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L à-h a u t, c’est le pays d u c o m b a t où pousse l’arole dans la p ie rre e t le v e n t ; cet « a rb re n o n aligné », aux r a m u re s dé form ées, « déchiré dans sa rudesse » d evient le sym bole de tous ces ho m m e s solitaires et oubliés.
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Rue du Collège 6 - Martigny Tél. 0 2 6 / 2 63 66
E D
R e fl etsP a r a ît à M a rtig n y le 20 de chaque mois E d ite u r responsable : Georges Pillet, M artigny F o n d a teu r et président de la commission de rédaction : M e E d m o n d G ay R é d ac teu r en chef : Félix C a rru zz o Secrétaire de rédaction : A m a n d Bochatay Collaborateurs-photographes : O sw ald R uppen, René R itler A dm inistration, impression, expédition : Im prim erie P illet S. A., avenue de la G are 19, 1920 M a rtig n y 1 / Suisse Abonnem ents : Suisse Fr. 30.— ; étranger Fr. 35.— ; le num éro Fr. 3.— Chèques postaux 19-4320, Sion Service des annonces : Publicitas S. A., 1951 Sion, téléphone 027 / 3 71 11
23e année, N ° 11
N o v e m b r e 1973
Sommaire
Le livre du mois U nsere K u r o r t e m elden Naissons ! Naissance Bébé am phibie A m o u r e t m a te r n ité La lam pe à huile Le c ad ra n solaire N o v e m b e r, w h e n Valaisans are... ValaisansM aïatosca K ein b lu tig Eisen N i fer n i sang T re n te lettres de R ilk e Le tem ps à la g rande h orloge de Sion Le vieil a rb re et l’h iv e r Le plaid des seigneurs de Q u a r t à B ourg -S a in t-P ie rre
P o tin s valaisans M o ts croisés Bridge L e ttr e du Lém an P a ra ch u tism e re la tif Enclave valaisanne dans l’O b e rla n d U n mois en Valais Sons de cloches La v ig n ero n n e N o t r e c o u v e r t u r e : E t u d e p o u r < L a M o r t », p a r R e n é R i t l e r D e s s in s d e G e o r g e s K o r a c , Y v o n n e P o r c h e r e t J e a n c l a u d e R o u i l l e r L e t t r e s d e R a i n e r - M a r i a R i l k e o b l i g e a m m e n t p r ê té e s p a r la M u n i c i p a l i t é d e S ie r r e P h o t o s L a n d e n b e r g , L a u r e n t , O p p l i g e r , R i t l e r , R u p p e n , T b u r r e , V a i p r e s s e , W i l l i e n
Nouvelliste
et Feuille d’Avis
du Valais
le quotidien
valaisan
atteint le
65
%
des ménages
du
Valais romand
Naissons !
Poussons le premier cri, empoignons le premier
sein.
Abolir tout le chemin parcouru, toutes les faus
setés, les grisailles, les brouillards, aussi les
soleils maigres et les bouffées de vertu.
Naissons !
Comm e si rien n était encore, mais toute la vie
devant nous à boire comme une voie lactée,
avec des étoiles à croquer.
Couper le cordon pour que seule une blessure
au ventre rappelle que nous venons d'avant et
de loin. Mais devant nous: rien, jusqu'à ce
point noir tout au bout, si loin.
Traçons tous nos anniversaires.
Tirage
32773 ex
c o n tr ô l e F. R. P. du 9. 3. 73à l’avant-garde
de la technique
offset-couleur
P h o t o L a n d e n b e r g
Naissance
T exte Gilberte Favre
Photos Oswald Ruppen
C ’est le jour le plus im portant
dans la vie d ’un être. Le jour
sans lequel la joie, les soucis, la
passion et la sérénité d ’un
homme — ou d ’une femme —
n ’existeraient pas.
Après neuf mois passés à
attendre dans le noir et le
chaud que la porte de ce nou
veau monde veuille bien s’ou-
vrir, un enfant est propulsé
sur notre étrange planète. U n
humain de plus qui sera peut-
être bon et généreux et génial !
L ’air de la salle d ’accouche
ment lui a fouetté le visage, il
a crié. Ce fu t son premier con
tact, brutal et inattendu, avec
le monde des hommes.
