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Heurs et malheurs de la parcelle

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Heurs et malheurs de la parcelle

Une brève histoire de la disparition du parcellaire

Philippe Gresset

Les historiens des villes et les géographes urbains français ne se sont généralement pas plus intéressés que les architectes à la parcelle qui demeure l’unité de propriété foncière sur laquelle des droits à bâtir sont établis ce qui lui confère toute sa valeur. Le paradoxe tient à ce que les géographes et historiens français furent attentifs à la parcelle rurale, sans doute parce que le pays était demeuré profondément rural assez tardivement, et que ce monde disparaissait sous leurs yeux… Mais pourquoi donc les géographes et historiens français de la ville se détournent-ils des études morphologiques alors que leurs confrères anglais et allemands y sont attachés, pour mieux décrire le paysage qui se montre toujours à nous, en gardant la mémoire des faits d’un passé révolu : limites paroissiales, vestiges d’édifices, lignes de remparts ? Dans le même temps, pour des raisons idéologiques, voire politiques, les architectes et urbanistes modernes ont quant à eux fait de la parcelle le symbole de l’obstacle à la créativité, sans aucun doute parce que la réglementation urbaine, souvent contestée en tant qu’entrave à l’innova- tion, porte essentiellement sur la parcelle.

La parcelle, l’abandonnée des disciplines en France À propos de la géographie urbaine

Dans l’histoire rurale de la France, l’importance des parcelles et du parcellaire a été reconnue depuis 1930 environ, et largement utilisée dans l’analyse des trois systèmes d’économie rurale existant en France, le bocage du Centre et de l’Ouest, l’openfield de l’agriculture céréalière (Nord, Est, Midi rhodanien, pays de la Garonne), et les champs irréguliers du Midi marqués par l’assolement bi-annuel. En s’appuyant légitimement sur une classification des parcelles diversement exploitées, le paysage rural est décrit

dans tous ses états », Florence Bourillon et Corinne Jaquand (dir.) Presses universitaires de Rennes, 2022, www.pur-editions.fr

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par Marc Bloch, Roger Dion ainsi que par Jules Blache 1. La motivation de ces géographes et/ou historiens tenait sans doute au sentiment que le monde rural ancien était menacé, voué à une disparition prochaine. À la même époque les géographes urbains n’abordent pas le découpage parcellaire alors que la mémoire, le sens du passé ne sont pas moins importants dans la vie urbaine que dans la vie rurale. Dans son analyse de la plaine picarde 2, le géographe Albert Demangeon s’attache au problème de l’occupation du sol et au morcellement de celui-ci, pourtant ni lui-même, dans Paris, la ville et sa banlieue 3, ni auparavant Raoul Blanchard, dans ses monographies sur Grenoble et Annecy 4, des ouvrages plusieurs fois réédités, n’ont abordé la question du parcellaire urbain. Et cette même question demeure totale- ment étrangère, après la seconde guerre mondiale, à Georges Chabot 5, de même qu’à Pierre George 6 qui, privilégiant les aspects sociaux, se contente de distinguer morphologiquement des « villes en ordre serré » et des « villes en ordre lâche ». Il faut attendre le livre de Jean Bastié sur La croissance de la banlieue parisienne 7, pour que la question du parcellaire soit abordée à propos des seuls lotissements en périphérie de l’agglomération dont la réalisation remonte parfois au premier tiers du xixe siècle. Dans l’Atlas de Paris et de la région parisienne, établi sous la direction de Jacqueline Beaujeu- Garnier et de Jean Bastié 8, il n’est, à l’exception d’un article sur les « Âges et types d’immeubles », nullement fait état du parcellaire. Et, dans un ouvrage ultérieur de Jacqueline Beaujeu-Garnier 9, les planches comparatives de diffé- rents tissus urbains et suburbains sont dépourvues de toute référence au découpage parcellaire, à l’exception une nouvelle fois de celle qui figure le lotissement pavillonnaire. L’interprétation possible de ces plans à l’échelle du 1/4 000, qui indiquent à la fois la voirie, les fonctions primaires et l’âge des immeubles, demeure de ce fait extrêmement limitée. Même dans les ouvrages de Philippe Pinchemel, un des grands géographes de la fin du xxe siècle qui enseigna dans les instituts d’Urbanisme à Bruxelles comme

1. Bloch Marc, Les caractères originaux de l’histoire rurale française, Paris, Belles Lettres, 1931 ; Dion Roger, « La part de la géographie et celle de l’histoire dans l’explication de l’habitat rural du Bassin Parisien », Bulletin de la Société de Géographie de Lille, 1946, p. 6-80 ainsi que du même auteur Essai sur la formation du paysage rural français, Tours, Arrault, 1934 ; Blache Jules, La structure parcellaire du terrain lorrain et le problème de l’habitat rural, Nancy, 1937.

2. Demangeon Albert, La Picardie et les régions voisines. Artois, Cambrésis, Beauvaisis, thèse, Paris, Armand Colin, 1905. Rééditions, Paris, Guénégaud, 1973 et Cesson-Sévigné, La Découvrance, 2001, sous le titre La Picardie. L’Artois. Le Cambrésis et le Beauvaisis.

3. Demangeon Albert, Paris, la ville et sa banlieue, Paris, Bourrelier, 1933.

4. Blanchard Raoul, Grenoble. Étude de géographie urbaine, Paris, Armand Colin, 1912 ; Annecy.

Esquisse de géographie urbaine, Annecy, J. Déjond, 1917.

5. Chabot Georges, Les villes. Aperçu de géographie humaine, 1952.

6. George Pierre, La ville. Le fait urbain à travers le monde, Paris, PUF, 1952.

7. Bastié Jean, La croissance de la banlieue parisienne, Paris, PUF, 1964.

8. Bastie Jean et Beaujeu-Garnier Jacqueline, Atlas de Paris et de la région parisienne, Paris, Berger- Levrault, 1967.

9. Beaujeu-Garnier Jacqueline, Atlas et géographie de Paris et la région d’Île-de-France, Paris, Flammarion, 1977.

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à Paris, et qui ne cessa de s’intéresser aux villes et aux nouvelles formes d’urbanisation, la question du découpage du sol urbain n’est pas traitée mais seulement évoquée, peut-être à cause d’une prédilection de sa discipline pour la très grande échelle, comme on peut le lire dans son livre en hommage à Jean Gottmann 10. Plus récemment, les propos de Marcel Roncayolo dans son ouvrage La ville et ses territoires 11 ou de Guy Burgel 12 sur la morpho- logie urbaine se réfèrent à la relative stabilité du plan global de la cité sans entrer systématiquement dans l’analyse des structures parcellaires. Dans une tentative de description des villes, il ne suffit pourtant pas de se limiter à l’opposition formelle entre les plans réguliers et irréguliers, quadrillés ou radio-concentriques, tout en légitimant le fonctionnalisme autoritaire des réalisations modernistes françaises, considéré comme inéluctable.

