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Eine Welt Un solo mondo Un seul monde

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Academic year: 2021

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(1)

ET LA COOPÉRATION

www.ddc.admin.ch

Un solo mondo

Un seul monde

1,3 milliard de jeunes dans

les pays en développement

– une chance unique

Cuba ou le poids

des dépendances

Combattre la corruption

(2)

Sommaire

DOSSIER

DDC

FORUM JEUNESSE ET DÉVELOPPEMENT

Une occasion optimale de miser sur l’avenir

Les pays en développement comptent 1,3 milliard de jeunes. Le créneau démographique est idéal pour investir dans la population active de demain.

6

Delhi, Tirana, Nairobi, Managua

Portrait de quatre jeunes filles

10, 14

La maison de l’espoir

Dans la province pakistanaise du Penjab, un projet montre combien l’engagement en faveur des jeunes est nécessaire

12

CUBA

Un demi-siècle de révolution castriste

Portrait d’un pays qui ne se résume pas à Castro, aux cigares et à la musique

16

Un jour ordinaire à La Havane

De son balcon, Marta María Ramírez observe la lutte quoti-dienne des Cubains confrontés aux difficultés économiques

20

Une chance historique à ne pas rater

Pour le directeur de la DDC Walter Fust, les jeunes sont des partenaires et des acteurs responsables des processus de développement

21

La formation des artisans au Burkina, un puzzle en construction

La Suisse soutient l’introduction de l’apprentissage de type dual dans ce pays d’Afrique de l’Ouest

22

Le guichet polyvalent

Lancé par la DDC, le système des one-stop shops se répand rapidement à travers le Viêt-nam

24

La corruption, comme le tango, se danse à deux

Combattre la corruption est une priorité absolue dans la coopération au développement – notamment pour la DDC

26

La vie quotidienne dans l’immeuble

L’écrivaine vietnamienne Phan Thi Vang Anh relate le désarroi de locataires dérangés par les aboiements nocturnes d’un chien

29

Transes soufies et fêtes berbères à Genève

Le Maroc possède une grande variété de musiques et de danses. Quelques-unes seront présentées lors du festival des Ateliers d’ethnomusicologie.

30

Éditorial 3 Périscope 4 DDC interne 25 Au fait, qu’est-ce que l’indicateur de développement humain? 25 Service 33 Impressum 35

Un seul monde est édité par la Direction du développement et de la

coopération (DDC), agence de coopération internationale intégrée au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Cette revue n’est cependant pas une publication officielle au sens strict. D’autres opinions y sont également exprimées. C’est pourquoi les articles ne reflètent pas obligatoirement le point de vue de la DDC et des autorités fédérales.

(3)

Avec notre dernier numéro, vous avez découvert la bro-chure Les interactions de la Suisse avec le monde. Il s’agit d’une analyse nuancée des liens que la Suisse a tissés avec le reste du monde sur le plan politique, économique et so-cial, et du rôle joué à cet égard par la coopération au dé-veloppement et l’aide humanitaire. Vous lui avez réservé, chers lecteurs, un accueil enthousiaste. Nous avons été submergés de demandes et de commandes. Cette publi-cation a visiblement comblé une lacune dans l’information. La jeunesse est une phase de transition entre l’enfance et l’âge adulte. Durant cette étape de la vie, nous connais-sons les tourments de la sexualité naissante, avançons vers l’autonomie et nous préparons à devenir des adultes ca-pables d’assumer leurs actes face à la société et d’élever à leur tour des enfants. Adolescents, nous avons encore l’esprit libre et le cœur innocent. Nous avons le sens de la justice et nourrissons des rêves que le temps va trop sou-vent finir par emporter.

Nous avons tous été jeunes et avons commis plus ou moins d’excès. Dans les années 80, les manifestants criaient : « Rasez les Alpes, qu’on voie la mer ! ». Étudiant à Zurich, j’ai vécu de près l’élan de ce mouvement et les troubles qui ont agité la ville. Il arrive souvent que les jeunes dé-clenchent un processus de changement, aussi bien so-ciétal qu’économique et social. Ce n’est pas l’apanage des Suisses et encore moins de notre époque, mais bien celui de la jeunesse en général. À Cuba, par exemple, quand Fi-del Castro s’est rebellé en 1953 contre le régime

corrom-pu de Batista, il n’avait que 27 ans (voir le portait de Cuba, page 16). Et pour connaître les pensées de la jeune jour-naliste cubaine Marta María Ramírez, reportez-vous à la page 20.

Dans la plupart des pays partenaires de la DDC, les jeunes sont plus nombreux que les adultes. Par contre, on enre-gistre une tendance inverse en Suisse et dans les autres pays industrialisés. Notre population vieillit. Or, ici ou ailleurs, aucune société ne peut se permettre de renoncer au potentiel et à l’imagination des jeunes. Voilà pourquoi la DDC entend mobiliser les forces de la génération mon-tante en Suisse et surtout stimuler le potentiel de la jeu-nesse dans ses pays partenaires (à ce propos, lisez la ru-brique Opinion DDC en page 21).

La jeunesse sera aussi le point de mire de la conférence annuelle de la DDC, le 14 septembre. Lors de cette jour-née, des prix d’encouragement seront attribués à cinq projets de développement présentés par des jeunes. Ils seront remis par Micheline Calmy-Rey, qui assure le pa-tronage de cette action. La présidente de la Confédération débattra également avec les jeunes présents de divers problèmes de développement et de la place de la Suisse dans le monde.

Harry Sivec

Chef médias et communication DDC (De l’allemand)

(4)

worldmapper

.org

Des salariés fantômes

( jls) Le Sénégal a lancé une chasse aux fraudeurs dans la fonction publique. Les minis-tères de la santé et de l’éduca-tion ont procédé à des recense-ments de leur personnel au niveau national. D’après ces enquêtes, le Trésor public rému-nère des milliers de fonction-naires qui n’apparaissent plus sur le lieu de travail, parfois depuis longtemps. Ainsi, de nombreux médecins ont quitté les dispen-saires de zones rurales pour aller travailler dans des cliniques pri-vées de la capitale, mais ils continuent de percevoir un salaire de l’État. Des fonction-naires malades ou invalides sont encore payés alors qu’ils ont cessé toute activité depuis long-temps. De telles pratiques ne sont pas l’apanage du Sénégal. Au Niger, un audit a révélé que 4,6 milliards de FCFA (11,5 millions de francs suisses) sont versés chaque année à des fonc-tionnaires fictifs. Au Mali, 3000 agents payés en janvier 2006 étaient introuvables, un mois plus tard, lors d’un contrôle physique. Enfin, plus de 4000 fraudeurs ont été démasqués au Cameroun, ce qui devrait per-mettre d’économiser l’équiva-lent de 12,5 millions de francs suisses par an.

L’aquaculture, une solution d’avenir

(bf ) En matière de poisson, un profond conflit oppose les éco-logistes aux responsables poli-tiques du développement. Les premiers réclament un mora-toire si possible complet de la pêche, tandis que les seconds ont les yeux fixés sur les Objectifs du Millénaire pour le dévelop-pement : ils entendent réduire de moitié d’ici 2015 le nombre de personnes souffrant de la faim et de la pauvreté extrême ; ils sa-vent que le poisson est sousa-vent la seule source de protéines

ani-males pour des millions d’habi-tants de pays pauvres. Stephen Hall, directeur général du World Fish Center, voit la solution dans une approche radicalement dif-férente. Au lieu d’épuiser les stocks de haute mer, on pourrait produire du poisson de façon contrôlée dans les lacs, les étangs et, en mer, dans les zones cô-tières. Le potentiel semble énorme : en 1970, l’aquaculture fournissait 6% du poisson consommé dans le monde et la proportion atteignait déjà 30% en 2006. Certains spécialistes estiment qu’à l’horizon 2020, la moitié du poisson consommé proviendra de l’élevage, les pays en développement assurant 90% de cette quantité.

Le monde redessiné

(bf ) Des scientifiques britan-niques et américains ont élaboré de nouvelles cartes du monde,

d’un genre inhabituel. Les pays n’y sont pas représentés dans leurs dimensions physiques ; leur taille est redimensionnée en fonction de l’importance statis-tique des différents phénomènes cartographiés : santé, revenus, richesse, transports, alimentation, armes nucléaires, consommation d’eau potable, prévalence du sida, communication, pollution de l’environnement, etc. Le projet « Worldmapper » (www.worldmapper.org), mené conjointement par les universités de Sheffield (Grande-Bretagne) et du Michigan (États-Unis), réunit depuis des années des chercheurs de disciplines très diverses. Ces derniers ont déjà créé 366 cartes thématiques de la planète. « Vous pouvez expli-quer quelque chose, apporter des preuves, dresser des tableaux bien structurés, mais c’est seule-ment au moseule-ment où vous en

P

ériscope

PNUE / Still Pictur

es

(5)

REA / laif

Dorling, professeur à l’Univer-sité de Sheffield.

