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LES PRIÈRES RELIGIEUSES AU TOGO PENDANT LES CRISES SOCIOPOLITIQUES, LA PANACÉE SPIRITUELLE DANS UN ÉTAT LAÏC (ANNÉES D’INDÉPENDANCE-2017), Essohouna TANANG (Université
de Kara – Togo) [email protected]
Résumé
Depuis la fièvre de la lutte pour l’indépendance, le Togo connaît des crises sociopolitiques. Les différents régimes qui se sont succédé n’ont cessé de faire face à multiples formes de divisions, de violences et d’affrontements. Aussi, des règlements de compte, qui se traduisent par des tentatives de renversements de pouvoir par la force, se produisaient-ils. Dans ces conditions où les dirigeants avaient souvent recours à la politique de la réconciliation nationale, il y eut des prières à Dieu pour conjurer le « mal » togolais. Parce qu’il s’agit d’un État laïc, ces prières étaient célébrées par toutes les confessions religieuses au Togo : religion du terroir, religion chrétienne et religion musulmane. Les prières se fondent, entre autres, sur la réconciliation nationale et le pardon de Dieu d’une part, et, d’autre part, le pardon et l’union entre les filles et fils du Togo. Par ailleurs, Par ailleurs, ces confessions religieuses invoquaient Dieu sur divers domaines : la paix dans le pays, l’intercession de Dieu en période électorale critique notamment à partir des années 1990, l’illumination de l’Esprit Saint sur les dirigeants togolais dans la gestion des affaires de l’État et la purification du sol togolais en 2017.
Mots clés : Prières religieuses, crises politiques, réconciliation, l’union, paix.
RELIGIOUS PRAYERS IN TOGO DURING SOCIOPOLITICAL CRISES, THE SPIRITUAL PANACEA IN A SECULAR STATE (YEARS OF
INDEPENDENCE-2017)
Abstract
Since the era of the struggle for independence, Togo has experienced socio-political crises. The different regimes that have succeeded one another have not ceased to face forms of divisions, violence and confrontations. Also, settling of accounts, which resulted in attempts to overthrow power by force, occurred. In these conditions, where leaders often resorted to the policy of national reconciliation, there were prayers to God to for the conjuration of the Togolese
"evil." Since it is a secular state, these prayers were celebrated by all religious denominations: the religion of the land, the Christian religion and the Muslim religion. The prayers are based, among other things, on national reconciliation;
God's forgiveness on the one hand and, forgiveness and union between the daughters and sons of Togo on the other hand; peace in the country; God's intercession during critical electoral periods, especially from the 1990s; the
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illumination of the Holy Spirit on Togolese leaders in the management of Togo's affairs; and the purification of Togolese soil in 2017.
Keywords: Religious prayers, political crises, reconciliation, union, peace
Introduction
À la suite des législatives anticipées du 27 avril 1958 sur la levée de la tutelle française, les populations togolaises se divisent et s’affrontent. En fait, il s’agissait de la formule à donner à l’indépendance du Togo. Les « nationalistes », victorieux, qui voulaient la levée immédiate de la tutelle française au Togo, se mirent à régler des comptes aux partisans de l’indépendance progressive, qui étaient alliés à l’administration coloniale auparavant. Sur ce terreau crisogène, des mésententes se perpétuèrent par la suite dans la vie politique togolaise. Crises d’animosité ouvertes ou parfois sournoises, teintées de coups de force politique donnant lieu aux arrestations et tortures, elles ont crispé les relations humaines entre les Togolais sur les trois décennies après son indépendance en 1960.
La démocratisation qui a été amorcée dans les années 1990 s’est aussi engouffrée dans une crise sociopolitique. Aux violences politiques qui s’exprimaient depuis la période postcoloniale, se sont ajoutés des affrontements armés et des violences verbales multiformes entre les communautés togolaises. Les relations humaines se sont alors dégradées entre les populations d’une part et, d’autre part, entre différentes forces politiques du pays. En 2005, la succession du président Eyadema Gnassingbé s’est soldée également par des divisions et des affrontements physiques mortels fragilisant ainsi, de plus en plus, l’État togolais post-démocratique.
La résilience face à ces réalités sociopolitiques et la recherche de l’apaisement national se rapportèrent souvent à la spiritualité. Des religieux intervinrent pour demander la protection divine, la réconciliation et l’esprit du pardon entre les Togolais. De constitution laïque, la religion traditionnelle, le christianisme et l’islam font figure dans cette pratique de la spiritualité. En 2017, dans l’exécution de l’une des recommandations de la Commission vérité, justice et réconciliation (CVJR), consistant à purifier le Togo, des offices religieux (traditionnels, chrétiens et musulmans) furent célébrés sur toute l’étendue du territoire. Quelle est la place des prières religieuses au Togo dans la recherche des solutions aux crises sociopolitiques ? Cette étude s’intéresse à la place de Dieu dans la vie politique togolaise.
L’objectif de cette étude est de montrer que dans les États fragiles, la recherche de la survie du pouvoir politique et l’harmonie entre les peuples se fondent parfois sur les prières, ce qui, dans un État laïc, implique toutes les forces religieuses. La méthodologie se réfère à la bibliographie relative aux écrits, aux archives et aux périodiques. Ces sources écrites renseignent sur l’histoire politique
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du Togo et les cultes religieux en contexte de crises sociopolitiques. Elles sont complétées par une enquête de terrain auprès de certains dignitaires religieux.
Les données recueillies nous recommandent des analyses qui se structurent en cinq points. Il est d’abord fait un liminaire sur le contexte politique à l’indépendance et le cadre institutionnel de l’État laïc togolais. Ensuite, l’étude démontre comment les prières se fondent sur la réconciliation nationale, le pardon, la paix au Togo au cours des cérémonies commémoratives après le coup d’État militaire du 13 janvier 1963. Puis, il est évoqué l’appel pour l’intercession de Dieu lors des périodes électorales critiques au cours de la démocratisation des années 1990. En outre, la réflexion s’ébranle sur l’illumination de l’Esprit de Dieu sur les dirigeants togolais dans la crise de la succession au pouvoir après la mort du président Eyadema Gnassingbé en février 2005. Enfin, l’étude penche sur un fait marquant de la vie politique togolaise en 2017, la purification du Togo de ses affres politiques et des crimes de sang depuis 1958 jusqu’alors, en application de l’une des recommandations de la CVJR.