À propos d’histoire urbaine

Auteur de la monumentale Topographie historique du vieux Paris 13, en deux volumes, Adolphe Berty utilise une technique régressive qui traite de l’évolu- tion historique en remontant vers les périodes plus anciennes peu documen- tées. Utilisant les relevés trigonométriques du plan d’Edme Verniquet 14, il reporte sur un tracé de voies et localement un parcellaire du xviiie siècle, les indications provenant de sources originales : registres de censives, plans terriers, mais aussi découvertes archéologiques, pour établir « la fixité relative des tracés parcellaires » et en particulier la persistance des tracés des lotisse- ments 15. Les considérations d’Adolphe Berty et surtout les réflexions d’Albert Lenoir 16 : « La formation et le développement des cités sont dus […] à une loi qui est la résultante de deux forces : intérêt public et intérêt privé. Aussi est-ce à ce double point de vue qu’il faut étudier la formation des villes, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours », ouvrent un champ d’investigation considérable pour l’histoire urbaine en France, mais finalement sans succès 17.

10. Pinchemel Philippe, «  Geographers and the City. A  contribution to the history of Urban Geography in France », The Expanding City. Essays in honor of Professor Jean Gottmann, éd. J. Patten, Londres, Academic Press, 1983, chap. 10, p. 295-318.

11. Roncayolo Marcel, La ville et ses territoires, Paris, Gallimard, 1990.

12. Burgel Guy, La ville aujourd’hui, Paris, Hachette, coll. « Pluriel », 1993, chap. vii, p. 161-180.

13. Berty Adolphe, Topographie historique du vieux Paris, région du Louvre et des Tuileries, Paris, Imprimerie nationale, 1866-1867.

14. Rappelons que le plan fourni par les équipes de géomètres du commissaire général de la voirie de Paris, Edme Verniquet, est le premier résultant de relevés sur place utilisant la triangulation : Plan de la ville de Paris avec sa nouvelle enceinte, levé géométriquement sur la méridienne de l’Observatoire par le citoyen Verniquet, 1791. Sur les conditions de production de ce plan, voir Pronteau Jeanne, Edme Verniquet, 1727-1804, architecte et auteur du Grand Plan de Paris (1785-1791), Paris, Commission des travaux historiques, 1986.

15. Berty Adolphe, Topographie historique du vieux Paris…, op. cit., 1966-XIX.

16. Lenoir Albert, « Théorie des villes », Revue générale d’architecture et des travaux publics, 1854, XIII, col. 298.

17. Sur la quasi-disparition des publications de la Commission historique de la Ville de Paris après le second Empire et jusqu’à la fin du siècle, voir les remarques faites par Ruth Fiori dans les premiers dans tous ses états », Florence Bourillon et Corinne Jaquand (dir.) Presses universitaires de Rennes, 2022, www.pur-editions.fr

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À la même époque, l’urbanisme naît ailleurs en Europe : en Espagne, en Allemagne et en Autriche, toujours à l’occasion de la suppression des anciens remparts qui enferment les métropoles européennes, tandis que Paris est éventré derrière ses fortifications récentes. Parmi les fondateurs de l’urbanisme, seul l’architecte Camillo Sitte, dénonce le découpage stéréo- typé en parcelles toutes identiques 18 dans le système moderne des îlots (das Blocksystem), mais son objectif demeure de retrouver les fondements artis- tiques des aménagements anciens : à la fois dans la disposition des édifices publics et la répartition des rues et des places, et finalement de lutter contre la raréfaction de l’espace public.

En France, dans les années 1920, la reconnaissance de l’urbanisme et de l’histoire des villes est davantage due à un historien de l’art 19, Pierre Lavedan, auteur d’innombrables ouvrages sur toutes sortes de sujets, depuis une biographie critique de l’émailleur Léonard Limosin en 1913, sa thèse de doctorat publiée sous les titres d’Histoire de l’urbanisme. Antiquité Moyen- Âge (1926), et de Qu’est-ce que l’urbanisme ? (1926), dans laquelle il énonce à la suite des historiens allemands « la loi de persistance du plan », jusqu’à L’urbanisme à l’époque moderne (1982), en passant par Les villes françaises (1960), une rare synthèse sur ce thème difficile 20. Dans sa Géographie des villes, parue dans la grande collection de géographie humaine dirigée par Pierre Deffontaines à la NRF Gallimard, il minimise l’importance du site et ignore superbement le parcellaire pour ne traiter que du tracé des voies (c’est-à-dire de la circulation), des « blocs » d’habitation (c’est-à-dire du logement), et de la question de la « surface bâtie » opposée aux « espaces libres  ». La réception des livres de Pierre Lavedan chez les tenants de l’histoire urbaine et plus largement chez les historiens contemporains est demeurée médiocre. Dans la jeune revue des Annales d’histoire économique et sociale, l’historien Georges Espinas 21, spécialiste des villes du nord de la France 22, se livre à une critique sévère des premiers ouvrages de Lavedan

chapitres de sa thèse : Fiori Ruth, L’invention du vieux Paris : naissance d’une conscience patrimoniale dans la capitale, Bruxelles, Mardaga, 2012.

18. Sitte Camillo, Der Städtebau nach seinen künstlerischen Grudsätzen (1889), trad. fr., L’art de bâtir les villes : l’urbanisme selon ses fondements artistiques, Paris, Seuil, coll. « Points », 1996.

19. Pierre Lavedan, titulaire de la chaire d’histoire de l’art moderne à l’Institut d’art et d’archéologie, a également enseigné à l’Institut d’urbanisme de Bruxelles et dans des universités étrangères. En 1942, il devient directeur de l’Institut d’urbanisme de l’université de Paris. Voir Grudet Isabelle, L’Histoire de l’urbanisme de Pierre Lavedan de 1919 à 1955 : entre savoir et action, thèse de doctorat en architecture, université Paris 8, 2005.

20. Lavedan Pierre, Qu’est-ce que l’urbanisme ?, Paris, Henri Laurens, 1926 ; idem, Histoire de l’urba- nisme. Antiquité. Moyen-Âge, Paris, H. Laurens, 1926 ; idem, Géographie des villes, Paris, Gallimard, 1936 ; idem, Histoire de l’urbanisme, Renaissance et temps modernes, Paris, H. Laurens, 1941 ; idem, Les villes françaises, Paris, Vincent et Fréal, 1960 ; idem, Hugueney Jeanne et Henrat Philippe, L’urbanisme à l’époque moderne, xvie-xviiie siècle, Paris, Arts et Métiers graphiques, 1982.