Récolter la pluie

(bf ) Bien que l’Afrique soit un continent plutôt sec, son volume de précipitations par habitant dépasse celui de l’Europe. Le problème est que les pluies sont

de l’agroforesterie vient de dé-montrer que des méthodes aussi simples qu’efficaces permet-traient de « récolter » l’eau de pluie et donc de prévenir la sécheresse dans de vastes régions d’Afrique. Une étude, menée en collaboration avec le Pro-gramme des Nations Unies

de précipitations suffisante pour approvisionner en eau six ou sept fois sa population actuelle. Dans le cadre d’un projet pilote du PNUE, des femmes massaï de la région de Kisamese, au sud-est de Nairobi, collectent la pluie dans de simples conteneurs et des mini-réservoirs ou « casse-roles en terre ». Elles s’évitent ainsi quotidiennement quatre heures de marche jusqu’au pro-chain point d’eau. Le précieux liquide qui reste profite aux arbres et aux buissons des alen-tours. Il peut même servir à arroser un petit jardin potager.

Changement climatique ici et ailleurs

(bf ) Le climat change et les acti-vités humaines y sont pour beaucoup – les scientifiques du monde entier sont maintenant

a examiné les facteurs qui déter-minent la vulnérabilité des groupes sociaux face aux réper-cussions du changement clima-tique. Il a porté en particulier sur les pays en développement. Sa conclusion : tous les habitants ne sont pas affectés dans les mêmes proportions. Des études faites au Nicaragua et en Tanzanie ont montré que les conséquences de ces crises sont accentuées par les inégalités so-ciales existantes, par exemple dans la répartition des richesses, les systèmes de sécurité sociale et l’accès aux biens de première nécessité, comme l’eau ou les semences résistantes. C’est ainsi que les changements climatiques frappent en premier lieu les plus pauvres d’entre les pauvres.

(6)
(7)

REA / laif

Une occasion optimale de

miser sur l’avenir

Le monde de demain appartient à la jeunesse, mais les décisions

qui le façonneront se prennent aujourd’hui. À cet égard, un

aspect revêt une importance cruciale : les perspectives

d’ave-nir dépendent directement des possibilités que l’on offre

main-tenant aux enfants et aux jeunes – pas seulement à ceux des

pays en développement – en matière de formation, d’emploi ou

de participation. De Gabriela Neuhaus.

Khyber, un village du massif du Karakorum, au Pa-kistan. Comme partout dans le monde, les jeunes et les adolescents ont des objectifs et des rêves. « Je voudrais devenir pilote et faire quelque chose pour mon village », affirme Golan, âgé de 12 ans. Son voisin de banc veut partir à la ville pour de-venir ingénieur, un autre médecin. Une jeune fille veut être institutrice, son amie médecin.

Stéphane, jeune Ivoirien de 17 ans, fréquente le gymnase de Man, ville durement marquée par la guerre civile. Lui aussi sait ce qu’il veut. Mais ce n’est pas facile : pour payer l’écolage, il tente de gagner quelques francs en travaillant comme ven-deur de rue pendant son temps libre. Si une oc-casion se présente, il souhaite quitter son pays, où il n’entrevoit aucune perspective. Partir, comme tant de jeunes de son âge, de préférence en Europe.

Le Sud plus jeune que le Nord

À l’heure actuelle, la moitié de la population mon-diale est âgée de moins de 25 ans. Les progrès en matière d’alimentation et d’accès aux soins ont en effet sensiblement amélioré les chances de survie des enfants et des jeunes depuis les années 50. Cet-te tranche d’âge est ainsi devenue la plus impor-tante numériquement.

Dans les pays industrialisés et certains pays émer-gents, comme la Chine et la Thaïlande, la baisse de la natalité a engendré un recul marqué de la crois-sance démographique. Mais d’autres régions du monde, telles l’Afrique australe et l’Inde, conti-nuent d’enregistrer de nets excédents de nais-sances. L’espérance de vie dans bien des pays étant moins élevée qu’au Nord, la proportion des jeunes de moins de 25 ans y atteint parfois jusqu’à 70 pour cent, voire plus.

Selon les statistiques de l’ONU, les pays en déve-loppement comptent environ 1,3 milliard d’indi-vidus âgés de 12 à 24 ans. Il s’agit du niveau le plus élevé de l’histoire. C’est donc à ces jeunes et à leur

avenir que la Banque mondiale a dédié l’édition 2007 du Rapport sur le développement dans le monde (RDM). Paul Wolfowitz, alors président de la ban-que, affirme dans son avant-propos : « Le moment n’a jamais été aussi propice pour investir dans les jeunes des pays en développement. »

Un créneau démographique idéal

Au lieu de « moment propice », il aurait aussi bien pu parler d’une « urgence absolue ». En effet, selon l’Unesco, 103 millions d’enfants ne sont toujours pas scolarisés, dont 96 pour cent dans les pays en développement. On estime que 800 millions de jeunes vivent avec moins de 2 dollars par jour. Là encore, la grande majorité se trouve dans les pays du Sud et de l’Est, quoique le chômage et la pau-vreté augmentent fortement parmi les jeunes des pays industrialisés.

Dans le RDM 2007, la Banque mondiale évoque cependant une « fenêtre » démographique unique dans l’histoire. « Cela présente de grandes oppor-tunités dans la mesure où de nombreux pays au-ront une main-d’œuvre plus nombreuse et plus qualifiée, et moins de personnes à charge. Mais il faut que ces jeunes soient bien préparés, de ma-nière à créer et trouver de bons emplois », a expli-qué François Bourguignon, économiste en chef de la Banque mondiale, lors de la publication du rapport en septembre 2006.

En d’autres termes, si l’on n’entreprend rien de va-lable immédiatement, le monde aura manqué une occasion unique. Le seul moyen de saisir cette chance consiste à créer un cadre adéquat qui per-mettra à la population juvénile – dont le poids démographique est énorme – d’accomplir un grand pas en avant. La Banque mondiale cite cinq do-maines dans lesquels il importe de développer les potentialités des jeunes : apprentissage, travail, santé, constitution de la famille et exercice du ci-visme.

Qu’est-ce que la jeunesse ?

La jeunesse désigne la période de transition entre l’enfance et l’âge adulte, que l’on appelle aussi fré-quemment « adolescence ». Sa définition exacte en nombre d’années varie considérablement avec la culture et le cadre de vie. Selon l’ONU, les jeunes sont des personnes âgées de plus de 15 ans et de moins de 25 ans. Les limi-tes demeurent cependant floues : l’ONU distingue par exemple aussi les adoles-cents (de 13 à 19 ans) et les jeunes adultes (de 20 à 24 ans), tandis que la Convention relative aux droits de l’enfant regroupe sous le vocable « enfants » tous les individus de 0 à 18 ans. Enfin, dans le

Rapport sur le développe-ment dans le monde de la

Banque mondiale, les jeu-nes sont des personjeu-nes âgées de 12 à 24 ans.

Contextes différents

Selon le contexte social et culturel, la situation des jeunes varie considérable-ment : certains enfants doi-vent subvenir à leurs be-soins très tôt, tandis que des jeunes bénéficient du soutien familial jusque vers 30 ans. Tandis que les Occidentaux repoussent toujours plus l’âge auquel ils décident de fonder une famille, le mariage d’en-fants est encore une pra-tique courante dans bien d’autres sociétés, et nom-bre de jeunes filles mettent au monde leur premier enfant entre 14 et 18 ans.

(8)

Riehle / laif

Jörg Böthling / agenda

Un groupe en soi

Que la coopération se soucie de promouvoir les enfants et les adolescents, cela n’a rien de nouveau. Pendant longtemps, elle les a toutefois considérés comme des membres d’une famille, d’une struc-ture villageoise, etc., au lieu de voir en eux un vé-ritable groupe de population. Avec le temps, son regard s’est modifié.

Une première prise de conscience a eu lieu en 1985, décrétée par les Nations Unies Année in-ternationale de l’enfance. En 1989, l’ONU a en-suite adopté la Convention internationale relati-ve aux droits de l’enfant, qui vise à protéger tous les jeunes âgés de moins de 18 ans. Entre-temps, ce texte a été ratifié par tous les États membres. Dans nombre de pays, il a été la première législa-tion spécialement consacrée à la proteclégisla-tion de l’enfance et de la jeunesse.

