Book Chapter
Reference
Epître aux Ephésiens
DETTWILER, Andreas
Abstract
Commentaire grand public de l'épître aux Ephésiens, sur la base de la traduction oecuménique de la Bible (TOB) de 2010
DETTWILER, Andreas. Epître aux Ephésiens. In: Focant, C., Marguerat, D. Le Nouveau Testament commenté . Montrouge Cedex & Genève : Bayard & Labor et Fides, 2012. p.
845-867
Available at:
http://archive-ouverte.unige.ch/unige:39501
Disclaimer: layout of this document may differ from the published version.
1 Éphésiens i ~i'ltrodu«:~lorll
L'auteur et son œuvre
« Paul après Paul »-une théologie en constante évolution. La majorité des chercheurs aujourd'hui part de l'idée que l'épître aux Éphésiens n'a pas été écrite par Paul lui- même, mais par un disciple inconnu, entre 80 et 90 après J.
C.
Le lieu de rédaction reste inconnu. On peut penser à une ville d'Asie Mineure. Les raisons de ranger Ep parmi les lettres deutéro-pauliniennes sont de trois ordres. D'abord, le vocabulaire et le style se distinguent sensiblement de ceux des lettres proto-pauliniennes. Ensuite, l'épître semble bien dépendre littérairement de Col, dont elle constitue une sorte de deuxième version élargie et améliorée- aux yeux de l'auteur. Ont, par exemple, disparu toutes les parties de polémique contre un courant religieux alternatif (la« philosophie colossienne » 1. Enfin, la théologie d'Ep témoigne de différences significatives par rapport aux lettres proto-pauliniennes, mais est très proche de celle de_ Col: vision du Christ cosmique et de l'Église universelle; accent mis sur le présent de la foi [2,1-10] ; relecture originale du thème paulinien de la justification par la foi (2,5.8-101 ; description tout aussi originale de « Paul » comme destinataire privilégié du «mystère» (3,1- 13 1 ; théologie des ministères ( 4,7-161 et compréhension du mariage ( 5,22-331 qui se démarquent de celles du Paul historique. Cette relecture originale et créatrice montre à quel point la tradition paulinienne est restée vivante.Mentionnons finalement que l'auteur d'Ep accorde une importance cruciale à la louange et à la prière tout au long de son-écrit. Réflexion et prière, doxologie et théologie y sont intimement liées les unes aux autres.
Une vision spatiale du monde. Ep partage la représentation spatiale du monde de l'époque caractérisée par trois niveaux hiérarchiques. La christologie cosmique, si typique d'Ep, mais aussi sa démonologie (voir 6,10-201 sont profondément marquées par cette vision du monde : Dieu, le créateur de toute la réalité- visible et invisible- et Jésus Christ règnent du haut des cieux sur tout ; des êtres supra-humains, à savoir les anges, le diable et les puissances démoniaques, dominent une sphère intermédiaire ; le monde des êtres humains constitue la région inférieure. Dans le cadre de cette conception du cosmos, Ep développe une christologie de la seigneurie universelle. Comme Ressuscité, le Christ est assis à la droite de Dieu (1,20; cf. 4,8.10); Dieu a« tout mis sous ses
~
pieds» [1,2~1
; il remplit l'Église de sa plénitude de vie ( 1,231. Ep a hérité cette vision christique spectaculaire de Co (voir Col1,15-20 1.Deux problématiques centrales : l'Église et son rapport au monde «païen ». Il est très difficile d'identifier des problèmes historiques spécifiques qui auraient provoqué la rédaction de la lettre. Pourtant, deux problèmes généraux y apparaissent. Le premier a trait à l'unité de l'Église. Après la mort de Paul, les Églises pauliniennes, désormais
1 Éphésiens 1 Introduction 1
orphelines, couraient le danger de se fragmenter en petits cercles religieux. Le souci d'une réflexion ecclésiologique approfondie s'inscrit dans ce contexte. Le second problème a trait à la relation entre l'Église et le « monde ». En fait, Ep insiste beaucoup sur une
éthique du contraste
(voir notamment 4,17-5,20]: elle accentue la nécessaire prise de distance des communautés pauliniennes à l'égard du monde ambiant et les prévient cor:ltre des tendances à une acculturation excessive ou mal comprise.En bref
Introduction: louange et action de grâce (1,1-23). t..:adresse et la salutation (v. 1-2]
sont suivies d'une longue bénédiction (v. 3-14] qui anticipe les grands thèmes de l'écrit et en donne la« tonalité». t..:action de grâce qui s'y ajoute (v. 15-23] comprend une prière d'intercession de« Paul »en faveur de la communauté destinataire.
Le corps de la lettre (2,1-6,9] comprend une partie dogmatique (Ep 2-3] et une partie exhortative ou éthique (Ep 4,1-6,9]. Cela correspond à la structure des grandes lettres pauliniennes comme Rm ou Ga, mais aussi à celle de Col.
La partie dogmatique (chap. 2-3). Comme Col, Ep est marquée par une« théologie de la mémoire » ; elle a pour ambition de réactualiser un savoir religieux déjà familier à la communauté et elle le fait en trois temps. D'abord, l'auteur rappelle aux destinataires le contraste saisissant entre leur passé, marqué par la mort, et leur vie présente en Christ, radicalement nouvelle (2,1-10]. Ensuite, il propose une réflexion dense sur l'œuvre de réconciliation du Christ à travers sa mort, œuvre qui dépasse l'opposition d'autrefois entre les Juifs et les « païens », afin de créer une nouvelle entité : l'Église universelle (2,11-22]. Enfin, l'auteur fournit une anamnèse de «Paul», dans laquelle son rôle constitutif dans le processus dé la révélation du «mystère» du Christ (3,1-13] est rappelé. Ce grand triptyque théologique se termine par une intercession de« Paul » et une doxologie (3,14·21] qui font inclusion avec le début de la lettre.
La partie éthique (4,1-6,9). Elle surprend par sa longueur et ses liens étroits avec la lettre aux Col. Le fondement de la partie exhortative (4,1-16) met l'accent sur l'unité de l'Église (v. 4-6). son mode d'organisation et sa croissance (v. 7-16). Suivent une série d'exhortations éthiques très développées, adressées à la communauté des baptisés ( 4,17-5,20]. La partie suivante ( 5,21-6,9) contient la version éphésienne du « code domestique » (voir déjà Col3,18-4,1 ).
La conclusion (6,10-24) comprend l'exhortation finale (v. 10-20), suivie d'une brève remarque sur l'envoi de Tychique, collaborateur de Paul. Puis vient la bénédiction finale.
Ep ne contient pas de liste de salutations.
-~ Pour en savoir plus
Jean-Noël At.m1, Saint Paul, épïtre aux Éphésiens. Introduction, traduction et commentaire (Ëtudes bibliques 42), Paris, Gabalda, 2001.
. . Michel
BoumeR,
L:épïtre de saint Paul aux Éphésiens (Commentaire du Nouveau Testament 9b). Genève, Labor et Fides, 1991.Andrew T. LINCOLN,« The Theology of Ephesians »,dans: Andrew
T.
LINCOLN, AlexanderJ.
M. WEDDERBURN, éd., The Theo/ogy of the La ter Pauline Letters (New Testament Theology). Cambridge, Cambridge University Press, 1993, p. ?3-166.Ulrich Luz,« Der Brief an die Epheser »,dans: Jürgen BECKER, Ulrich Luz, Die Briefe an die Galater, Epheser und Kolosser ( Neues Testament Deutsch 8/1). Géittingen, Vandenhoeck und Ruprecht, 1998, p. 1d5-1BO.
Chantal REYNIER, L'épÎtre aux Éphésiens (Commentaire biblique : Nouveau Testament 10). Paris, Cerf, 2004.
Gerhard SewN, Der Brief an die Epheser ( Kritisch-exegetischer Kommentar 8 ), Géittingen, Vandenhoeck und Ruprecht, 2008.
1 Éphésiens 1
i,1.-i41
1'
Paul, apôtre de Jésus Christ par la volonté de Dieu, aux saints et fidèles en Jésus Christ:
aà vous grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.
3
Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ:
Il nous a bénis de toute bénédiction spirituelle .dans les cieux en Christ.
+ Il nous a choisis en lui avant la fondation du monde pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard, dans 1' amour.
s Il nous a prédestinés
àêtre pour lui des fils adoptifs par Jésus Christ;
ainsi l'a voulu sa bienveillance
6
à la louange de sa gloire,
et de la grâce dont il nous a comblés en son Bien-aimé:
7
en lui, par son sang, nous sommes délivrés,
en lui, nos fautes sont pardonnées, selon la richesse de sa grâce.
