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STRATEGIES PAYSANNES DE GESTION DES RISQUES CLIMATIQUES DANS LA DEPRESSION DES TCHI AU SUD-BENIN

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Academic year: 2022

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Revue de Géographie de l’Université de Ouagadougou, N° 08, Volume 1, octobre 2019 85

SUD-BENIN

DODO Mahouna Citora1, DODO Vidéva Catira2, OGOUWALE Euloge3

1Département de Géographie et Aménagement du Territoire, E-mail : [email protected],

2Département de sociologie, E-mail : [email protected]

3Laboratoire Pierre PAGNEY : Climat, Eau, Ecosystèmes et Développement, E-mail : [email protected]

RÉSUMÉ

La présente recherche étudie les stratégies développées par les exploitants agricoles face aux risques climatiques dans la dépression des Tchi au Sud-Bénin.

La démarche méthodologique utilisée s’articule autour de la recherche documentaire, l’interview des populations cibles et des agents de l’Agence Territoriale pour le Développement Agricole (ATDA). La méthode des prix

« atténuateurs » a été utilisée pour l’analyse des résultats.

Il a été identifié deux risques climatiques majeurs perçus par les paysans. Il s’agit de l’inondation et des poches de sécheresses. Ces différents risques climatiques majeurs ont des impacts sur l’agriculture familiale comme la perte des récoltes et le mauvais rendement des cultures. En réponse à ces contraintes, les stratégies des exploitants agricoles sont entre autres le drainage par 62 % pour les risques d’inondation, l’irrigation par 68 % pour les risques de poches de sécheresses. Ces stratégies, en raison de leurs limites et contraintes, ne favorisent pas une adaptation efficace de l’agriculture familiale aux risques climatiques. Mais l’amélioration du calendrier agricole, le renforcement du réseau d’observation du climat, la mise en place d’un système agro-climatique d’alerte rapide et des Comités Locaux de Recherche Agricole (CLRA) vont renforcer les stratégies des exploitants agricoles dans la dépression des Tchi.

Mots clés : Sud-Bénin, risques climatiques, agriculture familiale et stratégies d’adaptation

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ABSTRACT

Farming strategies for climate risk management in the low pressure in southern Benin.

The methodological approach used revolves around documentary research, interviewing target populations and agents of the Territorial Agency for Agricultural Development (ATDA). The "attenuator" pricing method was used to analyze the results.

He identified two major climate risks perceived by farmers. It is of the flood and the pockets of drought. These major climate risks have impacts on family farming as loss of crops and the poor performance of the crops. In response to these constraints, strategies developed by farmers include the drainage by 62% for the risk of flooding, irrigation by 68% to pockets of drought risk.

These strategies, because of their limitations and constraints, do not promote effective adaptation of family farming to climate risks. But the improvement of the agricultural calendar, the strengthening of the climate observation network, the establishment of an agro-climate early warning system and the Local Agricultural Research Committees (CLRA) will strengthen the strategies developed by the farmers in the Tchi depression.

Key words : Southern Benin, climate risks, family agriculture and adaptation strategies

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INTRODUCTION

Dans le monde, les choix adaptatifs (qu’ils viennent des populations ou des pouvoirs publics) sont pris dans un contexte de renforcement de la résilience face aux risques climatiques (Smith, 2003). Mais la capacité d’adaptation dépend des institutions, des ressources économiques, sociales, humaines d’une société (GIEC, 2007).

Au Burkina Faso, diverses techniques de collecte et de conservation de l’eau de ruissellement sont de plus en plus vulgarisées et maîtrisées par les populations (Barbier et al., 2009) afin de s’adapter aux effets de sécheresse.

Dans les pays sous-développés comme le Bénin, l’adaptation en agriculture familiale s’illustre notamment par la modification du calendrier de plantation ou des semis, l’adoption de nouvelles technologies et la promotion de la biodiversité agricole (FAO, 2007).

