POLLINISATION ET FRUCTIFICATION DU CLÉMENTINIER
E. BARBIER
Station de 7?ff/!’ff/;t’! sur 1’;1 6<.ille el les Isrseetes snciaux, Buyes-suY-3’nette (!f:H<’-f<-(3:!’)
1’ravaux effectués il la Station Expérimentale de Boufarik
avec la collaboration technique
de
ylessicurs et COLLE.SOMMAIRE
La
comparaison
détaillée des récoltes fournies par des Clémentiniers ordinaires, dont on connaît laproduction depuis plusieurs
années, et dont la formation des fruits seproduit
dans des condi- tions variées, notamment enprésence
ou en l’absence des abeilles, permet de définirl’importance
du rôle de l’abeille dans la fructification de ces
plantes.
Ces travaux apportent aussi des
précisions
nouvelles sur laparthénocarpie
chez le clémentinier et l’évolution des fruits formés de diversesfaçons.
Ils fournissent encore un matériel de choix pour aborder unpoint
debotanique
encore obscur :l’origine génétique
de cet arbre.INTRODUCTION
Dans un
important
semis degraines
de Mandarinier effectué par le frère CLÉMEN-Ten
1 8 9 8
àl’Orphelinat agricole
deMesserghin (Oran),
TR.!BUT observa dessujets
nettement différents du Mandarinier et dont
l’origine hybride
luiparut
évidente.Un de ces arbres
produisit
des fruits d’une tellequalité qu’il
futmultiplié
dansles vergers sous le nom de Clémentinier de
Messerghin
en souvenir du frère Cr,ÉM!!TT.I)ès le
début,
la culture de cet arbre sedéveloppa rapidement,
d’abord dans larégion d’Oran, puis
àpartir
de19 2 6,
elle gagna laplaine
de laMitidja,
et laplupart
des
régions agricoles d’Algérie
en mêmetemps qu’elle
suscitait ungrand
intérêtau Maroc.
Le Clémentinier et sa
fvucti fecatio!2.
T RABU
T
( 192 6) désigne
commeparents
du Clémentinier le Mandarinier et leBigaradier granito
ou Citrussr!Licifolia,
maisd’après
la révision de la classification des agrumes par CHAPOT(19 49 )
laparenté
du Clémentinierproposée
par TRABUT deviendrait Citrus yeticulata Blanco X Citrus auvantium L.Signalons
que la preuve de cetteparenté
n’a encorejamais
étéapportée malgré
l’importance qu’elle présente
dupoint
de vuegénétique.
Quoi qu’il
ensoit,
le Clémentinierprésentait
un tel intérêt arboricole que saculture s’est
répandue
trèsrapidement,
tnais il estprobable
que les surfacesqui
lui furent attribuées auraient été
plus importantes
encore si cet arbre n’avait pasdéçu
lesagrumiculteurs
par sa fructificationqui
a pu êtrequalifiée
de «capri-
cieuse ».
Dans ces
conditions,
de nombreux aboricultettrs abandonnèrent cettevariété,
tnais en même
temps,
cequ’il
a été convenud’appeler
le «problème
du Clémentinier »a
provoqué
de nombreuses remarques etétudes, ayant
pour but de rechercher lescauses de cette
improductivité
et aussi de proposer des remèdes.R
EBOUR
(ig 5 o)
considérant que l’arbreutilise,
rien due pour lafloraison, 1 / 4
de ses besoins annuels en azote,
préconise
de fournir à laplante
une fumure azotéesous forme
nitrique,
un mois avantl’apparition
des fleurs.R
ENAUD
( 1954 ) ajoute
que cetapport
d’azote doit êtreaccompagné,
surtoutdans les sols
légers,
d’uneirrigation
si lapluviométrie
est déficiente.PETIT
( 194 1)
et BEVANCOIÇ(1 941 ) pratiquent
avec succès des incisions annu-laires de l’écorce sur les grosses branches et même sur le tronc.
C APEI ,
LAD!<;S
( I o 4 o)
a même conseillé decomprimer
le tronc avec un lien decaoutchouc.
