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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository
Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:
Hasnaoui, O. (1987). Le financement extérieur des investissements publics au Maroc (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté des sciences sociales, politiques et économiques, Bruxelles.
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LE FINANCEMENT EXTERIEUR DES INVESTISSEMENTS PUBLICS
AU MAROC
TOME I
Thèse préparée sous la direction de Madame le professeur Paule
BOUVIER et présentée en vue de l’obtention du grade de Docteur en Sciences Politiques
OMAR HASNAOUI
Avril 1987
UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES
Faculté des Sciences Sociales, Politiques et Economiques
LE FINANCEMENT EXTERIEUR DES INVESTISSEMENTS PUBLICS
AU MAROC
TOME I
Thèse préparée sous la direction de Madame le professeur Paule BOUVIER et présentée en vue de l’obtention du grade de Docteur en Sciences Politiques
OMAR HASNAOUI
Avril 1987
Qu'il me soit permis d'exprimer ma vive et respec
tueuse reconnaissance à Madame le Professeur BOELENS-BOUV/IER, de l'Université libre de Bruxelles qui a bien voulu accepter de diriger cette Recherche Doctorale. C'est avec fierté que je me suis efforcé d'être digne de sa confiance et de m'inspirer de ses conseils pertinents, de ses critiques constructives qui m'ont été d'un concours précieux. Ses idées, sa méthodologie et ses orientations auront largement marqué cette recherche.
Ma gratitude va également à Monsieur FASKA KHRUZ,
Professeur de Comptabilité qui m'a encouragé et soutenu avec force et constance pour l'accomplissement de l'ensemble de mes travaux de Recherches Universitaires.
Ma reconnaissance va également à^Monsieur J. WAELBROECK Professeur d'Econométrie d'avoir bien voulu faire partie de mon Jury, ainsi qu'à Monsieur ARTHUR DOUCY, Professeur d'Economie Sociale dont le soutien et l'amitié ne m'ont jamais fait défaut depuis bientôt 18 ans.
L'élaboration de cette étude portera les empruntes vivantes de la fécondité des conseils et de la pertinence des remarques de Monsieur HABIB EL MALKI, Professeur d'Economie Poli
tique à l'Université Mohamed V,à qui j'adresse mes vifs remercie
ments et qu'il me permette de lui exprimer un hommage sincère et une fidèle amitié.
L'Ecole Nationale d'Administration Publique m'a ouvert ses portes et m'a accueilli tout au long de ces années de recher
che. Je tiens à remercier tout particulièrement, le Directeur Monsieur BEN ALLAL, ainsi que le Professeur MUSTAPHA RHOUMARI, actuellement Secrétaire Général du C.A.F.R.A.D. à Tanger, dont les observations judicieuses m'ont été très utiles.
Les recherches empiriques n'auraient pas pû être réa
lisées sans l'accueil bienveillant et amical et la pleine dispo
nibilité des hauts responsables du Ministère des Finances, du Plan et de l'Equipement... Je citerai tout particulièrement Messieurs MUSTAPHA SAHEL, Directeur du Budget, M'HAMED TAZI, Directeur du Trésor et des Finances Extérieurs, ALI AMOR, Direc
teur de l'Office des Changes, HAMZAOUI, Trésorier Général, ainsi que Messieurs FAOUZI, OUASSIMI, BENMAN50UR, BOUGROUM du même Département et à tous les amis qui m'ont aidé à titres divers pourla réalisation de ce travail, avec une mention particulère à Monsieur RAFIQ HADDAOUI, Directeur Général de la Coopération Internationale, Monsieur ABDELMALEK CHERKAOUI, Ancien Secrétaire Général du Plan, actuellement Ambassadeur du Maroc à Bruxelles et à mon ami JAAFAR ALJ, Premier Conseiller de la même Ambassade.