Certaines mesures d’adaptation pour réduire la vulnérabilité aux effets néfastes des risques climatiques sont entre autres le développement des cultures en terrasse, le billonnage ouvert et/ou cloisonné, le buttage, la colonisation des bas-fonds autrefois réservés pour l’exploitation des cultures de contre saison, l’utilisation de paquets technologiques de jachères vertes et le changement d’habitudes alimentaires ont été développées (Ogouwalé, 2004).

Le contexte climatique actuel de la dépression des Tchi au Sud-Bénin en rapport avec la production agricole amène à se poser la question suivante :

Quelles sont les stratégies développées par les paysans face aux risques climatiques majeurs dans la dépression des Tchi au Sud-Bénin ? Pour bien conduire cette recherche, on admet en hypothèse de travail que les paysans ont développé des stratégies pour faire face aux risques climatiques majeurs dans la dépression des Tchi au Sud-Bénin.

1. CADRE GEOGRAPHIQUE ET METHODOLOGIQUE 1.1. Présentation du site de la recherche

La dépression des Tchi est une partie du secteur occidental de la grande dépression centrale argileuse qui traverse le bassin sédimentaire du Sud-Bénin d’est en ouest, dite dépression de la Lama. Couvrant les départements du Mono et du Couffo, la dépression des Tchi est située entre le plateau Adja au nord, celui de Comè au sud et les terres exondées d’Agamè à l’ouest (Carte 1).

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Carte 1 : Situation géographique et découpage administratif du secteur d’étude

Source : Lacarto, Janvier 2019

La dépression des Tchi est comprise entre 7°02’ latitude nord, 6°37’

latitude sud et entre 2°25’ longitude est, 1°36’ longitude ouest. La zone se décompose en une dépression principale à l’ouest, le long du cours inférieur du fleuve Couffo et en un certain nombre de petites dépressions lacustres. Cet ensemble représente environ 15% de la superficie des départements du Mono et du Couffo. Les communes de Bopa, de Dogbo et de Lalo dans les départements du Mono et du Couffo respectivement s’inscrivent pour une bonne partie dans cette dépression. Elle couvre une superficie d’environ 432 km² (Lihoussou, 2001).

1.2. Approche méthodologique

L’approche méthodologique utilisée dans le cadre de cet article est axée sur l’évaluation des effets des risques climatiques majeurs sur l’agriculture familiale et des stratégies paysannes développées pour faire face à ces risques dans la dépression des Tchi. Pour ce faire, les données d’investigations socio-anthropologiques ont été collectées, traitées et les résultats interprétés.

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Le choix des arrondissements parcourus a été fait en se basant sur le poids des activités agricoles de la localité dans la dépression des Tchi, ce critère a été mesuré à partir des statistiques agricoles disponibles.

L’échantillonnage a pris en compte 3 communes de la dépression des Tchi. Il s’agit des communes de Bopa, Dogbo et Lalo.

Les villages parcourus remplissent les critères suivants :

- être situé sur un plateau, sur les versants ou dans les dépressions, parce que les manifestations des risques climatiques varient selon ces différents unités ;

- être traversé par un cours d’eau, pour bien apprécier les inondations.

Les personnes interrogées ont été choisies sur la base des critères suivants :

- être âgé de 30 ans au moins et 60 ans au plus puisqu’à cet âge, les personnes enquêtées sont censées restituer ou décrire les phénomènes climatiques;

- être un acteur de la production agricole et exercer dans le domaine au moins ces vingt dernières années dans la dépression des Tchi.

Ce critère parce que celui qui a pratiqué l’agriculture dans le milieu d’étude ces vingt dernières années doit être en mesure d’apporter des informations conséquentes et concrètes aux différentes mutations intervenues ;

- être un agriculteur pratiquant au moins deux cultures annuelles c’est-à-dire les cultures qui subissent les conséquences du stress hydrique.

La taille de l’échantillon (N) est déterminée par la méthode probabiliste à l’aide de la formule de Schwartz (1995) : N= 𝐓𝟐 × 𝐏(𝟏−𝐏)𝐄𝟐 ; où T (écart réduit critique) est un coefficient dépendant du seuil de confiance, E la marge d’erreur en pourcentage, P (en pourcentage) la proportion de ménages dans la commune. Dans la présente recherche, le seuil de confiance retenu est 95 % permettant d’atteindre un grand nombre de ménages. Ainsi, T est égal à 1,96 et la marge d’erreur est égale à 5 %. P est le degré d’homogénéité de la population et q le degré de non homogénéité de la population q=1-p. Les enquêtes ont été réalisées auprès de 381 personnes.

