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Dépôt Institutionnel de l’Université libre de Bruxelles / Université libre de Bruxelles Institutional Repository

Thèse de doctorat/ PhD Thesis Citation APA:

Robert, J. (1991). Du mythe à la raison: le temps de la formation professionnelle : étude réalisée de 1984 à 1988 dans la Communauté française de Belgique et plus particulièrement en région liégeoise auprès de chômeurs de 18 à 25 ans (Unpublished doctoral dissertation). Université libre de Bruxelles, Faculté des sciences sociales, politiques et économiques, Bruxelles.

Disponible à / Available at permalink : https://dipot.ulb.ac.be/dspace/bitstream/2013/213063/2/e36b7f65-ca55-465c-aa37-f20b793b1b70.txt

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UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES

FACULTE DES SCIENCES SOCIALES, POLITIQUES ET ECONOMIQUES

Section des sciences sociales

Du mythe à la raison :

le temps de la formation professionnelle

Etude réalisée de 1984 à 1988 dans la Communauté française de Belgique et plus particulièrement en région liégeoise auprès de chômeurs de 18 à 25 ans.

Volume 2 : Méthode et présentation des résultats

Dissertation présentée en vue d'obtenir le titre de docteur en sciences sociales

par Jocelyne ROBERT

Sous la direction de M. le Professeur Claude JAVEAU

Année académique 1990-1991

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UNIVERSITE LIBRE DE BRUXELLES

FACULTE DES SCIENCES SOCIALES, POLITIQUES ET ECONOMIQUES Section des sciences sociales

Du mythe à la raison :

le temps de la formation professionnelle

Etude réalisée de 1984 à 1988 dans la Communauté française de Belgique et plus particulièrement en région liégeoise auprès de chômeurs de 18 à 25 ans.

Volume 2 : Méthode et présentation des résultats ^ ^9t ^^^

Dissertation présentée en vue d'obtenir le titre de docteur en sciences sociales

par Jocelyne ROBERT Sous la direction de M. le Professeur Claude JAVEAU

Année académique 1990-1991

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DEUXIEME PARTIE :

METHODE ET PRESENTATION DES RESULTATS

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I. METHODE

1.1 Eléments méthodologiques

Le chômage des jeunes retient l'attention des pouvoirs publics, des autorités nationales et internationales, car il constitue un phénomène social important.1 La formation professionnelle, présentée comme remède à cette situation, ne laisse pas, elle non plus, indifférent.2 Longtemps prisonnière d'un faux débat, partagée entre le quantitatif et le qualitatif artificiellement dissociés, je me suis continuellement efforcée de les associer. Par une approche cumulative, lente et fondamentalement inquiète, la "recherche d'un sens" a pu prendre forme au cours d'un va-et-vient incessant entre l'empirique et le théorique, mais aussi entre différents niveaux conceptuels de construction.

Après avoir assis les bases théoriques et historiques de cette étude, il importe maintenant d'en préciser les éléments méthodologiques.

A cet égard, Gaston Berger trace les lignes d'une perspective d'un grand intérêt. Celle-ci dépasse la distinction inadéquate entre le quantitatif et le qualitatif. Au moyen d'un ensemble d'informations, son approche est orientée vers l'avenir, les intentions sont premières et permettent de comprendre la

réalité sociale.

La méthode privilégiée pour connaître les faits humains est l'analyse intentionnelle. Sansdoute faudra-t-ilprocéder auxdénombrements indispen sables etfaire jouertous lesprocédés d'élaboration dont dispose la statistique moderne. Mais à travers les nombres qui mesurent les résultats, on s'attachera à mettre en évidence les intentions profondes et souvent inconscientes qui animent les individus et les sociétés et que les faits mani-

1 Voir p. 108 et suivantes, les résultats du sondage.

2 II semble cependant difficile d'établir un lien entre la formation et l'emploi

(Tanguy L., 1986).

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festent sans les constituer. Alors s'expliqueront des transformations ou des renversements qui, d'abord, pouvaient surprendre (Berger G., op. cit.,

p. 225).

La perspective adoptée ici se révèle être essentiellement compréhensive.

Elle tente de découvrir, de mettre à jour le sens des actions, en l'occurrence ici le sens de l'absence d'emploi ou celui du suivi d'une formation profession nelle. Comprendre "de l'intérieur" le sens d'une action, c'est aborder la réalité sociale dans sa globalité, c'est "refuser la discrimination, l'évaluation de ce qui serait important, signifiant et de ce qui ne le serait pas" (Maffesoli M., 1985, pp. 1-13, p. 8).

L'étude du quotidien, tout particulièrement, se doit de tenir compte des durées et des quantités, d'esquisser certaines évaluations, de fixer des points de repère, mais également d'appréhender la situation dans sa globalité, d'envisager le sens des actions, de découvrir les valeurs.3

Cette complémentarité, et non pertinence d'un choix exclusif, a été bien soulignée par Raymond Ledrut. Au-delà d'une approche factuelle et associative, il est nécessaire de s'en référer au subjectif,4 de mettre en évidence les différentes logiques implicites des actions sociales étudiées. Du subjectif, il faut s'élever alors à l'objectif, au probable.5 Cette seconde étape est alors moins compréhensive.