8
Dieu nous l'a prodiguée,
nous ouvrant à toute sagesse et intelligence.
9
Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté,
le dessein bienveillant qu'il a d'avance arrêté en lui -même
'0
pour mener les temps à leur accomplissement :
:r '· réunir l'univers entier sous un seul chef, le Christ,
ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre.
" En lui aussi, nous avons reçu notre part :
suivant le projet de celui qui mène tout au gré de sa volonté, nous avons été prédestinés
'a
pour être à la louange de sa gloire
ceux qui ont d'avance espéré dans le Christ.
'3
En lui, encore, vous avez entendu la parole de vérité, l'Évangile qui vous sauve.
En lui, encore, vous avez cru et vous avez été marqués du sceau de 1 'Esprit promis, l'Esprit saint, '+acompte de notre héritage
jusqu'à la délivrance finale où nous en prendrons possession,
à la louange de sa gloire.
i Éphésiens i
:JL,:i.-14!
Adresse, saJ!utatioru e'it bénédiction
L'adresse et la salutation [1,1-2) sont semblables à celles des autres lettres pauliniennes. Par rapport à Col, deux éléments méritent d'être mentionnés : d'une part l'absence de tout collaborateur; d'autre part l'absence du lieu des destinataires -la commu- nauté d'Éphèse- dans les manuscrits grecs les plus anciens. La lettre « aux Éphésiens » pourrait donc bien avoir été originairement une lettre circulaire aux Églises pauliniennes d'Asie-Mineure, un « blanc » dans le texte permettant d'inscrire le nom des des- tinataires.
La longue bénédiction initiale {1,3-14} rappelle les débuts des prières de bénédictions juives, mais aussi 2 Co 1,3-11, seule autre lettre paulinienne qui commence par une bénédiction. Comparable à une majestueuse ouverture symphonique, elle n'anticipe pas seulement les grandes lignes de l'écrit, elle donne aussi la tonalité de toute la lettre : il s'agit d'entraî- ner les lecteurs dans un mouvement de louange et de prière. Théologie et doxologie y sont intimement liées ( 1,15-23 ; 3,14-21 ). Pour composer ce texte complexe, l'auteur semble s'être inspiré du début de Col ( 1,5.9.12·14.16.22), mais aussi de matériau tra·
ditionnel du christianisme primitif: les allusions au baptême aux v. 7 et 13,1es affirmations sur l'élection depuis l'éternité et la filialité aux v. 4-5.11 ou encore le langage du pardon des péchés au v. 7.
En grec, la bénédiction est composée d'une seule phrase très complexe et difficile à structurer. Le v. 3 comprend l'acte de bénédiction proprement dit, à la fois acte de reconnaissance des êtres humains envers Dieu ( « béni soit Dieu »)et acte de bienveillance« spi·
rituelle » de Dieu envers eux. Les v. 4-6 soulignent l'élection des destinataires, dès avant la création, par le Dieu de Jésus Christ. Le langage de l'élection ou de la « prédestination » (v. 5 ), précédant tout agir humain, exprime l'idée d'une pure gratuité du choix de Dieu. Les v. 7-10 passent du projet éternel de Dieu à sa réalisation dans l'agir historique en Christ. !.:auteur reprend la compréhension - largement répandue dans le christianisme primitif- de la mort du Christ [son« sang») comme« délivrance» ou« pardon des péchés » (voir Col 1,14 ). La nature de ce projet divin est décrite par le terme de« mystère» [repris dans 3,3.4.9 ; 5,32 ; 6,19).Autrefoisinaccessible, mais maintenant rendu accessible et compréhensible par Dieu, ce mystère christique débouche sur la« réunifi·
cation »de la réalité tout entière ( « l'univers entier»,
« ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre ») sous la souveraineté du Christ cosmique (v. 1D ; voir déjà Coi1,15-2D; 2,9-10).
Les v. 11-12 comprennent toujours une orientation christologique, mais l'accent est mis sur la perspective humaine, à travers l'image de l'héritage ( « nous avons reçu notre part »)qui est accordé aux« fils adoptifs » (v. 5). Les v. 13-14 s'adressent pour la première fois directement à la communauté ( « vous »). en réca- pitulant son parcours initiatique dans la nouvelle foi :
« vous avez entendu ... vous avez cru ... vous avez été marqués du sceau de l'Esprit promis» (allusion probable au baptême). Oualifié par la présence de l'Esprit de Dieu, « acompte de notre héritage » (voir 2 Co 1,22; 5,5),1e temps présent ouvre ainsi sur le futur, un temps d'accomplissement.
i Éphésiens 1
Î.iS-231
•s Voilà pourquoi, moi aussi, depuis que j'ai appris votre foi dans le Seigneur Jésus et votre amour pour tous les saints, '
6je ne cesse de rendre grâce à votre sujet, lorsque je fais mention de vous dans mes prières.
'7Que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père à qui appartient la gloire, vous donne un esprit de sagesse qui vous le révèle et vous le fasse vraiment connaître ; •
8qu'il ouvre votre cœur à sa lumière, pour que vous sachiez quelle espérance vous donne son appel, quelle est la richesse de sa gloire, del 'héritage qu'il vous fait partager avec les saints,
'9quelle immense puissance il a déployée en notre faveur à nous les croyants ; son énergie, sa force toute-puissante, •o il les a mises en œuvre dans le Christ, lorsqu'ill'a ressuscité des morts et fait asseoir à sa droite dans les cieux,
•• bien au-dessus de toute Autorité, Pouvoir, Puissance, Souveraineté et de tout autre nom qui puisse être nommé, non seulement dans ce monde, mais encore dans le monde à venir. •• Oui, il a tout mis sous ses pieds et ill' a donné, au sommet de tout, pour tête à l'Église •
3qui est son corps, la plénitude de celui que Dieu remplit lui -même totalement.
Action de grâce et prière pour les destinataires
De nouveau, la construction en grec est très lourde -une seule phrase-, mais la structure est plus clai- rement perceptible : une
action de grâce
(v. 15-16]suivie paru ne
intercession
de Paul en faveur de la com- munauté destinataire (v. 17-20a] et uneconfession christolagique
(v. 20b-23].L'action de grâce ( 1,15-16)
crée un lien fort avec la communauté destinataire, en louant son « amour»et sa « foi » (voir Col 1,4 ; Rm 1,8-10 ; 1 Th 1,2-3 ; Phm 4-5]. 1.:« espérance »-troisième terme de la célèbre triade paulinienne-sera mentionnéeauv.18.
!.:orientation œcuménique ( « pour tous les saints », v. 15] confirme le caractère général de l'adresse ini- tiale [1,1].
L'intercession ( 1,1?-20a}
est écrite dans un style liturgique, débordant de reconnaissanceà
l'égard de Dieu, de sa puissance et de son œuvre dans le Christ. Foi et compréhension y vont de pair: la prièreveut amener les destinataires à une connaissance approfondie (v. 17] de l'agir de Dieu en leur faveur. La connaissance et la sagesse dont il est question au v.17 signifient donc reconnaissance pour ce que Dieu a fait pour « nous », et non une connaissance théorique d'un Dieu« en soi ».
!.:approfondissement christalogique ( 1,20b-23)
déve- loppe l'« énergie » (v. 19] créatrice de Dieu qui s'est manifestée dans la résurrection du Christ. Ce petit traité christologique, très proche de 1 Co 15,24-28, ex- pose la souveraineté absolue du Christ ressuscité sur toutes les Puissances cosmiques (voir déjà Col1,15- 16 ; 2,9-10.15]. Plus précisément, l'auteur fusionriè deux affirmations traditionnelles du christianisme primitif: celle de la résurrection de Jésus par Dieu et celle de son exaltation à la « droite »de Dieu [voir Ps 110,1 ; puis Ac 2,33-34 ; Rm 8,34 ; He 1,3 ; etc.]. Trois traits frappent particulièrement. li y a d'abord l'absence1 Éphésiens i
1,15-231
de toute mention de la mort du Christ. Ensuite, le texte vise prioritairement le présent de la foi dans lequel se réalise déjà pleinement le salut et dans lequel les Puissances cosmiques-à la différence de 1 Co 15,24-
28- sont déjà entièrement soumises au Christ. Enfin, le v. 23 introduit pour la première fois l'image« éphé- sienne » de I'Ëglise universelle, « corps » du Christ céleste qui en constitue la « tête ».