— C ’est un garçon ! a dit
la sage-femme ou le médecin.
O u bien :
— C ’est une fille !
Les parents ont pleuré de
joie et se sont embrassés. Pen
sez ! Cet être venu d ’eux, tan t
de fois compromis, est là, de
v a n t leurs yeux, vivant, et si
beau.
Il est âgé d ’une minute, sa
peau est encore rouge et fripée
mais son regard est touchant.
Et puis, le médecin a coupé
le cordon. L ’enfant, qui ne fai
sait qu ’un avec sa mère, s’est
retrouvé seul, indépendant, li
béré. Il a encore crié. Pas si
facile que ça à assumer
l’indé-pendance... Oui, il lui faudra
bien quelques mois, à ce nou
veau-né, p o u r q u ’il s’habitue
à la liberté, au froid, au bruit,
aux choses qui bougent. Et aux
autres.
Délicatement, d ’un air mys
térieux, la nurse a emmené l’en
fant. Elle le lavera et l’habil
lera a v an t de le coucher au mi
lieu d ’une rangée de berceaux,
loin de sa mère. (Cruelle cou
tume !)
Le médecin et la sage-femme
ne cachent pas leur satisfac
tion. Chaque naissance repré
sente une victoire.
Ils sont exténués. L ’accou
chement fut long et difficile.
Ils vont aller manger. Pour
quelques heures, peut-être, le
suspense est terminé. Ju sq u ’à
la prochaine naissance...
Le nouveau père se précipite
au téléphone pour annoncer la
merveilleuse nouvelle. A ujour
d ’hui, la m am an va dormir,
dorm ir et encore dormir. Elle
est si heureuse, c’est vrai, mais
si fatiguée. Les mots q u ’elle
v o u d rait formuler ne sortent
pas de sa bouche. Les superla
tifs sont pour demain.
Elle sourit devant le premier
bouquet de fleurs : les plus bel
les, celles offertes p a r son mari.
Et puis, elle pleure... Pen
dant des jours, elle passera du
fou rire aux larmes. Ses nerfs
auront de la peine à supporter
un tel bonheur.
U n enfant est né ! A l’étage
de la maternité, tout le monde
est euphorique : les nouvelles
mamans, celles qui attendent,
les infirmières, les nurses, les
femmes de chambre, les papas...
U n enfant est né ! chantent
les oiseaux du parc. Bientôt, il
sourira, il rampera, il marchera
et il vo u d ra déchirer les livres.
U n enfant est né qui n ’a pas
demandé à naître mais qu ’un
couple a désiré, espérons-le,
ardemment.
U n être que l’on devra
aimer, guider et respecter avec
intelligence et tolérance.
Demain, il en n a îtra un au
tre, beaucoup d ’autres, dans
tous les pays du monde. Eux
tous ont droit au même respect
et au même bonheur. Le leur.
Pas nécessairement celui des
parents. C ar comme l’a écrit
Khalil G ibran, dans « Le P ro
phète » :
Vos enfants ne sont point
vos enfants
ils sont les fils et les fils
de l'appel de la vie à elle-même
ils viennent par vous
et non pas de vous
et bien qu'ils soient avec vous,
ils ne vous appartiennent pas.
, ■ - • ' M ; % x z Ì 1B Ì Ì 1Ì * X ; , * * f '& - r x f •. w K i l i i t r * " i “ ri 'j '- :i * B U ß * t f ^h
Une aventure pour les yeux. Un bébé, qui n ’a pas cinq mois, flotte calmement
sur les eaux d ’une piscine. C om m e s’il y était né. C ’est sa première leçon de nata
tion. Lorsque le professeur lui plongera la tête sous l’eau, le bébé gardera ses yeux
grand ouverts mais fermera instinctivem ent sa bouche. Une aventure pour un
enfant. A l’image de ces bébés de Polynésie et d ’Am azonie, il ne connaîtra jamais
l’angoisse de l’eau et de la noyade. A cinq mois, il flo tte aussi naturellement qu’il
Le p rofesseur m e p longe la tête sous l’eau. In stin c tiv e m e n t, je ferm e la b o u ch e p o u r b lo q u e r la re spiration, mais je garde les y e u x o u v erts . E t si je re n co n trais des poissons e x tra o rd in a ire s o u u n tré s o r ? dites, ce serait t o u t de m êm e d o m m ag e de ne pas les voir...