Les questionnaires, les guides d’entretien et les grilles d’observation ont fait l’objet d’un dépouillement manuel. Les données collectées ont été saisies et analysées à l’aide du tableur Excel.

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La méthode des prix « atténuateurs » a été utilisée pour l’évaluation des coûts des mesures développées par les populations paysannes face aux manifestations des extrêmes climatiques. Elle a été faite en deux étapes. La première étape a consisté à collecter des données sur les mesures développées. Ces données comprennent :

les prix et efforts alloués aux mesures d’adaptation ;

la rentabilité économique des mesures ;

la durabilité de la mesure, autrement dit des mesures qui comportent moins de risques pour l’environnement.

La seconde étape concerne le traitement statistique des données. Il a été élaboré une fonction qui relie les coûts des stratégies à leur efficacité y compris la composante environnementale. Cette fonction permet alors de quantifier l’influence de la durabilité des stratégies sur les prix investis et donc d’évaluer d’une manière indirecte la valeur de ces stratégies (Tableau I).

Cette évaluation s’est faite à l’aide du protocole statistique NC = ∑NC X SC X D utilisée et démontrée par (Lanokou, 2014)1.

Tableau I : Matrice d’analyse de l’efficacité des mesures d’adaptation

Durabilité

Mesure

Durée Intensité/

Ampleur

Nature Nécessitée de suivi après

adoption de la mesure

Valeur de D

Très longue

Très forte Evitement

Non 4

Oui

Permanent

3,5 Temporaire

Longue Forte Atténuation

Non 3

Oui

Permanent

2,5 Temporaire

Moyenne Moyenne Correction

Non 2

Oui

Permanent Temporaire 1,5 Courte Faible Compensation

Non 1

Oui

Permanent Temporaire 0,5

1 avec Nc la valeur d’une stratégie d’adaptation développée par un paysan face aux manifestations des extrêmes climatiques sur les terres noires de la Dépression Médiane

nc le coût de la mise en œuvre d’une seule stratégie à l’hectare

Sc la superficie totale emblavée par le paysan pour la campagne agricole D la durabilité des mesures

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Source : Conception Lanokou, 2014

L’examen du tableau I montre que la durabilité D peut prendre les valeurs de 1 à 4. Toutes les stratégies qui ont une valeur D ≤ 1,5 sont caractérisées non susceptibles d’amélioration, donc peuvent être abandonnées par la population.

Quant à l’évaluation des coûts des stratégies de mitigation proposées, elle a été réalisée à l’aide des estimations. Ces estimations ont été fondées sur les prix sur le marché, des nécessaires pour la mise en œuvre de ces stratégies. En effet, après avoir fait un diagnostic des intrants pour la réalisation de chaque stratégie proposée, il a été procédé à l’identification des endroits (marchés) où chaque intrant peut être acheté.

2. IDENTIFICATION ET IMPACTS DES RISQUES CLIMATIQUES 2.1. Manifestations des risques climatiques

Depuis une quinzaine d’années, la dépression de Tchi est soumise à une forte variation du climat, accroissant alors la vulnérabilité des populations. Les risques climatiques identifiés à travers la collecte des données à partir des observations et des entretiens sont : chaleur excessive, Inondations, mauvaise répartition dans l’espace et dans le temps des pluies, pluies tardives, poches de sécheresse et vents violents.

Les différents risques identifiés ci-dessus sont perçus par les populations dans le secteur d’étude (tableau II).