1. Contextes sociopolitique et institutionnel du Togo postcolonial
Les luttes anticoloniales et la ferveur qui ont marqué l’accession à l’indépendance expliquent parfois le recours à Dieu. Outre les affres du colonisateur, le combat de la libération s’est déroulé dans une situation d’adversité et d’inimitié entre deux courants politiques (nationaliste et progressiste1). Depuis 1958, des crises sociopolitiques ont jalonné l’histoire du Togo. On peut évoquer, entre autres, les divisions entre la coalition CUT et Juvento en 1961 d’une part et, d’autre part, entre le CUT et l’Union démocratique des populations togolaises (UDPT), qui est issu de la fusion de l’ancienne coalition UCPN2 et PTP3, le 28 septembre 1959. Le coup d’État du 13 janvier 1963, l’éviction du duumvirat Nicolas Grunitzky et Antoine Méatchi le 13 janvier 1967, sont aussi des conséquences des divisions de la société togolaise. De 1967 aux années 1980, il y eut à foison des coups d’État réels ou supposés sanctionnés par des arrestations, des emprisonnements et des tortures des auteurs et des présumés auteurs (E. Tanang, 2015, p. 194-198). Certains de ces actes ont été mis au jour lors de la Conférence nationale du 8 juillet au 28 août 1991. La lutte sociopolitique au cours de la
1 Le courant nationaliste réclamant la levée de la tutelle française et l’indépendance immédiate était composé du Comité de l’unité togolaise (CUT) et de la Juvento. À l’opposé, il y a les progressistes, d’obédience profrançaise, qui s’inscrivaient dans une indépendance progressive. Cette vision contrariée de la libération du joug colonial a conduit à des scènes de division, d’animosité, de violence, de règlement de compte, etc. surtout à partir de 1958 (Livre Blanc sur les événements au Togo entre 27 avril 1958 et 13 janvier 1963 ; A. Aduayom, 2011, p. 667-674 ; E. Amah, 2015 ; B. F. Bograh, 2003, p. 51-79).
2 Union des chefs et populations du Nord.
3 Parti togolais du progrès.
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démocratisation est aussi « faite d’intolérance, d’intransigeance, de vengeance, de haine inter-tribale, régionaliste, … »4.
Ce contexte politique explique donc le recours à Dieu dans un État institutionnellement laïc. Le Togo est effectivement un État laïc à travers ses différentes Républiques. Les constitutions togolaises disposent que le Togo est un État laïc. À l’exception de la première République de 1961, les deuxième, troisième et quatrième Républiques, adoptées respectivement le 3 mai 1963, le 30 décembre 1979 et le 27 septembre 1992, stipulent dans leurs articles premiers, au titre de l’État et de la souveraineté, que la République togolaise est indivisible, laïque, démocratique et sociale. Pour ce faire, implorer l’intercession de Dieu dans les périodes de crises sociopolitiques au Togo interpelle toutes les confessions religieuses. Dans les crises politiques de l’après indépendance, les prières mettaient l’accent sur la réconciliation nationale, l’union et la paix.
2. Le pardon, la paix et la réconciliation dans les cultes œcuméniques de commémoration
Lors des commémorations de certains faits sociopolitiques, les Togolais implorent Dieu pour le pardon, l’union, la réconciliation et la paix5. Les commémorations du 13 janvier6dites « de fête de la libération » ont ainsi été marquées de prières chrétiennes et musulmanes. Celles-ci invoquent Dieu pour la paix et la réconciliation des Togolais. Par exemple, le 10 janvier 1969, à la grande mosquée de Zongo à Lomé, devant le ministre de la justice, colonel Kléber Dadjo et les membres du gouvernement, la prière de 13 heures a été, spécialement, l’occasion de s’« incliner devant le Seigneur pour lui demander d’accorder davantage de paix et de la stabilité » au Togo. Les musulmans ont alors « prié Dieu d’accorder la grâce nécessaire aux dirigeants, le président Etienne Eyadema en tête, afin qu’il conduise le Togo sur la bonne voie, celle de la réconciliation nationale, totale et l’unification des cœurs »7.
Le 24 septembre 1990, également, des prières de recueillement ont été organisées par différentes confessions religieuses pour commémorer l’attaque
« terroriste » du 23 septembre 19868. La messe catholique officiée par l’archevêque de Lomé, Mgr Tonyui Messan Dosseh-Anyron assisté d’une demi-douzaine de
4 Le Démocrate, n° 012 du 19 décembre 1991, p. 1.
5 Le Démocrate, n° 116 du 5 mai 1999, p. 4.
6 13 janvier 1963 est la prise du pouvoir à la suite du coup d’État militaire ayant entraîné la mort du président Sylvanus Olympio. Selon les militaires, le Togo s’était libéré d’un régime autoritaire.
7 Togo-Presse, n° 1956 du 11 janvier 1969, p. 1, 5.
8 Dans la nuit du 23 au 24 septembre 1986, une soixantaine d’hommes armés s’introduisirent à Lomé par le Ghana. Les assaillants attaquèrent les points stratégiques de la capitale, notamment la télévision, la radio, le camp militaire, le camp de la gendarmerie nationale et le camp de la Force d’intervention rapide (FIR) (E. Tanang, 2015, p. 197).
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prêtres et de diacres9, a porté sur le pardon, l’amour et la paix. L’archevêque a demandé dans une prière à l’Éternel « d’accueillir nos frères qui sont morts le 23 septembre 1986 et d’écarter de nos vies tout malheur ». Il a ensuite qualifié cette journée d’effroyable et de « sursaut de la nation face à l’agression terroriste ». Il ajouta alors que : « Le courage et les leçons salutaires pour sa paix et son unité ».
Et il a exhorté le peuple togolais à l’amour du prochain en ces termes : « Et quant à vous cher pays Togo, à sa suite, aimez, aimez seulement comme Dieu et il vous gardera l’unité et la paix pour votre bonheur »10.
Le message du culte protestant célébré au temple de la plage, à la même occasion, par le pasteur Béné Kokou Touléassi, modérateur de l’église évangélique du Togo, assisté des pasteurs Amouzou, Eho et Djogba11, a été tiré de 1 Corinthien 12, 12-26. Le modérateur a centré son prêche sur la diversité et l’unité. Il a relevé que : « Comme le corps humain, la nation togolaise forme un corps avec l’État et ses différentes fonctions ministérielles avec leurs départements, leurs spécificités et leurs importances diverses mais tous utiles ». Il a enfin rendu la gloire à Dieu et hommage à l’armée et au chef de l’État, avant de prier pour les soldats et toutes les victimes tombées au cours de l’attaque du 23 septembre 1986.
À la suite du modérateur Kokou Touléassi, le pasteur Dogba a demandé au Seigneur d’assister, dans leur charge, tous ceux qui exercent l’autorité et a imploré le Tout-Puissant de donner à l’armée la patience et l’esprit de service ; de ne « se servir des armes comme instrument de guerre, mais comme symbole du devoir civique qu’exige la paix et la justice »12.
La prière musulmane à cette occasion a été, quant à elle, dite dans la grande mosquée de Lomé par El Hadj Mohamed Youssifou, en présence du président de l’Union musulmane du Togo, El Hadj Awroufo Nassiki 13. Dans sa prédication, El Hadj Mohamed Youssifou a imploré la bénédiction divine sur le président de la République, ses collaborateurs et tout le peuple togolais, avant de demander à Allah le Miséricordieux d’éclairer le peuple togolais afin qu’il vive
9 En présence des membres du gouvernement, des députés à l’Assemblée nationale, des officiers des Forces armées togolaises (FAT) et du président de la délégation spéciale de la ville de Lomé. Le chef de l’État était représenté par le ministre Samon Kortho, directeur permanent du parti unique Rassemblement du peuple togolais (RPT).