Enfin tous mes remerciements à Madame EL YOUSSEFI pour sa patience à déchiffrer mon écriture et à SI MOHAMED LAHLOU, Directeur de l'Imprimerie de l'Agdal-
*
*
*
SOM MAI RE
INTRODUCTION GENERALE
I - POSITION DU PROBLEME 1
II - OBJET DE L’ETUDE ET DEFINITION DE QUELQUES CONCEPTS 3
A. La Notion d'Eparqne é
B. La Notion d'investissement 10
- Théories des choix des séquences d'In- 13 vestissements prioritaires.
III - INTERET DU SUJET 16
A. Son actualité et sa portée Internationale
pour lesP.V.D. 16
B. CasduMAROC. 23
IV - DELIMITATION DE L'ETUDE ET ANNONCE DU PLAN 2A
V - METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE 28
PREMIERE PARTIE
DIAGNOSTIC DU SYSTEME DE FINANCEMENT
EXTERIEUR DANS LE CADRE DES STRATEGIES 31 MISES EN OEUVRE EN MATIERE D'INVESTISSEMENTS
PUBLIC
QdAPITRÇ I î ANALYSE_DE_LA_PLANIFIÇATIQN_Dy_DEyELgPPEMENT
Ay_MARgÇ_ET_DES_PgLniQyɧ_51INyESTISSEMENTS 36 t?ISES_EN_gEyVRE
SEÇIION I : LA PLANIFICATION MAROCAINE, INSTRUMENT DU
DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE DU PAYS 37
I 40 - II -
- LES STRUCTURES ET PROCEDURES PL PREPARATION DU PLAN.
A. - Les Institutions et Organismes responsables
de la préparation du Plan. 42
1. - Les recommandations de la BIRD 2. - La mise en place du Département
responsable du Plan.
42
45
B. - Elaboration d'un Plan_de Développement 1. - Etude et enquêtes
2. - Perspectives à long terme 3. - Projections à M.T.
4. - Note d'orientation générale 5. - Synthèse des travaux.
49 50 51 52 54 55
II - LES LIMITES DU SYSTEME ACTUEL DE PLANIFICATION 56 1. - Le choix et l'étude des projets 58 2. - Le contrôle et le suivi des projets 59 3. - L'absence de liaison entre Budget de
fonctionnement et Budget d'Equipement. 60 SECTION II : L'INVESTISSEMENT PUBLIC FONDEMENT DE LA
POLITIQUE DE DEVELOPPEMENT DU MAROC 61
I - LES FONDEMENTS THEORIQUES ET DOCTRINAUX DE LA
STRATEGIE DE DEVELOPPEMENT AU MAROC : 63 - La stratégie de Développement Economique et
Sociale du Maroc. 66
A. - La stratégie du Plan Quinquennal 1960-1964 Conception ayant présidé à l'élaboration
de la stratégie du Plan 1960-1964 70
1. - Un modèle de Développement autocentré 71 2. - Un modèle de Financement Endogène 74 B. - La stratégie de la croissance et son appli
cation au Maroc : 1965 - 1967. 76
II - L'INVESTISSEMENT PUBLIC MOTEUR DE LA CROISSANCE 87 A. - Objectifs et stratégie du Plan 1973-1977
à titre d'illustration. 88
1. - Résultats d'ensemble des trois premiers
plans. 89
2. - Objectifs et résultats du Plan 1973-1977 90 3. - Part prépondérante de l'Investissement
de l'Etat et du Secteur Public. 94 B. - Conséquences engendrées par ce Plan. 103
= t^_C0§C9!^9§?ÔNCE__DU_RECOURS_A_M EXTERIEUR PQyR_ki_QE\/ELgppEMENT_EçgNgMigyE_ET_sgç 105 DU_MAR0C
5ECJiPN_ I : LE FINANCEMENT DES INVESTISSEMENTS PUBLICS 106
L'EXECUTION DU PLAN 106
A. - Les rapports Budget - Plan. 106 B. - Les insuffisances des rapports Budget - 112
Plan et le rôle du Ministère des Finances.
