NOTE
COMPOSITION CHIMIQUE
ET VALEUR ALIMENTAIRE D’UNE MAUVE
(MALVA VERTICILLATA L.) (PREMIERS RÉSULTATS)
J.
BONNEMAIRE, M. ROUXJ.
H. TEISSIER Catherine CORDELET L. GRENETLaboratoire de Recherches de la Clcaire de Zooteclanie, Centre de Recherches de
Dijon,
I. N. R. A., .,1!-cole
nationalesupérieure
des Sciencesagronomiques appliquées,
21016
Dijon
CedoxRÉSUMÉ
L’évolution de la
digestibilité
et de laquantité ingérée
de laplante
entière de mauve(Malva
verticillata
L.)
a été mesurée sur des moutons au cours des 1er et zecycles
devégétation.
Au cours du lcr
cycle ( 5 semaines),
la teneur en matière sèche aaugmenté
de 20v 28 p. ioo ; la teneur en cellulose brute aaugmenté
de i9à 28 p. 100tandis que le taux de matières minérales et le taux de matières azotées ont diminuérespectivement
de 14 à 10p. ioo et de 20a 13 p. 100, environ. Ladigestibilité
de la matièreorganique
a diminué de 72 à 66 p. ioo environ. Les quan- titésingérées
se sont situées à un niveau élevé : 103,2 à 9!,! g de3ISjkg
P0,75.Les repousses
âgées de 7 semaines
contenaient environ r3 p. ioo de matière sèche, 18 v 24 p. ioo de cellulose brute, y à zq p. 100de matières minérales, 19 à 24 p. 100de matières azotées ; ladigestibilité
de la matièreorganique
et lesquantités ingérées
sont restéescomprises respecti-
vement entre 75 et 80 p. 100 et 88 et 96 g de
!IS/kg
PO,15.La
production
maximum de matière sèche récoltée à l’hectare a été pour les deux coupes d’environ 7,5 tonnes.INTRODUCTION
La
plante
de mauve est utilisée commefourrage
dans un certain nombre derégions
d’Asieet
d’Europe
de l’Est, enparticulier
dans des zones de conditionsécologiques
difficiles. Ainsi avons- nous observé dans une vallée del’Himalaya
Central( 3
700md’altitude) qu’elle
atteint un déve-l
J
ppement végétatif important
etqu’elle
yjoue,
une fois séchée, un rôle essentiel dans l’alimen-tation
hivernale des bovins et des
yaks (l3oa:!xtvtnmL
et 1’mssiLn,1973 ).
Ils’agit
dans ce cas del’espèce
)B
1alva
verticillata connuedepuis longtemps
en Chine et étudiée d’unpoint
de vue bota-nique
par DANERT(r 9 6j, 19 66).
De nombreux travaux ont été réalisés en U. n.s.s. sur différentes
espèces fourragères
demauve, et en
particulier :
l11alvameluca,
Ma7facrispa
et 7Malva vt,rticillata. SOKOLOVet Ynximov( 19 6 7
) soulignent
leur intérêt commeplante
à ensiler en raison de leur résistance au froid, de leurprécocité
et des bons rendements enfourrage
vert ; Malva meluca seraitplus productive
que Malva verticillata et Malvacrispa, quoique
d’undéveloppement
moinsrapide.
Ces études russes ont étéconduites dans différentes
régions
de ce pays, essentiellement dans lapartie septentrionale,
-depuis
la Lithuaniejusqu’à
la Sibérie Orientale(province
deYakut)
--, où les conditions natu- relles limitent de manièreimportante
lespotentialités
de nombreusesplantes fourragères.
Les es-sais relatés font état de résultats de
production
très divers(de
20 à8 7
t defourrage vert/ha) ;
ils fournissent des indications sur les conditions de
production,
lacomposition chimique
et lavaleur alimentaire de ces
plantes
dans divers cas d’utilisation : vert ouensilage,
mauve seule oumauve en
mélange
avec d’autresplantes (en particulier
en semis alterné avec dumaïs). Ainsi,
en 1970, s’est tenu à
Leningrad
unsymposium
sur de nouvellesplantes
à ensiler(S OK OLOV, 1 9 70 )
où la mauve
apparaît
dans 22communications sur 162 ; il en ressort notamment que cetteplante
assez pauvre en
glucides
solubles est souvent ensilée avec addition d’un conservateur ou <lemélasse,
ou bien enmélange
avec du maïs ou une autreplante.
Une étude de Malvacrispa
con-servée sous forme
d’ensilage
aégalement
étéentreprise
enBelgique (C OTTYN
etal., 1970 ).