10La Nouvelle Marche, n°3301 du 24 septembre 1990, p. 1, 3.
11 Il y avait le représentant du président de la République, le ministre de l’enseignement technique et professionnel Koffi Edoh et d’autres membres du gouvernement, qui sont membres du Bureau politique et du Comité central du RPT, notamment les ministres Tchaa-Kozah Tchalim, Bitokotipou Yagninim, Yaovi Adodo et Yao Komlavi. Il y avait également les officiers des FAT et de la police et des responsables des ailes marchandes du RPT.
12 La Nouvelle Marche, n°3301 du 24 septembre 1990, p. 3.
13 Le chef de l’État y était représenté par Gbégnon Améboh, ministre délégué à la présidence de la République et les membres du Comité central du RPT.
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dans la paix, le bonheur, l’union et la solidarité. Tirant sa prédication du sourate 82 du Saint Coran, le président de l’Union musulmane dit que Dieu a fait de la vie de l’homme un élément sacré auquel il est défendu de toucher. Ainsi, « en s’attaquant crapuleusement à d’innocentes vies, les assaillants du 23 septembre 1986 se sont faits des adeptes du satan, et, comme tel, ils sont voués à la réprobation divine »14. Pour revenir à l’attaque, les sources officielles avaient indiqué environ 26 Togolais morts, tous des civils, et 7 morts dans les rangs des assaillants. Au jugement des auteurs et présumés, il eut 35 condamnations, dont 10 par contumace, 10 pour la peine de mort, 7 pour des peines d’emprisonnement à vie et 5 condamnations allant jusqu’à un an de prison (E. Tanang, 2015, p. 194-195). Ces faits parlent suffisamment du mal que certaines âmes auraient enduré injustement.
Ces différentes prières commémoratives se faisaient lors des dates anniversaires jusqu’à une époque récente. Il en est de même d’autres types d’événements de l’histoire politique et sociale du Togo, dont on pourrait multiplier les exemples. Aussi, a-t-on prié au cours de la crise de la démocratisation des années 1990 dans diverses confessions religieuses.
3. Crise de la démocratisation des années 1990 : recours à la spiritualité en contexte de divisions communautaires
La crise sociopolitique togolaise, déclenchée à partir du 5 octobre 199015, plonge le Togo dans une déchirure sociale. Les Togolais vécurent des vols à main armée, la violence politique et des conflits intercommunautaires dans la capitale à Lomé et dans certaines localités du territoire, notamment dans les préfectures de Kloto et de l’Ogou16, à Sotouboua, à Sokodé, à Bassar et Mango17. D’autre part, la démocratisation des années 1990 était marquée par des consultations électorales controversées qui ont causé des divisons sociales et politiques (E. Tanang, 2021, p.
340-351). C’est dans ces situations que des consultations et des conférences ecclésiastiques, tout comme des prières religieuses, eurent lieu au Togo.
14 La Nouvelle Marche, n°3301 du 24 septembre 1990, p. 3-4.
15 Le 5 octobre 1990, des groupes d’individus, parmi lesquels figurent des étudiants doivent comparaître devant les tribunaux pour distribution des tracts injurieux et mensongers envers le chef de l’État. Les échauffourées devant la cour d’appel de Lomé provoquent un déchainement dans la capitale.
16 Ces deux préfectures connurent particulièrement des violences et des conflits intercommunautaires marqués par l’expulsion ou la fuite des communautés allochtones du Nord.
17 Lire E. Tanang (2014 a ; 2017) pour plus de détails.
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3.1. Dieu à la rescousse d’un État laïc en crise politique : l’appel au pardon et à la réconciliation de la CETA au Togo18
« Mgr Kpodzro, le sort tombera sur toi ! N’aie pas peur ! Il s’agit du ministère de réconciliation du peuple togolais. Nous solliciterons l’autorisation du Saint Siège pour toi et nous te soutiendrons de notre prière »19. C’est ainsi que l’archevêque de Lomé, Mgr Robert Dosseh a rassuré en 1991 l’évêque d’Atakpamé, Mgr Philippe Fanoko Kpodzro, pour prendre le devant de l’organisation de la Conférence nationale au Togo lorsque le choix est tombé sur celui-ci dans les consultations entre pairs du clergé togolais. Les mots traduisent à la fois la difficile mission et le contexte politique délicat et fragile au début des années 1990. Les termes indiquent aussi la croyance en Dieu pour la résolution des crises sociopolitiques.
La Conférence nationale, devenue souveraine, a institué des organes d’une transition politique au Togo et a mis en place des institutions démocratiques.
Celles-ci devaient passer par un référendum constitutionnel en 1992, une élection présidentielle en 1993 et des législatives en 1994. Mais le contexte était le suivant.
Depuis le 5 octobre 1990, la violence s’est étendue, comme une trainée de poudre, sur le territoire togolais. Le même jour du 5 octobre, il s’en est suivi trois morts et des blessés (T. Tété-Adjalogo, 2006, p. 253-256). Des Togolais sont attaqués en raison de bord politique. Les exemples sont légion à Lomé, à Kpalimé (E. Tanang, 2014 a, p. 183). Le 26 novembre 1990, une grève des chauffeurs réclamant la suppression du permis professionnel est suivie de casses, d’incendies, de pillages et de vols. Le 8 avril, Lomé connaît une autre manifestation violente. À partir, surtout, de la grève illimitée lancée le 6 juin 1991 par l’opposition réunie au sein du Collectif de l’opposition démocratique (COD14), l’insécurité devient grandissante et pérenne. Les vols à main armée avec des meurtres sont perpétrés.
Des boutiques et des institutions bancaires sont aussi braquées, etc. (E. Tanang, 2017, p. 339-350). Il était difficile de sortir surtout les nuits. Dans un article du bimensuel Le Démocrate, S. Koumériabalo (1991 : 11) peint le tableau de l’insécurité comme suit :
[…] l’insécurité qui se traduit de nos jours par des assassinats, des viols, des vols à main armée semble être l’une des caractéristiques essentielles des sociétés dites démocratiques. C’est ainsi donc que depuis quelques temps déjà, certains quartiers de notre capitale sont en proie à des crimes de tout genre. Il devient de plus en plus dangereux et même impossible de les traverser à certaines heures de la nuit. […] Les avis de disparition d’hommes, de femmes et surtout d’enfants, la découverte des corps, se multiplient. C’est dans ce climat de peur, de hantise d’être déboursé, violé
18 Conférence des Églises de Toute l’Afrique.
19 https://www.telegramme228.com/integralite-de-la-declaration-de.html, consulté le 28 décembre 2021 à 23 h 36.