Une autre innovation, plus récente encore, réside dans la manière dont les organismes de dévelop-pement s’adressent aux jeunes. Ils les considèrent dorénavant non seulement comme un groupe de population, mais également comme des parte-naires à part entière. Cette nouvelle approche transparaît aussi dans le RDM 2007, auquel plus de 3000 jeunes de 26 pays en développement ont contribué : des experts ont travaillé avec eux, afin

d’élaborer un rapport fondé sur l’expérience des adolescents dans les différents pays et pouvant ser-vir de base à de futurs progrès. Des jeunes s’y ex-priment sur des sujets tels que la formation ou la recherche d’emploi. S’inspirant de leurs propres expériences, ils formulent des critiques et disent ce qu’ils attendent des gouvernements et des or-ganismes de développement.

Participation active

Certains projets et programmes de la coopération au développement vont plus loin : ils ne se conten-tent pas de recueillir les opinions de jeunes et de les interroger sur leur vécu. Ils les intègrent acti-vement à la conception et à la mise en œuvre des activités.

« L’expérience montre de plus en plus que la par-ticipation des jeunes est indispensable pour opé-rer un changement social et assuopé-rer la démocrati-sation », déclarait en 2003 Wolfgang Jessen, lors des Journées spécialisées d’Eschborn, près de Franc-fort. Il était alors concepteur de projets pour la jeu-nesse à l’agence de coopération allemande GTZ. Ainsi, cette dernière mène depuis 1997 en Afrique du Sud un projet qui associe prévention de la vio-lence et promotion de la jeunesse : des jeunes de quartiers défavorisés reçoivent une brève forma-tion en tant que community peaceworkers (ouvriers de la paix dans la communauté), puis ils travaillent bénévolement pendant une année. Durant cette période, ils peuvent bénéficier d’une orientation professionnelle et suivre des cours, d’anglais com-mercial ou d’informatique par exemple. Sur les quelque 450 jeunes qui ont pris part au projet jus-qu’ici, 80 pour cent ont trouvé un emploi fixe au terme de leur année de bénévolat. Dans le même temps, la criminalité a sensiblement reculé dans les quartiers concernés.

La participation active n’est toutefois nullement réservée aux plus pauvres. De nombreuses

possi-« Plus tard on voit les cho-ses d’une façon plus pra-tique, en pleine conformité avec le reste de la société, mais l’adolescence est le seul temps où l’on ait ap-pris quelque chose. »

Marcel Proust, dans « À la recherche du temps perdu »

« Mon ami a demandé au maître : pourquoi étudions-nous ce vecteur ? Le maître a répondu : pour passer l’examen. »

Népal

« Une de mes voisines est une jeune fille intelligente, mais elle ne peut pas aller à l’école, car sa mère n’avait pas les 250 lempiras né-cessaires pour payer la taxe d’inscription. »

Honduras

« La participation a quelque chose de gênant, car tu dois mettre ton ego de côté pour penser aux autres. »

Argentine

« On nous dit sans cesse que nous sommes l’avenir. Mais c’est frustrant de ne pas pouvoir être le présent.»

Argentine

« Les études ne sont faites que pour les gens des hau-tes cashau-tes, pas pour quel-qu’un comme toi. »

Népal

« Le maître fait semblant d’enseigner, l’élève fait semblant d’apprendre et l’État fait semblant d’ac-complir sa tâche. »

(9)

Michael Riehle / laif Silke W e rn et / laif Ta tlow / laif

bilités sont offertes aux jeunes de toute la planè-te, qui n’hésitent pas à s’engager (année d’échan-ge, activités à caractère social ou réalisation de pro-jets communs) pour contribuer à relever les défis mondiaux auxquels leur génération est confron-tée.

Afin de sensibiliser les jeunes Suisses aux questions de développement, la DDC met sur pied des ma-nifestations culturelles, des ateliers d’information et un concours. De plus, nombre de plate-formes internet permettent aujourd’hui aux jeunes du monde entier d’échanger leurs points de vue, éga-lement sur des sujets relevant du développement et de l’avenir.

Privilégier la qualité

Ce n’est pas la première fois dans l’histoire que l’on mise sur la génération suivante afin de sortir d’une situation difficile. Pour que la chance unique évo-quée par les économistes de la Banque mondiale ne vire pas au fiasco, les politiciens, l’économie privée et les organisations de développement devraient consentir un effort et un investissement inouïs.

Les jeunes des pays en développement sont parti-culièrement touchés par des problèmes tels que la pauvreté, le sida ou la migration. Nombre d’entre

eux ne peuvent pas aller à l’école, faute d’argent. Beaucoup sont des orphelins du sida ou vivent sé-parés de leurs parents qui ont émigré pour tenter de subvenir aux besoins de la famille.

Les enfants qui grandissent dans les régions en guerre ne connaissent pas la sécurité, leur vie est menacée et ils sont souvent enrôlés comme sol-dats. Or c’est sur ces jeunes que repose l’espoir d’un avenir meilleur. Il s’agit là d’un défi énorme, qui exige un engagement total à tous les échelons. Augmenter le volume des ressources ne suffira toutefois pas. Les changements doivent porter avant tout sur la qualité de l’aide et cela demande des idées nouvelles. La volonté d’intégrer davan-tage les jeunes dans la coopération constitue un pas dans la bonne direction, mais il faudra en faire

davantage.■

(De l’allemand)

Jeunesse et travail

La DDC a placé l’année 2007 sous le signe de la jeunesse. Dans ce cadre, elle a confié à la fondation Éducation et Développe-ment et à Alliance Sud le mandat d’organiser une campagne à l’intention des écoles professionnelles sur le thème « Jeunesse et tra-vail ». Ces deux partenaires ont élaboré du matériel pédagogique qui permet aux enseignants de placer le sujet dans le contexte mondial et de le relier à l’évolution de l’économie internationale. Les élèves sont invités à comparer leur situation en matière d’emploi avec celle des jeunes de l’Est et du Sud. Ils apprennent à en identi-fier et analyser non seule-ment les différences, mais également les parallèles et les similitudes. Le change-ment de perspective les aide à comprendre d’au-tres modes de vie et de travail. Le matériel est ac-compagné d’outils didac-tiques, notamment des cartes postales illustrant diverses professions, un questionnaire, un site internet ainsi qu’une sélec-tion de films sur les thè-mes « travail en général », « travail ici et ailleurs » et « marché mondial de l’em-ploi ». Le matériel pédagogique sera disponible dès la mi-novembre auprès de la fondation Éducation et Développement, Av. de Cour 1, 1007 Lausanne, tél. 021 612 00 81 ; www.globaleducation.ch

(10)

En 2010, les Jeux du Commonwealth se tiendront à Delhi. La capitale veut briller de tous ses feux à cette occasion. L’opération d’embellissement pas-se par l’élimination des bidonvilles, dont celui de Yamuna Pushta. « Soudain, de gros engins de chan-tier sont arrivés. Il y avait aussi beaucoup de po-liciers. Nous avons dû prendre nos affaires et par-tir. Ils ont tout démoli, nos maisons… », se souvient Kusum Dikshit. Elle aurait pu ajouter « …et nos ruelles ». C’est dans ces passages étroits, avec leurs égouts à ciel ouvert, que la jeune Indienne est de-venue une « institutrice des rues ». En effet, la fon-dation Navjyoti avait ouvert des Gali schools, des écoles de rue, afin d’instruire les enfants non sco-larisés. Deux heures par jour, des jeunes filles plus âgées jouaient avec les élèves. C’est ainsi que Ku-sum a grandi. Puis elle a suivi des cours du soir chez Navjyoti pour enseigner à son tour. Ses parents sont arrivés à Yamuna Pushta en 1991, venant d’un village de l’Uttar Pradesh. En 2004, les six membres de la famille ont dû déménager à nouveau, comme les 150 000 autres habitants du bidonville. Ils ont été relogés à Bawana, un terrain vague à 40 kilomètres du centre, que le gouver-nement appelle une « colonie de réinstallation ». La famille y a construit une hutte sur une parcelle de

18 m2. Ce déménagement a fait de Kusum une

adulte.

Mariage à la fin de l’année

Pendant son temps libre, Kusum crochète des nap-perons. Pour égayer la maison ? Son frère Ravin-der secoue la tête en riant : « Elle veut impression-ner son fiancé. » Kusum rougit. Elle épousera bien-tôt un lointain cousin de son village. Pourquoi si tôt ? Étant donné le taux élevé de criminalité – drogues et prostitution – à Bawana, le plus sûr pour les jeunes filles est de se marier.

