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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository

Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:

Thiry, J. (1988). Le Sahara libyen dans l'Afrique du Nord du VIIe au XIVe siècle d'après les textes arabes (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté de Philosophie et Lettres, Bruxelles.

Disponible à / Available at permalink : https://dipot.ulb.ac.be/dspace/bitstream/2013/213382/3/430c537e-fba2-492b-9d0d-d5fb62d20dba.txt

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(2)

FACULTE DE PHILOSOPHIE ET LETTRES Institut de Philologie et

d'Histoire orientales

LE SAHARA LIBYEN

DANS L'AFRIQUE DU NORD DU Vile AU XlVe SIECLE d'après les textes arabes

Volume 3

Jacques THIRY

Thèse de doctorat en Philosophie et Lettres

Année académique 1987-1988

I

(3)

CENTRE DE SOCIOLOGIE DE L’ISLAM

17 AV. F.D. ROOSEVELT 1050 BRUXELLES

LE SAHARA LIBYEN

DANS L'AFRIQUE DU NORD DU VII® AU XIV® SIECLE

d'après les textes arabes

(4)

LES ITINERAIRE

Nous ne possédons pas, sur les itinéraires trans­

sahariens, et même nord-africains, islamiques de travaux d'ensemble tels

Die Post-und Reiserouten des Orients

de A. Sprenger et

Das Wegenetz des Zentralen Maghreb in islamisaher Zeit, ein Vergleiah mit dem antiken Wegenetz

de Martin Forstner, traitant respectivement des voies orientales et nord-algériennes. L'obstacle naturel que représente le Sahara est pourtant loin d'être infran­

chissable et a constitué de tout temps un réceptacle d'influences raciales, artistiques — l'archéologie l'a montré — économiques, religieuses, politiques et épidé­

miques, ausi bien du nord au sud que d'ouest en est . Pourtant, toute étude des itinéraires transsahariens s'avérera nécessairement incomplète, aussi bien dans l'espace que dans le temps, étant donné les informations fragmentaires dont nous disposons et l'impossibilité dans laquelle nous nous trouvons d'identifier de nombreux toponymes. L'examen de toutes les routes permettant de joindre la mer Rouge â l'Atlantique et la Méditerranée au Sudan — nous le préparons — dépasse le cadre de ce

1

.

Voir carte S.

(5)

travail. Nous nous bornerons ici à décrire rapidement les voies principales d'est en ouest et du nord au sud afin de dégager l'originalité des itinéraires translibyens.

On acceptera comme moyenne journalière "normale" un trajet de vingt-cinq à quarante kilomètres; c'est la distance que couvrent en terrain "normal" par temps "normal" des Sahariens qui nous ont renseignés. Il n'y a, au point de vue de la moyenne journalière parcourue aucune différence entre les groupes ethniques, la seule distinction que nous puissions retenir aujourd'hui résidant dans la frugalité des Tûbu et la fréquence de leurs longs déplacements.

Avant de porter un jugement défavorable sur les estimations

des géographes arabes, on retiendra que la disparité de

leurs évaluations peut être due à la diversité de leurs

informateurs et des caravanes auxquelles ils appartenaient,

petites, grandes, de pèlerins, de militaires. Il faut

tenir compte aussi de ce que les itinéraires sahariens

sont de loin les plus rapides puisque la cadence est

dictée par l'espacement des points d'eau et par la

nécessité de conduire rapidement et dans le meilleur état

possible les marchandises — nous pensons aux esclaves —

dont on a la charge. Les distances en région habitée sont

couvertes plus lentement, les caravaniers trouvant parfois

bénéfice, selon les cours, à écouler leurs produits dans

les agglomérations traversées, y achetant aussi, et ne

renonçant pas aux divers loisirs que leur offrent les

établissements sédentaires. Les itinéraires sûdânais sont

les plus lents, pour les mêmes raisons augmentées du

caractère fluctuant des pistes selon les saisons; cela est

particulièrement remarquable dans la région de la boucle

du Niger et dans le bassin du Tchad où les rives sont

mouvantes, où les bras d'eau se déplacent d'année en année

et où la trop grande humidité du sol peut forcer à de

longs détours.

(6)

Pour ne pas avoir parcouru tous les itinéraires, loin s'en faut, il ne nous sera pas toujours possible de commenter les évaluations en matière de moyenne journalière. L'indi­

cation d'un rythme trop rapide est tout de suite sujette â caution: il est pratiquement impossible â une caravane commerciale d'atteindre soixante-dix kilomètres par jour, une telle cadence représentant déjà une exception pour une colonne militaire. En revanche, un rythme apparemment trop lent peut être dû aussi bien â des difficultés du terrain qu'â une erreur du géographe ou de son informateur. Il faut, par exemple, quatre â cinq jours pour couvrir les quatre-vingts kilomètres â vol d'oiseau qui séparent Ghât de Djanet, les vallées escarpées et le terrain accidenté freinant la marche des hommes et surtout des chameaux;

quelques jours après un orage, le cheminement sera encore

ralenti en raison des éboulis non encore recouverts

partiellement par le sable. De même, il faut plus de trois

nuits pour couvrir les cinquante kilomètres qui séparent

Takartïba, dans le wâdî '1-Agâl, de Atrün, une des trois

oasis perdues dans l'edeyen d'Ûban, habitées par les

Dawwida / mangeurs de vers {düd), population à l'origine

inconnue; cette aventure — si tant est que les habitants

du wadT '1-Âgal consentent à louer leurs chameaux â cette

fin — exige que l'on franchisse seize cordons de dunes

dont la hauteur dépasse généralement cent, parfois cent

cinquante mètres; le sable est mou, on y enfonce jusqu'aux

genoux, les chameaux doivent être traités avec la plus

grande prudence, dans les descentes aussi bien que dans

les montées, sous peine de leur arracher les naseaux. Nous

nous dispenserons donc de tout commentaire à propos des

itinéraires que nous n'avons pas suivis sauf lorsque les

renseignements obtenus sur place ou dans les récits des

explorateurs sont suffisants ou lorsque nos cartes au

1/1 000 000 fournissent des informations précises.

(7)

Les premières données sur les axes nord-africains et transsahariens datent du IX® siècle. Il va de soi que le commerce, qui existait déjà sous les Romains, ne s'est pas arrêté pendant plusieurs siècles. On suppose que si nous ignorons tout de ce commerce, c'est que les auteurs n'en ont pas parlé ou que leurs écrits ne nous sont pas parvenus, tels les extraits, sur le Südân, retrouvés dans des ouvrages postérieurs, de Wahb ibn Munabbih (avant 728) et d'Al-Fazirî (seconde moitié du VIII® siècle)^^^. En effet, il n'est que de lire les rapports des historiens sur la conquête pour se rendre compte que les exigences, parfois démesurées, des princes orientaux et égyptiens ne pouvaient que tonifier les activités commerciales. Le raid fazzânais et kawirien de ®Uqba ibn Nifi® avait déjà révélé les ressources en marchandise humaine du Sudan. Bien que les historiens se soient surtout préoccupés de la conquête vers l'ouest, on peut supposer que les expéditions au pays des Noirs ne cessèrent pas. Dans la première moitié du VIII® siècle, ‘"Ubayd Allah ibn al-Habhâb, gouverneur d'Egypte qui se vit chargé des affaires de l'Ifrîqiya en mai-juin 734, donna l'ordre à son général, Habib ibn Abi

®Ubayda '1-Fihrî, de mener une expédition au Sus et au Sudan. Cette expédition remporta un grand succès, Habib ramena une quantité d'or considérable^^^ . Ce raid n'avait

1. Traductions françaises in J.M, Cuoaq, Recueil PP. 41-43; anglaises in Levtzion and Hopkins, Corpus ....

pp. 15, 32. Ghana, chez Al-Fazâr%, est déjà appelé

"pays de l'or".

2. Hab%b ramena aussi des captifs, dont deux jeunes filles qui n'avaient qu'un seul sein, cf. Ibn °Abd al-Hakam, pp.122-123; Al-Baladhurv, p.233. Voir supra, p. 247.

(8)

pu être dicté au gouverneur que par la rapacité du calife Hisâm ibn ^Abd al-Malik^^^.

Au IX siècle, les exigences de la poste et du commerce obligèrent les géographes, ou les historiens doublés de géographes, à décrire ces pays alors pacifiés et les routes qui menaient aux sources d'approvisionnement en or et en esclaves. Nous suivrons ces itinéraires d'est en ouest au départ du Nil et examinerons ensuite les voies transsahariennes.

Outre la voie terrestre qui, venant d'Arabie, rejoint Le Caire par Qulzum et Ayla, au fond du golfe d'Aqaba^^^, plusieurs ports de la côte africaine permettent le transport des pèlerins, accueillent les produits orientaux et exportent les marchandises africaines.

C'est â Zayla*"^^^, à quelques kilomètres au sud de l'actuelle Djibouti, qu'accostent les bateaux venant d'Orient et de — ou via — *'Adan. Les habitants de Zayla*"

1. Al-Mas^udt, Kitab al-Tanbzh wa-'l-Israf, BGA, VIII, p. 322 - trad. Carra de Vaux, p. 417.

2. Al-Ïa‘^qübï, Kitâb al-Buldân, pp. 213-214, 340-341 - trad. pp. 148-150, 198-200; Abu ’l-Fida', Taqwrm ..., pp. 116-117.

