SITUATION DU LYNX ROUX (LYNXRUFUS) AU QUÉBEC
par
François Noiseux Réhaume Courtois
et René Lafond
Juillet 1993
Québec
SITUATION DU LYNX ROUX (Lynx rufus) AU QUÉBEC
François Noiseux Les Consultants BIOFAUNE1
Réhaume Courtois René Lafond
Ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche Direction de la faune et des habitats2
1 1792 rue Des Bourrasques, Ste-Foy (Québec), G2G 2A3
2 150 boul. René Lévesque est, Québec (Québec), G1R 4Y1
Juillet 1993
Référence à citer
NOISEUX, F., R. COURTOIS et R. LAFOND. 1989. Situation du Lynx roux (Lynx rufus) au Québec. Québec, Min. Loisir, Chasse et Pêche, Dir. faune et des habitats. Serv. faune terrestre, 40p.
Dépôt légal
Bibliothèque nationale du Québec, 1993 ISBN: 2-550-28126-8
Ill
RESUME
Le Lynx roux {Lynx rufus) n'est présent que dans le sud et dans l'est du Québec.
Il y est à la limite nord de son aire de distribution. Une revue de la littérature suggère que son habitat est principalement caractérisé par la présence d'une strate arbustive dense où ses proies sont abondantes. Au Québec, les populations de Lynx roux sont relativement faibles et la superficie du domaine vital de cette espèce est supposée élevée.
Le nombre de captures de lynx a diminué de façon significative depuis la fin des années 1960. Un total de 375 peaux furent enregistrées en 1969 comparativement à seulement 51 en 1990-91. Le prélèvement du Lynx roux a été interdit par la suite. Pour les saisons de piégeage 1985-86 et 1986-87, respective- ment 70 et 59 carcasses de Lynx roux ont été recueillies en Estrie. Le patron saisonnier des captures suit une courbe normale avec une récolte maximum en décembre. Bien que le rapport des sexes fut de 1:1, les femelles furent capturées en plus grand nombre de décembre à la fin de la saison, tandis que les mâles le furent du début à la mi-saison. La moyenne d'âge des individus capturés était de 1,7 et 1,8 an pour les deux saisons de piégeage. La moyenne des portées des femelles a été estimée à 2,1 chatons. L'âge à la première reproduction a été de 1,5 an, mais très peu de femelles y parvenaient aussi tôt. Le recrutement a été estimé à environ 33%.
Nous avons examiné les diverses méthodes de suivi des populations de félidés. La saison de piégeage étant actuellement fermée, nous estimons que les caractéristiques biologiques des captures accidentelles et le carnet du piégeur s'avèrent les outils les plus appropriés pour étudier les tendances de la population québécoise de Lynx roux.
TABLE DES MATIERES
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TABLE DES MATIÈRES v LISTE DES FIGURES ET TABLEAU vii 1. INTRODUCTION 1 2. MÉTHODOLOGIE 2 3. BIOLOGIE DU LYNX ROUX 4 3.1 Distribution 4 3.2 Habitat 5 3.3 Densité de population et territoire 6 3.4 Comportements et habitudes alimentaires 8 3.5 Reproduction 9 3.6 Mortalité 11 4. EXPLOITATION DU LYNX ROUX AU QUÉBEC 12 4.1 Récolte provinciale 12 4.2 Répartition régionale des captures 15 4.3 Répartition saisonnière des captures 19 4.4 Rapport des sexes 21 4.5 Structure d'âge des captures 23 4.6 Reproduction 25 5. CONCLUSION 27 6. REMERCIEMENTS 29 7. BIBLIOGRAPHIE 30 ANNEXE 1 35
Vil
LISTE DES FIGURES ET TABLEAU
Page Figure 1: Nombre de peaux enregistrées au MLCP et valeur mar-
chande des fourrures de Lynx roux de 1968 à 1990 13 Figure 2: Répartition régionale des captures de Lynx roux pour les
saisons de piégeage 1984-85 à 1987-88 15 Figure 3: Distribution des captures de Lynx roux au Québec pour les
saisons de piégeage 1984-85 et 1985-86 17 Figure 4: Distribution des captures de Lynx roux au Québec pour les
saisons de piégeage 1986-87 et 1987-88 18 Figure 5: Répartition régionale des captures de Lynx roux par 100
km2 pour les saisons de piégeage 1984-85 à 1990-91 19 Figure 6: Répartition saisonnière des captures de Lynx roux pour les
saisons de piégeage 1985-86 et 1986-87 20 Figure 7: Répartition saisonnière des captures en fonction des sexes
pour la saison de piégeage 1985-86 22 Figure 8: Répartition saisonnière des captures en fonction des sexes
pour la saison de piégeage 1986-87 22 Figure 9: Pyramide d'âge pour la saison 1985-86 24 Figure 10: Pyramide d'âge pour la saison 1986-87 24
Tableau 1: Types de données utiles pour la gestion des populations
d'animaux à fourrure 37
1. INTRODUCTION
Les animaux à fourrure ont toujours occupé une place prépondérante dans le patrimoine faunique du Québec. Traditionnellement, les efforts ont surtout été concentrés sur les espèces produisant des retombées économiques importantes, particulièrement le Castor (Castor canadensis) (Brunelle et Bider, 1989), le Lynx du Canada (Lynx canadensis) (Noiseux et Bernard, 1987; Noiseux et Doucet, 1986) et la Martre d'Amérique (Martes americana) (Fortin et Cantin, 1990). La mise en application d'un nouvelle politique du piégeage en 1984 et une préoccupation croissante pour les espèces vulnérables ou menacées a cependant contribué à augmenter l'intérêt pour des espèces ayant un impact économique moins important.
Le Lynx roux (Lynx rufus) est l'une de ces espèces. Confinée à des régions particulières du territoire québécois, elle est en outre relativement facile à capturer. De plus, le nombre croissant de trappeurs et la hausse générale du prix des fourrures jusqu'en 1987 en ont fait une espèce très prisée de la part des trappeurs jusqu'à la fermeture des saisons de chasse et de piégeage en 1991.
Jusqu'à présent, peu de données ont été recueillies sur le Lynx roux principale- ment à cause de sa faible abondance et de sa distribution géographique limitée.
De plus, l'arrêt de la chasse et du piégeage a rendu les informations utiles à son suivi encore plus difficiles à obtenir et à analyser.
Le présent rapport a donc pour objectif de combler cette lacune. Il fait la synthèse des connaissances biologiques sur cet animal à fourrure, présente les données d'exploitation disponibles et analyse les paramètres des populations exploitées. Des propositions de suivi de population sont également formulées.