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Tableau II : Manifestations des risques climatiques Risques

climatiques

Causes des risques climatiques Manifestations % des enquêtés Hiérarchisation

des risques Sécheresse (R1) - déforestation ;

- le grand vent dissipe les nuages;

- Mésententes religieuses ;

- mauvais comportement des populations vis-à-vis des « dieux

»;

- multiplication des religions;

- abandon des vodouns, occupation des collines par le centre notre dame de l’Espérance;

- les populations des localités qui ne disposent pas de cours d’eau par jalousie empêchent la pluie de tomber

- dépassement des dates de semis

-défoliation des tecks, tarissement des points d’eau

23 % 1er

Pluies tardives et très fortes (R2)

-la pluie s’annonce sans pleuvoir -fausse alerte dispersée par le vent

12 % 5ème

Chaleur excessive (R3)

-les pluies tardent à démarrer -la chaleur s’installe

12 % 6ème

Excès de pluie / Inondations (R4)

-les pluies viennent en abondance

-il pleut régulièrement jusqu’à la récolte et toutes pourrissent.

18 % 2ème

Poches de

sécheresse (R5)

la pluie tombe un peu et cesse pendant un mois 15 % 4ème Vents violents

(R6)

-le ciel s’assombrit et le vent commence

-les moutons prennent panique et Commencent par bêler

3 % 7ème

Mauvaise répartition des pluies (R7)

-formation des nuages accompagné de vents et puis après il ne pleut plus

-démarrage des pluies dans d’autres localités

17 % 3ème

Source : Enquête de terrain, novembre, 2018

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Il ressort du tableau II que les risques R1 et R4 sont les risques majeurs de la dépression des Tchi et les risques R2, R3, R5, R6 et R7 y sont ceux mineurs.

2.2. Impacts des manifestations des risques climatiques sur l’agriculture dans la dépression des Tchi

Le tableau III montre que les manifestations des risques climatiques impactent la production agricole, il s’agit entre autres : destruction des cultures, reprise régulière des semis et mauvais rendement des cultures.

Tableau III : Impacts des manifestations des risques climatiques sur l’agriculture familiale

Risques climatiques Impacts des manifestations des risques climatiques sur l’agriculture familiale

Sécheresse Mauvais rendement du maïs, du niébé, du manioc et l’arachide

Pluies tardives et très fortes

Dégâts très important sur le maïs, le niébé et les racines des

Tubercules (manioc)

Chaleur excessive Semis réguliers et mauvaise production Excès de pluie /

Inondations

Perte des récoltes et pas de rendement Poches de sécheresse Dépréciation des récoltes surtout le maïs Vents violents Destruction des cultures

Mauvaise répartition des pluies dans l’espace et dans le temps

Destruction des cultures par les rongeurs; inondation;

baisse de

Rendement; retard dans le semis Source : Enquêtes de terrain, novembre, 2018

3. STRATÉGIES DADAPTATION AUX RISQUES CLIMATIQUES 3.1. Efficacité des stratégies d’adaptation paysannes

Il s’agit de mettre en exergue les stratégies adaptatives développées par les paysans en cas de stimuli climatiques dans la Dépression des Tchi.

3.1.1. Semis répétés

Les semis répétés consistent à mettre en terre une deuxième fois la même variété de culture sur les mêmes parcelles au cours de la même saison culturale et (78 %) des paysans enquêtés affirment qu’ils pratiquent les semis répétés. Cette pratique permet le remplacement des plants fanés par l’insuffisance hydrique consécutive à la rupture des pluies pendant les semis.

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Cette pratique, selon ces paysans, est fréquemment utilisée à cause des fréquentes poches de sécheresses observées au cours de ces dernières années.

3.1.2. Semis précoces

Les semis précoces consistent à faire profiter des premières pluies aux cultures. Par la suite, les cultures sont assez vigoureuses pour résister aux séquences sèches. Trente-sept pour cent (37 %) des personnes enquêtées pratiquent cette stratégie.

3.1.3. Semis échelonnés

Les semis échelonnés sont une autre stratégie développée par les producteurs comme réponse adaptative aux risques climatiques. Les semis échelonnés consistent à semer à des dates différentes la même culture sur des parcelles différentes (le plus souvent à des décades différentes). Pour cela, il a été enregistré des semis précoces à bonne date et des semis tardifs. Cette pratique permet de faire face à l’incertitude au niveau de la mise en place de la saison des pluies et à la mauvaise répartition dans le temps et dans l’espace des pluies. Cela répond à la fois à une gestion temporelle et spatiale. Près de 80 % des enquêtés pratiquent des semis échelonnés pour les principales cultures (manioc et maïs).