marchera quelques mois plus tard. Un professeur de natation, M. Jean Fouace,
établi à Villars, explique que ce cours de natation pour nourrissons est une opéra
tion survie. « Chaque année, dit-il, plusieurs milliers d'enfants de moins de quatre
ans se noient. Le principe du cours est basé sur la très faible densité du bébé, sur
sa méconnaissance de la position horizontale et sur son instinct de conservation. »
Regardez ces photos qui parlent et lisez les impressions du bébé amphibie... G. F.
M. Fouace précise q u ’il ne s’agit pas de m ’a p p ren d re à nager mais de m ’a p p re n d re à m e d éb ro u iller, c’est- à-dire à m e sauver. Il so u tie n t m a tête. L ’eau est plus fro id e que celle de la baignoire familiale. E t puis, j’ai faim... ( P h o t o s O p p l i g e r )
mes mains te découvrent
au-delà de ton corps
mes yeux se voilent
sous le poids de tes lèvres
et mon oreille se ferme
à la pointe de ton sein
Pierre Nicolas.
Amour et maternité
T rop d ’am our trop de peine
T ro p de pleurs trop de joie
T a n t de matins dorés
Vers des sources vivantes
Et tan t de soirs ombreux
Au ras des fleuves lents
Et ce cri dans ta chair une nuit
Cette attente sans fin ce long déchirement
De tout ton être
Ju sq u ’au m atin nouveau
Q u a n d Biaise doucement s’endort contre ton sein
Mille émois mille pleurs
Mille espoirs mille joies
Te font pour ce premier matin
Ce regard éperdu
Cette bouche trop grave
Ce fro n t si vaste
O ù se tissent tes rêves.
E t le rythm e en oblique
Jacques D arbellay.détend le ventre plein
et non encore à la vie
explose sur le sexe
éclate sous les seins
et le rythm e
et la vie
et le ventre s’efforcent
Ces trois poèm es et le dessin ci-contre sont extraits de l'album « A m o u r et m a tern ité» (épuisé), paru à l’occasion de l’exposition D aniel G ay. du pein tre Jeanclaude Rouiller au M anoir de M artigny.
La lampe à huile
November, when Vaiai s an s are... Vaiai s ans
Sur le brouillard qui rampe,
Le vent hurle dehors
Et son souffle détrempe
N os sombres corridors.
Tu nous éclaires, lampe,
Comme l’âme le corps :
Une veilleuse campe
V ivante chez les morts.
Et sa flamme fidèle,
Pas à pas me révèle
Que je sors de prison
Ainsi q u ’une voleuse
Pour aller, radieuse,
Père, vers ta Maison.
Marcel Micheler.
Le cadran solaire
Main ouverte,
Aile déployée,
Eventail des lourdes heures,
Ame éveillée,
Douce alerte
Au flanc de nos demeures !
En ton cœur une épée,
La lame découverte,
D ’une ombre déliée
Tranche le temps qui pleure
Et fait de chaque perte
Le signal insonore
D ’une éternelle aurore.
Marcel Michelet.
B e t w i x t a n d b e tw e e n the b e a u tifu l m o n th o f O c to b e r, w i t h its brisk air, sp a rk lin g blue s k y , th e ga y g rape h a rv e s t a n d rich ly coloured d y i n g leaves, o v e r w h ic h the sun p o u rs a g o ld e n d u st, a n d D ec e m b e r w i t h C h ristm a s a n d the N e w Y e a r fe stiv itie s in p e rsp ective, lies th e m e la n c h o ly m o n t h o f N o v e m b e r .
