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Cinq cent mille francs de rente, roman de moeurs, par le Dr L. Véron...

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(1)

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Cinq cent mille francs de

rente, roman de moeurs, par

le Dr L. Véron...

(2)

Véron, Louis (1798-1867). Cinq cent mille francs de rente, roman de moeurs, par le Dr L. Véron.... 1855.

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CINQ CENT

MILLE FRANCS '

DE

RENTE

(10)

PARIS, TYP. DONDEY-DUPRÉ,RUE SAINT-LOUIS , 16.

(11)

CINQ CENT,

DE RENTE

ROMAN DE MOEURS

PAR

LE DR

L.

VÉRON

II

PARIS

LIBRAIRIE NOUVELLE

BOULEVARD DES ITALIENS, 15, EN FACE DE LA MAISON DORÉE.

La traduction et la reproduction sont réservées.

1855

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(13)
(14)
(15)

Le Bal.

Sur les incitations du

baron,

le général Crouart se rendit près d'une de ses vieilles amies, madamela marquise de Pommereuse,

retirée au fond du quartier du Luxembourg, et voluptueusement blottie sous un édredon

de cinquante mille francs de rente.

(16)

4 CINQ CENT MILLE FRANCS

Marquise, lui dit-il, un des gros bon-

nets de la finance

m'a

rendu- en galant

homme un service d'argent. Il fait son mé- tier d'homme riche : il donne des dîners et

des bals splendides. Parti, je crois, d'un peu

bas, le banquier Picard étale un grand luxe ;

il a une riche galerie, un nombreux domesti- que, des salons dorés; il ne lui manque qu'une compagnie de gens comme il faut. Il donne un bal clans douze jours; s'il pouvait vous plaire d'y assister, vous m'obligeriez!

Les salons de Picard n'ont probablement, jamais vu une marquise.

Florine de Pommereuse, née de Courta-

Jin, avait aimé le monde et les plaisirs ; ses beaux jours dataient de la- restauration.

Présentée sous Louis XVIII, elle tenait un

(17)

DE BENTE. 5

haut rang à la cour et dans la noblesse du

faubourg Saint-Germain. Issue d'une noble

et riche famille du midi, elle épousa encore

jeune le marquis de Pommereuse, officier supérieur des gardes du corps du

roi,

qui

devait

un jour

mourir en Allemagne,

où,

sujet fidèle, il suivit, après 1830, la branche aînée des Bourbons.

L'indemnité des émigrés avait arrondi les revenus de l'ancienne maison des Pomme- reuse.

,

Malgré ses soixante ans, on retrouvait

dans la marquise des restes de beauté et des

traces de coquetterie. Elle mettait du rouge,

se préoccupait de ses coiffures, de sa toilette.

Elle se plaisait à se parer de bijoux, de ba-

(18)

6 CINQ CENT MILLE FRANCS ,

gues, de pendantsd'oreilles, de carcans,

colliers. Elle avait conservé de la gaieté,

un

esprit

jeune, un

coeur tendre

et

char-

mant.

Le général remit à la marquise, pour le

bal du nouveau millionnaire, une invitation qu'elle accepta. Il lui assura que toutes les personnes présentées par elle seraient ac-

cueillies avec distinction dans les salons du banquier.

Cette fête fut tout de suite pour la mar-

quise une, grande affaire. Elle était au nombre

de ces dames respectables qui portaient le plus vif intérêt

à

Marie Durand; elle

s'em-

pressa de faire venir madame Dominique, la

protectrice, la seconde mère de Marie.

(19)

DE RENTE.

Madame Dominique, lui dit-elle, vous

savez combien j'aimevotre intéressante pro- tégée. Je tiens à lui causer une surprise, à

lui ménager un divertissement. Je suis in- vitée à un grandbal, chez un de ces financiers

qui font aujourd'hui, en trois mois,

d'ef-

frayantes fortunes à la Bourse. Je veux y présenter Marie comme une de iiies nièces ;

vieille marquise, je serais isolée, délaissée au milieu, de ce monde je ne rencon- trerai certainement personne à qui parler :

la compagnie de Marie me vaudra des assi- duités et des empressements^ la beauté de la nièce attirera les galants autour de

la

tante. Je me charge, bien entendu, de la toi-

lette de

bal:

tous ces préparatifs, auxquels

il faut vite songer; m'égayent déjà; cela me rappelle mon bon temps!

