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Cyber : prise de conscience du risque et perspectives (2030)

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Academic year: 2022

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Cyber : prise de conscience du risque et perspectives (2030)

Enjeu de souveraineté nationale, la sécurité numérique parvient à s’imposer parmi les administrations, entreprises et particuliers. Toutefois, l’évolution des cyber attaques et le renforcement induit du contrôle de l’Etat risquent d’atteindre systématiquement les libertés individuelles à l’horizon 2030.

Le 7 juin 2017 à Paris, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a présenté son rapport d’activités 2016. De son côté, le Secrétariat pour la défense et la sécurité nationale (SGDSN), auquel elle est rattachée, a publié une étude sur les menaces intitulée « Chocs futurs », dont celles du domaine numérique en 2030.

Autonomie européenne. L’engagement de la France en faveur de l’autonomie stratégique européenne, en matière de sécurité numérique, repose sur trois piliers. Le premier porte sur le développement des capacités au sein de l’Union européenne (UE) elle-même et de chacun des Etats membres. Le deuxième consiste à maîtriser les « briques technologiques » et les outils industriels

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essentiels. Le troisième vise à préserver la capacité de régulation de l’UE et des Etats membres pour la protection adéquate des données et celle d’évaluation des produits. Après trois ans de négociations, la directive française « NIS » (Network and Information Security) sur la sécurité des systèmes d’information, élaborée par l’ANSSI et approuvée par le Parlement européen et le Conseil de l’Union européenne, va devenir la norme en 2018. La NIS s’articule autour de quatre axes. D’abord, les capacités nationales seront renforcées par le positionnement de la cyber sécurité comme enjeu stratégique majeur pour le marché européen du numérique. Ensuite, la cyber résilience sera améliorée par l’établissement d’un cadre de coopération volontaire entre Etats membres, via un groupe de coopération et le réseau européen des équipes d’intervention rapide CIRT (Computer Incident Response Team). De plus, chaque Etat devra renforcer la cyber sécurité de ses opérateurs de services essentiels. Enfin, la sécurité sera encadrée et régulée par l’instauration de règles communes à l’intention des prestataires de services numériques.

Stratégie 2020. La stratégie « ANSSI 2020 », présentée en mai 2016, établit un référentiel d’orientations et de projets destiné à tous les agents et administrations partenaires. Elle sera actualisée chaque année, en raison du mouvement permanent de l’espace numérique. L’anticipation des évolutions des technologies et usages doit favoriser l’action en amont et concentrer les ressources sur les meilleurs leviers. Le renforcement de l’autorité nationale de l’ANSSI accroîtra son domaine d’action. La connaissance fine et actualisée des publics lui permettra d’adapter son action et d’améliorer la résilience de la société française. La réactivité de l’ANSSI sera accrue face à une crise informatique majeure. Le rayonnement international de la vision française de la cyber sécurité et de la défense soutiendra la politique étrangère de la France et le développement des entreprises françaises spécialisées dans le cyber. En mai 2017, 43 actions ont déjà été définies et sont menées.

Evolution de la menace mondiale. En 2017, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Russie développent des capacités offensives, car leurs services de renseignement coordonnent ou assurent la sécurité et les opérations de défense et d’attaques informatiques. De leur côté, l’Allemagne, la France, la Chine et Israël séparent les capacités offensives et défensives. La protection, privilégiée, passe par l’augmentation du niveau de sécurité des systèmes d’information étatiques et des infrastructures critiques du pays, sans pour autant exclure le

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recours à des actions offensives de prévention ou de rétorsion. De son côté, l’UE a créé l’Agence européenne de sécurité des réseaux et a adopté la directive NIS. En juin 2016, l’OTAN a déclaré le cyberespace « espace de combat », au même titre que la terre, l’air et la mer. Fin 2016, l’Université américaine de Berkeley a rendu public un travail d’experts sur les perspectives de la menace cyber à l’horizon 2020, lesquelles semblent plausibles jusqu’en 2030, selon le SGDSN. Un premier scénario, dénommé « Omega », se base sur les technologies prédictives, qui ciblent très précisément les goûts, habitudes et désirs des gens. Ceux qui refusent de transmettre leurs données peuvent passer pour criminels. Les données obtenues permettent déjà de comprendre leurs envies et craintes et de sécuriser une ville par la surveillance des individus à risques. Les Etats autoritaires connaissent peu d’insécurité, alors que ceux qui cherchent à encadrer ces technologies, comme les démocraties européennes, présentent des taux d’insécurité élevés. L’instabilité plus ou moins exacerbée et les mouvements de citoyens opposés au « tout numérique » conduiraient les démocraties à mettre en place une forme de régulation et de contrôle. Le deuxième scénario, dit « Bubble 2.0 », envisage une crise économique résultant d’une faible création de valeur réelle et de l’augmentation du coût du travail, due à la présence du numérique dans tous les aspects économiques, financiers et commerciaux de la société. Le centre du monde numérique se déplacerait alors des Etats-Unis vers Singapour, la Chine et la Corée du Sud. Dans le troisième scénario, « l’Internet des objets » s’implanterait dans les grandes villes du monde pour répondre aux besoins en termes de trafic routier, santé, dépenses publiques et écologie. La violence urbaine diminuerait par suite de l’adaptation des objets connectés aux missions de défense et de sécurité. Les écarts se creuseraient alors entre les villes et les campagnes et entre les villes elles-mêmes, selon leurs capacités d’investissement.

Ces écarts se manifesteraient aussi dans l’éducation, la valeur du travail, la santé des populations et le coût des assurances pour les gens qui ne fournissent pas un flux constant de données. Tout cela renforcerait les inégalités sociales et les pouvoirs des régimes autoritaires.

Loïc Salmon

Prospective 2030 : tendances lourdes consolidées et ruptures technologiques prévisibles

Défense et sécurité : anticiper puis gérer les crises

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Selon l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, fin 2015- début 2016, des attaques ont ciblé les entités clientes de la messagerie interbancaires de SWIFT. En juin 2016 : découverte d’une plateforme de vente cyber criminelle ; « Opération Ghoul » d’espionnage informatique dans les secteurs de l’industrie et de l’ingénierie au Moyen-Orient ; attaques informatiques perturbant la diffusion en ligne d’une conférence américaine sur les massacres de la place Tien An Men (Pékin, avril-juin 1989). Septembre et décembre 2016 : exfiltration d’un milliard de données clients de l’opérateur américain Yahoo ; Novembre 2016 : sabotage informatique d’entreprises et organisations étatiques saoudiennes. Au cours de 2016 : apparition du « rançongiciel » Locky capable de chiffrer des fichiers accessibles via des partages réseau ; attaques de cibles gouvernementales et institutionnelles françaises et belges par le groupe Downsec Belgium, issu de la mouvance « hacktiviste » Anonymous ; propagande de l’Etat islamique (Daech) sur les réseaux sociaux, par défiguration de sites internet et divulgation de documents prétendument exfiltrés de systèmes d’information de gouvernements occidentaux.

Asie du Sud-Est : zone sous

tension et appropriation

territoriale de la mer

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Ressources halieutiques et énergétiques convoitées, revendications territoriales d’îlots, récurrence de la piraterie et prolifération des sous-marins affectent la sécurité de l’Asie du Sud-Est. Tous les pays de la région renforcent leurs budgets de défense en conséquence.

Tel a été le thème traité au cours d’une conférence-débat organisée, le 19 avril 2017 à Paris, par le Centre d’études stratégiques de la marine. Y sont intervenus : la capitaine de frégate Marianne Péron-Doise, Institut de recherche stratégique de l’école militaire ; le capitaine de frégate Damien Lopez, ancien commandant (2016) de la frégate de surveillance Vendémiaire, basée en Nouvelle-Calédonie.