R
ENAUD
( 1954 )
conseille legreffage
du Clémentinier sur PoncivustrifoLiata,
comme l’avait
déjà préconisé
TRABUT(ig26) ;
ceporte-greffe
étant moinsvigou-
reux que le
Bigaradier,
favorise la mise à fruit.PETIT
( 1940 ) signale
que lesurgreffage d’Orangers,
eux-mêmesgreffés
surBiga-
radier
(greffe
ensandwich)
donne d’excellents résultats.En
fait,
les anomalies constatées dans la mise à fruit du Clémentinier semblent être dues à un facteur nutritionnel(déficience
du sol en éléments nutritifs ourapports
entre le
porte-greffe
et lesujet) ;
les moyenspréconisés
pour y remédier et surtout lesapports d’engrais
azotés se sont montrés efficaces.Dans un autre ordre d’idée !.!c.!R!r,i,! et 3fiEvzx.RzEcKi
( 1937 )
constatent que la fleur du Clémentinier est très sensible au froid et au vent ; aussi recommandent-ils de réserver à cet arbre lesparcelles
bienprotégées.
L’aspect climatique
duproblème
de la fructification du Clémentinier ne semble pasnégligeable.
Les zones maritimesparaissent
favorables à cetteespèce ;
on cons-tate par
exemple
que le Clémentinier fructifie normalement enCorse ;
enAfrique
duNord il est
plus
fertile dans lesrégions côtières,
ainsi d’ailleursqu’en Espagne.
Certains auteurs comme PETIT
( 1940 )
AUGUSTE( 1954 )
ont insisté sur le fait que lamultiplication
du Clémentinier avait été faite sansméthode,
etqu’en
l’absencede
sélection,
il se serait créé des clonesplus
ou moinsproductifs
comme cela s’estproduit
pour le Citronnier Euveka aux U. S. A.(CUENO T 1947 ).
C’est ainsi que LARSEN
( 1942 ) signale
l’existence d’un Clémentinierrégulière-
ment
productif
etplus précoce
que le Clémentinierordinaire ;
cet arbre fut multi-plié
sous le nom de Clémentinier ,Vl!iiréfil. 3.Iais AUGUSTE( I g5 4 ),
s’il confirme les observations de LARSE&dquo;!, constate que les fruits de cette variété contiennent 4 foisplus
depépins,
cequi
diminue leur valeur.Enfin,
d’autres auteurs ontenvisagé
le«problème
du Clémentinier sousl’aspect
de la
pollinisation.
RE
BOUR
( 1945 ) signale
laprésence
de fleurs mal conformées en raison des condi- tions demilieu ;
il pense que ces fleurs ont une fertilité réduite. MAURi(rg 45 )
cons-tate que ces fleurs sont fertiles et CosTE et GnGrrnxn
( 195 6) obtiennent,
par lapolli-
nisation
artificielle,
un taux de nouaisonplus
élevéqu’avec
les fleurs normales.Par
ailleurs,
laplupart
des auteurs n’ont pasmanqué
designaler
que les fruits du Clémentinier ont un nombre depépins
trèsvariable ;
onsignale
parexemple
o à 20 ou 25
pépins
pour des fruits récoltés sur la même branche.Les travaux de I,ncnx!r,r,! et MIEDZYRZECKl
(1 937 ),
PÉREAU LEROY(1951),
C OST
E et GAGNARD
( 195 6)
ont montré que la vitalité dupollen
de Clémentinier nepeut
être mise en cause. Eneffet,
il est engrande partie
normalement constitué et son taux degermination
estlargement
suffisant pour assurer la fécondation.La semi-stérilité du Clémentinier serait due en
définitive, après
les causesdéjà énumérées,
à uneauto-incompatibilité plus
ou moinsprononcée
chez les diversclones,
mais cetteauto-incompatibilité
serait enpartie compensée
par lapossibilité
quepossède
le Clémentinier dedévelopper
des fruitsparthénocarpiques
comme le fontla
plupart
des agrumes.-
Considérant
lapollinisation
par lesabeilles,
I,ACnR!!,r,! et MrEDZYRZ!cKr(rg 37
)
ont voulu évaluer leur rôle dans la formation des fruits. Ils ontremarqué
que d’unefaçon générale,
elles sont favorables à la fructificationgrâce
à lapollinisation
croisée
qu’elles
assurent avec lepollen
d’autres agrumes, mais que le nombre depépins
estplus
élevéqu’en autopollinisation
avec le proprepollen
du Clémentinier. Ils considèrent encore que, même dans lesplantations homogènes,
laprésence
des abeilles est utile mais ilsn’apportent
pas, à cettequestion,
toute laprécision
nécessaire.CosTE et GAGrraRD
( 195 6) signalent
avoir isolé sous cage un Clémentinier Mon- réal avec des abeilles et avoir obtenu des fruits àpépins
abondants(o
à30 ).
