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Submitted on 1 Jan 1925
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Sur les spectres du lithium ionisé
Y. Sugiura
To cite this version:
Y. Sugiura. Sur les spectres du lithium ionisé. J. Phys. Radium, 1925, 6 (10), pp.323-333.
�10.1051/jphysrad:01925006010032300�. �jpa-00205222�
SUR LES SPECTRES DU LITHIUM IONISÉ
par M. Y. SUGIURA
Sommaire. 2014 Le spectre d’étincelle du lithium a été obtenu au moyen d’un tube à décharge, pourvu d’une cathode perforée, dont les parois internes sont recouvertes de chlorure de lithium. Le même dispositif a permis d’observer l’effet Stark sur certaines raies d’arc du lithium et les spectres d’étincelle du chlore.
Les nombres d’ondes des raies du lithium ionisé ont été déterminés et comparés à ceux des raies correspondantes de l’hélium. L’auteur a classé en séries les raies d’étincelle du lithium, en considérant les défauts quantiques correspondant à chaque terme de séries;
il a comparé, en outre, les défauts quantiques des termes spectraux du lithium ionisé avec ceux de l’hélium.
D’autre part, les valeurs des termes ont été calculées, celle du terme 1S a été extra-
polée ; elle correspond à 67,5 volts. La place des raies d’étincelle 03BB. 3 485 Å et 03BB 2 934 Å dans la classification proposée a été discutée. Les potentiels critiques déduits des mesures
spectroscopiques effectuées ont été rapprochés des potentiels observés par 3Iohlei,, et aussi des valeurs théoriques calculées à partir des modèles atomiques de Bohr et Kramers.
L’accord entre les différentes valeurs du terme 1S est assez satisfaisant. Les valeurs des potentiels d’ionisation des gaz rares et des métaux alcalins ionisés ont été comparées.
Enfin, les défauts quantiques du lithium ionisé ont été calculés théoriquement, et com- parés avec les valeurs spectroscopiques.
1. Introduction. - Les spectres du lithium ionisé ont déjà été observées, dans des
conditions variées, par H. Schûler (’), Max Morand (? j et S. Werner (1). H. Schfiler a utilisé la cathode de Paschen modifiée; Max Morand, les rayons positifs, et S. Werner, l’excita-
tion par choc électronique. Les résultats obtenus sont loin d’être parfaitement cohérents,
tant au point de vue de l’existence de certaines raies que des classifications proposées. Au
moyen d’un dispositif que je vais sommairement décrire, j’ai pu photographier presque toutes les vraies observées antérieurement. J’ai essayé, en outre, d’interpréter les résultats obtenus, en m’appuyant sur la théorie du mécanisme de l’émission.
2. Dispositif expérimental. - Dans lc tube de Geissler utilisé (fig. 1), la cathode
C est un tube de platine, de l
B’
5 mm de diamètre et due 2 cm
de longueur, dont l les parois
internes sont recmlvertes de chlorure de lithium. Le vide est obtenu au moyen d’un
système de deux pompes à con- densation reliées à une trompe
à eau servant de pompe prépa-
ratoire. Dans quelques expé- riences, une trappe entourée
d’air liquide a été intercalée sur
la canalisation afin d’obtenir
un meilleur vide.
La décharge est excitée
au moyen d’une bobine d’in- j,j j
’
duction B, sous ~0 000 à
’
80 000 volts. Le circuit comprend en outre, un condensateur K (capacité : 0,00~ yF) disposé en parallèle et un éclateur E placé en série. L’introduction du condensateur modifie profondément l’aspect du spectre observé. L’éclateur, constitué par une pointe et une
(1) H. ScauLER, ,Vaiurwissenscfia/ten, t. 12 (192), p. 579 ; Ann. der Phys., t. 76 (192), p. 293.
(2) MAX MORAND, (’. R., t. 178 (192i), p. 1528, i70i et 1897.
’
(3) S. Natm°e, t. ~’15 (1925), p. 191.
,Article published online by EDP Sciences and available at http://dx.doi.org/10.1051/jphysrad:01925006010032300
plaque, permet de régler la densité du courant; on obtient en même temps un courant partiellement redressé.
L’image de la cathode perforée est projetée à travers la fenêtre F de quartz sur la
fente d’un spectrographe. L’appareil employé est constitué par deux prismes de 60° en . quartz, l’un droit et l’autre gauche, associés à deux lentilles ayant une distance focale voisine de 1 mètre. Les spectres sont photographiés pendant le fonctionnement des pompes ; la durée de pose est de l’ordre de l’heure.