2. METHODOLOGIE
Les données touchant au nombre et à la distribution régionale des captures de Lynx roux proviennent du fichier des transactions de fourrures du ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche. Les données biologiques qui ont servi aux analyses du rapport des sexes, des classes d'âge et de la reproduction ont été recueillies à partir des carcasses de Lynx roux: 70 spécimens ont été recueillis auprès des trappeurs de la région de l'Estrie en 1985-86 et 59 en 1986-87 grâce à un incitatif monétaire et envoyés au Service de l'aménagement et de l'exploita- tion de la faune de la région de Québec pour analyse (Fortin 1986).
Le lieu et la date de capture étaient enregistrés. Après avoir déterminé le sexe de chaque animal, les prélèvements suivants étaient effectués: tractus génital des femelles, canines inférieures, estomac et tête. Le décompte des traces placentaires a été réalisé à partir de l'examen macroscopique de l'utérus. Les ovaires étaient fixés dans du formol 10% et gardés pour le décompte ultérieur des corps jaunes par l'analyse macroscopique de coupes successives de l'ovaire. Les deux canines inférieures ont été extraites à l'aide d'un élévateur dentaire après trempage de la mâchoire inférieure dans de l'eau chaude pendant environ deux minutes (température inférieure au point d'ébullition). Les deux canines de chaque spécimen ont été décalcifiées dans une solution d'acide nitrique 5% pendant sept jours. Après déshydratation et imprégnation dans la paraffine, elles étaient coupées longitudinalement et sagittalement au microtome, à une épaisseur de 10 microns, et colorées à l'hématoxyline de Harris pendant 30 minutes. Les lames typiques des classes d'âge présentes dans la population ont été photographiées (film Kodachrome 25 ASA). L'estomac et la tête de chaque animal ont été identifiés, congelés et retournés au Service de l'aménagement et de l'exploitation
de la faune de la région de la région de l'Estrie pour une analyse ultérieure (Fortin 1986).
Les analyses statistiques ont été réalisées sur ordinateur personnel Apple Macintosh SE avec le logiciel Statview™.
3. BIOLOGIE DU LYNX ROUX
3.1 Distribution
Le Lynx roux était historiquement présent du centre du Mexique jusqu'au sud du Canada. Il se retrouvait ainsi dans la presque totalité des états américains (Rolley 1987). Depuis le début du siècle, deux facteurs principaux, soit les changements de l'habitat liés aux activités agricoles et la persécution par l'homme ont fait en sorte que cette espèce est aujourd'hui absente de certaines régions des États-Unis (Erickson et al. 1981). Par contre, l'on assiste à une extension de l'aire de distribution de ce félidé au Canada depuis les 40 dernières années environ. En effet, Peterson et Downing (1952) ainsi que Parker et al. (1983) ont rapporté la présence de Lynx roux de plus en plus au nord, en Ontario, de même qu'à l'île du Cap Breton en Nouvelle-Ecosse. Cette pénétration vers le nord s'est produite concurremment à la remontée vers le nord de la limite sud de l'aire de distribution du Lynx du Canada. Parker et al . (1983) suggèrent que le facteur qui empêcherait le Lynx roux de monter encore plus au nord serait l'épaisseur de la couche de neige. La plus grande surface portante des pattes du Lynx du Canada faciliterait ses déplacements sur la neige par rapport au Lynx roux.
Bien qu'à la limite nord de son aire de distiibution, le Lynx roux est présent dans certaines régions du Québec. Selon Gosselin (1988), cette espèce se retrouverait dans 5 régions administratives du Québec. Certaines populations de Lynx roux sont marginales. Des fourrures de cette espèce étaient vendues un peu partout au Québec, mais il est probable que certains enregistrements soient le fruit d'erreurs d'identification et/ou de problèmes au niveau du système de collecte des données. Cette hypothèse expliquerait la majorité des enregistrements occasionnels de Lynx roux au Saguenay-Lac-St-Jean, sur la Côte-Nord, en
Abitibi-Témiscamingue, dans l'Outaouais et au Nouveau-Québec. Au sud du fleuve Saint-Laurent, les régions où la présence de Lynx roux est couramment rapportée sont les suivantes: Montréal, Estrie, Bas-St-Laurent / Gaspésie, Trois-Rivières et Québec.
On reconnaît jusqu'à 8 sous-espèces de Lynx roux. Cette différenciation est basée sur la taille de l'animal, qui elle, serait fonction de la latitude. Ainsi, les sous-espèces du sud seraient les plus petites, alors que celles du nord seraient les plus grandes. Le Québec étant situé à la limite nord de l'aire de distribution, nous y retrouvons la plus grande sous-espèce {Lynx rufus gigas). La carte de l'aire de distribution produite par Banfield (1977) suggère que des individus de la sous-espèce Lynx rufus rufus seraient aussi présents à l'extrémité sud du Québec.
3.2 Habitat
La grande distribution géographique du Lynx roux montre bien à quel point cette espèce peut s'adapter et utiliser une grande variété d'habitats. Ce lynx peut aussi bien s'accommoder des déserts du Mexique et des États-Unis comme il peut habiter les forêts de conifères des états de la Nouvelle-Angleterre, de l'Ontario et du Québec. Une récente enquête auprès des trappeurs et chasseurs de Lynx roux (Garant, 1990) montre que plus des trois quart (76%) des captures québécoises étaient effectuées dans des peuplements résineux (59%) ou en régénération (17%). Seules les vastes terres cultivées seraient exclues de son habitat. Le Lynx roux utilise différents secteurs à l'intérieur de l'habitat où il a décidé de s'établir. Leur utilisation varie en fonction de la végétation présente, de la topographie des lieux et des besoins de nourriture et d'abri. Il est clairement établi que l'on retrouve le Lynx roux plus fréquemment dans des
secteurs où la strate arbustive est très dense et où la densité des proies est élevée.
Des perturbations de l'habitat induites par l'exploitation forestière font évoluer la forêt vers des stades forestiers favorables au lynx. Par exemple, dans le sud-est de l'Oklahoma, des sites de coupes de moins de 10 ans supportent de fortes densités de proies et de lynx (Rolley et Warde 1985). À des latitudes plus nordiques, comme au Québec, les successions végétales étant plus lentes, les sites de coupe de plus de 10 ans supporteraient des populations de proies élevées. Les peuplements de transition, constitués de sapins (Abies balsamea) et d'épinettes (Picea spp.) associés à des feuillus, sont des endroits de prédilection pour l'établissement de populations de Lynx roux au Québec. Ces associations végétales supportent de fortes populations de lagomorphes (Alain 1986) et de petits rongeurs. De plus, en hiver, ces mêmes peuplements procurent un habitat présentant des conditions météorologiques plus clémentes (peu de neige au sol, de faibles vents). Selon McCord (1974), ce sont également ces facteurs qui auraient permis au Lynx roux d'atteindre la limite nord de l'aire de distribution qu'on lui connaît présentement.
