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Dieter Bös

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Academic year: 2022

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Économie publique/Public economics 

15 | 2004/2 Varia

Dieter Bös

Henry Tulkens

Édition électronique

URL : http://journals.openedition.org/economiepublique/169 DOI : 10.4000/economiepublique.169

ISSN : 1778-7440 Éditeur

IDEP - Institut d'économie publique Édition imprimée

Date de publication : 15 juin 2005 ISBN : 37-53-20-U

ISSN : 1373-8496 Référence électronique

Henry Tulkens, « Dieter Bös », Économie publique/Public economics [En ligne], 15 | 2004/2, mis en ligne le 12 janvier 2006, consulté le 12 septembre 2020. URL : http://journals.openedition.org/

economiepublique/169 ; DOI : https://doi.org/10.4000/economiepublique.169

© Tous droits réservés

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publiceconomics

économie publique

Revue del’Institut d’Économie Publique Deux numéros par an

n o 15

– 2004/2

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économiepubliquesur internet : www.economie-publique.fr

©Institut d’économie publique – IDEP Centre de la Vieille-Charité

2, rue de la Charité – F-13002 Marseille Tous droits réservés pour tous pays.

Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent ouvrage, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public, sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.

Imprimé en France.

La revueéconomiepubliquebénéficie du soutien du Conseil régional Provence-Alpes- Côte d’Azur

ISSN 1373-8496

Dépôt légal juin 2005 – noimprimeur 375320U

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recherches

articles Apports récents à l’économie publique

A Tribute to Recent Contributions in Public Economics

Dieter Bös

Henry Tulkens

Le Professeur Dieter Bös, né à Prague en 1940, citoyen autrichien, est décédé à Bonn le 20 juin 2004. Il fut, dans le monde académique tant international que germanophone, une figure marquante du domaine de l’économie publique.

Il a suivi un parcours typique de son époque — qui est aussi la mienne, et de bien des collègues de cette génération : son premier titre universitaire fut en effet un doctorat en droit, obtenu à l’Université de Vienne en 1963, suivi en 1968 d’un second doctorat, cette fois en « Rerum Politicarum », entendez en science économique.

Se sont alors succédées des nominations académiques dans cette dernière dis- cipline, aux Universités de Graz (1971-75), puis de Vienne (1975-79) et enfin de Bonn (1979-2004). Il fut aussi Professeur invité à la London School of Economics pendant de longues années (1976-2003), ainsi qu’à l’Université de York de 1994 à 2003.

Au moment où Dieter Bös commence sa carrière, le domaine dans lequel il va s’illustrer est en plein essor. C’est en effet au début des années soixante qu’appa- raît1 l’expression « économie publique ». Les auteurs (européens) qui l’emploient lui donnent délibérément un sens distinct de celui, traditionnel jusque là, des

« finances publiques ». L’ambition commune de ces économistes est d’aborder les grands problèmes du secteur public de nos économies mixtes à la lumière de l’ana- lyse microéconomique (théories de l’équilibre général et de l’optimum), et non plus seulement en termes macroéconomiques keynesiens (typiques de la synthèse écrite aux USA par Musgrave en 1959), ou encore de droit budgétaire, de comptabilité publique et de science administrative. On vit ainsi paraître en 1962 sous le titre de Public Economicsla traduction anglaise du cours que Leif Johansen faisait à Oslo,

∗. CORE, Université Catholique de Louvain. Professeur au Département des Sciences économiques.

Membre du Center for Operations Research and Econometrics (CORE), Université Catholique de Louvain, Louvain-la-Neuve, Belgique.

1. L’expression était courante en italien depuis au moins le début du siècle.

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en norvégien. En 1966, l’AISE en collaboration avec le CNRS, a tenu à Biarritz un colloque dont les actes (qui ont paru en français en 1968 et en anglais en 1969) portent également ce titre. Et en 1971 Serge Kolm a publié sous ce titre un cours, en deux volumes, qu’il faisait à Paris.

Dieter Bös commence son enseignement dans ce contexte, et, en 1981, il pu- blie un premier ouvrage d’économie publique, sous le titre Economic Theory of Public Enterprise. L’entreprise publique restera son domaine principal d’activité scientifique. Il y a consacré deux autres livres, dont le deuxième, Pricing and Price Regulation : an Economic Theory of Public Enterprises and Public Utilities (1994) est à considérer comme une somme en la matière. Entretemps, il a publié en 1991Privatisation : A Theoretical Treatment.