Kusum entend cependant poursuivre son travail dans la rue et devenir une « vraie » institutrice. En attendant les noces, elle habite chez ses parents, mais ne voit que rarement son père. Il est « à Delhi», où il vend du kérosène qu’il transporte dans un baril posé sur une charrette en bois. Que lui ins-pire sa pauvreté ? « Parfois, je suis en colère. Pour-quoi sommes-nous pauvres et d’autres pas ? Mais à la Gali School, je vois beaucoup d’enfants ma-lades ou orphelins. Ils sont si nombreux à avoir en-core moins que moi.Alors, je n’envie plus les gens

qui possèdent davantage. » ■

(De l’allemand)

Textes et photos de Bernard Imhasly, correspondant de la NZZ en Asie, basé à Delhi (Inde)

Population de Delhi 14 millions Taux d’alphabétisation 86% Espérance de vie 69,9 ans Chômage 2,8%

Revenu mensuel moyen

1250 francs suisses

Kusum Dikshit, 17 ans, Delhi :

« Nous avons dû prendre nos affaires

et partir »

(11)

sirs à Bathore ? Liljana baisse les yeux, gênée. Le quartier n’a pas grand-chose à offrir. « Il n’y a ni maison des jeunes, ni salle de sport, juste des salons de thé où des hommes âgés tuent le temps en jouant aux cartes », déclare-t-elle. Elle reste donc souvent à la maison, à regarder la télévision. Lilja-na et ses amies ont une passion commune : les

tele-novelas latino-américaines. En Albanie, Natalia est

le plus populaire de ces feuilletons interminables. Il raconte l’histoire d’une jeune fille qui grandit dans un univers d’intrigues, de chagrins d’amour et de tristesse.

Dans deux ans, Liljana sortira du collège. Vu la situation économique, elle ne se fait cependant guère d’illusions quant à son avenir. Elle aime les livres de Stefan Zweig et les aventures sentimen-tales de l’écrivain et humaniste italien Edmondo De Amicis. Elle voudrait devenir policière. C’est peut-être là le rêve typique d’une femme vivant

dans une société dominée par les hommes.■

(De l’allemand)

Textes et photos d’Elsa Demo, journaliste au quotidien albanais « Shekulli », à Tirana, et d’Enver Robelli, rédacteur au « Tages-Anzeiger » de Zurich et spécialiste de l’Europe du Sud-Est

Il y a 15 ans encore, Bathore n’était qu’une vaste étendue de prairies et de champs cultivés, à la péri-phérie de Tirana, la capitale de l’Albanie. Depuis, une cité-satellite est sortie de terre. Des maisons d’un étage,bâties de manière anarchique,parsèment le paysage comme les pièces d’un jeu de Lego. Elles abritent les « Tchétchènes » : c’est ainsi que les habitants de Tirana nomment avec mépris leurs compatriotes qui sont venus du nord, fuyant la misère, pour s’installer à Bathore. Environ 50 000 personnes vivent dans cette banlieue miséreuse de Tirana, à sept kilomètres à peine de la place Skan-derbeg, si brillamment éclairée la nuit.

La famille de Liljana Gjonkolaj a dû abandonner sa maison et sa ferme dans un village proche de Tropoja, à la frontière avec le Kosovo. « À cause de l’eau et de la pauvreté », déclare laconiquement Liljana, âgée de 17 ans. Le déboisement inconsi-déré des forêts a engendré la sécheresse et des vil-lages entiers se sont vidés de leurs habitants. Les hommes jeunes ont émigré. Les deux frères de Liljana travaillent aujourd’hui en Allemagne et en-voient un peu d’argent à leurs parents. Grâce à cet-te aide, Dodë, le père, a pu commencer de bâtir une maison qui fait la fierté de la famille.

Intrigues, chagrins d’amour et tristesse

Comment une adolescente occupe-t-elle ses

loi-Population de Tirana 600 000 Taux d’alphabétisation 89% Espérance de vie 69 ans Chômage 15,4%

Revenu mensuel moyen

200 francs suisses

Liljana, 17 ans, Tirana :

« Ni maison des jeunes ni salle de

sport, juste des salons de thé »

(12)

Jef

fr

ey L. Rotman / Still Pictur

es

(gn) Au fond, les enfants et les adolescents du Pen-jab ont de la chance. Et cette chance porte un nom: Faiza Asgher, pédiatre et conseillère du chef du gouvernement provincial sur les questions juvé-niles. Faiza Asgher s’engage principalement au ser-vice des plus démunis. Le résultat le plus visible de son travail est le Bureau pour la protection et le bien-être de l’enfance (Child Protection & Welfare Bureau, CPWB), à Lahore, capitale du Penjab. Ce centre, dont elle est la directrice, a été créé par le gouvernement local en février 2005.

On estimait alors à 10 000 le nombre d’enfants er-rant dans les rues de la ville, qui compte 5 millions d’habitants. Nombre d’entre eux subsistaient tant bien que mal en mendiant ou en faisant divers pe-tits boulots. Le nouveau centre leur offre une pro-tection, des conseils ainsi que la possibilité de fré-quenter une école et d’acquérir des compétences professionnelles de base.

Aujourd’hui, 250 garçons et 47 filles séjournent au

CPWB. Parmi eux figurent deux adolescents, As-lam et Tariq, rapatriés du Golfe persique où ils ont travaillé durant près de dix ans. Ils étaient encore de petits garçons lorsqu’ils ont été vendus pour ser-vir de jockeys dans les courses de chameaux. Sur les 656 anciens jockeys ramenés au Pakistan, rares sont ceux dont les familles n’ont pas encore été re-trouvées. Aslam et Tariq en font partie. Ils vivent provisoirement au centre, où ils ont été pris en charge et suivent une formation.

Une approche globale

Le CPWB ne s’occupe pas seulement d’enfants privés de leurs parents, mais aide aussi des familles économiquement défavorisées. Il les conseille et leur prête de l’argent. En outre, il dispense des soins médicaux et psychologiques aux enfants et aux adolescents, et offre un service juridique. En outre, les jeunes peuvent appeler la permanence télé-phonique, qui est à leur disposition 24 heures sur

Avec divers partenaires, la coopération suisse au

développe-ment s’engage en faveur des enfants et des adolescents au

Pakistan. Un projet mené dans la province du Penjab montre à

quel point cette aide est nécessaire et l’impact qu’elle peut

avoir.

La maison de l’espoir

La moitié de la popula-tion a moins de 18 ans

Avec une population de plus de 150 millions d’âmes, le Pakistan compte parmi les pays les plus peuplés de la planète. Près de la moitié de ses habitants ont moins de 18 ans. Bien que le Pakistan ait été l’un des premiers États à signer la Conven-tion relative aux droits de l’enfant en 1990, beau-coup de mineurs vivent dans la précarité : de nom-breux enfants travaillent ou sont vendus comme esclaves à l’étranger, beaucoup consomment de la drogue, sont victimes d’abus sexuels et n’ont pratiquement pas accès aux soins médicaux et à la formation.

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Ilyas Dean / images.de / Still Pictur

es

Sinopictur

es / Maciej Dakowicz / Still Pictur

es

24, ou trouver un peu de calme et un abri provi-soire dans l’un des quatre petits « centres d’accueil ouverts » répartis à travers la ville.

Parmi ceux qui fréquentent ces havres de paix, il y a Abdul Razzak, 13 ans. Jour après jour, il se pos-te près d’un célèbre sanctuaire, très fréquenté lors des fêtes religieuses, pour y vendre des sacs en plas-tique. Il gagne ainsi les quelques sous qui doivent

L’objectif du Bureau pour la protection et le bien-être de l’enfance, à Lahore

Certains enfants ont des parents – d’autres pas. Certains enfants dorment à la maison – d’autres dans la rue.

Certains enfants sont ai-més par leurs parents – d’autres sont maltraités. Certains enfants vont à l’école – d’autres travaillent ou mendient.

Certains enfants devien-nent médecins, ingénieurs ou officiers – d’autres sont condamnés à la mendicité, à la criminalité ou à la pros-titution.

Unissons nos efforts pour aider « les autres », moins chanceux, à vivre une vie meilleure !

suffire à faire vivre, hormis lui-même, sa mère, son frère et sa sœur. Il ne va pas à l’école, mais se rend régulièrement dans l’un des centres d’accueil. Quand on lui demande pourquoi il vient, Abdul répond : « Pour jouer, pour me reposer et pour me rappeler que je suis encore un enfant. »

Une action exemplaire

Depuis que le CPWB a ouvert ses portes, il a déjà pris en charge plus de 10 000 jeunes. En ce mo-ment, quelque 3500 enfants et adolescents bénéfi-cient de ses services d’une manière ou d’une autre. « Aujourd’hui, il n’y a pratiquement plus d’enfants de la rue à Lahore », indique Chloé Milner, colla-boratrice de la DDC, qui l’a constaté lors de son dernier séjour sur place en mars 2007. « Grâce à l’engagement personnel de Faiza Asgher, le centre a obtenu en très peu de temps des résultats extra-ordinaires. »

La pédiatre a fait de ce projet pilote une action exemplaire à plus d’un titre. Sur la base des expé-riences réalisées, il s’agit maintenant d’ouvrir des institutions similaires dans d’autres provinces, par exemple celle de la frontière du Nord-Ouest, où la DDC concentre ses activités.