SECnON II : EVOLUTION DE LA STRATEGIE DU FINANCEMENT
DES INVESTISSEMENTS DEPUIS L’INDEPENDANCE 117
I - LES TENTATIVES D'ATTRACTION DES CAPITAUX PRIVES. 117
IV -
II - LES CODES D’INCITATION ET D'ENCOURAGEMENT DES
INVESTISSEMENTS ; INSUEF15ANCES ET LIMITES. 120
III - POURQUOI LE RECOURS AU FINANCEMENT EXTERIEUR ? 135 A. - L'insuffisance de l'Epargne Nationale. 137 B. - L'inadéquation des techniques de mobili
sation des ressources disponibles. 138 1. - Aperçu sur les Institutions de
mobilisation des recours internes 138 a) - L'action du trésor dans la collecte
del'épargne. 139
b) - Le Service Public des Chèques
Postaux. 147
c) - La Caisse d'Epargne Nationale 148 2. - La mobilisation de l'Epargne par les
Banques. 151
3. - L'Epargne non financière des ménages. 153 4. - Une fiscalité discriminatoire favora
ble aux Investissements improductifs. 158
CHAPITRE III : ANALYSE COMPARATIVE ET EVOLUTIVE DU
RECOURS_AUX_DIFFERENTES_SOURCES DE 174 FINANCEMENT EXTERIEUR.
SECTION I : LES SPECIFICITES DU FINANCEMENT EXTERIEUR
~ ET LE DEGRE D’AUTONOMIE ET DE DEPENDANCE 177 DANS DES RELATIONS DE FINANCEMENT.
INTRODUCTION;
I - LE FINANCEMENT RELATIF A DIVERS PROJETS DE DEVELOP
PEMENT . 182
A. - L'Aide Financière de la France
- Le Protocole Financier Maroc-France 18A
B. - Programme de l'U.S.A.l.D. au Maroc 187 -SoncaractèreCommercial
- Son caractère lié.
C. - L'Assistance Financière Japonaise 193 - Coopération Financière non remboursable
- Coopération Financière (Crédit Yen)
D. - Illustration des Caractéristiques Générales
de Financement en provenance de quelques Pays 197 Industrialisés.
1. - La coopération financière Maroco-BeIge . 198 2. - La coopération financière Maroco-Allemande 199 3. - La coopération financière Maroco-Canadienne 200 E. - L'Aide accordée par d'autres Pays
1. - Les Pays Socialistes 202
2. - Les concours des Pays Arabes 204 II - LE FINANCEMENT DU COURANT COMMERCIAL 206
A. - Le Financement relatif à l'achat de divers
produits. 207
B. - Les prêts fournis par le programme PL 480. 209
C. - Le Lignes de Crédit produits de base. 211
III - TABLEAU - SITUATION DES PRETS EN 1983 215
SECnON II : LE FINANCEMENT EXTERIEUR MULTILATERAL . 221
I - LA COOPERATION AVEC LA BANQUE MONDIALE 221
- VI
A. - L'Intervention Financière de la BIRD 222 B. - Volume et champs d'application des prêts 22A
a) -Lesprêtsàl'Etat 226
b) - Prêts à des Organismes Publics et 228 Semi-Publics.
II - REPARTITION SECTORIELLE DES PRETS 231
A. - Projets d'infrastructures 232
B. -Secteurs Productifs 236
1. - Le secteur agricole 239
2. - Le secteur industriel 245
C. - Secteurs sociaux
SECTION III : LE RECOURS AU FINANCEMENT INTERNATIONAL 250 PRIVE.
L'INTERVENTION DU MAROC SUR LE MARCHE 251 FINANCIER INTERNATIONAL
A. - Les Emprunts du Trésor 253
1. - Emprunts contractés à des fins
busgétaires. 255
2 . - Emprunts liés à des financements
de projets. 256
3. - Emprunts destinés à financer les
déficits de la P.B. 257
B. - Les Emprunts des Organismes Publics 258 1. - Les opérations de l’O.C.P.
2. - Les opérations des Organismes de 260 Crédits.