Pour les lecteurs de la présente Revue, il me semble justifié d’appeler leur toute spéciale attention sur l’ouvrage de 1994. Car il constitue une synthèse très com- plète des connaissances que l’analyse microéconomique de la deuxième moitié duXXe siècle a apportées sur le rôle de l’entreprise publique dans une économie de marché. Ces connaissances ont pour une large part leur origine en France. En fait, tout l’ouvrage de Dieter Bös est construit au départ de ce que l’on appelle aujourd’hui le « modèle de Boiteux », à savoir le modèle d’optimisation de second rang dans un contexte d’équilibre général publié par cet auteur en 1956 dans Econometrica. Dans une première partie d’environ 75 pages, Dieter Bös présente les composantes du modèle, dont diverses variantes sont ensuite successivement exposées. Les principales parmi celles-ci découlent d’une distinction méthodolo- gique introduite dès le départ entre approches normative (welfariste) et positive (comportementale) du fonctionnement des entreprises publiques. L’auteur fait ap- paraître – et c’est une originalité de ce livre – que les composantes de base du modèle de Boiteux se prêtent aussi bien à l’une qu’à l’autre approche.

Autre extension possible du même modèle, qui a conduit à des développements appréciables dans les années 80 : celle des « réformes » (appelée par l’auteur « pie- cemeal theory »)2; Bös l’utilise non seulement dans un cadre normatif, ce qui était habituel, mais aussi dans un cadre positif, ce qui l’est beaucoup moins. De plus, cette partie introductive fait le point sur un sujet trop peu abordé en économie de l’entreprise publique : celui de son efficacité productive et en particulier la mesure statistique de celle-ci par les méthodes dites d’« enveloppes DEA ou FDH ».

Les résultats auxquels conduit le modèle de base, ainsi que leur interprétation, leurs implications et leurs extensions sont ensuite couverts dans trois parties, dans lesquelles abondent les développements analytiques complexes du modèle de base.

Ainsi, la deuxième partie «Pricing Policies for Welfare Maximization» présente d’abord un chapitre qui passe en revue les propriétés générales de la vente au coût

2. Elle aussi illustrée en France : par Tirole et Guesnerie en 1980, et ailleurs par Drèze en 1982.

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marginal pure et simple, c’est-à-dire en optimum de premier rang. Ce qui suit suggère qu’il aurait pu être intitulé « Allais pricing », car dans un chapitre suivant, sous l’expression « Ramsey pricing »3, la correction des prix que requiert la prise en compte de l’équilibre budgétaire est abordée. C’est ensuite le tour des considé- rations redistributives, prises en compte sous l’expression « Feldstein pricing », au départ d’articles importants de 1972 cet auteur.

Plusieurs autres extensions, apparues depuis dans la littérature, sont encore couvertes : ajustement du comportement de l’entreprise publique au caractère imparfait de la concurrence dans le secteur privé ; tarification des biens intermé- diaires ; prise en compte de rationnements sur le marché du travail (donc, compor- tement optimal de l’entreprise publique en période de chômage) ; tarification des demandes en pointe ; tarification en présence d’inflation ; et enfin tarification et qualité optimale des biens. Ces six sujets sont traités sur près de 70 pages : c’est dire qu’ils ne le sont pas sous la forme d’un survey énonçant simplement pro- blèmes et résultats, mais au contraire explicitement, en concordance de notation avec le reste de l’ouvrage et en entrant dans les détails.

La troisième partie, «Pricing Policies for Political and Bureaucratic Aims», change complètement la perspective en analysant le comportement de l’entreprise publique du point de vue de ce que l’on appelle aujourd’hui l’« économie poli- tique » (political economics). Par rapport à la démarche précédente, cette approche

« positive » consiste essentiellement à substituer au critère parétien (maximisation de l’intérêt général, représenté par une fonction d’utilité sociale) un autre critère.

Plusieurs possibilités s’offrent à cet égard. Dieter Bös considère et traite explicite- ment de celui de la maximisation des votes, celui de la maximisation de la sphère de décision du décideur public, et encore de celui de la maximisation de l’output public. Le rôle des syndicats dans l’entreprise publique est pris en compte dans un modèle qui formalise le marchandage entre ceux-ci et la direction administrative.

La qualité des produits est abordée également. Enfin, un chapitre est consacré à l’approche dite axiomatique de la « juste » couverture des coûts par les prix, sujet sur lequel Bös a contribué à un article en 1982.

Si l’on considère que l’entreprise publique est en perte de vitesse depuis la fin des années 80, tant dans les faits que dans l’activité des économistes académiques, la quatrième partie de l’ouvrage, intitulée «Price Regulation », prend le relais.

Elle comporte aussi le plus grand nombre de sujets et résultats nouveaux, par rapport à la deuxième édition, et cela justifie amplement le changement de titre de

3. « Boiteux pricing » aurait été plus approprié, puisque les écarts par rapport aux coûts marginaux fondés sur les élasticités des demandes sont la contribution centrale de Boiteux 1956. Il y a évidemment une importante analogie formelle avec la contribution de Ramsey sur les taxes indirectes, mais la nature institutionnelle des décisions en cause – tarification des produits de l’entreprise d’une part, choix fiscaux de l’État d’autre part – me paraît plus importante.