3. Résultats.
--La décharge se présente sous trois aspects différents, suivant la qualité du vide à l’intérieur du tube cathodique. Le premier régime est caractérisé par une
luminosité rouge, suivant l’axe de la cathode, entourée par un anneau sombre. Dans le second régime, on obseIBye une région centrale sombre entourée par une luminosité rouge. Enfin, dans le troisième cas, l’intérieur de la cathode est entièrement lumineux.
Ces trois régimes peuvent être obtenus en faisant varier soit la densité du courant
au moyen de l’éclateur, soit la tension appliquée.
Lorsque le premier régime est réalisé, la pression résiduelle est notable; les raies de
l’hydrogène sont intenses : on observe l’effet Stark sur les raies d’arc du lithium AÎ, 4603 Á et 4i32 1, comme l’indique le tableau I.
TABLBAU 1.
Les raies du lithium ionisé sont alors visibles, mais elles sont moins intenses que dans les deux autres cas. Avec le second et le troisième régime, on obtient en effet les raies du lithium et du chlore ionisés, ainsi que les doublets caractéristiques ’de Mg II, Ca II et SrII.
Les raies observées sont indiquées dans les tableaux II, III et IV, qui renferment en
TABLEAU II.
outre l’estimation des intensités, l’origine des raiès et leur classification proposée, confor-
mément à la notation de Paschen. Dans le tableau III., relatif aux raies du chlore, les
résultats sont comparés avec ceux d’un travail récent, et non encore complètement publié.
de L. et E. Bloch (’). Le tableau IV permet la comparaison avec les résultats obtenus par
Werner, Schüler et Morand. Certaines raies, observées seulement par ce dernier expéri- mentateur, sont vraisemblablement des raies d’impuretés appartenant, par exemple, au
(1) L. et E. BLOCH, C. R., t. 180 (~9~5), p. 1140.
’
chlore ou à l’oxygène. La précision des mesures de Schüler et de Morand n’était pas suffi- sante pour leur permettre de déterminer exactement la classification en séries, tandis que
dans le présent travail, les longueurs d’onde ont été mesurées à 0,5 À près environ.
’
TABLEAU III.
-Cl IL Ci 111.
TABLEAU IV.
-Lithium.
’
4. Classification en séries. - D’après la loi du déplacement spectroscopique, les
raies du lithium ionisé (Li II) doivent être rapprochées des raies d’arc de l’hélium (He I).
’
La comparaison doit être faite en divisant par 4 les nombres d’ondes correspondant au
lithium ionisé, comme l’indique le tableau V. Le tableau VI renferme la liste des raies du
lithium ionisé avec l’indication des séries proposées.
TABLEAU V.
TABLEAU VI.
La septième colonne du tableau V montre qu’il existe une assez bonne concordance pour les séries n.I’ et rnd - nt, tandis que pour les autres séries, l’accord est moins
rigoureux. Cette particularité s’interprète simplement en considérant que l’action du noyau
@.~et de l’électron interne sur l’électron de valence n’est pas aussi grande pour la série fonda-
mentale que pour les autres. Il ést,cependant probable que, pour le lithium ionisé, les plans
des orbites de l’électron interne et de l’électron de valence ne sont pas dans la même dispo-
sition relative que dans le cas de l’hélium. Le « défaut quantique » (quantum defect) dépend de l’angle i d’inclinaison des deux orbites, l’une sur l’autre, comme l’indique la
formule (A) du chapitre 6.
Si la classification des raies du lithium ionisé donnée dans le tableau VI est correcte,
nous pouvons calculer les défauts quantiques a au moyen de l’expression suivante :
Les défauts quantiques et 6~ sont obtenus à partir des séries 3;)
-4~ et 3~ 2013 5§,,
tandis que c~ est calculé à partir de la série 3~ ~ 4~, si nous connaissons Ces défauts
quantiques sont donnés par le tableau VIT, à la fois pour Hel et Lill.
.
TABLEAU VII. G.
En partant des défauts quantiques 17, et GÎ., il est possible de calculer les nombres d’ondes v (3J~ 2013 5,), , ~3 p - 6~ et v 3D - 6~); on obtient ainsi des nombres très voisins des valeurs observées. Il est donc légitime de calculer les valeurs des nombres d’ondes v pour les séries diffuses et fondamentales du lithium ionisé et de l’hélium, connaissant les défauts quantiques. Il est logique de trouver des différences ’1Re du même ordre
4
(environ 100 cm-1) dans les séries ayant en commun les termes 3~ ou 3P. Il en est de
même pour l’accroi: sament de ces différences avec le rang du second terme; en effet, la différence des nombres d’ondes v provient des valeurs différentes de la constante de Rydberg
et des défauts quantiques pour le lithium ionisé et l’hélium. D’ailleurs, la différence entre les seconds termes, qui doivent être retranchés des termes principaux, devient négligeable lorsque l’ordre augmente.
