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Revue Médicale Suisse–
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8 juin 2011actualité, info
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Nous évoquions il y a peu (Revue médicale suisse du 1er juin) cette avancée spectaculaire que consti- tue l’obtention de l’éradication planétaire de la peste bovine et le défi que constituait, désormais, la phase de la «postéradication». Le virus responsable de cette maladie animale est encore détenu par dif- férents laboratoires dans une qua- rantaine de pays, ce qui ne peut que faire redouter des fuites acci- dentelles ou son utilisation lors d’actes de bioterrorisme. «Où l’on retrouve la problématique de la variole et la nécessité d’une ges- tion fiable et transparente de ces réservoirs viraux» écrivions-nous alors.
Or au moment précis où Bernard Vallat, directeur général de l’Or- ganisation mondiale de la santé animale, annonçait officiellement à Paris l’éradication de la peste bovine, la 64e Assemblée mondiale de la santé réunie – comme tou- jours – à Genève procédait à la réouverture de l’épais dossier va- riolique. On connaît l’essentiel de la problématique. Après un plan de lutte lancé en 1967 (on comptait alors plus de dix millions de cas annuels de variole) et grâce à une coopération internationale exem-
plaire (plus de 200 000 agents sani- taires utilisant près de 2,5 milliards de doses vaccinales), l’éradication était officiellement annoncée le 8 mai 1980 et la vaccination antiva- riolique abandonnée. C’est ainsi que la question de la destruction des stocks viraux se pose de ma- nière récurrente depuis plus de vingt ans.
Petits et édifiants retours en arrière.
En 1976, on comptait 76 pays dé- tenteurs de souches varioliques dans le monde. L’année suivante, leur nombre officiel était tombé à six : les Etats-Unis, la Chine, les Pays-Bas, l’Afrique du Sud, l’Union soviétique et le Royaume-Uni.
Sous l’égide de l’OMS, le nombre des pays pouvant officiellement détenir ces souches fut ensuite ra- mené à trois : l’URSS, les Etats-Unis et l’Afrique du Sud. A la surprise générale, en décembre 1983, Johan- nesburg annonça avoir décidé de procéder à la destruction volon- taire de ses stocks.
En décembre 1990, le comité des orthopoxyviroses de l’OMS décla- rait que tous les stocks de virus variolique conservés à travers le monde devraient être détruits avant le 31 décembre 1993. Ce virus était alors – du moins offi-
ciellement – conservé dans deux endroits : à Moscou, à l’Institut de recherche sur les préparations vaccinales, et à Atlanta (Etats-Unis).
Les Soviétiques annonçaient qu’ils détenaient «plus de 100 échantil- lons» et les Américains «plus de 400». «La communauté mondiale tient à être absolument certaine qu’il n’existe aucun risque, aussi infime soit-il, d’infection acciden- telle ou d’utilisation du virus avec l’intention de nuire. La décision de détruire les stocks restants de virus variolique d’ici à décembre 1993 devrait calmer ces craintes», expliquait-on en décembre 1990 au siège de l’Organisation mon- diale de la santé.
Mais la recommandation de l’OMS divisait déjà la communauté des virologistes. D’un côté, ceux op- posés à la destruction des stocks faisaient valoir tout l’intérêt scien- tifique qu’il pourrait y avoir demain à étudier les bases structurelles de la dangerosité et de la très grande infectiosité de ce virus vis-à-vis de l’espèce humaine. Ils se deman- daient également si les stocks d’Atlanta et de Moscou étaient vraiment les derniers. D’autres, enfin, soulignaient que ce virus faisait –qu’on le veuille ou non – partie du patrimoine biologique universel et que l’homme ne pou- vait décider de sa destruction dé- finitive. A l’inverse, d’autres viro- logistes réfutaient l’intérêt des recherches qui pourraient être menées sur ce virus. Ils soulignaient aussi l’importance qu’il fallait don- ner à l’accord de principe des auto- rités russes pour détruire les stocks dont elles disposaient, mettant ainsi un terme à la menace de leur uti- lisation dans le cadre d’une guerre bactériologique.
En 1994, l’OMS annonça la des- truction de ces stocks viraux avant 1995. Puis en 1996, rendez-vous fut pris pour 1999. Puis en 1999, on s’accorda pour 2002. Puis vint le 11 septembre 2001 et la résurgen ce des craintes du bioterrorisme…
En 2007, l’OMS lançait une enquête pour parvenir en 2011 «à un con- sensus mondial sur la date de destruction des stocks de virus variolique existants». Et nous voici en 2011 avec un feuilleton qui con- tinue : la 64e Assemblée mondiale de la santé vient de décider de ne pas y répondre avant … au mieux 2014. Cette fois ce sont les Etats- Unis et la Russie qui se sont clai- rement opposés à la destruction.
Après deux jours de débats hou-
leux, ils ont réussi à faire prévaloir leur point de vue en avançant – une nouvelle fois – des arguments scientifiques : ces virus pourraient permettre de mettre au point des vaccins plus efficaces que celui issu de la vaccine en cas de résurgence de la maladie. Ils redoutent en réalité que certains pays disposent de stocks secrets. On observera que parmi les pays réclamant la destruction figurent l’Iran, la Thaïlande, le Zimbabwe et la Ma- laisie.
Seule certitude : l’OMS détient «en Suisse et en toute sécurité» un stock d’urgence de 32,6 millions de do ses de vaccin antivariolique. En outre, cinq pays ont promis de fournir à l’OMS, en cas de besoin, 31 millions de doses supplémentaires : l’Alle- magne, les Etats-Unis, la France, la Nouvelle-Zélande et le Royaume- Uni.
Jean-Yves Nau [email protected]
Atermoiements varioliques
1980, les trois anciens directeurs du Programme d’éradication globale de la variole, les Drs J. Donald Millar, William H. Foege et J. Michael Lane, lisent le texte annonçant officiellement le succès de cette entreprise.
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