(20)

8

CINQ CENT MILLE FRANCS

Marie accepta avec reconnaissance l'aima-

ble et flatteuse proposition de la marquise ; bien élevée, elle n'éprouvait aucun embarras

à se présenter dans un salon; fille

d'un

co-

lonel, cominandeur de la Légion d'Honneur,

elle avait le droit d'y tenir dignementsaplace.

Elle ne pouvait d'ailleurs se douter que le banquier Picard ne fut autre que le céliba- taire EugèneRémpnd qu'elle avaitplus d'une

fois reçu chez elle. '

Il fut convenu que le jour du bal, Marie

dînerait de bonne heure chez la marquise

et

qu'elle s'y habillerait.

Madame de Pommereuse et madame Do- minique se faisaient une joie de présider à

la toilette de Marie, d'en surveiller, d'en

(21)

DE RENTE. 9

soigner les moindres détails ; elles étaient peut-être toutes deux plus émoliomiées que

la jeune fille elle-même.

Pendant douze jours, cette toilette devint le sujet de tous leurs entretiens, de leurs

études les plus sérieuses ; elles en arrivaient aux discussions, à force de zèle. Elles

te-

naient à ce que leur protégée, qu'elles re-

gardaient comme leur enfant, fût la perle du bal.

Enfin, le grand jour arriva

;

Marie se retira dans la chambre à coucher de madame de Pommereuse, se fit coiffer ; elle se chaussa de bas de soie blancs et de

souliers de satin blanc ; elle revint ensuite à

(22)

10

CINQ CENT MILLE FRANCS

moitié vêtue dans le salon qu'éclairait un grand nombre de bougies : un peignoir garni

de dentelles appartenant à la maîtresse du

logis lui couvrait à peine les épaules, les bras et la poitrine.

La marquise lui enleva en riant le pei- gnoir...

Madame Dominique, s'écria-t-elle...

mais voyez donc cette petite morveuse !

a-t-elle le bras blanc et potelé! a-t-elle une

belle poitrine! a-t-elle une peau de satin ! Peste I ma mie ! si tu n'avais pas pris le bon parti de rester sage, tu ne manquerais pas d'amoureux!

Marie, un peu embarrassée de cette sortie

(23)

DE RENTE. 11

sur les grâces de sa personne, se hâta, en rougissant, de passer sa robe de bal. C'était une simple robe de tarlatane, à trois jupes relevées par une rose entourée de quelques

boutons et d'un léger feuillage.

Une rose était aussi le seul ornement

choisi par le goût de la marquise pour parer

les beaux cheveux de Marie, dont les nom- breuses nattes aux brillants reflets étaient

assez longues pour tourner deux ou trois fois autour de sa tête.

A peine madame Dominique eut-elle atta- ché la dernière épingle, à peine eut-elle re- levé le dernier pli, que par un mouvement presque involontaire, Marie courut devant une glace pour se regarder des pieds à la tête.

(24)

12 CINQ CENT MILLE FRANCS

Mon père et ma mère, dit-elle en sou- riant

, seraient bien surpris et bien heureux

s'ils voyaient leur pauvre fille ainsi parée !

Ma toute belle, répliqua la marquise, bien des duchesses envieraient les trésors

de la pauvre fille. Je donnerais tout ce que je possède pour être jeune et jolie comme

toi. On m'a dit aussi, à moi, que j'étais belle... il y a longtemps ! J'ai même reçu , autant que

je

puis m'en souvenir, plus

d'une

brûlante déclaration : c'était peine perdue I J'estimais et j'aimais M. de Pommereuse;

mais les galants propos, les déclarations font toujours plaisir. C'est même un devoir, pour

les femmes, de se donner la peine de plaire.