PETIT
( 1940 ) ayant procédé
au mêmeessai,
mais sansabeilles,
sur un Clémen- tinierordinaire,
constate que la fructification estnulle,
alors que I!ACAREU.E et MIEDZYRZ E
CKl
( 1937 )
avaient obtenu des fruits sans toutefois enpréciser
le nombre.Enfin HORNet TODD
(ig 5 8), reprenant
uneexpérience
de ces dernierschercheurs,
montrent que les Clémentiniers ont une
production
accrue si lapollinisation
croiséeeffectuée par
les abeilles est faite avec dupollen d’Oranger,
mais ils constatent aussi que lespépins
sontplus
nombreux.En
conclusion,
onpeut
dire que leproblème
de la fructification du Clémentinier est desplus complexes.
Eneffet,
cette fructification est sous ladépendance
deplu-
sieurs facteurs
qui
sont tousplus
ou moins déterminants.Toutefois,
si laplupart
des facteurs relevant de la
pratique
arboricole ont étéétudiés,
àjuste raison,
avecbeaucoup
desoins,
il nous a semblé que le facteurpollinisation,
etplus particulière-
ment le rôle de
l’abeille,
n’avait pas été considéré avec toute l’attention désirable.C’est pour combler cette lacune et en
opérant
dans des conditions bien définies que des travaux ont étéentrepris
en19 6 2
à la Stationexpérimentale
de Boufarikafin d’étudier
quelques problèmes
relatifs à laparthénocarpie,
à lapollinisation
etau
développement
des fruits chez le Clémentinier.CONDITIONS DES ESSAIS
Nous
disposions,
pour nos essais, d’uneparcelle
portant 116 clémentiniers ordinaires,greffés
sur Ponârus
t y ifoliata, plantés
en rg¢r en terreargileuse
avecplan
d’eau à faibleprofondeur.
Lesarbres reçurent de 1951 à i957 des «
greffes-pont
o avecbigaradier
afin de leur donnerplus
devigueur
et améliorer les rendements.
Depuis
cette date d’ailleurs laproduction
n’a cessé de progresser.La
parcelle
considérée est en « non culture »,technique
favorable à laproduction
des fruits dans les conditions du sol de cetteparcelle
etchaque
arbrereçoit
en outre une fumure minéralerépondant
annuellement à la formule suivante en chacun des éléments purs :Parmi ces arbres, les relevés des récoltes
( 1 ) permirent
de découvrir six arbres dont la moyenne deproduction
des sept dernières années s’établissait à des valeurs très voisines(voir
A au tabl. 6).En avril 1962, avant
l’apparition
de toute fleur, 4arbres furent recouverts de cagesgrillagées,
selon une
technique
maintenantclassique
utilisée pour tous les travaux sur lapollinisation.
Lescages sont constituées par des cadres en bois de i,5o m X 3 m
garnis
de toilemétallique
fine etqui
peuvent s’assembler dans tous les sens(fig. i).
Dans le cas présent, les cages constituées par 10 ou r3cadres restèrent en
place pendant
t«ute lafloraison et ne furent démontées
qu’en juin,
c’est-à-dire à une époque où toutes les fleurs, même lesplus
tardives, avaientcomplètement disparu.
Les arbres n° 2666 et n° 2681ayant la même
production
moyenne furent réservés à l’étude de l’influence de lapollinisation
par les abeilles. A cet effet, l’arbre n° 2666 fut débarrassé après montage de la cage, de tout insecte pouvant provoquer lapollinisation
et la cage ne fut jamais ouvertependant
toute la
période
des essais, alors que dans la cage de l’arbre n° z68i et avantl’apparition
de la pre- mière fleur, il fut introduit une ruchette contenant environ 2000abeilles de tous âges installées sur3 cadres Langstroth dont i de couvain et deux contenant un peu de miel et pollen. De temps en temps, cette petite colonie était renforcée par du couvain naissant.
Afin de contrôler la formation des fruits soit par
pollinisation
artificielle avec dupollen
<te diversagrumes, soit sous l’influence de
produits
à actionparthénocarpique,
deux autres cage, furent installées sur les arbres n° 2678 et n° 2694.Quant
aux arbres n° 2695 et n° 2745, ils furent réservés à l’étude de lapollinisation
dans lesconditions naturelles.
( 1
) Relevés effectués par !I. BLOXDEL, alors Directeur de la Station, que je remercie pour toutes les informations qu’il a bien voulu me fournir au sujet des agrumes et de leur culture.