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ou même kidnappé que le citoyen de Lomé et de certaines villes vaque à ses occupations quotidiennes.
Ces violences ont couvert notamment la période de 1991 à 1993. Les Loméens, entre autres, étaient exposés à divers risques. Dans la préfecture de Kloto au Sud-Ouest, les conflits intercommunautaires embrasaient les Kabiyè et les Nawdeba (migrants) et les Ewé (autochtones). Au nord à Mango, les Anoufom sont aux prises avec les Moba à la suite d’un simple incident de marché (E. Tanang, 2014 a, p. 181-186 ; 2017).
Les échéances électorales, quant à elles, commencent au cours de l’année 1992 par une consultation référendaire constitutionnelle sur un fond de désaccords entre les différentes composantes politiques et la société civile (E. Tanang, 2021, p.
336-337). Le référendum eut lieu le 14 octobre 1992. Son entrée en vigueur devait passer par une élection présidentielle en août 1993 et des législatives en février 1994. Toutes ces consultations se préparaient dans un contexte tendu. Ce qui avait conduit aux médiations de la communauté internationale et des pays partenaires du Togo (E. Tanang, 2021, p. 338-350).
C’est dans ce contexte que, du 1er au 5 juillet 1992, se sont tenues des séances de consultations des prêtres et pasteurs du Togo, sous le parrainage de la Conférence des Églises de Toute l’Afrique (CETA), en présence de Mgr Desmond Tutu, l’archevêque de l’Afrique du Sud, président de cette institution religieuse. Un culte œcuménique, portant essentiellement sur la situation sociopolitique du Togo, organisé à cette occasion, débute le 1er juillet à Béthania (préfecture de l’Ogou) et prend fin au stade municipal de Lomé le 5 juillet suivant. Concélébré par les prêtres et pasteurs du Togo, les églises ont planché sur l’insécurité au Togo avant de proposer un ministère pour la réconciliation et l’établissement des institutions judicieuses. Le quotidien Togo-Presse, fait noter à ce propos ce qui suit : « La population togolaise doit sortir de son état de peur dû à l’insécurité en refusant de s’abandonner à la fatalité. Elle a le devoir de devenir l’intermédiaire, l’organe de réconciliation »20. Dans leur prédication, les prêtres et les pasteurs se sont adressé aux acteurs politiques. Ils ont demandé « au président de la République de s’imprégner de son expérience pour mettre fin à la violence ; au Haut Conseil de la République (HCR) de tenir compte des forces en présence, en usant de la sagesse pour ne pas adopter des textes litigieux ; au gouvernement de transition d’organiser dans les délais les échéances électorales ; aux partis politiques de faire preuve de réalisme conséquent dans leurs programmes et leurs actions ; aux forces armées togolaises de se démarquer de la politique pour s’occuper de l’intégrité du territoire »21.
Les différents axes du culte illustrent le contexte politique d’alors où rien ne présageait la fin des violences. De plus, l’appel lancé par la CETA traduit les
20 Togo-Presse, n° 3723 du lundi 6 juillet 1992, p. 1.
21 Togo-Presse, n° 3723 du lundi 6 juillet 1992, p. 1, 4.
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désaccords entre les acteurs politiques de la transition. Il existait une mésintelligence entre le Haut Conseil de la République (HCR) qui fait office d’organe législatif de la transition, d’une part et, d’autre part, le parti politique unique au pouvoir, Rassemblement du peuple togolais (RPT) et l’armée, un maillon du régime. Le HCR attendait procéder à une révolution en prenant des actes radicaux à l’égard du régime RPT, à l’instar de la dissolution de ce dernier comme parti politique (P. Th. Massina et O. W.’S. Yagla, 2019, p. 130-132).
Ainsi, les dignitaires ecclésiastiques réunis au sein de la CETA invitaient la population togolaise, le 5 juillet 1992, au dernier jour de la suite des séances de culte œcuménique, à observer le premier don de Dieu qui est le pardon et la réconciliation avec les uns et les autres. Dans leur adresse, on peut noter ce qui suit:
Que chacun de nous accueille le pardon de Dieu et le donne à son frère sans attendre de lui, qu’il fasse le premier pas. C’est le remède qui guérira les blessures profondes que chacun de nous porte dans sa chair. C’est à cette condition, à cette condition seulement que nous pourrons être libres pour engager un véritable dialogue pour vivre ensemble comme membres d’un même corps. (…). Puisse le Dieu de Notre Seigneur Jésus-Christ qui nous aime tels que nous sommes, nous aider à bâtir dans la paix, un Togo uni, libre et prospère22.
L’archevêque Desmond Tutu s’est inspiré des textes bibliques tirés du livre de l’Exode 3, versets 7-10, pour demander que Dieu délivre le Togo comme il a délivré le peuple hébreux de l’esclavage en Égypte. Il a indiqué également que Dieu puisse produire des miracles au Togo comme il l’a opéré dans la délivrance du Bénin23. Il fait la suggestio
n suivante au peuple togolais :
Choisir un jour national de pénitence où tous les Togolais iraient tous vers Dieu pour se demander le pardon à cause du mal fait à autrui. Les partis politiques demanderaient aussi pardon pour la division opérée au sein de la population, en prêchant la non-violence. Le président de la République doit regretter tout le mal fait au peuple réclamer son pardon et s’engager à la cause de la démocratie ». Pour lui,
« La rescousse principale de l’église est spirituelle. C’est à travers les prières que nous puisons nos forces 24.
Cette thérapeutique des églises au stade municipal de Lomé s’est faite en présence du gouvernement de la transition, du corps diplomatique, des chefs des partis politiques et des Hauts Conseillers de la République. Ce qui était un signe d’adhésion à confier la crise politique togolaise à Dieu et à son fils Jésus-Christ.
Mais les comportements politiques des différents acteurs ne furent guère
22 Togo-Presse, n° 3723 du lundi 6 juillet 1992, p. 4.
23 Le Bénin réussit sa transition démocratique à l’issue d’une Conférence Nationale dans les mêmes conditions d’organisation comme au Togo, puisque dans les deux pays elle est conduite par un archevêque.
24 Togo-Presse, n° 3723 du lundi 6 juillet 1992, p. 4.
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concluants, comme ce fut le cas lors du scrutin référendaire constitutionnel de 1992.
3.2. Les actions des églises en contexte de référendum de 1992 : la non adhésion des acteurs politiques ?
Les 4 et 5 juillet 1992 eurent lieu à Lomé II, dans le cadre des consultations de la CETA, des audiences entre le président de la République, l’archevêque de Lomé et les responsables des églises. Le 4 juillet, une délégation des responsables des églises du Togo, conduite par Mgr Gbikpi Bénissan (administrateur apostolique de Lomé) et composée entre autres du Rév. Mulunga Ngoy Nyanga (secrétaire exécutif à la jeunesse de la CETA) et Mgr Dovi N’Danu, rencontra le président Gnassingbé Eyadema. La démarche de ces responsables ecclésiastiques est une médiation pour la décrispation de la situation politique en contexte de consultation référendaire tendue.
