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Motivation et apprentissage de la langue française en contexte carcéral

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Academic year: 2022

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Pablo SILVA

Motivation et apprentissage de la langue française en

contexte carcéral

Étude sur la motivation chez les détenus étrangers1 non francophones pour apprendre la langue française en contexte fermé.

Sous la direction de Mme. Fanny SALANE

Mémoire de Master 1CITS

(Cadre d'Intervention en Terrain Sensible)

Science de l'Éducation

Université Paris Ouest-Nanterre la Défense Année 2011-2012

1 Il est considéré comme « étranger» celui qui ne peut se réclamer de la nationalité française. Cet état à un individu, peut changer au cours de sa vie. À l'inverse, est « immigré » celui qui est né à l'étranger et qui réside en France.

C'est un état qui ne varie pas au cours de sa vie puisque il se réfère au lieu de naissance. HAZARD, Angélique

« Étrangers incarcérés, d'après les données milieu fermé issues des statistiques permanentes et du fichier national des détenus depuis 1993 en métropole ». Cahiers d'études pénitentiaires et criminologiques. Octobre 2008. Numéro 25.

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Remerciements

Je remercie chaleureusement toutes les personnes qui ont permis de réaliser cette étude, plus particulièrement :

Fanny SALANE, Ismaël SOUGRAT, Asma SOUGRAT, Nora SOUGRAT, Maciel MORALES, Stephanie DELONG, Thierry HANSSENS, Christine HOURRY, Brigitte JACOMER, Martine BEAUGET, Bernard CABANIER, Omar RODRIGUEZ LOPEZ, Corentin SAUVAGE, Eduardo ROMAN, Jaime MONCADA, Dennis LIXZEN, Pierre- Antoine HARLAUX, José SILVA, Maria Isabel NARVAEZ, Zack de la ROCHA, Tom ARAYA et Juan ORDENES.

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Table de matières

A la recherche d'un lieu de stage …...Page 9

I.- Données générales : Corpus théorique

...Page 12 Introduction: Les conditions de vie des immigrants en France

Pourquoi on s'intéresse aux immigrants en France? …...Page 12 Problématique ...Page 15

1.- Prison et enseignement …...Page 16 1.1.- Différentes approches sur la prison …...Page 16 1.2.- L'histoire de l'enseignement dans les prisons en France …...Page 21

1.3.- L'intervention pédagogique auprès de la population carcérale : Les Objectifs de l'intervention linguistique auprès des détenus

immigrés …...….Page 22

2.- La notion de motivation chez les adultes immigrés

en contexte carcéral …...Page 24 Introduction

2.1.- Vers une conceptualisation sur la notion de motivation …...Page 26 2.1.1.- Les différents approches pour comprendre

l'origine de la motivation …...Page 31 2.1.2.- Les éléments socio-cognitifs autour de la motivation …...Page 36

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2.2.- La motivation en contexte scolaire …...Page 37 2.2.1.- La motivation et son implication

dans le processus d'apprentissage …...Page 38

2.2.2.- La motivation chez les adultes en formation …...Page 39 Qui sont ces adultes en formation et pourquoi ils veulent

s'engager dans une formation?

2.2.3.- Les composants de la motivation chez les adultes en formation : Les sept composantes de la motivation en contexte scolaire

selon Rolland VIAU …...Page 46 2.2.4.- Les différents approches des analyses de la motivation …...Page 50

II.- Données contextuelles

…...Page 53

Introduction : Éléments d'analyse sur le terrain

1.- Données sur la population …...Page 53 Les caractéristiques d'ordre psychosocial des adultes

immigrés incarcérés à la Maison d'Arrêt de Bois d'Arcy …...Page 48

2.- Données sur la Maison d'Arrêt de Bois d'Arcy …...Page 56

2.1.- Données historiques géographiques et environnementales

du territoire ...Page 56 2.2.- Les caractéristiques par rapport au contexte du projet

données administratives, politiques et sociales …...Page 59 Augmentation du contrôle d'identité et la durée de la détention Page 54

Le « Durcissement » des politiques d'immigration

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et la criminalisation de l'immigration en France...Page 61

3.- L'administration de l'enseignement en milieu pénitentiaire

en France …...Page 65 3.1.- Les Unités Pédagogiques Régionales : un instrument qui

permet la mise en place des dispositifs d'enseignement …...Page 65

3.1.2.- Le processus d'accueil, d'orientation et de formation

des détenus …...Page 67

4.- Les dispositifs et les actions de formation et réinsertion

existantes destinées aux détenus en milieu pénitentiaire ...Page 68 4.1.- La valeur de la certification chez les adultes …...Page 68 4.1.2.- La certification de langue française en milieu pénitentiaire …...Page 70 4.1.3.- Les dispositifs d'insertion, de qualification

et d'enseignement en milieu carcéral …...Page 71 FLE en milieu carcéral …...Page 71 Le Contrat d'Accueil et Intégration (CAI) …...Page 71 La certification en langue proposés aux détenus

immigrants (DILF, DELF) …...Page 73 Le Pôle d'Insertion et de Préparation à la Sortie (PIPS) ;

Un dispositif mise en place par Le Service Pénitentiaire

d’Insertion et de Probation (SPIP) …...Page 74

5.- Logiques de fonctionnement administratif des dispositifs d'enseignement : Les conditions

de scolarisation la maison d'Arrêt de Bois d'Arcy ...Page 75

III.- Analyse du stage

…...Page 81 1.- Positionnement du stagiaire: Leur rôle et leur

implication dans la structure carcérale …...Page 81

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1.1.- Méthodologie …...Page 82 1.2.- Echantillon ...Page 85 1.3.- Procédure …...Page 87 2.- L'analyse des entretiens …...Page 88 2.1.- L'analyse des entretiens auprès les professionnels

en milieu pénitentiaire …...Page 88

2.2.- Interprétation des résultats obtenus

auprès les détenus …... Page 99

2.2.1.- L'analyse des donnés obtenus auprès les détenus

en formation linguistique …...Page 101

IV.- Conclusion générale

...Page 109

Perspectives d'avenir/ Propositions d'actions concrètes …...Page 111

Bibliographie …...Page 112 Sitographie …...Page 115 Annexes …...Page 116

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«Nous concevons la dynamique motivationnelle en contexte scolaire comme ayant ses origines dans les perceptions qu’un élève a de lui-même et de son environnement et qui l’incite à choisir une activité, à s’y engager et à persévérer afin d’atteindre un but (Viau, 1994)»

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A la recherche d'un lieu de stage

L’intérêt de notre étude est de comprendre pour quelle raison et dans quel contexte social et politique, les détenus d'origine étrangère non francophones, éprouvent l’envie d’intégrer les différents dispositifs d'enseignement proposés par le Ministère de l’Éducation Nationale et de l’Enseignement Supérieur et le Ministère de la Justice. Pour cela, il fallait avant tout identifier les éléments de motivation des adultes en formation linguistique du milieu pénitentiaire. Ensuite insérer ces éléments d'ordre psychologies et cognitifs dans le contexte politique et social actuel ; Ainsi, évaluer la pertinence des politiques d'enseignement de langue française et plus précisément les politiques d'immigration quant à répondre aux besoins de cette population non francophones.