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l’ouvrage. Deux formes majeures, et classiques, de régulation des prix d’entreprises monopolistiques privées sont d’abord étudiées : la « rate of return regulation », essentiellement américaine et fort ancienne, et la « price-cap regulation », plutôt britannique. Elles sont mises en relation avec l’approche welfariste du modèle de base.

Ensuite, l’auteur présente comme six nouvelles formes de régulation celles qui découlent du paradigme de l’agent et du principal, de la présence d’asymétrie d’information sur les coûts ou sur la demande, de l’existence de contraintes bud- gétaires « molles » et enfin de la pratique de tarifications non linéaires. L’ouvrage se termine par un compte rendu des travaux des années 1985-1994 ayant porté sur des marchés dits mixtes, c’est-à-dire comportant des entreprises tant privées que publiques en situation de concurrence oligopolistique.

Le caractère presque encyclopédique de l’ouvrage en fait un précieux auxiliaire de la réflexion pour qui est confronté à l’éparpillement assez grand des contribu- tions à l’économie de l’entreprise publique au cours de la période 1956-1994. Par rapport à l’ouvrage concurrent, excellent lui aussi, qu’a étéPublic Enterprise Eco- nomics de Ray Rees, datant de 1984, celui-ci est certainement plus complet et analytiquement plus poussé, mais assurément d’une lecture plus ardue.

Je crois qu’il faut souhaiter que paraisse un jour une traduction française de l’ouvrage de Dieter Bös : il occuperait une place de choix dans la bibliothèque de ceux qui veulent savoir, ou se rappeler, comment la microéconomie des années 50- 80, pétrie d’équilibre général et d’optimalité parétienne, a inspiré un vaste corps de connaissances sur nos économies mixtes. C’est aussi un domaine typiquement eu- ropéen, qu’il convient non seulement de préserver, mais aussi de mieux connaître.

Dieter Bös a fait à cet égard une contribution de grande classe.

Ce qui précède ne devrait pas laisser l’impression d’un économiste centré sur un seul sujet. Le curriculum vitae de Dieter Bös révèle combien variées ont été ses interventions dans la vie académique allemande et internationale. Il a collaboré à l’édition d’une dizaine de revues, « édité » 9 ouvrages et publié plus de 60 ar- ticles scientifiques dans des revues et ouvrages collectifs : à côté de l’entreprise publique, la taxation, l’économie de la population et des pensions, la privatisation des entreprises d’Allemagne de l’Est et les fondements des constitutions sont des domaines auxquels il a apporté des contributions marquantes. Il fut aussi l’un des 27 économistes fondateurs del’European Economic Association, en 1984, dont il fut aussi le trésorier de 1990 à 1993 et resta un promoteur très actif.

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Dieter Bös

Références

Boiteux, M. 1956. “Sur la gestion des monopoles publics astreints à l’équilibre budgétaire”,Econometrica24, pp. 22-40.

Bös, D. 1981.Economic Theory of Public Enterprise, Springer Verlag

Bös, D. 1991.Privatisation : A Theoretical Treatment,Oxford University Press.

Bös, D. 1994.Pricing and Price Regulation : an Economic Theory of Public Enter- prises and Public Utilities,North-Holland.

Bös, D., B. Genser et R. Holzmann 1982, “On the quality of publicly supplied goods”,Economica49, pp. 289-96.

Drèze, J. 1982. “Second best analysis with markets in disequilibrium : public sector pricing in a Keynesian regime”, in M. Marchand, P. Pestieau and H. Tulkens (eds),The Performance of Public Entreprises : Concepts and Measurement,chapitre 10, pp. 243-267.

Feldstein, M., 1972. « Distributional equity and the optimal structure of public prices »,American Economic Review61, pp. 763-80.

Guitton, H. et H. Tulkens (eds) 1968.Economie publique,Colloques internationaux du CNRS, Éditions du CNRS, Paris.

Johansen, L. 1962.Public Economics,North-Holland.

Kolm, S. 1970-1971Cours d’économie publique : 1. L’État et le système des prix ; 2. Le service des masses, Dunod.

Margolis, J. and H. Guitton (eds). 1968.Public Economics, MacMillan.

Musgrave, R. 1959.The Theory of Public Finance, McGraw-Hill.

Rees, R. 1984.Public Enterprise Economics, 2nd ed., Weidenfeld and Nicholson.

Ramsey, F. 1927. “A contribution to the Theory of Taxation”, Economic Journal 37, pp. 47-61.

Tirole, J. and R. Guesnerie. 1981. "Tax Reform from the Gradient Projection View- point",Journal of Public Economics15, pp. 275-293.

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