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La Revue de l'art ancien et moderne

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Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

La Revue de l'art ancien et

moderne

(2)

Dacier, Émile (1876-1952). La Revue de l'art ancien et moderne.

1921-01.

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MALO RENAULT. Lh PAttDON DE SAINT E-ANKE-LA.-PALUD.

Bois origma! pourPnr<~n ~e ~ao~c-N)6, de Tristan Corhicrc (1920).

GRAVEURS CONTEMPORAINS

MALO RENAULT

RÏALûHB~ArLT.

LA.FJLLEAUXCHËVnES.

Bons originalpour

!{tCh'UiSDH~t;~n<e,dcBi-);cu\.

M. Émile Renault, dit Malo Renault, naquit à Samt-Malo, le 5 octobre 1870, de parents cha- peliers, qui avaient le goût des arts et des collections. Du côté maternel, il comptait des marins et des orfèvres,'et son grand-père, qui avait appris ce dernier métier à Baenos-Ayres,

avait rapporté de ce pays des coupes d'argent,

en forme de bateau, d'un travail délicat et d'un goût charmant, dont il donna un exemplaire à chacun de ses quatre enfants.

Malo Renault passa toute sa jeunesse à

l'ombre de la fameuse tour Qui-qu'en-grogne, qui devait servir de titre à un roman de Victor Hugo. Cette, jeunesse fut maladive. Les études au collège de la ville ne dépassaient guère trois

(4)

mois

par

an, tout le reste du temps au lit ou en convalescence. Mais

l'enfant possédait une intelligence prompte et une grande faculté d'assimi- lation. Ces

trois

mois lui suffisaient pour se mettre au niveau de ses camarades, et ce fut sans accroc qu'il devint bachelier ès

lettres,

Être bachelier

n'est

pas une profession, même à Salamanque t Quelle profession allait être celle du jeune Malo ? Il hésitait entre la médecine et le droit. Un de ses oncles, qui était

prêtre,

conseilla l'archi- tecture. Va pour l'architecture Et voilà le bachelier à Paris, apprenant, pendant trois années, sinon à bien faire un devis, c'est-à-dire un

devis qui écorche à point le client, du moins à se rendre compte

de l'importance des masses. Et cela valait mieux.

L'a/

de

l'architecture,

qu'il ne faut pas confondre avec la /<x<t'~Me de l'architecture, est, en effet, un rapport de masses, c'est-à-dire de pleins et de vides. Cet enseignement fut le plus profitable que l'étudiant recueillit de ces premiers travaux.

L'architecture ne le

tentant

pas, on

n'est

pas architecte sans être un peu mathématicien, et il ne

l'était

pas du

tout;

il bifurqua vers les arts décoratifs. La vieille et inconfortableécole le

reçut

un an, puis nou- velle orientation

l'illustration l'attire,

à l'instigation de Gabriel Vicaire, dont il allait commenter, en 1896, le Miracle de

saint

Nicolas, aquarelles qui enchantèrent le poète, mais demeurèrent pour compte à

l'artiste'.

Malo Renault était donc artiste ?

II

y avait longtemps A cinq ans,

il fait son premier portrait, celui d'un de ses camarades. H en est si content qu'il l'annote et le garde. Il

l'a

toujours. A quatorze ans, il copiait beaucoup de dessins au

trait

et à la plume, qu'il préférait aux gravures sur bois compliquées de cette époque, parce que ces dessins lui permet-

taient

d'analyser le procédé sans trop de peine. C'était déjà faire preuve

de réflexion. Il avait d'ailleurs trouvé un excellent professeur Auguste Lemoine, paysagiste délicat, qui lui inculqua le goût du dessin d'après nature, avec celui de la couleur. Sous sa direction, il tenta un peu tous les genres et même l'eau-forte, mais pour cette dernière, ce ne fut qu'un essai sans lendemain. Il préférait remplir son carnet de croquis et de figures, plus que de paysages. Quant à la peinture, elle ne

l'intéressait

pas.

Rejoignons Malo Renault à Paris. Qu'y fait-il? Nous l'avons vu de

l'illustration. Cette illustration est elle-même assez particulière; elle n'a

i. Elles furent exposées à la Société Nationale, en

i896.

(5)

Pointe-sèche originale en couleurs de M. Malo RENAULT.

Revue de l'Art ancien et moderne.

APRÈS

LE MATCH

Paris, impr. Porcabeuf.