La recherche d'un lieu de stage qui pourrait accueillir cette démarche, dans le but plus précis de rencontrer les détenus, les enseignants et le personnel administratif chargé de leur accueil et l'orientation des détenus, n'a pas été facile. En effet, il fallait traverser différentes barrières d'ordre administratives et personnelles. Le fait de travailler depuis deux ans dans le Centre International d'Études Pédagogiques (CIEP), plus précisément en tant que responsable administratif du Diplôme Initial de Langue Française (DILF), a été un élément capital au moment de trouver mon lieu de stage ; S’agissant d’un centre de recherche dans le domaine de la langue française, reconnu en France et à l'étranger pour ces compétences en matière d'expertise, de formation, d'évaluation et de gestion des projets à niveau internationaux.

Le ministère de l’Éducation Nationale et de l’Enseignement Supérieur proposent une large gamme de certifications en français langue étrangère pour valider les compétences en français, depuis les premiers apprentissages jusqu’aux niveaux les plus avancés. La certification et la reconnaissance du niveau de langue française sont évaluées par le biais de différentes diplômes

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(DILF, DELF, DALF) et tests adaptés à tous les âges et tous les publics. Dans le cadre de l'enseignement et de la certification de la langue française en milieu pénitentiaire, le DILF est un diplôme très demandé par les différentes Unités Pédagogiques Régionales (UPR) en France.

Ainsi, très intéressé par le sujet de cette recherche, le directeur de l'Unité Pédagogique Régional de Paris, monsieur ROUELLAN, en saisi l’opportunité de quérir des pistes de travaille avec une population carcérale très peu connu jusqu'au présent. Suite à notre entretien, monsieur ROUELLAN m'a mis en contacte avec plusieurs Responsables de l'Enseignement Local dans différentes maisons d'arrêt sur la région parisienne. Monsieur HANSSENS, Responsable Local de l'Enseignement à la maison d'arrêt de Bois d'Arcy, a été le premier à manifester un certain intérêt. Par conséquent c’est à la maison d’arrêt du Bois d’Arcy que sont posés les premiers jalons de notre étude avec une première partie de stage.

Il ne fut pas aisé de s’intégrer au milieu carcéral et de rencontrer les détenus, les enseignants, les responsables de l'enseignement et les agents administratifs de la Maison d'Arrêt et la direction, à cause des contraintes propres au monde carcéral que sont les blocages, les autorisations d'accès, les emplois du temps très strictes.

Cependant, la situation s’est décantée après un entretien avec le directeur de la maison d'arrêt, monsieur Arnaud Soleranski, facilitant la circulation au sein de la Maison d’arrêt.

C’est au file des rencontres, que la confiance a pu s’installer, notamment auprès des agents de l'administration pénitentiaire et des surveillants, permettant de mener à bien une enquête dont l’intérêt est majeur dans notre étude.

Le travail d’enquête s’est concrétisé en intégrant le Service Local de l'Enseignement en tant qu’enseignant en langue espagnole, consentant à un

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travail beaucoup plus régulier avec les détenus manifestant le désir d’apprendre l'espagnol ; en outre, cela à permis d’apporter des éléments de compréhension quant aux différentes logiques de fonctionnement de l'enseignement en milieu pénitentiaire.

Il fut également possible de comprendre le fonctionnement des dispositifs d'enseignement et d'alphabétisation chez les femmes, ceci, grâce l’intervention très volontaire du Responsable Local de l'Enseignement de la maison d'arrêt des femmes à Versailles. Ainsi, ce fut l’opportunité d’établir un échantillon d’étude plus vaste et de trouver des pistes d'analyse qui puissent enrichir notre enquête. Cette phase d’étude auprès d’une population encore moins connu, celle des femmes d'origine étrangère en prison, constitue la deuxième partie du stage.

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I.- Données générales : Corpus théorique

Introduction: Les conditions de vie des immigrants en France

Depuis les trente glorieuses et après la signature du traité de Schengen, l'immigration a été un sujet de prédilection auprès des hommes politiques, des chercheurs et de la société en général, en France et en Europe. La libre circulation des marchandises et des personnes dans les pays membres de la communauté Européenne, a contribué à la mise en place des divers politiques publics visant l'accueil et l'intégration des immigrants venus de toute l'Europe et du monde entier, dans le cadre de leurs études, du travail ou du regroupement familial. Dans ce scénario, l'apprentissage de la langue française est le moyenne de sociabilité par excellence, car elle permet d'établir le dialogue entre celui qui viens d'ailleurs et les locaux. Ainsi, la formation sociolinguistique destinée aux enfants ainsi que leurs parents, a été un des piliers fondamentaux de l'intégration des migrants en France.

La population des immigrants est culturellement et économiquement très diverse. Il est possible d’établir un classement général à partir des raisons qui ont motivées leur déplacement, ainsi peut-on y trouver des raisons professionnelles, économiques, formations ou études, personnelles et /ou familiales. Les objectifs et les stratégies d’adaptation et d’intégration en France sont fortement orientés selon leur bagage culturel, ainsi que leur statut économique d’origine.

Pourquoi on s'intéresse aux immigrants en France?

Malgré la mise en place des divers dispositifs d'accueil et d'intégration destinés aux immigrants, nous pouvons constater que leurs conditions de vie font de ces derniers une population à risque. Premièrement, le fait de changer

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de pays, entraine une modification du statut social, lequel se traduit souvent par un déclassement qui les oblige (au moins dans un premier temps) à occuper des emplois non qualifiés. Cette situation concerne les immigrants très qualifiés ainsi que ceux n'ont pas de diplômes.2

Deuxièmement, très souvent les conditions de vie des immigrants sont très modestes voir précaires. La plupart des immigrants habitent dans des logements sociaux, ainsi que dans des quartiers dits « sensibles », où le prix du mètre carré est beaucoup plus bas3. De plus leur situation financière ne leur permet pas l'accès à la propriété.

Troisièmement, les chiffres montrent que les étrangers sont très présents en prison. Ce dernier élément d'analyse est intiment lié aux politiques répressifs envers cette population, en pénalisant le séjour irrégulier et la détention provisoire destiné aux individus ne disposant pas de garanties de représentation.4 A ce sujet, il faudra rajouter que la durée moyenne de détention d'un étranger pour des infractions aux lois de stupéfiants, de vols ou de violences, est supérieure à celle des personnes qui sont de nationalité française.

Selon notre analyse, la présence d'un grand nombre des étrangers dans les différents centres de rétention (Centrales, Maisons d'Arrêt) est lié à leurs conditions de vie très précaires ainsi que les politiques de criminalisation de l'immigration et des immigrants en France. La pertinence d'étudier les motivations des étrangers en formation linguistique en milieu carcéral est de d’accorder une certaine visibilité à une population mis à l'écart des dispositifs

2 « Les métiers recherchés par les demandeurs d’emploi étrangers sont souvent différents de ceux recherchés par les Français : par exemple les métiers de personnel des services aux entreprises et aux collectivités sont trois fois plus demandés par les étrangers que par les Français, les personnels des services administratifs plus de deux fois moins, les personnels de vente près de deux fois moins, les personnels du gros œuvre et des travaux publics près de quatre fois plus, etc. Ces différences s’expliquent de plusieurs façons. Dans bien des cas les étrangers acceptent une déqualification et se portent donc sur des offres qui ne correspondent pas réellement à leur souhait ou leur qualification, l’idée étant de travailler avant tout. Reste aussi une frange de cette population qui n’est pas ou peu diplômée et qui occupe alors des emplois peu qualifiés. » http://www.immigration.gouv.fr/

3 Adami, hervé, La formation linguistique des migrants, Didactique des langues étrangères, CLE international, Paris, 2009, p15.