21. Espinas Georges, Annales d’histoire économique et sociale, Tome Premier, 1929, p. 106-108.

22. Parmi d’autres travaux, Espinas Georges, La vie urbaine de Douai au Moyen Âge, Paris, Auguste Picard, 1913.

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en leur contestant toute avancée des connaissances. Et la critique de Lucien Febvre, dans deux brèves recensions successives 23 est encore plus expéditive, à l’égard des ouvrages de Pierre Lavedan 24. Par ailleurs hostile à la géogra- phie urbaine, le célèbre historien se montre incapable de lire dans la forme urbaine une quelconque résolution d’un problème, comme s’il n’y avait là pas davantage qu’un artifice, et seulement la recherche d’une ordon- nance autonome. Depuis son doctorat, Pierre Lavedan maintient, ainsi qu’il l’affirme dans l’avant-propos de la seconde édition de son Urbanisme au Moyen-Âge parue en 1974, que « la connaissance du plan est indispensable à la connaissance de l’histoire de la ville 25 ». Il insiste sur le fait qu’il ne réédite pas là un ouvrage antérieur (sa thèse qui porte le même titre), parce qu’« il s’appuie notamment sur deux cents plans inédits de bastides françaises avec leur parcellaire, lesquels suffiraient à lui donner la valeur d’un recueil de documents 26 ». Pourtant Lavedan n’a pas entrepris plus tôt la publication de tels plans qui figurent les parcelles alors qu’il collectionnait les plans de bastides depuis le début des années vingt ; et malheureusement il n’a pas eu l’idée de superposer de tels plans avec des plans orographiques, ce que fera beaucoup plus tard l’architecte et historien Pierre Pinon 27, avec un succès heuristique notable.

Chez Pierre Lavedan, la notion de paysage urbain n’est que la représen- tation picturale de la ville, qui restitue l’aspect général, la seule apparence sensible de celle-ci ; or, récemment, la notion de paysage urbain a servi à certains historiens de la ville, en un tout autre sens, à rendre compte de « la ville physique et matérielle », par exemple dans l’ouvrage sur Paris, sous la direction de Louis Bergeron 28.

La parcelle dans l’histoire et la géographie, ailleurs

Dans son atlas des régions de l’Elbe, dont la seconde édition a paru en 1959-1961 en Allemagne de l’Est, le géographe Otto Schlüter, un spécialiste des établissements urbains – et inventeur du concept de la Kulturlandschaft – propose des plans de villes médiévales à l’échelle 1/6 250, qui indiquent le

23. Febvre Lucien, « Économie urbaine », Annales d’histoire économique et sociale, t. 2, no 7, 1930, p. 438-439 ainsi que « La ville par un historien de l’urbanisme », Annales d’histoire économique et sociale, t. 10, no 49, 1938, p. 86-87.

24. Ainsi que des travaux de Marcel Poëte, directeur de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, titulaire de la chaire de l’histoire de Paris à l’EPHE, cofondateur de l’École des hautes études urbaines devenue en 1924, l’Institut d’urbanisme de l’université de Paris ; voir Calabi Donatella, Marcel Poëte et le Paris des années vingt. Aux origines de l’histoire des villes, Paris, L’Harmattan, 1997.

25. Lavedan Pierre et Hugueney Jeanne, L’urbanisme au Moyen-Âge, Paris, A. M. G., 1974, avant-pro- pos. Auparavant l’auteur ne donnait le parcellaire que dans le cas du plan de la ville de Montpazier.

26. Ibid.

27. Pinon Pierre, « Le parcellaire des ville neuves planifiées », in Cursente Benoît (dir.), Habitats et territoires du Sud, Paris, Éditions du CTHS, 2004, p. 115-130.

28. Bergeron Louis (dir.), Paris. Genèse d’un paysage, Paris, Picard, 1989.

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parcellaire et le domaine bâti sur chaque parcelle, ainsi que les multiples fonctions des édifices et bâtiments divers : habitations mais aussi étables, granges et échoppes d’artisans, donnant ainsi l’aspect le plus précis de la physionomie des villes et des composants de celle-ci. En Grande-Bretagne, des historiens des villes, en particulier les médiévistes comme Maurice Beresford après les années 1950, Colin Platt dans les années 1970, et bien d’autres, n’ont pas non plus négligé les formes urbaines dont ils rendent compte en parlant de paysage urbain (urban landscape). Mais dès 1960, un géographe britannique d’origine allemande, intéressé par l’histoire urbaine, Michael Robert Günter Conzen, propose une approche nouvelle en s’attachant principalement aux différentes phases de formation des villes 29. Dans son désormais célèbre ouvrage sur la ville d’Alnwick, dans le Northumberland 30, M. R. G. Conzen, après avoir souligné la limite des analyses morphologiques fondées sur les seuls tracés des voies, reconnaît la parcelle en tant qu’unité fondamentale d’analyse urbaine. Cet auteur insiste sur la nécessité d’analyser le plan de la ville en prenant en compte simultanément les trois éléments et/ou relations que sont le tracé des voies (street system), les modèles de parcelles (plot patterns) et la distribution du bâti dans les îlots (building block-plans), en une approche évolutive des développements successifs de la cité 31. La même année, dans une analyse du centre de la ville de Newcastle, M. R. G. Conzen identifie des micro- régions urbaines unitaires (plan units) : le noyau originel (enceinte castrale ou ecclésiastique), le port, l’extension médiévale autour du marché, ou les faubourgs tardo-médiévaux (suburbs), qui correspondent à des situations morphologiquement distinctes, en des phases concomitantes ou successives de l’histoire économique, sociale et culturelle. Le concept d’« urban fringe belt », de frange d’extensions urbaines, lui permet ensuite de rendre compte de développements successifs cohérents, par exemple les lotissements autour du marché (au-delà du castrum), les lotissements vis-à-vis des murailles (à l’intérieur ou à l’extérieur de celles-ci), ceux des villas pavillonnaires du xixe siècle, les implantations industrielles, les cités-jardins, les espaces verts, etc. Dans un article ultérieur, intitulé : « The Use of Town Plans in the Study of Urban History 32 », paru à l’issue d’un important colloque autour de l’historien Harold James Dyos, tenu en 1966 à l’université de Leicester sous les auspices de l’Urban History Group, M. R. G. Conzen démontre

29. Conzen Michaël Robert Günter, Thinking about urban form : papers on urban morphology, 1932-1968, éd. Michael P. Conzen, Berne/Oxford, Peter Lang, 2004.

30. Conzen Michaël Robert Günter, « Alnwick, Northumberland: a Study in Town Plan Analysis », Londres, Institut of British Geographers, no 27, 1960.

31. Une analyse exhaustive des concepts de Conzen est proposée par Whitehand J. W. R. (éd.), The Urban Landscape: Historical Development and Management, Papers by M. R. G. Conzen, I. B. G.

Special Publications Series, no 13, Londres, Academic Press, 1981, chap. 6, p. 127-152.

32. Conzen Michaël Robert Günter, « The Use of Town Plans in the Study of Urban history », in Dyos Harold James (éd.), The Study of Urban History, New York, St. Martin’s Press, 1968, p. 113-130.

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l’importance de l’usage de la cartographie, du plan de ville (town plan) en tant que document historique et outil d’investigation, en particulier avec le support des plans à moyenne échelle, au 1/5 000, au même titre que l’analyse des caractéristiques formelles du paysage urbain (townscape). Le recours aux plans à grande échelle permet ainsi de poser l’hypothèse des dimensions des parcelles d’origine et de leur évolution régulière. Dans les deux études de cas qui portent sur les villes de Conway et de Ludlow, l’auteur superpose les plans orographiques et les « plan units » qui articulent les usages et les typolo- gies constructives, pour finalement produire un plan de structure qui consti- tue la plus fine tentative d’explicitation de la formation urbaine concrète.