3 Le quotidien relève du comptable, il est fait d'activités mesurables inscrites dans un

"budget-temps". Il délimite les espaces du vécu dont les dimensions sont à la fois sociologiques (par l'effet des grands dispositifs sociaux) et psychologiques (par l'investissement individuel, et notamment affectif, s'y effectuant). Il est le lieu des attributions de sens, car l'individu y gère principalement son parcours de vie selon les valeurs, les modèles, les codes qui l'orientent consciemment et inconsciemment. En conséquence, le quotidien contraint à la coalition des méthodes, quantitatives (aspects comptables), qualitatives (aspects du vécu) et, peut-on dire, herméneutiques (aspects du sens). Son sens les étudie, les mets en rapport nécessaire, elle les établit en relation d'interface (Balandier G., 1985, pp. 201-206, p. 204).

4Les données d'un entretien doivent leur unité à leur rapport avec un individu. Il y là

quelque chose qui n'est pas-en principe- simplement associatif. Il ne s'agit plus d'une unité associative, purement factuelle, mais d'une unité subjective (Ledrut R., 1985, p. 234).

5 Le nombre d'individus rencontré étant relativement restreint (une centaine) pour appliquer une méthode quantitative d'élaboration d'un modèle, les résultats présentés ultérieurement seront donc approximatifs, ils auront une valeur indicative et non de

causalité.

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Il me semble difficile de privilégier une étape par rapport à l'autre. Les distinctions quant aux situations objectives doivent contribuer à élaborer des modèles, des représentations sociales relatives aux formes d'insertion socio-professionnelles. Il n'y a pas de rupture entre les données factuelles et les discours porteurs de sens. Les données factuelles apportent des informa tions complémentaires à la recherche de sens.6

La dialectique entre les deux démarches est essentielle; les données quantitatives et qualitatives seront utilisées, mais leur interprétation impliquera d'étudier ces deux types d'informations dans une perspective de complémen tarité. Si la présentation de la population rencontrée s'effectue, en partie, par l'utilisation de modèles mathématiques extrêmement simplifiés afin de situer les groupes de jeunes les uns par rapport aux autres, ces modèles n'ont qu'une valeur heuristique.7 Ils devront permettre de préciser certaines similitudes ou, au contraire, certaines disparités entre les groupes. Mais le recours aux discours émis par les jeunes permettra une plus grande compréhension et une tentative d'explication. C'est à partir d'une association des deux démarches

6 La démarche compréhensive ne peut certes faire l'économie de données factuelles

établies au niveau macro-social, comme les taux de chômage ou d'inflation, les chiffres de criminalité ou d'immigration, etc. Il va de soi, toutefois, que ces données elles-mêmes doivent être rapportées à des grandeurs dont la définition a subi une sévère révision critique...Mais elle rompt décidémentavec le schéma causaliste des nostalgies d'unephysique sociale. Ces données ne sont plus considérées comme des injonctions imposées aux acteurs sociaux par un quelconque "ordre du monde", mais bien comme l'une des composantes de la substance même du monde social (le monde comme représentation), constamment travaillée et retravaillée par les acteurs, au gré des attributions de significations que le propre déroulement de leurs biographies, dans les divers environnements où ils ont à faire, les induit à opérer), (JAVEAU CL, 1985, pp. 281-291., p. 288).

7G. Canguilhem souligne l'usage abusif du modèle en Biologie: Le modèle a lontemps

tenu du type et de la maquette simultanément, de la norme de représentation et du changement d'échelle de grandeur. Il nous semble aujourd'hui que le modèle explicatif, réplique intégrale, soitconcrète soit logique, despropriétés structurales etfonctionnelles de l'objet biologique a été relégué au rang du mythe. Du côté de la fonction, le modèle tend à se présenter comme un simple simulateur qui reproduit uneperformance, mais par des moyens propres à lui Du côté de la structure, ilpeut tout au plusse présenter comme un analogue, jamais comme un double.

C'est donc sur l'analogie que repose la méthode des modèles en biologie, que ces modèles

soient mécaniques ou logiques (CANGUIULHEM G, 1970, p. 318).

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- analyse des discours et élaborations de modèles ou types8 —que les types de suivi de la formation professionnelle seront, dès lors, mis en évidence.

Au-delà du débat (faux débat) concernant l'adoption de méthodes quantitatives ou qualitatives, se profile l'importance plus ou moins grande accordée à l'acteur. Ce problème n'est pas indépendant du type d'explication adopté en sociologie. La compréhension du chômage, de l'action de formation et du processus d'insertion socio-professionnelle, nécessite la prise en compte d'éléments relatifs aux actions sociales9 tout en ne négligeant pas l'incidence

de relations macrosociales.