RÉSULTATS
i)
Intensité dubutinage
sous cage et enPlein
airLes observations ont été faites en
procédant
à des dénombrementsrépétés
dunombre de fleurs butinées
pendant
un mêmelaps
detemps
sur desbouquets
de ra-meaux fleuris
présentant
un volume et une floraison aussi voisins quepossible.
Sous cage, le nombre moyen des visites sur les fleurs est de 6
à fois plus grand qu’en plein
air et l’intensité dubutinage
est à peuprès
constante au cours de lajournée,
alorsqu’en plein
air on note un ralentissementpendant
les heures lesplus
chaudes.
Dans ces
conditions,
l’intensité dubutinage
sous cagepeut
être évaluée appro- ximativement à 10fois cequ’elle
est enplein air ;
c’est-à-direqu’un
défaut depolli-
nisation est exclu.
Ajoutons
encorequ’en plein air,
nous n’avons pasremarqué
laprésence
d’in-sectes
pollinisateurs
autres que lesabeilles,
àl’exception
d’un seul individuhymé- noptère
maisqui
n’a pu êtrecapturé.
Ce manque de
pollinisateurs
autres que l’abeille estpeut-être
dû à la natureargileuse
des sols de laMitidja
ou à leurhumidité,
mais c’est un faitqui
démontrebien que, dans ce très
important
centre deproduction,
l’abeille est le seul insectepouvant
assurer lapollinisation
du Clémentinier et, sans aucundoute,
lapollini-
sation des agrumes en
général.
2
) As!ect
de laflo y aison
Dès le début de la
floraison,
on constate sous les arbresbutinés,
enplein
air ousous cage, que les
pétales
des fleurs tombent trèsrapidement
etqu’ils jonchent
lesol en
abondance,
alors que dans le mêmetemps,
les arbres non butinés conservent leurs fleursplus longtemps
et que la chute despétales
ne seproduit qu’avec
un re-tard de 2 à 3
jours.
La chute des
pièces
floralesenregistrée
sous les arbres butinés est favorisée par l’actionmécanique
des abeilles sur lespétales
et lesétamines, lorsqu’elles
sont à larecherche du nectar.
Toutefois,
lapollinisation
hâte encore cette chute car elle déter- mine chez la fleur des réactionsphysiologiques qui
rendentcaduques
lespièces
flo-rales devenues inutiles
(V AZART ,
1955 ; BARBIER,19 6 2 ).
3
)
Pollinisation à la main COSTE et GAGNARD
(io 5 6)
ontprocédé
à despollinisations
à la main sur desfleurs de Clémentinier et citent des taux de nouaison très variables selon les
pollens
utilisés. Considérant le nombre élevé de variétés
appartenant
aux diversesespèces
en collection à la
Station,
nous avionsenvisagé
deprocéder
à despollinisations
trèsdiverses sur l’arbre n°
2 6 94 protégé
par une cage.Malheureusement,
les événementsne nous
permirent
deprocéder qu’à 4
séries de cespollinisations.
La
technique
utilisée était la suivante : dans unbouquet
fleuri venant d’êtrecueilli sur un arbre
appartenant
à une variété étalonnée encollection,
une étaminefraîchement ouverte était
prélevée
avec despinces
et mise en contact avec lestig-
mate d’une fleur normalement constituée et dont les étamines n’étaient pas encore ouvertes. L’arbre étant sous cage à l’abri des
insectes,
il nepouvait
y avoir derisque
de
pollinisation
indésirable.Les résultats obtenus dans ces conditions et
portés
au tableau i confirment dans leur ensemble ceux obtenus par COSTE et GAGNARD( 195 6)
et démontrent encoreque :
1
°)
Les fleurs normales sontfertiles, qu’elles
sont facilement fécondables par certainspollens
et que la fécondité despièces
femelles de la fleur nepeut
être miseen doute.
2
°)
En l’absence depollen,
ilpeut
se formerquelques
fruitsparthénocarpiques
aspermes.
3
°)
Lepollen
de Clémentinier est peu efficace pour la formation du fruit(taux
denouaison bas et nombre réduit de
pépins).
En
conséquence,
laprésence
d’unagent pollinisateur
est très favorable à lafructification du Clémentinier.