Jamais auparavant une telle systématique n’avait été déployée, même dans les études détaillées des formes du paysage urbain de deux Allemands spécialisés dans l’étude de l’évolution des villes médiévales, le géographe Walter Geisler, ultérieurement nazi, qui s’attachait à interpréter le rapport du plan de ville aux bâtiments, et l’historien du droit Hans Planitz, opposé au nazisme 33. Et à l’occasion, M. R. G. Conzen reconnaît l’universalité de la territorialité, l’importance d’une inscription territoriale qui ne se limite pas aux seules sociétés pré-industrielles : les paysages des diverses sociétés ont un rôle éduca- tif, intellectuel et émotionnel qui ne doit pas être confondu avec une idéolo- gie du repli sur soi, de la recherche de l’identité à tout prix.

L’analyse du parcellaire urbain en France

Un programme de recherche du CNRS est réalisé en 1963-1966 sous l’autorité de l’historien d’art André Chastel, qui porte sur le quartier des Halles à Paris, après la décision prise en 1959 de déplacer les Halles centrales à Rungis, et alors même que l’élaboration de différents projets est lancée par une « Société d’études pour l’aménagement des Halles », et que la préfec- ture de la Seine patronne le plan d’aménagement des architectes Raymond Lopez et Michel Holley 34. Cette recherche documentaire menée par les historiennes Françoise Boudon et Françoise Hamon, avec un appareil carto- graphique élaboré par la géographe Françoise Mallet, débouche en 1967 sur un long article d’André Chastel, intitulé : « L’îlot du Roule et ses abords 35 ».

Dans l’introduction, A. Chastel écrit :

33. Parmi les références de géographes allemands citées par Conzen, il faut mentionner, outre les travaux d’Otto Schlüter, ceux de son élève Geisler Walter, Die Deutsche Stadt. Ein Beitrag zur Morphologie der Kulturlandschaft, Stuttgart, Verlag von J. Engelhorns Nachf., 1924, p. 359-552, et plus récem- ment d’Hans Planitz ; voir également Denecke Dietrich et Shaw Gareth (éd.), Urban Historical Geography. Recent Progress in Britain and Germany, Cambridge, Cambridge University Press, 1988.

34. À propos de cette dramatique opération au centre de Paris, voir Paris-Projet, no 1, APUR, juillet 1968 et, pour une critique courageuse menée dans la presse par André Fermigier, voir Loyer François (dir.), La bataille de Paris : des halles à la pyramide. Chroniques d’urbanisme, Paris, Gallimard, 1991.

35. Chastel André, avec le concours de Mallet Françoise, « L’îlot du Roule et ses abords », Paris et Île-de-France, Mémoires, t. XVI-XVII, 1965-1966, 1967, p. 7-129. Les réflexions fondamentales de dans tous ses états », Florence Bourillon et Corinne Jaquand (dir.) Presses universitaires de Rennes, 2022, www.pur-editions.fr

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« Une longue et minutieuse enquête collective a été conduite à la fois dans les archives et sur le terrain, et il est peu à peu apparu que la notion-clef était fournie par la parcelle : indispensable à connaître pour la localisa- tion méthodique des informations de tous genres, elle s’est finalement révélée comme la cellule ou, si l’on veut, la molécule irréductible du tissu urbain propre à rendre compte par sa fixité ou ses vicissitudes aussi bien du

“contenu” social du complexe qui l’enveloppe que de la “configuration” des formes actuelles de la ville 36. »

Et plus loin, à propos de cet « essai d’analyse parcellaire », il ajoute :

« L’histoire explique intégralement la physionomie parcellaire d’un îlot, et l’analyse conduite à partir de ses données fournit la clef des transforma- tions de l’habitat urbain, avec des lois architecturales quasi constantes 37. » Depuis la période de la Reconstruction, André Chastel s’était intéressé à l’urbanisme, comme en attestent ses chroniques régulières publiées dans le journal Le Monde 38. Et celui qui se rendait si souvent en Italie n’avait pas cessé d’être un observateur attentif des plans régulateurs successifs de Rome ou de Venise, plans qui risquaient de menacer non pas un monument mais la structure ancienne de quartiers devant désormais être protégés dans leur ensemble. À l’occasion, il eut à connaître, au début des années 1960, les ouvrages d’Antonio Cederna, de Saverio Muratori, de Bruno Zevi 39, et de beaucoup d’autres par la suite, ceux des historiens : Ennio Poleggi, Manfredo Tafuri, mais également ceux des architectes engagés dans les études de morphologie urbaine : Giancarlo de Carlo, Carlo Aymonino, Aldo Rossi et Gianfranco Caniggia. Une école de typo- morphologie italienne attachée à l’étude de « la construction de la ville dans le temps », qui a énoncé une autonomie relative de la forme physique des objets et décrit la métamorphose de ceux-ci, s’est imposée dans les années 1960 à côté de la géographie historique allemande et anglaise pour donner des outils d’analyse urbaine susceptibles de fonder des pratiques dans la continuité et non pas dans la rupture avec le milieu existant 40. C’est finalement à Françoise Boudon qu’il revint d’expliciter la méthode d’analyse du tissu urbain choisie, dans un article publié dans les Annales

ces chercheurs ne devaient en rien intéresser les administrations et les responsables politiques lors de l’aménagement du quartier des Halles de la ville de Paris. 

36. Chastel André, « L’îlot du Roule et ses abords », art. cité, p. 9.

37. Ibid., p. 52-53.

38. Chastel André, Architecture et patrimoine. Choix de chroniques du journal « Le Monde », textes réunis et annotés par Hervier Dominique et Lorgues-Lapouge Christiane, Paris, Imprimerie nationale et inventaire Général, 1994.

39. Voir Cederna Antonio, I vandale in casa, Bari, Laterza, 1956 ; Muratori Saverio, Studi per una operante Storia urbana di Venezia, vol. 1, Rome, Istituto poligrafico dello stato, 1959 ; Zevi Bruno, Biagio Rossetti, architetto ferrarese, il primo urbanista moderno europeo, Turin, Einaudi, 1960.

40. Rossi Aldo, L’architettura della città, Rome, Marsilio Editori, 1966, trad. fr. L’architecture de la ville, Paris, L’Équerre, 1981. En français, il faut citer la publication avec une introduction de Roland Matthu, Caniggia Gianfranco, Lecture de Florence, Bruxelles, Institut supérieur d’architecture Saint- Luc Bruxelles, 1994.

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en 1975 41. Il y est préliminairement énoncé que « l’élément fondamental de la structure urbaine est la parcelle », avant même de tenter de dégager

« les lois qui unissent le tissu urbain et l’architecture ». Et la réflexion se déploie ensuite au fil d’une typologie des parcelles :

« Une parcelle se caractérise par la forme de son contour, sa surface, ses connexions avec l’espace qui l’environne. Déterminer la typologie parcel- laire, c’est essentiellement analyser la variation de ces trois éléments et l’influence relative de chacun d’eux sur la forme architecturale, la distribu- tion des masses bâties que supporte la parcelle. »

Enfin Françoise Boudon décrit les « principes d’organisation des textures parcellaires » dans les cas d’îlots réguliers et irréguliers avant 1750, l’évé- nement architectural dans le petit ou le grand parcellaire, l’organisation géométrique en arête de poisson dans le cas des îlots triangulaires du xixe siècle, la trace des enceintes urbaines et l’empreinte d’édifices dispa- rus dans le découpage parcellaire, proposant alors l’une des plus efficaces lectures contemporaines du phénomène urbain. Malheureusement la publication finale sur l’étude du quartier des Halles à Paris par l’équipe d’André Chastel, en 1977 42, eut lieu trop tardivement pour pouvoir influer en quelque mesure le cours de l’aménagement de ce quartier si douloureu- sement éprouvé 43.