-.~- L:Eglise universelle comme « corps du Christ »
Selon Ep, l'Église est fondée dans l'œuvre de réconciliation du Christ (voir 2,14-18]. Son unité et son universalité ne sont donc pas des aspects secondaires, mais constitutifs de son identité, en conséquence directe de l'œuvre du Christ. Parmi les métaphores ecc/ésiologiques utilisées, celle du« corps »est la plus déterminante (voir 1,23;
2,16 ; 4,4.12.16 ; 5,23.30 ]. Ep l'a reçue de Col, qui est elle-même une reprise de Paul (voir 1 Co 12,12-2? et Rm 12,3-8 }, tout en la modifiant de façon substantielle. t.:image du corps et des membres est largement répandue dans l'Antiquité pour penser un organisme social, par exemple l'État. Chez Paul, /a métaphore ecclésiale du<< corps >>
et de ses << membres >>permet d'apprécier la diversité des charismes, sans que l'unité de la communauté locale (corinthienne, par exemple) soit affaiblie. En Colossiens et Éphésiens, l'image se << vertical ise >>et se différencie entre la << tête >>
(à
savoir le Christ) et le << corps >>(à
savoir l'Église]. Le lien organique ainsi établi n'est pas seulement de l'ordre de la soumission et de la dépendance; le Christ qui donne à l'Église sa vie et son orientation lui permet aussi de se développer et de << se construire dans l'amour >> ( 4,16 ).1 Éphésiens 1 2.1-1o 1
~·
Et vous, qui étiez morts
àcause de vos fautes et des péchés
loù vous étiez autrefois engagés, quand vous suiviez le dieu de ce monde, le Prince qui s'inter- pose entre ciel et terre, l'esprit qui agit maintenant parmi les rebelles ...
3Nous étions de ce nombre, nous tous aussi, qui nous abandonnions jadis aux désirs de notre chair: nous faisions ses volontés, suivions ses impulsions, et nous étions par nature, tout comme les autres, voués à la colère.
4·Mais Dieu est riche en miséri- corde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, s alors que nous étions morts à cause de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ-c'est par grâce que vous êtes sauvés-,
6avec lui, il nous a ressuscités et fait asseoir dans les cieux, en Jésus Christ.
7Ainsi, par sa bonté pour nous en Jésus Christ, il a voulu montrer dans les siècles
àvenir l'incomparable richesse de sa grâce.
8C'est par la grâce, en effet, que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi ; vous n'y êtes pour rien, c'est le don de Dieu.
9Cela ne vient pas des œuvres, afm que nul n'en tire fierté.
•oCar c'est lui qui nous a faits ; nous avons été créés en Jésus Christ pour les œuvres bonnes que Dieu a préparées d'avance afin que nous nous y engagions.
De ia mort à la vie
La théologie de la mémoire ici développée est sou- cieuse de réactualiser un savoir religieux déjà familier.
Ce souci imprègne le« triptyque » Ep 2-3 dans son ensemble. Plus précisément, 2,1-10 rappelle aux des- tinataires le contraste entre leur passé et leur nouvelle vie actuelle ; 2,11-22 applique le schéma de contraste
« autrefois -maintenant »à la constitution de l'Église universelle ; 3,1-13 enfin souligne le rôle décisif de Paul dans le processus de la révélation. Le contraste déve- loppé en 2,1-10 se subdivise en trois parties: les v. 1-3 décrivent le passé païen des destinataires et les v. 4-7 la nouvelle vie en Christ, tandis que les v. 8-10 précisent la notion de salut par la grâce.
!.:ancienne vie des croyants [2,1-3) était sous l'emprise de la mort. Ils en portaient, certes, l'entière responsa- bilité [le texte parle« de vos fautes et des péchés » ], mais en même temps c'était une vie tragique, aliénée par les puissances démoniaques surnaturelles. Selon
la vision du monde de l'époque, celles-ci se trouvent dans les sphères inférieures des cieux et sont domi- nées par le« prince [Satan] qui règne entre le ciel et la terre »[littéralement : « le chef de la puissance de l'air»]. Le contraste avec la nouvelle vie [v. 4-7) est d'autant plus saisissant. !.:accent porte sur le Dieu de Jésus Christ comme acteur déterminant ; son agir est qualifié d'amour entièrement inconditionnel et créa- teur. Le transfert de la mort à la vie est compris comme un acte de résurrection spirituelle et- ce qui est origi- nal par rapport à Col-, comme un déplacement« dans les cieux en Jésus Christ » (v. 6 ], donc loin de la sphère d'influence des puissances démoniaques. Les v. 8-10' apportent plusieurs clarifications théologiques ; elles témoignent de l'originalité de l'auteurd'Ep dans sa réin- terprétation de l'héritage paulinien. !:accent est mis sur le présent du « salut » par pure grâce et accepté dans la foi (le Paul historique aurait parlé de« justifica-
)
1 Éphésiens i
2,11-22i
tion »etnonde« salut »,voirRm 5,9].Les« œuvres bonnes » désignent, elles, la dimension éthique de l'existence chrétienne. Mais l'auteu~.~E.P reste fidèle
à
son maîtreà
penser: ces œuvres n'expriment, ellesaussi, rien d'autre que l'agir de Dieu, puisqu'elles sont
« préparées d'avance ». On est en présence d'une éthique de la reconnaissance qui s'inspire de l'expé- rience préalable de l'agir bienveillant de Dieu.
11
Souvenez-vous donc qu'autrefois, vous qui portiez le signe du paganisme dans votre chair, vous que traitaient d'<< incirconcis >> ceux qui se prétendent les << cir- concis >>, à la suite d'une opération pratiquée dans la chair, '" souvenez-vous qu'en ce temps-là, vous étiez sans Messie, privés du droit de cité en Israël, étrangers aux Alliances de la promesse, sans espérance et sans Dieu dans le monde. '
3Mais maintenant, en Jésus Christ, vous qui jadis étiez loin, vous avez été rendus proches par le sang du Christ.
'4C'est lui, en effet, qui est notre paix: de ce qui était divisé, il a fait une unité. Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation: la haine. •sn a aboli la loi et ses commandements avec leurs observances.ll a voulu ainsi, à partir du Juif et du païen, créer en lui un seul homme nouveau, en établissant la paix, '
6et les réconcilier avec Dieu tous les deux en un seul corps, au moyen de la croix: là, il a tué la haine. '711 est venu annoncer la paix à vous qui étiez loin, et la paix à ceux
1
qui étaient
proc~~~_.j·,:· ~! '8
Etc' est grâce à lui que les uns et les autres, dans un seul Esprit, nous avons 1' accès auprès du Père.
'9Ainsi, vous n'êtes plus des étrangers, ni des émigrés; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la famille de Dieu.
20Vous avez été intégrés dans la construction qui a pour fondation les apôtres et les prophètes, et Jésus Christ lui-même comme pierre maîtresse.
2'C'est en lui que toute construction s'ajuste et s'élève pour former un temple saint dans le Seigneur.
22C'est en lui que, vous aussi, vous êtes ensemble intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu par l'Esprit.
l'Église universelle - une nouvelle humanité en Christ
Cepassagedéveloppeunecompréhensiondei'Ëgliseune réfléchit sur le statut sotériologique des destinataires;
etuniverselle,enracinéedansl'œuvrederéconciliationdu la partie centrale (v. 14-18) décrit, dans une perspective Christ. Loin d'un traité théologique abstrait, c'est un texte christo/ogique,l'œuvrederéconciliationentreJuifsetnon- basésurl'expériencevivantedelagrâceaccordéeauxdes- juifs qui fait naître une nouvelle entité, à savoiri'Ëglise; la tinataires qui sont issus du paganisme. La séquence peut partie conclusive (v. 19-22) tire des conséquences ecclé- être structurée en trois temps : la partie initiale (v. 11-13] siologiques de l'agir du Christ.
Les v.ll-13 marquent le contraste entre le passé païen et le présent chrétien des destinataires par le recours à des catégories à la fois temporelles ( « autrefois - maintenant »)et spatiales ( « loin- proche »].La situation déficiente des païens est vue à partir d'une perspective juive. Au v. 12 sont énumérés cinq privi- lèges traditionnels attribués au peuple d'Israël qui, tous, font défaut aux païens: avoir un« Messie »-ambigu, le terme grec ( christos) peut désigner soit la fonction ( « un messie »),soit le nom propre (le« Christ »)- ; avoir la citoyenneté d'Israël ; être destinataire des Al- liances conclues par Dieu ; avoir une espérance ; avoir la conviction de connaître le Dieu véritable et ne pas être considéré comme étant« sans Dieu »(grec atheos ].