4 Yasmine Bouagga, « Rentrer dans le droit commun ? », Champ pénal/Penal field[En ligne], Vol. VII | 2010, mis en ligne le 24 septembre 2010, Consulté le 20 avril 2012. URL : http://champpenal.revues.org

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d'insertion pendant leur incarcération.

Faire rentrer dans le droit commun les détenus d'origine étrangère est un travail difficile pour les agents administratifs chargés de l'accueil et de l'orientation de cette population, ainsi que par les enseignants. L'offre de formations et de diplômes est mise en condition par la durée de leur peine mais aussi par leur possibilité de rester dans le territoire français. Par conséquent, pour les détenus immigrants la possibilité d'avoir accès aux formations en milieu pénitentiaire, et donc, pouvoir s’insérer dans la vie active et sociale en France, reste très difficile.

Les motivations des détenus pour apprendre ou maîtriser la langue française et, éventuellement avoir accès aux diplômes ou certifications de langue française, restent très floues, pour cause l'inexistence d'études qui puissent nous donner des pistes sur ce sujet. A cet égard, la mise en place de dispositifs d'enseignement et d'alphabétisation de la langue française en milieu fermé, et l'offre de diplômes, sont ambiguës et peu clairs. En effet, le niveau d'efficacité et la pertinence de l'enseignement du Français Langue Etrangère dans le cadre du durcissement des politiques d'immigration empêchent de faire rentrer dans le droit commun les détenus d'origine étrangère.

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Problématique

Dans le contexte actuel, on peut se demander si l'apprentissage de la langue française et l'obtention des certifications de niveau de langue, sont des mesures appropriées aux besoins des immigrés.

Est-ce que les dispositifs pédagogiques existants, et particulièrement ceux de l'enseignement et des certifications de langue française, sont capables de donner les outils en vue d’une réinsertion sociale et professionnelle des détenus non francophones d'origine étrangère?

Jusqu'à quel point l'apprentissage de la langue française et, éventuellement la certification de niveau, est un outil de réinsertion sociale et professionnelle chez les détenus d'origine étrangère, dans le cadre des actuels politiques d'immigration?

Toujours dans le cadre des actuelles politiques d'immigration en France;

est-ce que la mise en place des dispositifs d'alphabétisation et d'enseignement de la langue française en contexte fermé par l'Éducation Nationale, peuvent offrir des outils de réinsertion sociolinguistiques pour les détenus d'origine étrangère? De ce fait, il nous semble très intéressant d'analyser, d'un point de vue sociocognitif, le contexte dans lequel s’inscrit la motivation des détenus étrangers pour apprendre la langue française.

Dans le cadre de cette recherche, nous allons étudier la notion de motivation dans un construit psychologique complexe, qui enferme une série d'éléments subjectifs et intra subjectifs dans différents niveaux, biologique, affectif, social et culturel.

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1.- Prison et enseignement

1.1.- Différentes approches sur la prison

Par définition, la prison est une institution qui sert à protéger la société des éléments dangereux qui, pour divers motifs (sociaux, psychologiques, etc.), sont des individus qui ont des pratiques dites déviantes car ils ont commis des crimes envers l'intégrité physique d'autrui ou de la propriété public ou privée.

Le rôle de cette institution a beaucoup changé depuis sa création.

Durant le XVIII siècle, la prison avait surtout le rôle d'enfermer et de punir les

« éléments » dangereux de la société. Ainsi la politique d’emprisonnement se limitait à la rétention et la mise à l'écart des errants et marginaux afin de sanctionner leurs comportements (le jeu, l'adultère, l'ivresse, la prostitution et le blasphème) plutôt que leurs actions. Donc, pour certains, la prison est une institution chargée du contrôle social. La détention, elle, apparaît après les reformes du XVIII siècle.

Sans aucun doute, la prison, en tant qu'institution et objectif d'enfermement, a beaucoup évolué par rapport à ses méthodes et à ses finalités : les méthodes de correction et de formation des détenus, les modalités d'enfermements ainsi que la conception de la justice et de la punition autour d'un crime déterminé. Depuis sa création, l'institution carcérale a été chargée d’enfermer les individus considérés comme nocifs et dangereux pour le reste de la société.

La prison est considérée comme une institution qui a le droit d'isoler des personnes pour des périodes relativement larges (en rapport avec la gravité des crimes commis) et d'organiser minutieusement le temps et les activités

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des détenus, de manière qu'elle puisse prendre en charge tous les besoins des cette population privée de liberté.

Donc, la prison a la responsabilité de répondre à un certain nombre de problématiques sociales et de donner les moyens de « soigner » et réintégrer socialement et professionnellement, les personnes qui ont été soumises à leur régime. Ainsi la prison est une institution « totale » qui s’autogère, dans l’objectif de protéger la société des gens dangereux. En même temps, elle donne des solutions aux problèmes sociaux car elle met en place des mécanismes visant à soigner et réinsérer les détenus dans la société.

Dans cette logique, nous entendons par institution totale « une institution qui applique aux reclus un traitement collectif conforme à un système d'organisation qui prend en charge tous leurs besoins. Ce qui fera le caractère total d'une institution, ce ne sera pas le fait que l'institution assouvisse tous les besoins des reclus (certains besoins peuvent rester inassouvis dans une institution totale telle que nous l'entendons), ce sera le fait que tous les besoins assouvis le soient par le biais de l'institution. Est donc totale une institution qui ne laisse à aucune « personne extérieure » le soin de prendre en charge certains besoins des reclus, ou qui ne laisse aucune autonomie à ces tiers ».5

Certaines définitions classiques données par Erving GOFFMAN, dans son ouvrage « Asile » autour de l'institution totale, ne prenaient pas en compte l'idée de l'autosuffisance de l'institution carcérale. Elles mettent plutôt l'accent sur les facultés de rétention, d'enfermement et de contrôle des détenus.

En France, la question de l'enseignement en milieu pénitentiaire a été mise en avant à la fin de la Second Guerre mondiale, en 1945. Mais ce n’est qu’en 1990 que le droit à l'éducation en milieu fermé fut considéré comme une nécessité et donc devenu obligatoire. Ce sont ces moments historiques qui ont

5 MILLY Bruno, « Soigner en Prison », France, PUF, 2001.

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contribués a mettre l'accent sur la dimension éducatif et réformatrice, par le biais de l'éducation et de la réinsertion des détenus, en donnant la possibilité d'accéder aux différents niveaux d'enseignements, formations et certifications de caractères professionnelles ou académiques, selon les besoin de la population carcéral.

C'est à partir des différentes réformes et de l'intervention de l'Education Nationale durant les années soixante, plus particulièrement l'intervention des enseignants en différents degrés, que la prison a commencé à se

« détotaliser », intégrant divers acteurs sociaux (psychologues, travailleurs sociaux, représentantes des associations, enseignants, assistantes de formation, etc.) qui peuvent être complémentaires à la fonction de la prison.