3.1.4. Utilisation des engrais chimiques et des pesticides

Dans la dépression des Tchi, les sols sont continuellement cultivés car la jachère n’est point pratiquée. Cette surexploitation entraîne un appauvrissement du sol rarement compensé par l’apport d’éléments fertilisants, organiques ou chimiques. Soixante-sept pour cent (67 %) des enquêtés affirment utiliser plus d’engrais chimiques aujourd’hui pour améliorer les rendements des cultures. Son acquisition nécessite que des paysans se constituent en de petites associations de producteurs comme les organisations paysannes de la filière cotonnière ou du maïs. Par contre pour (33 %) des enquêtés, l’utilisation des engrais organique est une mesure pour remédier à la baisse des rendements aux risques climatiques. Par ailleurs, il est observé d’une manière générale dans la dépression l’utilisation abusive des intrants agricoles non adaptés aux sols. C’est dans l’intention de contourner la surexploitation des sols et l’exiguïté des surfaces cultivables par exploitant que le recours est fait à l’utilisation des intrants agricoles tels que les engrais, les pesticides, etc.

3.1.5. Recours à l’irrigation

L’irrigation est une stratégie développée par les producteurs pour faire face à la récession pluviométrique afin de maintenir le même niveau de production. C’est une manière d’intensifier la production en ce qui concerne

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surtout le riz et le maraîchage. Elle se fait par usage de l’eau souterraine, c’est-à-dire les forages ou puits tubés (Planche 1) dans les zones alluvionnaires où la nappe est peu profonde et avec une forte perméabilité.

Selon les paysans, l’emploi des puits tubés est moins coûteux que l’irrigation avec l’eau de surface à cause des différents types de tuyaux et de l’énergie mise en jeu. La pratique de l’irrigation est observée uniquement chez les producteurs de la dépression des Tchi. Cette stratégie permet de faire face aux poches de sécheresses, à la mauvaise répartition spatiale et temporelle des pluies et au démarrage tardif des pluies.

Planche 1 : Irrigation d’un champ à partir d’un forage (pompage par motopompe) à Bopa

Prise de vues : Dodo, novembre 2015

La planche 1 présente le système d’irrigation des champs par motopompe ou forage. Ceci permettra de mieux arroser les cultures en saison sèche. Selon 72 % des enquêtés cette stratégie permet de réduire la vulnérabilité de l’agriculture familiale aux risques climatiques.

L’application de la matrice d’analyse de l’efficacité des mesures d’adaptation/alternatives a permis de réaliser la figure 2.

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Figure 2 : Mesures d’adaptation

Source : Conception DODO, 2019

La figure 2 montre que parmi les mesures d’adaptation/alternatives développées par les populations, il y a la pratique de feu de végétation et la reconversion professionnelle (zémidjan et carbonisation) qui ont des valeurs d’efficacité ≤ 1,5. Mises à part ces stratégies, l’amélioration de toutes les autres stratégies peuvent renforcer la rentabilité de la mise en valeur agricole des terres dans la dépression des Tchi.

Au total, les stratégies développées par les populations locales sont en rapport avec leur perception sur l’évolution des risques climatiques. Les paysans de la dépression de Tchi cultivent sur la base de leurs observations d u climat et de l'environnement qui les entoure. Cependant, ces stratégies développées sont peu efficaces au regard de l’évolution du climat actuel.

3.2. Mesures d’adaptation proposées

Les mesures d’adaptation ci-après sont jugées plus efficaces et prioritaires après une analyse de fond des stratégies endogènes.