CONCLUSION-DE LA PREMIERE PARTIE 263
DEUXIEME PARTIE
EFFETS DES FLUX EXTERNES SUR LE DEVE
LOPPEMENT DU PAYS ET CONTRIBUTION A L'AMENAGEMENT DU SYSTEME DE FINANCEMENT
EXTERIEUR
INTRODUCTION 269
CHAPITRE TV : EFFETS DES FLUX DE FINANCEMENT SUR LA SITUATION FINANCIERE DU MAROC
--- 270
SECTION I : L'EFFET EN RETOUR : La dette extérieure
marocaine 271
I - LA PROBLEMATIQUE DE L'ENDETTEMENT DANS LES P.V.D.
A. - Les raisons ayant provoqué les crises d'endettementExtérieur.
B. - Le phénomène de la Mondialisation de
l'endettement ou l'interdépendance dans 276 1 a c r i s e .
II - LA DETTE EXTERIEURE DU MAROC 281 A. - Le contexte historique de la crise
Financière au Maroc. 282
B. - Les origines de la crise financière. 284
1. - Les facteurs internes 285
2. - Les facteurs externes 287
- VIII
SECTION II : STRUCTURE DES FLUX DE CAPITAUX ET DE LA
DETTE EXTERIEURE ET PROBLEMES DU REECHE- 294 LONNEMENT.
I - EVOLUTION ET STRUCTURE DES FLUX DE CAPITAUX 295
II - EVOLUTION ET STRUCTURE DE LA DETTE 297 III - LE RECOURS AU REECHELONNEMENT DE LA DETTE 303
EXTERIEURE 1983-1984.
1. - L'Accord conclu avec le F.M.I. 304 2. - Le rééchelonnement dans le cadre du
club de Paris- 305
3. - Le rééchelonnement dans le cadre du 308 club de Londres.
extérieurs
DE_FINANCEMENT
SUR_LE DEVELOPPEMENT DU PAYS 311
SECTION I : L'AFFECTATION INADEQUATE DU FINANCEMENT 3H EXTERNE.
I - L'EXECUTION DES PROJETS FINANCES PAR L'EXTERIEUR 312 II - EVALUATION RETROSPECTIVE D'UN PROJET 316
SEÇIIQN II ; EFFETS SUR LE DEVELOPPEMENT DE QUELQUES 326 SECTEURS
I - EFFET SUR LE SECTEUR AGRICOLE 329
A. - L'Agriculture irriguée et ses contraintes 332
B. - Insuffisances de l'Agriculture en sec. 341
II - EFFET SUR LE SECTEUR INDUSTRIEL
A, - Au niveau des Industries de Transformation 350 B. - Les goulets d'étranglement propres au
Secteur Industriel 354
III - LES INSUFFISANCES DE PARTICIPATION DES ENTREPRISES
PUBLIQUES AU DEVELOPPEMENT 356
A. - Des résultats financiers médiocres 359 B. - Des répercussions économiques et sociales
insignifiantes 363
IV - EFFET SUR LE SECTEUR DES PECHES MARI TIMES 369 A. - Rappel sur la politique marocaine des 370
Pêches
B. - Le secteur privé et la pêche :
Une mutation qualitative 375
CHAPITRE VI : PROBLEME DE REFORMES STRUCTURELLES
9^_EIN an Ç ement _ exterieur
SECT^N I : LE PROGRAMME D'AJUSTEMENT STRUCTUREL
I - LES REFORMES STRUCTURELLES INSPIREES PAR LE F.M.l. 385 A. - Les principales actions entreprises de
1983 à 1986. 385
B. - Les retombées du plan d'ajustement ;
Appréciation critique. 391
1. - Les remèdes prescrits par le F.M.l. 394 a) - Le protectionnisme des pays industrialisés 397 b) -Ladévaluationdudirham 398
c) - La vérité des prix. 399
- X -
2. - Résultats des politiques d'ajustement. 400 SECTION II : QUCL MODELE DE FINANCEMENT POUR L’AVENIR ? 401
INTRODUCTION AOl
I - OBTENIR DES BANQUES COMMERCIALES. LA CONVERSION
DE LA DETTE EN CAPITAL. 408
II - MOBILISER L'EPARGNE INTERNE 412
A. - L'épargne publique 412
B. - L'épargne privée 414
III - LE RECENTRAGE SUR LE POTENTIEL EXISTANT 415 A. - Rentabiliser le patrimoine existant 420 B. - Pour une autre politique industrielle 426 C. - Une agriculture qui répond aux besoins 436
du Pays.