Les données de la
bibliographie
viennent donc appuyer les observations que nous avions pu faire en altitude sur lacapacité
deproduction
de cetteplante
et son rôle dans l’alimentation animale. Onpeut
alorss’interroger
sur l’intérêt éventuel, - fut-il trèsmarginal
-, que de tellesplantes pourraient
être amenées àprésenter
dans certains secteurs défavorisés. C’estpourquoi,
dans le cadre des études conduites au Laboratoire de la Chaire de Zootechnie de l’E. N. S. S. A. A.
sur la valeur alimentaire des
fourrages,
nous avonsentrepris
en i9!! une étude sur Malva verti- cillata. Ce travail a été réalisé àpartir
d’un échantillon degraines
collectées auNépal
en 1972,et
multipliées
au domaineexpérimental
deDijon-Epoisses
par PICARD en 1973. Cettepremière
année
d’expérimentation
nous apermis d’enregistrer
des indications sur le rendement de cettemauve et d’étudier l’évolution de sa
composition chimique
etmorphologique,
de sa valeur nutri- tive et de soningestibilité
par des moutons maintenus en cage à métabolisme.MATÉRIEL ET MÉTHODES
La
digestibilité
et laquantité ingérée
de laplante
entière de mauve ont été mesurées sur des moutonspendant
5 semainesconsécutives,
du 28juillet
au 29 août, pour le lercycle
etpendant
4
semaines
consécutives,
du 15septembre
au 11 octobre, pour le 2ecycle.
La mauve a été semée le 9 mai 1974 dans une
parcelle
du domaine de la Station d’Amélio- ration des Plantesd’Epoisses
en Côte-d’Or. Afin d’améliorer le taux degermination,
- trèsfaible naturellement
(observations
de PICARD( 1973 ),
confirmées par divers auteurs et notamment SoKoL
ov
etYAKIMOV, 19 6 7 )
-, nous avons,avant le scmis, immergé
lesgraines pendant
io minutesdans l’azote
liquide.
Le semis a été effectué enligne
avec un écartement de 50 centimètres entre leslignes
et une densité d’environ 70plantes
au mètre carré. La levée a eu lieu le 18 mai 1974. Deuxbinages
ont été nécessaires dans le courant du mois dejuin.
La fertilisation reçue a été de i2o unités de P et K à l’hectare en fumure d’hiver et de 80unités d’azote à l’hectare le2
juillet.
D’autrepart
laparcelle
futirriguée respectivement
les ler et 29août par 60 et 50mm d’eau.La mauve était fauchée 3 fois par
semaine,
leslundi,
mercredi et vendredi ; laquantité
ré-coltée était
pesée
et la surface fauchée mesuréechaque
fois. La récolte du lundi servait à alimenter les moutons les mardi etmercredi,
celle du mercredi à les alimenter lesjeudi
etvendredi,
et celle du vendredi à les alimenter du samedi au lundi. Dès la récolte la mauve était hachée dans unhache-paille
en brins de 2à 3 cm delongueur
et stockée en chambre froide(!- 4 °C) jusqu’à
ladistribution aux animaux. Celle-ci a été distribuée à volonté
( 5
il Io pour ioo derefus) chaque jour
en 2repas( 9
h et 17 h à un lot de4 moutons
en cage à métabolisme. Ladigestibilité
et laquantité ingérée
ont été mesurées en continu ;chaque période
de mesure allant du dimanche ausamedi. La
composition morphologique
de laplante
a été déterminéependant semaines
consécu-tives pour le 1er
cycle
et 3 fois au cours du 2ecycle (à
ISjours d’intervalle).
A cet effet, un échan- tillon de 20plantes
a étéprélevé ;
pourchaque plante,
nous avons,après
avoir mesuré sa hauteur,séparé
les feuilles destiges.
Ces deux fractions ont été séchées à l’étuvepuis pesées
et leurpoids
ont été
exprimés
en p. 100 dupoids
de la matière sèche de laplante.
Les échantillons
représentatifs
de la mauvedistribuée,
de la mauve refusée et des fècescorrespondant
àchaque période
ont étéanalysés
pour déterminer leurs teneurs en cendres, ma- tières azotées et en cellulose brute de Weende.RÉSULTATS ET DISCUSSION
- -
Covreposition chimique
etmorphologique
La
participation
relative des divers organes à la matière sèche de laplante
a évoluéréguliè-
rement au cours du
premier cycle.