En continuité avec son maître à penser (voir notam- ment Rm 1,16 ; 3,1-2 ; 9-11), l'auteurd'Ep semble donc attribuer un statut religieux particulier à Israël.
Les v. 14-18 s'inspirent de deux traditions distinctes.
D'une part, Es 57,19 ( « Paix, paix à celui qui est éloigné
·:..- Israël et l'Église
! Éphésiens 1
2,11-22i
et à celui qui est proche, a dit le Seigneur ») fournit la notion clé de la paix ( v.14.15.1?) ici identifiée métapho- riquement avec le Christ. D'autre part, l'auteur reprend à Col1,15-20 les idées de pacification et de réconcilia- tion universelles liées à la mort du Christ à la croix. La réconciliation des deux parties de l'humanité autrefois opposées, à savoir les Juifs et les non-juifs, se fait par la destruction du« mur de séparation » ( v.14 ]. !.:auteur pense très probablement à la loi juive (v. 15), comprise comme protection d'Israël à l'égard des peuples. Ce fai- sant, l'auteurd'Ep radicalise et simplifie la compréhen- sion paulinienne de la Loi. Éminemment créateur, l'acte de réconciliation christique fait naître une nouvelle entité ( « un seul homme nouveau »),à savoir l'Église, corps du Christ (v. 15-16]. Cette réconciliation entre Juifs et non-juifs instaure une nouvelle relation entre leshumainsetDieu,le« Père» (v.18 ;voirRm 5,1-2).
Les conséquences ecclésiales du nouveau statut reli- gieux des destinataires sont traitées dans les v.19-22.
Un des traits originaux de l'ecclésiologie d'Éphésiens concerne la question d'Israël. Le Christ a réconcilié les deux groupes de l'humanité, Juifs et non-juifs, et en a fait« un seul homme nouveau»: l'Église {2,11-221. Comment ce texte clé- qui met fortement en avant les« privilèges» traditionnels du peuple d'Israël {voirv.11-121- pense-t-illa relation entre Israël et l'Église ? Deux interprétations majeures peuvent être défendues.
a 1 Soit on considère que les païens sont intégrés dans Israël par le Christ, le Messie d'Israël (v. 121. et participent désormais aux promesses et à l'espérance d'Israël. Selon ce modèle participatif, l'Église est la nouvelle manifestation d'Israël ou, mieux, constitue avec Israël le peuple de Dieu dans le temps présent. b 1 Soit- et la critique de la Torah ' · (v. 14-151 peut être interprétée dans ce sens- c'est dans l'Église que les païens sont réconciliés avec Dieu. Selon cette lecture, l'Église serait une nouvelle entité par rapport au paganisme
et
à Israël. Ouoi qu'il ensoit,
il convient dese
méfier d'une éventuelle surinterprétation d'Ep 2 en matière d'Israël: l'attention n'est pas centrée sur la question d'Israël- contrairement à Rm 9-11, par exemple-, mais sur la constitution de l'Église.i Éphésiens i
3,1-131
Un mouvement allant de l'exclusion à l'intégration y est perceptible: des« étrangers »aux« concitoyens », et des« émigrés »(littéralement:« ceux d'à côté de la maison »)aux« membres de la famille »(littérale-
sion de la tradition y est aussi présente : l'Église est fondée dans« les apôtres et prophètes (chrétiens) » [voir 3,5] et dans le Christ compris comme« pierre maîtresse ».Le terme grec peut signifier« pierre de voûte »ou« pierre angulaire » (voir Es 28,16LXX).
. rnent: « habitants de la même maison »).La di men-
3' C'est pourquoi moi, Paul, le prisonnier de Jésus Christ pour vous, les païens ...
~si
du moins vous avez appris la grâce que Dieu, pour réaliser son plan, m'a accor- dée à votre intention,
3comment, par révélation, j'ai eu connaissance du mystère, tel que je l'ai esquissé rapidement.
4Vous pouvez constater, en me lisant, quelle intelligence j'ai du mystère du Christ. s Ce mystère, Dieu ne l'a pas fait connaître aux hommes des générations passées comme il vient de le révéler maintenant par l'Esprit à ses saints apôtres et prophètes :
6les païens sont admis au même héritage, membres du même corps, associés
àla même promesse, en Jésus Christ,·
par le moyen de l'Évangile.
7
J'en ai été fait ministre par le don de la grâce que Dieu m'a accordée en déployant sa puissance.
8Moi, qui suis le dernier des derniers de tous les saints, j'ai reçu cette grâce d'annoncer aux païens l'impénétrable richesse du Christ9 et de mettre en lumière comment Dieu réalise le mystère tenu caché depuis toujours en lui, le créateur de l'univers ;
•oainsi désormais les Autorités et Pouvoirs, dans les cieux, connaissent, grâce
àl'Église, la Sagesse multiple de Dieu, " selon le projet éternel qu'il a exécuté en Jésus Christ notre Seigneur.
·~EnChrist nous avons donc, par la foi en lui, la liberté de nous approcher en toute confiance. '
3Aussi, je vous le demande, ne vous laissez pas abattre par les détresses que j'endure pour vous ; elles sont votre gloire.
Paul, médiateur du mystère christique
C'est par l'activité apostolique de Paul que le mystère et de démontrer son intégrité sans faille à l'égard des de l'Église universelle s'est fait connaître au sein communautés destinataires. Du coup, le passage du monde. Le texte retravaille plusieurs traditions, a aussi pour fonction de légitimer l'ensemble de la surtout Col 1,24-2,5, dont il offre une relecture lettre. Le v. 1-une phrase inachevée -trouvera sa détaillée. Le genre littéraire du passage est celui suite seulement au v. 13 ; entre les deux, les v. 2-12 de l'auto-recommandation: il s'agit de préciser le rôle constituent une sorte d'excursus sur la personne de Paul dans le processus de la révélation christique et la mission de l'apôtre Paul. Plus précisément, les
v. 2· 7 décrivent Paul comme destinataire de la révéla·
tion du« mystère »,tandis que les v. 8-121e mettent en avant en tant que prédicateur, chargé d'annoncer aux nations la révélation christique. Trois éléments méritent d'être mentionnés pour mieux comprendre ce texte dense et en partie énigmatique.
a) La compréhension de Paul. Comme Col, Ep présente Paul comme apôtre prisonnier et souffrant (voir 3,1.13 ; 4,1 ; 6,20), pour la« gloire »de l'Église ( 3,13 ]. ~atten
tion se porte, non sur sa psychologie ou son histoire personnelle, mais sur son rôle dans l'histoire du salut dans le processus de la révélation divine. li est à la fois le destinataire privilégié, l'interprète compétent -les v. 4 et 8 parlent de son « intelligence >> et sa capacité de« mettre en lumière >> le projet divin- et le prédi·
cateur du « mystère >>. Mais Paul n'assume pas ces fonctions seul ; il les partage avec« les saints apôtres et prophètes >> ( 2,20 ; 3,5) comme primus inter pares.
b) La notion centrale de« mystère». Toujours en
i Éphésiens 1
3,14·211
accord avec Col, Ep synthétise dans la notion de« mys- tère >>les dimensions centrales de la révélation chris- tique. Entité entièrement« cachée >>,le« mystère >>
doit être dévoilé par un ou plusieurs personnages divi·
nement autorisés. Tout en reprenant ce« schéma de révélation >> ( voirCol1,26-27 ; Ep 3,5.9-10 ; mais aussi 1 Co 2,6-10 ; Rm 16,25-27). axé sur la figure du Christ, Ep le soumet à une relecture ecclésiologique : c'est désormais l'Église universelle, composée de Juifs et de non-juifs, qui constitue le« mystère >> ( 2,11-22 ; 3,6 ].
c] La vision cosmique de l'Église. ~affirmation peut·
être la plus extravagante de toute la lettre se trouve au v. 10 : les puissances célestes (voir 1,21 ; 6,12 - des puissances planétaires et potentiellement
t
40
dangereuses
?J
ont désormais « connaissance -ij de la Sagesse multiple de Dieu >>, et ceci « grâce à l'Église >> ! Apparemment, selon l'auteur d'Ep,I'Église universelle, voire cosmique, atteindrait le statut de médiatrice universelle de la révélation.'4
C'est pourquoi je fléchis les genoux devant le Père,
'5de qui toute famille tient son nom, au ciel et sur la terre ; '
6qu'il daigne, selon la richesse de sa gloire, vous armer de puissance, par son Esprit, pour que se forti:f:te en vous l'homme inté- rieur,
'7qu'il fasse habiter le Christ en vos cœurs par la foi; enracinés et fondés dans l'amour, '
8vous aurez ainsi la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu'est la largeur, la longueur ,la hauteur ,la profondeur ...