3. Zayla^^ est l 'orthographe actuelle, celle d 'Ibn Hawqal et de laqût. Al-IdrZsï écrit Zalaqji, Al-Himyar% donne zâla° mais signale que l'on écrit aussi Zayla‘^.

(9)

s'adonnent à la pêche. La ville n'est pas grande mais elle est très peuplée, il s'y trouve de nombreux étrangers attirés lâ par le commerce. Zayla*" se livre au négoce avec le pays des Habasa et exporte des esclaves et de l'argent;

l'or y est rare^^^. Les habitants de la région chassent l'éléphant pour ses défenses, le rhinocéros pour sa corne et le léopard pour sa peau. Ils exportent aussi des peaux de caprins^^^.

Les marchands peuvent alors continuer le voyage par mer vers le Higâz^^^ ou l'Egypte ou bien s'enfoncer à l'intérieur des terres pour rallier le Nil où ils seront rejoints par les bateaux venant de Dunqula, capitale de la Nubie, elle-même en relation avec le pays des Zaghawa ^ '

f 41

et avec Kawkaw / Gao située à quarante jours de marche^®^.

A la première cataracte, â Bilâq / Philae, première ville musulmane que l'on rencontre en venant du sud, les bateaux deyront être déchargés et les marchandises transportées â dos de chameau jusqu'à Aswân. Les bateaux remontant le Nil ne peuvent évidemment dépasser cette ville; les marchands voyageant vers le sud doivent se livrer à la même opératibn^®^. Métropole commerciale et dernier grand centre musulman, Aswan est une ville importante vers

1. Al-Idrïsz, pp. 24-2S - t.-'ad. pp. 28-30, repris par Al- Himyarz, s.v.

2. idem et Yaqut, s.v. Sur Zayla°, voir A. Miquel, Géo­

graphie humaine, II et III, index.

3. Ibn Hawqal, p. SS - trad. I, p. 54.

4. Al-MuhallabZ, in Abu ’l-Fida', Taqwïm, pp. 158-159.

5. Al-Idrisv, p. 10 - trad. p, 12.

6. Al-Ya°qubT., Kitab al-Buldan, BGA, VII, pp. 324, 336 - trad. Wiet, pp. 189, 191-192; Al-IdrZsl, pp. 20-21 - trad. p. 24; Al-Maqr^z^, Khitat, I, p. 199.

(10)

laquelle convergent les voies venant de Dunqula^^^, du Caire^^^, de ^Aydhâb et de l'ouest. La route venant de

*~Aydhâb, port de la mer Rouge^^^, traversait la région

c - • ~ r 4 )

d'Al- Allaqi, très proche d'Aswan' . Les habitants de ce pays étaient des Bàga, idolâtres et chrétiens, qui prenaient en charge les caravanes de pèlerins^®^; il y avait là une mine d'or exploitée par des esclaves^®\

dont la récolte était partagée entre le sultan et les travailleurs' . Aydhab, qui percevait les taxes sur les pèlerins maghrébinsétait un port d'embarquement pour le Higâz et le Yaman^®^, il faisait le commerce de l'or et de 1 ' ivoire^^*^^ .

De la ville d'Aswin partait une voie, vers l'ouest, qui

1. Al-Idrvsi, pp. 19-21 - trad. pp. 24-2S (Zd jours); Al- Maqrtzi, Khitat, I, p. 191 (50 jours). Il y a i- 750 km entre ces deux points.

2. Ibn Hawqal, pp. 144-145 - trad. I, p. 142 (environ 20 étapes); Al-Idrtst, p. 52 - trad. p. 59 (25 jours).

3. Al-ïa‘^qubt, Kitab al-Buldan, pp. 334-225 - trad.pp. 189- 190; Al-Muhallabt, in Abu ’l-Fida’, Taqwtm,pp.120-121;

Ibn Sa^id, Bast al-Ard, p. 60; Al-Maqrtzt, réf. supra;

Al-Himyart, s.v. Asuan.

4. Al-Mas'^udt, Murug adh-Dhahab, II, p. 26.

5. Ibn Sa^td, réf. supra.

6. Al-Ia°qubt, Kitab al-Buldan, p. 334 — trad. p. 190;

Al-Idrtst, p. 27 - trad. p. 32.

7. ïaqut, s.v. Al-° Allaqi-.

8. Al-Himyart, s.v. '^Aydhab.

9. Ibn Hawqal, p. 56 - trad. I, p. 54; Al-Ia^qubt, Kitab al-Buldan, p. 235 - trad. p. 190.

10. Al-Ya°qubt, réf. supra.

(11)

permettait de rejoindre les Wâhât^^^. On pouvait aussi prendre la route du nord, sur ou le long du Nil, vers Adfu, Asnâ, Armant, Al-Qusur / Louxor et Damâmim, belle ville où les Maghrébins étaient en majorité^^^, d'où on pouvait atteindre les wâhat al-J^ariga^^^. Ces localités possédaient des champs et des palmiers et se livraient au commerce^^^. On parvenait alors 5 Qûs, ville la plus importante du Sa id. Au IX siècle, Qus avait détrôné Al-Qujür^^^ et était devenue la métropole commerciale de la région. Elle possédait de belles cultures et exportait ses fruits dans toute l'Egypte. Il y avait lâ de belles maisons, des bains, des écoles, des entrepôts et des marchés car Qus était un relais pour les commerçants venant du Higâz et de '"Adan; une voie montagneuse partant de Qus se dirigeait vers Qusayr, port de la mer Rouge^®^;

le trajet durait cinq jours^^^. On mettait huit jours pour couvrir la distance entre Qusayr et ^Aydhib^^^. Une voie

1. Ibn Haaqal, p. ISS - tvad. I, pp. 1S2-1S3; Al-Idrisi, p. 22 - tvad. p. 27.

2. Al-Himyart, s.v. Damarml; ïaqut, s.v. Damamin, 3. Ibn Hawqal, p. 1S4 - tvad. I, p. 152.

4. Al-Muhallabi in Abu ’l-Fida', Taqulm, pp. 110-113; Ibn Hawqal, pp.l44-14S - tvad. I, p. 143; Al-Idvisi, p. 50 - tvad. pp. 57-58; lâqût, s.vv. Udfu, lena, Avmant.

5. Al-Ya^qubtj Kitab al-Buldan, pp.333-334 - tvad. p.l88.

6. Al-Mas°ud^, Muvug adh-Dhahab, II, p. 26; Al-Idvisi, p. 49 - tvad. pp. 56-57; Ibn Sa'^ïd, Bast al-Avd, pp.SO, 63, Yaqüt, s.vv. Qus et Qusayv, Abu ’l-Fida', Taqwzm, pp. 110-111; Al-QalqasandT., III, p. 400.

7. Yaqut, s.v. Qusayv. Tvois jouvs seulement, d'apvès Abu 'l-Fida', véf. supva.

8. Yaqut, ibid.

(12)

quittant Qüs pour l'ouest menait aux Wâhât^^^.

A sept milles au nord de Qüs, Qift vivait aussi du commerce

f 2 ) 6

lointain, avec les Indes, notamment' . Au X siècle déjà, Qift commença â décliner^^^; au XV®, sa ruine était consommée^^^.

Continuant vers le nord, on entrait dans la canton de Bulyâna, anciennement appelée Absâya^^^. De là, en six jours, on atteignait les Wâhit al-Khâriga, d’où, on parvenait, en quatre jours, aux wihit ad-DaJ^ila et ensuite, également en quatre jours, à Farfarûn / Farâfra et enfin à Santariyya / Siwa^^^.

De Qus, en continuant à descendre le Nil, on parvenait à Ikhmfm, grande ville avec marché, entourée de palmiers et de figuiers^^^, on y fabriquait des tapis de cuir

1. Benjamin de Tudèle, cité par P. Borchardt, Die Grossen Ost-Hest-Karawanenstrassen, p, 219a.

3. Al-Idrtst, PP. 48-49 - trad. p. 56; laqut, s.v. Qift;

Al-Qazw%m, p. 241; Abu ’l-Fida', Taqwtm, pp. 110-111;

Al-Himyar-L, s.v. Aydhab.

3. Al-Mas'^udiy Murug adh-Dhahab, II, p. 26.

4. Al-MaqrZzi, Khitat, I, p'. 232.

5. Ibn Khurradadhbih, p. 81 - trad. p. 59; Al-ïa'^qubt, p. 332 - trad. p. 187; Ibn Hawqal, p. 145 - trad. I, p. 143, Al-Muqaddasv, p. 55; Al-Qazwvm, p. 158; laqut et Al-Himyart, s.v. Bulyana.

6. Al-ïa°qübt, réf. supra; Ibn Hawqal, pp.154-155 - trad.

pp. 152-153; Al-Bakrl, pp. 14-15 - trad. pp. 35-38.

7. Al-Idrisl, pp. 46-47 — trad. p. 54; Ibn Sa°td, Bast al-Ard, p. 63; Al-Qazwim, p. 139; ïaqut, s.v. Ikhmtm;

Abu ’l-Fida’, - Taqwtm, pp. 110-111; Al-Qalq'asandt, III, P'. 400; Al-Himyart, s.v. Ikhmtm.