M e la n c h o ly are the bare trees, th e fr e s h ly p lo u g h e d fie ld s u n d e r creeping w isp s o f c la m m y fog. In n u m e r a b le legends a n d custom s h a n d e d d o w n fr o m p agan tim es g iv e e vid en ce t h a t the p eoples liv in g in the n o r th e rn hem isphere fe a red th e a p p ro a c h o f w in te r , a fr a id th a t the sun w o u l d n e v e r again appear. A n d are n o t the C h ristia n celebrations o f A l l S a in ts a n d A l l Souls D a y s, the fir s t tw o d a y s o f N o v e m b e r , a sign o f d e a th a n d m o u r n in g ?
T h e Valaisans, n o m a d s w h o , f r o m early spring to the en d o f O c to b e r, have been m o v in g w i t h the ir w h o le fa m ilies a n d cattle u p a n d d o w n the m o u n ta in s to d if fe r e n t pastures, or h a v e gone d o w n to the R h o n e V a lle y to w o r k in their v in e y a r d s , are a t last settling d o w n in the ir villages. I n o lden times, it w a s th e c u sto m t h a t fa m ilies to o k turns in bu tc h erin g a pig, a sheep or a c o w in N o v e m b e r a n d sharing w i t h relatives a n d neighbours such delicacies as b la c k - p u d d in g a n d o th e r m eats w h ic h c o u ld n o t be salted d o w n or d ried f o r th e w in te r. A n d th e beneficiaries r e tu rn e d this f a v o u r w h e n th e y b u tc h ered som e tim e later. N o w , m o s t o f th e m o u n ta in fa r m e r s sell th e ir a n im a ls to the butchers in t o w n s a n d , w i t h m o d e rn freezers, th e y s to c k b o u g h t m e a t supplies f o r th e w i n t e r w i t h o u t th e risk o f losses. H o w e w e r , each y e a r at the b e g in n in g o f D ecem b er, a « Foire au la rd » — B acon Fair is h e ld in M a r tig n y - B ourg, w h e r e p e o p le f r o m near a n d f a r com e to b u y ham s, saussages a n d w h o le sides o f bacon to last th r o u g h o u t the w in te r. For the c o u n tr y f o l k , this is a sort o f fe s tiv a l, f o r th e y m e e t a t this fa i r relatives a n d acquaintances w h ic h th e y do n o t see d u rin g th e w h o le year. A n w h e n the supplies are c a refu lly chosen a n d p a id , all o f th e m go to th e nearest restaurant to chat o v e r a glass o f f e n d a n t, a snack o f d ried b eef or even a raclette.
B u t a n o th e r lo v e ly c u sto m has d isappeared since m o to r roads lead to the high villages a n d all o f th e m h a v e electric lig h t — neighbours no lon g e r gather in one house to e c o n o m ize on la m p oil a n d fuel. D u rin g these gatherings, w o m e n used to spin, an o ld person to ld legends a n d the m e n g a th e red a r o u n d th e soap-stone sto v e to crack n u ts on its to p plate. T h e n u ts w e re la ter g ro u n d a n d pressed in a m ill f o r salade or la m p oil, a n d th e ir residue, a so rt o f d r y cake called « to u rtea u » (edible crab) w a s relished b y the child ren w h o , in those tim es, w e re n o t sp o iled w i t h sweets.
In the c a n to n a l H isto ric a l M u s e u m o f Valeire in S io n is an o ld liv in g ro o m w i t h a soap-stone stove. A t th e f o u r corners o f its to p pla te, there are sh a llo w cups g r o u n d in to the s o ft stone b y generations o f n u t crackers.
People o f f i f t y y e a rd s a n d m ore, w il l rem e m b e r these cu sto m s w i t h a p a n g o f regret, f o r a lth o u g h the m o u n ta in fa r m e r s w e re p o o r a n d the q uestion o f f o o d fo r th e ir big fa m ilies w as a co n sta n t w o r r y in w in te r , the p e o p le o f a v illa g e f o r m e d a c o m m u n i ty w h e r e all c o u ld c o u n t on the neighbours in case o f n eed a n d w h e r e joy s, sorrow s a n d f o o d w e re m o re easily shared th a n n o w .