4
)
Foymation etg y ossissement
desfruits
Au début du mois
d’août,
alors que la « chute dejuin
o étaitfaite,
onpouvait
re-lever sur les arbres sans abeilles la
présence
d’assez nombreux fruits dont la forma- tionparthénocarpique
nepouvait
être confirméequ’après dépouillement
des diversrésultats et notamment du dénombrement des
pépins. Toutefois,
uncomptage
démon- trait que les fruits étaientbeaucoup plus
nombreux sur les arbrespollinisés
que sur les arbresprotégés
des abeilles et que, deplus,
dans lepremier
cas, les fruits étaientplus
gros.Afin de définir la grosseur de ces fruits et pour suivre leur
grossissement
aucours de la
végétation,
latechnique
suivante fut utilisée : surchaque
arbre àétudier,
20
fruits, répartis
à lapériphérie
de la frondaison à raison decinq
parpoint cardinal,
sont
répérés
et numérotés. De semaine ensemaine,
leur circonférence estsoigneuse-
ment déterminée à l’aide d’un ruban
gradué ( 1 )
et leur diamètre moyen est ensuite calculé. Danschaque
série et surchaque fruit,
lesgrossissements
observés sont extrê-mement voisins les uns des autres, aussi une moyenne calculée sur 20 fruits est-elle très suffisante.
Résultats : afin de mieux faire
apparaître
les différences dedéveloppement
entreles
séries,
les mesuresportées
au tableau 2 ont été calculées parrapport
au diamètremoyen des fruits normalement
pollinisés pris
comme référence à la date de la mesure.On y trouvera aussi les diamètres de séries de fruits obtenus par
pollinisation
à la main.
Dans ce
tableau,
onpeut
remarquer que :a)
Dès le 15aoùt,
il existe unegrande
différence degrossissement
entre les fruitsdes 3 arbres. Les fruits formés en
autopollinisation (n° 2 68 1 )
ont un diamètrelégèrement
inférieur à celui des fruits de référence(n° 2 6 95 )
mais les fruitsparthé- nocarpiques (n° 2 666)
sont très nettementplus petits.
b)
Le 29août,
legrossissement
des fruitsparthénocarpiques apparaît
commeplus rapide,
mais les fruitspollinisés
à la main sont nettementplus
gros., (1) Méthode beaucoup plus précise et
plus
rapide que celle utilisant un compas de mesure ou un piedà coulisse. De plus, l’emploi du ruban ne risque pas de blesser le fruit.
Ces observations
pourraient
faire penser que lepollen,
par son abondance ousa nature,
peut
avoir une incidence sur ledéveloppement
dufruit ;
mais la cause réelleest la formation des
graines
comme nous le verronsplus
loin.c)
Le 22novembre,
au moment de larécolte,
onpeut
remarquer que les fruitspollinisés
à la main ont continué à sedévelopper
sensiblement au mêmerythme
que les fruits de référence(arbre 2 6 95 ).
Par contre, les fruits enautopollinisation
par les abeilles(arbre 2 68 1 )
ontgrossi plus rapidement
et ont presquerattrapé
le dia-mètre de référence.
Quant
aux fruits de l’arbre2 666,
ils ont eu undéveloppement plus rapide
encorepuisque
de8 7 ,g
p. 100 du diamètre de référence au 15août,
ils sont arrivés àprès
de9 8
p. 100 de ce diamètre le 22 novembre.Les causes de cette différence de
rapidité
dugrossissement
doivent être recherchées dans la différence decharge portée
par les arbresenvisagés.
Il est évidentque les fruits seront d’autant mieux alimentés
qu’ils
seront moins nombreux. Deplus,
laproportion
depetits
fruits sera réduite et à cetégard
le tableau 3 est suffisamment démonstratif.- 9_- -&dquo; . -- !
G y
osseur
desfruits
etprésence
despépins
Si les différences de
charge
sur un arbrepeuvent expliquer
que les fruits peu nombreux sont mieux alimentés et, de cefait, grossissent plus
vite que ne le font lesfruits
plus nombreux,
on constatequ’au
moment despremières
mesures, c’est-à-direau 15
août,
ces fruitsd’origine parthénocarpique
ont un diamètreplus petit
que celui des fruitspollinisés.
Deplus, malgré
ungrossissement plus rapide,
le diamètre atteintau 22 novembre n’est pas en
rapport
avec la différence decharge (tabl n° 3 ).
Par ailleurs sur l’arbre
2 6 94 protégé
desabeilles,
lespollinisations
à la mainont été faites sur des fleurs très
rapprochées
les unes des autres etportées
sur lesjeunes
rameaux. La nouaison
ayant
étéexcellente,
ces fruits se trouvaient dans des condi- tions très mauvaises pour atteindre de fortsdiamètres,
c’est-à-direcharge
locale-lement très
importante
et rameaux nourriciers faibles. On remarquera sur lafigure
2de véritables grappes de fruits.