(13)

renommés^^^. Cette ville permettait l'accès aux Wâhât, région à laquelle on arrivait aussi au départ d'Asyût, située en aval sur le Nil' ' . Asyut, ville importante , (21- entourée de cul tu res, était peuplée de chrétiens; elle exportait de l'opium utilisé en médecine, des vêtements comme on n'en trouvait nulle part ailleurs et des tapis^^^.

D'Asyût partait vers le sud une voie connue depuis l'antiquité, le fameux

darh al-arba^/

route des quarante jours^^^. Elle traversait les Wâhât al-j^âriga, passait par As-Sabb, Salima et Atrun pour aboutir au Dar Fur, â Kubayh / Kobé, non loin de Fâsir / Fasher. Les caravanes qui suivaient cette voie apportaient au Dâr Fur du métal

1. Al-'la^quhv, Kitab al-Buldan, p. 332 - tvad. p. 187. Au XVI^ aièalej cette ville était détruite; d'après Léon l'Africain — II, pp. 532-533 — on en avait emporté les pierres pour construire la ville d'Al-Minsah, sur la rive opposée.

2. Ibn Hawqal, p. 154 - trad. I, p. 152.

3. Al-Ia^qubt, Kitab al-Buldan, p. 331 - trad. p.l86; Al- Idrtst, p. 48 - trad. p. 56; Ibn Sa^td, Bast al-Ard, p. 63, repris par Abu ' l-Fida', Taqwtm, pp. 112-113;

Al-Qazwinï, p. 147; ïâqüt, s.v. Asyût; Al-Qalqasandï, III, p. 399; Al-Himyart, s.v. Asyut. Léon l'Africain, II, p. 532, note l'hospitalité offerte aux voyageurs par les moines du monastère chrétien tout proche.

4. C'est Jacques Berque, je crois, qui a fait remarquer qu'il ne fallait pas prendre "quarante" au sens strict mais plutôt dans le sens de "grand nombre"; plusieurs expressions égyptiennes utilisent "quarante" avec cette signification. Des Oasis extérieures, la voie compte plus de 1 400 km jusqu'à son terminus.

(14)

manufacturé et des textiles et y achetaient esclaves, ivoire, chameaux et plumes d'autruche^^^ . Cet itinéraire, qui se poursuivait jusqu'à Ghana, pays de l'or, fut aban- donné à cause des tempêtes de sable et des brigands' ' et

( 21

ne fut rétabli qu'après la conquête par les musulmans du

f 3 ) 6 C ”

royaume de Nubie' Au XVI siècle, le darb al-arba in constituait le tronçon le plus éprouvant de la route qui reliait Walâta au Caire par Tinbuktû, Kawkaw / Gao, Agadez, le nord du lac Tchad — où vivent les Tubu — et le Gaoga^^^ pour parvenir à Kubayh / Kobé. Cet itinéraire

"long, mais très sûr" avait été choisi, â cette époque, de préférence à celui qui traversait le Sahara^^^, hanté par les Arabes qui "sont les pires et les plus terribles assassins qui soient au monde"^®^.

En aval d'Asyût, l'avant-dernier relais avant d'aboutir au Caire était Asmûn, ville importante s'adonnant à l'agriculture et entourée de palmeraies^^^ ; l'oasis était renommée pour ses haras de bêtes de selle^®^. Une voie

1. P.M. Holt, E.I., s.v. Darb al-Avha^vn; M. Asher, In.

Searah of the Forty Days Road, pp, S5-S7, 1S7.

2. Ibn Hawqal, p. 61, 153 - trad. I, pp. 58,. 151.

3. R. Mauny, Tableau géographique, pp. 436-437.

4. Sur Gaoga, voir supra, p. 627.

5. Léon l’Africain, I, pp. 9-10, 53.

6: idem, p. 43.

7. ïaqut, s.v. Usmun, qui signale aussi l'appellation Usmunayn; Al-Qalqasandv, III, p. 398.

8. Al-ïa^^qubi, Kitab al-Buldan, p. 331 - trad. p. 186.

(15)

partant d'Asmun conduisait aux Wâhat al-J(hâriga^^^. Venait enfin, aux approches du Fayyûm, Bahnasâ, ville très peuplée, possédant des marchés et fréquentée par les marchands attirés là par son artisanat textile renommé : on y tissait le brocart et confectionnait de splendides pièces d'étoffe, des rideaux, des couvertures de tente et des vêtements admirables^. De Bahnasâ, on partait pour

- - f31

les Wahat' . Il ne faut pas confondre cette Bahnasa / Bahnasâ 's-Sa*"îd avec son homonyme, Bahnasâ '1-Wâhât

— aujourd'hui Bahariyya^^^ — située à 180 km à l'ouest- sud-ouest, petit marché du désert d'oû l'on pouvait, en dix jours, parvenir à Santariyya^®^. Bahnasâ '1-Wâhât /

V . — —

Bahariyya est appelée Al-Gifar par Al-Idrisi qui la situe à deux jours d'Al-Bahrayn (200 km) — elle-même à deux jours de Santariyya / Sîwa (160 km)^®^ et à trois jours, sans eau, de l'Oasis / Al-Wah^^^. De Bahariyya partaient

1, Ibn Hawqal, p. 154 - trad. I, p. 152.

2. Al-Ha°qubi, Kitab al-Buldan, p. 331 - trad. p.l86; Al- Idr^e^, PP. 50-51 - trad. p. 58; ïaqut, s.vv. Bahnasa et Santariyya; Abu ’l-Fida’, Taqw^m, pp\ 110-111, qui cite en partie ïaqut; Al-Qalqasandu, III, p. 397; Al- Maqr^^^., Khitat, I, p. 237; Al-Himyari, s.v. Bahnasa, qui reprend Al-Idrtsi.

3. Abu ' l-Fida ', réf. supra.

4. T. Lewicki, A propos du nom de l 'oasis de Koufra, p. 304.

5. Al-Bakri-, p. 9 - trad. p. 36; ïaqut, s.v. Santariyya;

Abu 'l-Fida', réf. supra.

6

.

Al-Idrvs-i., p. 44 - trad. p. 52.

7

.

idem, p. 44 -■ trad. p. 51. Il ne peut s ' agir que de l'oasis de Farafra, distante de 180 km d'Al-Bahrayn.

(16)

une voie vers le sud, vers Farâfra, et une vers le nord, vers Gjiaraq, au Fayyûm, d'oû l'on pouvait, en quatre jours, rejoindre Le Caire^^^.

Du nord de l'Egypte, trois voies au moins condui­

saient en Libye. L'une, provenant des centres commerciaux du Nil et des Wâhât, quittait Santariyya et, passant au nord de la ramla, via Ga^iibub, parvenait à Awgila en dix jours^^^; un autre itinéraire, apparemment direct et traversant la ramla, permettait d'effectuer le trajet, plus de 450 km, en huit jours' . 13 1

Les routes à destination de Barqa venant du Caire et d'Alexandrie — où aboutissait une voie venant de Santa- riyya^^^ — se rejoignaient à £]iat al-Humâm / Hamam^®^, â soixante kilomètres à l'ouest d'Alexandrie^®^. De Djiât al- Humam, on parvenait à Barqa en longeant la côte — rejoi­

gnant les voies venant de Santariyya à Ra's al-Kanâ'is^

1. Benjamin de Tudèle, cité pav p, Borchardt , Karauen- strassen. P- 219a.

2. Al-Bakrv, P- 14 - trad, p. 35; ïaqut, s.v. Augila; Abu 'l-Fida ', Taqwtm, p. 129.

3. Abu 'l-Fida ' , réf. supra.

4. 480 km. En dix jours, d'après Abu ' l-Fida' — Taqw^m p. 129 — qui dit citer Al-IdrZsZ; cette information est absente du Nuzhat al-Mustaq; en onze jours, d'après Al-Maqr^z^, Khitat, I, P- 235.

S. Voir supra, p. 34S, n. 1.

S. Qudama, pp. 221-222 - trad, pp. 167-168.

7. 330 km, en huit jours d'après Abu 'l-Fida', Taqaïm, pp. 128-129.

(17)

et à Lukku^^^ — ou on quittait la côte au golfe / al- '"Aqaba pour suivre la route de 1 ' i ntéri eur ^ ^ ^. De Barqa, on allait au port de Barnîq en deux jours^^^.

La route vers l'Ifrïqiya évitait ou passait par Agdâbiya. La voie vers Agdâbiya se dirigeait d'abord vers Suluq: de là, on longeait la côte ou on suivait le chemin de l'intérieur; on couvrait la distance (200 km) en quatre

(41 V -

jours, rencontrant six stations' . A Agdabiya aboutissaient une voie qui, quittant à Al-MaJ<Jiïl la route Alexandrie - Barqa par l'intérieur, se dirigeait vers le sud-ouest^^^

1. 380 km, en huit joups d'après Al-Idrzsu, p. 44 - trad.

p. 52 et n. 2.

2. Les deux itinéraires comportent dix-neuf étapes d partir de Dhat al-Humam. Listes des stations parfois différentes et présentant des lacunes, in Ibn Khurradadhbih, EGA, VI, PP. 84-85 — trad. p. SI — éd. Hadj-Sadok, pp. 2-3; Al-ïa^qubi, EGA, VII, pp. 342-343 — trad.

PP. 200-201; Qudama, EGA, VI, pp. 220-221 — trad.

PP. 167-188; Al-Muqaddas^, EGA, III, pp. 244-245 - éd.