B u t w h a t do the m o d e r n V alaisans do in N o v e m b e r ? M a n y o f th e m o u n tain d w ellers go to w o r k in th e R h o n e V a lle y . I n villages catering to tourists, m o s t o f th e hotels are n o w closed to a llo w th e o w n ers a n d th e ir s t a f f to clean the house a n d th e n ta k e a w e lc o m e rest befo re the w in t e r season begins a r o u n d C hristm as. M e a n w h ile , th e ski runs are being p rep a red , ski lifts are reinstalled a n d th e m a c h in e ry a n d cables o f chair a n d cabin lifts are inspected.
A n d d u rin g the sh o rt w e e k s b e tw e e n tw o seasons, w h e n n o tourists are a r o u n d to w a tc h or d is tu rb th e m , th e Valaisans h a ve once m o re tim e to be th em selves. Brass b ands a n d choral societies resum e th e ir practice a n d each o f th e m h olds a y e a r ly social e v e n in g w i t h m usical p ro d u c tio n s, lotteries a n d balls. B u t the fi n e arts h a v e d e v e lo p e d in the V alais to an e x t e n t th a t m a n y to w n s h a v e a theatrical tr o u p o f a m a teu rs su p p o r te d b y som e professional actors. V isp , f o r e x a m p le , has sta rted its season o f m usical com edies in O c to b e r a lrea d y, w i t h the « G ip s y B aron » , w h ile in o th e r to w n s c h a m b er orchestras, local sections o f th e «• Jeunesse M usicale » a n d ballet tro u p s w i l l resum e their artistic hobbies. A l l this is p a r t l y du e to the even in g courses f o r teenagers a n d a d u lts in tr o d u c e d a f e w years ago b y th e M ig ro s chain stores.
M e a n w h ile , it has begun to s n o w in th e m o u n ta in s a n d e v e r y b o d y looks f o r w a r d to p ra cticin g the ir fa v o r it e w in t e r sport. T h u s, th e d rea r y m o n t h o f N o v e m b e r passes q u ic k ly a n d because o f a ll these a c tivitie s is a lm o st too sh o rt to be p re p a r e d f o r th e h o lid a y s o f D ecem ber.
Maïatosca
J e l ’a v a is s u r n o m m é M a ïa to s c a , p a r c e q u ’il p o r t a i t les
c o u le u rs d e la te rre . E t q u ’il s ig n ifia it t a n t à lui seul.
Q u a t r e sons q u i se su c cé d a ie n t, e n v e lo p p é s d u b u r n o u s
de le u r o rig in e. Q u a t r e sons d o n t c h a c u n c h a n t a i t à
lui seul son a rc h é o lo g ie . Les p sa u m e s des d é b u ts. U n e
m o n o d ie a u x failles im p e rc e p tib le s . U n in fin i e n tre
d e u x p ie rre s m é g a lith iq u e s . U n m o t q u i c h a n t a i t t o u t
seul a u p i e d d ’u n m u r o ù l ’o n ne se l a m e n t a i t p lu s.
U n m o t q u i c h a n t a i t c o m m e u n m o n o c o r d e blessé p a r
le v e n t. Q u i ne h u r l a i t q u e d a n s les p la in e s désertes
et m o rte s , à la su rfa c e c ra q u e lé e des terre s q u i se d é
c o m p o s e n t et dessèch en t sous u n solstice p e r m a n e n t .
M a ï a t o s c a c ’é ta it cela. E t c ’é ta it aussi le rev e rs d u
j o u r q u i ne laisse a u c u n son p o u r s u i v r e sa tr a je c to ir e
sous la v a ste ten te . C ’é ta ie n t les v e n ts de C a r t h a g e
a u s o m m e t de d é c e m b re , les p lu ies d ’u n été q u i c o u
r a i e n t su r les côtes d u L e v a n t, u n cri à la p o u r s u ite
d ’u n e ro c h e en p a r o i , u n in fin i qui, assis a u f o n d d ’u n
p u its , se s o u v ie n t d ’u n ciel p lu s g r a n d q u e ce b a llo n
d ’e n f a n t q u ’il c o n te m p le d u bas. C ’é ta it aussi u n e
ligne sans fin q u i ja m a is ne r e v i e n d r a su r elle-m êm e,
m ais q u i se s o u v ie n t d e ce q u ’elle fu t.