Ainsi, on peut remettre en question la capacité « totale » de l'institution carcérale quant à sa capacité à prendre en charge les détenus. La responsabilité de la prison, en termes de réinsertion sociale et professionnelle de cette population, implique forcément un travail beaucoup plus complexe, en partenariat avec les différents acteurs sociaux engagés dans ce processus.

Dans cet ordre d'idée, on considère l'institution pénitentiaire comme un endroit qui décloisonné, ouvert à des intervenants assez hétérogènes, laissant de côté la conception « totalisante » de cette institution. Cela veut dire que la prison admet son incapacité à prendre en charge la totalité des problèmes propres à la réinsertion des détenus. Cette pratique « détotalisante » est étroitement liée aux changements des pratiques et méthodes de la prison. L'introduction de nouvelles pratiques plus « humanistes », ont sans aucun doute été orientées en grande mesure par la reconnaissance des droits de l'homme par plusieurs Etats Européens après la seconde guerre mondiale.

Le développement de la prison en tant que structure politique et administrative capable de rendre efficace la notion de « justice » par le contrôle de la liberté des détenus, est le résultat du développement de notre société en termes de droits de l'homme, de déroulement des systèmes politiques démocratiques et de progrès en sciences sociales. A cet égard (et en

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théorie), nous sommes arrivés à un niveau de vie nous permettant d'avoir une meilleure compréhension des problèmes complexes, une plus grande sensibilité à certaines problématiques qui touchent l'humanité et à plus d'informations.

Même si la prison reste un endroit de contrôle et punition sociale, le travail en partenariat avec l'Education Nationale et d'autres intervenants externes (médecines, divers type des associations, etc.), implique forcément un renouvellement d'optique par rapport aux buts de l'enfermement. C'est-à- dire, remplacer une politique de punition et d'isolement, par une politique orientée vers la rédemption, de soins, de correction et de réinsertion des

« délinquants ».

Au cours du XXème siècle, l'institution carcérale a adopté différentes fonctions au sein de notre société. D'un côté, le reclassement social, la réinsertion sociale et professionnelle des détenus. Cela veut dire que l'administration carcérale prend en charge dans son intégrité la population des détenus pour développer un travail de « rédemption » sociale et psychologique, permettant de réintégrer quelqu'un qui a commis des délits dans le passé et qui sera capable de mener une vie normale en société.

Il nous semble que le seul moyen de créer un véritable processus de réintégration ou de re-socialisation d'un détenu doit se faire par le biais d'une offre éducative pertinente et efficace, capable de prendre en compte les envies et les besoins des détenus, de manière à ce qu'ils puissent reconnaître leurs actions délictueuses dans le passé comme « mauvaises » afin qu'il ne soit pas un danger pour la société. Un vieil aphorisme gravé au fronton de la salle d'honneur d'une prison en 1703 par le Pape Clément IX à Rome et selon lequel

« Soumettre les individus malhonnêtes par le châtiment n'est rien si on ne le rend pas honnêtes par l'éducation »6.

Les pratiques de correction et de châtiments en milieu carcéral, ne

6 MBANZOULOU Paul, « Réinsertion social des détenus ». Paris, L'Harmattan, 2000.

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peuvent pas donner des « bons résultats » (comme le changement d'une pratique ou d'un comportement donné), s'ils ne sont pas accompagnés par des dispositifs d'enseignements qui puissent offrir en même temps des opportunités de réinsertion sociale et professionnelle.

Cependant, pour certains, la fonction punitive et le contrôle social, peuvent être intégré dans les pratiques pédagogiques en prison et en même temps ce genre de pratique ont tendance à devenir des aspects normaux dans un contexte pénitentiaire. A ce sujet, on est devant une institution totalisante qui joue avec les droits des détenues dans un système de transaction. Cela veut dire qu'en échange d'un bon comportement de la part des délinquants, ils peuvent avoir accès aux dispositifs pédagogiques mis à leurs disposition, mais seulement pour ceux qui le méritent. Donc, « elle (l'institution carcérale) prive parfois les détenus de droits dont ils ne sont pas juridiquement privés »7.

La prison a pour rôle de protéger la société des individus considérés comme dangereux, par le biais de l'enfermement. Mais pour certains, l'objectif de l'enfermement doit être un lieu d’opportunité permettant l’acquisition des outils nécessaires, autorisant les détenus à s’inclure dans un processus de réinsertion dans la société. Cette action cible essentiellement les jeunes et les mineurs incarcérés8, car cette population présente souvent des dysfonctionnements cognitifs et des troubles importants du langage oral et écrit9. Cela représente un problème majeur dans le cadre de la réinsertion professionnelle des jeunes.

7 MILLY Bruno « L'enseignement en prison: échange et transactions » Déviance et Société 2004.

8 En France l'enseignement est obligatoire pour les mineurs de 17 ans. Donc, ces mineurs sont obligées à suivre différents types de cours ou formations en milieu carcéral.

9 « L'enseignement en milieu pénitentiaire des jeunes détenues », http://www.bienlire.education.fr/04

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1.2.- L'histoire de l'enseignement dans les prisons en France

En France, le droit à l'instruction en milieu carcéral est très lié à l'amélioration des conditions d'enfermements après la Seconde Guerre Mondiale, avec la création de la « Commission Amor » qui propose une série de quatorze mesures (comme le travail, la formation etc.) afin d'améliorer l'action de l'administration pénitentiaire sous des principes d'inspiration chrétienne10. Durant les années 1950 les Ministères de la Justice et de l'Education nationale s'entendent pour développer la mise en place de cours en prison.

Particulièrement en 1963, où l'éducation nationale crée les premiers postes d'instituteurs spécialisés à temps plein, pour répondre à deux formes d'obligations scolaires:

A) D'une part répondre à un article du code de procédure pénale qui formulait une ォ astreinte à l'instruction pour les détenues condamnés de moins de 25 ans, ne sachant ni lire, ni écrire, ni compter. Autrement dit « les illettrées ».

B) D'autre part, de s'occuper des jeunes mineures ainsi que le besoin de créer des classes pour les « jeunes inadaptés » en milieu pénitentiaire. 11

Les mauvaises conditions de vie en prison et la non administration du temps des détenus donneraient comme résultat des comportements vicieux (violences, suicides) ; de plus, les détenues empirent leur conduite sociale et peuvent aller beaucoup plus loin à chaque fois qu'ils sortent de prison.

C’est dans ce scénario, qu'à été créée la Résolution 45/111 des Principes fondamentaux, relatifs aux traitements des détenues publié en 1990 par le haut commissariat des Nations Unies, exprimant explicitement l’idée que l'éducation et la culture sont des éléments essentiels dans la vie des détenus12:

« Tous les détenus ont le droit de participer à des activités culturelles et de

10 SALANE Fanny « être étudiant en prison ». Etudes et recherche, Paris, 2010

11 Ibid.

12 Ibid.

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bénéficier d'un enseignement visant au plein épanouissement de la personnalité humaine » (principe n° 6).