'9et de connaître l'amour du Christ qui surpasse toute connaissance, afm que vous soyez comblés jusqu'à recevoir toute la plénitude de Dieu.
ao
À celui qui peut, par sa puissance qui agit en nous, faire au- delà, infmiment au-
delà de ce que nous pouvons demander et imaginer,
a'à lui la gloire dans l'Église et
en Jésus Christ, pour toutes les générations, aux siècles des siècles. Amen,.
1 Éphésiens 1 4,1-161
intercession et doxologie
Ce passage clôt la première partie de la lettre par une réflexion théologique sur l'identité des destinataires, de l'Église et de Paul [2,1-3,13), encadrée par une
·louange, une action de grâce [1,3-23] et une prière [intercession et doxologie, 3,14-21). Cette façon de faire souligne à quel point la connaissance de la foi et la prière, la« théologie »et la« doxologie »,vont de pair.
La prièred'intercessian {3,14-19} fait notamment écho à 1,16-19. !:orientation reste théocentrique. À l'aide de la métaphore familiale du « Père », le texte évoque prioritairement la souveraineté du Dieu universel sur la réalité tout entière. La première demande ( v.16-17) porte sur la fortification par l'Esprit et l'in habitation du Christ dans leurs cœurs. La seconde (v. 18-19) met
l'accent sur la dimension cognitive de la foi, même si l'objet de la connaissance reste étonnamment vague [v. 18). C'est le caractère profond et insondable de la connaissance de Dieu [voir 1 Co 2,10; Rm 11,33-36) qui est évoqué. Le v. 19 précise toutefois qu'il s'agit de connaître l'amour du Christ et qu'il surpasse toute connaissance.
La doxologie {3,20-21} est conforme à un genre lit- téraire bien connu du christianisme primitif. !:auteur d'Ep y relativise sa propre prière et sa théologie, en se référant à l'agir de Dieu qui dépasse « infiniment [ ... ]ce que nous pouvons demander et imaginer ».Le dernier mot-« amen »-vient probablement de la lecture liturgique de la lettre.
4
1Je vous y exhorte donc dans le Seigneur, moi qui suis prisonnier: accordez votre vie à l'appel que vous avez reçu ;
~en toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l'amour ;
3appliquez-vous à garder l'unité de l'esprit par le lien de la paix.
4
Il y a un seul corps et un seul Esprit, de même que votre vocation vous a appe-
lés à une seule espérance ; sun seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ;
6
un seul Dieu et Père de tous, qui règne sur tous, agit par tous, et demeure en tous.
7
À chacun de nous cependant la grâce a été donnée selon la mesure du don du Christ.
8D'où cette parole:
Monté dans Les hauteurs, il a capturé des prisonniers ; il a fait des dons aux hommes.
9
n est monté! Qu'est-ce à dire, sinon qu'il est aussi descendu jusqu'en bas sur la
terre ?
1° Celui qui est descendu, est aussi celui qui est monté plus haut que tous les
cieux, afi.n de remplir l'univers. " Et Les dons qu'il a faits, ce sont des apôtres, des
prophètes, des évangélistes, des bergers et catéchètes,
~~afi.n de mettre les saints
en état d'accomplir le ministère pour bâtir le corps du Christ,
13jusqu'à ce que nous
parvenions tous ensemble à l'unité dans la foi et dans la connaissance du Fils de
Dieu, à l'état d'adultes, à la taille du Christ dans sa plénitude.
i Éph,slens 1
4,1-161
'4
Ainsi, nous ne serons plus des enfants, ballottés, menés à la dérive à tout vent de doctrine, joués parles hommes et leur astuce
àfourvoyer dans l'erreur. •s Mais, confessant la vérité dans 1 'amour, nous grandirons à tous égards vers celui qui est la tête, Christ. '
6Etc' est de lui que le corps tout entier, coordonné et bien uni grâce
àtoutes les articulations qui le desservent, selon une activité répartie
àla mesure de chacun, réalise sa propre croissance pour se construire lui- même dans 1' amour.
L:unité de IPÉglise u.mive'rselle et la diversité des dons
C'est le début de la partie exhortative de la lettre ( Ep 4-6) ; dans sa logique interne, elle s'appuie sur l'expo·
sé doctrinal qui précède. D'ailleurs, plusieurs concepts centraux du passage-« pàix », « amour»,« foi », compréhension de l'Église universelle comme« corps (du Christ) », « apôtres »et« prophètes »-ont été développés dans les parties précédentes. !.:éthique d'Ep est fondée sur une expérience religieuse préa- lable dont elle ne saurait être dissociée. Deux parties principales sont perceptibles: les v. 1-6 insistent sur l'unité de l'Église et de la foi ; les v. 7-16 présentent et développent le« don »du Christ qui est constitutif de la vie et du dynamisme de l'Église.
L.:unité de l'Église et de la foi ( 4,1·6 ]. !.:apôtre prison- nier- son discours a ainsi vocation testamentaire- exhorte d'abord les communautés à se comporter conformément à leur vocation. Il rappelle ensuite quatre « vertus » qui culminent dans l'amour ; elles sont constitutives de la cohésion communautaire.
!.:idée d'unité ecclésiale prédomine, mais c'est une unité donnée au préalable, à« garder »donc, et non pas à créer. Les v. 4-6 explicitent la portée concrète de
« l'unité de l'esprit »mentionnée au v. 3.11s sont soi·
gneusement construits en sept affirmations insistant toujours sur« un seul ». t:ordre des sept affirmations -une sorte de structure trinitaire inversée, commen- çant par l'Esprit, avant d'évoquer le Christ, puis Dieu-
pourrait bien refléter le chemin à parcourir pour arriver à la réalité ultime, Dieu. « Un seul corps » se réfère à l'Église universelle ; « un seul Esprit » désigne pro- bablement l'Esprit de Dieu ; « une seule espérance » renvoie vraisemblablement à ce qui les « attend aux cieux » (voir Col1,5) et non prioritairement à une dis- position subjective ; « foi »et« baptême »désignent lesmédiationsvers le« Seigneur» Christ (v. 5) ; enfin, l'Église, loin de se suffire à elle-même, se dépasse vers le Dieu unique, réalité ultime en interaction avec la réalité tout entière.
La diversité des dons de l'Église (4,?-16}. Le v. 7 évoque la thèse à développer par la suite : à chaque membre de la communauté chrétienne, sa « me- sure » de grâce a été donnée. Par la citation du Ps 68,19, il est précisé que -selon l'auteurd'Ep- c'est le Christ qui a« fait des dons » (v. 8). Celui-ci est pensé selon les catégories traditionnelles de la descente du Christ préexistant sur terre [incarnation), puis de son élévation au ciel (v. 9-1D; voir déjà Ph 2,6-11, mais aussi Jn 3,13). Le v. 11 précise quels sont les dons offerts à l'Église parle Christ. Seuls des ministères liés à l'enseignement et à la Parole sont mentionnés. Les deuxpremiers-les« apôtres »et« prophètes»- font partie des fondements de l'Église [voir Ep 2,20 ; 3,5) et donc de son passé fondateur. Les trois autres fonctions s'inscrivent dans le présent ecclésial de
1 Éphésiens 1 4,17-S,zo 1
l'auteur. Il est difficile de distinguer avec précision
« évangélistes », « bergers » et « enseignants ».
!:auteur ne semble pas soucieux de définir un ordre ministériel spécifique. S'il insiste sur les ministères -de la Parole, c'est sans doute
à
cause de leur impor-tance pour garantir l'unité menacée (voir v. 14) de
I'Ëglise à l'époque postapostolique. La fin du passage (v. 12-16) insiste sur la dynamique de la croissance et de la maturation de I'Ëglise, corps du Christ ; elle est appelée, à l'image d'un homme adulte ( v.13, opposée au v. 14 à celle de l'enfant qui divague), à grandir dans la vérité de l'amour.
