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Submitted on 2 Jun 2020
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Interception des précipitations et évapotranspiration réelle dans des peuplements de feuillu (Fagus silvatica
L.) et de résineux (Pseudotsuga menziesii (Mirb) Franco)
Gilbert Aussenac, C. Boulangeat
To cite this version:
Gilbert Aussenac, C. Boulangeat. Interception des précipitations et évapotranspiration réelle dans des peuplements de feuillu (Fagus silvatica L.) et de résineux (Pseudotsuga menziesii (Mirb) Franco).
Annales des sciences forestières, INRA/EDP Sciences, 1980, 37 (2), pp.91-107. �hal-02729858�
Interception des précipitations et évapotranspiration réelle
dans des peuplements de feuillu (Fagus silvatica L.)
et de résineux (Pseudotsuga menziesii (Mirb) Franco)
G. AUSSENAC
Station de Sylv
BOULANGEAT*
Station de Sylviculture et Production, Centre national de Recherches forestières, INRA.,
Champenoux 54280 Seichamps
Résumé
L’interception des précipitations et l’évapotranspiration réelle ont été évaluées dans un peuple-
ment de Douglas (Pseudotsugamenziesii (Mirb) Franco) âgé de 11 ans (densité : 3 086 tiges/ha), trois peu-
plements de Douglas âgés de 23 ans (densité : 530, 1 030 et 2 229 tiges/ha) et dans un peuplement de
Hêtre (Fagus silvatica L.) âgé de 80 ans (densité : 743 tiges/ha).
En période hivernale, l’interception a représenté 6 p. 100 des précipitations incidentes dans la hêtraie contre 32 p. 100, 35 p. 100 et 36 p. 100 chez les Douglas âgés de 23 ans ; en période estivale, l’interception a augmenté dans la hêtraie (21 p. 100 des précipitations), alors qu’elle est restée stable chez les Douglas. La prise en compte de données bibliographiques a permis de montrer que dès l’âge
de 15 ans, l’interception est élevée (35 p. 100) chez les Douglas et varie peu jusqu’à 50 ans. Chez le Hêtre, l’interception atteint en moyenne 15 p. 100 dès l’âge de 30 ans et augmente avec l’âge pour atteindre 20-25 p. 100 à 100 ans.
L’évapotranspiration réelle a été estimée de façon hebdomadaire par la relation classique :
ETR= P; - D -AS
avec
ETR : évapotranspiration réelle, P t = précipitations incidentes, D : écoulement profond et latéral,
AS : fluctuation de la réserve en eau du sol.
Les calculs ont été effectués pour des périodes où l’écoulement profond ou latéral était absent.
La fluctuation de la teneur en eau du sol a été étudiée à l’aide d’une sonde double neutron gamma.
Les résultats obtenus montrent ainsi que l’on pouvait le penser a priori qu’au printemps, en l’absence de feuilles, le hêtre évapotranspire moins que les Douglas ; mais en été, l’évapotranspiration du hêtre
est la même que celle du Douglas. En automne, on a noté au moment du jaunissement des feuilles une légère différence entre feuillus et résineux. Les résultats obtenus montrent aussi que le peuplement de Douglas de faible densité (530 tiges/ha) évapotranspire notablement moins (18 p. 100 à 27 p. 100) que les autres.
L’interception joue un rôle important dans l’évapotranspiration totale des peuplements. Le rap- port ETR/ETP dépasse 1 lorsque l’interception est importante.
1.
-Introduction
L’influence de la forêt sur le bilan hydrique a fait l’objet de nombreux travaux de recherches.
*
Adresse actuelle : Office national des forêts, 21 Châtillon-sur-Seine.
L’interception des précipitations a été particulièrement étudiée dans les vingt der-
nières années. Cependant, si on connaît maintenant les ordres de grandeur de l’inter-
ception, on dispose encore de peu de données sur la variation de ce phénomène, avec l’âge des peuplements. On a de même peu d’informations sur le comportement d’essen-
ces exotiques telles que le Douglas (Pseudolsuga menziesü (Mirb) Franco) qui devient
maintenant très important dans la forêt française.