D. - Pour une contribution réelle du secteur 440 public au développement du Pays.
CONCLUSION GENERALE
BIBLIOGRAPHIE
// NTRÜDUCTION GENERALE
I - POSITION DU PROBLEME
La question concernant le Financement, le volume des ressources, les moyens de les mobiliser et de les achemi
ner est celle qui préoccupe aujourd'hui les responsables de la politique économique d'un pays en développement. Le Finan
cement quel que soit son origine interne ou externe, apparaît comme l'instrument indispensable du processus de développemen alimenté par une affectation massive de ressources aux inves
tissements productifs se traduit par une transformation fon
damentale des structures économiques. Dans les économies mone taires, le Financement est le moyen d'orienter l'utilisation des ressources en vue d'obtenir les transformations de structures voulues. tandis que dans une économie sans monnaie, le Financement perdrait toute signification car les possibi
lités d'utiliser les ressources et de diversifier en consé
quence les structures socio-économiques seraient limitées.
Un Financement affecté adéquatement peut accélé
rer le développement, par le transfert des ressources entre les différents secteurs de la voie économique d'un Pays.
Le rôle du Financement Extérieur est d'accroître la capacité d'importation d'un Pays en lui permettant notam
ment de se procurer des équipements et des services essentiels aux investissements et qui ne peuvent être fournis par l'éco
nomie de ce Pays. Ces intrants combinés à ceux apportés par
le Pays, peuvent.participer à l'accroissement du niveau des
investissements et par voie de conséquence du revenu et de
2
l'épargne intérieure, pourvu qu'il y ait une affectation ju
dicieuse de ceux-ci au plan national, régional et local.
Bien que tous les investissements soient toujours financés, la façon dont ils le sont n'est pas sans conséquence sur le volume et la destination des Investissements ou sur le processus du développement lui-même.
Bien des pays en développement qui ont fait un appel massif aux Financements Extérieurs ont vu leur économie hypothéquée comme le montrent les crises d'endettement qui les secouent aujourd'hui.
La surabondance des capitaux privés en quête de placement a induit un changement profond dans les relations financières internationales. Placée dans une perspective de nature marchande, plutôt que celle d'une aide au développement
A
les Banques Commerciales Internationales ont par les conditions qui s'attachaient à leurs prêts engendrées un certain nombre de distorsions cumulatives dans les pays en développement. Au Maroi le Financement est perçu comme un facteur déterminant qui joue un rôle stratégique dans la croissance économique et sociale.
Le Financement Extérieur est dès lors devenu une donnée fondamentale des choix du Maroc en matière de développe
ment. Compte tenu de cette dépendance vis-à-vis de l'extérieur, le problème fondamental est celui de savoir quel type de déve- loppementchoisietàquelprix.
Le rôle de l'Etat qui varie en intensité suivant
les pays et les options socio-économiques aprisun caractère
spécifique au Maroc dans le secteur du Financeme'nt | toutes
les techniques.d'intervention ont été mises en oeuvre dès lors
quele Financement permet à l'Etatde réaliser la politique
économique et sociale.
ment constitue selon A. DE LAUBADAIRE ( 1 ) " une caractéristique majeure de l'administration économique d'aujourd'hui " . La prise de
conscience de son rôle s'est manifestéeet se manifeste toujours dans les pays industrialisés, avant de toucher les pays en déve
loppement dont le retard économique exige un effort d'investisse
ment d'une grande ampleur.
Jacques BRANGER constate que " dans nos Sociétés mo
dernes la prospérité ne dépend plus du seul courage, ni du seul talent, ma'is des facteurs extérieurs ; et l'argent est de ceux- là ".( 2 ) .
Dans les pays du Tiers Monde, l'Etat a un rôle fon
damental à jouer en matière de Financement des Investissements.