Ch. Pellat, pp. 62-63; Ibn Hawqal, EGA, II, carte, encart pp. 66-67 - trad., encarts pp. 60-61; Al-Eakri., pp. 2-4 - trad. pp. 7-13; Al-Idrtsi, pp. 132, 136-137

trad.pp.157,163-164,

3. Al-ïa°qûbl, EGA, VII, p. 344 - trad. p. 203.

4. Ibn Khurradadhbih, pp. 85-86 - trad. pp. 61-62 — éd.

Hadj-Sadok, pp. 4-5; Al-Ia^qûbT, EGA, VII, p. 344 - trad. p. 203; Qudama, pp. 222-223 — trad. p. 169;

Al-Muqaddasi, p. 245 - éd. Ch. Pellat, pp. 63-64; Ibn Hawqal, cartes, rêf. supra; Al-Bakri, p. 6 - trad.

p. 19; Al-Idrtsi, p. 135 - trad. pp. 161-162.

5. Qudama, réf. supra.

(18)

et une autre qui venait du port de Barnîq^^^. D'Agdâbiya, on parvenait â Surt (380 km) en cinq ou six étapes^^^. La distance Surt - Tripoli était couverte en une dizaine de jours^^^; la voie passait par Maghmadâs. d'où *'Uqba partit

- f41 pour son épopée kawarienne, par Qusur Hassan' par Tâwargha — qui constitua généralement la limite orientale de la province de Tripoli et de l'Ifrîqiya — et par Labda / Leptis Hagna.

La route vers Kairouan, coeur de l'Ifrîqiya, passait par Sabra, traversait la plaine de la Gaffâra pour longer

1. Al-ïa°qübv, EGA, VU, p. 344 - trad. p. 203.

2. Ibn Khurvadadhbih, pp.85-88 - trad. p. 62; Al-ïa^qubi, réf. supra; Qudama, pp. 223-224 - trad. p. 269; Al- Muqaddaei, p. 245 — êd. Ch. Pellat, pp. 82-65; Al- Idr-Lsi, pp. 134-135 — trad. pp. 180-162 (oes auteurs mentionnent les stations intermédiaires); Al-Bakri, p. 8 - trad. p.l9; ïaqut, s.v. Surt; Ishaq ibn Husayn, in Kamal, Monuments, III, faso.II, fol.623, qui estime la duré du voyage à trois jours.

D'après Qudama — rêf. supra — il existait une route qui menait vers l'Ifrîqiya en évitant Tripoli; le détail de cet itinéraire manque dans le manuscrit.

3. Ibn Khurradadhbih, p. 86 - trad. p. 62/éd. Hadj-Sadok, pp. 4-5 (huit stations intermédiaires); Al-Ia° qubi pp. 344, 346 - trad. pp. 203-204, 206 (huit étapes / marahil); Qudama, p.224 - trad. p.l69 (huit stations);

Al-Muqaddasi, p. 245 - êd. Ch. Pellat, pp. 82-63 (six étapes); Al-Bakrt, pp. 6-8 - trad. pp. 19-24 (10 jours/

ayyam); Al-Idrisi, p. 122 - trad. p. 143 (onze jours);

ïaqut, s.v. Surt (dix étapes).

4. Voir supra, p. 209.

(19)

la côte et atteindre Gabës avant de prendre le chemin de l'intérieur vers Kairouan. Le trajet Tripoli - Kairouan se couvrait en dix ou onze jours: Tripoli - Gabès, six jours;

Gabès - Kairouan, quatre ou cinq jours^^^. De Gabès, une voie menait à Sfax, d'où l'on pouvait partir pour Mahdiyya

V _

et Tunis. De Sfax, on pouvait rejoindre Gafsa et le Garid, atteint aussi par les routes venant de Kairouan et Gabës . Une voie directe reliait Tunis au Garïd via Kairouan^^^.

De Tripoli, on mettait trois jours pour parvenir au gabal

- (3) - (4)

Nafusa' , cinq jours pour atteindre Sarus' . Du gabal Nafûsa, on pouvait se diriger vers le Nafzâwa et le GarTd(S), vers Gafsa^®^ puis Kairouan^^^. Il semblerait

1. Ibn Khurradadhbih, pp. 86-87 - tvad. p. 62 - éd. Hadj- Sadok, PP. 4-7; Al-ïa^qubl, pp. 546-647 - trad. p.208;

Qudama, pp.224-225 - trad. p.l70; Al-Müqaddasi, p. 246 - êd. Ch. Pellat, pp. 64-65 {cinq étapes seulement de Tripoli à Gabès); Al-Bakr%, pp.17-20 - trad. pp. 41-47 (Tripoli - Gabès, Gabès - Sfax, Sfax - Kairouan); Al- Idr^,s^, p. 121 - trad. pp. 141-142.

2. Voir notamment Al-Idr-i. s'i., pp. 1 06-11 8 - trad.pp . 124-138 . 3. Al-ïa^qubv, p. 346 - trad. pp. 207-208; Al-Bakrx, p.9 - trad. p. 25; Kitab al-Istibsar, p. 110; Al-Idr^s^, p.l22 - trad. p.l44, qui donne six jours sans préciser

1a destination, ce pourrait être Gadu ou Gharyan , ïâqût, s.vv. Nafusa et Tarabulus; Al-Himyarv, s.v.

Tarabulus.

4. Al-Bakri, réf. supra; ïaqut, s.v. Sarus.

5. Al-Idrïs~, p. 122 - trad. p. 144 (en six jours).

6. Al-Idrrsï, p. 105 - trad. p. 123; Al-Himyarï, s.v.

Nafusa.

7. Al-Bakrï, p.9 - trad. p.25; Kitab al-Istibsar, p. 144;

ïaqut, s.v. Nafusa; Al-Himyari, s.v. Tarabulus.

(20)

que la voie du Nafûsa vers Ouargla — que mentionne Al- Idrisi' ' — passait par le Gand' ‘. Une route quittait le gabal vers le sud et passait par les grands centres ibâdites, Nalût, Sinnâwin et Oarg pour parvenir â Ghadâmis;

f 31 - —

le trajet durait sept jours' . De Ghadamis, on pouvait atteindre Gabës en quatorze jours^^^ et Ouargla en vingt jours de traversée d‘un désert sans eau^®^.

Ouargla, un des noeuds de communication nord-africains les plus importants, était reliée au wâdî RΣh (Touggourt), au Zâb (Biskra) et à Constantine^®^ , au Mzâb (Ghardâyaà la Qal^'a des Banü Hammid^®^, à Tâhart par Al -Aghwât / Lagouat^®), â Tlemcen^^®^ et à Sigilmâsa via Al-Qulay^a /

1. Nuzhat al-Mustaq, p.lOS - trad.p,124 (en douze Jours);

Al-Bakri, p. 182 - trad. p. 340 (Garid - Ouargla).

2. T. Lewiaki, Etudes maghrébines I, p. 29.

3. As-Samma^t, cité par T, Lewiaki, op. ait., I, p. 30,.

II, p. 5$; Al-Bakrv, p. 182 - trad. p. 340; Kitâb al- Istibsar, p. 145.

4. Al-Muhallabi, in Abu ’l-Fida', Taqwim, pp. 142-143.

5. Kitab al-Istibsar, p. 224.

S. Le Zab exportait ses dattes au Sudan, cf. Al-Idrisu, p. 4 - trad. p. 5; Ibn Kha Idun, Berbères, III, p. 286;

Léon l'Africain, II,'p. 438. Voir aussi T. Lewiaki, Etudes maghrébines I (entièrement consacré à Ouargla), pp. 22-23, 27-28, II, .p. 89.

7. T. Lewiaki, op. cit., I, p. 14, II, p. 88.

8. Al-BakrZ, p. 182 - trad. p. 340, nomme la ville Qal°a^

— —

O

Abu Tawil, voir L. Calvin, E.I., s.v. Kal at Bam Hammad.

9. Abu Zakariyya’, Kitab as-Sura wa-Akhbar al-A'imma, cité par T. Lewiaki, op. ait., I, p. 13.

10. Al-BakrZ, p. 77 - trad. p. 156, où il est dit qu'une route reliait Tlemaen à El Golêa.

(21)

E1 Goléa^^^. De nombreuses routes reliaient ces villes entre elles et à la côte^^^.

De Tlemcen, une voie partait pour le Ma£hrib al- Aqsa, vers Fès, oû convergeaient les routes venant de Ceuta, Tanger et Salé. Par Tadila, une route reliait Fès à Aghmit, grand centre du Maroc du Sud qui commencera â décliner lorsque Marrakech sera fondée, D'Aqhmât, on pouvait atteindre la côte en prenant la direction de l'ouest ou en passant par Tarudant. La voie de l'est menait à Sigilmâsa^^^ oû aboutissaient aussi les voies venant d'El Goléa, de Tâhart^^^ et de Tlemcen; la voie de Fès était préférée à l'itinéraire direct Tlemcen - SigiImâsa ^.

Il existait, pour se rendre au SÛdin, une voie côtière qui parvenait aux salines d'Awlil, proches du fleuve Sénégal. Cette voie devait avoir peu d'importance puisqu'un seul auteur la cite et puisqu'il ne fait mention, à Awlil, que du seul commerce du sel^^^. Couvrir mille

1. T. Lewioki, op. ait., I, p. 17.

2. At-Bakr^, pp. 49-63 — trad. pp. 106-131; Al-Idr^s^, pp.82-120 - trad, pp.94-140; M. Forstner, Dos Wegenetz

..., cartes pp. 70, 79-80, 107.