Dans les séries ms
-np, et 11lS
--~ns, les différences entre
vil, et VLiII/4 sont cependant plus grandes que dans les autres séries mentionnées précédem-
ment. Les défauts quantiques pour les ,termes 2S, 3S’, 2s et .3s sont obtenus à partir des
séries 28 - 2P, 3S - 4P, 2s - 2]) et 3s - 4p respectivement, en utilisant les valeurs ep et 6p déjà connues. D’après la formule de Ritz, on a pour le défaut quantique :
p
Par suite, on peut calculer a1 et 0’2 pour les termes AS et s, en partant des c relatifs aux
termes 2S, 3S, ~s et 3s, que contient le tableau VII..A l’aide des défauts quantiques si et,72 pour les termes S et s, on peut obtenir les valeurs de v (3% - 4~.), mais l’accord n’est
pas aussi bon que dans le cas des séries diffuse et fondamentale.
En somme, comme l’indique le tableau VIII, on peut obtenir les valeurs des termes et des nombres quantiques effectifs.
TABLEAU VIII.
5. Potentiel critique.
-H. Schüler (1) a tout d’abord considéré la raie î~ 5485 A
commé faisant partie du spectre de raies simples. Au contraire, S. Werner (~) la classe parmi le spectre de doublets à cause de sa structure fine, de sa grande intensité relative et de sa fréquence en bon accord avec certaines prévisions théoriques. La connaissance du
potentiel critique d’excitation permettrait de décider entre ces deux hypothèses. D’après
F.- L. Mohier (1), la raie 1, 9241 peut être excitée sous une tension minimum voisine de 45 yolts. L’intensité de cette raie augmente notamment avec la tension entre 60 et 100 volts.
J’ai cru devoir classer cette raie parmi le spectre de doublets et, au contraire, la raie
X 5485 Á parmi le spectre de raies simples. La structure fine de cette dernière raie peut être expliquée par l’isotopie du lithium, d’une manière analogue à la structure fine des raies du
mercure ’et d’autres éléments (~). D’autre part, la grande intensité relative invoquée par Werner ne saurait constituer un argument décisif en faveur de la classification de la raie À 5485 .Â; la répartition des intensités dans le spectre est, en effet, essentiellement variable avec le mode d’excitation utilisé.
Il est d’ailleurs possible, comme nous allons le montrer, d’interpréter le potentiel
(1) H. ScuùLER, loc. cit. Dans un second mémoire der Phys., t. 76 (1925), p. 292J, cet auteui rapproche, au contraire, la raie ). 5485 1 du doubler X 10830 À (He, 2s
-2p~ de l’hélium, à, cause de sa
structure fine.
(2) S. ’VERNER, loc. cit.
(3) F.-L. 3IOHLER, Phys. Rev., t. 23 (i92’~), p. 108.
-Bur. Stand. sc. Pap., t. 20 (1925), nl 30J.
() H. NAGAOEA, Y. SUGHIRA et T. IBIISIIIMA, Jap. J. Phys., t. 2 (1923), 21 et 16i.
critique d’excitation déterminé expérimentalement par Mohler. Nous pouvons, en effet,
calculer les valeurs, exprimées en volts, des niveaux d’énergie correspondant aux termes spectroscopiques 2s, 25 et ~~S‘, contenus dans le tableau IX. D’autre part, il est possible de calculer le potentiel d’ionisation du lithium ionisé, à partir des modèle s’atomiques de
Bohr (’) (électrons coplanaires) et de Kramers (2) (électrons croisés). Il suffit de retrancher 9 Rh de la valeur ab$olue de l’énergie totale W, donnée par l’une ou l’autre des deux formules (Z = 3 ; Rh
->13, 5 volts) :
Les résultats des calculs sont ’réunis dans le tableau IX.
TABLEAU IX.
Le seuil d’excitation de la raie A ~934 1, correspondant à la transition 18 - 2s, est égal à 49 volts. Ce potentiel critique, résultant des mesures spectroscopiques, est assez voisin de la valeur obtenue directement par Mohler, soit 43 volts. L’accord est satisfaisant,
si l’on tient compte à la fois de l’incertitude des mesures précédemment décrites et des difficultés de la détermination directe.
Le tableau IX montre, en outre, que les rapports entre les valeurs ~s et 2S du lithium ionisé et de l’hélium sont presque identiques, bien que les valeurs des termes 2s et 2S du Li II aient été calculées d’une manière indépendante. Le potentiel d’ionisation du lithium
ionisé, correspondant au terme 1S, est compris entre les deux valeurs théoriques, comme
dans le cas de l’hélium.