En France, dans ces mêmes années 1970, un architecte versé dans l’urba- nisme, Gerald Hanning, propose une méthode de « composition urbaine » issue de l’observation « au niveau fondamental du parcellaire foncier » des transformations du paysage urbain 44. Le dessin de la « trame foncière » donne une représentation des formes naturelles du site. Après avoir affirmé le rôle organisateur du découpage parcellaire, Hanning montre par la repré- sentation graphique que le parcellaire induit les formes des volumes bâtis ou plantés, par le jeu de contraintes en rapport à la voirie ou aux limites séparatives. Mais ce travail qui « vise à assurer une claire inscription des éléments nouveaux dans le cadre géographique » est demeuré largement méconnu jusqu’à aujourd’hui.

Par la suite, l’un des plus considérables travaux français sur la texture urbaine et le parcellaire demeure l’ouvrage d’un géographe atypique, d’un cartographe passionné par l’évolution de l’espace urbain parisien : Bernard Rouleau, qui parvint à publier sa thèse sur Les villages et faubourgs de l’ancien

41. Boudon Françoise, « Tissu urbain et architecture : l’analyse parcellaire comme base de l’histoire architecturale », Annales E. S. C., 30e année, no 4, juillet-août 1975, p. 773-818.

42. Boudon Françoise, Chastel André, Couzy Hélène et Hamon Françoise, Système de l’architecture urbaine. Le quartier des Halles à Paris, Paris, Éditions du CNRS, 1977.

43. Les médiocres réalisations ont été le fruit de l’indécision politique, de l’appétit des promoteurs et constructeurs, enfin de l’incompétence des architectes ; voir Fermigier André, in Loyer François (dir.), La bataille de Paris…, op. cit.

44. Hanning Gerald, « Architecture de l’espace parisien », Architecture d’Aujourd’hui, no 138, juin-juillet 1968, p. 1-4.

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Paris 45 dans la collection Espacements dirigée par Françoise Choay 46. Dans l’aire d’étude parisienne qui concerne la « petite banlieue », c’est-à-dire tout l’espace compris entre l’enceinte fiscale des Fermiers Généraux et l’enceinte militaire dite de Thiers, construite cinquante ans plus tard, l’auteur décrit d’innombrables situations particulières au fil du temps, en insistant sur l’urbanisation sous la Restauration qui demeurait encore peu connue à cette époque malgré les travaux de Jeanne Pronteau 47 et de Gérard Jacquemet sur Belleville 48. La troisième partie de l’ouvrage de Bernard Rouleau, intitulée :

« Le parcellaire, trame de l’espace urbain 49 », rend compte de différents types de parcellaire correspondant à des modes d’occupation du sol variés. Les mécanismes de la formation du parcellaire urbain sont analysés à l’échelle de l’îlot, mais également à celle d’un quartier entier : l’entreprise cartographique révèle ainsi les « lignes directrices, orientation générale et rythme du parcel- laire primitif » d’un arrondissement, et permet de suivre les multiples « types d’évolution et d’altérations » à travers les âges. La difficile assimilation de ces quartiers après l’annexion de 1860 et surtout la violence des opérations de rénovation urbaine du xxe siècle sont démontrées, car, contrairement à ce qui ne cesse d’être pensé, cette région de Paris demeure en mutation continue depuis la seconde guerre mondiale ainsi que le font voir les transformations du parcellaire. Comme je l’écrivais dix ans plus tard :

« Dans la plupart des villes, le tracé des voies est quasi permanent à travers les siècles, le découpage parcellaire est largement persistant, du moins à l’échelle de nos vies humaines, et le bâtiment est quant à lui indéfiniment substituable 50. »

Sans doute Bernard Rouleau a-t-il insuffisamment considéré les tempo- ralités diverses. Aussi son ouvrage fut-il accueilli avec de multiples réserves par certains historiens de la ville 51 parce qu’une vision de l’histoire faisait soi-disant défaut : les changements de la ville ne sont pas chronologique-

45. Rouleau Bernard, Villages et faubourgs de l’ancien Paris. Histoire d’un espace urbain, Paris, Seuil, 1985.

46. Auparavant Bernard Rouleau avait dû sa célébrité à un livre polémique à une époque où « un réseau de circulation rapide » et d’énormes centres commerciaux sont implantés en région parisienne : Rouleau Bernard, Le tracé des rues de Paris, formation, typologie, fonctions, Paris, Éditions du CNRS, 1967. Dans cet ouvrage, il analysait les phases successives d’un développement urbain régulier, en rapport avec le réseau des voies, et les multiples fonctions des rues de la capitale, et il affirmait la pérennité nécessaire de cette structure.

47. Pronteau Jeanne, « Construction et aménagement des nouveaux quartiers de Paris (1820-26) », Histoire des entreprises, no 2, novembre 1958, p. 5-32.

48. Jacquemet Gérard, « Belleville aux xixe et xxe siècles : une méthode d’analyse de la croissance urbaine à Paris », Annales E. S. C., 30e année, no 4, juillet-août 1975, p. 819-843 ; voir également idem, Belleville au xixe siècle. Du Faubourg à la ville, publié par Daumard Adeline, Paris, Éditions EHESS, 1984.

49. Rouleau Bernard, Villages et faubourgs de l’ancien Paris…, op. cit., p. 131-186.

50. Gresset Philippe, « La glose des trois Âges : un piège et une fiction », Ville et architecture, no 4, novembre 1997, p. 23.

51. Voir Lepetit Bernard, compte rendu du livre de Bernard Rouleau, Annales ESC, 43e année, no 2, mars-avril 1988, p. 546-548.

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ment linéaires, et aussi parce que « la société avec sa croissance démogra- phique, ses activités économiques, ses représentations mentales, sa législa- tion de la construction, ses projets d’urbanisation, ses usages de la ville, qui évoluent chacun selon son rythme propre […] n’est qu’exceptionnellement contemporaine à l’espace qu’elle occupe 52 ». Considérer le plan parcellaire comme un document pour l’histoire urbaine n’était pas tout à fait encore acquis en France dans les années 1980.