3. Ibn Hawqal, pp. 91, 102 — trad. I, pp. 89, 101; Al- Bakrl, pp. 77, 109-116, 146-147, 152-156 — trad. pp.

156, 215-225, 280, 290-296; Al-Idrlsï, pp. 61, 63, 70, 73-82 - trad. pp. 70, 73, 80, 83-94.

4. Al-ïa^qubi, p. 359 - trad. pp. 224-225; Al-Muqaddasi, p. 247 - éd. Ch. Pellat, pp. 66-67.

5. Al-Idrisi, pp. 81-82 - trad. pp. 93-94.

6. Al-BakrZ, pp. 86, 175-176 - trad. pp. 175, 322-323.

(22)

sept cents kilomètres à seule fin d'acheminer le sel d'Awlîl dans les contrées voisines était d'autant plus impensable que l’on ne pouvait, en chemin, se procurer de l'eau douce qu'en creusant le sol d'une dureté telle qu'il émoussait les pics. Cet itinéraire ne devait donc être suivi qu'exceptionnel 1ement.

Outre le chemin côtier, la route transsaharienne la plus occidentale était celle qui partait de Sigilmâsa. Fondée en 757-58, gouvernée par une dynastie sufrite, cette grande métropole saharienne conserva d'excellentes relations avec Tihart l'ibâdite^^^. Défavorisée par la nature, Sigilmâsa, devenue une grande ville, devait sa richesse

- - (

2

)

au commerce avec le Sudan, commerce de l'or, surtout' . C'est Al-Ya^^gubi qui, le premier, décrit cette voie: elle passe, dit-il, par le territoire de la confédération de tribus berbères appelée Anbiya et parvient à Gh^ast / Awda£hust, oasis prospère où la pratique religieuse est

1. Voiv supra, p. 257.

2. Sur. Sigilmasa, voir Al-ïa^qubi-, pp. 359-3S0 - trad.

PP. 225-226, Al-Istakhrt, p. 39; Ibn Hawqal, pp. 61, 99-102 - trad. I, p. 58, 97-100; Al-Muqaddasï, pp.219, 231 - éd. Ch. Pellat, pp. 6-7, 28-29; Hudüd al-°Alam, p.l54, § 40; Al-Bakrl, pp.148-155, 171 - trad. pp.282- 289, 322; Al-Idrzsï, p. 61 - trad. pp.69-70; Az-Zuhrv, p. 184, § 333; Kitab al-Istibsar, pp. 201-202; Ibn Sa^^ïd, Bast al-Ard, p. 58; lâqut, s.v.; Al-Qazwvm, p. 19; Ibn Battuta, IV, pp. 376-379; Abu ’l-Fida', TaqwZm, pp.136-137; Al-Himyarv, s.v.; Léon l'Africain, II, pp. 424-426, 428-431. Voir aussi V. Monteil, Al- Bakri, routier ...., pp. 40-47, 81-90; J.M. Lessard, Sijilmassa, la ville et ses relations commerciales au XI^ siècle, pp. 5-36.

(23)

inconnue et dont les habitants se livrent à des incursions dans le pays des Noirs^^^. Al-Bakrî fournit quelques précisions sur cet itinéraire: il passait par Taraadalt^^^ et T.n.d.f.s / Tindouf plusieurs fois, on marchait trois ou quatre jours sans rencontrer un point d'eau; il fallait

V .

aussi craindre les attaques des Berbères Lamta et Gazula et des Noirs qui cherchaient à piller les caravanes.

D'après Al-Idnsï, un tronçon imposait quatorze jours sans eau^®^, ce qui laisse supposer qu'il existait une voie directe au départ de Tindouf, traversant l'erg. Une voie reliait Awlîl à Awdaghust^^^.

Ce furent les Sanhâga qui créèrent la puissance d'Awdaghust.

Ils étaient en relation avec lé seigneur de £hâna et contrôlaient la route du sel dans lé sens ouest-est et

1. Kitab al-Buldan, pp. 3S9-3S0 - trad, pp■ 226-227.

2. Identifiée par V. Monteil, op. ait., pp. 90-91.

3. Identification de R. Mauny, Tableau géographique, p. 428.

4. Kitab al-Masalik ..., pp. 1S6-1S8 - trad. pp. 296-299.

Voir commentaires sur cet itinéraire in V. Monteil, op. ait., pp. 90-92.

5. Nuzhat al-Mustaq, pp. 29, 31 - trad. pp. 35, 37. Abu

’l—Fida' ajoute — Taqwtm, pp. 136-137 — que l'eau dans ce désert est si rare que les voyageurs tiennent en compte l'eau qui se trouve dans le ventre des chameaux ; en cas de vent de sable, on égorge les bêtes et on boit cette eau. Seul le lamt / oryx résiste à ce climat.

6. Ibn Hawqal, p. 92 - trad. I, p. 91; Al-Idrïsï, p. 32 - trad. p. 39; Yaqut, s.v. Awlîl.

(24)

nord-sud et celle de l'or dans l'axe sud-nord^^^. Au X®

siècle, les gens d'Awdaghust, anciens adorateurs du soleil,

(2)

étaient devenus musulmans' la ville possédait des marchés et contrôlait de vastes régions /

, vingt

rois nègres reconnaissaient le seigneur d'Awdaghust pour leur souverain entre les années 961 et 971' Ml

A l'époque d'Al- Bakr I , les habitants y sont encore nombreux, il se trouve parmi eux des lecteurs du Coran. La foule se presse au marché, les achats s'y font avec de la poudre d'or. La population était scindée en deux groupes hostiles, des ibidites et des sunnites: Al-Bakr" note la présence de

- f 51

Nafusa et de Nafzawa' ' mais aussi d'Arabes, tous très riches; il n'était pas étonnant qu'un individu possède mille esclaves ou davantage. En 1054-55, les Almoravides s'emparèrent de la ville, violèrent les femmes, firent de tout leur butin, punissant ainsi la ville d'avoir reconnu l'autorité du souverain de Ghana^®^. , Au XII® siècle, Awdaghust ne sera plus qu'une petite ville où la population est peu nombreuse et le commerce peu considérable^^^.

/ Q \ Awdaghust, â laquelle on accédait après quarante-six^ ' ou

1. Ihn Hawqal, pp. 100-101 - tvad. I, pp. 98-99.

2. Al-Muhallabv, in Yaqut, s.v. Awdaghust.

3. Al-Muhallab^, in Al-Qalqasandi, V, p. 172.

4. Al-Bakm, p. 159 - trad. pp. 301-302.

5. Al-Bakrï, pp. 158-159 - trad. pp. 299-302, repris par le Kitâb al-Istibsar, pp. 215-216 et Al-Himyari, s.v.

Awdaqlms t.

6. Al-Bakrv, p. 168 - trad. p. 317.

7. Al-Idrvsi, p. 32 - trad. p. 38.

8. Al-Muhallabî-, in Yaqüt, s.v. Awdaghust et in Al-Qalqa- sandt, V, p. 172.

(25)

M 1 « -

soixante jours' ' de marche au départ de Sigilmasa, ne constituait pas le terme du voyage; on se dirigeait alors vers Ghana / Kumbi Salih^^^, éloignée de dix^^^ â quinze jours' ‘. TT)

Cet Etat berbère de G^âna, vers lequel convergeaient les routes d'Egypte et de Libye aussi bien que du Sahara central et occidental, aurait été fondé, d'après la tradi­

tion locale, avant l'hégire puisque vingt-deux princes y auraient régné avant cette époque^^^. Ce royaume, d'après nos géographes, englobait le sud de la Mauritanie et la région comprise entre le Haut-Sénégal et la boucle du Niger. Il apparaît pour la première fois dans les écrits arabes dans la seconde moitié du VIII® siècle chez Al- Fazarî qui le nomme "pays de l'or"; il avait une étendue immense, seuls deux Etats sudânais échappaient à son autorité^®^. Au IX® siècle, il lui faut compter avec le royaume de Kanim et celui de Kawkaw mais Gjiana continue à dominer les régions aurifères^^^ devenues terres mythiques

1. Ibn Hawqal, p. 92 - trad. I, p. 90, repris par ïaqut, s.v. Awdaqhust; Al-Bakrt, réf. supra. Prendre l'itiné­

raire direct Tindouf-Awdaqhust raccourcit le trajet SiqiImasa-Audaqhust de ZOO km au moins (t 2 000 km).

2. Sur cette identification, voir R. Mauny, Tableau géographique, pp. 72-74.

3. Ibn Hawqal, ibid.

4. Al-Bakrï, réf. supra. Al-Idrvsï — p.32 - trad. p.38 — donne 12 jours.

5. As-Sa^dv, Ta'rvl^ as-Sudan, p. 9 - trad. p. 18.

6. Cf. J.M. Cuocq, Recueil ..., pp. 42-43; Levtzion and Hopkins, Corpus ..., p. 32.

Al-Ïa‘^qubï, Ta'rv^, I, pp. 193-194.

7

.