Lapart
destiges
aaugmenté
de 55 à 80 p. Ioo au détriment de celle des feuillesqui
estpassée
de qs à 20p. 100. En fin decycle,
lesgraines
n’ontreprésenté
que
5
il6 p.
ioo de la matière sèche. Au deuxièmecycle,
lapart
destiges
a peu évolué et est restéecomprise
entre 62 et 71 p. ioo, mais il est vrai que les repousses étudiées avaient toutes le mêmeâge ( 4 8
ou 49jours) ;
en effet, les faiblessuperficies disponibles
n’ont paspermis
de suivre l’évo- lution du deuxièmecycle
en fonction del’âge
des repousses.La teneur en matière sèche de la
plante
aaugmenté
de 20à z ! p. ioo aupremier cycle (tabl. I ).
L’augmentation
est assez faiblecompte
tenu de laproportion
trèsimportante
detiges
à la findes mesures.
Cependant,
ces teneurs sont nettementplus
élevées que celles observées par d’autresauteurs,
notamment LAGUTA( 19 6 3 )
et CoTTY:v et al.( I9 qo).
Au deuxièmecycle,
elle a été de 13_i p. 100 environ, cequi
est une valeurplus proche
des données de labibliographie.
La teneur encendres de la
plante
de mauve est élevée ; elle a diminué de 14 à 10-11p. 100 au cours descinq
semaines d’étude du
premier cycle ;
pour les repousses du deuxièmecycle,
elle est restéecomprise
entre I7et 24 p. 100. Le fait que, par suite du
temps
trèspluvieux,
lefourrage
ait étéquelque
peu souillé par de la terreexplique probablement
enpartie
des teneurs en cendres aussi élevées audeuxième
cycle.
Demême,
la teneur en matières azotées est relativement élevée : elle a diminuéau
premier cycle
avec le stade dematurité,
de I9à 13
p. ioo, et s’est située au deuxièmecycle
entre 19 et 24 p. ioo.
Quant
à la teneur en cellulose brute, ellea augmenté
aupremier cycle
de19à 28 p. 100, et au deuxième
cycle
elle a varié dans l’intervalleI8-z!
p. ioo. Ces résultats sont assez semblables à ceux que l’on trouve dans labibliographie
pour les différentes variétés demauve
(L AGUTA , 19 6 3 ;
KRUGLOV,19 65 ;
!GOROVA etC Lt., 196 5 ; S UKHO V,
I966 ; SOKOLOV etY AKIMOV
, Ic!6’J ;
COTTYN et CLL.,I9!0).
2
. -
Digestibilité
Pendant les trois
premières
semaines de mesure dupremier cycle,
ladigestibilité
de la matièreorganique
est restéepratiquement
constante(de
l’ordre de 71-72 p.ioo) ;
elle a ensuite diminuérapidement
de 5points
pour se stabiliser en 4e et Se semaine aux alentours de66p.
100(tabl. I ).
L’évolution de la
digestibilité
de laplante
avecl’âge
semble donc assez différente de celle observéeavec la
plupart
de nosplantes fourragères.
Ladigestibilité
de la cellulose brute aaugmenté régu-
lièrement
jusqu’à
la 3esemaine(passant
de4 8
à 57 p.I oo) puis
a brutalement diminué de 24points.
Cette diminution n’a pas été
accompagnée
d’uneaugmentation
de la teneur en cellulose brute de laplante,
comme on l’observegénéralement.
C’estprobablement
la très fortelignification
destiges,
que l’on a pu observer àpartir
du 20aoûtqui peut expliquer
cette chute de ladigestibilité.
La
digestibilité
des matières azotées a varié à peuprès
dans le même sens que la teneur en matières azotées de laplante.
Au deuxième
cycle,
ladigestibilité
de la matièreorganique
a été en moyenneplus
élevéeque pour le
premier cycle (variations
de74 ,8
à79 ,8
p.ioo) ;
ladigestibilité
de la cellulose brutea eu une évolution relativement
indépendante
de la teneur en cellulose brute desplantes ;
ladigestibilité
des matières azotées a variéparallèlement
à la teneur en matières azotées de laplante.
3. -
Quantité ingérée
Au cours du
premier cycle,
laquantité
de matière sècheingérée
par les moutons a été très élevée et relativement constantependant
lescinq
semaines de mesure aveccependant
unelégère
diminution de la 2e, à la 5e semaine
( 103 , 2
à 95,7g/kg PO , 75) ,
Le niveau
d’ingestion
des repousses du deuxièmecycle
a été en moyennelégèrement plus faible,
variant de8 7 , 7
à 95,5g/kg
PO,15pendant
lesquatre
semaines de mesure.4
. - Production à L’hectare
La
quantité
de matière sèche récoltée à l’hectare au cours dupremier cycle
aaugmenté pendant
lapériode
de mesure, mais est restée assezfaible ;
le maximum a été atteint en 5esemaine et s’est situé à4 ,8
t de matière sèche.Quant
auxquantités
d’unitésfourragères
et de matières azotéesdigestibles
récoltées à l’hectare elles ont atteint leur maximumrespectivement
durant la3
° et la qe semaine
(z 99 o
UF et 49okg
deMAD).