Si je plais dans ce bal, répondit Marie

(25)

DE RENTE. 13

en riant, ce sera grâce à vous ! Je suis Cen-

drillon, et vous êtes ma bonne fée, madame

la marquise!

Tu n'arriveras pas au bal du banquier

Mirliflor dans une voiture attelée de six chevaux gris pommelés; mais

j'ai

donné

l'ordre

à mou cocher et à mon valet de pied de

porter

la grande livrée de ma maison.

Tout était

prêt

pour le départ; madame

Dominique jeta une pelisse noire sur les

épaules de la marquise, vêtue en grande

dame, toute couverte de diamants; elle jeta une pelisse rose sur les épaules de Marie, ravissante par son bon air, par sa modestie, par son élégante simplicité.

On remarquait une grande foule, beau-

(26)

14 CINQ CENT MILLE FRANCS

coup de mouvement, aux abords de l'hôtel

Picard, splendidement illuminé.

Des gardes municipaux à cheval, des sergents de ville, maintenaient

l'ordre

au

milieu des curieux et des nombreux équi-

pages qui se succédaient sans interruption.

Dix heures et demie sonnaient, lorsque la voiture de la marquise

s'arrêta

devant le perron. Un moelleux tapis en recouvrait les marches et se prolongeait tout le

long

du grand escalier, où des masses de camélias s'épanouissaient dans dès jardinières au

treillage

doré,

à la lumière éblouissante de riches torchères qui portaient des milliers

de bougies.

Dans la première antichambre, des valet

(27)

DE RENTE. 15

de pied, des chasseurs, des huissiers, for- maient une haie pour le passage des arri- vants. Les dorures étincelaient partout dans

cette antichambre, d'où l'on pouvait en- tendre déjà les vives mélodies d'un orches-

tre

nombreux, aux soli les plus coquets,

aux basses les plus puissantes.

Le valet de pied de la marquise, dont la

livrée de grande maison fut remarquée, prit les pelisses de ces deux dames ; la mar- quise et Marie eurent ensuite à traverser un

salon dont-les glaces descendaient jusqu'au parquet, et devant lesquelles les invités pou-

vaient réparer jusqu'au moindre désordre de leur toilette.

Le suisse frappa deux coups de sa halle-

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16 CINQ CENT MILLE FRANCS

barde,

et un huissier put annoncer avec

fierté, d'une voix de stentor :

—Madame la marquise de Pornniereu.se !

Ce

litre

et ce nom de noble famille reten- tirent dans toutes les salles du

bal,

non

sans

y.produire

un grand mouvement de surprise et -de curiosité. La société qui

remplissait les salons se composait surtout

de femmes d'avoués, de banquiers, de no- taires, d'agents de change et d'hommes d'af-

faires !

Tous les regards se dirigèrent vers la

porte d'entrée, et chacun d'admirer les grands airs de la

marquise

et la beauté sympathique de Marie, séduisante de grâce,

de

distinction et de timidité.

(29)

DE RENTE. 17

Que de questions on se faisait déjà à l'o- reille !

D'où vient cette marquise de Pomme- reuse? Quelle est cette jeune personne

qui l'accompagne, si charmante, si modeste,

si élégante?

Tout le monde se rangeait sur leur pas- sage; elles étaient les bienvenues!

Picard, chamarré de plaques sur la poi- trine, ,de grands cordons d'ordres étrangers,

se précipita, avec le vieux général Crouart, au-devant de la marquise de Pommereuse.

Je vous présente ma nièce, dit la mar-

quise à Picard ; et la jeune Marie, baissant

II. 2

(30)

18 CINQ CENT MILLE FRANCS

les yeux, fit au maître de la maison la plus charmante révérence ; mais quelle surprise, quelle émotion pour tous deux, quand tout à coup leurs regards se rencon- trèrent.

Picard croyait rêver ! Malgré cette ressem-

blance

qui le frappait, il se disait que la nièce de la marquise ne pouvait être Marie

Durand, et pourtant il se disait aussi avec assurance, avec conviction : C'est bien elle!