(6)
(7)

aucunementtrait à ce que l'artiste a sous les yeux. On le croirait hanté

par

le vieux Saint-Malo, aux maisons encapuchonnées de toits aigus et serrées les unes contre les autres pour résister aux vents furieux de la mer. Dans ses rues étroites et en dos d'âne, il aperçoit les passants non pas dans leurs costumes de tous les jours, mais vêtus à la mode de leurs demeures vétustes. Les hommes portent la culotte et le justaucorps, les femmes le hennin de la bourgeoise ou la cotte de la paysanne. Il doit cette vision spéciale à la bibliothèque de la ville, dont il a souvent feuilleté les vieux livres, hérités de quelque couvent, au Dictionnaire de l'architecture de Viollet-le-Duc, un peu aussi aux scènes truculentes de Doré et aux fantaisies de Robida. Il dessine, dans cet esprit, pour des journaux d'enfants, comme

la

Semaine de Suzette. Il écrit aussi, et fait des contes,

des poèmes, publiés dans divers périodiques.

Pourtant, il faut bien arriver à la vie. L'artiste n'existe vraiment que s'il est de son temps, et surtout, il n'a chance de durer que s'il exprime avec talent ce qu'il a sous les yeux. Malo Renault tient les siens fermés, pour une contemplation intérieure rétrospective, jusqu'au jour il

connaît l'oeuvre de Toulouse-Lautrec.

Ce jour-là ses yeux s'ouvrent. Il comprend que tout le pittoresque n'est pas dans les pourpoints et les tours à créneaux; qu'il existe autour

de nous, que nous le croisons, que nous le coudoyons, qu'il n'y a qu'à le vouloir prendre pour le saisir. Et l'évolution est faite. Mais le néophyte, timide encore, ne quitte pas la main de son précepteur. Il imite Lautrec, et le vice que peignait Lautrec, il le transforme en laideur. Cet artiste de

la grâce eut une heure il fit laid, par recherche du caractère. Effet d'une influence trop forte et reçue à dose massive. Une fois la crise passée, il ne devait lui rester que le goût de la vérité, joint à ce que fournissait le tempérament l'élégance.

Jusqu'ici, Malo Renault n'est que dessinateur.Le mariage lui fait re- prendre la gravure. Il épouse, en effet, une jeune fille, M"8 Honorine Tian'

(1897), graveur de reproduction, et l'idée lui vient de se graver lui-même

afin d'éviterla déformation que le procédé photo-mécanique inflige à son

dessin.

Il est séduit par la gravure en couleurs, alors à son apogée. La cou-

1. M11"Tian eut une mention honorable aux Artistes français ['année même de son mariage.

(8)

leur, sur le cuivre; a besoin d'un support. Malo Renault le demande d'abord au vernis-mou, avec impression à la poupée. Ses premières plan- ches sont exécutées

par

ce procédé. Mais l'intervention prépondérante

de l'imprimeur ne le satisfait pas, et il essaie l'eau-forte avec plusieurs planches repérées. C'est un acheminement vers ce qu'il cherche la transparence et la fraîcheur du ton, mais ce

n'est

pas encore cela. Enfin, il trouve la pointe-sèche.

La pointe-sèche permet un

trait

délicat, auquel il faut donner du corps.

Certains, comme Marcellin Desboutin, employaient le papier de verre et la roulette; Malo Renault ne demande les ombres, les modelés et les fonds, qu'au papier de verre. Il s'en sert avec beaucoup de tact, et ses épreuves conservent une légèreté

admirable En

1912, il abordait aussi

le bois, dont il

prisait

la franchise, après quelques conseils de l'excellent St. Pannemacker, mais il ne devait

réaliser

un travail par ce procédé qu'en 1920, avec le

Pardon

de Saint-Anne-la-Palud.

Le caractère de l'œuvre gravé de Malo Renault est double il est d'abord plein d'élégance et de charme; il est ensuite essentiellement d'un coloriste.

L'artiste

est

très

captivé

par

la grâce féminine, ainsi que

par

la mutinerie, la naïveté éveillée des enfants. C'est là sa note et la meilleure.

Il apporte à

traduire

ces douceurs et ces suavités une sincérité et

une science parfaites. Helleu a évidemment passé par là, mais est-il actuellement un peintre des élégances féminines qui ne doive rien au

portraitiste

délicieux de

tant

de beautés françaises, anglaises et

américaines depuis

trente

ans ?

Chez Malo Renault, l'influence d'Helleu a été accompagnée et corri- gée

par

celle de Toulouse-Lautrec et des Japonais (ici nous touchons

à la technique de la couleur) et par celle de Vierge et de Lepère, subies dès l'adolescence. Ces maîtres lui ont appris comment on regarde et comment on choisit son sujet. Des Japonais, il

tient

la sobriété, la richesse des tons et la composition décorative. C'est à eux qu'il doit cette beauté particulière des épreuves, l'on sent la surveillance et le soin

1. Contrairementà l'habitude de l'artiste, la planche qui accompagnecet article a été imprimée à la poupée il existe 20 épreuvesdu tirage par planchesrepérees.