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Géostratégie maritime chinoise. Pour l’Asie du Sud-Est, la mer constitue un marquage identitaire en raison des flux commerciaux internationaux, explique la capitaine de frégate Péron-Doise. Chaque année, 70.000 navires franchissent le détroit de Malacca, lieu de passage entre l’Europe, le Moyen-Orient et les grands pays économiques de l’Asie du Nord-Est (Chine, Japon et Corée du Sud). La mer de Chine méridionale s’étend sur 3 Mkm2 avec de nombreux îlots et atolls ne se découvrant qu’à marée basse. Le plateau continental ne présente aucune continuité avec les archipels, dont plusieurs pays riverains revendiquent la souveraineté (encadré). La Chine pratique une stratégie du fait accompli. Au delà du potentiel halieutique et énergétique de la mer de Chine méridionale, elle cherche à assurer la sécurité de ses approvisionnements en pétrole et gaz via l’océan Indien. Les Paracels sont situées à environ 170 milles marins (315 km) de la côte vietnamienne et de l’île chinoise de Hainan, qui abrite la base des sous- marins nucléaires lanceurs d’engins. Leur revendication par la Chine lui permet de protéger ainsi sa dissuasion nucléaire, dont la capacité se trouve déjà amoindrie par l’installation du système de missiles antibalistiques américain THAAD en Corée du Sud. La poursuite de cet objectif a été amorcée dès 2009. La Chine avait alors invoqué des raisons historiques pour justifier sa souveraineté sur 2.000 km2 de mer de Chine méridionale puis, en 2012, sur la totalité en y incluant les archipels des Paracels et des Spratleys. Déjà en 1988, un atoll des Spratleys avait été le théâtre d’un grave incident entre les Marines vietnamienne et chinoise. Par ailleurs, au nom de la Convention de l’ONU sur le droit de la mer, la Marine chinoise harcèle régulièrement les bateaux de pêche vietnamiens et philippins. Saisi en 2009 par les Philippines, La Cour permanente d’arbitrage de La Haye a conclu en 2016 que la légitimité historique de la Chine sur les Spratleys ne repose sur aucun élément et que celle-ci ne peut donc prétendre à une zone économique exclusive du fait de l’occupation de ces îlots. Depuis, la Chine a développé une flotte de garde-côtes, qui inspectent tous les navires pénétrant dans les eaux contestées. La nouvelle milice maritime de Tanmen (Hainan), embarquée sur des unités à coque rigide, coupe les filets des bateaux de pêche ou en saisissent les cargaisons. Ce dispositif coercitif ne concèderait que des droits de pêche épisodiques aux Philippins. En février 2017, la Chine a révisé sa loi sur le trafic maritime afin d’empêcher l’accès de navires au motif d’éventuels troubles à la sécurité. Ainsi, un sous-marin doit naviguer en surface en arborant son pavillon. Tout navire, militaire ou civil, doit demander l’autorisation de transit. La protection des systèmes de missiles surface/air, installés dans les îles artificielles des Spratleys, a été renforcée.

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Situation géopolitique. Selon la capitaine de frégate Péron-Doise, la Chine exerce une forte dépendance économique des pays de l’ASEAN, dont elle mésestime les droits. Le Viêt Nam entretient des partenariats avec l’ensemble des autres pays, mais évite d’être trop marqué avec l’un pour ne pas indisposer la Chine. Il autorise les escales de bâtiments militaires français, japonais et australiens au port de Cam Ranh pour manifester l’indépendance de sa diplomatie navale de contrepoids face à la Chine. De leur côté, le Japon et l’Australie s’inquiètent de la stratégie chinoise d’appropriation maritime, qui pourrait limiter l’accès au détroit de Malacca. Leurs Marines participent à des exercices avec la VIIème flotte américaine. Les Etats-Unis ont opté pour une « dialectique du pivot » de l’Europe vers l’Asie, pour se montrer de façon plus visible. En fait, ils assument depuis longtemps une présence militaire au Japon, en Corée du Sud et surtout à Guam (archipel des Mariannes). De son côté, la France a conclu des partenariats avec Singapour et la Malaisie.

La France dans le Pacifique. En tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, la France exerce une responsabilité globale sur toutes les mers, rappelle le capitaine de frégate Lopez. La Marine nationale a pour mission d’affirmer le principe de liberté de navigation, menacée notamment en mer de Chine par la poldérisation de certains atolls et îlots. Sa stratégie repose sur la présence, la coopération, l’observation et le rayonnement pour maintenir sa liberté d’action. La diplomatie navale correspond à un comportement clair : ne pas prendre parti dans les différends ; promouvoir un ordre international fondé sur le droit ; résoudre les conflits par le dialogue. La présence se manifeste par la participation à toutes les instances régionales : Réunion annuelle des chefs d’Etat- major des armées des pays du Pacifique ; Symposium naval du Pacifique occidental ; Forum des garde-côtes du Pacifique Nord ; Association de l’océan Indien ; Rencontre des ministres de la Défense de pays du Pacifique Sud ; Groupe de coordination de défense quadrilatéral (Australie, Nouvelle-Zélande, Etats-Unis et France). Il a fallu 11 ans pour se mettre d’accord sur le code (40 signes) sur les rencontres inopinées à la mer, en vue d’éviter les risques de méprise sur le comportement. Chaque année, des bâtiments français, venus de métropole, de Tahiti ou de Nouméa, se rendent en mer de Chine en adoptant une posture ferme mais sans action d’éclat, source de tension. La coopération porte sur des exercices communs avec les Marines étrangères pour mieux se comprendre : tirs ; ravitaillements à la mer ; partages d’expérience pour aider certains pays à développer leur défense maritime.

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Loïc Salmon

L’appropriation des mers Marine et Diplomatie

Asie-Pacifique : la France partenaire de sécurité

L’archipel des Spratleys, qui compte 14 îles naturelles et 150 récifs s’étendant sur 439.820 km2, fait l’objet de revendications de la part de la Chine, de Taïwan, du Viêt Nam, de la Malaisie, des Philippines et de Brunei. Depuis 2013, la Chine construit aéroports, héliports, ports et immeubles sur 7 îles artificielles adossées à 9 récifs totalisant 13,5 km2. L’archipel des Paracels (130 îlots coralliens, 25.000 km2), revendiqué par le Viêt Nam et la Chine, est occupé par celle-ci depuis 1974 et abritait environ 1.000 habitants en 2014. L’ASEAN (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) regroupe 10 pays : Brunei ; Birmanie ; Cambodge ; Indonésie ; Laos ; Malaisie ; Philippines ; Singapour ; Thaïlande ; Viêt Nam. La France dispose d’une zone économique exclusive de 11 Mkm2, dont 62 % dans le Pacifique. Elle en est riveraine par la Nouvelle-Calédonie, les îles Wallis et Futuna, la Polynésie française et l’île de Clipperton.

La puissance au XXIème siècle :

les « pôles » du Pacifique

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L’État joue un rôle majeur dans l’expression de la puissance militaire, économique, scientifique ou culturelle. Aujourd’hui, les États-Unis voient leur prédominance affaiblie, tandis que la Chine n’obtient pas encore le statut de puissance globale, malgré son essor économique.

La puissance a fait l’objet d’un colloque organisé, le 13 avril 2015 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), EuroDéfense- France, l’Institut Jean Lecanuet et la revue France Forum. Y ont notamment participé : Frédéric Charillon, directeur de l’IRSEM ; Alexandra de Hoop Scheffer, politologue ; Valérie Niquet de la Fondation pour la recherche stratégique ; Delphine Alles de l’Université Paris-Est Créteil.

Stratégies comparées. Pour Frédéric Charillon, la puissance pourrait se caractériser par la force militaire, dont l’adaptation varie selon les cas. Elle apparaît relative par rapport à une situation ou un cadre donné, comme l’expérience malheureuse des États-Unis au Moyen-Orient. Elle doit aussi être

« intériorisée » par les autres pays, c’est-à-dire dissuasive, sinon elle disparaît. En outre, la puissance nécessite des vecteurs : force, influence, séduction des interlocuteurs et diffusion du savoir-faire. Divers critères émergent de l’analyse

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comparée de l’expression et de la pratique de la puissance, avec l’ambiguïté du mot anglais « power ». Ce dernier signifie la « puissance » en général et le

« pouvoir » de fixer des règles à une population sur un territoire donné. Ainsi, le

« hard power » de la force matérielle et du fait accompli s’appliquent notamment à la Russie et à Israël. Le « smart power », caractéristique des États-Unis aujourd’hui, mélange la force militaire, la séduction et l’influence. Le « soft power » repose sur le discours et la capacité de convaincre l’autre, particularités des pays européens. Quoique dépourvu d’une profondeur territoriale, d’une population nombreuse et d’une réelle capacité militaire, le Qatar exprime sa puissance par ses ressources financières, son réseau religieux et sa chaîne de télévision Al Jazeera. Des pays émergents, comme la Turquie et le Brésil, interviennent également dans les affaires internationales par le biais de médiations. Dans leur environnement proche, la Chine et la Russie reviennent à l’ancienne forme « impériale » de centre régulateur régional. De leur côté, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, anciennes puissances impériales, ne peuvent plus agir seules, mais, grâce à leurs réseaux, disposent encore d’une forme de puissance inexistante ailleurs. Enfin, les « puissances non étatiques » se manifestent surtout par leur capacité de nuisance (encadré).