Picard cherchait à Vaincre et à cacher

toute tendresse respectueuse qu'il res- sentait pour Marie, et dont l'expression in- volontaire ne devait pas échapper à la pé- nétration de la marquise.

De son côté, Marie

n'y

fut point trompée :

(31)

DE RENTE. 19

du premier coup d'oeil, elle reconnut dans

Picard, Eugène Rémond; elle s'affligea d'un

mensonge, d'une ruse dont elle avait été la dupe ; elle mesura avec effroi de quels dangers l'avaient entourée les perfidies

habilement calculées du baron de Longue- ville. En se rappelant les lettres d'invitation pour ce bal, elle pouvait constater que le

prétendu célibataire Eugène Rémond, ou plutôt que Picard était marié?

Le banquier et le vieux général escor-

tèrentla

marquise et la jeune Mariejusqu'au^

près de madame Picard et de sa fille. Après les révérences d'usage, les deux nouvelles

arrivées

prirent

place sur des fauteuils

à

côté de la maîtresse et de la fille de la mai- son. Marie, au milieu des premiers embarras

(32)

20 CINQ CENT MILLE FRANCS

de la conversation, trouva le moment de dire à Picard, à la dérobée :

—Que je suis heureuse, monsieur, de pou- voir aujourd'hui, sans rougir, être présentée

à la femme, à la fille de M. Eugène Ré- mond !

Marie conquit tout de suite les sympathies

de Blanche et de sa mère. Ces deux coeurs

pleins de tristesse semblaient attirés vers

la pauvre orpheline, dont le

naturel, l'air

gracieux et décent les charmaient.

A la vue de cette mère de famille qui lui inspirait déjà

un

vif sentiment d'intérêt,

Marie éprouvait une joie secrète d'avoir échappé aux périls qui l'avaient menacée.

(33)

DE RENTE. 21

Que je serais malheureuse, se disait-

elle, si en me laissant tromper, j'avais rem-

pli cette maison de chagrin et de désespoir! Picard offrit son bras à la marquise pour la conduire dans tous les salons, et le gé- néral offrit le sien à Marie.

Au milieu des flots de curieux qui se

pressaient, forcés de s'arrêter un instant,

Picard, séparé tout à coup de madame de Pommereuse, se rapprocha de la jeune fille et sollicita son

pardon.

— Croyez bien, lui dit-elle, que je suis venue ici comme à un bal masqué, sans me douter surtout que je pourrais vous y ren- contrer. La marquise, si bonne pour moi, a

(34)

22 CINQ CENT MILLE. FRANCS

tout

arrangé;

elle s'est fait une partie de plaisir de me parer, de m'amener au bal et

de me présenter comme sa nièce.

.

Cette nouvelle Cendrillon et sa bonne fée

revinrent prendre,place près de Blanche et

de madame Picard; il se forma autour de

ces dames un cercle de chevaliers empressés et galants. Marie fut bientôt assiégée d'invi-

tations à danser; les plus entreprenantscher- chèrent même, comme

l'avait

prévu la mar- quise, à engager des commencements de conversation avec la tante, pour se faire bien venir de la nièce.

Le jeune de Rhétorière se glissa

an

premier

rang dans cette foule ; mais tous ses.regards et toutes ses invitations n'étaient que pour

(35)

DE RENTE. 23.

Blanche. N'avaient-ils pas bien des choses à

se dire? ils profitèrent du bruit de l'orchestre

et du mouvement des quadrilles.

.

-—-Sachez bien, lui dit-elle, que tout est

fini pour nous : mon père exige que je sois la femme du comte de la Roserie; mais je tiendrai les serments que je me suis faits à

moi-même : il me serait impossible

d'obéir.