'7 Voici donc ce que je dis et atteste dans le Seigneur: ne vivez plus comme vivent les païens que leur intelligence conduit au néant. '
8Leur pensée est la proie des ténèbres, et ils sont étrangers à la vie de Dieu, à cause de l'ignorance qu'entraîne chez eux l'endurcissement de leur cœur. '9 Dans leur inconscience, ils se sont livrés à la débauche, au point de s'adonner à une impureté effrénée. ao Pour vous, ce n'est pas ainsi que vous avez appris le Christ, a• si du moins c'est bien de lui que vous avez entendu parler, si c'est lui qui vous a été enseigné, conformément à la vérité qui est en Jésus : aa il vous faut, renonçant à votre existence passée, vous dépouiller du vieil homme qui se corrompt sous l'effet des convoitises trom- peuses ; a
3il vous faut être renouvelés par la transformation spirituelle de votre intelligence a4 et revêtir l'homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité.
as Vous voilà donc débarrassés du mensonge: que chacun dise la vérité
àson prochain, car nous sommes membres les uns des autres. a
6Êtes-vous en colère ? Ne péchez pas ; que le soleil ne se couche pas sur votre ressentiment. a7 Ne donnez aucune prise au diable. aB Celui qui volait, qu'il cesse de voler ; qu'il prenne plutôt la peine de travailler honnêtement de ses mains, afm d'avoir de quoi partager avec celui qui est dans le besoin. a9 Aucune parole pernicieuse ne doit sortir de vos lèvres, mais, s'il en est besoin, quelque parole bonne, capable d' édifi.er et d'apporter une grâce à ceux qui 1' entendent.
30N'attristez pas le Saint- Esprit, dont Dieu vous à marqués , ; comme d'un sceau pour le jour de la délivrance.
3'Amertume, irritation, colère, éclats de voix, injures, tout cela doit disparaître de chez vous, comme toute espèce de méchanceté.
3a Soyez bons les uns pour les autres, ayez du cœur ; pardonnez- vous mutuellement, comme Dieu vous a pardonné en Christ.
5' Imitez Dieu, puisque vous êtes des enfants qu'il aime; avivez dans l'amour, comme le Christ nous a aimés et s'est livré lui-même à Dieu pour nous, en of- frande et victime, comme un parfum d'agréable odeur.
3De débauche, d'impureté,
quelle qu'elle soit, de cupidité, il ne doit même pas être question parmi vous ;
! Éphésiens 1 4,17-S,zo 1
cela va de soi pour des saints.
4Pas de propos grossiers, stupides ou scabreux : c'est inconvenant; adonnez-vous plutôt à l'action de grâce.
5Car, sachez-le bien, le débauché, 1' impur, 1' accapareur- cet idolâtre- sont exclus de l'héritage dans le Royaume du Christ et de Dieu.
6Que personne ne vous dupe par de spécieuses raisons : c'est bien tout cela qui attire la colère de Dieu sur les rebelles.
7Ne soyez donc pas leurs complices.
8Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Vivez en enfants de lumière.
9Et le fruit de la lumière s'appelle: bonté, justice, vérité. '
0Discernez ce qui plaît au Seigneur.
11Ne vous associez pas aux œuvres stériles des ténèbres ; démasquez-les plutôt. '"Ce que ces gens font en secret, on a honte même d'en parler ; '
3mais tout ce qui est dé mas- qué, est manifesté par la lumière,
'4car tout ce qui est manifesté est lumière. C'est pourquoi l'on dit :
Éveille-toi, toi qui dors, lève-toi d'entre les morts, et sur toi le Christ resplendira.
'5
Soyez vraiment attentifs à votre manière de vivre : ne vous montrez pas insensés, mais soyez des hommes sensés, '
6qui mettent à profit le temps présent, car les jours sont mauvais.
'7Ne soyez donc pas inintelligents, mais comprenez bien quelle est la volonté du Seigneur. '
8Ne vous enivrez pas de vin, il mène à la perdition, mais soyez remplis del 'Esprit.
'9Dites ensemble des psaumes, des hymnes et des chants inspirés ; chantez et célébrez le Seigneur de tout votre cœur.
aoEn tout temps, à tout sujet, rendez grâce
àDieu le Père au nom de notre Seigneur Jésus Christ.
la vie chrétienne dans le monde ambiant
Ce long développement éthique résiste à toute à sa vie liturgique.
tentative de structuration claire et nette. La partie introductive (
4,17-24)
mise fortement sur l'opposi- tion entre existence païenne (v.17-19)
et existence chrétienne (v.2!·24 ).
Dès4,25,
les exhortations deviennent plus concrètes, mais aussi plus écla·tées. Au centre du passage qui va de
4,25
à5,14,
un approfondissement théologique et christolo- gique [4,32-5,2]
fournit le cadre motivation ne! de l'éthique proposée. La partie conclusive[5,15-20)
Formellement, le texte est proche de l'exhortation éthique, genre littéraire bien connu à l'époque, notam- ment dans le judaïsme hellénistique de type sapiential.
Ce type d'enseignement est marqué partrois éléments au moins. D'abord, les consignes ne se réfèrent pas
à·
une situation spécifique ; elles visent à donner une orientation éthique générale valable pour une longue durée. Il est donc difficile d'identifier des circonstances ou des défaillances éthiques particulières qui auraient relie cette éthique de la communauté éphésienne existéauseindelacommunautédestinataire.Ensuite,
1 Éphésiens i 4,17-5,2o 1
les consignes sont plutôt conventionnelles. Enfin, elles ne s'inscrivent pas dans une disposition systématique claire. On est loin de l'élaboration du système éthique . . très affiné d'un Aristote, par exemple. Pour composer ce passage, l'auteur semble s'être inspiré librement de l'exhortation de Col 3,5-17 (voir par exemple Ep 4,22- 24.32 ; 5,19-20), mais aussi d'autres passages des écrits de Paul, notamment de Rm 12,1-8 (voir Ep 4,24- 25.28 ; 5,10.17 ). Une fois de plus, il semble bien y avoir eu une « paulinisation » de la tradition colossienne.
(11; Une éthique ancrée dans la vie communautaire. Vir- tuellement toutes les consig~cernent l'impact _des comportements individuels sur la vie communau-
tm.
Des consignes éthiques strictement individuelles - celles qui viseraient la perfection morale de l'in di·vidu, comme, par exemple, la modération ou la maîtrise de soi-, mais aussi celles qui clarifieraient la relation de l'Église avec les autorités politiques (voir Rm 13,1·
7 ;
1 P 2,13-17 ; Tt 3,1), sont absentes. En revanche, les consignes relatives à _!a paroi~ (voir par exemple 4,29.31 ; 5,4) sont particulièrement développées.1.1lnracinement dans la vie de la communauté est per- ceptible à plusieurs reprises. Certaines expressions
raies, axées notamment sur l'amour, le pardon (voir 4,32-5,2), la_« bonté, la justice et la vérité» ( 5,9].
~~~?font appel à la responsabilité_~t à la capacité de d~-~!.~~ chacun (voir 5,10.17) .
')Une éthique du contraste. Le trait probablement le plus frappant du passage est son langage antithé·
tique. Il insiste très fort sur la nécessité de prendre distance par rapport à la vie des « païens ». Celle-ci est dépeinte dans les tons les plus sombres et aucune médiation entre les deux sphères ne semble possible.
Le schéma dualiste «autrefois-maintenant», qui était constitutif pour décrire la situation sotériologique des destinataires (voir 2,1-10 ; 2,11-13), est réaffirmé au niveau des conséquences éthiques. La vie quoti·
dienne concrète de la communauté est le lieu de véri·
fication de la nouvelle existence reçue par le Christ.