Évolution américaine. Les États-Unis ont tiré les leçons de leurs interventions en Afghanistan et en Irak, où l’emploi de la force militaire se transforme difficilement en succès politique. Ils estiment pouvoir diriger le monde par la combinaison de la puissance militaire et de l’influence indirecte et la mobilisation d’autres nations pour une action collective, estime Alexandra de Hoop Scheffer.

Ils ne veulent plus apparaître comme les seuls garants de la sécurité là où ils n’ont plus d’intérêts vitaux et comptent en partager le fardeau avec leurs alliés.

Ils leur délèguent les responsabilités militaires dans certaines zones de conflit : la France dans la bande sahélo-saharienne et l’Arabie saoudite au Yémen. La participation américaine se limite à la mise en œuvre de drones, cyberattaques, frappes aériennes ou forces spéciales. Les décisions prises dans l’urgence, parfois les seules possibles, peuvent présenter des risques à terme. Ainsi, des combattants chiites, financés par l’Iran, luttent contre Daech en Irak et profitent des frappes aériennes de la coalition, menée par les États-Unis. En Libye, ces derniers apportent une aide aux milices locales, mal connues, difficilement contrôlables et qui ne partagent pas les mêmes objectifs. Alexandra de Hoop Scheffer en déduit trois stratégies américaines possibles. La première parie sur le pourrissement de la situation en Syrie et en Libye, pour éviter d’envoyer des

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troupes au sol. La deuxième consiste à accompagner les pays européens, bien accueillis en Afrique, par une assistance militaire et la fourniture de renseignements. La troisième porte sur une interdépendance dans les régions où les Etats-Unis ne peuvent totalement se désengager. Ainsi, vu de Washington, le Moyen-Orient fait partie du « pivot » tourné vers l’Asie, car le pétrole produit y est exporté à 70 %, surtout vers la Chine, et passera à 85 % en 2025. La stabilité en mer de Chine dépend donc de celle du golfe Arabo-Persique.

Surestimation chinoise. Selon Valérie Niquet, la Chine s’estime suffisamment puissante pour imposer sa vision des affaires du monde. Face à l’Inde et au Japon, elle dispose d’abord d’une démographie considérable avec des perspectives de marché. Son droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU lui permet de s’opposer à toute réforme qui l’en priverait. Sa capacité militaire, quoique inférieure à celle de la Russie, existe quand même. Mais, les difficultés de gouvernance, les inégalités sociales et les coûteux déséquilibres régionaux sur le plan intérieur ainsi que le ralentissement de la croissance économique exercent une influence en termes de perception sur la scène internationale. La stratégie de la Chine consiste à assurer la survie de son régime politique, en cours de transformation afin d’éviter le sort de l’URSS. Son discours devient de plus en plus nationaliste depuis la crise financière de 2008. Pour affirmer sa puissance économique, elle a mis sur pied la Banque d’investissements en Asie pour marginaliser la Banque de développement asiatique, dominée par le Japon, en vue d’imposer ses normes et un nouveau modèle de prise de décision. Considérant comme inéluctable le déclin de l’Occident, elle veut faire accepter sa montée en puissance partout. Son régime autoritaire et son développement économique sont bien perçus en Afrique. Toutefois, souligne Valérie Niquet, la Chine ne parvient pas à entraîner ses voisins asiatiques contre l’Occident. Ceux-ci manifestent même leur rejet et une attente vis-à-vis des États-Unis.

Loïc Salmon

Recherche stratégique : outil pour éclairer l’action publique États-Unis : une politique ambiguë de défense et de sécurité Chine : une stratégie de plus en plus mondiale

Les puissances non étatiques sont apparues en 1979. Selon Delphine Alles, elles contestent le monopole de la violence et des normes fixées par les États et

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peuvent, de plus en plus, peser sur les événements internationaux dans un monde constitué en réseaux. Cela va des agences de notation financières aux mouvements identitaires, en passant par les courants religieux, associations mafieuses et organisations non gouvernementales, qui s’engagent pour une cause. Certaines, comme Wikileaks et Anonymous, interviennent selon leur propre conception de la justice. La révolution technologique de l’information leur donne une capacité croissante de mobilisation d’individus en multipliant les référents possibles. En s’infiltrant dans des organisations dont elle perturbent le fonctionnement, elles provoquent des conflits, non pas entre États, mais à l’intérieur des États. Pour elles, la démocratie est devenue un référent, où chacun s’estime en droit de remettre en question les fondements de l’État souverain.

Cyber : de l’omniprésence à l’hyperpuissance

Présent dans tous les relais d’activités économiques, le monde numérique (cyber),

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surtout américain, dispose d’énormes moyens financiers, d’une formidable puissance de calcul et d’une capacité à modéliser des comportements dans tous les domaines.

Olivier Sichel, président-directeur général de Leguide Group et co-fondateur de l’Open Internet Project, a présenté la situation au cours d’une conférence-débat organisée, le 19 mars 2015 à Paris, par l’Association des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

L’hégémonie des États-Unis. La puissance financière de l’univers numérique se chiffre en centaines de milliards de dollars, explique-t-il. Sur les 20 plus grandes

« plates-formes numériques » dans les monde, 13 sont américaines dont les 3 principales, à savoir Google, Facebook et Amazon, réalisent un chiffre d’affaires cumulé équivalent au produit intérieur brut du Danemark (248,9 Md€ en 2013).

Google va devenir un opérateur mondial de téléphones mobiles, réduisant les autres au rôle de poseurs d’infrastructures. La capacité financière des plates- formes américaines leur permet de consolider leurs positions et de racheter des concurrents. Rien qu’en France, les « start up » (jeunes entreprises à fort potentiel de croissance) sont rachetées jusqu’à 30 fois leur bénéfice annuel ! Il s’ensuit un très fort dynamisme du numérique américain, qui capte systématiquement tous les services informatiques gratuits. Ces données sont ensuite traitées en vue d’une rentabilité publicitaire. La plate-forme LinkedIn connaît ainsi une croissance exponentielle. Par ailleurs, l’irruption des logiciels dans tous les secteurs économiques transforme l’échelle des valeurs. Les États- Unis ne cachent plus leur volonté de contrôler la chaîne des valeurs, indique Olivier Sichel. Le président Barack Obama a même déclaré : « Nous possédons Internet » ! Son cabinet inclut 16 anciens cadres dirigeants venus de Google. Le

« complexe digitalo-industriel » apparaît plus puissant que le « complexe militaro- industriel »… dénoncé en 1961 par un autre président américain, le général Dwight Eisenhower. Par la diffusion massive de messages écrits et de vidéos, les plates-formes américaines Facebook et YouTube développent en fait une grille de lecture culturelle de la société et des valeurs et exercent, sur le monde, une influence différente de celle des pays européens. Google, entend aussi conquérir, à terme, le marché de l’automobile. Depuis 2010, il développe le concept de la voiture autonome sans chauffeur, dont le pilotage automatique comprend un

« lidcar » (faisceau de lumière), une caméra, un récepteur de navigation GPS et des capteurs sur les roues motrices. En outre, Google a déjà déposé un brevet de

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sélection des molécules ADN, qui renferment toutes les informations génétiques d’un être vivant et qui permettent son développement et son fonctionnement.

D’autres entreprises travaillent sur les nanotechnologies (structures infiniment petites) et la biologie, en vue d’améliorer les capacités du corps humain.

L’essentiel des capacités numériques américaines se trouve rassemblé dans la

« Silicon Valley » (voir encadré) : laboratoires de recherches, universités de Berkeley et de Stanford, entreprises de hautes technologies, plates-formes numériques et ressources financières.