Cette intervention devient d'autant plus impérieuse surtout lors
que le secteur privé se montre défaillant et là où les besoins vitaux ont besoins d'être satisfaits. ( 3 ).
II - OBJET DE L'ETUDE ET DEFINITION DE QUELQUES CONCEPTS
L'objet de notre étude est d'analyser l'action de l'Etat dans le secteur du Financement des Investissements Pu
blics au Maroc, secteur où les recherches effectuées jusqu'ici relèvent de la science économique ou. de la science financière.
Aussi, nous nous proposons de pénétrer avec prudence un domaine complexe qui relève de la science économique.
Les fonctions que nous .avons exercées au sein de l'Administration Marocaine depuis une quinzaine d'années, que ce soit au Ministère des Finances, à la Caisse de Dépôt et de Gestion, à la Banque Nationale pour le Développement Economique et celles d'aujourd'hui en-tant que responsable de la coopération Economique bilatérale avec une quatrevingtaine de pays du Nord et du Sud^nous ont amené tour à tour à être un témoin attentif des grandes questions concernant le Financement Extérieur d'une
( 1 ) - Traité élémentaire de droit administratif L.G.D.J. 1966 - T.III p.481.
( 2 ) - J. BRANGER - Traité d'Economie bancaire P.U.F. 1968 - T.II p-482.
( 3 ) - A. BENAMOUR - Intermédiation financière et développement économique
du Maroc éditions maghrébines 1971 - Casablanca - p. 408.
-
4
■-manière particulière et les problèmes relatifs au développement d'une façon générale.
C'est pourquoi nous avons opté dans le cadre de cette recherche pour une analyse multidisciplinaire relevant à la fois de la politique, de l'économie,des finances. Aussi, la recherche dans ce contexte de carrefour de plusieurs discipli
nes suppose la familiarisation avec les différentes disciplines évoquées ci-dessus.
L'objectif essentiel, ici, consiste à mettre en relief certaines des principales questions qui se posent lors
qu'on veut mobiliser les flux externes de financement économi
que et social. Evaluer l'importance quantitative des différen
tes sourcesde financement, analyser les problèmes que pose la mobilisation de ressources financières toutes origines confon
dues, examiner leur affectation en fonction des politiques suivies dans le cadre des exigences de la planification et cons tater si ces ressources précieuses ont donné les- résultats es
comptés au niveau de certains secteurs particuliers et du déve
loppement économique et social en général constitueront la tra
me de notre travail.
La nécessité de les étudier découle des évènements récents telles que la récession économique mondialeet ses effet la problématique de l'endettement qui a conduit à des effets pervers.
Evaluer cette expérience et identifier les problè
mes qui exigent des solutions urgentes afin de trouver d'autres alternatives et d'atténuer le financement extérieur du dévelop
pement sont des questions qui revêtent une importance considé
rable pour le Maroc. En s'efforçant de faire le bilan de ces
questions complexes pour pouvoir mieux comprendre lesproblèmes
en cause, nous espérons pouvoir esquisser la formulation d'une
stratégie et d'une politique de financement du développement
plus appropriée.
La présente analyse porte surtout sur le Financement Extérieur des Investissements Publics. Le fait que les Investis
sements sont indispensables à l'expansion et à la diversificatio des structures économiques est une évidence historique.
L'ensemble des investissements est financé au moyen de l'épargne intérieure et.de capitaux extérieurs. L'épargne in
térieure provient du secteur Public et du secteur Privé.
L'épargne du secteur public provient de deux sources différentes : l'épargne des administrations et celles des entre
prises publiques. L'épargne privée provient des entreprises et des ménages.
Tout pays ayant une balance courante excédentaire ■ utilisera l'épargne intérieure pour réduire son endettement et pour investir.
Les politiques relatives à l'emprunt et aux investis sements ainsi que la politique économique d'un pays, suscitent une réaction des préteurs et des investisseurs étrangers et exer cent des effets sur le rythme et l'orientation du développement économique du pays.