La négation du parcellaire chez les praticiens modernes, architectes et urbanistes

À l’exposition d’Urbanisme de Düsseldorf qui a eu lieu en 1912, une section de la Politique foncière (Bodenpolitik) offre un « exemple de remem- brement à l’amiable » qui bénéficie à tous. Un rapport du Dr Ing. Hermann Hecker au IIIe Congrès international des villes, tenu à Paris en 1925, rappelle cet événement, mais l’heure n’est plus aux réformes dans la culture architecturale 53. À l’issue des séances préparatoires du Congrès interna- tional d’architecture moderne tenu au château de La Sarraz en 1928, un second programme est rédigé par Le Corbusier, puis édité début juin. Le traitement de la question 4 : « Urbanisme », est prévue pour le mercredi 27 juin à quinze heures, et quelques idées fondamentales sont préalable- ment avancées :

« Les programmes nouveaux sont d’une envergure inconnue jusqu’ici. Et précisément, par le fait des ventes et héritages successifs, le sol du pays se trouve plus morcelé qu’il n’a jamais été. Et ce morcellement à l’infini est fait suivant les coupes les plus arbitraires. Les terrains innombrables et biscornus empêchent toute œuvre d’urbanisme. Il y a donc lieu d’édicter une loi préalable et indispensable de remembrement du sol des villes et des campagnes 54. »

Contrairement au programme prévu, la question de l’urbanisme est traitée dans la matinée, et en fin d’après-midi, après des discussions sur l’organisation du congrès, on joue au croquet 55. Désormais, en urbanisme, le sort du parcellaire est jeté : il est un obstacle et doit donc disparaître, la voirie est quant à elle autonomisée par rapport au domaine bâti, et le

52. Ibid., p. 548.

53. Hermann Hecker, « Rapport de l’Allemagne. Die Bodenpolitik der Gemeinden und ihr Einfluss auf die Wohnungsfrage », IIIe Congrès International des Villes, Paris, 1925, Bruxelles, Union inter- nationale des villes, s. d., Vol. IV-VI, p. 17-29. Une traduction française est donnée plus loin, p. 106-116.

54. CIAM : Dokumente 1928-1939, Steinmann Martin (dir.), Basel u. Stuttgart, Birkhaüser Verlag, 1979, p. 20. Outre le parcellaire aboli, la limitation de hauteur est condamnée, la ceinture verte, les toits-jardins et les rues sur pilotis sont prescrits, et le sport pour la « récupération des forces nerveuses » est obligatoire.

55. CIAM : Dokumente 1928-1939, op. cit., p. 26.

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souci du bâtiment, généralement détaché du sol, l’emporte sur toute autre considération d’aménagement. Des points de vue un peu moins radicaux s’expriment ultérieurement, par exemple dans le manuel d’urbanisme d’Adolphe-Augustin Rey, Justin Pidoux et Charles Barde 56  : pour ces derniers, le remembrement réalisé au niveau de l’îlot est un préalable à tout développement urbain, parce que le bâtiment ne doit pas s’adapter inconsi- dérément à un terrain quelconque mais être orienté par rapport au soleil 57. À la suite de la réflexion de Georges Sébille sur l’îlot, développée dans un article paru en 1937, un faux-semblant d’urbanité est établi par l’archi- tecte Robert Auzelle dans le livre d’inspiration vichyste intitulé Destinée de Paris 58, publié en 1943, la même année que la Charte d’Athènes, à l’initiative de Bernard Champigneulle, critique d’art engagé dans la défense du Vieux Paris. L’auteur s’attaque aux méfaits engendrés par la multiplication des constructions inconvenantes à l’intérieur des parcelles. Dans sa contribu- tion, Robert Auzelle explique les avantages du curetage d’îlot, d’une rénova- tion hygiéniste qui détruit « l’enchevêtrement des bâtiments parasitaires » encombrant les fonds de parcelle, et qui maintient l’alignement sur rue, et donc l’aspect de la ville traditionnelle selon une vision scénographique et non pas structurelle de la ville : les rues étroites cachent des situations de parcelles différentes à l’origine ou lors des modifications d’usage ultérieures, par exemple sur une même rue, d’une rive à l’autre, ou bien sur les îlots successifs. Cette conception du curetage des îlots, qui se révélera par la suite onéreuse, a généré une indistinction croissante entre les espaces public et privé, un défaut d’orientation symbolique quand l’accessibilité des centres des îlots devient générale, et finalement la disparition de l’articulation entre la typologie des bâtiments et la morphologie urbaine 59.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’architecte et urbaniste social- démocrate Hans Bernoulli 60, qui avait été le premier professeur d’Urbanisme à l’École polytechnique fédérale de Zürich, analyse rigoureusement le passage du parcellaire rural au parcellaire urbain aux environs des villes. Mais il dénonce surtout les effets néfastes de l’ancien parcellaire sur les extensions récemment construites. Afin de résoudre le problème, l’auteur pose alors le principe d’un nécessaire contrat entre la communauté propriétaire du

56. Rey Adolphe-Augustin, Pidoux Justin et Barde Charles, La science des plans de villes, Paris, Dunod, 1928.

57. Les remaniements parcellaires étaient déjà au centre des « modes de réalisation effective » d’opéra- tions urbaines, in Agache Donat-Alfred, Auburtin Marcel et Redont Édouard, Comment recon- struire nos Cités détruites ?, Paris, Armand Colin, 1915, p. 133 sq.

58. Auzelle Robert, « La rénovation des quartiers insalubres », in Champigneulle Bernard, Lavedan Pierre, Raval Marcel, Pillement Georges, Auzelle Robert, D’Espezel Pierre et Reamaury Pierre, Destinée de Paris, Paris, Éditions du Chêne, 1943, p. 109-121.

59. Cette idéologie demeure efficace jusqu’à la fin des années 1970. Voir par exemple l’opération de réhabilitation des jardins Saint-Paul engagée en 1972, et celle de l’Hôtel de Beauvais, dont les cheminements piétonniers traversant les cours ont été abandonnés par la suite.

60. Bernoulli Hans, Die Stadt und ihr Boden, Erlenbach/Zürich, Verlag für Architektur, 1946.

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sol et les propriétaires individuels des bâtiments quand cela est possible, et prône finalement l’effacement du parcellaire ancien. Les revendications de l’urbanisme moderne débouchent sur une pratique du plan de masse avec de grands bâtiments autonomes qui rendent les altérations et substitutions incertaines. À la même époque, lors de la Reconstruction en France, malgré quelques tentatives à Beauvais, Royan, pour régulariser le parcellaire en permettant des co-propriétés, c’est le modèle de l’îlot périmétrique continu, autour d’un vaste espace libre central, qui l’emporte.

Le faux retour du parcellaire à la fin du xxe siècle

Beaucoup plus tard, en 1985, Pierre Merlin, davantage connu pour son expérience pratique d’analyste des villes nouvelles, reçoit une commande du Plan Urbain pour évaluer les apports méthodologiques de l’approche morphologique et de l’enquête parcellaire qu’il publiera en 1988 61. Après avoir éliminé tous les spécialistes français concernés, et avec la complicité de Bill Hillier, inventeur en Grande-Bretagne d’une obscure « Space syntax », Pierre Merlin dénonce la confusion et le flou des concepts utilisés dans l’analyse des tissus urbains, et accuse de passéisme ceux qui veulent transpo- ser ces concepts au niveau de propositions formelles. Récusant la possibilité de continuer les villes dans leur diversité, il ne manque pas de souligner à l’occasion la perte de compétence des architectes dans le champ de l’urba- nisme, ceux-ci ayant déjà perdu leur compétence technique au xixe siècle au profit des ingénieurs, et leur compétence esthétique au xviiie siècle au profit des philosophes.

