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Addiction : les apports de l'E- médecine

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Le Courrier des addictions (20) – Suppl. au n° 1 – janv.-fév.-mars 2018

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Addiction :

les apports de l’E-médecine

M. Reynaud*

* Président du Fonds Actions Addictions.

Nous vivons, sans toujours bien la per- cevoir, une évolution qui se rapproche d’une révolution. Nous intégrons de plus en plus naturellement des outils informa- tiques et le smartphone est devenu quasiment une prothèse qui nous apporte de plus en plus les ressources dont nous avons besoin. L’E-mé- decine offre de fantastiques outils et perspec- tives qui se développent, pour le moment, un peu dans tous les sens, mais qui dans quelques années seront devenus indispensables à la pratique quotidienne. D’autre part, le contexte politique s’éclaircit et devient de plus en plus favorable à ces nouvelles pratiques : par exemple, les moyens de la télémédecine existent depuis plus de 20 ans, mais n’étaient que très peu uti- lisés, faute de réglementation et de tarification.

Les planètes sont en train de s’aligner : le gouver- nement Macron et Mme Buzyn, ministre de la Santé, ont décidé de faire de la prévention une priorité, d’agir contre les conduites addictives et de lutter contre les déserts médicaux. L’E-méde- cine apporte des réponses pertinentes à chacune de ces questions et devrait donc exploser dans les années à venir.

LES PORTAILS D’INFORMATION ET LES FORMATIONS EN E-LEARNING

Il existe déjà des portails “Addictaide” et

“ Addictaide travail” qui apportent de l’infor- mation actualisée à toutes les parties prenantes, des services d’auto-évaluation informatisés, des parcours d’évaluation permettant des conseils et contenus personnalisés, des propositions de conduites à tenir et d’orientation vers le dispositif d’écoute ainsi que la possibilité de trouver, par géolocalisation, les profession- nels ou structures spécialisés en addictologie.

De même, un accès à une information de qualité est déjà possible sur le Net : citons par exemple le MOOC “comprendre les addictions” ou le DU “addictologie en E-learning”.

LA TÉLÉMÉDECINE

Il sera désormais possible de bénéficier de la télémédecine : la tarification des actes de télé- médecine devrait entrer dans la nomenclature de la Sécurité sociale. Cela permettra la géné- ralisation de son usage, soit sous forme de télé- consultations, soit sous forme de télé-expertise, soit en donnant la possibilité de séances d’inter- visions pour les praticiens. Une méta-analyse portant sur 10 essais contrôlés a conclu à une efficacité comparable entre la téléconsultation et la consultation face à face (J Clin Psychiatry, 2010).

En France, ce type de consultation se déve- loppe déjà : “Eutelmed” en était le précurseur en proposant les téléconsultations pour les expatriés ou dans les ambassades. Récem- ment, “Doctoconsult” a obtenu l’accord du Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM), de l’Agence régionale de santé (ARS) et de la Sécurité sociale pour proposer des consultations vidéo avec une soixantaine de psychiatres. Et, depuis plusieurs années, “Be my Psy” propose des consultations avec des psychologues.

DES GROUPES D’ENTRAIDE AUX GROUPES FACEBOOK

Les associations d’entraide sont d’une utilité reconnue dans les soins aux sujets dépendants.

Les nouvelles technologies permettent désor- mais la possibilité de réunions virtuelles et non présentielles. On voit également se développer des groupes Facebook qui permettent de s’ap- puyer sur d’autres patients ou anciens patients.

Ils sont particulièrement utiles pour l’accom- pagnement au sevrage tabagique. Citons par exemple le groupe “je ne fume plus” qui réunit plus de 10 000 membres.

LA “M-MÉDECINE”

La révolution du téléphone mobile n’a que dix ans, mais le secteur de la santé l’a immédiate-

ment identifiée comme une opportunité. Des investissements considérables sont effectués dans les start-up du numérique en santé, avec une prédominance écrasante des États-Unis.

Il existe de multiples applications gratuites ou payantes. Citons “AlcoDroid”, “stop drinking alcohol”, “tabac info service”, “stop tabac.ch”,

“stop cannabis.ch”, etc.