(26)

pour les Orientaux et les Africains du Nord puisque "l'or y pousse dans le sable comme des carottes"^^^. Les ibidites nord-africains étaient en relations avec le prince de Gjiina, on a connaissance d'une ambassade envoyée à Ghana par l'imam de Tâhart, Aflah ibn al-Wahhâb (823-24 / 871-72)^^^. Le souverain de Gh^âna, "le plus fortuné qui soit sur la surface de la terre", ménagé par les chefs proches et lointains, se devait pourtant d'entretenir des rapports cordiaux avec le prince d'Awdaghust car c'était de là qu'était importé le sel' , denrée à ce point vitale (31 qu'elle était échangée au poids de l'or^^^. Le roi de Ghana qui mourut en 455 H/ 1063 était renommé pour sa

— justice et pour l'amitié qu'il témoignait aux musulmans' ( 5 1 Ghana, à l'époque d'Al-Bakrî, se composait de deux villes, l'une païenne, où habitait le souverain, 1'autre musulmane, où l'on ne comptait pas moins de douze mosquées^®^. En 469 H/ 1076-77, les Almoravides s'emparèrent de GJiina et les habitants devinrent de bons musulmans, il y eut chez eux des ^ulami', des fuqahâ', des lecteurs du Coran, quelques-uns firent même le pèlerinage de La Mekke^^^.

La conquête almoravide survint quelques années après l'islamisation de deux autres régions du Sûdân occidental.

1. Al-Hamadham, p. 87 - éd. Hadj-Sadok, pp. 50-51.

2. Ibn as-Saghïr, cité pav T. Lewioki, L'Etat nond-afri- cain de Tahert p. 526.

3. Ibn Hauqal, p. 101 - trad. I, p. 99.

4. Hudud al-°Âlam, p. 165, § 60.

5. Al-Bakrt, p. 174 - trad. p. 327.

6. idem, pp. 175-176 - trad. pp. 328-331.

7. Az-Zuhrï, p.l82, § 336. Abu Hâmid, p.42 - trad. p.245, confirme que' les Noirs de Ghana font le pèlerinage.

(27)

Le Takrûr s'était converti avant 432 H/ 1040-41^^^, le roi

2. Al-Bakrv, p. 172 - tvad. p. 324. Takvur est, d'après V.

Monteil — Al-Bakvi, routier ... pp. 107-108 — une

"dénomination ambulante”. Au i'I® siècle, il s’applique à une ville du Bas-Sénégal. Pour Al-Idrvsv — p. 3 - trad. p. 3 — c'est une ville située au sud du Nil (Niger ou Sénégal) à 40 jours de Sigilmasa. Ville importante, en tout cas, visitée par Alv al-Ganham, informateur d'Al-Qazwvm, cf. Athar al-Bilad, pp. 2S-27.

Cf. aussi Ibn Sa°td, Bast al-Ard, pp. 24-25, qui en fait un pays et y distingue sédentaires et nomades ; Abu 'l-Fida', Taqwim, pp.l29, 153, 160-161; ïaqut,s.v.

Takrur. Au XIV^ siècle, les auteurs arabes placeront le Takrur à l'est de Gao, cf. Ibn Khaldun, Al-'^Ibar, V, p. 931; Berbères, II, pp. 412-413; Al-Qalqasandi, V, p. 286. M. Delafosse, Haut-Sénégal — Niger, II , p. 50, situe, le Takrur d'Al-Bakrt et d'Al-Idrtst sur le Sénégal, à l'ouest de Bakel. Voir aussi W.D. Cooley, The Negroland of the Arabs, pp. 97-103; J.M. Cuocq, Recueil .... n. 6, pp. 90-91. .

Les habitants de Takrur importent du Maghrib de la laine et du cuivre, y exportent de l'or et des esclaves qu'ils prennent parmi les Lamlam, le Sénégal et le Niger formant la frontière du domaine des peuples anthropophages ; Takrur est à 40 jours de Sigilmasa par Azuqqi — ruines à 10 km d’Atar, voir V. Monteil, op.

oit., p.l03 — , of. Al-Idrisv, pp.3-4 - trad. pp. 3-4.

C'est vraisemblablement de Takrur également que l'on exportait vers Sigilmasa de l'ivoire, de l'ébène, des peaux de ohèvre et des boucliers lamtiyya, cf. Az- Zuhrz, pp. 189-190, § 314.

De la ville de Silla — proche de Bakel, voir M.

Delafosse, ibid — on allait à Ghana en 20 jours, cf.

Al-IdrZsZ, ibid; Kitab al-Istibaar, p. 217.

(28)

de Mali avait fait de même, convaincu par les exhortations d'un pieux musulman^^^. Cette conversion fut l'oeuvre des missionnaires ibâdites qui accompagnaient leurs coreli­

gionnaires marchands du gabal Nafûsa et de Tâhart par Sigilmasa; la première forme de l'Islam que connut le Sûdân fut manifestement 1 ' i bâd i sme ^ ^ ^ . Gjiâna, ville d'une richesse telle que le roi possédait un bloc d'or de trente livres auquel il attachait son cheval^^\ ne représentait pourtant qu'un point d'accès aux gisements aurifères du Galam, du Bambouk et du Bouré' Les mines les plus renommées étaient situées à Ghiyirû, c'est lâ que l'on trouvait le meilleur or de £hana, les morceaux d'or appartenaient au souverain qui abandonnait au public la poudre; une route de dix-huit jours reliait Ghiyârû à la capitale' ' . Les gens de Ghiyaru faisaient des incursions

1. Al-Bakv^, p. 179 - trad. pp. 333-334.

2. T. Lewiaki, Extraits inédits, pp. 21, 26; J. Sahaaht, Sur la diffusion des formes d 'arahiteature, pp. 21-22.

3. Al-Idrisv, p. ? - trad. p. 8; Ibn Sa^id, Bast al-Ard, p. 2S; Al-Himyari, s.v. Ghana. C'est peut-être à ce bloc d'or ^qu'Ibn KhaIdun fait allusion lorsqu'il

V_

raconte que le sultan Gata, mort de la maladie du sommeil en 775 H / 1373-74, dépensa tellement en débauches qu'il le vendit à vil prix à des marchands égyptiens, af. Berbères, II, p. 115.

4. Sur ces gisements, voir R. Mauny, Tableau géographique, pp. 293-299.

5. Al-Bakrt, pp. 176-177 - trad. pp. 331-332. D'après Al- Idrvst — p. 9 - trad. p.ll — la distance se couvrait en 11 Jours, d'après le Kitab al-Istibsar — p. 221 — en 20 Jours.

(29)

dans le pays des Lamlam, distant de treize journées, pour y faire des captifs qu'ils vendaient aux habitants de Ghina^^^. G^âna pouvait ainsi fournir, à partir de la même source, les marchands nord-africains et égyptiens en ces deux produits si recherchés, l'or et les esclaves. Des voies partaient de Gjiina vers l'est, notamment vers Kawkaw

- (

2 1

par Ra's al-Ma' et Tiraqqa' , agglomération située non loin de Tinbuktû^^^. TÏraqqâ, outre son rôle d'escale sur la route de l'or et des esclaves, possédait un marché important, de nombreux commerçants s'y rendaient de Ghana et de Tâdiraakka. Le voyage de Ghana â Tâdimakka durait cinquante jours, Tadimakka accueillait aussi les marchands libyens ibidites de £hadâmis^®^. Il semble qu'on ait pu suivre une voie directe de Ouargla à Gh^âna puisqu'Al- Idrisi lui assigne une durée de trente jours^®^, évaluation inférieure à la réalité puisque deux mille cent kilomètres à vol d'oiseau séparent ces deux points. Si cette route existait réellement, elle devait passer par El Goléa, dernière étape "nord-africaine" importante et par les oasis du Tuwat mais il se pourrait qu'Al-Idrisi parle ici

1. Al-Idr’^a^, ibid.

2. Ibn Hawqal, p. 92 - trad, I, p. 90; Al-Bakri, p. 180 - trad. p. 337. D'après Al-Idrrs-u, p. 12 - trad. p. 14, la distance Ghana - Kawkaw était couverte en un mois et demi; Az-Zuhrt, p. 170, ne compte que 30 jours.

3. T. Lewicki, Etudes maghrébines ...» I, p. 48.

4. Al-Bakrï, rêf. supra.

5. idem, pp. 181-182 - trad. pp. 338-340; Al-Uimyari., s.v.

Tadimakka. Voir aussi J.O. Hunwiak et al., La Géo­

graphie du Soudan ..., p. 405.

6. Nuzhat al-Mustaq, p. 121 - trad. p. 141.

(30)

de la route Kairouan - Ouargla - Tadimakka - Ghana mentionnée pa r Al-BakrT ^ ^ ^.

Il est vraisemblable qu'au sud du Sahara, les Almoravides, qui avaient imposé la foi musulmane aux Soninké, se montrèrent aussi piètres administrateurs qu'ils le furent en Espagne.. A la fin du XII® siècle , l'autorité de GJiana ne s'étendait déjà plus au delà de son proche voisinage. Au début du XIII® siècle, le royaume se disloqua en plusieurs Etats indépendants^^^. Dans la première moitié du siècle, Sun Diata / Mari Diata ' '

(3)

(1230-1255), souverain de Malï, royaume mandingue du Haut-

- - 14 1

Niger — ou Wall (1255-1270), son fils et successeur' ' — soumit le Ghana. A la fin du XIII® siècle, la domination mandingue s'étendait jusqu'à Tinbuktû et Kawkaw / Gao, puis, dans la première moitié du XIV siècle, jusqu' à P Tisit, Walâta, Arawin, Tadimakka et même (?) Takaddi^^^

et Agadez^^^. Bien que G_hâna ait encore été une ville

1. Kitab al-Maaalik, p. 182 - trad. p. 340.

2. Voir’ Ch. Monteil, Les Empires du Mali, pp. 83 sequ.

3. Sur l'explication de ces noms, voir Ch. Monteil, op.

oit. PP. 67-68.