Dès la fin des années 1980, une certaine reprise des considérations sur le redécoupage foncier en lots opérationnels a cependant lieu dans les ultimes Zones d’aménagement concertés (ZAC) parisiennes. La procédure des ZAC, née de la loi d’orientation foncière de 1967, a permis à la Ville de Paris de conduire des aménagements de grande dimension, en moyenne une dizaine d’hectares, en concédant les terrains à des utilisateurs publics ou privés après avoir établi des objectifs urbanistiques précis.

Ainsi, en mars 1968, les architectes André Remondet et J. Sunz avaient proposé à l’initiative de la SNCF un plan de masse afin de réutiliser les terrains d’une gare de trains de marchandises, la gare de Reuilly, selon les principes établis d’un urbanisme de blocs architecturaux figés, posés sur un socle artificiel. Or, à l’issue d’études réalisées entre 1978 et 1984 au sein de l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR), une partition du sol urbain est proposée qui distingue, dans la ZAC de Reuilly, les espaces publics : jardin, mail planté, square, etc., et les espaces privés à découper en lots, au sein

61. Merlin Pierre (dir.), Morphologie urbaine et parcellaire, colloque d’Arc-et-Senans, 28/29-10-1985, Saint-Denis, Presses universitaires de Vincennes, 1988.

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d’un projet finalement approuvé par le Conseil de Paris en janvier 1985 62. Des études complémentaires de Pierre Micheloni et Dominique Petermüller en 1987-1988, avec le concours de l’architecte Roland Schweitzer nommé à l’occasion « architecte coordonnateur », débouchent sur la création de lots dont la largeur sur rue correspond plus ou moins à une distance d’une cinquantaine de mètres, sur un front bâti ou bien autour de bâtiments en plots (distants de 21 m). Concourant à l’interprétation de la ville existante, l’élaboration de ce projet par parties explicite un agencement à partir de principes fondamentaux en mettant en jeu des interactions spatiales multiples. La ZAC est finalement supprimée en 2011, et tout le quartier relève désormais de la réglementation urbaine ordinaire.

Dans la ZAC des Amandiers, à proximité du cimetière du Père-Lachaise, différents secteurs d’intervention aménagés au fur et à mesure témoignent d’idéologies urbaines successives depuis les années Cinquante, la plupart en rupture complète avec le tissu urbain environnant. Un plan d’aménagement qui maintient le tracé des voies et une hauteur réduite des bâtiments, est promu par la Ville de Paris en 1980. Finalement, début 1996, une mission de coordination urbaine est confiée à l’architecte Antoine Grumbach qui interprète la mémoire physique et sociale du quartier en une sorte de fiction pittoresque. Défini en janvier 1997, un nouveau plan d’aménagement du secteur sud-est, plus respectueux de l’esprit du lieu, est alors entrepris pendant plusieurs années, et achevé en 2006 63. Il s’agit de restaurer les qualités locales en conservant les singularités du paysage urbain existant : bâtiments maintenus en état ou réhabilités, déclivité des rues, et en créant les conditions d’une transformation régulière avec des bâtiments neufs dont le fractionnement rappelle le rythme d’un ancien parcellaire et dont le gabarit évoque celui des architectures de faubourgs.

La question du parcellaire est plus précisément revenue en 1995, à l’occasion de la « consultation Masséna » pour l’un des quartiers de la ZAC Paris Rive Gauche sur les emprises des voies désaffectées de la Gare d’Aus- terlitz 64. En 1982-1983, l’APUR engage des études préliminaires, puis des consultations d’architectes en 1985 (pour d’éventuels Jeux Olympiques en 1992), ainsi qu’en 1989 à l’issue du projet de la Grande Bibliothèque, et procède au choix, au début de cette même année, de tracer l’axe majeur de l’avenue de France, une voie de 40 m de large en surplomb sur les voies TGV. Enfin, après les diverses propositions architecturales dans le cadre de la Mission de préfiguration de l’Exposition universelle de 1989, le projet  Seine-Rive Gauche est approuvé par le Conseil de Paris en

62. Voir « ZAC Reuilly », Paris-Projet, no 27-28, APUR, 1987, p. 212-221, et surtout : « La ZAC de Reuilly », La loi SRU et la « transition réglementaire » parisienne, Paris, APUR, 2003, chap. 5, p. 107-134.

63. Voir « Les Amandiers », Paris-Projet, no 32-33, APUR, 1998, p. 163-173.

64. La consultation Masséna. Projets d’urbanisme pour un nouveau quartier de Paris, s. l., Skira, 1997.

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janvier 1990 65. Le Plan d’aménagement de zone (PAZ) avec tracé des voies, répartition des fonctions et réglementation des hauteurs a cependant été modifié par vote du 7 juillet 1997 à la suite de nombreuses contestations qui ont débouché sur d’utiles concertations. L’architecte Roland Schweitzer est nommé « architecte-coordonnateur » du quartier de Tolbiac-Nord en 1991, situé de part et d’autre de la Bibliothèque nationale de France, et le plan de développement de ce quartier avec ses jardins et placettes est approuvé en 1993, la réalisation s’achevant en 2002. En janvier 1994, la Ville de Paris et l’aménageur, la SEMAPA, choisissent de procéder à un concours d’urba- nisme pour la réalisation du quartier des Grands Moulins (Masséna-Nord) selon une méthode innovante : il s’agit de « lutter contre la banalisation des rues », de ménager « l’animation des rez-de-chaussée », de privilégier la mixité fonctionnelle dans les immeubles et l’introduction de la végétation, mais aussi de réfléchir au découpage et à l’assemblage des parcelles dans les îlots. Dans la proposition finale qui devait l’emporter, l’architecte Christian de Portzamparc fixe une dimension conventionnelle des îlots de 30 ou 60 m de large sur 90 m de long, avec alignement partiel, mais majoritaire (60 %), des immeubles en périphérie sur la rue, et interdiction de toute mitoyenneté de ceux-ci 66. Mais il n’est jamais question de parcellaire, celui-ci n’étant déterminé qu’à l’issue de concertations entre maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre, en collaboration avec l’architecte coordinateur, dans une même identité morphologique, celle de l’îlot : « Dans notre projet, la méthode sera, dans le principe, […] de considérer chaque îlot comme une entité volumé- trique particulière, faisant l’objet d’un projet propre 67. » Mais la question de la gestion des parkings privés demeure, quand tous les bâtiments sont habile- ment distribués sur un socle de parkings indifférencié à l’échelle de l’îlot.