3.2.1. Réaménagement du calendrier agricole

Les enquêtes de terrain ont révélé que la préparation des trous à semis se fait dans l’ensemble de la Dépression du 8 au 15 mars. Le semis commence juste après cette phase pour être terminé à mi-avril (15 mars au 15 avril). Ce sont ces activités qui déterminent la date du déroulement des autres travaux champêtres jusqu’à la

0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5 4 4,5 5

Valeur de la la durabilité (D)

Mesures d'adaptation

Outils de travail dans la dépression des Tchis Diversification de la main-d’œuvre agricole Feu de végétation

Préparation de trous à semis ou activités de pré- semis

Semis précoce et tardif dans la dépression des Tchis Stratégies de lutte contre les adventices et les ravageurs

Mise en valeur des parties exondées des champs Vente de maïs frais

Culture de contre-saison et riziculture irriguée Mesures d’adaptation/alternatives aux difficultés du déplacement des biens et personnes

Reconversion professionnelle

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récolte. Ce calendrier a été élaboré sur la base des conditions pluviométriques moyennes. Mais, suite aux perturbations actuelles des paramètres pluviométriques dans les localités des Tchi du Sud-Bénin, les paysans seront obligés de semer en dehors de la période la plus « favorable » pour le semis.

En se basant sur tout ceci et sur la période d’apparition prononcée des inondations (mois de juin), des retards dans la préparation des champs puis la mise en place des retenues d’eau proposée, un nouveau calendrier cultural dans la dépression des Tchi (tableau IV) est à adopter.

Pendant la grande saison de pluies, les champs doivent être emblavés en cultures vivrières (maïs, niébé), en monoculture ou en cultures successives. Pour limiter l’effet d’ombre, seule la culture du pois d’angole peut être associée à celle du maïs. Les semis devront intervenir tôt (dès les premières pluies) avec des variétés à haut rendement et à cycle court pour permettre aux cultures d’atteindre le stade de maturité avant les inondations.

Ceux de la petite saison devront aussi intervenir tôt avec ces mêmes variétés de cultures.

Au début de la saison sèche, l’humidité du sol dans la dépression est encore assez élevée. Les paysans pourront mettre en place le maraîchage.

Ainsi, après les cultures d’hivernage, chaque sol recevra au moins une fois la culture maraîchère. Les sols où existent des plans ou des retenues d’eau, recevront deux fois la culture maraîchère successive de novembre à avril.

L’utilisation de ces zones pour la deuxième culture maraîchère sera suivie d’un calendrier d’arrosage régulier.

La production sur les rizières sera faite toute l’année car il existe de l’eau de façon permanente.

Les paysans doivent revoir leur politique de gestion de l’héritage. En effet, l’émiettement des parcelles ne favorise pas l’aménagement agricole sur de grandes superficies. Ainsi, il serait bon qu’ils excluent le partage foncier afin d’encourager le travail en groupe qui pourrait améliorer la production agricole.

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Tableau IV : Proposition d’un nouveau calendrier cultural dans la dépression des Tchi

Source : Traitement des données, novembre 2015 Activités

Cultures

Préparation de trous à semis

Semis Resemis Sarclage Récolte

1ère saison 2ème saison 1ère saison 2ème saison 1er entretien

2ème entretien

3ème entretien

Maïs (à cycle court)

20 février au 3 mars

jours de semis

4 mars au 4 avril

1er au 20 septembre

10 à 15 jours après

le semis soit 14 au

19 mars

A partir du 15ème jour

après semis

3ème semaine après le

1er

_

90 jours après semis

Niébé/ gombo Jours de semis

Jours de semis

20 juillet au 5 août

15 novembre au 1er décembre

Après pousse générale

Champs propres dans les 6 premières semaines après semis

70 à 85 jours après semis

Pois d’angole 20 février au 3 mars

_ 4 mars au 4

avril _

10 à 15 jours après

semis soit 14 au 19

mars

A partir du 15ème jour après semis 3ème semain e après

le 1er

Une semaine après la récolte du maïs (mais avec le coupe-

coupe)

240 jours après semis

Riz Toute période

de l’année

Toute période de

l’année

Toute période de

l’année

Toute période de

l’année

Toute période de

l’année

Toute période de l’année Toute période

de l’année

Toute période de l’année

Toute période

de l’année Légumes à fruits

(tomate, piment,…)