En effet, le texte final de la constitution de la IVè République devant être soumis au vote du peuple connaît un désaccord profond. Le RPT et ses partisans avec le président Eyadema en tête considéraient que certains articles, dont les partis rassemblés au sein du Collectif de l’opposition démocratique n° II (COD II) étaient la cheville ouvrière, étaient dirigés contre eux. La mouvance présidentielle conteste alors plusieurs dispositions de la future constitution, notamment celles portant sur l’obligation faite à tout membre des forces de sécurité qui désire se porter candidat à l’élection présidentielle de démissionner préalablement de son corps, et celles relatives à la répartition des attributions entre le président de la République et le premier ministre (P. Th. Massina et O. W. Yagla, 2019, p. 139-140 ; 146).
Eyadema Gnassingbé conteste aussi le code et le découpage électoraux25.
C’est donc dans cette situation que les églises voulurent mener leur médiation. Mais elle se solde par une impasse et les dignitaires religieux s’en sont remis à Dieu. Le porte-parole de la délégation, Mgr D. N’Danu, déclare que :
« Humainement, on peut dire qu’on ne voit pas le bout du tunnel. Mais, ce qui est impossible à l’homme est absolument possible à Dieu »26.
Selon les dignitaires ecclésiastiques, l’amour entre les Togolais comme le Seigneur l’a enseigné permettrait à la démocratie qu’ils cultivent d’aboutir, « parce que nous Togolais en connaissons la valeur universelle, et nous savons aussi que la démocratie vraie trouve son encouragement et son appui dans l’évangile »27. La contribution des églises selon le porte-parole, Mgr D. N’Danu « consiste à se tourner vers le Seigneur, c’est-à-dire de prier pour que le Seigneur touche les cœurs de chacun dans ce pays, et quelle qu’ait été la blessure de ces cœurs, que l’esprit
25 Togo-Presse, n°3736 du 21 juillet 1992, p. 3. D’autres désaccords ont marqué le scrutin présidentiel d’août 1993 et législatif de février 1994. On peut se référer à E. Tanang (2021) pour des développements sur ces aspects.
26 Togo-Presse, n° 3723 du lundi 6 juillet 1992, p. 3.
27 Togo-Presse, n° 3723 du lundi 6 juillet 1992, p. 3.
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vienne alors panser toutes les plaies »28. Barigao Banabékéi29 relève justement que le combat de l’Église dans ses circonstances ne se fait pas avec des armes mais avec la prière. Le combat n’est non plus physique mais spirituel. S’appuyant sur les textes de Proverbes 21 : 1 et Romains 13 : 1, il dit que :
Dieu nous recommande de prier pour les autorités si nous voulons vivre en paix.
Nous prions afin que Dieu inspire à nos autorités les bonnes décisions, qu’il leur donne la sagesse dans la prise des décisions. Nous croyons comme Dieu l’a dit, que les cœurs des rois sont entre ses mains. Quand ça ne va pas, c’est Dieu que nous prions.
D’autre part, pour le gouvernement de la transition, le premier ministre Joseph Kokou Koffigoh a félicité les actions des églises du Togo et de l’Afrique dans la crise togolaise marquée par « les intérêts égoïstes et personnels, les intérêts communautaires, la haine et la jalousie »30. Il s’est réjoui, au cours de l’audience qu’il a accordée à la primature à la délégation ecclésiastique, de l’engagement des prêtres et des pasteurs des églises catholiques et protestantes et du soutien de ces derniers dans la réalisation des aspirations du peuple sur la voie de la démocratie.
Ainsi,
l’Église intervient souvent pour une médiation entre les partis antagonistes. Elle intervient auprès des autorités pour cultiver une paix durable dans le pays. Cela se traduit par des rencontres entre les autorités politiques et les autorités religieuses et l’organisation des prières d’intercession en faveur de la nation 31.
L’action des églises par les prières d’intercession à Dieu ont également eu lieu au cours de la crise de succession au pouvoir après la mort du président Eyadema Gnassingbé en 2005.
4. L’après décès du président Eyadema : prières d’adieux et de protection dans un État de crise de succession au pouvoir politique
Le 5 février 2005, « l’homme du 13 janvier », « le baobab », « le grand lutteur de la Kozah », « le père de la Nation », comme on le surnommait, le général Eyadema rend l’âme. Dans la soirée, l’armée installe Faure Essozimna Gnassingbé au pouvoir et lui prête allégeance. Or, l’article 65 de la constitution prévoit que le président de l’Assemblée nationale assume provisoirement la présidence de la
28 Togo-Presse, n° 3723 du lundi 6 juillet 1992, p. 3.
29 Barigao Banabékéi, 52 ans, pasteur et coordonnateur de l’Unité des Leaders et Églises évangéliques de Kara (ULEEK), entretien le 28 février 2022 à Kara.
30 Togo-Presse, n° 3723 du lundi 6 juillet 1992, p. 3.
31 Nabédé Méhéza, 66 ans, président régional du Conseil chrétien du Togo-section Kara, entretien le 15 février 2022 à Kara.
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République en attendant l’organisation de nouvelles élections32. Le président de l’Assemblée nationale n’avait pas l’adhésion non seulement des FAT mais aussi d’une bonne partie des membres du bureau politique du RPT. Le lendemain, l’Assemblée nationale se réunit en une session extraordinaire pour élire Faure Gnassingbé président de l’Assemblée nationale33, après son passage le même jour au poste de vice-président de l’Assemblée nationale, pour continuer le mandat présidentiel à l’actif du parti RPT. Les critiques fusent de l’intérieur et à l’extérieur : les partis de l’opposition et une partie de la population et la communauté internationale crient au coup d’État. Faure Gnassingbé accepte de démissionner du poste de président de l’Assemblée nationale et le député Abass Bonfoh est élu président pour conduire la transition politique. Mais Faure Gnassingbé entend se présenter en perspective34.
C’est dans ce contexte d’agitation politique que s’organisent les obsèques du feu président. Les cérémonies d’hommage officielles de son inhumation sont programmées les 12, 13 et 14 mars suivant. Toutefois différentes prières sont organisées en sa mémoire les mois de février et mars. Elles implorent Dieu pour l’union, la paix et la prospérité au Togo et sur le peuple togolais.
Le dimanche, 27 février 2005, les femmes des Forces armées togolaises (FAT) et les épouses des fonctionnaires de la police sollicitèrent une messe catholiques et un culte protestant, à la chapelle Sainte Geneviève du Campa de la gendarmerie et à l’église évangélique presbytérienne de Tokoin Centre à Lomé. Le révérend père Honoré Tsrokpo, de l’église catholique a dit le message de paix et a invité les fidèles présents et Togolais à la conversion des cœurs pour une vie éternelle. De même, le pasteur Kofi Désiré Diabo de l’église protestante a imploré la grâce de Dieu sur le peuple togolais et l’a prié de le rassurer devant les épreuves (B. Adjosse, 2005, p. 9).