Le retard des autres pays. La Russie et la Chine ont développé leurs moteurs de recherche, pour éviter de passer par Google, et renforcé leur régulation pour se protéger de l’ingérence américaine. En revanche, l’Union européenne (UE) a raté le départ du « train numérique », constate Olivier Sichel. Selon lui, elle manque

« d’intelligence numérique », pour concevoir les innovations qui intéressent l’usager dans sa vie quotidienne comme, par exemple, les bracelets ou lunettes donnant en direct des informations sur sa santé. Il s’ensuit peu de prospective et d’anticipation sur les décisions probables des internautes. Pourtant, les compétences ne manquent pas, mais l’absence de régulation empêche l’émergence de géants informatiques européens. En France, la formation aux hautes technologies se limite à certaines grandes écoles d’ingénieurs. Les crédits à l’innovation et à la recherche favorisent les « start up ». Mais, ils deviennent insuffisants pour les entreprises de taille intermédiaire, alors que leurs homologues américaines peuvent recevoir des millions de dollars. En outre, ces dernières profitent de la défiscalisation du commerce numérique dans certains pays de l’UE, comme l’Irlande ou le Luxembourg, pour s’y installer et payer moins d’impôts qu’aux États-Unis. Chaque année, la France perd 1 Md€ de recettes fiscales imputables à Google, Facebook et Amazon, qui paient 22 fois moins d’impôts que les sociétés françaises de services informatiques !

Comment inverser ces tendances. L’UE devrait se doter d’une autorité de régulation, faire valoir ses droits, imposer ses règles et prévoir des sanctions significatives en cas d’infractions, estime Olivier Sichel. France Télécom, où il a travaillé, pourrait techniquement éliminer du marché l’opérateur de téléphonie mobile Free en changeant simplement sa clé d’accès à Internet. Les pouvoirs publics pourraient créer les conditions de développement d’entreprises de services informatiques par la libre concurrence et éviter de devenir victimes de la position dominante de quelques grands groupes. En outre, l’UE devrait pouvoir

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conserver chez elle les données numériques ouvertes, d’origine publique ou privée (« open data »), et ne pas les laisser partir aux États-Unis. La France et surtout l’Allemagne, en raison de son passé (Gestapo et Stasi), s’inquiètent aussi de la collecte massive de données personnelles par les plates-formes américaines et exigent la transparence des algorithmes. Par ailleurs, l’affaire Snowden a révélé la collaboration entre l’agence de renseignement NSA et certaines plates- formes numériques américaines pour échanger des données contre un soutien politique, en vue de conquérir des marchés dans le monde. Toutefois, l’UE a compris le danger et rompu tout lien de confiance avec ces entreprises. Enfin, elle devrait développer sa capacité à lever l’impôt. L’Allemagne a pris conscience des enjeux stratégiques et de souveraineté liés au cyber et se positionne sur la scène diplomatique, alors que la France est jugée trop protectionniste pour se faire entendre en matière de fiscalité, souligne Olivier Sichel.

Loïc Salmon

Cyberespace : enjeu de puissance ou soupape de sécurité ? Cyberespace : enjeux géopolitiques

La « Silicon Valley » (vallée du Silicium) dans la baie de San Francisco (côte Ouest des États-Unis) désigne une région de 2 millions d’habitants et 6.000 entreprises de hautes technologies. Elle a connu une immigration massive au début des années 2000. Une autre langue que l’anglais y est aujourd’hui parlée dans 48 % des foyers. Environ 55 % des employés dans les domaines des sciences et technologies sont nés hors des États-Unis, surtout en Inde et en Chine.

Toutefois, la « Silicon Valley » est aujourd’hui concurrencée par de nouveaux

« technopôles » : Bangalore en Inde, où de nombreuses entreprises de hautes technologies y délocalisent leurs centres d’appel et même une partie de leurs activités ; Paris-Saclay en France ; Skolkovo (banlieue de Moscou) en Russie.

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Chine : une stratégie de plus en plus mondiale

Après avoir succédé à l’URSS comme principale nation rivale des États-Unis, la Chine durcit et élargit la dimension régionale de sa sécurité, avec le risque de heurter les pays voisins et au-delà.

Son rôle mondial a été abordé au cours d’un colloque organisé, le 8 décembre 2014 à Paris, par le Club Participation et Progrès et la revue Défense Nationale. Y sont intervenus : Michel Jan, sinologue ; le général (2S) Alain Lamballe de l’Académie des sciences d’outre-mer ; le général (2S) Henri Paris, président de

« Démocraties ».

« L’Empire du Milieu ». En matière de sécurité nationale et de diplomatie, le président Xi-Jinping affirme les ambitions de la Chine sur son environnement régional, souligne Michel Jan. Sa nouvelle équipe dirigeante, opposée à la

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démocratie à l’occidentale, veut changer les règles internationales, une fois réalisées la stabilité intérieure du pays et la modernisation de ses armées.

Résultante d’une classification confucéenne et du maoïsme, la loi chinoise codifie les directives du Parti communiste qui présentent une continuité avec la politique impériale. L’Histoire tumultueuse de la Chine montre que les périodes d’harmonie et de stabilité correspondaient à un pouvoir central fort. Selon Michel Jan, la Chine rêve de donner la priorité à l’Asie, mettre fin à la suprématie des États-Unis et mettre le droit international au service de sa politique commerciale. La puissance économique et militaire du pays devrait lui permettre de rouvrir l’antique « Route de la soie » vers l’océan Indien et l’Europe. Pour se préparer à assurer la sécurité régionale en mer de Chine méridionale, elle envoie ses bâtiments militaires s’entraîner en océan Indien avec ceux des Marines étrangères. Sa diplomatie périphérique porte sur la coopération régionale pour supplanter la suprématie militaire américaine en Asie, qui fait obstacle à sa politique économique et commerciale. La Chine promeut les organisations internationales où la présence occidentale reste limitée. Ainsi, lors du sommet de la Conférence pour l’interaction et les mesures de confiance en Asie, tenue à Shanghai en mai 2014 (27 pays membres et 6 observateurs), Xi-Jinping a proposé une « vision commune, globale, coopérative et durable ». Le 24 octobre 2014, la Chine et vingt autres pays ont signé un protocole d’accord sur l’établissement, en Asie, de la « Banque asiatique d’investissements dans les infrastructures » (BAII), conçue comme un contrepoids à la Banque mondiale ou à la Banque asiatique de développement. Selon les médias chinois, la BAII disposera d’un capital initial de 50 Md$, principalement d’origine chinoise, pour améliorer transports, barrages et ports dans la région. A l’ONU, la Chine n’hésite pas à utiliser son droit de veto, mais ignore le droit international de la mer. Quoique membre permanent du Conseil de sécurité, elle ne s’implique guère dans la résolution des crises internationales, sauf quand elle peut en tirer un avantage. Elle exige des pays partisans d’un dialogue qu’ils acceptent ses demandes, avec des conséquences insupportables pour eux et un risque élevé de guerre, conclut Michel Jan.

Différends frontaliers et fluviaux. La Chine n’oublie pas les traités qu’elle juge

« inégaux » et, depuis 1949, tente de reprendre certains territoires perdus, indique le général Lamballe. Sa frontière avec le Bhoutan n’est pas délimitée et elle a déjà récupéré 1.000 km2 dans le Tadjikistan, riche en minerais. Avec la Russie, le traité de Nertchinsk de 1689 lui avait accordé un droit sur les populations chinoise et mandchoue vivant en Sibérie. Mais celui de Aihun (1858)

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lui a enlevé la rive gauche du fleuve Amour, qu’elle ne revendique plus. Celui de Pékin (1860), que la Chine conteste encore, lui a retiré la province de l’Oussouri, où sera fondé le port russe de Vladivostok. Aujourd’hui, les travailleurs chinois, dont la Russie a besoin pour développer la Sibérie, affluent à la périphérie des villes. Par ailleurs, la Chine n’a signé aucune convention internationale relative au partage des eaux des fleuves avec les autres pays riverains. Elle a déjà entrepris des travaux sur le Mékong sans en informer les pays en aval (Laos, Thaïlande, Cambodge et Viêt Nam). Ses contentieux avec l’Inde portent sur le Brahmapoutre, qui prend sa source au Tibet, et 90.000 km2 de territoire frontalier. Chine et Inde massent des troupes de part et d’autre, mais préfèrent la négociation à l’affrontement armé. Enfin, le centre de gravité du monde se déplace vers elles, car elles totalisent 40 % de sa population, souligne le général Lamballe.