—-J'ai perdu

tout

espoir, répondit l'aile

cien et modeste commis, depuis que votre père à su amasser en si peu de temps une

si colossale fortune. Je vous aime, je vous

aimerai toujours,

je

n'aimerai jamais que vous; mais, écoutez-moi : il y a dans cette maison un homme dangereux qui conspire contre la fortune et l'honneur de vôtre père;

(36)

CINQ CENT MILLE FRANCS

je ne peux suivre que de loin toutes ses me- nées; éveillez contre ce Ledain la défiance

de M. Picard. Je ne suis point un calom- niateur ; qu'on m'interroge si l'on veut. Les faits ne me manqueront pas pour l'accuser

et

le

confondre.

Ledain, cet affreux personnage, conti- nuait

, même au milieu du

bal,

son infâme

manége contre celui qui lui accordait toute sa confiance. Exploitant la vive impression que causait sur tous la beauté de Marie, il

fit tant que ce bruit calomnieux rasa bientôt le parquet des salons :Marie est la. maîtresse

de Picard.

Quelques vagues indiscrétions de la Car- doville, sa digne amie, avaient inspiré à

(37)

DE RENTE, 25

Ledain cette atroce insinuation; il ajouta même que cette jeune fille n'était pas la nièce de la marquise, et que cette prétendue mar-

quise n'était qu'une aventurière.

Les méchants propos font vite leur che-

min. Ces révélations, qui furent accueillies avec joie par tous ceux dont Picard excitait

l'envie, égayèrent un grand nombre

d'in-

vités.

Pendant les premières heures du bal, le

baroride Longuevilie s'était trouvé cloué par une perte de trente mille francs à une table

de baccarat; il avait entendu vanter les grands airs de la marquise et la beauté an-

gélique sa nièce. Mais les moeurs du

ba-

ron ne l'attiraient guère que vers les anges

(38)

26 CINQ CENT MILLE FRANCS

en vacances, qui font leurs farces dans ce monde.

Cependant, dès qu'il eut entendu accuser Picard d'avoir présenté à sa femme et à sa

fille une drôlesse dont il était

l'amant,

il se

leva tout indigné pour démentir une plai- santerie si cruelle, qui pouvait tout à la fois porter atteinte au caractère honorable de Picard et révolter, en arrivant jusqu'à sa

femme, la tendresse d'un coeur honnête et

dévoué. Le baron obéissait quelquefois à des sentiments généreux, surtout lorsqu'il ne

s'agissait pas d'argent.

Longueville protesta avec tant de chaleur,

avec tant d'honnêteté, qu'on crut à ses pa-

roles. Quelques personnes honnêtes qui con-

(39)

DE RENTE. 27

naissaient Picard comme époux, comme

père

de famille, comme galant homme, se joigni-

rent au baron pour repousser

avec énergie de si folles

et

si perfides inventions.

Il suffit de

regarder

cette

jeune

fille,

ajoutaient-ils,

pour être

certain qu'elle est bien

élevée, d'une bonne

famille,

d'une bonne

conduite.

Il

suffit de voir

et

d'enten-

dre

la marquise

pour être

certain que ce

n'est point là une aventurière.

Cette réaction de

l'opinion publique,

en faveur de

Picard,

déconcerta Ledain, qui

prit

le parti de

s'esquiver pour

éloigner de

lui

tout

soupçon

compromettant,

Au milieu de toutes ces agitations, le

(40)

28 CINQ CENT MILLE FRANCS

comte de la Roserie ne trouva qu'un très-

froid accueil auprès de Blanche; il ne put

danser avec elle qu'une seule fois, et malgré

ses aimables instances, ils n'échangèrent

que d'insignifiantes paroles.

Picard se plaignait à sa femme et à sa fille,

devant la marquise, de ce que M. de la Ro- serie s'était rendu presque invisible pendant

la soirée.

Le comte de la Roserie? s'écria la marquise ; mais il est mort depuis plus de deux ans ! Je les ai beaucoup connus, les la

Roserie...

Madame la marquise, répliqua Picard,

il s'agit de leur fils, jeune homme de vingt- quatre à Vingt-cinq ans.