On retrouve en général dans ces applications les mêmes fonctionnalités : carnet de consomma- tion, modalités et environnement de consom- mation, messages de soutien individualisés, tableau de bord, contact avec un expert ou un

“watcher”, “bouton panique” et GPS d’alerte.

De façon schématique, leur efficacité sera liée à leur intégration dans un programme de soin contrôlé.

VALIDATION DES PROTOCOLES D’E-MÉDECINE

De nombreuses publications ont montré l’ef- ficacité des programmes de soin proposés en E-médecine. Ces programmes évalués sont désormais largement utilisés : “minder- drinken” aux Pays-bas, “onlinesobriety2.com”, ou “cbt4cbt” et “U control” au Royaume-Uni.

Cette efficacité est confortée par des méta-ana- lyses : celles de H. Riber dans Plos One en 2014 pour l’alcool, ou celle de Chabli JL, dans J of Gambling Studies en 2016 pour l’ensemble des comportements addictifs.

Plus probante encore est la validation par la FDA, comme outil thérapeutique, du programme “Reset for Substance Use Disorder”. Cette reconnaissance d’efficacité s’appuie sur plusieurs essais cliniques rando- misés. Un certain nombre de grands industriels de pharmacie ont décidé d’investir dans les programmes thérapeutiques en E-médecine, parallèlement au développement de nouvelles molécules. Ainsi, Servier envisage de devenir le premier opérateur mondial de l’E-thérapeu- tique dans le domaine des troubles mentaux. Il a déjà obtenu la validation de la Food and Drug Administration (FDA) et de l’Europe pour le programme Déprexis.

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Ce supplément est disponible et téléchargeable sur le site www.edimark.fr

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET ADDICTIONS

Les sociétés d’exploitation du Big Data se sont investies dans l’exploitation du déluge de données qu’apportent les smartphones, applications, capteurs, etc. Elles développent des algorithmes qui aident à analyser et prédire des comportements de consomma- tion. L’objectif suivant étant de mettre en place des interventions en temps réel pilotées par le résultat des données traitées par ces algorithmes. La société Ginger.io utilise déjà ces algorithmes de traitement qui ont permis de déterminer 2 000 modèles constituant des signatures prédictives de dépression, de stress ou de craving.

LES RÉSEAUX DE SOINS TERRITORIAUX VIRTUELS

Comme toutes les pathologies chroniques, les addictions bénéficient de prises en charge en réseau. Mais nous connaissons bien la difficulté et la lourdeur du fonctionnement des réseaux “en dur”. L’informatique permet de réunir les diffé- rents acteurs en téléconférence vidéo et de faire circuler les éléments des dossiers médicaux. On peut ainsi rassembler de façon souple, avec un minimum de contraintes et avec une géométrie variable, les acteurs intervenants à un moment donné dans la prise en charge d’un patient. On peut rassembler à la demande, autour du patient et de son généraliste, l’addictologue, le centre de soins, d’accompagnement et de prévention en

addictologie (CSAPA), le service hospitalier, l’association d’entraide et le pharmacien. On pourra y adjoindre, ponctuellement en fonction des besoins, l’assistante sociale, le psychiatre, l’hépatologue, le cancérologue, l’infectiologue, etc. On peut imaginer qu’en fonction de la carence en addictologues, en particulier dans les déserts médicaux, ce type d’organisation se développera dans les années à venir. Il faut savoir qu’ils sont déjà largement utilisés dans la pratique courante dans d’autres pays : citons par exemple, aux Pays-Bas, le réseau de soin territo- rial virtuel Tactus.nl ou, dans le Minnesota (États- Unis), le réseau Insight. Nous ne sommes plus dans la science-fiction. De nombreux facteurs amèneront inexorablement le développement de l’E-médecine et nous devons donc nous ouvrir à ces apports et commencer à nous y adapter.

L’auteur déclare des liens d’intérêts avec Indivior, Ethypharm et D&A Pharma.

Crédit photo : © diyanadimitrova

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