Jours de semis

12 au 19 janvier

15 au 31 octobre

20 au 31 janvier

10 à 15 jours après

semis

Champs propres les trois (3) 1ères semaines après semis

90 jours après semis Légumes feuilles

(Solanum macropacum, Vernonia cinerea)

Jour de semis 5 au 12 janvier

15 au 30 novembre

5 au 15 janvier

_

Champs propres les deux (2) 1ères semaines après semis

30 jours après semis

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3.2.2. Aménagement des bas-fonds et des abords des retenues d’eau

Les bas-fonds et les abords des retenues d’eau constituent un atout pour le développement de la dépression des Tchis, mais ne sont pas exploités à bon escient pour tout au moins accroître les revenus agricoles. Ainsi, l’aménagement et la mise en valeur des bas-fonds et des abords des retenues d’eau devraient être perçus comme un moyen de diversification de la contre- saison et de rallonger ainsi de quelques mois l’exploitation des terres. Par conséquent, les populations s’occuperont pendant les saisons sèches, diversifieront leurs sources de revenus.

3.2.3. Renforcement du réseau d’observation du climat et mise en place d’un système agro-climatique d’alerte rapide

Le renforcement du réseau d’observation du climat vise principalement à accroître la capacité de disposer des données d’informations climatiques plus complètes et fiables, en érigeant tout au moins certains postes pluviométriques en stations climatologiques et en renforçant les instruments de mesure.

A propos du système agro-climatique d’alerte rapide, sa mise en place pourra permettre de mettre à la disposition des usagers agricoles, au moins en temps réel, des informations agro-météorologiques sous forme d’avis, d’alerte et autres. Il est question d’un dispositif opérationnel de prévention et de gestion des risques climatiques ou des phénomènes météorologiques extrême ou inhabituels.

3.2.4. Comités Locaux de Recherche Agricole (CLRA)

Il s’agit de définir une production agricole à la fois très productive, limitant son emprise spatiale, respectueuse de l’environnement et adaptée à de nombreuses situations climatiques et écologiques. Cette recherche permettrait également de réfléchir à la nature des choix publics qu’il faudra sans doute effectuer au fur et à mesure que l’espace productif agricole deviendra rare.

La réponse de cette recherche consisterait notamment à mettre au point des variétés de culture à cycle court et résistantes à la sécheresse et répondant au mieux à des pluies plus ou moins aléatoires. Aussi pourrait-elle permettre d’introduire les techniques agronomiques de conservation des eaux du sol. Le fait de travailler directement avec les paysans pour les rendre plus

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aptes à exprimer leur savoir agricole et à mener de la recherche sur leurs propres exploitations, leur permettrait de mieux prendre leur vie en main.

L’organisation de cette collaboration avec les paysans constitue l’un des points majeurs que doivent traiter les systèmes de recherche agricole dans la dépression des Tchi. Pour ce faire, il est préférable de former dans chaque arrondissement des localités des terres noires des « Comités Locaux de Recherche Agricole » (CLRA).

Les Comités Locaux de Recherche Agricole seront composés des paysans et des chercheurs agronomes. Les CLRA auront pour objectif d’améliorer les techniques culturales (assurant le développement durable de l’agriculture) des paysans afin de développer, de diversifier et de sécuriser la production agricole dans la Dépression Médiane pour une autosuffisance alimentaire.

Le rôle de l’Etat est d’assurer l’attribution à chaque CLRA de fonds pour financer les intrants de la recherche.

L’intégration des CLRA dans le processus du développement participatif de technologies va permettre aux paysans et aux chercheurs de développer ensemble des techniques. Cela va apporter des données (pour les chercheurs et les responsables politiques) et une meilleure compréhension du processus (pour les paysans et les chercheurs).

Pour la création des CLRA, le gouvernement doit engager des chercheurs agricoles. Ils seront dotés chacun d’un moyen de déplacement (une moto). Avec l’aide des agents du SCDA, les paysans formeront par arrondissement un groupe de six (6) personnes. C’est à ce groupe que s’ajoute le chercheur agricole.