(41)

DE RENTE. 29

Mais, madame de la Roserie

n'a

jamais eu de fils ; dans ma jeunesse, la comtesse,

que j'aimais beaucoup, me parlait souvent de son vif chagrin de n'avoir point d'enfants : nous avions toutes deux le même regret,

la

même peine! Prenez-y garde, M. Picard : il y a là-dessous quelque mystère, et la per-

sonne dont vous paraissez faire un grand

cas ne peut être qu'un faux comte de la Roserie.

.

Dans son franc parler, la marquise laissait voir toutel'indignation que lui causait

l'usur-

pation

d'un titre

de noblesse.

Les paroles de madame de Pommereuse, prononcées avec l'accent de la vérité, cau-

sèrent

à

Picard une

grande surprise,

un

(42)

30 CINQ CENT MILLE FRANCS

grand désappointement, sa femme et sa

fille en ressentirent au contraire une joie

secrète qu'elles se gardèrent bien de laisser

deviner.

Dans cette cohue de gens de Bourse et d'in- connus qui avaient reçu une invitation per-

sonnelle ou qui s'étaient fait présenter le soir même au maître du logis, Picard

eut

encore

à subir plus d'une humiliation, plus d'une

blessure d'amour-propre.

,

Soit qu'il parcourût les salons, soit qu'il

se tînt presque caché derrière les rangs pressés des danseurs et des

curieux,

plus d'une fois des propos fâcheux pour sa per- sonne, .hostiles même, vinrent frapper son oreille.

(43)

DE RENTE. 31

—Ce

sont nos différences qui payent tout

ce luxe! disait l'un.

Il m'a fait perdre cent mille francs à

la dernière liquidation des chemins ! disait

l'autre.

Ces gros capitalistes, ajoutait celui-ci,

jouent contre nous avec des dés pipés!

Je

l'ai pourtant connu, répliquait en

riant

celui-là, garçon épicier rue de la Ver-

rerie ; les plaques et les grands cordons

d'alors...

c'étaitune

serpillière.

Ne trouvez-vous pas, messieurs, s'é- criait le docteur Burdin, aigri par quelques pertes de Bourse, tourmenté d'un besoin d'ingratitude envers Picard,qui l'avait admis

(44)

32 CINQ CENT MILLE FRANCS

dans plus d'une affaire, que les fleurs

de

ces

salons sentent le poivre et la cannelle ?

Toutes ces magnificences, toutes ces splendeurs et surtout les millions qu'elles représentaient avaient provoqué, chez bien

des gens plus ou moins étrillés par la hausse et par la baisse, de mauvais sentiments qui

se trahissaient en grossiers quolibets.

Par une compensation assez triste, des

flatteurs dont le banquier avait acheté le semblant de dévouement, en les mettant

quelquefois dans son

jeu,

ne tarissaient

pas d'éloges sur la somptuosité, sur les richesses de l'hôtel Picard.

On est trop heureux

, répétaient-ils

(45)

DE RENTE. 33

bien

haut, que

les millions

tombent

dans des mains généreuses

et

enrichissent

un

homme

d'esprit et

de goût !

Ainsi, on ne se faisait aucun scrupule, soit

de maltraiter en

paroles, soit de

duper par d'hypocrites

flatteries, celui que la fortune avait pris au collet

pour

le combler de ses faveurs.

Dans cette fêtese succédaient des inci- dents plus

ou

moins piquants pour

l'obser- vateur, le jeune

Anatole faisait

auprès de

tous, sans

prétention,

sans

embarras,

en bon garçon, les

honneurs

de lamaisondeson

père.

Il dansa plus

d'une

fois avec Marie,

dont

la physionomie, dont

l'altitude

gracieuse

et

II. 3

(46)

34 CINQ CENT MILLE FRANCS

distinguée l'avaientbien vite séduit. Ce jeune étourdi commençait à se lasser des Cardo-

ville.

La marquise, de son côté, se montrait

pleine de sympathie pour Anatole. Elle re- grettait que ce beau jeune homme, spirituel et d'un si grand air, ne fût pas duc ou mar-

quis.

Les assiduités du jeune Picard près de

Marie furent remarquées, et les faiseurs de nouvelles croyant deviner l'énigme de

la

si- tuations répandirent le bruit que la main de cette jeune personne était destinée au riche et brillant Anatole.