C ’é ta it u n e t e r r e a u m o in s aussi g r a n d e q u e l’u n iv e rs ,
a v e c des q u e stio n s q u i r é p o n d e n t p a r elles-m êm es sans
p o u r a u t a n t d e v e n ir ta u to lo g iq u e s . C ’é ta it le d é b u t
d ’u n s o u rire a n x ie u x , le r e g a r d q u i v e u t t a n t q u ’il
délaisse les fo rm u le s , p é ta le s de fleu rs im a g in a ire s .
E t c ’est aussi u n e l a r m e to m b é e en rosée su r u n e frise
a n tiq u e .
M a ï a t o s c a — il s’est é cro u lé d a n s la p é n o m b r e d ’o c t o
b re, il s’est e n fu i de cet a m a lg a m e de signes, et je n ’ai
t r o u v é d a n s les d é c o m b re s q u ’u n e p e tite p ie r r e c o m m e
b e a u c o u p d ’a u tre s. E t je n ’ai p a s d e n o m à lui d o n n e r.
M a ï a t o s c a — c ’é ta it u n n o m p o u r t o u t cela. V o ilà
p o u r q u o i ja m a is je ne s a u r a i ni son v r a i n o m ni ce
q u il f u t .
C.-F. Tayana.
Kein blutig Eisen...
Von grausem Panzer-E rl en tfü h rt Salvador A llende; N eru d a, astrales
Leichentuch über seinem toten K ra te rlan d ; die Sterntaleraugen der
A nna M agnani erloschen, hingehaucht sie, die ein einziger Kreuzzug
gegen den T od w ar, erlegt das schönste M uttertier, dem es nichts aus
machte, die Sonne zu verfinstern, wenn es d rau fa n k a m ; Ingeborg
Bachmann, als brennende N ylonsäule gestürzt, der gestundeten Zeit
aus dem Buch gefallen ; statt R a m a d h an Apokalypse am Sinai, der
M ond, als w a r ’s ein blutig Eisen : das ist alles ein bisschen viel.
Zu schweigen von Viet-nam, von Kam bodscha nicht zu reden, auch
nicht von den überall täglich, stündlich hinter K erkerm auern gefol
tert, gerädert, ausgeweidet Vergehenden : es ist dies alles ein bisschen
zuviel. Über dem Strich.
U n ter dem Strich : die mit H olzgew ehren spielenden K inder, Strassen
in Besitz nehmend, H interhöfe, Schulbänke stürmend, Leben. Les
enfants du paradis ? Das ist lange her. Ich kann bald keine K inder
mehr sehen, ahnend, durch was für eine, von uns angerichtete, Hölle
sie zu gehen haben, ehe es hinter ihnen sein wird.
U n te r dem Strich : Das ist der Regen, der an mein Fenster klopft, die
Zeit, die enteilt, als w ä r ’s kein Stück von mir.
K a d av e r sind nichts, Allerseelen ist W ind, T od ist papel de chocolate,
aber die M inuten gehen hin, die Stunden, die Jah re im täglich k o m
promisslerischem K ram .
T o d ist kein wüster Geselle, dem Vogelscheuchen nahekämen, Ge
spenster haben indirekt mit ihm zu tun, Tod, das sind T undren
ausgeflippter Augen, am N ächsten zerbrochen, am D u, am Es, am
M an ; das sind Taigen verlorener H ä n d e, die, sich selber frem d
geworden, keine Zärtlichkeit mehr in den G riff bekommen, zum
Anderen nicht hin mehr finden wollen ; Tod, das ist E n d p u n k t der
Erosion, ist ausgeleerte Wüste in uns selbst.
Kein Sand am Meer, aber das stille, das stumme, geschichtslose A b
schleifen unter der Last des U nverstands, unter Gletschern der E n t
frem dung, die wachsen : mahlen, mahlen, m ahlt !
Dahinreden, plätschern, N am en geben, Ü bernam en, falsche N am en ;
taufen, firmen, konsekrieren ; differenzieren, analysieren, korrigie
ren : was soil’s. W enn sich’s überhöht, ist’s schon zu spät.
Es h at dies blutig Messer eine D ialektik, um die müssen sich selbst
gefuchste M arxisten drumherumlügen.