1.3.- L'intervention pédagogique auprès de la population carcérale: Les Objectifs de l'intervention linguistique auprès des détenus immigrés

L'enseignement en milieu pénitentiaire s'inscrit dans une perspective d'éducation permanente, de reprise d'études et de modules de formation, de préparation pour l'obtention des diplômes avec les mêmes exigences et les mêmes références que l'enseignement en milieu libre. Les divers dispositifs d'enseignements ont pour but de doter les personnes en détention, de compétences nécessaires pour se réinsérer dans la vie sociale et professionnelle. Les modules proposés aux détenus visent l'acquisition des compétences correspondant aux niveaux de chaque qualification.

Pour la Commission Régionale de Suivi, l'un des objectifs généraux dans l'enseignement en milieu fermé est « le développement quantitatif et qualitatif des activités d’enseignement pour l’ensemble des détenus demandeurs de formation, quelque niveau et quelque âge que ce soit, et en priorité pour les mineurs détenus, les personnes illettrées et les moins qualifiées »13 Ainsi, cette commission à établie des objectifs spécifiques comme : assurer l’accueil des entrants pour la formation et le repérage de l’illettrisme dans tous les établissements, développer l’enseignement pour l’ensemble des détenus demandeurs de formation et en priorité pour les mineurs détenus et les personnes illettrées, développer la validation des acquis en formation et développer les liens du service de l’enseignement avec les établissements et services pénitentiaires, et les acteurs de l’insertion.

Même si cette mesure concerne toute la population carcérale, les

13 COMETS, Jean Marie . « Textes de référence et objectifs de l'enseignement en milieu pénitentiaire ».http://carec.ac- bordeaux.fr/ 2006.

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enseignants ont pour consigne de porter une attention particulière sur les jeunes de 18 à 21 ans et les inciter à se former. Chez les mineurs, l'enseignement à caractère scolaire n'est pas considéré comme obligatoire, malgré cela, tout sorte d'activités éducatives est indispensable d’après l'article 60 de la loi pénitentiaire n° 2009-1436. Chez les adultes, l'activité scolaire proposée comme prioritaire, vise à l'acquisition des savoirs de base, en référence au socle commun, et l'apprentissage de la langue française pour les étrangers non francophones.

La population des détenus d'origine étrangère non francophone qui ne maîtrisent pas la langue française est en difficulté non seulement sur le plan linguistique, mais aussi au niveau sociale et au niveau professionnel. C'est pourquoi l'action pédagogique auprès des jeunes détenus et de la population d'origine étrangère non francophone, est l'un des enjeux prioritaire pour le Ministère de la Justice et le Ministère de l'Éducation Nationale. En effet, dans l'objectif central de transmission de savoirs et de compétences, l'enseignement a joué, en milieu fermé, un rôle de stimulation intellectuelle, de structuration du temps, de socialisation et de lien avec le milieu ordinaire14.

14 Ibid.

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2.- La notion de motivation chez les adultes immigrés en contexte carcéral

Introduction

Étymologiquement, la notion de motivation trouve ses racines du dans le latin movere, qui signifie se déplacer, c'est-à-dire l'action par laquelle un individu est en mouvement et en transformation permanente. Ce mot fait référence à un état de changement permanent de la part d'un organisme par le biais de la recherche d'un équilibre entre les besoins ressentis et les capacités objectifs ou subjectifs qu’un organisme possède pour atteindre un but en particulier.

La motivation permet d'orienter les forces vers un objectif que l'individu considère comme important pour lui, soit d'ordre physiologique (comme manger) ou psychologique (avoir des amis, un travail, etc). Mais, parfois ces motivations doivent se confronter aux adversités du monde extérieur, c'est-à- dire, l'individu doit faire preuve de sa capacité à surmonter des obstacles en organisant leur comportement et leurs forces vers l'accomplissement de son but. Par exemple, en contexte scolaire on risque de décrocher assez facilement si nous ne sommes pas conscients des compétences et savoirs faire ainsi que les différentes stratégies de régulation que nous devions mettre en place afin d'aboutir les tâches proposées par l'enseignant.

Dans le cadre de cette recherche, nous avons l'intention de rendre conscient les mécanismes d'ordre psychologiques qui sont impliquées dans la dynamique motivationnelle et comprendre leur interaction avec des éléments d'ordre externes (sociales), plus précisément dans le plan scolaire chez les adultes en formation linguistique en milieu fermé. Cette population est en

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difficulté, non pas seulement parce qu’ils sont coupés du monde par leur incarcération, mais aussi par leur manque de maîtrise de la langue française.

Souvent cette maîtrise n'existe pas du tout.

La langue est un outil d'échange et de communication entre les individus.

En France, dans les limites des politiques d'immigration et de la libre circulation des individus en Europe, la langue française est-elle considéré comme un élément clé dans le processus d'insertion professionnelle et sociale des gens. Donc, l'enseignement de la langue française, par le biais de différents dispositifs mis en place par l'Éducation nationale a pour but l'intégration de toutes les personnes présentes dans sur sol français, indépendamment de leur statut administratif.

Les détenus d'origines étrangères qui ne maîtrisent pas la langue française sont en difficulté, mais ils ont aussi besoin d'apprendre la langue française comme un moyen de communication, de comprendre ce qu'il se passe autour d'eux. Ce besoin est un moyen de survie à la Maison d'Arrêt de Bois d'Arcy, mais aussi dans un pays qui éventuellement pourrait leur donner la possibilité de s'insérer dans la vie économique et sociale. Le besoin d’apprendre la langue française est il un moteur, une motivation majeure pour certains. Cette motivation est conditionnée par leur parcours personnel et s'inscrit dans un contexte social et politique très particulier (crise économique, conflits sociaux, religieux et économiques). Dans ce scénario nous voudrions connaître les différentes composantes qui sont au cœur de la notion de

« motivation », et ensuite comprendre comment ils s’articulent en contexte fermé chez les adultes non francophones d'origines étrangères en formation linguistique.

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2.1.- Vers une conceptualisation de la notion de motivation

Selon le dictionnaire de psychologie15, la notion de motivation s'inscrit dans la fonction de relation du comportement : grâce à elle les besoins se transforment en buts, en plans et projets : L'individu cherche activement des formes d'interaction de sorte que certaines relations avec certains objets sont requis ou indispensables au fonctionnement (…) Le développement de la motivation implique alors : la canalisation des besoins (apprentissages), l'élaboration cognitive (buts et projets), la motivation instrumentale (moyens et fins), la personnalisation (autonomie fonctionnelle).

Dans cette définition sur la notion de motivation, il existe l'idée d'une maturation des besoins. Cela se traduit par la complexification de ces dernières car ils se transforment en objectifs capables d'orienter et organiser les forces des individus. Grâce à la canalisation des besoins par le biais de l'apprentissage, l'individu est il en mesure de transformer les simples besoins d'ordre physiologiques en plans et projets chez le sujet. De cette manière la canalisation des forces vers un but précis permet, éventuellement, aux individus qui ont un haut profil motivationnel, d'avoir un certain contrôle de leur performance et des résultats de ces actions.

D’après « L'accomplissement de soi, de la motivation à la plénitude », de Abraham MASLOW, ce dernier nous propose quelques pistes sur des critères fondamentaux autour de la théorie de la motivation. Dans ce texte, deux idée nous semblent pertinentes afin de conceptualiser cette notion.