Fuller et al. (1985) et Rolley et Warde (1985) ont observé des changements saisonniers dans l'utilisation de l'habitat par le Lynx roux. Ces changements répondent apparemment aux modifications saisonnières dans la disponibilité des proies, aux variations climatiques et aux modifications de la demande énergétique associée à la reproduction. Le lynx utilise des milieux plus ouverts en été.
3.3 Densité de population et territoire
Le Lynx roux est un animal solitaire et territorial. Il semble également exister une relation inverse entre la taille des territoires et la densité de population qui peut varier de 4.0 à 270.0 lynx/100 km2 (Rolley 1985). Les faibles densités sont
typiques des environnements sévères, comme les déserts, et les régions nordiques.
Ainsi, au Québec, on peut s'attendre à ce que la densité des populations soit très faible.
La densité de lynx est idéalement calculée à partir des données de télémétrie en déterminant la taille du territoire utilisé par un animal et le pourcentage de recouvrement des territoires de deux lynx voisins. Ces estimations varient grandement. McCord et Cardoza (1982) rapportent des territoires variant entre 0,6 et 201,0 km2. La taille du domaine vital est toutefois grandement influencée par le sexe, la densité de la population et la qualité de l'habitat (i.e. abondance des proies). Il a été déterminé que le territoire des mâles est de 2 à 5 fois plus grand que celui des femelles, probablement à cause du caractère polygame des mâles. De plus, les femelles auraient des limites territoriales mieux définies et plus exclusives. Les mâles, quant à eux, chevaucheraient grandement les territoires de leurs voisins. Néanmoins, lorsqu'il y a superposition de territoires, les individus de même sexe évitent d'entrer en contact les uns avec les autres grâce à un espacement temporel (Zezulak et Schwab 1979).
Il peut y avoir de rapides changements dans la dimension des territoires dans une région donnée en réponse au déclin des populations de proies ou en réponse à l'exploitation par le piégeage (Bailey 1981). Les tenitoires laissés vacants sont rapidement colonisés par des individus errants. Ceux-ci sont généralement des juvéniles en quête d'un premier temtoire alors qu'ils ont été chassés par la mère en vue de la prochaine saison d'accouplement (Bailey 1981). La superficie des territoires augmente également selon la latitude (Fuller et al. 1985). Au Québec, la superficie des territoires devrait donc être relativement grande.
3.4 Comportements et habitudes alimentaires
II y a peu de documentation qui fait état d'observations directes sur le comporte- ment du Lynx roux. La plupart des informations disponibles proviennent de l'interprétation des données de télémétrie, de suivis de pistes et d'observations d'animaux en captivité.
Le Lynx roux semble actif à toute heure du jour et de la nuit mais il existe un patron d'activité bimodal dont les pics sont fortement reliés aux activités de ses proies. C'est à l'aube et au crépuscule que le Lynx roux est le plus actif. Les lagomorphes (qui représentent jusqu'à 90% de sa diète) et les petits rongeurs sont principalement actifs durant ces deux périodes. La diète du Lynx roux est très diversifiée faisant de lui une espèce opportuniste. Il ne subit donc pas les effets des cycles du lièvre. Il réussit à débusquer ses proies en arpentant de long en large les endroits propices. La mise à mort a lieu généralement après une brève course. Si celle-ci dépasse les 18 m, la poursuite est abandonnée (Rollings 1945, Pollack 1951). Dans certaines régions plus au nord où l'épaisseur de la neige est contraignante, le cerf fait également parti de la diète du lynx. La mise à mort se fait alors en surprenant la proie lorsqu'elle est couchée; le lynx mord le cou du cerf et coupe les artères et veines de cette région (Matson 1948, McCord et Cardoza 1982).
Le Lynx roux délimite son territoire en laissant ses fèces et ses urines à des endroits précis. Tout comme le Lynx du Canada, il laisse derrière lui des sites de marquage appelés "toilettes" où plusieurs fèces sont accumulées à la suite de visites successives (Kight 1962, Bailey 1972). Ces sites sont généralement situés près des tanières ou près des sentiers régulièrement empruntés par l'animal.
Bailey (1972) a émis l'hypothèse que les marquages urinaires serviraient à
prévenir la rencontre entre individus, alors que les marquages fécaux seraient utilisés pour revendiquer l'exclusivité d'endroits spécifiques à l'intérieur du territoire. Lors de la période d'accouplement, l'urine de la femelle servirait à informer les mâles de l'état de fécondité dans lequel elle se trouve. Les
"toilettes" peuvent être associées à d'autres marquages faits avec les griffes des pattes avant. Les griffades seraient utilisées comme élément visuel pour signaler la présence d'urine et/ou de fèces.
3.5 Reproduction
La plupart des études reliées à la reproduction sont descriptives. Les données de productivité sont le fruit d'observations indirectes telles que le décompte des traces placentaires, des embryons, des corps jaunes et corps blancs. La relation entre ces indices et le nombre réel de jeunes à la naissance n'a pas été établie.
Le pic de la période d'accouplement est très variable d'une étude à l'autre, laissant croire qu'elle est grandement influencée par des facteurs tels la latitude, la longitude, le climat, la photopériode, la qualité et la quantité de nourriture disponible, et, finalement, la structure de la population (McCord et Cardoza 1982). Au Québec, on peut penser que la période d'accouplement a lieu de la fin février jusqu'à la fin de mars.
Il était admis que l'ovulation chez les félidés était induite par la copulation (Asdell 1946) mais de récentes études tendent à démontrer que l'ovulation est spontanée et qu'elle peut survenir jusqu'à trois fois au cours de la période d'accouplement si la fécondation n'a pas lieu (Crowe 1975, Fritts et Sealander
1978).
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La période de gestation dure entre 50 et 70 jours avec un mode de 62 jours (McCord et Cardoza 1982). La naissance des jeunes lynx se produit généralement entre mars et juin selon le pic de la période d'accouplement. Fritts et Sealander (1978) ont déjà observé une naissance au mois de septembre. Selon eux, il s'agissait d'une femelle juvénile qui en était à sa première saison de reproduction.