C'est sans doute une fille bien née

,

(47)

DE RENTE; 35

niais

pauvre,

dont

marquise veut faire la fortune

par un riche

mariage1

Deux

heures

du matin

sonnèrent.

Picard

vint arracher

le baron

de

Lorigueville de la

table

de baccarat, où il

s'était

installé de nou- veau,

et l'avertir

qu'il- était

l'heure

de don-

ner

le signal

du

souper.

Il

lui

raconta

à l'oreille toute

l'histoire

de la marquise

et

de

Marie; il le

pria

de

garder

le plus profond silence

sur tout

ce

qu'il

savait;

il lui

recom- manda

d'éviter toute rencontre

avec la

jeune orpheline,

de

peur

de lui causer quelque

trouble et

quelque

embarras

j

prudente

re- commandation

dont n'avait

pas besoin

le

dévouement du

baron.

Les danses cessèrent, et

toutes

les dames

(48)

36 CINQ CENT MILLE FRANCS

furent conduites

jusqu'à l'entrée

de

la

gale-

rie où devait

être

servi le souper.

C'était un spectacle féerique auquel

ne

faisaient point défaut les spectateurs.

Deux cents personnes à la fois

purent

s'as-

seoir ;

le

service se fit avec

un

ordre et une

méthode

admirables, sous la surveillancedu contrôleur général Alexandre, qui se distin- guait au milieu de tous par son impassibilité,

par son regard d'aigle, par les diamants qui brillaient à sa chemise et-à ses doigts.

Un orchestre dont les instruments de Sax avaient été bannis, exécutait avec les plus

fines nuances les quadrilles de la Fée aux

roses, du Prophète et du Caïd, les grands

succès de théâtre les plus récents.

(49)

DE RENTE. 37

Pendant le souper, dont le

riche

et

rare menu

rappelait celui

dont

nous avons

repro-

duit les pittoresques détails, Anatole redou- bla dé soins

et d'attentions

auprès de la marquise

et

de Marie; il alla

plus

loin : il sollicita de madame de Pommereuse la per- mission de se

présenter

chez elle.

Vous m'intéressez, monsieur Anatole,

répondit la

marquise,

et je

ne veux pas vous

jouer un

mauvais

tour. J'aurais grand

plaisir à vous

recevoir,

mais dans vos visites, vous ne

rencontreriez

que moi seule : ma nièce me

quitte demain pour retourner

dans

sa

fa-

mille. A

votre

âge,

on

a toujours mieux à faire que de causer avec une vieille femme.

Cette

réponse

désespéra ce

jeune homme

(50)

38 CINQ CENT MILLE FRANCS

déjà bien épris de la nièce de madame de Pomrnereuse.

Après, Je souper du moins, répondit-il;

mademoiselle Marie me donnera une con- tredanse?

Marie consulta du regard la marquise;

elle accepta.

Le souper à peine fini, l'orchestre du bal

se fit entendre. Anatole

et

Marie, au milieu

du mouvement, du bruit, du tumulte géné- ral, trouvèrent presque l'occasion d'un tête-

à-tête.

Mademoiselle, il est impossible que

vous. refusiez de me recevoir, soit chez

(51)

DE RENTE.

madame de

Pommereuse,

soit dans

votre

famille.

La

jeune

fille déconcerta cette passion su- bite

par un

éclat de

rire.

Il se

joue ici,

monsieur, répondit-elle,

une

comédie assez plaisante; mais comme

la vérité n'a rien dont je

doive

rougir, je

vous la

dirai tout

entière.

Je

ne suis point la nièce de la

marquise.

Madame de Ponir

mereuse,

qui

m'honore

de sa

protection, tenait, pour

obliger son ami le

général, à venir

à cette fête ; elle m'a

parée, m'a

"fait

monter

dans son

carrosse, et m'a

présentée

comme, sa nièce. Cette

innocente plaisante- rie

était

pour

elle

une distraction, un amu-

sement, et je m'y

suis

prêtée

de bon coeur.

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