D’après Nlohler, les potentiels d’ionisation des métaux alcalins ionisés ont les valeurs
suivantes, exprimées en volts : Na II, 38,9 ; K II, 23,7 ; Rb II, 21,0, et Cs II, 17,6. Mohler a
obtenu en outre les potentiels critiques du lithium, dont les valeurs, exprimées en volts,
sont contenues dans le tableau X.
-
TABLEAU X.
(Les valeurs entre parenthèses ont été calculées ) (1) N. Phil. Mag., t. 26 (1913), p. 476.
(2) H.-A. KRAMXRS, Zts. f. Phys., t. f3 (i923), p. 312.
La limite du spectre d’étincelle, correspondant à 62,1 volts, a été calculée en faisant intervenir quelques hypothèses, utilisant la valeur de la limite des rayons X, 5i + 2, observée, tandis que la limite 1 S du lithium ionisé résultant des mesures spectroscopiques
.
est égale à 67,5 volts.
Dans le tableau XI sont groupés les résultats relatifs aux gaz rares et métaux alcalins ionisés. La troisième colonne renferme les rapports des potentiels d’ionisation des systèmes atomiques de configuration superficielle analogue. En regard de chaque système est indiquée
la distribution correspondante des électrons. Les variations des potentiels d’ionisation semblent bien en harmonie avec cette distribution.
TABLEAU XI.
’Quel que soit l’intérêt des comparaisons précédentes, la connaissance des séries, ainsi
que celle des potentiels critiques, n’est pas suffisamment précise pour permettre une
discussion rigoureuse et complète.
6. Calcul des défauts quantiques. - D’après les calculs de Wisniewski (1), en
admettant que le rayon a de l’orbite de l’électron interne soit beaucoup plus petit que la distance p du noyau à l’électron de valence, l’énergie totale W du lithium ionisé a pour
expression
,
a étant l’angle entre les deux rayons vecteurs a et p, et cos2«, la valeur moyenne de cos2a;
pendant la révolution de l’électron interne sur l’orbite. Dans cette formule,
Zeff, désigne le nombre atomique effectif. En tenant compte de l’expression de a, on obtient
(1) WisNiEwsKi, Physik. Zts., t. 25 (i 924), p. 135 et 330.
pour l’énerâie totale
le défaut quantique z ayant pour valeur :
Les valeurs de Zff. et x pour chaque orbite étant inconnues, on ne peut déduire de
cette formule les vraies valeurs des défauts quantiques. Il est évident que l’expression (A)
n’est pas applicable aux termes S et s, dans notre cas, car nous avons supposé, en première approximation, que a est beaucoup plus petit que p.
Quoi qu’il en soit, on peut essayer de trouver les valeurs de cos2a associées à ila valeur
de (y donnée dans le tableau VII. C’est ce qui ressort du tableau XII, dans lequel figurent les
valeurs de cos2d pour les termes ~, P, d, D, f et P’ calculées d’après la formule (A~, en posant
pour les termes et s respectivement.
Pour a-0, c’est-à=dire dans le cas où les plans des orbites sont coplanaires,
-cos2a
=0,5 et le défaut quantique est alors donné par l’expression
Il est à remarquer, d’après les valeurs de cos2a, comme l’indique le tableau XII, que l’effet de la disposition de l’électron interne sur celui de valence diminue graduellement ; lorsqu’ogl
s’élève aux termes fondamentaux, coslo,, s’approchant de la valseur 1/2. En effet, les valeurs de cos20153 et de na - 7Z?, correspondant aux deux états différents de l’atome qui émettent respec- tivement le spectre de raies simples et le spectre de doublets, caractériseront les disposi-
,
tions des orbites pour les deux états.
,D’autre part,.Max Born et Heisenberg (2) ont calculé le défaut quantique pour les termes de l’hélium, et ils ont trouvé la formule suivante :
(1) 1BI.U: Vorlesungen Über Atornn0153chanik, (92y, p. 219.
(2) BoRx et HEISENBERG, 1. t. 16 (1923), p. 241.
Dans cette expression, p ne peut prendre que les valeurs -E-1, 0 et -1.
(t) 1)
==1 (les plans des orbites sont coplanaires ; les révolutions des électrons ont lieu dans le même sens),
b) p = 0 (les plans des orbites sont presque perpendiculaires l’un sur l’autre),
c) p = - 1 (les plans des orbites sont coplanaires, mais les sens de révolution sont
inverses).
D’après ces formules, on peut calculer la valeur de 0’ pour chaque terme du lithium
ionisé, comme l’indique le tableau suivant :
.1 1
TABLEAU XIII. C1.
,