Il a également été rapporté qu'en de rares occasions (dans le sud par exemple), le Lynx roux pouvait avoir deux portées par année (Winegarners et Winegarners
1982).
La portée moyenne compte entre 2,5 et 3,9 chatons, avec un maximum observé de 6. Il semble y avoir peu de variation régionale dans le nombre moyen de petits par portée. Par contre, les portées des juvéniles sont de 15 à 19% plus petites que celles des femelles adultes (Parker et Smith 1983, Rolley 1985).
À la naissance, les jeunes sont aveugles et leurs paupières restent fermées durant 3 à 11 jours (Pollack 1950, Young 1958). Ils pèsent entre 283 et 340 g (Young 1958). Tout comme chez le Lynx du Canada, les jeunes Lynx roux demeurent avec la femelle jusqu'au printemps suivant la mise bas (Griffith et al. 1980, Rolley 1983, Kitchings et Story 1984).
Les mâles, plus grands que les femelles, grandissent plus rapidement (20%
environ) et plus longtemps (3,5 ans) que ces dernières (2,5 ans) (Parker et Smith 1983).
L'âge à la première reproduction est de 1 an (Crowe 1975, Fritts et Sealander 1978) et le pourcentage de femelles en gestation augmente avec l'âge pour se stabiliser vers 3 ans. L'âge à la première reproduction est influencé par la disponibilité de nourriture et la densité de la population de lynx (Rolley 1985).
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De plus, selon Zezulak et Schwab (1979), un délai dans la maturité sexuelle pourrait également être associé à des interactions intraspécifiques en forte densité.
3.6 Mortalité
Le taux de mortalité naturelle est très faible chez les lynx adultes. En effet, Crowe (1975) l'a estimé à 3% chez une population protégée. Les principales causes de mortalité naturelles sont l'inanition (Hamilton 1982), les maladies, la prédation (Lembeck 1978) et, curieusement, les blessures infligées par les proies (Fuller et al. 1985).
Le taux de mortalité est beaucoup plus élevé chez une population exploitée. En Nouvelle-Ecosse, Parker et Smith (1983) l'ont estimé à environ 40 %. Il est rapporté que le braconnage peut grandement affecter le taux de mortalité.
Celui-ci était de 81 % lors d'une étude entreprise par Fuller et al. (1985) au Minnesota.
Le taux de mortalité chez les juvéniles (1,5 an) est très variable et est grandement influencé par la disponibilité de la nourriture. Puisque les jeunes lynx passent une année entière avec la femelle, ils sont donc moins vulnérables au piégeage que les adultes (Bailey 1979, Parker et Smith 1983, Rolley 1985). Il n'en demeure pas moins que chez une population exploitée de Lynx roux, le principal facteur de mortalité est le piégeage.
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4. EXPLOITATION DU LYNX ROUX AU QUÉBEC
4.1 Récolte provinciale
Avant l'automne 1991, le Lynx roux faisait l'objet de piégeage et d'une chasse sportive dans certaines zones du sud du Québec. Les données du ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche relatives à la récolte sont basées sur les transactions réalisées sur le marché des fourrures depuis 1968. Avant cette date, il est probable que les fourrures de Lynx roux étaient comptabilisées avec celles du Lynx du Canada. L'enquête réalisée par Garant (1990) montre que la proportion de la récolte attribuable à la chasse sportive fut très faible (1,3%) tout au moins au cours des dernières années d'exploitation. La même étude montre que la majeure partie des fourrures (91%) étaient comptabilisées dans les statistiques officielles soit parce qu'elles étaient vendues directement sur le marché des fourrures (65%) ou qu'elles étaient cédées à des commerçants de fourrures. Les autres peaux étaient gardées par le préleveur pour la confection d'articles personnels, vendues à des taxidermistes ou des particuliers. Une proportion marginale (0,2%) d'entre elles étaient jetées ou détruites. On doit cependant mentionner que les spécimens braconnes, n'apparaissent pas dans les données du Ministère. Ces prélèvements doivent être rares compte tenu des récoltes légales restreintes et des faibles niveaux de population.
Le nombre de transactions annuelles a baissé significativement (r= -0,68; p=
0,0004) entre 1968-69 et 1990-91. Les transactions moyennes, établies sur une période de quatre ans, indiquaient une récolte annuelle d'environ 250 lynx roux au début des années 1970 alors que seulement 62 transactions annuelles ont été enregistrées au cours des quatre dernières années d'exploitation. Jusqu'à 375 peaux furent enregistrées en 1969 alors qu'entre 1987-88 et 1990-91, respective-
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ment 76, 62, 57 et 51 fourrures furent transigées (Gosselin, 1993) (figure 1). La série historique peut être divisée en deux parties. Entre 1969 et 1977, la récolte a baissé malgré une augmentation importante du prix des fourrures de Lynx roux.
La baisse des effectifs durant cette période est hautement probable puisque les trappeurs ont tendance à accroître leur effort de piégeage lorsque les prix sont à la hausse. Nous avons d'ailleurs noté une hausse de récolte importante en 1978 alors que le prix moyen des peaux a atteint 245$. La deuxième partie de la série historique (1978-1989) est moins facile à interpréter. Selon Garant (1990), la baisse de la récolte est en partie attribuable à un désintéressement de la part des trappeurs puisque seulement 39% d'entre eux étaient actifs en 1989-90 contrairement à 85% quatre ans plus tôt. Par contre, le même auteur rapporte pour la même période une baisse du nombre de captures par trappeur actif (1,1 à 0,8 lynx/trappeur) et une augmentation de la proportion des trappeurs ne rapportant aucune prise (35% à 62%). De même, les engins de piégeage utilisés pour la capture du Lynx roux s'apparentent à ceux utilisés pour le renard et le coyote dont les captures ont augmenté ou sont demeurées à peu près stables au cours des dernières années. Ces données suggèrent un effort de piégeage au moins constant et, par conséquent, une baisse des populations de Lynx roux au cours des dernières années également.
400 350 300 250 • 200 • 150 • 100
50 • 0 •" r-
68 69
\ Nombre de lynx roux
\A-v A / W
v V,
.-•• - • • Valeur moyenne des peaux ($)
70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 Année
Figure 1: Nombre de peaux enregistrées au MLCP et valeur marchande des fourrures de Lynx roux de 1968 à 1990.