L’évapotranspiration des peuplements est aussi encore relativement mal connue
d’une part à cause des difficultés rencontrées pour évaluer les effets de l’âge et de la
structure et d’autre part en raison du rôle que joue l’eau interceptée dans le bilan
hydrique global. La fréquence et l’importance des précipitations apparaissent ainsi
comme déterminantes pour l’évapotranspiration réelle des peuplements (Rutter, 1975).
Les comparaisons de comportement entre feuillus et résineux sont difficiles à établir expérimentalement et les résultats obtenus par différents expérimentateurs
sont souvent contradictoires.
L’objectif de cette étude était d’analyser, dans des conditions de milieu compara- bles, le bilan hydrique et les influences respectives d’un feuillu climacique (Fagus
silvatica L.) et d’un résineux exotique (Pseudotsuga menziesü (Mirb) Franco) souvent
utilisé en reboisement.
2.
-Matériel et méthode
Les peuplements étudiés sont situés sur un plateau à la même altitude (255 m)
en forêt d’Amance, à 10 km à l’est de Nancy (Meurthe-et-Moselle). Ils sont suffisam-
ment proches pour que les conditions climatiques y soient identiques. La forêtd’Amance repose sur un sol brun lessivé marmorisé, développé sur des marnes liasiques recou-
vertes de limons. La caractéristique principale de substrat est la présence à une pro- fondeur moyenne de 65 à 80 cm d’un horizon très compact qui freine les écoulements
profonds et provoque le développement de nappes perchées temporaires. Cette situa-
tion permet le contrôle des échanges d’eau verticaux dans le sol et le site a été pour cela
qualifié de « lysimètre naturel » (Aussenac, 1972-1975).
Le tableau 1 donne les caractéristiques principales des peuplements étudiés.
TAR!FA!)1 1
Le peuplement feuillu est constitué d’une futaie régulière de Hêtre (Fagus sifvatico L.) à couvert fermé avec un sous-étage très réduit. On rencontre aussi en mélange quelques Chênes (Quercus sessiliflora Salisb.), Tilleuls (Tilia cordata Mill), Charmes (Carpinus betulus L.) et Frênes (Fraxinus excelsior L.). Le peuplement est issu d’une régé-
nération naturelle.
Les peuplements de Douglas sont issus de plantations (Bartoli et Decourt, 1971).
L’interception des précipitations a été évaluée chaque jour à partir de la relation : l11 1 L,
=P,
-(P. -I- P+1 (Aussenac. 1968!
Les précipitations incidentes ont été mesurées au poste climatologique du Centre
National de Recherches Forestières à Champenoux situé à proximité immédiate (500 m) des peuplements étudiés. Les précipitations au sol ont été évaluées à l’aide de vingt-cinq pluviomètres * répartis au hasard dans le peuplement feuillu et de
quinze pluviomètres dans chacun des trois peuplements de Douglas (1, Il et III) (Bou- langeat, 1978). Il n’y a pas eu de mesures nouvelles dans la parcelle IV de Douglas.
Les calculs ont été effectués à partir de mesures qui avaient été faites en 1972 sur les
mêmes peuplements (Aussenac, 1975).
L’écoulement le long des troncs a été mesuré à l’aide de colliers (Aussenac, 1968) ajustés en spirale autour des troncs ; cinq de ces colliers ont été utilisés dans chacun des peuplements de Douglas et onze dans le peuplement feuillu.
L’évapotranspiration réelle de ces peuplements a été calculée chaque semaine à
l’aide de la relation classique suivante :
l21 ETR = P ; -D-4S
Dans l’utilisation de cette équation nous avons supposé qu’il n’y avait pas de remontées capillaires depuis les horizons profonds (inférieurs à 1,5 m). Les calculs ont été effectués en l’absence d’écoulement (D). L’existence d’un écoulement a été déterminée à partir de la présence ou de l’absence de la nappe perchée temporaire.
La présence de cette nappe perchée est l’indice d’un excès d’eau qui en l’absence d’horizon imperméable s’infiltrerait en profondeur.
La fluctuation des nappes a été suivie à l’aide de tubes piézométriques (six tubes
dans le peuplement feuillu et trois dans chacun des peuplements de Douglas).
La variation du stock d’eau du sol a été mesurée à partir de profils hydriques
réalisés à l’aide d’une sonde double neutron gamma : dans le peuplement feuillu
*