Duel sino-américain. Grâce à l’extraction du gaz de schiste sur leur sol les États-Unis n’ont plus besoin d’importer du pétrole, contrairement à la Chine dont la consommation en dépend à 50 %, rappelle le général Paris. Il s’ensuit une rivalité entre eux pour le contrôle des zones maritimes riches en ressources pétrolières. Sur le plan militaire, la Chine ne dispose que de 3 sous-marins lanceurs d’engins (SNLE), tout juste capables de prendre la mer. De leur côté, les États-Unis déploient 12 SNLE, dont 4 ou 5 en patrouille opérationnelle, et 11 porte-avions pour contrôler le Pacifique et l’océan Indien. Présents en Extrême- Orient depuis 2012, ils n’ont laissé en Europe, depuis le 1er janvier 2014, que 70.000 hommes peu aptes au combat. En 2002, les États-Unis ont dénoncé le traité sur la limitation des armes nucléaires stratégiques signé en 1972 avec l’URSS, que respectent implicitement la France, la Grande-Bretagne et la Chine.

Pour constituer leur bouclier antimissile, ils ont établi 35 sites de lancement en Alaska et dans le Dakota du Nord. Ce bouclier agirait par : destruction du missile assaillant par collision avec un missile lancé d’un de ces sites ; impulsion électromagnétique pour dérégler son système de navigation ; cyberattaque du segment sol par un virus. Il fonctionne grâce à la surveillance spatiale, qui détermine le tir du missile et sa provenance. Or la Chine est déjà parvenue à détruire un satellite par collision. En outre, sur le plan stratégique, elle entretient des alliances avec la Corée du Nord, devenue puissance nucléaire et perturbatrice dans la région Asie-Pacifique, et la Russie, qui s’écarte de l’Occident. Aujourd’hui, les États-Unis l’emportent sur la Chine, mais ce ne sera plus vrai dans 30 ans car celle-ci accroît sa puissance, avertit le général Paris. La perspective d’une guerre

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existe, non pas « nucléaire » mais « froide » avec l’Afrique comme enjeu, conclut- il.

Loïc Salmon

Chine : montée en puissance plus diplomatique que militaire Chine : l’espace au cœur du complexe militaro-industriel

Afrique : nouvelle frontière de la Chine avec des enjeux stratégiques

La France a été le premier grand pays occidental à reconnaître la Chine populaire en 1964 et à y nommer un ambassadeur de plein exercice. Selon le ministère des Affaires étrangères, la relation bilatérale se caractérise, depuis 1997, par un partenariat global stratégique de haut niveau et par un dialogue sur tous les sujets, y compris celui des droits de l’Homme. La Chine, l’un des moteurs de la croissance économique mondiale, est devenue le premier partenaire commercial de la France en Asie. Toutefois, le déficit de la balance commerciale de la France avec elle a atteint 26 Md€ en 2013, soit près de 40% du déficit extérieur total de la France. Le rééquilibrage par le haut s’appuie sur l’application nécessaire du principe de réciprocité, souligne le ministère.

Drones et armes hypersoniques :

futurs enjeux de puissance

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A l’horizon 2035, les drones et missiles hypersoniques, difficiles à intercepter en raison de leur très grande vitesse, pourront agir dans la profondeur, avec précision et à distance de sécurité. Leur coût élevé nécessitera des choix budgétaires et opérationnels.

Ils ont fait l’objet d’un colloque organisé, le 3 novembre 2014 à Paris, par le Club Participation et Progrès. Y sont notamment intervenus : le général Denis Mercier, chef d’état-major de l’armée de l’Air ; Laurent Serre, responsable des programmes hypersonique à l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA) ; Philippe Migault, directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques ; André Geoffroy, consultant.

Drones de demain. Un drone de reconnaissance hypersonique se rendra très vite sur zone et en reviendra avec des informations fraîches immédiatement utilisables, explique Laurent Serre (ONERA). Ce drone peut être tiré sous avion, du sol ou depuis la mer (bâtiment de surface ou sous-marin). Un propulseur d’appoint lui donne une accélération jusqu’à Mach 2 (680 m/s), qu’il maintient par son statoréacteur aux conditions de croisière à haute altitude. Sa portée croît alors avec sa vitesse. En conséquence, il peut réaliser une mission loin à l’intérieur d’un territoire hostile sans disposer de la supériorité aérienne. A une altitude donnée, voler plus vite lui donne un avantage de manœuvrabilité face à un intercepteur (avion ou missile sol/air). En outre, à une vitesse donnée, voler

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plus haut réduit les performances de l’intercepteur. La mission du drone est entièrement automatique. Pendant sa phase de croisière, il atteint un territoire, même très défendu, en 20 mn, puis y parcourt plus de 600 km dans la profondeur et capte des images par son radar SAR à haute résolution (10 à 30 cm) sur une sélection de sites de points chauds d’intérêt du moment. Sa phase de récupération se décompose en : vol de retour vers le lieu choisi ; décélération jusqu’à une vitesse subsonique ; descente freinée par parachute ; récupération par hélicoptère, méthode utilisée pendant la guerre du Viêt Nam (1955-1975) ; retour vers l’infrastructure de base. Les données captées au cours de la reconnaissance ont été extraites et disséminées vers les destinataires pendant le vol du retour. Par exemple, au cours d’une mission d’une heure, le drone hypersonique peut recueillir des informations sur une dizaine de zones (4 km de côté) réparties dans un carré (500 km de côté) et sous 2 angles d’observation aller/retour pour les reconstituer en 3 dimensions. Mais l’expression du besoin de

« renseignement stratégique réactif tout temps » reste à affiner, souligne Laurent Serre. Des missions, quotidiennes ou hebdomadaires, permettraient d’affiner la base de données, de détecter les changements et de prendre des vues dans de nouvelles conditions, elles porteraient notamment sur : la surveillance de sites de missiles ou de radars fixes ou déplaçables ; l’indice d’activité de réseaux de communications terrestres et fluviaux ; l’indice d’activité d’installations sensibles ; le recensement de capacités aériennes ou navales.

Projets français. Face aux menaces futures, la technologie des armes hypersoniques fera la différence entre les grandes puissances qui s’en doteront, estime le général Mercier. Leur concept d’emploi sera le même qu’aujourd’hui pour garder la capacité d’entrer en premier sur un théâtre, mais avec une différence importante : la distance de tir ! L’armée de l’Air a déjà entrepris des études très poussées sur les techniques essentielles et les enjeux opérationnels.

La constante restera la liberté d’action sur les espaces terrestre et maritime, qui dépend de celle dans l’espace aérien. Contrer le déni d’accès à ces espaces nécessite d’imaginer des armements à forte réactivité, longue portée et précision des effets. La furtivité des avions de chasse se trouve déjà mise à mal par les radars passifs. En outre, les missiles sol/air et air/air augmentent leur allonge. La vitesse devient donc un facteur d’efficacité contre les systèmes de défense au sol.

Le niveau déjà atteint ne permet plus de progresser, mais la vitesse hypersonique constituera un facteur opérationnel important dans une dizaine d’années. Or, la dissuasion nucléaire devra moderniser sa partie aéroportée après 2030. Sa

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crédibilité dans un monde changeant résidera encore sur la complémentarité de ses composantes océanique (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins) et aérienne (avions Rafale). A la même époque, le Rafale et le missile ASMP-A (air- sol moyenne portée amélioré) arriveront à mi-vie. Ce missile, que la France est la seule à posséder, est équipé d’un statoréacteur de haute technologie, dont il convient de garder les compétences pour préserver l’avenir, souligne le chef d’état-major de l’armée de l’Air. Le maintien de ce niveau passe par la simulation numérique de la poussée et de la trainée, les applications de la technologie du plasma, l’amélioration de la chambre de combustion et les matériaux résistants à la chaleur. L’ONERA et MBDA (missiles et systèmes de défense) poursuivent leurs recherches dans ces domaines. Le démonstrateur technologique Neuron permettra d’affiner le concept d’emploi du drone de combat. Il devra répondre à deux questions : imaginer un système complexe de capteur et de frappeur et limiter le coût budgétaire.