D'une part, toute théorie sur la motivation doit être concentrée sur des buts suprêmes ou fondamentaux et non sur des buts partiels et superficiels16. La satisfaction des besoins d'ordre quotidien ou l'accomplissement des tâches qui n'ont pas de significations importantes ou transcendantes pour l'individu,

15 Rolland Doron et François Parot Dictionnaire de psychologie, puf, France, 2011, p 467.

16 Abraham Maslow L'accomplissement de soi, de la motivation à la plénitude, Eyrolles, Paris, 2003, p17.

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ne sont pas forcement des signes de motivation, et pourtant, elles ne peuvent pas être prises en compte comme des critères d'analyse dans l'étude des motivations.

Comme nous l’avons signalé, la motivation implique forcement un changement de comportement de la part de l'individu vers des fins précises.

Donc, il doit y avoir un degré important de besoins chez lui pour que l'on puisse parler de motivation et non pas d'une simple conduite qui cherche s'approvisionner de nourriture ou combler un besoin d'ordre sexuel par exemple. Dans ce sens, la théorie de la motivation ne peut pas être appliquée aux animaux.

Selon A. MASLOW, l'individu considéré comme « motivé » est traversé par divers types de motivations car doit être envisagé comme un canal par lequel plusieurs besoins fondamentaux peuvent être exprimés ou satisfaits.17

Après MASLOW, l'être humain cherche à combler toutes sortes de besoins, pourtant, la motivation est le moteur des comportements des être humains. Pour lui les besoins sont décrits comme un état de déficit ou d'écart à l'équilibre homéostatique18, qui déclenche chez l'organisme des comportements propres en aboutissant à l'acte consommatoire à combler leur déficit et à rétablir l'équilibre. Selon MASLOW, il existe des besoins d'ordre primaire (biologiques), besoins secondaires au services des besoins élémentaires, tels que l'imitation, l'affiliation aux groupes, etc. A ce niveau, on parle des besoins acquis (drive) par l'expérience.

Dans cette logique, la pyramide des besoins de Maslow (1943) a établie l'existence de cinq catégories principales de besoins chez l’être humain, regroupées en trois, organisées par ordre de progression:

1) Action sur l'environnement: Besoins physiologiques (entretiens de la vie matérielle) et besoins de sécurité (survie, confort, tranquillité)

17 Op Cit.

18 L'homéostasie correspond au maintien de un équilibre optimal et adaptatif entre l'organisme et et ses environnement interne et externe, et concerne donc les régulations biologiques en général.

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2) Avoir sa place: Besoins d'appartenance et de relation (fraternité, solidarité, convivialité) et besoins d'être reconnu (estime, pouvoirs, honneurs).

Cela veut dire que l'individu cherche une certaine reconnaissance sociale au niveau professionnel et vis à vis des valeurs de la société à laquelle il appartient).

3) Achèvement social: Besoin de réalisation de soi (plénitude psychologique). Dans ce dernier niveau, l'individu arrive à l'individualisation par le biais de la concrétisation de ses propres sources potentielles et l'actualisation de soi19 afin de devenir lui-même.

L'expression d'une catégorie supérieure ne s'exprime que lorsque les besoins du niveau inférieur ont été satisfaits20. Pour Maslow, les différents niveaux des besoins sont dynamiques et réagissent avec l'environnement.

C'est-à-dire que si les conditions de vie sont négatives pour l'individu, les besoins plus primaires se « réveilleront » jusqu'au moment où le sujet soit capable d'assurer un minimum de conditions de vie qui lui permettront de récupérer la stabilité perdue.

Il est possible que différents types de besoins cohabitent. Cela n'implique pas forcement une quelconque régression dans la pyramide des besoins ainsi que dans le développement d'un individu, car cela peut être juste un état passager qui pourrait éventuellement pousser l'individu à rétablir l'équilibre perdu. Les processus des blocages, des stagnations et des régressions peuvent être attribués à des situations que le sujet considère comme une menace ou de l’anxiété. L’interprétation de chaque niveau de besoin est purement subjective.

C’est un des éléments qui peut dépendre du vécu de chaque individu, de sa culture, de son époque ou de sa génération.

19 Madaleine Blanquefort d'Anglards Motivations et compensations, approches graphologiques et psychologiques, Masson, Paris, 2001, p52.

20 Cécile Delannoy La motivation, désir de savoir, décision d'apprendre, Ressources éducation, France, 1997, p20.

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Il faut dire que cette hiérarchisation des besoins a été très contestée par certains psychologues et psychanalystes, surtout par rapport au manque de précisions sur des notions comme besoins et désir et la division entre les besoins physiques et affectifs chez les enfants hospitalisés par exemple. Pour l’intérêt de cette étude, nous considérons la pyramide de Maslow comme un outil approprié pour l’analyse du développement psychologique chez l’Adulte.

A. Mucchieli a définie la motivation comme l'état de tension insatisfaisant lié à une nécessité essentielle (biologique, psychologique ou sociale), orientée vers une catégorie des objets satisfacteurs qui poussent l'individu à rechercher un état d'équilibre plus satisfaisant par l'atteinte d'objets appartenant à un certain ensemble.

Dans le cadre de notre recherche, la définition qui nous semble la plus appropriée et la plus répandue par plusieurs chercheurs sur la motivation chez les êtres humains à été faite par messieurs VALLERAND et THILL, dans l'ouvrage « introduction à la psychologie de la motivation ». Pour eux, la notion de motivation est considérée comme un concept hypothétique utilisé afin de décrire les forces internes et externes produisant le déclenchement, la direction, l'intensité et la persistance du comportement.21

Par rapport à cette définition, la notion de motivation est considérée comme le résultat d'un processus d'apprentissage entre l'individu et son environnement. L'individu est sous l'influence des éléments externes et personnels qui orientent leur comportement vers des buts qu'il considère comme importants. L'origine des forces (externes) ont la capacité de déterminer l'intensité et la direction de leur comportement motivé.

Chaque définition autour de la motivation est rattachée à une école de pensée. Chacune des théories peuvent décrire les différents phénomènes et les composantes qui caractérisent la motivation, ainsi comment ces éléments s'articulent. Cette double dimension (descriptive et explicative) rend la

21 Robert J. Vallerand et Edgar E. Thill Introduction à la psychologie de la motivation, Editions études vivants, Canada, 1993, p17.

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motivation très difficile à cerner (...) certaines théories ne vont éclairer que quelques phénomènes liés à la motivation (…) sans pour autant pouvoir expliquer l'ensemble des phénomènes motivationnels.22

La conceptualisation de la psychologie des êtres humains est une tâche très complexe et on peut traiter la question de la motivation d’après plusieurs points de vue. Donc, afin de l'analyser et de la comprendre, il est nécessaire d’utiliser une approche théorique qui puisse intégrer l'interaction dynamique entre le sujet (des divers mécanismes biologiques, cognitifs et psychologiques) et son environnement social.

Au cours de cette étude, on abordera la motivation à partir d'une optique socio-cognitive, autrement dit, de quelle manière l’environnement social (la politique en matière pénale et d'immigration) peut conditionner les apprentissages des détenus d'origines étrangères en matière de langues. Dans cette logique, nous nous interrogeons sur la manière dont la notion de motivation s'insère dans les différents politiques pénitentiaires et d'éducation en France chez les détenus non francophones d'origines étrangères. C'est-à- dire, comment et jusqu'à quelle point l’environnement social (la politique en matière pénal et d'immigration) peut conditionner les apprentissages des détenus d'origines étrangères en matière de langues.