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Même si le prélèvement est un élément detemiinant de l'évolution des populations de Lynx roux, d'autres facteurs doivent être pris en considération pour expliquer la baisse observée. Ainsi, durant les années 1970, on a noté une hausse considérable de la récolte de Coyote. Les populations de cette espèce, potentielle- ment compétitrice pour le Lynx roux, se sont accrues substantiellement au Québec durant cette période. Il n'est pas exclu non plus que des modifications d'habitat, occasionnées par la présence humaine dans des régions majoritairement agro-forestières aient pu désavantager les populations de lynx. Selon Garant (1990), les trappeurs rapportent que des pratiques forestières outrancières sont perçues comme un des facteurs responsables du déclin du Lynx roux au Québec et qu'une certaine protection de l'habitat serait bénéfique pour ces populations.
Tous ces facteurs portent à croire que les effectifs du Lynx roux, sont beaucoup plus bas aujourd'hui qu'il y a une vingtaine d'années.
Cette problématique n'est pas exclusive au Québec. En effet, le New-Hampshire ainsi que le Nouveau-Brunswick ont récemment fermé la saison de piegeage du Lynx roux alors qu'une diminution progressive des populations a été constatée au Maine, au Vermont et en Nouvelle-Ecosse (Northeast Furbearers Technical Commitee, septembre 1989). Le Nouveau-Brunswick a cependant réouvert la saison de piegeage en 1991-1992.
On note de plus que l'instauration de la nouvelle politique du piegeage, en 1984, n'a pas fait augmenter le nombre de captures de Lynx roux sur le territoire québécois. Cette politique a permis l'accès à de nombreux territoires jusque-là inexploités. Il s'agissait cependant de réserves fauniques situées dans l'est du Québec et au nord du fleuve St-Laurent. L'absence d'augmentation notable des captures de Lynx roux appuie l'hypothèse que les populations de cette espèce sont marginales dans ces régions.
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4.2 Répartition régionale des captures
Les régions administratives où des populations de Lynx roux semblent établies sont le Bas-Saint-Laurent / Gaspésie (01), Québec (03), Mauricie / Bois-francs (04), l'Estrie (05) et Montréal (06) (figure 2). Dans le cas des régions 03, 04 et 06, les captures de Lynx roux étaient surtout concentrées dans les secteurs au sud du fleuve Saint-Laurent alors que pour la région 01 elles l'étaient principalement dans la partie ouest (figures 3 et 4).
100 T
Bas-Saint-Laurent Québec
Mauricie/Bois-francs Estrie
Montréal
1984 1985 1986 1987 1988
Année
1989 1990
Figure 2: Répartition régionale des captures de Lynx roux pour les saisons de piégeage 1984-85 à 1990-91.
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Les prises semblaient à la baisse dans toutes les régions où l'on rencontre cette espèce. Les différences inter-annuelles sont toutefois difficiles à interpréter compte tenu des petits nombres en cause et de la faible longueur des séries historiques. La cartographie des lieux de captures montre que l'espèce est surtout concentrée dans la partie sud du Québec (figures 3 et 4). L'image obtenue illustre probablement la distribution du Lynx roux de façon fidèle même si l'enregistrement est basé sur le lieu de résidence du trappeur plutôt que sur le lieu de capture proprement dit. En effet, peu de trappeurs pratiqueraient leur activité à plus de 50 km de leur résidence (Infras, 1988). Quelques enregistrements paraissent toutefois erronés. C'est le cas notamment de ceux qui furent notés au nord du Saint-Laurent en 1986-87 (figure 4); ils proviendraient vraisemblablement de trappeurs résidant dans ces régions administratives, mais piégeant au sud du fleuve, peut-être en Estrie, ou de fourrures confondues au moment de la vente avec des fourrures de Lynx du Canada.
L'Estrie a toujours été reconnue comme l'une des régions les plus propices au Lynx roux. Cette caractéristique est mise en évidence autant par le nombre total de captures (figure 2) que par la récolte par 1000 km2 (figure 5).
Par contre, si l'on ne considérait que l'habitat potentiel du lynx dans chacune de ces régions, il est probable que les écarts seraient moins élevés entre la région 05 et les autres, particulièrement la région 03. Il n'en demeure pas moins que l'Estrie possède un habitat très favorable au Lynx roux particulièrement en raison des faibles précipitations de neige.
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80« 78' 68' 66< 641 62*
Lieu de caplure de Lynx roux 1984-85
• Lieu de caplure de Lynx roux 1985-86
Figure 3: Distribution des captures de Lynx roux au Québec pour les saisons de piégeage 1984-85 et 1985-86.
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76" 74
Lieu de caplure de Lynx roux 1986-87
Lieu de caplure de Lynx roux 1987-88
Figure 4: Distribution des captures de Lynx roux au Québec pour les saisons de piégeage 1986-87 et 1987-88.
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Bas-Saint-Laurent Québec
Mauricie/Bois-francs
m Estrie Montréal
1984 1985 1986 1987 1988 1989 1990 Année
Figure 5: Répartition régionale des captures de Lynx roux par 1000 km2 pour les saisons de piégeage 1984-85 à 1990-91.
4.3 Répartition saisonnière des captures
De 1985 à 1987, des carcasses de Lynx roux furent recueillies par le personnel du Service d'aménagement et de l'exploitation de la faune de l'Estrie auprès de trappeurs collaborateurs. Pour la saison de piégeage 1985-86, 70 carcasses ont été analysées (Fortin 1986), alors que 59 autres l'ont été en 1986-87. Cependant, pour ces deux mêmes saisons, 67 et 75 peaux transigées provenaient de cette région (figure 2). L'écart en 1985-86 peut partiellement s'expliquer par le fait que certaines fourrures ont pu être enregistrées comme provenant d'autres régions
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au moment de la vente, ce qui les comptabiliserait malgré tout dans la récolte totale. Il est également possible certaines fourrures n'aient pas été vendues cette année-là. Par contre, on peut assumer qu'un certain nombre de carcasses n'ont pas été rapportées par les trappeurs même si la fourrure fut vendue.
L'analyse des carcasses a permis de recueillir des données importantes. La date, le lieu de capture de l'animal, le sexe, l'âge, le poids et le nombre de traces placentaires ont pu être examinés. La date de capture permet de mettre en évidence la répartition saisonnière des prises. Chaque mois a été divisé en deux périodes de 15 jours chacune puisque la saison de piégeage débutait à la deuxième demie du mois d'octobre et se terminait à la première demie du mois de mars. Le patron saisonnier des captures suivait une courbe normale (figure 6).
Les captures de lynx atteignirent un maximum durant le mois de décembre, correspondant à une période où la qualité de la fourrure est excellente et l'accès relativement facile dans cette région du sud du Québec.