La législation et son application

Le projet pilote de Lahore se fonde sur une loi en faveur des enfants démunis et abandonnés, pro-mulguée par le gouvernement du Penjab en 2004. L’élaboration et la mise en œuvre de bases légales de ce genre, destinées à protéger les enfants et les adolescents, sont au cœur du programme de l’Uni-cef au Pakistan, que la DDC soutient depuis 1996.

L’un des principaux volets de ce programme est un projet d’assistance aux jeunes filles. Le Girl Child Project a été lancé en 1991 par l’Association pakistanaise pour le planning familial, en collabo-ration avec l’Unicef. Son but : amener les filles et les jeunes femmes, encore gravement défavorisées au Pakistan, à prendre conscience de leurs droits et leur offrir des cours ou une formation de base dans

des domaines comme l’enseignement, la santé ou l’artisanat.

Bénéficiant depuis 2001 de l’appui de la DDC, le projet est parvenu à toucher 730 communes à tra-vers tout le Pakistan. Plus de 100 000 hommes et femmes ont participé à des assemblées, où ils ont reçu des explications sur les droits des jeunes filles. Des milliers d’adolescentes ont suivi des cours or-ganisés dans le cadre du programme. Plus de 30 000 jeunes femmes ont achevé une formation visant à développer leurs capacités de leadership. Aujour-d’hui, elles participent à la vie de leurs commu-nautés, donnant des cours aux enfants pauvres ou travaillant dans des centres de premiers secours. Outre sa collaboration avec l’Unicef, la DDC par-ticipe aussi à un projet de l’Organisation interna-tionale du travail pour la lutte contre le travail des enfants et elle soutient une organisation non gou-vernementale pakistanaise qui s’emploie à proté-ger les enfants en situation difficile. Dès 2009, ces trois projets en faveur de la jeunesse devraient être regroupés au sein d’un même programme intitulé « Droits de l’enfant ». Il s’agit, conformément à un plan de l’ONU, de mieux coordonner les efforts allant dans le même sens, afin de mettre sur pied un programme complet et efficace au service des

enfants vulnérables.■

(14)

« Les femmes travaillent peut-être un peu plus len-tement que les hommes, mais elles le font mieux et avec plus de soin », affirme Miriam Mwangare Muirore.Aucun de ses camarades masculins du St. Vincent Vocational Center ne la contredit. À 18 ans, elle est en deuxième année d’apprentissage. Si elle peut réunir l’argent nécessaire, elle accomplira une troisième année, afin d’obtenir son diplôme. Miriam vient d’une famille typique du quartier de Riruta, à Kawangware, un bidonville tentaculaire de la capitale kenyane Nairobi. La mère s’est dé-brouillée, en faisant des petits boulots, pour élever seule ses cinq enfants. Deux grands frères et une sœur sont mariés. Miriam vit avec son frère jumeau et leur mère dans une petite cabane de tôle. Un ri-deau sépare l’espace des femmes et celui du jeune homme, une lampe à kérosène éclaire les lieux et un bidon sert à aller chercher l’eau.

Le soir, réparation de radios

Miriam se souvient encore des réactions de ses amies quand elle a demandé à être admise dans cet-te peticet-te école de Kawangware,financée par la Suis-se, qui donne une formation professionnelle à des enfants pauvres et à des orphelins du sida. Toutes ont dit : « Une femme électricienne ? Ça ne se fait pas ! » Mais l’école l’a soutenue et lui a accordé une bourse pour deux ans d’apprentissage. Miriam doit

financer elle-même la troisième année,celle qui dé-bouche sur le diplôme. Récemment, la jeune fille et d’autres apprentis sont allés poser les conduites électriques sur le chantier d’un nouvel immeuble. Le chef des travaux a demandé s’ils avaient amené la jeune fille pour préparer le thé. « Ma réponse a été cinglante », raconte Miriam. « Cela me met hors de moi. Comme si les femmes ne pouvaient être que coiffeuses ou couturières. »

Miriam n’a guère de loisirs. Le soir, elle répare des radios avec son frère. «Il m’a transmis cette passion quand nous étions enfants.» L’argent qu’ils gagnent ainsi, ils le consacrent au ménage. Et la discothè-que ? « Impossible. Le soir, on ne peut pas mettre les pieds dehors, c’est trop dangereux », affirme Miriam,en rangeant une mèche rebelle qui dépasse de sa casquette.«Du reste,je n’ai pas d’argent.J’éco-nomise pour la troisième année. Et puis, il me fau-dra aussi acquérir des outils pour monter ma propre

entreprise. »■

(De l’allemand)

Textes et photos de Peter Baumgartner, ancien corres-pondant du « Tages-Anzeiger » en Afrique (de 1994 à 2004), à Nairobi

Miriam, 18 ans, Nairobi :

« Une femme électricienne ?

Ça ne se fait pas ! »

Population de Nairobi 2,8 millions Taux d’alphabétisation 85% Espérance de vie 55 ans Chômage 40%

Revenu mensuel moyen

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Rossaura, 17 ans, Managua :

« Un enfant ne m’empêchera pas

d’apprendre un métier »

Population de Managua 1 million Taux d’alphabétisation 77% Espérance de vie 70 ans Chômage 7%

Revenu mensuel moyen

160 francs suisses

Non, Rossaura n’avait jamais pensé avoir un en-fant à son âge. Cette jeune Nicaraguayenne de 17 ans à peine vit à Ciudad Sandino, une cité-dortoir s’étalant à la périphérie de Managua. La naissance de sa fille Diana, il y a deux mois, a changé sa vie. Rossaura ne fait pourtant pas exception dans sa fa-mille. Sa mère a aussi eu son premier enfant à 16 ans. De plus, trois des meilleures amies de Rossau-ra ont déjà un bébé ou sont enceintes. Elle ne croit pas à la pilule, estimant que c’est un poison pour le corps. À aucun moment, elle n’a songé à avor-ter. « Je me serais sentie mal », dit-elle. Baptisée ca-tholique, elle assiste de temps à autre à l’office re-ligieux.

Le père envoie parfois de l’argent

Par trente degrés à l’ombre, la jeune maman se ba-lance dans un fauteuil à bascule devant la maison de ses parents, son bébé sur la poitrine. L’arrivée de Diana a sans doute bouleversé ses projets, puis-qu’elle a dû cesser de fréquenter l’école secondai-re. Mais Rossaura compte bien reprendre des études dès l’année prochaine : trois années de for-mation en cours d’emploi dans une école du sa-medi. C’est ce qu’a fait sa mère, titulaire d’un di-plôme d’agronome. Rossaura veut aussi devenir ingénieure : « Un enfant ne m’empêchera pas d’ap-prendre un métier. »

Rossaura a toutefois de la chance : Reynaldo, le père de Diana, âgé de 18 ans, ne lui a pas tourné le dos en apprenant qu’elle était enceinte. Il l’avait même accompagnée pour faire le test de grossesse. Le couple s’est mis en ménage peu après l’accou-chement. Les deux grands-mères de Diana ne mé-nagent pas leur aide et leurs conseils.

Le père de Rossaura a émigré au Canada il y a plu-sieurs années. De temps en temps, il envoie de l’argent à sa fille,pour qu’elle puisse suivre un cours d’anglais, par exemple. Les jeunes parents ne se voient pas beaucoup. Le matin, Reynaldo étudie le marketing et, l’après-midi, il travaille sur un mar-ché de Managua, où ses parents possèdent une échoppe. Pour Rossaura, il est évident qu’elle va épouser Reynaldo, son premier amour, qu’elle a connu quand elle avait 15 ans. Selon la loi nicara-guayenne,elle doit toutefois attendre d’avoir 18 ans,

c’est-à-dire d’être majeure, pour pouvoir se marier.■

(De l’allemand)

Textes et photos de Richard Bauer, correspondant de la « Neue Zürcher Zeitung » en Amérique latine

(16)

Cuba est le pays d’Amérique latine que chacun croit connaître.

Tant sont fortes les images qui collent à son nom : Fidel Castro,

les cigares, la musique, les plages... Mais son histoire, sa

des-tinée, le sort au quotidien de sa population jettent une autre

lu-mière sur cette grande île des Caraïbes. De Jacques Pilet*.

Découverte en 1492 par Christophe Colomb («C’est la terre la plus belle que les yeux d’un hom-me aient jamais contemplée ! », s’est-il alors écrié), l’île de Cuba a servi de base au royaume espagnol pour la conquête de l’Amérique latine. On ne comprend rien au Cuba actuel sans connaître le poids de son histoire coloniale.Ce n’est qu’en 1868 que commence la lutte pour l’indépendance, avec l’émergence d’une grande figure politique et lit-téraire, encore honorée aujourd’hui : José Martí. L’armée espagnole est finalement battue par les in-surgés en 1898, avec l’aide des États-Unis qui met-tent aussitôt l’île sous leur tutelle. Les gouverne-ments qui se succèdent alors sont tous plus ou

moins corrompus et autoritaires. Ils font de La Ha-vane un lieu de plaisirs et de débauches pour tou-ristes américains.