D’autres lieux de prières eurent lieu sur l’ensemble du territoire. À Pya, les offices religieux ont eu lieu, le 27 février, à la paroisse Christ-Roi et le culte protestant au temple presbytérien Esso Lotiyé. Il est demandé à Dieu d’éclairer toutes les autorités du pays afin que s’installent la paix, la sécurité et l’entente mutuelle. Déjà le vendredi, le 25 février, eut lieu à la grande mosquée de Pya la prière musulmane. Les 26 et 27 février, l’association des scouts du district de la Kozah, les femmes FAT et l’union des leaders évangéliques de Kara ont
« intercédé pour la nation en confiant à Dieu les problèmes politiques et socioéconomiques que traverse le Togo ». Les « officiants ont imploré la grâce divine en vue d’une solution apaisée à tous ces problèmes ». À Dapaong, c’est la
32 Selon la thèse officielle, ce jour-là, l’avion qui transportait le président de l’Assemblée nationale rentrant d’un voyage en France ne pouvait atterrir à l’aéroport de Lomé, en raison de la fermeture des frontières aériennes, terrestres et maritimes.
33 Il était élu député à l’Assemblé en 2003, mais ne siégeait pas parce qu’il était nommé ministre de l’équipement, des postes et des télécommunications.
34 Il la remportera le 26 avril 2005.
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cathédrale Saint Charles de Lwaga qui a abrité les offices religieux sous la direction du père Ramon Delgado. Il « a imploré la grâce divine sur les nouvelles autorités du Togo pour qu’elles préservent la paix, la sécurité, l’unité nationale et la compréhension mutuelle entre tous les Togolais ». Les musulmans de la localité organisent, à leur tour, le 4 mars suivant, une prière à la grande mosquée de la ville.
À Tabligbo, une série de prières musulmane et catholique suivies d’une action de grâce s’est déroulée en présence des autorités locales35. Les officiants ont, entre autres, « prié pour l’amour, l’union et la paix sur le Togo ». À Sokodé, le Collectif des amicales non natifs de Tchaoudjo (CANNT) organise une messe le samedi 5 mars à la cathédrale Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. L’officiant, père Raphaël Adjiboyou a invité les Togolais à l’amour et à l’humilité et a demandé au Seigneur de donner à chacun un cœur de contribution. À Amlamé, l’Assemblée des croyants de l’Église Évangélique Presbytérienne du Togo (EEPAT) d’Amou-Oblo a organisé un culte d’action de grâce le 6 mars. Concélébré par les pasteurs Affomey Koffi Amen et Touléassi Kokou en présence des autorités locales36, le culte a été l’occasion d’« implorer la grâce divine sur le Togo afin que les acquis du père de la nation soient sauvegardés ». À Niamtougou, l’Union nationale des femmes du Togo (UNFT) de Doufelgou a demandé une messe le 8 mars à l’église Notre Dame de Fatima37. Inspiré des textes bibliques tirés d’Esaïe, chapitre 47, versets 1, 9, et 12, le révérend père Marius Pana a appelé les Togolais à la repentance et à craindre le péché38.
L’imminence d’une déchirure sociale entre les différentes communautés explique ces différentes prières. Mitré Djakouti relevait dans cette veine qu’il y’avait nécessité de mener des actions de grâce, consistant à prier en même temps pour les autorités et pour que Dieu bénisse le Togo et l’éloigne des calamités. « La vraie paix, c’est Jésus qui la donne. L’homme peut prendre toutes les dispositions, mais s’il ne met pas Dieu au centre, ce sera une vaine bataille »39.
Les hommages des 12, 13 et 14 mars suivant le décès du président Eyadema fut aussi des occasions d’invoquer la miséricorde de Dieu sur le Togo.
Le dimanche 13 mars, plusieurs confessions religieuses se réunirent au palais des congrès de Lomé. Le journal panafricain d’analyses politiques et socio- culturelles, Le Destin, écrit que : « Ce dimanche-là, de nombreuses églises se sont donc retrouvées vides au profit du lieu des cérémonies funéraires du président »40.
35 Le préfet de Yoto, Kpomblékou Akouété, les membres du comité central du RPT et les autorités politiques et administratives.
36 Préfet d’Amou, Togbé Kodjo et plusieurs autorités politiques et administratives
37 Le préfet de Doufelgou, Kadjama Direm et les autorités administratives, politiques et traditionnelles étaient présents.
38 Togo-Presse, n°6989 du 14 mars 2005, p. 7.
39Djakouti Mitré, 74 ans, président national de l’église des Assemblée de Dieu du Togo, président du Conseil chrétien du Togo, entretien du 16 juillet 2021 à Lomé.
40 Le Destin, n°019 du vendredi 18 mars 2005, p. 3.
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Le culte de la cérémonie d’hommage a été concélébré par plusieurs pasteurs de l’église évangélique presbytérienne du Togo sous la conduite du pasteur Touléassi Béné. En plus des hommages rendus à Eyadema Gnassingbé, à travers le livre de Job au chapitre 14, versets 1 à 14 et du psaume 127, ils ont prié « pour la paix au Togo »41.
Les mêmes actions ont été menées dans d’autres localités. À Kodjoviakopé, le pasteur Apéké Dominique de l’église Monothéiste Pentecôtiste Internationale a célébré sa messe en présence des membres du comité central du RPT. Il a, pour l’occasion, prié pour la paix au Togo. « Il a également supplié le Tout Miséricordieux de guider les pas des autorités togolaises actuelles pour que la paix, la sécurité, l’union et la stabilité politique et économique règnent au Togo pour le bonheur de ses fils »42.
Déjà le 11 mars 2005, les musulmans avaient organisé, à la mosquée centrale de Lomé et dans d’autres mosquées, à l’instar d’Agoe Zongo, des prières de repos de l’âme du feu président Eyadema et avaient imploré Dieu pour l’avenir du Togo. À la mosquée centrale, en présence du président de la République intérimaire, Abass Bonfoh, et du président de l’Union musulmane du Togo, El Hadj Ahmed Tétou43, les fidèles d’Allah ont prié, pour l’illustre disparu, « celui-là qui tout au long de sa vie a cru en Dieu, a mené le bon combat et … a convié à prier constamment autour de lui lorsque les circonstances l’exigent ». L’orientation de la prière était de se réconforter de la disparition de l’homme qui a œuvré pour la paix au Togo et dans le monde44. Les paroles du Saint Coran 55 : 26-27 dites pour la circonstance proclament ce qui suit : « Tout ce qui est sur terre est voué à disparaitre. Seul subsistera le visage généreux de ton Seigneur plein de majesté et de noblesse ». À Agoe Zongo45, « les musulmans ont demandé à Allah, le Très-