A l’étranger. La Russie a élaboré des applications tactiques du statoréacteur et les exporte, indique Laurent Serre. Ainsi le missile Yakhont (Mach 2,5), qui peut être tiré d’une rampe terrestre, d’un avion ou d’un sous-marin, a été livré à la Syrie. Le missile air-sol et antinavire KH31 (Mach 3,5) peut être tiré des avions Mig 29 et Su 27. Le missile antinavire Moskit (Mach 3), utilisé par la Russie, l’Ukraine, la Chine et l’Inde, peut être lancé de diverses plates-formes. Pour les États-Unis, les armes hypersoniques constituent un élément essentiel au maintien de la supériorité aérienne, selon André Geoffroy. La NASA, Boeing et l’armée de l’Air américaine procèdent à des essais de prototype de missile volant à Mach 5, en vue d’une mise en service vers 2020. L’Inde a développé avec la Russie le missile de croisière BrahMos (Mach 3), tirable de la terre et de la mer, et compte l’exporter. L’expérimentation du BrahMos-II, version hypersonique (Mach 7), devrait commencer en 2017. La Chine développe un missile hypersonique avec des résultats mitigés. Enfin, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’Australie s’y intéressent.

Loic Salmon

Forces nucléaires : l’enjeu stratégique de la prolifération des missiles balistiques Drones Air et Marine : surveillance, renseignement et… combat

L’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA) a mis au point

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un concept de drone à statoréacteur capable de voler au-delà de Mach 5 (1.701 m/s) et plus, avec du kérosène comme combustible. Selon le contexte, il pourrait parcourir 1.000 km en 14 minutes à Mach 4 (1.361 m/s) et en 7 minutes à Mach 8 (2.722 m/s). Récupérable à un point de rendez-vous prédéterminé, il ne nécessiterait ni communication, ni contrôle pendant le vol. Il pourrait emporter : un radar à synthèse d’ouverture, qui améliore la résolution en azimut ; un système de traitement de données ; un système de navigation inertielle et GPS.

Cyberspace : de la tension à la

confrontation ou à la coopération

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Le cyberespace véhicule des visions de domination, pouvoir et souveraineté, autant d’enjeux pour les nations, entreprises et citoyens. Des conceptions différentes de la liberté peuvent conduire à la conflictualité verbale ou à la coopération entre pays.

Les enjeux du cyberespace ont été abordés à Paris : le 21 mai 2014, au cours d’un séminaire organisé par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire ; le

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22 mai 2014, lors d’une conférence-débat organisée par la Chaire Castex de cyberstratégie (partenaire de l’Institut des hautes études de défense nationale) et la revue Hérodote (voir encadré). Sont notamment intervenus : Frédérick Douzet, titulaire de la Chaire Castex ; Béatrice Giblin, directrice de la revue Hérodote ; Bertrand de La Chapelle, membre du conseil d’administration de l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN), une autorité de régulation de l’internet à but non lucratif et qui a son siège aux États-Unis ; le lieutenant-colonel Patrice Tromparent, cellule cyberdéfense de l’État-major des armées (EMA).

Situation sur le « terrain ». L’EMA finance des thèses de doctorat et favorise des coopérations avec des entreprises et des chaires universitaires (sciences exactes et humaines), en vue d’évaluer les enjeux de puissance et les adversaires potentiels. L’internet se trouve entre une « balkanisation » et la continuité de la domination américaine, explique Frédérick Douzet. Des initiatives favorisent des fragmentations : physique au niveau des infrastructures de l’internet par des projets de câbles de pays émergeants pour s’émanciper de l’Occident ; culturelle par la fin du monopole de l’alphabet latin, concurrencé notamment par les écritures cyrillique, arabe et chinoise. Toutefois, en matière de cyberespace, les États-Unis maintiennent leurs prééminences : politique, après l’échec de l’initiative de la Russie au sommet de Dubaï (2012) pour attribuer à l’ONU le contrôle de l’internet ; économique, car les demandes de création de nouvelles extensions de noms de domaines sont en réalité surtout américaines, même au sein de l’Union européenne. Par ailleurs une tension ne débouche pas automatiquement sur une confrontation. Ainsi en 2014, la Russie s’est contentée de brouiller le réseau internet de l’Ukraine, sans en interdire l’accès comme pour l’Estonie (2007) ou la Géorgie (2008). La Chine, dont 40 millions de ses ressortissants sont connectés, met au point des infrastructures et des protocoles de régulation d’internet, sans s’en couper totalement en raison des enjeux économiques. La Syrie dépend des câbles qui partent du port de Tartous, où se trouve une base navale russe. L’affaire Snowden a révélé le système de surveillance complexe et globale de l’agence américaine de renseignement NSA : lieux d’accès aux câbles optiques d’internet ; stations d’interception de communications satellitaires ; services de collecte électronique dans des ambassades et consulats ; pays « amis » de la NSA : Grande-Bretagne, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande ; coopération occasionnelle de grandes entreprises privées américaines (Microsoft, AT&T, Stratfor et Booz Alien Hamilton) et

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britanniques (British Telecom et Vodafone). La NSA surveille notamment sur le siège de l’ONU à New York, les ambassades étrangères, les membres du mouvement « Anonymous » et les terroristes présumés.

Enjeux de juridiction. Bertrand de La Chapelle distingue l’aspect physique des réseaux et les activités sur ces réseaux. La gouvernance de l’internet est assurée par des protocoles d’adresses IP, des câbles et des points de passage et d’échange. La gouvernance des usages (commerce et messagerie) repose sur le droit à communiquer de plusieurs milliards d’utilisateurs, inscrit dans la Déclaration des droits de l’Homme. Les systèmes juridiques se basent sur la souveraineté nationale. Or la géopolitique du cyberespace ne correspond pas à la territorialité physique. Par exemple, le contenu d’un message diffusé sur internet à partir d’un pays donné peut être considéré comme illégal en France. En outre, plus le nombre d’utilisateurs augmente, plus les difficultés vont croître. Des situations particulières peuvent provoquer des tensions dans certains pays, qui se répercutent sur internet avec des risques de blocages de plates-formes d’échange. Faute de cadre international, les conflits vont se multiplier dans le cyberespace. Or, les accords intergouvernementaux nécessitent de longues négociations, en raison du peu de convergence des différents pays sur la liberté d’expression, élément fort d’identité dans les pays démocratiques.

Désamorcer les tensions. Le cyberespace, où tout le monde se connecte, correspond à la puissance maritime des siècles passés, estime Bertrand de La Chapelle. Rome, puissance continentale, s’est confrontée à Carthage, puissance maritime. Ensuite, la France, au tropisme continental avéré, a affronté la Grande- Bretagne, qui a longtemps régné sur les mers. Mais, malgré sa victoire définitive, la nation vainqueur a périclité à son tour. Aujourd’hui, la Chine, par sa poursuite de l’autosuffisance sur internet, représente la puissance continentale face aux États-Unis, prédominants dans le cyber. Par ailleurs, de nombreux pays multiplient les câblages pour échapper, autant que possible, à la surveillance de la NSA. En outre, les points d’échange internet (IXP) permettent notamment une connexion autonome très haut débit aux entreprises désireuses de se passer d’un fournisseur d’accès. D’après une carte de la revue Hérodote, leur distribution spatiale dans l’Union européenne révèle les stratégies nationales d’aménagement du territoire. Enfin, avertit Bertrand de La Chapelle, la diffusion tous azimuts de l’adresse personnelle IP permet sa traçabilité totale avec le risque de fichage.

Loïc Salmon

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Moyen-Orient : le « cyber », arme des États et d’autres entités Le cyberespace : enjeux géopolitiques

Cyberdéfense : une complexité exponentielle

Le cyberespace fait l’objet d’une étude collective dans l’édition du 1er semestre 2014 de la revue de géographie et de géopolitique Hérodote, publiée par l’Institut français de géopolitique. Sont abordés : L’affaire Snowden comme étude de cas en cybersécurité et sa cartographie ; Les données sociales, objets de toutes les convoitises ; Les représentations du cyberespace, un outil géopolitique ; Le cyberterrorisme, un discours plus qu’une réalité ; Cybergéopolitique, rivalités géopolitiques masquées derrière les scénarios de cybermenaces aux États-Unis ; Peut-on penser une cyberstsratégie ? ; La Russie dans le cyberespace, représentations et enjeux ; L’art de la guerre revisité, cyberstratégie et cybermenace chinoises ; Souveraineté et juridiction dans le cyberespace ; Ranger la Terre, le nommage de domaines est-il l’expression d’une stratégie des États- Unis de domination des réseaux ? ; Existe-t-il un droit international du cybersespace ? ; De Tallinn à Las Vegas, une cyberattaque d’importance justifie- t-elle une réponse cinétique ? ; La guerre économique à l’ère du cyberespace ; L’intergouvernementalité dans le cyberespace, étude comparée des initiatives de l’OTAN et de l’UE ; Revendications sur le cyberespace et puissances émergentes.