Si on l'examine d'un point de vue plutôt sociologique, l'insistance sur la nécessaire prise de distance par rapport au monde ambiant a pour effet de renforcer la cohérence interne de la communauté. Elle constitue en même temps un avertissement contre des tendances à une acculturation excessive ou mal comprise. C'est un indice de leur existence probable à l'époque au sein supposent un arrière-fond baptismal : par exemple, des communautés de tradition paulinienne.
l'antithèse entre le vieil homme et l'homme
nouveau(~)
Une éthique théologique. Malgré son caractère éclec- ( 4,22-24 ), l'image du sceau ( 4,30), ou encore l'anti· tique, le texte fait apparaître à plusieurs reprises un thèse« ténèbres-lumières » ( 5,8-14 ]. Dans ce der· cadre motivationnel religieux; celui-ci donne sens nier passage, on retrouve en 5;14un morceau de litur- et profondeur aux affirmations éthiques. Ainsi, 4,24 gie baptismale ; le baptême y est compris comme une reprend la figure biblique de l'imago Dei, de l'être hu- résurrection spirituelle. D'autres dimensions cultuelles main créé à l'image de Dieu ( Gn 1,26-27) ; elle qualifie sont évoquées : « des psaumes, des hymnes et deschants inspirés » ( 5,19-20 ]. Finalement, le caractère non systématique et quelque peu éclectique des consignes montre bien que l'auteur n'envisage passes recommandations comme un code éthique exhaustif à appliquer. Il s'agit plutôt de valeurs éthiques géné·
théologiquement« l'homme nouveau »et sa capacité éthique. Selon 4,30, les membres de la communauté ont été « marqués comme d'un sceau » par l'Esprit de Dieu. Le schéma paulinien classique de la relation entre« indicatif »et« impératif» se retrouve en 5,8:
puisque les membres de la communauté sont« lumière
1 Éphésiens 1
5,21-6,91
dans le Seigneur »,il convient qu'ils vivent en« enfants _clj~nn~l ~e Dieu en Christ ; ils précèdent toute activité de lumière >~.Mais la réflexion théologique la plusélabo- humaine. La vie dans l'amour est ainsi le noyau central
~~se trouve au mil.~ eu du texte ( 4,32-5,2) :le pardon de l'éthiquecommunautaired'Ep (voir déjà 4,1-3.15-16) ; mutuel exigé au sein de la communauté est enraciné elle revient à imiter Dieu et est semblable à l'amour du
~!l~!_~ndl!,P~~sible_ear le ~rdon et l'amour inca~- Christ en faveur des siens (voir déjà 2,4 ; puis 5,25 ].
~·Vous
qui craignez le Christ, soumettez-vous les uns aux autres ;
~~femmes,soyez soumises à vos maris comme au Seigneur.
~3Car le mari est le chef de la femme, tout comme le Christ est le chef de l'Église, lui le Sauveur de son corps. ~+Mais, comme l'Église est soumise au Christ, que les femmes soient soumises en tout à leurs maris. ~s Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé 1 'Église et s'est livré lui- même pour elle ;
~6il a voulu ainsi la rendre sainte en la purifiant avec 1' eau qui lave, et cela par la Parole ;
~7il a voulu se la présenter à lui -même splendide, sans tache ni ride, ni aucun défaut ; il a voulu son Église sainte et irréprochable. ~aC' est ainsi que le mari doit aimer sa femme, comme son propre corps. Celui qui aime sa femme, s'aime lui- même.
~9Jamais personne n'a pris sa propre chair en aversion ; au contraire, on la nourrit, on 1' entoure d'attention comme le Christ fait pour son Église ;
30ne sommes-nous pas les membres de son corps ?
3'C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, ils 'attachera
àsa femme, et tous deux ne seront qu'une seule chair.
3~ Ce mystère est grand : moi, je déclare qu'il concerne le Christ et l'Église.
33
En tout cas, chacun de vous, pour sa part, doit aimer sa femme comme lui -même, et la femme, respecter son mari.
6' Enfants, obéissez à vos parents, dans le Seigneur, voilà qui est
juste.~Honore ton père et ta mère, c'est le premier commandement accompagné d'une promesse :
3
afin que tu aies bonheur et longue vie sur terre.
4Vous, parents, ne révoltez pas vos enfants, mais élevez-les en leur donnant une éducation et des avertissements ins- pirés par le Seigneur.
5
Esclaves, obéissez à vos maîtres d'ici- bas avec crainte et tremblement, d'un cœur
simple, comme au Christ,
6non parce que 1' on vous surveille, comme si vous cher-
chiez à plaire aux hommes, mais comme des esclaves du Christ qui s'empressent'
de faire la volonté de Dieu.
7Servez de bon gré, comme si vous serviez le Seigneur,
et non des hommes.
8Vous le savez: ce qu'il aura fait de bien, chacun le retrouvera
auprès du Seigneur, qu'il soit esclave ou qu'il soit libre.
9Et vous, maîtres, faites de
même à leur égard. Laissez de côté la menace :vous savez que, pour eux comme pour
vous, le Maître est dans les cieux et qu'il ne fait aucune différence entre les hommes.
1 Éphésiens 1 5,21-6,9 1
les nouvelles reiatirons intrafamiliaies et le mystère de ipÉg!ise
Cette relecture de Col3,18-4,1 est communément reçues,mêmes'ilestvraiquelaconditiondelafemme qualifiée de« code domestique » (pour l'arrière-fond dans l'Antiquité varie selon les régions géographiques culturel de ce texte, • p. 907). !:originalité princi- et les classes sociales. !:invitation adressée au mari .. pale de la version éphésienne réside dans l'approfon- d'« aimer» [grecagapa6) son épouse est plussurpre-
dissement théologique du lien conjugal. Celui-ci est présenté comme analogue à la relation qui unit le Christ-« tête » et son Église-« corps ». A~I)Si, le pas- 1
$age se transforme, en partie au moins, en un traité ecclésiologigue sur la relation de~_'!lystigue ~-ntre _!e Chris!_~ssuscité et I'É_glise universelle. La structure
du texte est facile à identifier:
a) titre : demande de soumission réciproque des membres de la famille ( 5,21) ;
b) relation entre les femmes (épouses) et les hommes (époux) (5,22-33);
c) relation entre les enfants et les parents, notamment les pères ( 6,1-4) ;
d) relation entre les esclaves et les maîtres (6,5-9).
La demande initiale de soumission réciproque { 5,21) fait écho à l'éthique du service et de l'estime réciproques bien connue dans les premières communautés chrétiennes (voir Ga 5,13 ; Ph 2,3: « ... avec humilité, considérez les autrescommesupérieursàvous » ; 1 P5,5). Le principe doit s'appliquer à toutes les relations au sein de la famille.
Mais force est de constater que son potentiel égalitaire _riimprègne celles-ci que de manière incomplète :c'est particulièrement clair dans le résumé intermédiaire du v. 33 où il est qu_e_s_tio.n, certesLde l'amour du ma~i pour sa femme, mais de la« crainte» [gre~p~o_b._eom._qD__c:!_e celle-ci pour son mari.
La relation entre époux et épouse { 5122-33). La femme est invitée à se« soumettre »à son mari (v. 22-24 ), tandis _q~e celui-ci doit « aimer » sa femme (v. 25- 32). Dans le contexte de l'époque, la soumission de la femme mariée à son époux fait partie des conventions
nante. À trois reprises, le texte insère des affirmations christologiques et ecclésiologiques (v. 23b-24a. 25b- 27. 29c-30) pour motiver les consignes conjugales.
Deux métaphores sont utilisées : d'une part, celle de la « tête », à savoir le Christ (TOB a traduit le terme grec kepha/è par« chef»), et de son « corps », à savoir l'Église ; d'autre part, l'image du Christ comme époux de l'Église (v. 27.29.32). Même si l'approche est principalement comparative ( « comme » ), on constate un glissement vers un langage proprement métaphorique : « nous sommes membres de son corps» (v. 30). Ainsi, l'amour du Christ à l'égard de l'Église-qualifié parle don de soi (voir v. 25)- n'est pas seulement comparable à celui du mari à l'égard de sa femme ; il en constitue le véritable fondement. En même temps, le mariage devient ainsi l'espace de vie où l'amour du Christ devient humainement manifeste.
Deux détails du texte méritent une brève clarification.
Le v. 26 (la purification de l'Église par, littéralement,
« le bain d'eau dans la parole »)se réfère au baptême.
Dans le v. 32, l'auteur propose une lecture allégorique ou symbolique du texte de Gn 2,24 cité au v. 31. Le
« mystère » dont il est question (la tradit~~n latine a traduit le terme par ?_C!Cramentum, initiant ainsi une inte.t:P-L~atiq_r:u;_gç@._r!l~~!!~-~~...!!l~!!age chrétie~e réfère soit à la relation quasi mystique entre le Christ et son Église, soit à l'interprétation quelque peu excen- trique de Gn 2,24, proposée par l'auteur. La lecture allé- gorique ne saurait pourtant éliminer la visée première du passage vétérotestamentaire, à savoir la relation conjugale humaine.
La relation entre parents et enfants {6,1-4 ].