Malgré
ces conditionsdéfavorables,
les diamètres relevés sont très nettementsupérieurs
au diamètre moyen des fruitsparthénocar- piques isolés,
formés auvoisinage
sur le même arbre et se trouvant donc dans des conditions très favorables dupoint
de vue de leur alimentation. Laprésence
despépins
est donc liée à la formation de gros fruits.Cette constation est
également
valablelorsqu’on
examine en détail laproduction
d’un arbre entier. Pour les 3 arbres
étudiés,
tous les fruits récoltés ont étéépépinés après calibrage
et sur lafigure 3 le
nombre moyen despépins (no y maux
ouavortés)
contenus dans les seuls
fruits
contenant au minimum unPéPin
a étéporté
en corréla-tion avec le diamètre réel des fruits
(après
correction du calibre fourni par la cali-breusej.
Dans ces conditions :a)
pour l’arbre n°2 6 95 pollinisé
enplein air, plus
le diamètre du fruit estgrand, plus
lespépins
sontnombreux ;
mais onpeut
constater que pour les troispremiers
calibres le nombre des
pépins
progresse à unrythme plus
lent que pour les gros dia- mètres.b)
pour l’arbre n° 2666 enautopollinisation
stricte(sans abeilles)
s’il existe bienquelques
rares fruitsprésentant
i ou 2pépins, toujours
avortésd’ailleurs,
leurpré-
sence accidentelle est sans
rapport
avec la grosseur du fruit.c)
pour l’arbre 2681 enautopollinisation
avec lesabeilles,
l’allure de la courbe est assez voisine de celle de l’arbre n°26c!5
mais elle est nettementplus basse ;
danssa
première partie,
au diamètre de 54,70 millimètrescorrespondent 2 ,8 pépins
contre8,
2
enpollinisation libre,
ceci étant dîi à la différence decharge portée
par les arbres.Dans les dernières
parties
de lacourbe,
par contre,l’augmentation
du nombre depépins
estplus rapide
que pour l’arbre n°2 6 95 .
Cette
particularité
tient sans doute au fait que, lors du dénombrement despé- pins,
il n’a pas étépossible
deséparer
lespépins
avortés despépins
normaux. Descomptages
restreints ont montré que lespépins
avortés sontplus
abondants dansles fruits riches en
pépins.
Ces observations sur le diamètre des fruits et sur la
présence
despépins
appor- tent une confirmation aux travaux de NiTSCH( 1954 )
pourqui
lesgraines
diffusentdans les tissus environnants des substances de croissance favorisant le
développe-
ment du fruit. Elles
expliquent
aussipourquoi
I,ncnR!!,!,! et MIFDZYPZECKI(1937)
avaient
déjà
noté des discordancesapparentes
entre le nombre depépins
et le dia-mètre des fruits selon la provenance de ceux-ci.
D’autre
part,
si nous considérons lestechniques
utilisées par les services de contrôle àl’exportation (Répression
des Fraudes et O. F. A. L. A.C.)
le nombremoyen de
pépins
contenus dans un fruit dechaque catégorie
s’établit selon les don- nées du tableau 5.Pour le Clémentinier
ordinaire,
dit deMesserghin,
tout au moins pour les arbressur
lesquels
nous avonstravaillé,
cette étude nouspermet
encore de confirmer lespoints
suivants :a)
En l’absence de toutepollinisation,
il y aproduction
de fruits. Dans ce cas,les fruits sont
parthénocarpiques ; quelques
fruitsprésentent
toutefois i ouplus
rarement 2 à 3
pépins
maisqui
sont tous avortés.b)
Enautopollinisation
enprésence d’abeilles,
l’arbre est loin d’être stérile commele montre le détail suivant :
Sur ces 1
3 6 2 pépins, quelques-uns
furentcoupés
au moment del’épépinage
et on constata
qu’un
certain nombre d’entre eux étaient avortés. La mise en stra- tification apermis
d’obtenir 417plantules qui
furent semées le r5 mai19 6 3
et surlesquelles
nousespérons
contrôler laparenté
duClémentinier, laquelle
reste bienhypothétique
une soixantaine d’annéesaprès
la découverte de cet arbre étonnant.En
effet, l’hypothèse
de TRnBUT( 192 6)
semble avoir été infirmée par les obser- vations de ‘U!BB!R(cité
parCuE NO T, m!47).