(9)

d'un œil délicat et d'une main experte, surveillance et soin dont nos imprimeurs-chromistes ne sont pas

coutumiers.

Et, à vrai dire, ce ne sont pas les imprimeurs qui tirent les estampes

de Malo Renault. Sauf pour les tirages à grand nombre, comme les illus- trations du Serpent noir, c'est M110 Malo Renault qui vient en aide affectueuse et savante à son mari. Par de lents essais, elle arrive à composer le ton d'encre de l'estampe, analogue au ton du pastel original, et ces patientes recherches, que guide un sens affiné, on ne saurait les exiger d'un ouvrier toujours porté, par son instinct même, à vulgariser les tons. Mm' Malo Renault, qui n'a jamais abandonné la gravure, mais qui,

en outre, produit des reliures et des objets d'art décoratif d'une invention toujours ingénieuse, mérite de n'être pas plus séparée de son mari que

Mme Esther Pissarro, M"" Deltombe, Mms Jaulmes, Mmo Massoul et quelques autres, qui sont des collaboratrices, parfois des initiatrices, souvent des conseillères, et qui inlassablement relèvent l'énergie et raniment le courage aux heures de fatigue, de doute ou de dégoût

L'œuvre de Malo Renault est déjàimportant1.L'illustration le séduit et il y montre les dons les plus variés. Fin, gracieux, spirituel quand le sujet le commande, grave quand le sérieux est de mise, le tout coloré par

des touches à fleur de métal, qui sont d'un illustrateur averti et renseigné

aux bonnes sources; il sait que l'illustration n'est pas une aquarelle, ni la page d'un livre une surface que l'on doit entièrement couvrir. Il ménage les blancs avec une science réelle, et l'œil est satisfait de l'harmonie générale autant que de l'agrément des

détails

M. Malo Renault excellera dans l'illustration de certains auteurs, dont

il a les nuances d'esprit, tels que Barrès et Boylesve. La Jeune fille bien

élevée conviendrait à son tempérament autant que le Jardin de Bérénice

1. A l'heure actuelle, cet œuvre compte 231 gravures en noir et en couleurs et43 bois. A citer Téle de petite Brêle (e.-f. coul., 1901); la Pelile Fille aux, ppupées (p.-s. coul., 191 1) l'Oreiller,le Thé

(p.-s. coul., 1912); deux Portraits de fillettes (p.-s. coul., 1913); Vue de Quimperlé (p.-s. coul., 1913- 1919); Quelques-unes (suite de 18 pl., dont 16 e.-l. coul., 1904-1906); Modes de Paris (12 p.-s.coul

1912-1913), et la charmante pointe-sèchejointe à cette étude.

2. 11 a illustré Ragotte (35 pl., e.-f. et p.-s. noir, 1908-1909); Ragolle a dit (7 p.-s. coul., 1909);le

Serpent noir (108 pl., e.-f. et p.-s.coul., 1909-1912); la Chanson de Loic (6 bois aq. à la main, 1920);

la Douloureuse passion de Catherine Emmerich (5 bois, 1920); Canciones, de saint Jean de la Croix, trad. de R.-L. Doyon (20 bois, 1920); le Pardonde Sainle-Anne-la-Palud(12 bois, 1920). Ce dernier travail est le plus important:ce sont des bois ennoir, sans un rehaut de couleur, mais qui paraissent l'attendre, comme ceux de la Chanson de Loïc.

(10)

dont

l'interprétation

vient de lui être confiée par les Cent Bibliophiles et leur président, si ouvert à toutes les choses de

l'art

et surtout de la

gravure, M. Eugène Rodrigues. Quelles charmantes évocations d'Aigues-

Mortes, du Grau-du-Roi, d'Arles aux ruines émouvantes et du musée du roi René Il y a dans

l'art

de M. Malo Renault un charme qui vous gagne et une sensibilité qui vous ravit. Et il

sait

être sobre et rude à l'occasion, quand il quitte le cuivre pour le bois, quand il interprète les mystiques comme saint Jean de la Croix ou le « populaire » breton, règnent de

si profonds contrastes. Il est aussi, à ses heures, écrivain d'art, et nous

ne saurions omettre qu'il a publié une

étude

sur le monotype, la pre-

mière qui, à notre connaissance, ait paru sur ce procédé hybride, produit de l'accouplement du peintre et du

pressier

Les dons de

l'intelligence

ne nuisent jamais à

l'artiste,

quand ils

viennent

spiritualiser

son sentiment. C'est le cas de M. Malo Renault dont

les œuvres reflètent, à côté de leur grâce, quelque chose de plus, qui

dénote l'observateur subtil et réfléchi.

Gl.ÉMENT-JANIN.

1. Art et Décoration, février 1920.

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