Parmi les dix équipes retenues pour la seconde phase du concours, seule la réponse de l’agence TGT (Treutel-Garcias-Treutel) a traité d’un parcel- laire qui retrouve toute sa capacité de génération urbaine 68. Le titre de la proposition de cette équipe : « Tracer, lotir, bâtir », résume le propos : il s’agit de renouer avec la tradition de l’implantation qui procède logique- ment du tracé des voies, du découpage parcellaire et de la distribution du bâti sur la parcelle. Les îlots résultant du tracé des voies ont une dimen- sion de 60 m de large sur 140 m de long – une proportion qui rappelle le bloc new-yorkais d’une largeur de 61 m sur une longueur allant de 189 à

65. Paris-Projet, no 29, L’aménagement du secteur Seine Rive Gauche, APUR, 1990.

66. Dans la première phase du concours, Christian de Portzamparc proposait des îlots de 55 ou 65 m de large sur 100 m de long, ou bien de 35 ou 60 m de large sur 80 m de long. Pour mémoire, les îlots de la ZAC de Bercy organisés selon d’autres principes sont de dimensions semblables : 62 m de large sur 81 m de long.

67. Portzamparc Christian de, Cahier des charges particulières d’urbanisme et d’architecture, Paris, SEMAPA, 1999, p. 2.

68. La consultation Masséna, op. cit., p. 92-97 ; voir également, Alain Borie, TGTFP. Architecture et Urbanisme, Paris, TGTFP, 2015, p. 44-47.

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244 m – et le découpage parcellaire esquissé autorise des variations selon les densités choisies entre les îlots sur le quai, les îlots résidentiels mieux protégés de la circulation, et les îlots denses sur l’avenue, voire permet des évolutions multiples, des altérations et regroupements divers selon les nécessités présentes ou à venir 69. L’originalité de la proposition tient sans doute à construire systématiquement sur le sol naturel horizontal et à loger les parkings sous les voies publiques, en profitant de la ligne de crête de la nouvelle avenue avec ses rues en pente de chaque côté pour rompre avec cet urbanisme de dalle qui passe encore aujourd’hui pour une nécessité contemporaine malgré tant d’échecs successifs.

À la même époque, un semblable faux-semblant de retour du parcellaire a lieu à Berlin sans que la distinction ne soit faite entre l’analyse morpho- génétique et l’activité du projet architectural. La « reconstruction critique » proposée par l’Internationale Bauaustellung 87, sous l’autorité de l’archi- tecte Joseph Paul Kleihues, s’appuie sur la sauvegarde des vestiges existant, la renaissance de l’îlot périmétrique continu et la reprise de conventions formelles : l’alignement, le gabarit, la cour, le marquage de l’angle. Dans le livre du critique d’architecture berlinois Dieter Hoffmann-Axthelm, intitulé La Troisième ville 70, un chapitre important, « Stadtstruktur », est consacré à certaines caractéristiques des villes européennes et en particulier au parcellaire qui doit être, selon l’auteur, repensé après son abolition par les Modernes. Ce dernier participe depuis 1996 au Planwerk Innenstadt Berlin, un plan d’alignement pour la partie centrale entre le quartier du Zoo à l’ouest et l’Alexanderplatz à l’est. Élaboré sous la houlette de Hans Stimmann, directeur au Sénat de la Construction puis de l’Urbanisme, ce projet sera finalement approuvé en mai 1999 71. Pour cette reconstruction du centre de Berlin, une reprise du parcellaire initial est visible selon deux stratégies établies qui simulent une diversité fonctionnelle et foncière : le principe du jeu de construction (« Prinzip Baukasten ») dont Josef Paul Kleihues a lancé le mot d’ordre, et celui, plus fantaisiste, du « collage » d’Aldo Rossi. Dans les deux cas, les bâtiments sont des entités distinctes appartenant à un même propriétaire sur un socle de parkings commun : il s’agit finalement d’une vaste parcelle-îlot dont l’articulation des bâtiments ressemble au rythme du parcellaire ancien, du moins en façade 72.

69. L’« urbanisme vertical » est né dans une ville dotée d’une réglementation urbaine considérable. Le bloc new-yorkais est découpé en parcelles très exiguës de 25 par 100 pieds (soit : 7,62 × 30,48 m), mais de nombreux accommodements ont permis l’extraordinaire diversité du paysage urbain ; voir Plunz Robert, Habiter New-York, la forme institutionnalisée de l’habitat new-yorkais, 1850-1950, trad. fr. C. Chatin, Bruxelles/Liège, Mardaga, 1982.

70. Hoffmann-Axthelm Dieter, Die Dritte Stadt, Bausteine eines neuen Gründungsvertrags, Francfort- sur-le-Main, Suhrkamp Verlag, 1993.

71. Bocquet Denis, « Hans Stimmann et l’urbanisme berlinois (1970-2006) : un tournant conserva- teur de la reconstruction critique ? », Città e Storia, 2010, V (2), p. 467-487.

72. Burg Annegret, Berlin Mitte, die Entstehung einer urbaner Architektur, éd. H. Stimmann, Berlin/

Basel, Birkhaüser Verlag, 1995.

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Pour conclure

Depuis la dénonciation argumentée des méfaits de la Charte d’Athènes par l’architecte et enseignant Bernard Huet 73, la place de la parcelle a été réaffirmée dans des tracés urbains lors de transformations effectuées au sein de zones en mutation lente ou bien dans les zones péri-urbaines. Et l’urba- nisme n’est plus cette collection de disciplines distinctes sans rapports : histoire, géographie, sociologie, économie, droit, architecture…, même si des sociologues urbains demeurent hostiles à un urbanisme qu’ils jugent trop centré sur les formes urbaines et l’aménagement des espaces publics, et si certains architectes ne cessent de penser la ville comme la juxtaposition d’éléments architecturaux extraordinaires. Après que Bernard Huet a distin- gué le temps long de la ville, la continuité et la régularité, en opposition avec le temps court de l’architecture, la discontinuité et la transgression, une complémentarité entre le « projet urbain » (Town Design) et la planification urbaine (City Planning) est désormais envisageable. Pourtant la réflexion urbanistique actuelle porte essentiellement sur le mouvement, sur les flux et déplacements humains qui caractérisent l’espace de circulation considéré comme le fondement des libertés, alors que le triomphe de la technologie et l’accélération technique vont de pair avec l’assujettissement à un contrôle universel, et que la technique ne cesse d’accroître le divorce entre l’homme et son milieu.

Vouloir faire langue commune à propos de la parcelle, d’un tel objet invisible, au carrefour de disciplines diverses, demeure un défi : d’une part les historiens et géographes réfléchissent aux éléments constitutifs concrets de villes anciennes, avec le recul et les méthodes nécessaires, et d’autre part les spécialistes de l’aménagement contemporain proches des praticiens et responsables d’opérations actuelles, s’attachent dans leurs écrits au jeu des acteurs et aux représentations en général. Face aux laudateurs d’une urbanisation convulsive sous prétexte de modernité, l’histoire montre que les expériences du passé ne sont pas inutiles.

Si l’on se réfère à l’histoire d’une période lointaine, il semble que l’utilité de l’histoire dans le projet, dans la conception et la production des relations et éléments constitutifs des villes, demeure une question, particulièrement en ce qui concerne le découpage parcellaire. Mais peut-être peut-on encore espérer en un intellectuel collectif capable de création euphorique en conti- nuant la ville à partir de principes qui ont fait leurs preuves, comme la mutabilité du parcellaire et le privilège de l’espace public sur l’espace privé.

73. Huet Bernard, « La citta come spazio abitabile – The city as dwelling space », Lotus international, no 41, 1984, p. 6-17.

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