Il est vrai que dans les deux cas, lesgraines
n’ont pas été obtenues parautopollinisation
et lesjeunes plants
sont deshybrides.
Lapollinisation
de la fleur de Clémentinier par le proprepollen
du mêmearbre
pourrait
provoquer laségrégation
des caractères des éventuelsparents.
c)
Enfiollinisation libre,
les fruits sont nettementplus
nombreux et lespépins plus abondants,
mais il existe tout de mêmequelques
fruits aspermes.La
présence
de ces fruits aspermes avaitdéjà
étésignalée
parplusieurs
obser-vateurs et nous remarquons ici que leur
proportion
varie avec le mode de formationdes fruits : 2,3 p. 100 en
pollinisation
libre enplein air,
contre c!5 p. 100en l’absence d’abeilles.d)
Enautopollinisation,
bien que laproportion
des fruits aspermes soit moins élevée enprésence
des abeillesqu’en
leurabsence,
nous devrons constater que lesabeilles favorisent la formation de ces fruits
parthénocarpiques (68 9
contre57 6).
Ilsemble donc que dans la sélection de Clémentinier cultivée à
Boufarik,
s’il existe uneauto-incompatibilité
réelle entre lestigmate
et lepollen,
cequi
se traduit par unnombre,
réduit depépins,
laprésence
dupollen
sur lestigmate
ou son début degermination
ou encore le
simple
passage desabeilles,
suffit à provoquer la formation des fruits par-thénocarpiques.
Quoi qu’il
ensoit,
les résultats obtenus au cours de ces essais montrent que le Clémentinier cultivé à Boufarikpossède
une autofertilité certaine et ils nous per- mettentd’envisager
avec PETIT(rg 4 o),
CuÉrroT( 1947 )
et AUGUSTE(195’4)
que l’ab-sence de méthode dans le
prélèvement
desgreffons
a pu provoquer lamultiplication
de clones assez différents en ce
qui
concerne laproductivité,
lesexigences écologiques,
etc. et aussi le
degré d’auto-incompatibilité
entre lestigmate
et lepollen.
Pour cedernier caractère, les deux
types
extrêmes sont le Clémentinier ordinaire Cadoux et le Clémentinier Monrealsignalés
par CHAPOT( 19 6 3 )
dans une toute récentepublication.
Nous avions
prévu
de réaliser les mêmes essais en19 6 3
sur la variétéd’orange Washington
Navelqui
neproduit
pas depollen
normalement constitué et dont les fruits sont aspermes. Dans cesconditions,
il aurait étépossible
de définir si lesimple butinage
des abeillespouvait,
en dehors de toute actionpossible
dupollen,
favoriserla formation
parthénocarpique
des fruits.Malheureusement,
la floraison de la variétéWashington
Navel aété,
cetteannée,
extrêmement
faible,
aussi nous avonspréféré porter
nos efforts sur une variété àpollen
abondant etfécond,
à fruits riches enpépins
et dont la floraison a été à peuprès normale, l’orange
deBlida,
afin de contrôler si cette variétépeut
former desfruits
parthénocarpiques
en l’absence de toutepollinisation
et enautopollinisation
avec
présence
des abeilles.B
LOXDEL et BARBIER
( 19 6 2 )
avaient constatéqu’en
1957 où le mois d’avril avaitcomporté
13jours
depluie ( 105 millimètres),
les fruits contenaient un nombre réduit depépins,
alorsqu’en 19 6 1 ,
avec 4jours
depluie
seulement(io millimètres),
les fruits des mêmes arbres en contenaient
beaucoup plus.
Il était avancé que cette différence
pouvait
avoir étéprovoquée
par une dimi- nution de l’activité des abeilles. Les résultatsrapportés
ci-dessus confirment bienqu’en
l’absence des abeilles lespépins
sont moins nombreux dans les fruits. Mais l’examen desproductions
révèle encore que pour les deux annéesconsidérées,
la fructification calculée sur m6 arbres a été très différente. On note en effet les chiffres suivants
qui
démontrent d’unefaçon
très nette l’influence de l’abeille dans la fructification du Clémentier.6) Fructification
Tout comme la
présence
despépins
dans lesfruits, l’importance
des récoltes est en relation avec le mode depollinisation.