Asie-Pacifique : rivalités et

négociations sur les enjeux

stratégiques

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Face à la montée en puissance des États-Unis en Asie-Pacifique, la Chine compte sur sa puissance économique pour s’imposer aux pays riverains. Mais ceux-ci sont passés de la dépendance des deux « Grands » à leur mise en concurrence, renforçant ainsi l’ambiguïté stratégique de la zone.

Cette situation a fait l’objet d’un séminaire organisé, le 21 mai 2014 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire. Y ont notamment participé Valérie Niquet, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, et Delphine Allès, professeur en sciences politiques à l’université de Paris-Est (Créteil).

Vision chinoise. La zone Asie-Pacifique se caractérise par son dynamisme et sa stabilité, contrairement au Moyen-Orient, sujet à une violence chronique, ou l’Europe, atteinte par la crise économique et financière de 2008, souligne Valérie Niquet. Le nouvel intérêt de Washington pour l’Asie, inquiète Pékin, d’autant plus qu’après sa réélection en 2012, le président Barack Obama a préféré se rendre

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d’abord, non pas en Chine, mais au Japon, en Corée du Sud et même au Myanmar, sphère d’influence de la Chine. Depuis l’arrivée au pouvoir du président chinois Xi Jinping la même année, les tensions se sont aggravées avec le Japon, les Philippines et le Viêt Nam. Elles font partie d’une affirmation de puissance du pays définie par le Parti communiste chinois, consécutive à une analyse des rapports de forces avec les autres pôles de puissance (États-Unis, Union européenne et Russie) et à une volonté de stabilité interne, en raison des failles du régime (inégalités et troubles sociaux). Selon Valérie Niquet, la Chine tente de rassurer ses interlocuteurs sur sa volonté de prolonger cette période d’opportunités et de paix dans la zone Asie-Pacifique, qui a assuré sa montée en puissance : interdépendance des relations économiques avec les Etats-Unis ; maintien de la stabilité en Asie par son influence sur la Corée du Nord. Mais, en même temps, Pékin affirme la défense de ses intérêts vitaux, non négociables, en mer de Chine méridionale et poursuit le « rêve chinois » d’occuper, comme du temps de l’empire, le « centre » de l’Asie… pour assurer la survie du régime communiste ! Les analystes chinois estiment que la fin de la guerre froide (1947-1989) a coïncidé en Asie avec une augmentation des tensions et même des risques de guerre. Ils dénoncent le renforcement de l’appareil de défense du Japon, l’augmentation des missions d’observation militaire des États-Unis en mer de Chine et le déploiement de bâtiments militaires des Philippines, alors que la Chine n’y envoie que des unités de garde-côtes « civils ». Malgré un climat de défiance, le partenariat avec la Russie est considéré comme stratégique, comme le montre le contrat signé le 21 mai 2014 portant sur la fourniture de gaz russe pendant 30 ans.

Vision du Sud-Est asiatique. Le retour périodique des différends territoriaux constitue une source de tensions récurrentes, explique Delphine Allès. Ainsi, la Thaïlande et le Cambodge se disputent un territoire frontalier où se trouve le temple de Preah Vihear, classé par l’UNESCO au patrimoine mondial de l’humanité et donc susceptible d’y attirer le tourisme. En outre, l’Indonésie, les Philippines, la Thaïlande et le Myanmar font face à des contestations séparatistes, dues à l’héritage territorial des anciens empires, à la centralisation des États modernes et à la volonté de contrôle des ressources naturelles locales. Par ailleurs, les incidents de frontières maritimes résultent de la délimitation des zones économiques exclusives (ZEE) de 200 milles, conformément à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (1982). Au-delà des 12 milles des eaux territoriales, le partage se complique lorsque le plateau continental d’un pays

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déborde de sa ZEE. En outre, Pékin considère la mer de Chine méridionale comme partie intégrante de ses eaux territoriales. Sont alors contestées les îles inhabitées qui s’y trouvent : Paracels, Spratleys et le récif de Scarborough. Or, dans ces zones, le volume des réserves d’hydrocarbures est peu prouvé et les ressources halieutiques se révèlent modérément élevées. De plus, leur intérêt purement stratégique reste limité. D’abord, ces îles sont trop petites pour y construire des installations militaires. Ensuite, les États riverains peuvent les menacer par des missiles. Enfin, un sous-marin, caché à proximité, peut en interdire l’accès aux bâtiments de surface. Par ailleurs, les tensions sont alimentées par l’implication de puissances extérieures. En outre, depuis les années 1990, les enjeux territoriaux traditionnels des pays de la zone Asie- Pacifique sont occultés par les questions non militaires et non étatiques, où la coopération et le partage d’informations s’imposent : environnement et catastrophes naturelles ; sécurité sanitaire ; terrorisme ; migrations ; trafics illicites ; piraterie maritime. Celle-ci a diminué après l’instauration du droit de poursuite des bateaux pirates dans les eaux territoriales d’un pays riverain.

Depuis les attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis, la sécurité humaine, à savoir le lien entre défense extérieure et sécurité intérieure, est valorisée par la communauté internationale et s’intègre dans les doctrines stratégiques des pays membres de l’ASEAN. En vue d’éviter l’internationalisation de conflits intérieurs ou bilatéraux, ceux-ci veulent dépolitiser les enjeux régionaux et favoriser la coopération stratégique. Ils augmentent leurs dépenses militaires en renouvelant leurs matériels à moindre coût auprès des États-Unis. Ils refusent de se positionner en bloc vers la Chine ou les États-Unis. Ainsi, Singapour, les Philippines et le Viêt Nam sont devenus les partenaires privilégiés des États-Unis, mais le Laos, le Cambodge et le Myanmar ont préféré la Chine.

S’y ajoutent des partenariats croisés entre l’Indonésie, la Malaisie et la Thaïlande.

La Chine multiplie les efforts diplomatiques envers la Malaisie, l’Indonésie, Singapour et la Thaïlande, augmente les patrouilles paramilitaires et le déploiement de pêcheurs sur zone et développe sa capacité de déni d’accès naval à Taïwan. De leur côté, les États-Unis accroissent leurs capacités aériennes et navales dans la zone, renforcent leur présence en Australie et aux Philippines, procèdent à des exercices maritimes et apportent un soutien diplomatique à l’ASEAN.

Loïc Salmon

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Asie-Pacifique : la France partenaire de sécurité Marine et Diplomatie

L’Association des nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN) a été fondée en 1967 par les Philippines, l’Indonésie, la Malaisie, Singapour et la Thaïlande, rejoints ensuite par Brunei (1984), le Viêt Nam (1995), le Laos (1997), le Myanmar, ex-Birmanie, (1997) et le Cambodge (1999). Le Timor oriental pourrait y adhérer en 2015. La Papouasie-Nouvelle-Guinée a le statut d’observateur. Chaque année, 16 chefs d’État de la région se rencontrent au Sommet de l’Asie de l’Est, où la Russie a le statut d’observateur. « L’ASEAN Regional Forum », qui compte 26 membres, traite des questions de sécurité en Asie-Pacifique. « L’ASEAN + 3 », qui se tient pendant les sommets de l’ASEAN, inclut la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Le

« Dialogue Asie-Europe » réunit de façon informelle l’ASEAN + 3 et l’Union européenne. Enfin, il existe un sommet ASEAN-Russie au niveau des chefs d’État.

Afrique : nouvelle frontière de la

Chine avec des enjeux stratégiques

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En raison de l’importance de sa présence économique en Afrique, la Chine doit protéger ses ressortissants et ses approvisionnements en matières premières. La lutte contre la piraterie lui permet d’entraîner sa Marine en haute mer et de développer des liens avec les pays riverains dans la durée.