4. Ch. Monteil, op. oit., pp. 74-75.

5. H. Lhote refuse cette extension vers l'est, idée due à une confusion des auteurs entre Takadda et Tadimakka, of. infra, p. 723, n. 2.

6. M. Delafosse, Haut-Sénégal — Niger, II, pp. 173-191.

Nous avons indiqué sur notre carte 5 l'emplacement de la capitale de Malv (Melli, Mellê, Mandi, Manding - pays des Mandenga, Mandingues, Malinké1 accepté par ce spécialiste. Cette capitale se serait appelée Nyani ou Nani, cf. pp. 181-182. Voir aussi W.D. Cooley, The Negroland of the Arabs, pp. 61-90.

(31)

importante au XIII® siècle puisque Yaqut note que, sans elle, on ne pourrait pénétrer au pays de l'or^^^, les points d'aboutissement au Sudan des caravanes trans­

sahariennes, vu l'extension à l'est de l'empire mandingue, devinrent Walâta, Tinbuktû et Gao(2).

La voie directe de Sigilmasa, à laquelle Al-Bakri fait à peine allusion^^^, par la mine de sel de Tât.ntâl / Tagjiâza — à vingt jours du point de départ — vers Ghana se déplaça, par Walata, vers l'est, Mali et Tinbuktu.

C'est l'itinéraire que suivit Ibn Battûta lorsqu'il visita Mali^^^. Ayant acheté des chameaux â Sigilmasa et s'étant, pendant quatre mois, préparé au voyage, il se mit en route en février 1352 avec une caravane de nombreux marchands de Sigilmasa et d'autres pays. La caravane mit vingt-cinq jours pour parvenir à Ta£hâza, bourg dont les maisons et la mosquée étaient bâties avec des pierres de sel et dont les toits étaient faits en peaux de chameaux. Le sel y était extrait par les esclaves des Massûfa. Les Noirs venaient chercher le sel â Ta£hiza et le revendaient â Walâta et Mali; de Walâta â Mâlî seulement, le bénéfice pouvait atteindre 400%. Ibn Battuta passa â Ta£hâza dix jours pénibles, harcelé par les mouches et gêné par l'eau saumâtre. C'est pourtant cette eau qu'il fallait emporter car, pendant les dix jours suivants, on ne trouvait pas de puits. Les voyageurs qui s'écartaient de la caravane s'égaraient et périssaient immanquablement. A Tasarahla /

1. Mu^gam al-Buldan, s.v. Ghana.

2. On remanquera qu’au XIV^ siècle^ Ibn Battuta passa par Walata mats ne dit mot de Ghana.

3. Kitâb al-Masal-ik p. 171 - trad. p. 322.

Rihla, IV, PP. 377-399.

4.

(32)

Al-Ksayb^^^, seul point d'eau entre Taghâza et Walâta, la caravane se reposa pendant trois jours, fit le plein d'eau

__(2)

et envoya un

takstf' ' / messager â Walata. On appelait takstf

le Hassufî que la caravane payait pour la précéder à Walata et y prier ses correspondants de venir à sa rencontre à quatre jours de marche de la ville avec l'eau salvatrice. Si le messager périssait, la caravane succombait. Le trajet Ta£liâza - Walâta fut couvert en vingt-six jours. On comprend, au vu de tels risques, que d'autres itinéraires, les libyens en particulier, étaient préférés â ces épreuves mais il est surprenant que, malgré le manque d'eau, la caravane ait compris un certain nombre de chevaux' . Il faut noter que c'est la proximité de 13) G]iâna qui avait imposé cet itinéraire mais que, étant donné son éloignement du Niger, qui offrait de belles possibilités de transport, Walâta entra en décadence et que Tinbuktû, en plein essor, reçut les caravanes venant de Sigilmasa et Ta£]iâza par Taoudeni et Arawan, voie beaucoup plus aisée puisqu'elle comptait de nombreux points d'eau. C'est la route que suivit Léon l'Africain au XVI® siècle.

Au nord, l'itinéraire Sigilmasa - Ta£hiza était menacé par les Arabes Sulayman, qui sont des Ahlaf de la tribu

c f 4 ) ” *

Ma qil' '. Ceux-ci parcouraient le Tafilalet et intercep­

taient parfois les caravanes venant du Sûdân â destination

1. Identification de R. Mauny, Tableau gêogva^hique , p. 432.

2. Le verbe kassafa signifie "découvrir"

3. Cf. supra, pp. 162-163.

4. Cf. ’^U.R. Kahhala, Mu°gam Qaba'il al-‘^Arab, s.v.

Ahlaf.

(33)

de SigiImasa^^^. Le tronçon septentrional se déplaça donc aussi vers l'est et passa, du sud au nord, de Taghiza vers le Tuwât mais les attaques des Arabes firent que l'on délaissa cette route' . Du Tuwat, des voies menaient à Si gi1masa^^^ , â El Goléa - Ouargla^^^ et à Ghadâmis^^^. Du Tuwât, on partait vers le sud vers Tâdimakka et Kawkaw / Gao^®^. Au départ de Ouargla - El Goléa, on pouvait aussi atteindre le Sudân par In Salah en passant par les monts Immidir et Abalessa à destination de Tassalit puis Tadimakka^^^ , ou, en soixante-dix jours, se rendre à Takaddâ, dont le sultan, un Berbère mu 1 a_^^am, entretenait d'excellentes relations avec les émirs du Zab et de Ouargla^®^; dans ce cas, il fallait, par une route

1. Ibn JŒaldun, Berbères, I, p.l29. Dans un autre passage (I, p. 117) Ibn Khaldun note que les Ma°qil en général avaient une conduite paisible.

2. idem, III, p. 298.

3. Ibn Battuta, IV, p. 447; Ibn KhaIdun, Berbères, III, p. 298.

4. ■ Ibn Khaldun, Berbères, I, pp. 240-241.

5. Ce fut l'itinéraire suivi par le roi de Malt, le mansa Musa (1307-1332), lorsqu'il fit le pèlerinage de La Mekke, of. Mahmud Ka°ti, Ta'rvT^ al-Fattas, p. 34 - trad. p. 13. Voir aussi H. Lhote, Contribution à l'étude des Touaregs soudanais, 2, p. 393.

8. Ibn Khaldun, Berbères, I, p. 241.

7. Az-Zuhrv, p. 182, § 338. Voir T. Lewiaki, Etudes maghré­

bines .... I, pp. 35-36; R. Mauny, Tableau géographique, p. 433.

8. Ibn Khaldun, Berbères, II, p. 116.

(34)

dangereuse, traverser la contrée des Hakkar / Huggâr

— “où il y a peu de plantes et beaucoup de pierres" — â qui on devait payer tribut; après quarante jours, on rejoignait la voie qui reliait Ghât à Takaddâ^^^.

D'innombrables voies sahéliennes et sudanaises, on s'en doute, parcouraient l'Afrique d'ouest en est. Les géographes arabes sont malheureusement peu prodigues de renseignements â leur sujet. Nous avons vu que des salines d'Awlîl, on parvenait â Takrür puis à Ghana, pourvoyeur de l'or de G]iiyaru et des esclaves pris chez les Lamlam. De G^âna, on se dirigeait au sud, vers Mali, autre capitale de l'or ou, â l'est, vers le Niger et Kawkaw / Gao, puis Tadimakka ou Takadda. Toutes ces villes étaient visitées régulièrement par les marchands du gabal Nafüsa et du Sahara libyen.

Nous avons dit le mirage que représentait GJiâna aux yeux des Nord-Africa i ns , des Egyptiens, des Orientaux ...

et de nos auteurs. L'entrée de Mali dans 1'historiographie

1. Ibn Battuta, IV, pp. 444-447, qui a suivi cet itinéraire du sud au nord vers le Tuwat puis Fès, ne précise pas l'endroit où se séparent le chemin de Chat, qui conduit en Egypte, et celui du Tuwat. D'après R. Mauny, op.

ait., p. 433, et J.M. Cuocq, Recueil ..., p. 321, n.3, il s'agirait d'In Azawa. D'après R. Mauny - ibid. - il devait exister une voie Tadimakka - Fazzan - Egypte par l'Ahaggar, c'est d'elle que parlait sûrement Ibn Khaldun — Berbères, III, pp.287-288 — à propos d'une caravane de 12 000 chameaux allant d’Egypte à Malt,

l'historien confondant Takadda et Tadimakka.