Par rap- port à la version de Coi3,2D-21, Epcomporte deux élé- ments nouveaux. D'une part, l'obéissance de l'enfant à l'égard de sés parents est motivée par le recours au Décalogue (Ex 2D,12 ; Dt 5,16 ). D'autre part, les pères (ainsi le texte grec ; TDB parle de parents) sont invités à donner une instruction éthique et religieuse relative au« Seigneur», à savoir probablement le Christ.La relation entre martres et esclaves (6,5-9}
reprend les consignes de Col3,22-4,1. !.:exhortation adressée aux esclaves doit être religieusement intériorisée. Par•:=-•
1 Éphésiens 1
5,21-6,91
ailleurs, ll!..f.QD!P.Osante religieuse a un effet humani- .§~!_?ur le~EPort op_E!:~ssif esclave/maître: devant
le« Seigneur» [le terme grec
kyrios
signifie à la fois« maître » et « Seigneur » ), le maître terrestre se trouve dans la même situation de dépendance spi- rituelle que son esclave. !.:exhortation à abandonner toute attitude de menace contre l'esclave renforce l'intention.~e J!~iter le p_ouv?._ir théoriq~_e~~l"!!_~~s~_l_u du
pater familias.
Il s'ensuit un nouvel état d'esprit, certes ! Mais il reste que ni Ep ni Col n'o~~ eu_p~~~ambition de c~anger les structures sociales de l'ép~que.
Vers une première théologie chrétienne du mariage
C'est la première fois que l'esquisse d'une véritable théologie du mariage ( 5,2 2-33) apparaÎt dans la tradition paulinienne. La communion conjugale entre homme et femme chrétiens devient non seulement le reflet de l'amour du Christ
àl'égard de ) l'Église ; elle y trouve
sonfondement et
soninspiration.
Ànoter qu'une telle conception
1
du mariage_Q.iffère sensiblement de celle prônée par le Paul historique. Celui-ci avait ' une vision très sobre du mariage {
«il vaut mieux
semarier que brûle~>>, 1 Co 7,9} et
préférait personnellement rester célibataire. En valorisant théologiquement l'institutiO()
du mariage, l'auteur d'Ep voulait peut-être s'opposer
àla disqualification ascétique du
fT]ariage et, plus généralement, de la sexualité- une attitude proba_l!.lement répandue
dans certains cercles chrétiens d'Asie-Mineure et d'ailleurs {voir 1 Tm 4,3 ).
1 Éph,siens 1 6,1o-2o 1
'0
Pour nnir, armez-vous de force dans le Seigneur, de sa force toute-puissante.
" Revêtez l'armure de Dieu pour être en état de tenir face aux manœuvres du diable.
'~Ce
n'est pas à l'homme que nous sommes affrontés, mais aux Autorités, aux Pouvoirs, aux Dominateurs de ce monde de ténèbres, aux esprits du mal qui sont dans les cieux. '
3Saisissez donc l'armure de Dieu, ann qu'au jour mauvais, vous puissiez résister et demeurer debout, ayant tout mis en œuvre.
'4Debout donc ! À la taille, la vérité pour ceinturon, avec la justice pour cuirasse
'5et, comme chaussures aux pieds, l'élan pour annoncer l'Évangile de la paix. '
6Prenez surtout le bouclier de la foi, il vous permettra d'éteindre tous les projectiles enflammés du Malin.
'7Re ce- vez ennn le casque du salut et le glaive de l'Esprit, c'est-à-dire la parole de Dieu.
'8
Que l'Esprit suscite votre prière sous toutes ses formes, vos requêtes, en toutes circonstances ; employez vos veilles à une infatigable intercession pour tous les saints,
'9pour moi aussi : que la parole soit placée dans ma bouche pour annoncer hardiment le mystère de l'Évangile
~odont je suis l'ambassadeur enchaîné. Priez donc ann que je trouve dans cet Évangile la hardiesse nécessaire pour en parler comme je le dois.
Pour finir: résister au mal
!.:exhortation finale ne vise plus la vie intracomi"!'U.!.'_~u
tair.e. (voir 4,1·16 et en partie 4,17-5,20) ou intrafa·
mili_;~kJ.§..~1-6.1.9), mais la situation générale de la communauté face au« monde». La perspective est sombre, voire dramatique. Certes, spirituellement res·
suscités, les croyants participent déjà à la souveraine- té du Christ céleste (voir 2,4·7). Mais l'auteur n'en tire pas une vision triomphaliste de l'Église. Exposée aux forces surnaturelles du mal, celle-ci se trouve dans une condition précaire. Le seul moyen de survivre consiste à s'équiper de l'armure que Dieu met à disposition des croyants. D'un point de vue rhétorique, ce passage est comparable à l'épilogue d'un discours antique. Il a deux fonctions principales : d'une part, proposer un récapitulatif des thèmes traités et des arguments développés ; d'autre part,~ir l'auditoire pour le convaincre définitivement.
Le texte se structure en quatre parties. Lev.10 avaleur de titre, de synthèse de l'exhortation qui suit. Les v. 11- 13 invitent les croyants à recevoir« l'armure »de Dieu qui seule permettra de « demeurer debout » face à des adversaires surnaturels. Nous rencontrons ici une dernière fois la vision spatiale du monde présupposée par l'auteur d'Ep. Cette vision cosmologique attribue au diabolos et aux autres puissances démoniaques une sphère d'influence intermédiaire « aux cieux ».
Les v. 14-17 détaillent l'équipement du soldat et ils en proposent une lecture spirituelle. Enfin, les v. 18- 20 reprennent le fil rouge de Col ( 4,2-4), en évoquant l'importance de la prière persévérante dansee combat particulier. !.:intercession des destinataires pour Paul, le prisonnier (v. 19-20). fait écho à celle de l'apôtre en faveur des destinataires (voir 1,15-23; 3,14-19).
Ainsi, la boucle est bouclée et la réflexion théologique
culmine une fois de plus dans une attitude de prière.
t.:image de l'armure de Dieu. !.:image sous-jacente au
« soldat »chrétien ( v.14-17) est celle du légionnaire romain. Six objets d'équipement, __ esse_ntiellement -~'ordre déf~_n_sif, sont mentionnés pour insister sur la gravité du combat, mais aussi sur la solidité des
« armes »spirituelles de la communauté croyante.
!.:arrière-fond biblique est très présent ; plusieurs passages d'Ésaïe notamment (Es 11,15 ; 52,7 ;
! Éphtislens 1
6,21-241
59,17) ont fourni le matériel métaphorique qui a servi à la composition du texte. Le:paradoxe ne saurait ! échapper au lecteur: l'im~gerie mil!!~ire sert~ dé~rire un combat qui non seulement est axé sur des valeurs sociales et spirituelles - la vérité, la justice, la foi, le salut, l'Esprit et la parole divine -, mais dont le but est l'annonce de« l'~vangile ~':_!~~~»(voir 2,14-18)!
~·Je
veux que vous sachiez, vous aussi, quelle est ma situation, ce que je fais ; Ty- chique, le frère que j'aime, ministre ndèle dans le Seigneur, vous donnera toutes les nouvelles.
~~Jevous l'envoie tout exprès pour vous dire où nous en sommes et vous réconforter.
~3
Paix aux frères, amour et foi de la part de Dieu le Père et du Seigneur Jésus Christ.
~4
Que la grâce soit avec tous ceux qui aiment notre Seigneur Jésus Christ d'un amour inaltérable.
Post-scriptum
La conclusion comporte quelques nouvelles (v. 21·22) et une bénédiction finale (v. 23-24 ]. Les nouvelles - une reprise presque intégrale de Col 4,7-8 - se concentrent sur une seule personne, Tychique. Selon
2lm
4,12, il a été envoyé par Paul à la communauté d'~~hèse. Et selon Ac 20,~, Tychique, c~l_l~_!l~~ur d~E_~ul, était originaire~~ la_ province d'~~ie,_~~~!_~capi!~le était Éphèse. Pour le reste, cela n'intéresse
pas l'auteur d'Ep d'établir dès liens personnels entre Paul et la communauté destinataire. Solennelle, la bénédiction finale comprend une évocation de la paix (v. 23) et celle, traditionnelle pour toutes les lettres pauliniennes, de la grâce (v. 24 ]. Celle de la paix, enrichie par l'évocation. de l'amour et de la foi, reprend une notion théologique centrale de la lettre (voir 2,14-18).
LE NOUVEAU TESTAMENT COMMENTÉ
Texte intégral Traduction œcuménique de la Rible
sous la direction de Camille Focant et Daniel Marguerat