Boycott commercial

La révolution éclate en 1953 avec l’attaque d’une forteresse, la Moncada, par le jeune Fidel Castro et une poignée d’amis. L’opération échoue. Mais la lutte armée commence. Les insurgés, portés par la sympathie populaire, viennent à bout de la

dicta-ture de Fulgencio Batista le 1er janvier 1959. La

bourgeoisie cubaine prend alors le chemin de Miami. Les relations avec les États-Unis se tendent jusqu’à la rupture. C’est l’époque de la guerre

froi-Un demi-siècle de

révolution castriste

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Tobias Hauser / laif

Dirk Jensen / agenda

Sebastian Hauser / laif

Miquel Gonzalez / laif

Tobias Hauser / laif

d’État donne des résultats d’autant plus décevants que les cours mondiaux du sucre sont à la baisse. Environ 70 pour cent des produits agricoles cu-bains consommés dans le pays proviennent d’un secteur privé restreint, à la périphérie des villes. Il faut relever aussi un domaine où les efforts publics paraissent prometteurs : la production de médica-ments, de vaccins et le développement des bio-technologies.

En fait, les succès les plus remarquables de ce demi-siècle révolutionnaire sont sans conteste l’éduca-tion et la santé. On peut être soigné partout dans l’île par des médecins compétents. Les médica-ments restent rares. Mais aucun pays des Caraïbes ne dispose d’une telle infrastructure. Il s’est même développé une médecine de pointe pour étran-gers : chaque année, 5 à 6000 personnes viennent se faire soigner à La Havane ! Cuba envoie des mil-liers de professionnels de la santé au Venezuela, qui rétribue ce service en pétrole.Autre réussite indis-cutable : l’école.Tous les enfants y vont. Les talents y sont reconnus et soutenus. L’île ne compte pra-tiquement plus d’analphabètes. Avec ses quarante universités, elle offre en outre un enseignement su-périeur de qualité.

Le poids des dépendances

Les structures économiques restent marquées par le passé colonial. Néanmoins, le pays dispose d’atouts humains exceptionnels qui le préparent à la modernité. Et cela malgré l’exil de tant de Cu-de et celle-ci prend à Cuba les formes les plus dures.

L’embargo commercial américain frappe l’écono-mie cubaine, qui bascule de plus en plus dans le camp soviétique : l’URSS achète du sucre, livre des armes et des biens de consommation. Jusqu’à l’effondrement du communisme en 1989. Il faut dire qu’au fil des ans, dans les faits, l’embar-go s’est assoupli. Plusieurs pays, l’Espagne et le Ca-nada en tête, intensifient leurs relations écono-miques avec Cuba. Même les États-Unis ont repris le business : des cargos américains chargés de cé-réales mouillent régulièrement dans le port de La Havane.

Autre ouverture d’importance:le tourisme devient l’une des principales sources de devises. En 2005, quelque 2,3 millions de voyageurs européens, ca-nadiens et latino-américains ont profité du soleil cubain et des infrastructures hôtelières développées notamment avec des capitaux espagnols. Ce sec-teur – qui représente 12 pour cent du PIB – est l’un des principaux employeurs du pays : il occupe près de 200 000 personnes. L’embargo américain pèse lourdement sur son essor : les paquebots des Caraïbes ne font plus escale à La Havane. Et les ci-toyens américains n’ont toujours pas le droit de pé-nétrer à Cuba. À l’exception des exilés cubains qui peuvent visiter leurs familles.

La santé et l’éducation pour tous

Les efforts d’industrialisation, dans la période d’in-fluence soviétique, ont tourné court. L’agriculture

L’objet de tous les jours

Le camello

Les légendaires voitures américaines, maintenues en vie depuis la révolution de 1959, tombent en ruines. Les voitures récentes sont rares. Les bus aussi. Particularité de La Havane : le camello (chameau). Il s’agit d’une double cabine géante d’autobus combi-née avec une structure de camion. Cet hybride a été inventé et bricolé dans les années 90, aux pires mo-ments de la crise écono-mique. Il peut transporter jusqu’à 300 personnes... entassées les unes sur les autres.

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Christian Heeb / laif

Raf

faele Celentano / laif (2)

Karl-Heinz Raach / laif

des agriculteurs privés sont prometteuses. Même les touristes pressés peuvent se rendre compte des progrès accomplis. La vieille ville de La Havane, patrimoine reconnu par l’Unesco, n’était plus qu’un espace de ruines. Or ce centre retrouve au-jourd’hui sa splendeur d’antan. Le gouvernement a donné tout pouvoir à un historien, en fait un en-trepreneur de talent,Eusebio Leal Spengler – d’ori-gine suisse – qui a créé une société très dynamique, la Oficina del historiador. Les palais, les églises, les maisons d’habitation sont peu à peu restaurés (un tiers environ de la vieille Havane). Dans un souci culturel, social (une partie des habitants y sont re-logés) mais aussi économique : hôtels, restaurants, boîtes à musique, galeries et commerces de toutes sortes attirent les visiteurs et fournissent les fonds nécessaires à la continuation des travaux. Plus de 10 000 personnes travaillent sous cette enseigne : architectes, artisans, personnel touristique, etc. La scène culturelle qui se développe dans ces lieux est particulièrement attrayante.

Tant d’ingéniosité, de créativité, de compétence et de persévérance laisse bien augurer de l’avenir de

ce pays. Quelle qu’en soit la tournure politique.■

* Jacques Pilet, journaliste, chroniqueur à « L’Hebdo »,

membre de la direction du groupe Ringier,s’est rendu plu-sieurs fois à Cuba entre 1968 et 2007

bains. Reste que le poids de la dépendance est lourd : celle de l’Espagne autrefois, puis celles des États-Unis,de l’Union soviétique et maintenant du Venezuela qui fournit à Cuba l’essentiel de son énergie. Ce secteur est le point faible de l’île, en dépit des promesses d’une production pétrolifère qui n’en est qu’à ses débuts. Dépendance aussi face aux cours mondiaux du sucre et du nickel.Exploité avec l’État par des sociétés étrangères, ce minerai reste le premier poste des entrées en devises (en-viron 1 milliard de dollars par an). Les réserves cu-baines sont importantes et intéressent de plus en plus les investisseurs chinois.

La mainmise de l’État sur l’activité économique, les entraves à la libre entreprise et l’embargo im-posé par les États-Unis ont leur part dans la pau-vreté d’une population qui ne connaît pas l’extrê-me misère de quelques-uns de ses voisins mais res-te engluée dans la pénurie. En monnaie locale, le salaire moyen est d’environ 30 dollars par mois.Sans accès aux devises étrangères, envoyées par les exi-lés (on estime cet apport à près de 1 milliard de dollars par an) ou glanées dans le sillage du touris-me, les Cubains sont condamnés à un minimum vital extraordinairement restreint. La plupart des magasins de La Havane n’acceptent que les CUC, les pesos cubains convertibles obtenus en échange des dollars, euros et autres francs suisses.

Vers un avenir meilleur

Ce sombre tableau ne doit pas éclipser cependant l’énergie remarquable d’une société bien formée, active,pénétrée d’authentiques valeurs patriotiques, en attente d’un avenir meilleur. Les succès de la re-cherche médicale en témoignent.Les performances

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Tobias Hauser / laif

(bf ) La Suisse soutient Cuba depuis 1997 sur le plan humanitaire et y mène depuis la fin de l’an-née 2000 un programme spécial de coopération au développement. Celui-ci a pour but d’aider la société cubaine à poursuivre le développement pa-cifique du pays, tout en préservant les acquis so-ciaux. Il appuie ainsi certaines initiatives locales vi-sant à améliorer concrètement les conditions de vie et à accroître l’efficacité des institutions. La Suisse encourage par ailleurs les contacts et les échanges internationaux, afin que Cuba continue de s’ouvrir au monde. Pour 2007, le budget total se chiffre à 4,1 millions de francs : 3 millions sont alloués à la coopération au développement, 0,6 million à l’aide humanitaire et 0,5 million à la co-opération économique,mise en œuvre par le SECO. Dans le domaine humanitaire,la DDC cofinance les programmes de l’ONG suisse mediCuba Suisse. L’accent porte sur le renforcement de la produc-tion locale de médicaments (médecine tradiproduc-tion- tradition-nelle), l’amélioration des infrastructures hospita-lières et la prévention du sida. Parallèlement, la

Suisse contribue à la sécurité alimentaire de Cuba par des livraisons de lait en poudre et fournit de l’aide lors de catastrophes naturelles (ouragans, etc.).