1 9 8 5 - 8 6 1 9 8 6 - 8 7
NOMBRE CE CAPTURES
1 6 - 3 1 1 - 1 5 1 6 - 3 0 1-15 1 6 - 3 1 1 - 1 5 1 6 - 3 1 1 - 1 5 1 6 - 2 8 1 - 1 5 oct nov nov déc déc jan jan fév fév mar
MOIS
Figure 6: Répartition saisonnière des captures de Lynx roux pour les saisons de piégeage 1985-86 et 1986-87.
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Pour la plupart des espèces d'animaux à fourrure, c'est généralement au début de la saison de piégeage que la pression et la récolte sont les plus fortes. Cette tendance, induite par certains facteurs comme les conditions climatiques qui influencent l'activité des trappeurs, ne semble pas se manifester pour le Lynx roux. En effet, malgré une saison débutant en octobre, c'est plutôt décembre qui semble la période la plus favorable pour la capture du Lynx roux (Garant, 1990).
4.4 Rapport des sexes
Un aspect intéressant pour la gestion des animaux à fourrure est le rapport des sexes des captures. Pour certaines espèces, par exemple la Martre d'Amérique, il est normal d'avoir dans la récolte un rapport des sexes déséquilibré en faveur des mâles. L'analyse des données de captures de lynx dans l'Estiie a permis d'établir que le rapport des sexes était de 1:1 pour les deux saisons de piégeage.
Par contre, à la deuxième saison (1986-87), légèrement plus de femelles (n=34) que de mâles (n=25) ont été capturés. Le lynx étant polygame, le retrait de mâles par le piégeage n'a, jusqu'à un certain point, pas de conséquences graves sur la population. Le retrait des femelles peut, cependant, avoir des répercussions sur le recrutement.
Un autre aspect important de l'analyse de l'exploitation est la répartition saisonnière des captures en fonction des sexes. On remarque que les mâles étaient capturés en majorité du début jusqu'à la mi-saison, alors que les femelles composaient la majeure partie des captures par la suite (figures 7 et 8). Ce patron devrait être pris en considération en cas d'une réouverture de la saison de piégeage.
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Mâles Femelles
16-31 1-15 16-30 1-1-5 16-31 1-15 16-31 1-15 16-28 1-15 oct nov nov déc déc jan jan fév fév mar
MOIS
Figure 7: Répartition saisonnière des captures en fonction des sexes pour la saison de piégeage 1985-86.
7 6 5 NOMBRE 4
CE
CAPTURES 3 '
Mâles Femelles
16-31 1-15 16-30 1-15 16-31 1-15 16-31 T-15 16-28 1-15 oct nov nov déc déc jan jan fév fév mar
MOIS
Figure 8: Répartition saisonnière des captures en fonction des sexes pour la saison de piégeage 1986-87.
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4.5 Structure d'âge des captures
Nous n'avons pas détecté de tendance saisonnière pour l'âge des captures. Les classes d'âge jeune, juvénile et adulte étaient représentées d'une façon aléatoire durant les différentes périodes de quinze jours. Pour l'ensemble de la saison, le rapport jeune:juvénile:adulte favorisait nettement les jeunes, soit 49:21:30 pour la saison de piégeage 1985-86 et 56:14:30 pour la saison 1986-87. Malgré la faiblesse de la taille échantillon, les pyramides d'âge des figures 9 et 10 suggèrent que la population de Lynx roux de l'Estrie est productive. La base des deux pyramides, représentant la classe d'âge 0,5 an, montre que le recrutement ne semblait pas déficient. Il faut cependant considérer que la structure d'âge des captures ne représente pas fidèlement la structure de la population. Les jeunes seraient même sous-représentés dans un échantillon provenant du piégeage ce qui est un indice supplémentaire d'un bon recrutement (Bailey 1979, Parker et Smith
1983, Rolley 1985).
Les individus de 3,5 ans et plus étaient moins fortement représentés car les différents facteurs de mortalité (naturelle et induite par le piégeage) agissent en limitant le nombre d'individus avec l'avancement en âge; ceci est particulièrement évident pour les mâles (figures 9 et 10). La distribution des classes d'âge était sensiblement identique d'une année à l'autre. Le nombre d'individus de 0,5 à 5,5 ans diminuait rapidement; il n'y avait aucun adulte d'âge intermédiaire (6,5 à 9,5 ans) et seulement quelques spécimens très âgés furent capturés. L'âge moyen des lynx fut estimé à 1,7 et 1,8 an respectivement pour les deux années de l'étude.
Il n'y avait pas de différence significative entre l'âge moyen des femelles et celui des mâles. Le rapport des sexes était équilibré dans l'ensemble de l'échantillon, mais les femelles étaient un peu plus nombreuses dans la classe d'âge 0,5 an.
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AGE 14.5 13.5 12.5 11.5 10.5 9.5 8.5 7.5 6.5 5.5 4.5 3.5 2.5 1.5 0.5
MALES FEMELLES
15 10 5 0 5
NOMBRE DE CAPTURES
10 15 20
Figure 9: Pyramide d'âge pour la saison 1985-86.
10.5 9.5 8.5 7.5 6.5 ACE 5.5 4.5 3.5 2.5 1.5 0.5
15
MALES FEMELLES
usa
10 5 0 5 10 15 NOMBRE DE CAPTURES
20
Figure 10: Pyramide d'âge pour la saison 1986-87
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4.6 Reproduction
Chez le Lynx roux comme chez la plupart des autres espèces d'animaux à fourrure, très peu d'études ont été réalisées sur la spermatogénèse. Le mâle étant considéré polygame, l'étude de la reproduction de la femelle a donc toujours été jugée prioritaire.
Les données recueillies en Estrie, telles que l'âge et le passé reproducteur des femelles, deviennent ainsi une importante source d'information pour anticiper les changements dans la dynamique de la population de Lynx roux.
L'âge à la première reproduction est un des facteurs à considérer. Les femelles de la région de l'Estrie semblent se reproduire peu avant d'atteindre 2,5 ans.
Seulement 2 des 8 femelles (25%) de 1,5 an examinées en 1985-86 et 1986-87 présentaient des signes de gestation. Étant à la limite nord de l'aire de distribution du Lynx roux, différents facteurs biotiques et abiotiques pourraient empêcher les femelles d'atteindre plus tôt la maturité sexuelle.
Malgré la faible taille de l'échantillon pour chaque classe d'âge, on remarque que le potentiel reproducteur optimum est atteint dès l'âge de 2,5 ans avec des taux de gestation, pour cette classe d'âge, de 80% et 100% pour les saisons 1985-86 et 1986-87.