La sécurité en Afrique de l’Est a été abordée au cours d’un séminaire organisé, le 21 mai 2014 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM). Y ont notamment participé Jean-Pierre Cabestan, directeur du département de sciences politiques de l’Université baptiste de Hong Kong, et Raphaël Rossignol, spécialiste des relations Chine-Afrique à l’École des hautes études en sciences sociales.

Diplomatie économique. La présence, déjà ancienne, de la Chine en Afrique s’est amplifiée depuis la fin des années 1990, explique Jean-Pierre Cabestan.

Après y avoir évincé Taïwan en nouant des relations diplomatiques avec 50 pays sur 54, elle souhaite accroître son influence en Afrique et, par contrecoup, dans les instances internationales en proposant une politique de non-ingérence dans les affaires intérieures des États, une coopération entre pays de l’hémisphère Sud et un modèle de développement autoritaire. Soucieuse d’affaiblir la présence économique et l’influence politique de l’Occident sur le continent, elle se positionne juste derrière l’Union européenne, mais devant les États-Unis, la Turquie, le Japon et l’Inde. Les échanges bilatéraux sont passés de 12 Mds$ en 2000 à 198,6 Mds$ en 2012 et représentent 5,1 % du commerce extérieur de la Chine et 16,1 % de celui de l’Afrique. Les importations chinoises (113,3 Mds$ en 2012) sont constituées à 80 % de matières premières, dont 65 % de produits pétroliers et 15 % de minerais. Les exportations chinoises (85,3 Mds$ en 2012) portent surtout sur les biens de consommation (20 %), d’équipements (36 %) et intermédiaires (35 %). Les principaux pays partenaires de la Chine sont l’Afrique du Sud (30,2 % du total en Afrique) et l’Angola (18,9 %), envers lesquels sa balance commerciale reste déficitaire. La Chine trouve aussi en Afrique de nouveaux marchés pour ses entreprises de construction d’infrastructures et de télécommunications, qui y concluent le tiers de leurs contrats internationaux. La Chine réalise 40 % des projets financés par la Banque mondiale et 10 % de l’ensemble de l’investissement africain en infrastructures. Plutôt que de fournir une aide au développement, la Chine a longtemps préféré construire sur place écoles et hôpitaux. Elle pratique aussi la coopération « verrouillée » qui alimente l’endettement africain à son égard, indique Jean-Pierre Cabestan. Ainsi, en

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Angola, des projets, financés sans appel d’offres par la Banque chinoise pour le développement ou la Banque export import chinoise, sont réalisés par une entreprise chinoise avec de la main d’œuvre chinoise et payés en pétrole.

Toutefois, le Gabon et le Tchad tentent de limiter la présence chinoise en restreignant les contrats avec les entreprises chinoises. Aujourd’hui, la Chine compte plus de 2 millions de ressortissants en Afrique et quelque 2.000 entreprises dans des zones devenues dangereuses, comme l’Ogaden, le Soudan du Sud et le Nord du Cameroun. Mais la méconnaissance du terrain et la faiblesse de ses moyens pour assurer leur protection rendent nécessaire une coopération avec les États-Unis et même l’Éthiopie, principale puissance régionale de l’Afrique de l’Est.

Conflictualité régionale. Raphaël Rossignol a déterminé cinq zones de conflictualité en Afrique de l’Est : Soudan, Éthiopie, Érythrée, Somalie et Djibouti.

Au Soudan, un long conflit a débouché sur la partition du pays en 2011. Les deux Soudan sont parvenus à un accord sur le partage des ressources pétrolières. Un oléoduc relie Juba (Soudan du Sud), zone d’extraction, à Port Soudan (Nord), centre d’exploitation. Puis une guerre économique, déclenchée par Khartoum et portant sur le changement de monnaie en un délai trop court, a fait perdre 700 M$ à Juba, qui n’a pas encore réglé sa redevance d’exploitation et cherche désormais à écouler son pétrole vers l’Ouganda et le Kenya. L’Érythrée, indépendante de l’Éthiopie depuis 1993, est entrée en nouveau en conflit avec elle en 1998, lequel perdure de façon larvée. L’Éthiopie, qui occupe une place importante dans la région, est crainte par les pays voisins, qui redoutent une résurgence de l’ancien empire d’Abyssinie. La Somalie, qui n’a jamais été gouvernée par une autorité unique depuis le Moyen-Age, n’a pu, après la chute du pouvoir central en 1991, réaliser l’unité territoriale qui lui aurait permis de rivaliser avec l’Éthiopie. La République de Djibouti, indépendante de la France depuis 1977, est considérée comme stratégique par les États-Unis. C’est en effet le débouché méridional de la Corne de l’Afrique, où transite le commerce maritime international qui subit le préjudice de la piraterie.

Diplomatie navale. Sa participation à la lutte contre la piraterie dans le golfe d’Aden a fourni à la Chine une opportunité de s’affirmer sur les plans militaire et diplomatique, comme l’explique Raphaël Rossignol dans un document publié par l’IRSEM en 2013. Depuis décembre 2008, elle y envoie deux bâtiments de combat et un pétrolier ravitailleur pour escorter des navires marchands chinois, obligés

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de demander leur protection directement au ministère des Télécommunications à Pékin, qui transmet à l’État-major de la Marine. Cette opération nécessite des moyens logistiques importants, faute de disposer des facilités de la base navale de Djibouti comme les unités françaises et américaines présentes sur zone. Du fait de la nécessaire coordination de la surveillance du golfe d’Aden, cela permet aussi de nouer des liens avec les Marines du Japon et de la Corée du Sud, traditionnellement hostiles au développement de l’outil militaire chinois. En outre, mise en situation de crise réelle, la Marine chinoise acquiert ainsi une solide expérience en relativement peu de temps, en vue de futures missions à longue distance. Elle démontre aussi à la Marine de l’Inde, pays rival, sa capacité à opérer jusqu’en océan Indien. Par ailleurs, la Chine estime que son accès à la mer Rouge et au canal de Suez pourrait être, éventuellement, menacé par la présence de forces américaines en Égypte, à Djibouti, en Arabie saoudite, à Bahreïn, au Koweït, à Oman et dans les Émirats arabes unis, sans oublier les moyens militaires français stationnés à Djibouti et à Abou Dhabi. Enfin, la présence de sa Marine au large des côtes de Somalie permet à la Chine de reconnaître le terrain et de tenter de nouer des relations avec les États riverains, en vue du stationnement éventuel de troupes.

Loïc Salmon

Chine : montée en puissance plus diplomatique que militaire Evolution et continuité de la gestion des crises en Afrique

Selon l’OCDE, les échanges commerciaux de l’Afrique ont augmenté de 708 % avec la Chine, de 506 % avec l’Inde, de 126 % avec l’Union européenne et de 122

% avec les États-Unis entre 2000 et 2009 (carte). En outre, d’après l’Association (américaine) de politique étrangère, les exportations de matières premières de l’Afrique ont crû de 2.126 % vers la Chine, de 402 % vers les États-Unis et de 119

% vers l’Union européenne entre 1998 et 2006.

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Chine : montée en puissance plus diplomatique que militaire

La Chine veut tenir son rang international davantage par la négociation politique que par l’action militaire. Les efforts de modernisation de ses forces armées visent plutôt à s’affirmer comme puissance régionale face, notamment, à l’Inde et au Japon.

C’est ce qui ressort d’une table ronde organisée, le 19 mars 2014 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale. Y ont notamment participé : Pierre Picquart, docteur en géopolitique et géographie humaine (Université Paris 8) ; Patrick Michon, ingénieur civil spécialiste des questions industrielles de défense ; Emmanuel Puig, chercheur à la Délégation aux affaires stratégiques.

Action diplomatique. Selon Pierre Picquart, la vision géopolitique chinoise porte sur le développement économique et commercial du pays, sans alliance militaire ni guerre avec l’Occident. Le pays a connu une croissance extraordinaire jusqu’au ralentissement dû à la crise financière de 2008, suivi d’un plan de relance de plusieurs centaines de millions de dollars portant sur la diversification des activités et la recherche de la qualité des produits. La Chine n’est pas prête de peser comme grande puissance industrielle pour des raisons économiques,

Références

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