Le programme de coopération au développement se concentre d’une part sur l’aspect du dévelop-pement économique durable. Il s’agit en particu-lier d’améliorer la productivité en introduisant de nouvelles technologies ainsi que des méthodes de fabrication et de gestion innovantes et durables dans divers secteurs : coopératives agricoles, fabri-cation locale de matériaux de construction, effi-cacité énergétique, management environnemen-tal.

On s’emploie d’autre part à promouvoir le déve-loppement des communes, en lui associant plus étroitement la population (aide à des initiatives lo-cales destinées, par exemple, à résoudre des pro-blèmes de logement) et en améliorant l’efficacité des administrations locales.

Faits et chiffres Capitale La Havane (2,3 millions d’habitants) Population 11,2 millions d’habitants, dont 77% vivent dans des zones urbaines Superficie 110 861 km2 Composition ethnique Mulâtres (51%), Blancs (37%), Noirs (11%), Chinois (1%) Espérance de vie 77,2 ans Fécondité

1,6 enfant par femme en moyenne Taux d’alphabétisation 96,8% Religions La liberté religieuse a été en partie rétablie. Catholiques (baptisés) : 60% Protestants : 3% Cultes afro-cubains (santería, vaudou) Langue officielle Espagnol Ressources principales

Agriculture (canne à sucre, sisal, jute, oranges, riz, tabac), industrie minière (nickel, cuivre, manganèse, cobalt, chrome, sel) et tou-risme

Repères historiques

1

1449922 Christophe Colomb met le pied sur l’île de

Cuba. 1

1551155 Fondation de La Havane.

1

1776622 Les Anglais occupent l’île. L’année suivante,

ils la restituent à la Couronne espagnole, en échan-ge de la Floride.

1

1886688 Début de la lutte pour l’indépendance, sous

l’impulsion du planteur Carlos Manuel de Cés-pedes.

1

1889922 Le journaliste et poète José Martí fonde le

Parti révolutionnaire cubain. Relance de la guerre d’indépendance.

1

1889988 Les insurgés infligent une défaite aux troupes

espagnoles. Les États-Unis interviennent et occu-pent la capitale.

1

1990022 L’indépendance est proclamée, mais Cuba

reste de fait une colonie sous la tutelle des États-Unis.

1

1995533 Sous la direction de Fidel Castro, un groupe

opposé à la dictature de Fulgencio Batista attaque la caserne de la Moncada. L’assaut échoue. Castro est incarcéré, puis libéré sous la pression populai-re. Il s’exile au Mexique.

1

1995599 Le régime du général Batista est renversé par

les insurgés. Fidel Castro fait son entrée à La Ha-vane.

1

1996600 Le gouvernement américain décide de

sou-mettre Cuba à un embargo commercial, qui est en-core en vigueur aujourd’hui.

1

1996611 Avec l’appui de la CIA, des mercenaires

an-ticastristes débarquent dans la baie des Cochons, au sud de l’île, pour renverser le régime cubain. Ils sont vite repoussés.

1

1996622 Le déploiement de missiles soviétiques à

Cuba provoque une crise entre l’URSS et les États-Unis. Moscou finit par retirer ses fusées, à condition que Washington s’engage à ne pas enva-hir Cuba.

1

1998899 Cuba plonge dans une crise économique,

suite à l’effondrement de l’URSS, qui était alors son principal partenaire commercial et politique. 2

2000055 Établissement de relations étroites avec le

Venezuela de Hugo Chávez. 2

2000066 Fidel Castro, malade, cède provisoirement le

pouvoir à son frère Raúl Castro, vice-président.

USA La Havane Cuba Haïti Jamaïque Rép. Dominicaine Mer des Caraïbes

(20)

Marta María Ramírez

est une journaliste cubaine de 31 ans. Elle vit, aime et rêve aujourd’hui à La Havane, avec son conjoint, le troubadour Jorge García.

Un jour ordinaire à La Havane

Cuba

À La Havane, le temps ne passe pas. Je refuse d’ac-cepter cette sempiternelle répétition de jours qui se ressemblent, ce quotidien accablant où survivre est devenu le seul mot d’ordre. Sitôt le soleil levé, la chaleur est déjà intenable. Je regarde la mer de mon balcon privilégié, j’entends la voix gouailleu-se du troubadour, légèrement déformée par les haut-parleurs de mon ordinateur. Elle chante un hymne à La Havane miraculeuse: «¡Ay!, dónde poner

mi suerte. ¡Ay!, si mi ciudad se muere del corazón… »

(Hélas ! Où vais-je tenter ma chance ? Hélas ! Si ma ville meurt d’une crise cardiaque…).

La canción pensante (chanson à texte), comme l’ap-pellerait le musicien Silvio Rodriguez, se mêle à un reggaetón à la cubaine qui a passé en boucle toute la matinée et dont la menace – « Deja que yo

te coja, caperucita » (attends que je t’attrape, petit

cha-peron rouge) – provoque, comme toujours, la co-lère silencieuse du voisinage. Le bruit de moteur des rares voitures, les klaxons et les coups de frein complètent la bande sonore de la matinée. J’observe le va-et-vient des gens. Seuls ou en groupes, les filles et les garçons vont à l’école, mê-lant cris et bâillements. Les plus grands marchent la tête baissée, armés de sacs vides, en quête de leur subsistance qu’ils trouveront avec un peu de chan-ce si la lutte du jour est fructueuse. (Eh oui, « la lut-te » ! Sur l’île, cetlut-te activité a remplacé le travail de-puis que les salaires en pesos cubains ne suffisent même pas à assurer le minimum vital et que presque tout se paie en pesos convertibles, dont le taux de change est de 1,2 dollar pour 1 peso.) L’odeur de goudron se mêle à celle du « café mé-langé », un élixir exotique associant quelques grains de café moulus et beaucoup de pois secs. Je hume

aussi le parfum des fruits au sirop que Lea, une dame de 83 ans, confectionne et vend pour sur-vivre. Aujourd’hui, il y aura du dessert, me dis-je en me régalant d’avance. Je suis du regard un ven-deur de fleurs qui avance lentement sur sa bicy-clette. Sa harangue a perdu toute poésie pour se

li-miter à un vulgaire hurlement :«¡Floressssssss!

¡Flo-reroooooo!» (Fleurs ! Vendeur de fleurs !).

Adela crie de la terrasse d’à côté. Elle réclame quelque chose d’incompréhensible à une voisine qui lui répond, tout aussi bruyamment, d’un peu plus loin. Elles vont finir par réveiller tout le mon-de, mais c’est sans importance après une nuit de musique tapageuse. En face, un voisin babalao (prêtre de la religion afro-cubaine yoruba) frappe un chien errant qui a osé renifler son portail. Adela revient dans mon champ de vision et inter-rompt ma méditation. Elle me raconte la dernière nouvelle, la rumeur qui tient en haleine toute La Havane : un homme a tiré sur son ex-femme, puis s’est suicidé dans une rue du centre-ville. Elle me raconte ce qui s’est passé, ajoutant, comme il se doit, ses propres commentaires sur la victime et sur son assassin. Je ne m’explique pas toute cette vio-lence. Je voudrais seulement rester là en silence, perchée à 5 mètres au-dessus du sol, et essayer de passer inaperçue.

Un buzo (personne qui vit des ordures, de la basura) fouille les déchets qui se sont accumulés pendant plusieurs jours dans les conteneurs situés au coin de la rue. Les chats du quartier s’enfuient, effrayés par la concurrence humaine. La voix du barde re-prend : « Quizás, seamos todos como ellos. » (Peut-être sommes-nous tous comme eux).

Aujourd’hui, vu de ma hauteur, tout paraît si triste. Et je me demande d’où vient le mythe selon le-quel les Cubains sont toujours joyeux… Il se fait tard pour ma « lutte » quotidienne. Il faut que je me joigne à la foule des passants découragés, sans ces-ser de rêver à un avenir prometteur.

Mon troubadour s’approche, en chair et en os cet-te fois, deux tasses de café fumant dans les mains. Il récite un vers pour me rappeler que je suis vi-vante: « Sólo por tí será que no me vaya.Tu cuerpo

tie-ne forma de país. » (C’est seulement pour toi que je

reste.Ton corps a la forme d’un pays). Nous

regar-dons la mer ensemble.■

(21)

T

ina Steinauer

La planète n’a jamais compté autant de jeunes : plus de 1,2 milliard d’individus, soit un cinquième des habitants de la planète, ont aujourd’hui entre 15 et 24 ans. Environ 85 pour cent d’entre eux vi-vent dans les pays en développement, où ils for-ment plus de la moitié de la population nationale, une proportion qui ne cesse de croître.