D er Bart wächst weiter. U n a Spaghettata !
(Fotos René Rider)
Pierre Imhasly.
Ni fer ni sang...
Salvador Allende enlevé p a r des chars fantômes ; N eru d a, linceul
astral, couvrant son pays m ort et ses cratères ; éteints les yeux large-
ouverts d ’A nna M agnani, éteinte celle qui était tout entière contre
la m ort ; achevée la plus belle femelle, qui p ouvait éclipser le soleil
q uand il le fallait ; Ingeborg Bachmann tombée comme une torche
de nylon, comme une feuille arrachée au livre des sursis ; l’apocalypse
rem plaçant le ram ad an au Sinaï ; la lune comme un fer sanglant ;
tout ça c’est un peu beaucoup.
Sans parler du Viêt-nam et du C ambodge et de ces pauvres types
enfermés dans des prisons un peu p a rto u t et qui s’effacent, torturés,
roués, étripés. T o u t ça c’est un peu trop. Et voilà p o u r l’évident.
Mais en dessous ; les gosses jouant avec les fusils de bois, conquérant
les rues, p ren a n t d ’assaut les arrière-cours, les bancs d ’école, la vie.
Les enfants de paradis ? Fini depuis longtemps. Je n ’ose plus regarder
les enfants, car je devine l’enfer qu ’ils auront à traverser a v an t que
tout soit passé, enfer que nous leur avons préparé.
Mais en dessous : c’est la pluie qui frappe à ma fenêtre, le temps qui
fuit comme si c’était un peu de moi.
Les cadavres n ’ont pas d ’im portance ; la Toussaint c’est du vent, la
m o rt du papier de chocolat, mais les minutes courent, les heures et
les années dans leur train-train, leurs compromis quotidiens.
La m ort n ’est pas le mauvais garçon semblable aux épouvantails, les
fantômes n ’y touchent q u ’accidentellement ; la m ort c’est la to u n d ra
des yeux vidés, cassés contre le prochain, l’autre, le neutre, l’im per
sonnel.
La m ort ce sont des jungles de mains perdues, devenues é tran
gères à elles-mêmes, insensibles à la caresse, qui n ’arrivent plus à
trouver l’autre. C ’est le bout de l’érosion, le désert vide en nous-
même.
Pas le sable de la plage mais l’abrasion sans bruit, sans visage sous le
poids de l’incompréhension, sous les glaciers de la frustration qui
avancent : meulez, meulez, meulez bien.
Bavarder, papoter, dénommer, surnommer, pseudonym er ; baptiser,
confirmer, consacrer ; différencier, analyser, corriger : à quoi bon !
O n commence à comprendre et c’est déjà trop tard.
Ce couteau ensanglanté a sa p ro p re dialectique qui oblige même les
plus rusés marxistes à tricher.
Et la barbe continue à pousser. Une spaghettata !
TRENTE LETTRES
DE RILKE
— Je les avais là, dans le tiroir
de cette commode, depuis des
années. Je crois q u ’elles seront
mieux au Bellevue.
Mme
Antoinette
Vallotton,
non sans quelque regret peut-
être, a remis ainsi à la
Munici-O F F E R T E S A S I E R R E
palité de Sierre les trente lettres
que Rainer-M aria Rilke, le
poète de M uzot, avait adres
sées à sa mère, Mme H e n ry
Vallotton, l’épouse de l’écri
vain et ambassadeur bien con
nu, au temps où elle se nom
mait encore Mme Yvonne de
Watteville.
Ces lettres qui peuvent être lues
au jo u rd ’hui p a r chacun en la
salle Rilke à Sierre nous p e r
m ettent de mieux connaître le
D e u x a t t i t u d e s d e R a i n e r - M a r i a R i l k e . A g a u c h e , d e v a n t la t o u r d e M u z o t .
poète en nous donnant surtout
d ’intéressants détails sur ses
divers séjours en Suisse. C ’est
d ’ailleurs en partie grâce à
Mme H e n ry V allotton que
Rilke vint s’établir en Valais.
Cette correspondance, écrite
ta n tô t en français, tan tô t en
allemand, demeure le signe ta n
gible enfin d ’une merveilleuse
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