Pour la commodité de l'analyse les éléments constitu tifs du financementsont examinés l'un après l'autre. Les politi
ques sociales et les politiques de dépenses publiques peuvent af' fecter de façon positive ou négative l'incitation à l'épargne privée. Enfin la mobilisation des ressources financières ne peut pas être traité isolément des problèmes liés au commerce international.
Ce caractère multidisciplinaire.-de notre recherche rejoint les préoccupations du secteur Public en général qui lors
qu'il intervient, ne prend pas en considération la distinction,
entre les différentes disciplines.
6
En définitive, l'analyse du phénomène du financement de l'Etat dans les domaines des Investissements Publics s'avère complexe surtout si l'on tient compte du fait que les notions d'épargne en tant que source de Financement et d'investissement ont donné cours à de larges interprétations et ont été utilisés dans des contextes si différents et de façon si variée . Les no
tions appelent par conséquent un éclairage liminaire.
- Les notions d'épargne et d'investissements.
Henri NEUMAN'( 4 ) considère que l'affectation de l'épargne aux investissements productifs, implique des politique:
des mécanismes et des instruments tendant à deux équilibres" Sur le plan quantitatif et global, la masse des investissements doit être couverte par celle de l'épargne interne, complétée s'il
échet, par des apports extérieurs dans la mesure où leurs charge:
sont supportables. Sur le plan qualitatif et ponctuel, les actes d'investissement doivent être fiancés par une épargne répondant en forme, en durée et en nature, à leurs particularités. Une tell maîtrise du Financement des Investissements est indispensable".
Parconséquent, si l'on investit à long terme avec du crédit cour on engendre des pressions inflationnistes. Si l'on finance des innovations au moyen de capitaux grevés de charges fixes et de remboursements prématurés, on produit des déséquilibres. Si l'on s'endette au delà de notre capacité d'honorer nos engagements, c'est compromettre notre indépendance et hypothéquer notre avenir A - La .notion de l'Epargne
Henri NEUMAN, considère l'Epargne comme "une variable autonome, mesurable en termes monétaires par la:différence entre les revenus/.et la consommation".
L'Investissement peut être financé par des ressources internes et par des ressources externes. Il peut être financé par une combinaison des deux moyens.
( 4 ) - Henri NEUMAN : "Traité d'Economie Financière" P.U.F 1980,
Les ressources internes proviennent de l'Epargne publique (Administrations et Entreprises Publiques) et privée (ménages et entreprises privées), des prélèvements fiscaux et éventuel
lement des produits non consommés des richesses nationales.
Si l'on considère que tout ce qui n'est pas consommé est épargne, l'épargne nationale servira à financer l'Investis
sement.
Au cas où elle s'avère insuffisante pour répondre aux besoins de la croissance, le pays fait appel aux ressources externes. Celles-ci sont constituées de crédits octroyés par les institutions financières internationales spécialisées et des capitaux publics ou privés étrangers.
La problématique du financement des investissements nécessaires au maintien de la croissance à incité plusieurs économistes à considérer l'épargne non plus comme un flux ré
siduel, mais plutôt comme une variable autonome.
Ce fut l'approche notamment de 5. KUZNETS, R.W GODSMITH R. BOULDING, MODIGLlANI, MIL TON FRIEDMAN et J. DUESENBERRY (5 )
Pour DUES ;ENBERRY, R. GOLDSMITH et S. KUZNETS ( 6 ).
Ce sont, l'attrait des produits et services nouveaux, la publi
cité et les techniques de commercialisation, les possibilités d'achat à tempérament de biens de consommation ou de services, qui consituent des facteurs de nature à réduare 1'épargne.indi
viduelle .. Le genre de vie des citoyens les mieux pourvus attire les autres et les incite à consommer au détriment de leui propension à l'épargne. Cette forme d'imitation accentue les écarts sociaux et comfirme l'épargne locale, nécessaire au fi
nancement d'investissements de nature à les réduire.
(5 ) - J. DUESENBERRY :In corne, saving and the ory of consommer behavior, Cambridge, 1949.
( 6 ) - Godsmith : A study of Saving in the United States
Princeton University Pressa 1953.