Cette situation est à la fois un défi et une chance pour le développement. Avec la hausse démogra-phique, la société voit s’amplifier l’exigence qui lui est faite d’offrir aux jeunes des conditions de vie appropriées. Les systèmes de santé et d’éducation doivent être capables d’absorber un tel afflux.Il faut des lieux de formation et des emplois. Il faut aus-si des mécanismes et des institutions qui permet-tent aux jeunes de prendre part aux processus de décision et au débat politique.

Si nous parvenons à relever ces défis, nous pour-rons saisir une chance historique.En effet,les jeunes disposent du potentiel nécessaire pour donner une impulsion décisive au développement mondial et atténuer durablement la pauvreté et ses consé-quences néfastes.

Grâce à la baisse actuelle des taux de fécondité, la proportion des personnes actives va augmenter massivement ces prochaines années dans la plupart des pays en développement. Dès lors, la partie pro-ductive de la population aura nettement moins de personnes à charge (enfants et personnes âgées) que dans les pays industrialisés, où la pyramide des âges est inversée. Les « tigres » asiatiques illustrent de ma-nière éloquente l’effet que peut avoir pareille évo-lution démographique sur les économies nationa-les : en l’espace de quelques décennies, ces pays ont fait un véritable bond en avant.

Dans les pays en développement où elle travaille, la DDC s’attache aujourd’hui à investir à tous les niveaux dans les enfants et les jeunes, afin de bri-ser définitivement le cercle vicieux de la pauvreté, de la violence, de l’explosion démographique, des migrations, de la dégradation environnementale et du sida. Si les jeunes peuvent réaliser leur poten-tiel personnel et qu’ils ont de réelles perspectives d’avenir, ils bénéficieront non seulement d’une bonne santé psychique et physique, mais apporte-ront également une contribution déterminante au développement économique et social de leur pays. Et ils pourront surtout transmettre leurs capacités, leur expérience et leurs valeurs à la génération sui-vante, augmentant ainsi ses chances de mener une vie autonome, à l’abri de la pauvreté et de l’ex-clusion.

Pour que cette vision se concrétise, il est indis-pensable de prendre les jeunes au sérieux, de les considérer comme des partenaires et des acteurs responsables des processus de développement. Notre devoir est de veiller à ce qu’ils puissent non seulement s’exprimer davantage dans les débats na-tionaux et internana-tionaux sur le développement, mais également participer aux décisions. Car c’est aujourd’hui que se construit le monde dans lequel

ils vivront demain.■

Walter Fust

Directeur de la DDC (De l’allemand)

Une chance historique à ne pas rater

(22)

Jens Gr

ossmann / laif (2)

( jls) Les jeunes Burkinabès qui envisagent d’ap-prendre un métier manuel ont le choix entre trois filières de formation. S’ils ont été scolarisés, ils peu-vent s’inscrire dans l’un des lycées techniques gé-rés par l’État. Ces établissements dispensent un en-seignement théorique, assorti de travaux pratiques sans véritable lien avec le monde du travail. Une autre voie possible est celle des centres privés de formation, qui se multiplient depuis quelques an-nées. Leur offre est toutefois de qualité inégale, cela pour deux raisons principalement : le contenu des formations n’est soumis à aucune réglementation étatique ; faute de supports didactiques, les ensei-gnants se contentent de transmettre un savoir basé essentiellement sur leur expérience professionnel-le. La troisième option, de loin la plus courante, est l’apprentissage « sur le tas » dans un atelier ou une petite entreprise du secteur informel. Cette filiè-re présente l’avantage d’êtfiliè-re ouverte aux adoles-cents peu ou pas scolarisés. Mais elle comporte aussi de sérieux inconvénients : le jeune apprend les gestes professionnels par simple imitation, il

n’acquiert quasiment pas de connaissances théo-riques ou commerciales ; dans bien des cas, l’arti-san évite en outre de partager tout son savoir avec l’apprenti, craignant de donner des armes à un fu-tur concurrent.

Alterner école et entreprise

En 1996, la Suisse et trois autres pays donateurs ont décidé de travailler ensemble à l’amélioration du système de formation professionnelle au Bur-kina Faso. Ils ont créé la Cellule d’appui à la for-mation professionnelle (CAFP). Cette dernière vise à promouvoir l’apprentissage dual, qui com-bine la pratique en entreprise et des cours théo-riques.

Conseillés durant les premières années par la fon-dation Swisscontact, les huit experts burkinabès de la CAFP se sont initiés à l’ingénierie de forma-tion : en collaboraforma-tion avec les associaforma-tions profes-sionnelles, ils conçoivent des curriculums de for-mation adaptés aux besoins de l’économie et aux réalités du pays ; ils les testent sur des groupes

La formation des artisans au Burkina,

un puzzle en construction

Le système de formation professionnelle du Burkina Faso

souffre de lacunes qui freinent le développement de l’artisanat.

Pour les combler, une unité de travail cofinancée par la Suisse

soutient l’introduction de l’apprentissage de type dual. Elle

éla-bore des schémas de formation pour différents métiers et

pro-pose aux artisans des cours de perfectionnement.

Le lobby des travailleurs informels

Si l’agriculture et l’élevage restent les principaux piliers de l’économie burkinabè, ils sont talonnés par le secteur informel, qui est le premier pourvoyeur d’emplois dans les villes. Les microentre-prises de l’artisanat, du commerce et des services occupent entre 75 et 85% de la population active urbaine. Les travailleurs de l’économie informelle ont généralement un faible niveau d’instruction et de qualification, leurs revenus sont modestes et leurs conditions de travail médio-cres. Au cours des quinze dernières années, les dif-férents corps de métiers ont constitué des associa-tions professionnelles, dotées d’un statut légal. Celles-ci jouent un rôle de lobby et commencent à défendre activement les intérêts de leurs membres auprès des interlocuteurs institutionnels. Elles négo-cient, par exemple, l’accès des artisans au petit crédit ou aux marchés publics.

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Taux élevé d’analpha-bétisme

Plus de la moitié de la po-pulation du Burkina Faso est âgée de moins de 18 ans. En 2005, le nombre de jeunes avoisinait 7,2 millions, sur une population totale estimée à 13,2 millions d’habitants. Malheureusement, le sys-tème éducatif ne parvient à scolariser que 56% des en-fants au niveau primaire et un quart d’entre eux aban-donnent l’école avant d’avoir atteint la cinquième année. Par conséquent, le taux d’alphabétisation ne dépasse guère 50% dans la tranche d’âge des 15-24 ans et 30% pour l’ensem-ble de la population. S’ils se sont améliorés sensible-ment depuis 2000, ces taux restent parmi les plus faibles d’Afrique occiden-tale. Le chômage et le sous-emploi sont par ailleurs très élevés. En ville, ils frappent surtout les jeunes.

mentaire légal, un contrôle de la qualité et un sys-tème de financement. « En créant la CAFP, nous avons placé le premier élément du puzzle. Nous escomptions que cela aurait un effet d’entraîne-ment sur les autres. Or, des carences subsistent à plusieurs niveaux. La principale est l’absence d’orientations claires de la part de l’autorité pu-blique. »

L’État burkinabè n’a entrepris que récemment de structurer ce secteur. En 2003, il a reconnu offi-ciellement le rôle de la CAFP. L’année suivante, il a créé un fonds d’appui à la formation par ap-prentissage, auquel il reverse des taxes de forma-tion professionnelle prélevées sur les salaires. En outre, une politique nationale est en cours d’éla-boration. « Cela prendra plus de temps que nous ne l’avions imaginé, mais le puzzle se met en pla-ce », indique Pascal Fellay. « En dix ans, le gouver-nement a totalement changé de vision. Désormais, il respecte les centres privés, reconnaît les vertus de la formation duale et admet que les associations professionnelles sont incontournables. C’est une véritable révolution dans un pays qui ne jurait,

jus-qu’à récemment, que par les lycées techniques. »■

menuiserie métallique et menuiserie bois. La Suisse et l’Autriche assument son financement à parts égales.

Les patrons se perfectionnent

La demande de formation professionnelle est en nette augmentation au Burkina. Elle n’émane pas seulement des jeunes. Les artisans eux-mêmes sou-haitent renforcer leurs capacités, par exemple pour accéder à de nouveaux marchés. C’est pourquoi la CAFP a mis sur pied à leur intention des ses-sions de perfectionnement, composées d’un en-semble de modules.

« Cette approche leur convient beaucoup mieux qu’une formation linéaire. Les petits patrons ont besoin de cours spécifiques qui leur permettent de maîtriser rapidement telle ou telle compétence », explique Pascal Fellay, chargé de programme à la DDC. Il cite l’exemple des mécaniciens auto, dont les connaissances traditionnelles s’avèrent insuffi-santes face aux évolutions technologiques et à l’électronique complexe embarquée dans les voi-tures modernes : « Quand un nouveau modèle ar-rive sur le marché, les garagistes veulent suivre une formation ad hoc pour être capables de le réparer et de l’entretenir. »

Références

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