Compte
tenu del’âge
relativement constant des repousses, laquantité
de matière sèche récoltée à l’hectare a peu variépendant
lesquatre
semaines de mesure(en
moyenne 2,7t).
Lesquantités correspondantes
d’unitésfourragères
et de matières azotéesdigestibles
récoltées à l’hec- tare ont été en moyennerespectivement
de 200o UF et de4 8o kg
de MAD.Globalement,
laproduction
maximum de matière sèche récoltée à l’hectare a été pour les deux coupes d’environ 7,3tonnes. Ce rendement est un peusupérieur
à celuienregistré
enBelgique (également
sur deuxcoupes)
par COTTYXet al.( 1970 )
sur malvacrispa ( 5 , 9
t deMS/ha). Toutefois,
ces auteurs
précisent qu’il s’agit
là, pour des raisonsparticulières,
de rendementsfaibles,
et ilsindiquent qu’ils pratiquent
engénéral
trois coupes(ils
annoncent dans ces conditions des rendements voisins de 10t deMS/ha). Quant
aux auteurs russes, ils obtiennent des rendements variant de 20à8 7
tonne! de matière verte à l’hectare avec différentes variétés de mauve semées dans des solsayant
reçu des dosesd’engrais
variables etexploitées différemment,
dans desrégions
aux climats très contrastés(KaucLOV, i 9 6 5 ;
lEnvuDEV,r 9 65 ;
VmzLnNtovn, i966 ;MARCIIYULF!NIS, 19 68). Vraisemblablement,
dans notreessai,
le semis a ététrop
tardif et la densitéinsuffisante pour
permettre
un rendement maximum. Il estprobable
que des améliorations surces
points
rendraientpossible
trois coupes etprovoqueraient
desaugmentations
notables des rendements.CONCLUSION
Cette
première
année d’étude sur laplante
verte de mauve(Malva
vevticillataL.)
apermis
de montrer que sa
digestibilité
estcomparable
à celle de nombreusesplantes fourragères ;
soningestibilité
par des moutons s’estrévélée,
enrevanche,
très élevée. C’est uneplante
riche enmatières minérales et
possédant
une bonne teneur en matières azotées. Mais les rendements que nous avonsenregistrés
demeurent encore assez faibles. Parailleurs,
la chute desgraines
aufur et à mesure de leur maturation en rend la récolte difficile.
Cependant
l’ensemble de ces obser- vations demanderait à être confirmé dans d’autresexpérimentations.
Deplus,
il conviendraitd’envisager
l’utilisation de cetteplante
sous formed’ensilage.
Enfin, il serait intéressant de l’étudier dans des milieuxécologiques
différents et enparticulier
dans des zones d’altitude.Reçu pour publication
en avril 1975.SUMMARY
CHEMICAL COMPOSITION AND FEEDING VALUE OF MALLOW
!MALVA
VERTICILLATAI.! (FIRST RESULTS)
Variation in
digestibility
and total intake of whole mallowplants (Malva
verticillataL.) during
the 1st and 2ndgrowth cycles
were measured onsheep.
During
the istcycle ( 5 weeks)
thedry
matter content increased from 20to 28 p. ioo, that of crude fibre from r9 to z8 p. ioo, whereas the levels of minerals and crudeprotein
decreased from about 14to io p. ioo and from 20to r3 p. ioo,respectively. Digestibility
oforganic
matter decrea- sed from about 72 to 66 p. 100. The feed intake washigh :
103.2to 95.! gDM/kg
P°.?5.7
-weeks-old regrowths
contained about 13 p. 100dry
matter,i8
to 24 p. 100crudefibre,
17 to 24 p. ioominerals,
19 to 24 p. ioo crudeprotein ; digestibility
oforganic
matter and the intake levelsranged
between 75 and 80 p. 100, 88 andg6
gDM/kg
pO.75,respectively.
Maximum amount of
dry
matter harvested per hectareranged
about 7.5 tons for the twocuttings.
REMERCIEMENTS
Nous tenons à remercier tout
particulièrement
17.J.
PICARD, directeur de la Station I. N. R. A. d’Amélioration des Plantes deDijon qui
a bien voulu assurer lamultiplication&dquo;et
lamise en culture de cette
plante ;
son aide et sessuggestions
nous ont été trèsprécieuses.
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