Sur un échantillon de 35 femelles par saison (1985-86 et 1986-87), la proportion de femelles potentiellement reproductrices (>0,5 an) était de 49% et 43% pour les saisons 1985-86 et 1986-87. Des 17 femelles potentiellement reproductrices en 1985-86, 11 ont effectivement eu une portée (65% de gestation), alors que 11 des
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15 femelles potentiellement reproductrices ont eu au moins 1 chaton en 1986-87 (73% de gestation).
La portée moyenne (excluant portée = 0), calculée à partir des femelles de 1,5 an et plus, était de 2,1 chatons. Cette estimation est maximale puisque la méthode de décompte des cicatrices placentaires surestime le nombre de nouveau-nés. Les avortements spontanés et les mortalités néonatales ne peuvent être évalués. Il n'en demeure pas moins que cette méthode est un indice fiable pour étudier les différences inter-annuelles.
Le recrutement peut être estimé à l'aide des données dont nous disposons. Le rapport des sexes étant équilibré, une population fictive de 1000 individus, comporterait 500 femelles. Parmi celles-ci, environ 46% seraient potentiellement gravides, soit 230 femelles. Environ 69% d'entre elles le seraient effectivement, soit 159 femelles. La portée moyenne calculée étant de 2,1 chatons, ceci devraient donner 334 chatons. Le recrutement serait par conséquent d'environ 33%. Cet estimé doit être considéré comme une valeur maximale compte tenu de la surestimation appréhendée quant au nombre de chatons par portée.
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5. CONCLUSION
L'analyse de l'évolution des captures en fonction du prix des fourrures suggère que les populations de Lynx roux auraient eu tendance à diminuer depuis le début des années 1970. Cette baisse pourrait être la résultante de nombreux facteurs dont l'exploitation par la chasse et le piégeage, l'altération de l'habitat et la compétition avec le coyote. L'importance relative des divers facteurs n'est toutefois pas connue.
L'examen de l'évolution annuelle des captures a permis de mettre en évidence le patron saisonnier. La vulnérabilité différentielle liée au sexe de l'animal permettrait, dans le cas d'une reprise de l'exploitation, d'orienter la pression sur des segments précis de la population exploitée.
La protection des femelles paraît essentielle pour maximiser le recrutement puisque les jeunes lynx passent leur premier hiver avec la femelle et que leur survie est grandement tributaire des soins reçus et de l'apprentissage acquis.
En Estrie, le plein potentiel reproducteur des femelles est atteint à l'âge de 2,5 ans seulement. En conditions sous-optimales, il est normal de constater ce phénomène car, dans de meilleures conditions, c'est généralement dès l'âge de 1,5 an que la majorité des femelles est en mesure de se reproduire. La portée moyenne de 2,1 chatons par femelle est également sous les moyennes rapportées dans la littérature (2,5 à 3,9 chatons). La structure d'âge établie à partir des données en provenance de l'Estrie suggère néanmoins que cette population est productive et assure un bon recrutement ce qui devrait aider au rétablissement de la population suite à l'arrêt de l'exploitation.
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Le Lynx roux est toutefois peu abondant au Québec et vit dans des conditions sous-optimales. Seules les régions de l'Estrie et de Québec semblent supporter des populations relativement bien implantées. La récolte était faible au cours des dernières années d'exploitation ce qui complique le suivi des populations. Il existe donc peu d'informations complètes et détaillées sur cette espèce nous permettant de définir précisément l'état actuel des populations. L'importance relative des diverses causes de mortalité demeurent peu documentée. Les données disponibles sont toutefois suffisantes pour justifier une grande préoccupation envers cette espèce d'autant plus que la problématique québécoise semble similaire à celle notée dans les juridictions limitrophes. En l'absence de chasse et de piégeage, cette population devrait être suivie en recueillant le maximum d'informations (données biologiques, nombre, annexe 1) provenant des captures accidentelles. Il faudrait également consigner les indices d'abondance recueillis par les carnets du piégeur des régions de l'Estrie, de Québec et du Bas-Saint-Lau- rent/Gaspésie. Ces données seraient les seules disponibles à peu de frais pour continuer les séries historiques nécessaires en vue de décrire l'évolution des populations de Lynx roux au Québec.
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6. REMERCIEMENTS
Nous désirons remercier tous les trappeurs pour leur précieuse collaboration.
Nous remercions également MM. Marc-Jacques Gosselin et Clément Fortin, respectivement du Service de l'aménagement et de l'exploitation de la faune de l'Estrie et de Québec, ainsi que leurs collaborateurs pour la collecte et l'analyse du matériel biologique et la révision du premier manuscrit.
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ANNEXE 1
LE SUIVI DES POPULATIONS D'ANIMAUX À FOURRURE AU QUÉBEC
Deux principales sources d'informations sont utilisées pour gérer les populations d'animaux à fourrure: les données d'exploitation et les données biologiques. Le premier type donne des informations sur l'exploitation proprement dite, à savoir:
le nombre de capture, la date et le lieu de capture (répartition géographique, habitat), l'effort de piégeage et le succès de capture. Le deuxième type permet de recueillir des informations relatives à la structure et la dynamique de la population exploitée, soit: le rapport des sexes, le rapport des âges et la productivité. Finalement, une troisième source d'information, le marquage et le suivi télémétrique, permettrait de connaître le domaine vital et la densité et apporterait des renseignements précis sur l'habitat préférentiel. Idéalement, l'ensemble de ces données devraient être recueillies (tableau 1). Pour les populations qui sont exploitées, le retour de carcasses par les trappeurs est de loin la méthode la plus efficace d'obtenir des données sur l'exploitation et la biologie d'une espèce. Ainsi, la date et le lieu de capture des animaux sont généralement inscrits sur des étiquettes que le trappeur doit lui-même compléter et apposer sur la carcasse de l'animal. L'effort de piégeage et le succès de capture peuvent également être obtenus du trappeur par l'entremise d'un carnet mis à sa disposition. Cette collecte d'information demande une plus grande implication de la part du trappeur qui doit bien comprendre comment calculer le nombre de nuits-pièges et apprendre comment remplir le carnet de façon régulière et appropriée.