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Milton FRIEDMAN ( 7 ) considère quant à lui que c'est l'incertitude du lendemain qui est à la base de la motivation de la formation de l'épargne surtout en période de criseet d'insécurité d'emploi.
Pour Adam SMITH "l'industrie ne peut croître que dans la mesure où le capital augmente et le capital ne peut augmente que dans la mesure où l'épargne s'accroît".
J.M. KEYNES ( 8 ) estime que l'épargne dépend fon
damentalement de la propension à consommer des individus, décou lant du niveau de leurs revenus. Plus ceux-ci sont élevés, plus l'épargne le sera. L'intérêt correspond à une prime payée par, les entrepreneurs pour que les propriétaires des disponibilités financières les leur cèdent.Dans la théorie classique, c'est l'influence des taux d'intérêt qui incite à l'épargne.
Dans cette conception, l'équilibre entre l'épargne et l'investissement se forme par le jeu de l'offre et de la de
mande de capitaux, régularisé par les fluctuations des taux.
Cependant, au dire de Henri NEUMAN, cette théorie n'est plus guère utilisable, car en période de turbulences monétaires, les taux d'intérêt ne déterminent et n'orientent que très partielle
ment l'offre et la demande de capitaux d'investissement.
Les comportements d'épargne des ménages diffèrent en fonction de nombreuses variables telles que le niveau de formation et de culture, la profession, l'âge, l'habitat ru
ral ou urbain, la condition sociale et le mode de vie. ( 9 ).
( 7 ) - A. The ory of the consomption fonction. Princeton 1957.
( 8 ) - La théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie - Paris - Payot, 1977.
( 9 ) - Parmi les formes les plus visuelles de placement de l'épargne des ménages on peut citer :
La thésaurisation ou ( E.d'attente ) , l'achat de tableaux
bijoux. (E. refuge), l'immobilier (E.Domestique ) , les
carnets d'épargne et de dépôts (E. Quasi-monétaire),
l'achat d'obligation (E. créance), l'assurance vie
(E. Contractuelle).
Pour les entreprises, l'épargne net constitue un profit non distribué toutes charges d'exploitation, d'amortis
sements et de provisions déduites. Cette épargne est fonction tant de la rentabilité de l'entreprise que de sa politique de répartition de ses résultats. Ceci est vrai pour l'entreprise privée. En ce qui concerne celles du secteur public, leur, ca
pacité d'épargne interne est souvent comprimée par les directi
ves de leurs organes de tutelle (10 ). ■
Dans les pays en voie de développement, compte teni des charges qui incombent à l'Etat, (équipements collectifs à finalités diverses, transferts et subvention etc), parmi les voies susceptibles de restaurer sa capacité d'épargne les insti tutions financières internationales préconisent souvent de com
primer ses dépenses, d'augmenter ses recettes par l'élargisse
ment de l'assiette fiscale et par tout un ensemble de mesures que nous analyserons dans notre Ilème partie (chapitre Ul).
Il est un faitcertain que le surplus économique existe bel et bien dans les P.V.D. Mais celui-ci est mal exploi té, gaspillé dans des emplois improductifs ou tout simplement exporté. Le Maroc, notamment, dispose d'un énorme surproduit potentiel pouvant être mobilisé et canalisé vers les occasions d'investissements productifs, nous verrons comment ce surproduit est dépensé. Aussi, rejetons nous la "théorie des cercles vi
cieux de la misère" qui considère que le sous-développement proviendrait de l'insuffisance du faible niveau du revenu et que la pauvreté des P.V.D. engendre le sous-développement, le
quel à son tour engendre la.pauvreté et ainsi de suite.Autrement dit, que le faible revenu des pays sous-développés entraine une faibleépargne, donc peu d'investissements et par conséquent un faible revenu. Cependant, force est de constater que rares sont les pays en développement qui ont pu mobiliser le ^sur
produit national pour l 'exploiter de façon rationnelle. Ainsi
(10 ) - Nous examinerons dans notre travail cette question
relative au secteur des Entreprises Publiques dans
notre Ilème partie. Chapitre U et VI.
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