41 Togo-Presse, n°6990 du 16 mars 2005, p. 4.
42 Togo-Presse, n°6989 du 14 mars 2005, p. 7.
43 Quelques membres du gouvernement, notamment Kantchati et Apoudjak avaient assisté à la séance.
44 Il était intervenu dans la résolution des conflits sur le continent africain, notamment entre le Burkina Faso et le Mali en 1974, dans les affaires de réconciliation en 1978 à Monrovia et en 1980 au Tchad. À cet effet, plusieurs prix de l’homme de paix lui étaient décernés entre les années 1970 et 1980. Il reçut le prix de la part de l’Academie Simba et la Corriere Africano, en 1980, le « Prix Simba de la paix ». Le « Prix de l’homme de la paix » en 1983 qui lui a été donné par l’Institut des relations diplomatiques de Bruxelles. La même année de 1983, le « Prix international du progrès » lui a été attribué par les organisations Artefici del Lavaro et Italiano del Mondo, D’autres prix honorifiques tels que l’« Emblème du Mercure d’Or International » et le «Grand Collier de l’Ordre des Chevaliers du Sinaï » lui furent attribués en 1984. Enfin, le 2 février 1986, l’Institut africain de droit international privé (IADIP) lui attribua le prix international « Trophée de la Paix (E. Tanang, 2014, p.
193-194).
45 En présence des dignitaires musulmans, du chef de canton d’Agoe-Nyivé et du préfet Komlan Mally qui représentait le président intérimaire.
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Miséricordieux d’accorder au feu président Eyadema la paix éternelle dans le royaume céleste, vu ses efforts et pour l’amour pour la paix de son vivant sur terre ». La prière d’intercession présentée par l’imam El Hadj Afo Djibril proclame entre autres que : « … Que cette paix qui lui est si chère l’accompagne dans sa dernière demeure avec la clémence et la miséricorde d’Allah … ». Les prières furent aussi dirigées vers la famille du feu président et les futures élections au Togo. « Les fidèles ont remis la famille du père défunt dans la mains de Dieu pour qu’elle reste soudée dans la crainte et le respect des lois divines. Ils ont enfin imploré la grâce divine sur le Togo pour les échéances électorales prochaines se déroulent dans la paix et la sérénité » (T. Assih et V. K. Hoedanou, 2005, p. 6).
Les prières de repos de l’âme du feu président sont alors teintées de la préoccupation de la paix sociale dans le pays. Il n’en demeure pas moins qu’à l’issue de l’élection présidentielle d’avril suivant, des violences se produisirent dans certaines localités. C’est aussi le sens de purification du Togo qui sera organisé en 2017.
5. Au paroxysme des prières religieuses : la purification du Togo en 2017 Dans son rapport final de 2012, la recommandation 47 de la Commission vérité-justice-réconciliation (CVJR) appelle à une purification du Togo du sang versé par ses filles et fils à cause des tumultueuses crises politiques. Il est écrit que :
La CVJR recommande que toutes les confessions religieuses (églises chrétiennes, union musulmane, chefs traditionnels, prêtres traditionnels et toutes autres obédiences officiellement reconnues) soient invitées à mettre en commun leurs énergies pour « purifier le Togo », faciliter le repos des âmes des victimes décédées ou disparues, apaiser les cœurs meurtris et accompagner spirituellement la réconciliation. Le gouvernement assurera la responsabilité et coordination de ces cérémonies46.
La recommandation est observée 5 ans après, en juillet 2017, par le gouvernement et le Haut-commissariat à la réconciliation et au renforcement de l'unité nationale (HCRRUN). Les premières cérémonies commencent dans la capitale à Lomé et ses environs le 6 juillet. Le quotidien national Togo-Presse écrit dans son numéro du 7 juillet que :
Les journées de purification du territoire national ont débuté, hier, avec des cérémonies traditionnelles, qui ont eu lieu sur toute l’étendue du territoire. À Lomé, ces cérémonies se sont déroulées, successivement dans la préfecture d’Agoènyivé (au grand carrefour du stade d’Agoe) et dans la commune de Lomé, sur la berge de la lagune, en face du centre communautaire de Bè. Les rituels ont été effectués par les prêtres traditionnels dans une ambiance de foi et d’espoir, en présence de la présidente du Haut Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité
46 Rapport final de la CVJR, Volume 1, 2012, p. 281.
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Nationale (HCRRUN), Mme Awa Nana Daboya, et de diverses personnalités administratives47.
Les deux lieux évoqués ici sont significatifs. Le carrefour d’Agoe est le croisement de plusieurs axes de la périphérie nord de Lomé, alors que Bè fut l’un des quartiers de vives tensions et violences et de répressions policières depuis la démocratisation des années 1990.
Dans ces endroits, et dans la foi en l’avenir du pays, les prêtres traditionnels ont communié avec les oracles et invoqué les divinités.
Que ce soit sur la berge de lagune de Bè, en face du Centre communautaire de Bè ou à Agoènyivé , au grand carrefour du stade, les prêtres traditionnels ont, à travers des innovations des ancêtres et des divinités, prié pour demander que le sang versé durant des années sur la terre de nos aïeux, suite aux violences à caractère politique, soit effacé de bon. « Il faut ramasser le sang versé, purifier le sol qui l’a bu. Car, le sang versé attire du sang et la violence attire la violence.48
Les prêtres ont fait des sacrifices avec des béliers blancs, des œufs blancs, des pigeons blancs, des poulets et poussins blancs, de la poudre talk blanche et de la farine de maïs délayée dans l’eau. Ils ont ainsi demandé le pardon, la paix et l’amour pour le peuple togolais49. À Bassar, au Nord également, un coq et un veau blancs ont été immolés pour le rituel. Dans des prières, « incantations et invocations aux mânes des ancêtres et à Dieu », les « prêtres ont demandé pardon pour tous les actes de vandalisme et d’atrocité posés au Togo depuis le temps colonial jusqu’à nos jours et qui ont coûté la vie à plusieurs Togolais. Ils ont supplié Dieu et les mânes des ancêtres d’apaiser les cœurs meurtris et d’unir le peuple togolais »50.
Les rituels traditionnels eurent aussi lieu à Sokodé. Au cours de cette cérémonie à Kpangalam présidée par le préfet de Tchaoudjo, colonel Mompion Matéindou, le prêtre traditionnel Ouro-Koura Essossina (membre de la Fédération nationale des cultes vaudous et des traditions) a invoqué les mânes des ancêtres et les divinités protectrices pour le repos des âmes disparues de 1958 à 2005. Ensuite, la prière est dite pour la paix, la réconciliation et l’unité nationale. Enfin, un bélier blanc est immolé et le sacrifice de deux coqs rouge et blanc est fait. Les libations ont été faites dans d’autres localités, notamment dans le Moyen-Mono et à Cinkassé (B. Adjosse et Y. T. Awi, 2017, p. 7). Le blanc représente le symbole de la pureté. La couleur blanche se voit sur cette photo de communion d’esprit des prêtres traditionnels.