22 Fabien Fenouillet La motivation,Les topos. Paris 2003, p19.

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2.1.1.- Les différentes approches pour comprendre l'origine de la motivation

La notion de motivation peut être abordée à partir de différentes approches théoriques qui peuvent expliquer l'origine et les composantes de la motivation. Ces diverses approches, qui ont été mises en avant par deux écoles de pensée, cherchent à déterminer la source de motivation première chez l’homme.

a) Les approches biologique ou innéistes : La motivation est régie par des facteurs hérités génétiquement, inscrits dès la naissance de l'individu.

Il existe donc chez l'individu des caractéristiques fondamentales, constitutives de la nature humaine, qui déterminent le comportement23. Ces types d'approches trouvent leurs origines dans les premières études de la motivation. Les théoriciens issus de cette école de pensée, héritiers du courant philosophique, sont aussi appelés « constitutionnalistes » partagent les idées de Platon et de Descartes. Ils défendent l'innéité des idées. Dans ce sens, la motivation a des caractéristiques unitaires, qui répond aux besoins d'ordres biologique et génétique. Les notions tels que l’instincts, la pulsion et les besoins sont fréquemment présents dans leurs théories.

Les experts, d’un point de vue biologique, expliquent certains comportements motivationnels ‡à travers la biologie, la neurologie, ou encore des pulsions hormonales.

b) Les approches socio-cognitives : La motivation chez les êtres humains est conçue comme le résultat de l'apprentissage et de leur rapport avec le monde extérieur. La conjugaison des éléments d'ordre externe (le contexte socio culturel) et d'ordre interne (l’estime de soi, la compétence, la fierté, la satisfaction personnelle) conditionne sensiblement la capacité des êtres humains à développer un certain niveau de motivation et donc à réussir

23 Alex Muchielli Les motivations, Que sais-je Puf France 2006, p19.

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une tâche donnée.

L'approche sociocognitive est liée à la Psychologie Sociale, dans le sens où elle s'intéresse à l'homme en société, en analysant les processus psychologiques responsables des comportements des individus (les émotions, les attitudes, les attributions, les représentations, etc). D'ailleurs, cette discipline scientifique étudie la dynamique qui existe entre les individus, leurs comportements et la société. Pour Stéphanie BAGGIO, la psychologie Sociale

« est une discipline qui articule plusieurs niveaux d'explications et qui permet de prendre en compte aussi bien les facteurs individuels que contextuels, sociétaux, et culturels. En ce sens elle est une science charnière, entre la psychologie et la sociologie, sans être annexée ni à l'une ni à l'autre ».24

A l'intérieur de cette école de pensée, il y a différents théories qui essaient d'expliquer le rapport entre les être humains et leur environnement.

Entre les années 1920 et 1960, la théorie Béhavioriste (« comportementalisme » en français) a été le modèle de référence en Psychologie Sociale. Cette approche repose sur l'idée que les comportements des individus sont directement déterminés par son environnement social grâce aux renforcement positifs ou négatifs.

Aujourd'hui, le « comportementalisme » en tant que corpus théorique est très contesté par de nombreux chercheurs de par son caractère déterministe qu’exerce l'environnement sur l'individu. Sous cet angle, les êtres humains ont un registre très limité de comportements car ils n'ont aucun capacité de transformer leur environnement.

Dans cette famille d'idées, un grand nombre de théoriciens s’est tourné vers l'approche cognitive qui met en avance les multiples possibilités d'échange entre l'individu et la société. Autrement dit, « les gens se construisent leur monde de différentes façons et que ces constructions psychologiques ont une

24 Stéphanie Baggio, Psychologie Social, de boeck Editiones, France, 2011, p15.

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certaine influence sur le comportement social des individus ».25

Pour Bandura, la capacité d'agir des êtres humains (notion d'agentivité) s'inscrit dans la mise en relation entre les facteurs personnels, le comportement de l'individu et l'environnement. Sous cette logique, « une structure causale interdépendante impliquant une causalité triadique réciproque (…) Selon cette conception transactionnelle du soi et de la société, les facteurs personnels internes- sous forme d'événements cognitifs, émotionnels et biologiques-, les comportement et l'environnement opèrent tous comme des facteurs en interaction qui s'influencent réciproquement ».26

L'influence entre ces trois éléments est relative à chaque individu, à leur capacité d'efficacité27 et à chaque circonstance, car ils sont capables de s'adapter en produisant des comportements et des interprétations aux règles et valeurs établies socialement. Cela veut dire que les sujets sont les produits et des producteurs de leur société.

c) La sphère inconsciente et irrationnelle de la motivation: Le paradigme qui a orienté les travaux des différents théoriciens inspirés par cette approche, à été de savoir si les être humains sont des individus émotionnels ou rationnels. Parmi eux la motivation appartient au domaine de l'irrationnel, sur lequel nous n'avons pas de contrôle conscient.

Les psychanalystes signalent les pulsions comme la force vitale qui est à l'origine de tous nos actes. Malgré l'inexistence de la notion de « motivation » en tant que telle dans l'ensemble de leurs théories, les psychanalystes, parlent des forces qui orientent et déterminent le comportement humain et qui échappent à notre conscience (rêves nocturnes, lapsus et actes manqués, oublies des noms et des projets, actes apparemment absurdes des névrosés,

25 Alain Cerclé et Alain Somat, Psychologie social, DUNOD Editions, France, 2005, p11.

26 Albert Bandura, Auto-efficacité, le sentiment d'efficacité personnelle, de boeck, France, 2003, p17.

27 Interaction entre l'individu et la structure qui implique des transactions agentiques afin de s'accommoder et modifier les dynamiques déjà présents.

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dire un mot à la place d'une autre, etc.). La psychothérapie est un moyen de faire remonter à la « surface » du conscient les forces qui, par peur ou ignorance, se trouvent occultés au plus profond de nous-même. Dans cette logique, Dichter soutient que la culture dans laquelle nous sommes nous impose une vision rationaliste par rapport à nos conduites. A leurs yeux, cette manière de pensée, propre du XXeme siècle, veut absolument rationaliser les sentiments qui pour lui sont une forme supérieure de raison.28

Il est avéré que les émotions jouent un rôle importants dans les comportements des êtres humains, en effet pour certains auteurs cette notion a une importance plutôt positive qui éventuellement pourra pousser des individus à l'action, comme c'est le cas des personnes anxieuses (théorie attributionnelle de l'accomplissement). Les différents aspects subjectifs correspondant au niveau d'activation29 (état interne des besoins, niveau d'activation, expectatives, mise en valeurs des incitations, etc) « sont déterminés par les attributions et, en retour, influencent le comportement de la personne conjointement avec les attentes de succès futur ».30

Par rapport à notre sujet de recherche, la dimension affective n'est pas prise en compte comme un élément essentiel car on pense que les adultes en formation scolaire, maîtrisent mieux, et plus souvent leurs émotions et leurs sentiments par rapport aux adolescents. Le bagage personnel, cognitif et professionnel chez les adultes en formation conditionne de manière importante leur engagement dans les activités scolaires proposées par l'enseignant. Dans ce contexte, les adultes donnent de moins en moins d'importance à leurs émotions.

