative. C’est dans ce contexte qu’il conviendra d’approcher les sanctuaires extra-urbains.
(*) N. PLATON, “AvaCTKQKat nepLoxnC ZirceCaç”, PA4(1954) [1957], p. 364. Également F
aure(1963), p. 18, qui y situe pourtant la cité de Dragmos.
(^) Au pied de Roussa Ekklisia, vers la mer, je rappelle que l’on a découvert de très rares témoins d’une occupation au VI® s. tantôt à Pétras, tantôt à Agia Photia [cf. supra, pp. 42-43]].
0) Cf. supra, p. 39.
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Praisos
B. Sanctuaires suburbains
On relèvera au moins trois sanctuaires suburbains (*)• Le plus proche du centre de la cité est celui découvert près du hameau d’Agios Konstantinos, en relation avec une source. Comme nous l’avons vu dans la première partie, ce sanctuaire était en activité aux VI® et V® s. D en allait de même pour celui de Mésavrysi, un peu plus au sud, mais, dans ce cas, les offrandes découvertes marquent plus nettement le caractère féminin de la divinité honorée (une nymphe, en relation avec la source?). On ajoutera à ces deux petits sanctuaires, un troisième, également anonyme (^), au sud-est du centre urbain, sur la hauteur d’Agios Ilias.
C. Sanctuaires extra-urbains
l.Le sanctuaire de Zeus Diktéen à Palaikastro:
un sanctuaire de frontière
Pour tenter de comprendre les rapports entre Praisos et le sanctuaire de Zeus Diktéen à Palaikastro (Héleia), nous disposons bien entendu du témoignage de Staphylos de Naukratis, repris par Strabon (3), qui le situe dans le territoire praisien. À l’appui de cette tradition, on pourra sans doute évoquer, de manière indirecte, une inscription fragmentaire du II® s., découverte près du sanctuaire (^), qui prévoit la réparation et l’entretien desâpxata âvaXuaxa (^) du temple. M. Guarducci (®) a
(*) Voir le matériel répertorié supra, pp. 18-19.
(^) F
aure(I960), p. 195 propose d’y reconnaître l’endroit d’im culte à 2feus EKktéen. Son argumentation se borne à la constatation du rençlacement traditionnel de Zeus par le Prophète Elie.
(3) STRABON X 4,6 (p. 475 C).
('♦l/cmün-i.
(^) Ces statues ont pu s^artenir au temple archaïque ou classique. Il s’agissait sans doute de l’effigie de Zeus lui-même, mais peut-être aussi de celles de Rhéa ou des Kourètes [cf. WILLETTS (1962), p. 211].
On rappellera ici la mention dans VEtymologicon Magnum (s.v.ALKxn) d’une statue imberbe du dieu, élevée au Diktè ( é v0aî5xa), ce qu’il faut probablement comprendre comme le sanctuaire d’Héleia.
(®) M. GUARDUCCI, ICm, p. 11, suivie par WILLETTS (1955), p. 143.
Praisos
montré en effet, de façon très convaincante, que la responsabilité de ces tâches incombait aux Hiérapytniens. Or ceux-ci avaient détmit Praisos et s’étaient emparés de son territoire, comme on vient de le voir. Nous avons dès lors toutes les raisons de penser que Praisos, avEint sa destruction, exerçait les fonctions que l’on constate à la charge des Hiérapytniens dans ce texte.
Nous sommes là dans la seconde moitié du s. Nous avons vu qu’à cette époque le sanctuaire était zone sacrée. On y reconnaîtra donc un territoire neutre placé sous la responsabilité des Hiérapytniens et, avant eux, des Praisiens. Or, au début du ni® s., ime inscription d’Itanos nous montre, comme on l’a déjà noté ailleurs, que Zeus Diktéen est la première divinité citée dans ime liste conformément à laquelle les Itaniens devaient prêter serment. C’est dire son importance pour la cité et, partant, l’importance à ses yeux du principal sanctuaire du dieu, situé à sa frontière (2). On peut donc raisonnablement admettre que celui-ci était fréquenté par les citoyens d’au moins deux cités, Itanos et Praisos. Nous aurons plus loin l’occasion de revenir sur la signification fédérale du sanctuaire au DI® s. Q) Pour l’heure, il convient simplement d’avoir ce fait en mémoire avant d’évoquer les liens entre ce temple et la cité de Praisos aux VI® et V® s.
Pour ce faire, nous n’avons d’autre ressource que l’archéologie. J’ai, dans la première partie, insisté longuement sur le matériel découvert à Palaikastro et sur les comparaisons étroites qu’il permet avec celui trouvé sur l’Acropole C de Praisos. En résumé, on peut établir au moins deux phases de décoration, voire de construction, du sanctuaire de Palaikastro: l’une dans la première moitié du VI® s., l’autre dans la seconde moitié du V® s. Mais, lors de cette deuxième phase et peut-être déjà lors de la première ('*), nous savons que l’Acropole C de Praisos cormut elle aussi les effets d’un programme édilitaire qui utilisa les mêmes éléments d’ornementation architecturale.
Comme je l’ai noté, ceci ne doit pas nous inciter à placer sur l’Acropole C de Praisos un autre culte de Zeus Diktéen, mais la contemporanéité et la parenté stylistique de ces réaménagements ne peuvent être dues au hasard. Si, au moment où Praisos transformait ses temples urbains, le sanctuaire de Palaikastro faisait également peau neuve, c’est
(1) /cmvin''8.
(^) Nous aurons l’occasion de revenir à diverses reprises sur les sanctuaires de frontière en Crète.
Citons ici pour montrer la familiarité des Grecs avec ce genre de pratique qu’est l’implantation d’un temple sur une ligne frontière, éventuellement dans une zone neutre, l’allusion de PLATON, Lois IX 855c.
0) Cf. Annexe n°3.