En outre, il faut assurer la formation des membres des CLRA. Cette formation doit être faite en langue locale pour les paysans. Il faut donc les alphabétiser. Cette alphabétisation ne doit pas seulement être considérée dans son sens brut c’est-à-dire l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. En plus de cet aspect, elle permettra aux paysans de développer leurs aptitudes, d’enrichir leurs connaissances et d’améliorer leurs qualifications techniques et professionnelles ou les réorienter en fonction de leurs besoins.

De façon globale, il ressort que ce sont les stratégies développées par les paysans diffèrent d’un risque à un autre. Ces stratégies n’étant pas efficaces, des mesures sont mises en place pour réduire la vulnérabilité de l’agriculture familiale aux risques climatiques dans la dépression des Tchi.

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4. DISCUSSION

Cette recherche est une contribution aux débats scientifiques sur les stratégies paysannes de gestion des risques climatiques dans la dépression des Tchi au Sud-Bénin.

Les différents discours des producteurs ont d’une part permis de recenser les risques climatiques et d’autre part de les illustrer à travers leurs manifestations. Ces perceptions ne diffèrent nullement des constats faits suite aux analyses des données climatologiques de la zone. Ceci permet de dire que les producteurs de la zone d’étude appréhendent et évaluent les dynamiques qui caractérisent le climat de leur localité. Ce qui leur permet de ne pas rester passifs face aux conséquences sur leurs activités (Dodo, 2016).

La sécheresse des années 1970 a révélé tout le profit qui pouvait être tiré des agro-systèmes des bas-fonds et les paysans ont spontanément commencé à les mettre en valeur. Les résultats des investigations ont révélé que (54 %) des enquêtés ont mis en valeur les bas-fonds à cause de la baisse pluviométrique, de la fin précoce de la saison des pluies. Les bas-fonds, caractérisés par une humidité prolongée et par la fertilité des sols, permettent de développer plusieurs types de cultures. Il est vrai que la mise en valeurs des bas-fonds n’est pas sans risque pour le paysan. Il est en effet, exposé au risque d’inondation, conséquence du développement rapide des adventices et aux risques pathologiques (Vignigbé, 1992 ; Akindélé, 2014). Les bas-fonds utilisés pendant la saison des pluies, sont aussi exploités pendant la saison sèche pour les cultures de contre saison et maraîchères.

Les aménagements hydro-agricoles se présentent donc comme la meilleure stratégie de réduction de la vulnérabilité et d’adaptation de l’agriculture aux risques climatiques, surtout dans le Hollidjé qui dispose des caractéristiques aussi bien physiques qu’humaines (Seydou, 2016).

Les exploitations agricoles familiales sont soumises à diverses formes de vulnérabilité qui peuvent être d’ordre politique, technologique, socioéconomique et environnementale. Cet état de fait a favorisé le développement d’une forte capacité de résilience des exploitations.

Néanmoins, l’acuité et la redondance des formes de vulnérabilité a fini de montrer les limites de résilience de ces exploitations. D’où la nécessité d’analyser la capacité des exploitations à faire face à ces situations diverses afin de mieux appréhender « les stratégies de conciliation de leurs intérêts et besoins avec les ressources disponibles » (Sall et al., 2011).

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CONCLUSION

Le présent article étudie les stratégies développées par les paysans face aux risques climatiques dans la dépression des Tchi au Sud-Bénin. Celle- ci secouée par les impacts des manifestations des risques climatiques qui se manifestent entre autres, par une récurrence des années déficitaires et des modifications saisonnières. Ainsi, le démarrage de la saison pluvieuse devient de plus en plus irrégulier au point où le calendrier agricole traditionnel des paysans est mis en difficulté engendrant ainsi des baisses de productions agricoles.

Face à ces situations climatiques et au regard de l’importance que les producteurs accordent à l’agriculture, des stratégies adaptatives sont mises en œuvre en vue de réduire les incidences. Il s’agit entre autre de l’irrigation, l’utilisation d’engrais, les semis échelonné et multiples (ou répétés). Les stratégies n’étant pas efficaces, il a été proposé des mesures pour les renforcer. Il s’agit entre autre de : réaménagement du calendrier agricole et Comités Locaux de Recherche Agricole (CLRA).

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Références

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