Les différentes théories sur la motivation abordent souvent la recherche de sens chez l'individu. D’après MUCHIELLI «être motivé, c'est d'abord pouvoir trouver un sens à son action ». Pour cela les individus ont besoin de justifier

28 Op. Cit.

29 J.L. Seara, Fernandez, Escala de motivaciones psicosociales, TEA Ediciones, Espagne, 1999, p8.

30 Op. Cit.

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leurs actions et leurs comportements, lesquels doivent être en concordance avec l'image qu'ils veulent construire d’eux-même. de soi. Cette représentation de soi est construite à partir d'un registre de codes d'ordre social et culturel (famille, société).

Afin d’illustrer la dimension irrationnelle du comportement humain en milieu scolaire, nous pouvons mettre en avant les mécanismes de protection développés par les élèves et plus spécifiquement celui de la mise en échec volontaire en réponse à la protection du sentiment de compétence.

Ce genre de comportement est motivé par le fait de ne pas perdre la face devant les autres et de garder une bonne image de soi. Lorsqu’un élève pense qu'il n'a pas les compétences nécessaires pour accomplir une tâche ou une activité qu'il considère importante, il peut mettre en place des mécanismes auto-handicapants qui ont pour but de responsabiliser les conditions externes de son échec. La menace de l'échec pousse à créer, avant la mise au travail, le scenario qui va permettre l’interprétation acceptable de cet échec. C'est une sorte de protection de la part de l'individu pour se protéger de souvenirs ou pensées divergents.

La dimension irrationnelle et inconsciente dans les comportements et les motivations chez les être humains peuvent varier d'un individu à l'autre ainsi que d'un contexte à l'autre. L'irrationalité dans la conduite et la signification réelle des actions mises en place sont dépendantes en grande mesure des mécanismes psychiques établis par le sujet.

Dans ce cas, si l'objectif est d’étudier la motivation d'une population en particulier, il sera préférable de faire des étude de cas. Ainsi, on pourrait établir un certain nombre de tendances par rapport à cette population. Cette méthode est très utilisée en psychologie clinique, car elle permet d’étudier en profondeur les motivations des individus. Les sources de recueil des informations valides sont les analyses des rêves, les questionnaires, les

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entretiens, etc.31

2.1.2.- Les éléments socio-cognitifs autour de la motivation

Les causes premières de la motivation humaine sont très diverses et prennent leur inspiration de différentes sources. Ces forces, déclenchées par diverses raisons, ont le pouvoir d’organiser et d’orienter le comportement des individus vers des objectifs bien précis. L'origine de ces comportements peut avoir de multiples natures. De plus, ont des significations très profondes qui parfois échappent à la dimension consciente des êtres humains.

En analysant la dimension inconsciente des comportements humains, il est très difficile de dégager une certaine généralité ou une continuité des comportements par rapport aux résultats et réponses dans le comportement des individus. Les théories qui placent l’inconscient comme le principal moteur des actions humaines ne distingue que peu l’aspect subjectif et personnel d’un sujet avec une approche plus groupée et générale d’une population.

L'adoption d'une de ces trois approches qui permet d'identifier la source première de la motivation chez l'individu est très complexe, car il dépend du contexte, de l'organisme en question (leurs représentations, leurs attributions, etc), de l'âge et leur situation professionnel ainsi que familial.

Dans le cadre de notre recherche, on s'intéresse avant tout à comprendre la dynamique motivationnelle, en analysant l’interaction entre de multiples variantes d'ordre psychologique et social. Nous sommes persuadées que dans les rapports sociaux, les individus ont une marge de manœuvre entre la structure sociale et leurs représentations faites à partir d’histoires personnelles et de son contact avec le monde.

Il est très difficile d’attribuer de manière causale la motivation ou le

31 Op Cit.

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comportement d'un individu comme une réponse « logique » à une stimulus déterminé.

Les comportements observables chez les êtres humains se rattachent aux éléments de la situation dans laquelle se déroule l'action, et où elle prend un sens final. Ils dépendent aussi d’éléments intrasubjectifs des niveaux biologique, affectif, social et culturel qui interviennent en interaction pour donner des significations dont l'intégration donnera le sens final sont mise en place par le sujet.32

2.2.- La motivation en contexte scolaire

Sans aucun doute, la motivation est une notion complexe qui fait converger divers facteurs d'ordres environnementaux, physiologiques et psychologiques. Ces éléments s'organisent par rapport aux différents critères, priorités et perceptions personnelles (perception de compétence, le sentiment d'efficacité, la perception d'autonomie, etc.) que l'individu est capable d'évaluer après leur expérience.

Dans les paragraphes qui suivent, nous mettrons en évidence les composantes de la motivation ainsi que leur mise en relation sur le plan scolaire. Nous tenterons ainsi de comprendre les mécanismes mis place et développés par un public d’adultes en contexte de formation linguistique.

Par la suite, il nous semble pertinent de clarifier le positionnement et le rôle des apprenants en contexte de formation linguistique, ainsi que de mettre en lumière les éléments qui peuvent conditionner l'apprentissage de la langue chez les adultes en milieu fermé.

Sous cet angle, nous allons étudier et comprendre les différentes sources de motivation et les éléments propres à cette notion chez les adultes

32 Op. Cit.

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incarcérés. Nous pourrons ainsi comprendre les raisons qui poussent un public adulte à s’engager dans une activité scolaire, et plus précisément dans l'apprentissage de la langue française en milieu fermé.

2.2.1.- La motivation et son implication dans le processus d'apprentissage

Dans le cadre de cette recherche, nous allons utiliser la définition de motivation en contexte scolaire de R. VIAU. Il considère que cette notion est

« l'état dynamique ayant ses origines dans la perception qu'un élève a de lui même et de son environnement et qui l'incite à choisir une activité, à s y engager et à préserver son accomplissement afin d'atteindre un but »33.

Fabien FENOUILLET considère la motivation comme un processus cognitive structuré en deux temps. D'abord, il existe ce qu'il appelle

« l'orientation de la conduite » où l'envie de s'investir dans une activité se développe. Ensuite, le sentiment de s'investir se développe chez l'élève, ce qui a un impact profond sur les apprentissages. Ce processus nommé

« l’apprentissage autorégulé » permet de développer la capacité d'autonomie contrôlée de l'intérieur. Le libre engagement dans les différents devoirs et activités scolaires a un impact positif sur la capacité d'autonomie et l'autorégulation dans le travail scolaire. Cette autonomie, sur le plan scolaire et professionnel, est une de manifestations de la motivation intrinsèque qui, selon plusieurs chercheurs dans le champ de la psychologie de la motivation, permet aux individus de s'impliquer de manière importante dans différents types d'activités. Les individus qui ont une certaine marge de liberté et d'autonomie dans la vie scolaire et professionnelle, sont plus engagés et se sentent plus motivés et déterminés à atteindre les objectifs fixés et ainsi aboutir leur projet.

Cette étape doit être accompagnée d’une série de stratégies afin de préserver le sentiment d'efficacité et de compétence. De cette manière, l'individu est capable de mettre en place des mécanismes de régulation motivationnelle

33 Rolland Viau, La motivation en contexte scolaire, Pratiques pédagogiques, Canada, 1994, p7.

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