Différentes méthodes existent pour déterminer l'âge exact des animaux à fourrure, mais une seule s'avère fiable: le décompte des annuli de croissance sur les
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canines selon la méthode de Crowe (1972) ou selon une nouvelle méthode plus rapide sans décalcification développée par Johnston et Watt (1981). On peut, par contre, classer les individus assez facilement selon 2 classes d'âge (jeune et adulte) par la radiographie des canines et, dans le cas des félidés, par l'examen de l'ouverture pulpaire. Le regroupement en 2 classes d'âge peut suffire pour la gestion de la plupart des espèces. Les mesures de peaux et de carcasses ne sont pas suffisamment fiables à cause d'un chevauchement trop important des tailles d'une classe d'âge à l'autre et, pour certaines espèces, d'un dimorphisme sexuel important.
Malgré les efforts humains et les coûts matériels qu'elle engendre, la télémétrie est sans contredit la meilleure méthode pour l'estimation des effectifs d'une population d'animaux à fourrure. Cette technique permet de calculer la superficie du domaine vital des individus. Le nombre d'animaux d'une région est alors estimé en divisant la superficie de la région par la superficie moyenne du domaine vital (en excluant le pourcentage de recouvrement des domaines vitaux). Les valeurs trouvées peuvent éventuellement être extrapolées à d'autres régions dans la mesure où ces dernières présentent le même type d'habitat et supportent des densités de proies et une pression d'exploitation semblables. La télémétrie peut aussi procurer des données pertinentes sur le taux de survie des individus marqués.
Aucune méthode ne permet de détecter des changements inférieurs à 10-25% des effectifs d'une population de lynx. L'emploi de plusieurs méthodes est par conséquent nécessaire pour mieux statuer sur l'état réel d'une population. De plus, la situation d'une population animale est évaluée plus facilement si les indices sont comparés d'année en année.
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Tableau 1: Types de données utiles pour la gestion des populations d'animaux à fourrure.
Données biologiques Statistiques d'exploitation Sexe de l'animal Nombre de captures Classe d'âge de l'animal Date de captures Nombre de cicatrices placentaires Lieu de captures
Effort ou succès de piégeage
A) Statistiques de récolte
Séries historiques
Les statistiques d'exploitation peuvent provenir d'informations relatives aux transactions des fourrures ou des trappeurs personnellement. Un aperçu général des tendances du niveau d'exploitation est obtenu en suivant l'évolution annuelle du nombre de peaux transigées sur le marché. Ces données sont souvent insuffisantes parce que plusieurs biais (prix des fourrures, effort de piégeage, conditions climatiques, etc.) peuvent masquer les tendances.
L'enregistrement obligatoire des prises est une formule permettant de préciser grandement les informations relatives au nombre, à la date et au lieu de capture tout en favorisant un contact avec le trappeur. Cette méthode permet d'analyser le nombre de captures par secteur de piégeage et la répartition saisonnière des captures. Simultanément, la collecte des carcasses peut devenir une importante source de données biologiques facilement utilisables.
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Proportion des captures d'une espèce par rapport aux autres
Le nombre de captures d'une espèce par rapport au total des captures ou au total d'une autre espèce peut aussi être utilisé comme indice d'exploitation. Toutefois, une variation dans cette proportion n'est pas nécessairement liée à une modifica- tion de l'état de la population étudiée. Une plus grande popularité pour le piegeage d'une autre espèce peut tout simplement être la cause de ces change- ments.
Succès de piegeage
Les fluctuations du prix des fourrures suffisent à influencer la pression de piegea- ge. La comparaison annuelle de la récolte des fourrures transigées n'est fiable que si l'on a toutes les raisons suffisantes de croire que la pression de piegeage est uniforme d'une saison à une autre, ce qui est rarement le cas.
Une estimation de l'effort de piegeage est donc une mesure appropriée pour suivre le niveau d'exploitation. L'instauration d'un carnet du trappeur est la meilleure approche à considérer, bien que l'envoi de questionnaires pourrait s'avérer efficace dans certains cas. Il est préférable de sélectionner un nombre limité de trappeurs pour constituer un échantillon statistiquement valable plutôt que d'exiger de tous les trappeurs qu'ils complètent un tel carnet. Le succès de piegeage devrait être utilisé conjointement avec les indices biologiques pour suivre les populations.
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B) Indicateurs d'abondance
D'autres indices tel que le décompte des pistes peuvent également renseigner sur les tendances d'une population exploitée surtout si ces informations peuvent être reliées à des densités mesurées. Pour le Lynx roux et le Lynx du Canada, le décompte des pistes sur la neige et les indices de présence à des stations olfactives ou d'appâtage sont les plus courantes, mais aucune méthode ne permet d'obtenir des données avec un intervalle de confiance inférieur à 50%. Ces indices peuvent parfois être recueillis par l'entremise d'un carnet de piégeage bien qu'ils soient mesurés plus systématiquement par du personnel formé à cette fin.
C) Indicateurs biologiques
Rapports des sexes et des classes d'âge
Le rapport des sexes et le rapport des âges sont deux indices fréquemment utilisés. Par exemple, chez le Lynx roux, le rapport des sexes calculé sur une base annuelle, devrait être de 1:1. Si ce rapport est en faveur des femelles, il est probable qu'il y ait des tendances à la surexploitation de la population. Le rapport des âges peut, quant à lui, être analysé en ne considérant que les deux principales classes d'âge: jeune et adulte; les jeunes devraient représenter la plus forte proportion de la récolte.
Âge à la première reproduction et proportion de femelles gestantes
L'âge à la première reproduction et la proportion de femelles productrices sont directement liés à la condition physique des individus et à la qualité de l'habitat:
meilleurs sont ces deux paramètres, plus la population est productive. De plus,
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l'exploitation par le piégeage a également pour effet d'abaisser l'âge à la première reproduction.
Portée moyenne
La portée moyenne tend à augmenter lorsqu'il y a exploitation par le piégeage.
Une population avec des femelles se reproduisant très jeune et ayant une portée moyenne élevée n'est pas nécessairement dans un bon état. Des risques de surexploitation existent si ces deux phénomènes sont couplés à une baisse de la proportion des jeunes dans l'échantillon.
Recrutement et taux d'exploitation
Le calcul du recrutement et une estimation de la densité sont les meilleurs indices à prendre en considération. La règle veut que le taux d'exploitation ne devrait jamais être supérieur au taux de recrutement. Pour le Lynx roux, plusieurs gestionnaires des États-Unis estiment qu'un taux d'exploitation inférieur à 20%
ne devrait pas affecter la survie de cette espèce. En Estrie, un tel niveau de prélèvement laisserait une marge d'environ 10% pour les mortalités naturelles et/ou l'accroissement de la population puisqu'on a estimé un taux de recrutement d'environ 30%.
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