Mais avant deprocéder
à des compa-raisons,
il est nécessaire d’étudier laproduction
des arbres enexpérience,
non seu-lement en effectuant une moyenne
arithmétique
des récoltes fournies en 7 ans( 1955
à
ig6i
- Voir « A », tabl.6),
mais en examinant année par année leur évolu- tion. Dans ce cas, on constatequ’au
cours des 3 dernièresannées,
lesproductions
sesont maintenues à un certain
plafond
dont les variations n’ont pasdépassé
unedizaine de
kilogrammes,
enplus
ou enmoins,
parrapport
aux moyennesportées
en « B » au tableau 6.
Ces dernières moyennes sont donc très valables bien
qu’elles
fournissent des valeurslégèrement
différentes d’un arbre à l’autre. Encomparant
les récoltes de19 6
2
avec ces moyennes, onpeut,
à notre sens, définir valablementl’importance
du mode de
pollinisation
pour la fructification du Clémentinier.a)
Enpollinisation
libre. Pour laparcelle entière,
la moyenne deproduction
desarbres en
19 6 2
subit unelégère
diminution parrapport
à la moyenneig 5 glig6i,
diminution
qui
est de l’ordrede
p. 100. Enconséquence, 19 6 2
n’a pas été une annéede
production exceptionnellement
élevée. Cepoint
méritait d’êtresignalé
car ilpermettra
de faireplus
loin une remarque intéressante.Les deux arbres témoins n°
2 6 95
et n° 2745,également
enpollinisation libre,
accusent aussi une baisse de
production.
Cette diminution estlégèrement plus impor-
tante et atteint 10 p. 100. Nous pensons que cette différence est
négligeable
et quenos chiffres
( 1 )
constituent une base solide pour déterminer le rôle de l’abeille dans laproduction
fruitière du Clémentinier.Toutes les données
chiffrées,
concernant laproduction
desarbres,
sontindiquées
au tableau 6.
Après
lerapport
entre les récoltes de19 6 2
et celles de lapériode i95c!-r96r,
un dernierrapport, corrigé
en attribuant uneproduction
de IOOkg
auxdeux
témoins,
nouspermet
de définirl’importance
du rôle de l’abeille dans la fruc- tification.Cette correction a pour effet de relever
légèrement
lesrapports
mais elle per- met de chiffrer le rôle de l’abeille avecplus
d’exactitude.b)
Enautopollinisation
avec les abeilles(arbre
n°2 68 1 )
etmalgré
unbutinage
intensif des
fleurs,
l’arbre n’aproduit
que66, 4 kg
soit8 7 , 5
p. 100de cequ’il
auraitdû
produire.
La diminution de i2,5 p. 100n’estpeut-être
pas trèsimportante,
maiselle est
déjà
sensible.c)
Enauto!ollinisation
sans abeilles(arbres
n°2 666, 2 6 7 8, 2 6 94 ).
La chute deproduction
est considérablepuisque
ces trois arbres neproduisent
en moyenne que 34,9kg
soit3 6,8
p. 100de cequ’ils
auraient dûproduire.
La diminution de
production
s’établit donc à6 3 , 2
p. 100, chiffrequi permet
d’évaluerl’importance
de l’abeille dans la fructification d’un Clémentinier.7
)
NavélisationOn
désigne
sous le terme de navélisation une malformation du fruit chez les Citrus et cette malformation est derègle
dans les variétés du groupe des Navel. Le fruit navélisé renferme à son sommet et à l’intérieur une deuxième orangeplus
oumoins
développée
et mêmeparfois
une troisième.Les abeilles ont été accusées de favoriser la navélisation des fruits. Bien que Box.CE cité par LEROY
( 1953 ) signale
que cette malformationpeut
êtreprovoquée
par un
acarien,
nous n’avonsjamais constaté,
au cours de nos travaux, la moindre navélisation sur les fruits butinés par les abeilles etprovenant
des arbres enexpé-
rience.
Il semble donc que la visite des abeilles soit sans effet sur la navélisation.
8)
Coloration desfruits
Pour définir la couleur
qui correspond
à la maturitéapparente,
une échelle de 5couleurs a été établie :
i - fruit tout vert ;
2 - fruit tout vert mais cellules à essence
jaunes ;
3 - fruit à dominance verte ; 4 - fruit à dominance
jaune ;
5 - fruit tout
jaune.
Des relevés ayant
porté
sur 100 fruits par arbre( 25
par face E. S. O.N.)
ontpermis
de constater que chez les fruitspollinisés
la couleur est en avance d’une classe.( 1
) On voit ici toute l’importance des relevés de production poursuivis régulièrement ; ils constituent rlans une Station une source inépuisable de renseignements.