(35)

arabe fut moins fracassante mais la réalité malienne dépassa finalement l'imaginable. Al-Bakrî^^^ cite seulement un royaume nommé Mallal dont le roi, appelé Al-Muslimam, nous l'avons dit, se convertit sous l'influence d'un hôte musulman, sûrement ibâdite^^^. Au XII® siècle, Al-Idrîsî parle de Mallal comme d'une petite ville dépendant du pays de Lamlam^^^. Nous ne saurons rien de plus sur Mali avant le XIV siècle, moment de son apogée. A cette époque, le royaume de Mali englobait Takrûr, Gjiâna, la boucle du Niger, Kawkaw et le Bambouk, "le pays de l'or natif"

dont les habitants, païens sauvages, apportaient l'or au souverain chaque année: au nord, le roi de Mâlî était obéi des tribus de Berbères blancs' . La domination du mansa f 41 Mûsâ s'étendit même jusqu'à Ouargla et le royaume acquit une telle importance que c'est dans ce pays du Südân que les marchands maghrébins et ifnqiyens allèrent faire du commerce^^^. La richesse du mansâ Mûsâ était telle que lorsqu'il partit en pèlerinage en 724 H/ 1324, il emporta quatre-vingts^®^ ou cent^^^ charges de poudre d'or pesant

1. Kitab al-Masalik, p. 178 - trad. pp. 333-334.

2. D'apvès M. Delafosse (Haut-Sénégal—Niger, II, p.l74), ce souverain serait celui qu'Ibn Khaldun (Berbères, II, pp. 110-111) appelle Baramandana; ce nom, si l'on songe à la confusion b/w, pourrait signifier "chef du Mandé", wara étant un titre de souveraineté chez certaines populations du Sénégal.

3. Nuzhat al-Mus taq, pp. 4,6- trad. pp. 4, S-?.

4. Al-^Umari, pp. 52-60.

5. Ibn KhaIdun, Berbères, II, pp. 110-112.

6. idem, II, p. 113.

7. Al-^Umarl, p. 75.

(36)

chacune trois qintâr^^^; au Caire, il ne laissa personne qui ne reçut de lui une somme en or, et les gens du Caire répandirent si bien le métal précieux dans la ville qu'ils en avilirent le cours au point que, douze ans plus tard, celui-ci était encore de 12% inférieur â ce qu'il avait

-

-121

été avant le passage de Musa' . Très conscients de leur puissance^^^ et de leurs richesses, les souverains de MilT veillaient cependant à entretenir d'excellentes relations avec l'Egypte et avec leurs voisins, proches ou lointains, notamment les chefs du Zâb et de Ouargla et le sultan mannide de Fès qui reçut de Mali une ambassade et des

1. Un qintar - 100 vatl, un ratl = 200 à 600 grammes, parfois même 2 kg, af. J. Burton-Page, E.I., s.y.

Makayil. Si l'on considère les charges de chameaux, on peut compter que mansa Musa voyageait avec plus de 10 tonnes d'or.

2. Al-°Umar^, pp. 76-79.

On remarquera incidemment avec Henri Lhote - Contri­

bution à l'étude ..., 2, p. 393 — que lorsqu'il fit le pèlerinage. Musa passa, comme on l'a dit, par le Tuwat et Ghadamis, évitant l'Ahaggar. Les Hakkar / Huggar ne comptaient donc pas au nombre des tribus de Berbères blancs soumis à Malt. Au lieu d'une domination jusqu'à Ouargla, il faudrait alors penser à une simple influence due aux relations commerciales.

3. Ex. le protocole à la cour de Malt — cf. Al-^Umart, pp. 64-68; Ibn Battuta, IV, pp. 403-413 — et le refus initial du mansa Musa de baiser la terre devant le sultan du Caire, il ne s'exécuta qu'en prétendant s'imaginer qu'il se prosternait devant Dieu, cf. Al-

^Umart, p. 76.

(37)

cadeaux^^^. Leur immense fortune en or^^^ et en esclaves attirait les marchands, certes, mais il fallait maintenir ce commerce car Mali avait grand besoin du sel de ses voisins sudinais^^^ et de produits manufacturés ou non venant du nord et de l’ouest: cuivre, plomb, verre , laine, tissus, tapis, épices, chevaux et armes^^^. Ibn Battûta remarque qu’au royaume de Mâlî, dans un bourg nommé Za£harï, entre Walita et le Niger, il y a deux

O

1. Al- Umari, pp.73-80; Ibn KhaIdun, Berbères, II, p.ll4;

Ibn Battuta, IV, p. 409, qui se plaint par ailleurs

— pp. 400-402 n'ayant reçu qu'un modeste cadeau , de l'avarice du mansa Sulayman, frère et deuxième successeur du mansa Musa,

2, Voir carte des régions aurifères de Malv in R. Mauny, Tableau géographique, p. 121.

Z. Kitab al-Istibsar, pp. 217-218, 222.

4. Al-Qazwt-m, pp, 18-13; Ibn Battuta, IV, p, 404 et note V. Monteil, p, 486 (le roi porte une étoffe brochée à dessins d'animaux, fabriquée à Alexandrie), pp. 384, 425 (les chevaux coûtent cher à Malv); Ca da Mosto, cité par R. Mauny, Tableau géographique, p. 285; Léon l'Africain, II, p. 468 (les bons chevaux de la région de Tinbuktü viennent de Berbérie), p. 471 (un cheval à Gago / Gao vaut cinq fois plus cher qu 'en Europe, un mauvais sabre coûte douze fois plus cher), pp. 480-481 (au Bornu — nous nous éloignons de Malv mais nous supposons que les pratiques étaient identiques — un cheval vaut quinze à vingt esclaves ; malgré ses nom­

breuses expéditions, il arrive que le roi ne puisse réunir assez d'esclaves pour payer les marchands). Les premières armes à feu apparurent au Maghrib dans la première moitié du XIV^ siècle, il s'agissait d'engins de siège, cf. G.S. Colin, E.I., s.v. Barud, p. 1083a.

(38)

communautés blanches, l'une ibâdite, l'autre sunnite^^^.

Ainsi donc, le commerce transsaharien, qui avait été lancé par les ibâdites, était encore en partie entre leurs mains au XIV® siècle, les plus actifs d'entre eux à cette époque semblent être les habitants du Mzab, du GarTd, de Ghadâmis et du gabal Nafüsa .

Au XV® siècle, l'empire de Milï entre en décadence mais Léon l'Africain en donne encore, au XVI® siècle, une belle description: le roi possède un trésor en monnaie et lingots d'or; les habitants sont riches en raison de leur commerce, ils sont civilisés, on trouve chez eux des professeurs, des juges et des docteurs, appointés par le roi; "Tombutto" est fréquentée par les marchands de Berbérie, c'est de la vente de livres que l'on retire les plus grands bénéfices^^^. Léon ne fournit malheureusement aucune indication sur les livres vendus à Tinbuktu à son époque. Il doit s'agir, entre autres, d'ouvrages historiques et juridiques. La tradition en était solidement établie au Sudân. Mahmüd Ka®ti, né en 1468, rédigea le

Ta 'vlkh al-Fattâs,

recueil de documents sur l'origine et l'histoire des villes sudanaises' Au XVI siècle, Ahmad Baba composa des traités de droit et un dictionnaire

1. Rihla, IV, pp. 394-395.

2. Cette remarque d'Ibn Battuta n'a pas échappé à J.

Sahacht, Sur la diffusion des formes d'architecture p. 25.

3. Description de l'Afrique, II, pp. 466-469, où il est dit aussi que le roi est l'ennemi déclaré des juifs et qu'il confisque les biens des marchands de Berbérie qui les fréquentent.

M. Ka°ti, p. XVII.

4

.

(39)

biographique des fuqaha' malikites^^^. La tradition se poursuivit au XVII® siècle avec le grand ouvrage d'As- Sa^dT,

Ta'vï]^ aa-südân,

qui se fonde, notamment, sur Ahmad Baba, sur une histoire de Marrakech, sur un ouvrage intitulé

Al-Khabav

, qui ne nous est pas parvenu, et sur d'autres textes dont nous ignorons tout' .

Un des points d'aboutissement au Südân des voies caravanières venant des régions Jçhâr igi tes du nord — Fazzân et gabal Nafusa, Tunisie du Sud, Ma£]irib central, Sigil- mâsa — se situait dans l'Adrar des Ifoghas, â Tâdimakka /

-(31

As-Suq' La première mention, sans aucun détail, de la région de Tâdimakka date du X® siècle seulement; elle est considérée comme un pays autonome, les princes sont des Banû Tinmâk^^^. D'après Tadeusz Lewicki^^^, il faudrait peut-être attribuer à Al-Muhallabï une notice de Yâqüt où il est dit que Zakram est une ville située au sud de

1. E. Lêvi-Provençal, E.I., s.v. Ahmad Baba.

2. As-Sa°d1, pp. II-III, XIII.

Cet auteur et d'autres historiens inconnus de nous furent utilisés au XVIII siècle par l’auteur anonyme g

du Tadhktrat an-!Hsyan, biographie des souverains de Tinbuktu, cf. Tadf^ktrat ..., pp. IV-V.

3. Si l'on excepte les réserves d'Henri Lhote (réf. in R. Mauny, Tableau géographique, p. 117), cette identi­

fication est unanimement reconnue, cf. V. Monteil, Al-Bakrï, routier ..., p. 115; R. Mauny, réf. supra;

T. Lewicki, Les Origines et l'islamisation de la ville de Tâdimakka ..., p. 439, etc.

4. Ibn Hawqal, pp. 84, 105 - trad. I, pp. 80, 103.

5. Etudes maghrébines ...., I, p. 38; Les Origines et l'islamisation ..., pp. 441-442.

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