47 Togo-Presse, n°10075 du 7 juillet 2017, p. 1.
48 Togo-Presse, n°10075 du 7 juillet 2017, p. 3.
49 Togo-Presse, n°10075 du 7 juillet 2017, p. 3-4.
50 Togo-Presse, n°10075 du 7 juillet 2017, p. 4.
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Photo : Cérémonie de purification traditionnelle en 2017 à Lomé
Source : https://www.rfi.fr/fr/a frique/20170710-togo-ceremonies-purification-s- achevent-convaincre-societe-civile, consulté le 14 décembre 2021, 8 h 30.
La prière musulmane a été aussi dite à cet effet le vendredi 7 juillet 2017.
B. Adjosse et Y. T. Awi (2017, p. 1) résument l’événement, dans le numéro 10076 de Togo-Presse du lundi 10 juillet en ces termes :
Les journées de purification du pays, initiées par le gouvernement dans son engagement visant à réconcilier les Togolais, se sont poursuivies, vendredi, par une prière musulmane dite par les fidèles d’Allah à la grande mosquée de Lomé. Le chef de l’État, Faure Essozimna Gnassingbé, qui attache un intérêt particulier pour la réconciliation du pays, en vue de son émergence, a tenu personnellement à être présent à cette prière. Il y avait également le premier ministre, Komi Selom Klassou, qui a assisté hier 9 juillet à un culte dit dans ce cadre, par le Conseil et Mission des Églises Charismatiques du Togo (COMECTO), en la Capelle Internationale de la Faculté de Théologie des Assemblées de Dieu du Togo (ESTAO51) (sic), à Atikoumé, à Lomé. Que ce soit vendredi ou hier, on notait à ces offices religieux, la présence des présidents des institutions de la République, des membres du gouvernement, des officiers supérieurs des forces armées togolaises (FAT) et d’autres personnalités, tant religieuses, traditionnelles que politiques.
Ainsi dans la méditation et la prière, sous le prêche des imams Abdoulatif Mako, Agoro Zakari, Sani Karim et Nawanou Moutawakilou, les fidèles ont récité les 114 sourates du Sain Coran. Ils ont prié, à travers une série d’invocations, pour la paix et la sécurité après avoir observé une minute de recueillement en mémoire de tous ceux qui ont perdu leur vie suite aux violences politiques.
51 Chapelle internationale de la Faculté de Théologie des Assemblées de Dieu (FATAD)
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À la chapelle internationale de la Faculté de Théologie des Assemblées de Dieu (FATAD), le 9 juillet, le culte a permis de prier et de demander la purification du Togo. Le message du président du Conseil chrétien du Togo, Mitré Djakouti qui a célébré le culte à cette occasion est le suivant : « La repentance est une attitude d’esprit. Il y a certains qui se plaisent [à penser] "si je fais du mal à mon frère, je peux acheter un cadeau pour lui donner, je peux l’inviter peut-être à un diner pour manger ?" Non. Ça, ce n’est pas la réconciliation. La vraie repentance, c’est reconnaître et demander le pardon ». Inspiré de l’évangile de St Marc, au chapitre 12, verset 28 à 34, le pasteur Mitré Djakouti a relevé que venir à Dieu afin de lui « confier nos actes qui nous ont éloignés du chemin du bonheur, du vivre ensemble entre frères et sœurs d’une même nation », c’est accepter la main d’un Père infiniment aimant et vouloir être digne d’un amour ; c’est accepté le pardon.
Pour lui, « ce pardon nous permet de repartir le cœur léger, en paix, plein de reconnaissance, de reconstruire notre relation avec les autres et de s’engager dans une vie nouvelle, pour bâtir ensemble le Togo » (B. Adjosse et Y. T. Awi, 2017, p.
4).
Cependant, la société civile togolaise, restée en marge des cérémonies, doute de son impact sur les Togolais et surtout sur le processus de réconciliation en cours. Pour le Collectif des associations contre l'impunité au Togo (CACIT), ce qui réconcilierait les Togolais ce sont les réformes. Spéro Mahoulé, président du CACIT, déclarait : « Le plus urgent, c’est de faire les réformes proposées par la CVJR. Les réformes auront l’avantage d’asseoir un pays dans lequel toutes les règles de droit seront respectées. Et donc nous serons sûrs que l’on n'aura plus les évènements qui se sont produits depuis 1958 jusqu’à nos jours »52.
Conclusion
Les violences politiques issues de la lutte pour l’indépendance ont fait l’objet des politiques de réconciliation au cours desquelles des prières religieuses ont été faites. De même, les commémorations des événements politiques violents commis au Togo de 1963 à 1986 ont été marquées par des prières d’intercession à Dieu. Cette place accordée à la spiritualité a continué à marquer la vie politique togolaise postdémocratique, des années 1990 à 2017, en raison des dissensions politiques, des violences et des conflits intercommunautaires qui conduisaient à une instabilité. Ainsi, la démocratisation des années 1990, avec son cortège de violences au Togo, de désaccords politiques et de conflits notamment dans le Kloto et dans l’Ogou ont donné lieu aux prières d’intercession à Dieu. Dans la crise de la succession au pouvoir après le décès du président Eyadéma en 2005, on s’est aussi donné aux prières pour la stabilité du Togo. Mais, les crises sociopolitiques continuent à faire des victimes, parfois, à sang. En 2017, dans l’exécution de l’une
52https://www.rfi.fr/fr/afrique/20170710-togo-ceremonies-purification-s-achevent- convaincre-societe-civile, consulté le 14 décembre 2021, 8 h 30.
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des recommandations de la CVJR, des offices religieux traditionnels, chrétiens et musulmans furent célébrés sur l’ensemble du territoire. Ils sont consacrés à la purification du Togo du sang humain depuis 1958. Au total, dans les États fragiles, la recherche des solutions aux difficultés politiques conduisent aux prières, qui, dans un État laïc impliquent toutes les forces religieuses. Les Togolais ont, ainsi, souvent fait recours à une pratique de la spiritualité pour demander entre autres la protection divine, la réconciliation et le pardon.
Références bibliographiques Sources orales
Barigao Banabékéi, 52 ans, pasteur, coordonnateur de l’Unité des Leaders et Églises évangéliques de Kara (ULEEK), entretien le 28 février 2022 à Kara.
Djakouti Mitré, 74 ans, président national de l’église des Assemblée de Dieu du Togo, président du Conseil chrétien du Togo, entretien du 16 juillet 2021 à Lomé.
Nabédé Méhéza, 66 ans, président régional du Conseil chrétien du Togo-section Kara, entretien le 15 février 2022 à Kara.
Webographie
https://www.rfi.fr/fr/afrique/20170710-togo-ceremonies-purification-s-achevent- convaincre-societe-civile, consulté le 14 décembre 2021, 8 h 30.
https://www.telegramme228.com/integralite-de-la-declaration-de.html, consulté le 28 décembre 2021 à 23 h 36.
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300
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Rapport
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