L'opposition déterminisme-autonomie totale de l'individu sera, dès lors, dépassée afin de tenter de préciser, d'une part, l'incidence de la société sur le déroulement des actions individuelles et, d'autre part, l'impact d'événements personnels sur le vécu de la formation professionnelle.10

8IIfaudrait, écrit Raymond Ledrut, pouvoir associer le statistique et lelogique, c'est- à-dire les probabilités empiriques aux interprétations plus compréhensives, donc le quantitatif au qualitatif(ou plutôt la rationalité quantitative à la rationalité qualitative). Ce qui revient à la question du rapport entre traitement des données au niveau individuel et au niveau des ensembles". "Il n'est pas raisonnable, épistémologiquement parlant, de mettre le qualitatif et le quantitatif sur le même plan, donc en concurrence et en affrontement. Tout est "quantifiable"

et rien ne l'est! Il existe une dialectique constante entre qualité et quantité. La quantité ne dépasse pas en effet la qualité: elle ne l'abolit pas. Elle en est la négation mais comme tout négatif, elle n'a pas lapositivité de ce qu'elle nie. Si le qualitatif ne peut se suffire à lui-même et reposer en soi, le quantitatif n'a de sens que par rapport au qualitatif qu'il développe, explicite, prolonge et réalise ou exprime. Le quantitatif commele qualitatifne peut donc trouver sa vérité en lui-même, au-dessus, au-delà du qualitatif, en le rejetant, en le dépassant defaçon totale et définitive. Le quantitatif n'est pas la synthèse scientifique: celle-ci s'établit dans la dialectique, l'interaction du qualitatif et du quantitatif qui ne sont ni isolables ni autonomes,

(Ledrut R., 1985, pp. 234-235).

9Une action est sociale quand elle est orientée subjectivement ou objectivement vers

autrui. Nous entendons par "activité" (handeln), un comportement humain (peu importe qu'il s'agisse d'un acte extérieur ou intime, d'une mission ou d'une tolérance), quand etpour autant que l'agent ou les agents lui communiquent un senssubjectif. Et par activité "sociale", l'activité qui, d'après son sens visé (gemeintensinn) par l'agent ou les agents, se rapporte au compor tement d'autrui, par rapport auquel s'oriente son déroulement (WEBER M., 1971, p. 4).

10 C'est une situation intermédiaire qui sera ici privilégiée: // n'y a pas d'abord, comme

nous l'avons vu, de déterminisme absolu, mais une association plus ou moinsprobable contre

tels types de phénomènes et tels autres; ensuite, les déterminations- multiples- se recoupent et

sont loin d'aller toutes dans le même sens dans une société complexe: la marge d'autonomie

(9)

C'est donc l'association entre les éléments structurels et de significations, décrite par Claude Javeau, qu'il s'agit de réaliser :

Selon un procès dialectique que Gurvitch aurait appelé "réciprocité des perspectives", armatures léguées par l'histoire et intentionalités ponctuelles se combinent notamment constament pourproduire du "social". Il faut bien entendre cette combinaison comme une véritable fusion (voire même, car l'ordre du social n'est que la réduction du désordre, confusion) et non comme une combinatoire d'éléments empruntés tantôt aux armatures, tantôt aux intentionalités. Les existences humaines ne sont pas des assemblages de cause et d'effets, mais, pour reprendre une heureuse expression de P. Veyne, des "intrigues". Ces intrigues ne prennent pas les armatures pour décor, mais s'en nourrissent et sont nourries par elles (y compris selon les principes hiérarchiques qui leursont incorporés). Et si elles se déroulentselon diverses intentionalités, celles-ci sont diversement médiatisées, tant par des jeux structurels que par celui des intersubjectivités se succédant dans les espaces- temps où déroulent les actions et interactions. L'herméneutique du quotidien conduit à envisager les phénomènes sociaux, de nature relationnelle, répondant au modèle conceptuel de l'activité schutzo-wébérienne, sous l'angle de la rencontre fusionnelle des intentionnalités. (...) Soulignons encore que Tintentionnalité" ne saurait être réduite aux seules intentions proclamées ou sous-entendues par les acteurs (Javeau Cl., 1985, pp. 284-

285).

Raymond Aron situe bien le problème du choix d'une approche méthodologique lorsqu'il étudie les faits historiques. La compréhension ou l'analyse causale en terme de lois "ne se complètent pas, (elles) collaborent continûment, selon le schéma indiqué par Wéber" (Aron R., op. cit., p. 272), nous dit Aron. Il souligne cependant l'importance de l'ordre selon lequel ces étapes s'opèrent :

de l'acteur serait de toute façon préservée par cet entrecroisement de déterminations. Enfin, chaquefois que les contraintes structurelles sefont moins pesantes, l'agent humain recouvre une latitude d'action permettant d'exercer plus pleinement sa capacité organisatrice. A partir du moment où on abandonne le terrain du débat —archaïque et purement métaphysique —entre un déterminisme sans failles et une liberté totale pour des perspectives plus réalistes, on s'aperçoit, au contraire, que déterminations et autonomie partielle des acteurs sont loin d'être incompatibles:on peut, de ce fait, parvenir à une explication plus riche (ARON R., 1948,

p. 143).

(10)

l'ordre dans lequel ils se succèdent est décisif. Tant que l'on s'efforce de vérifier les constructions rationnelles, on ne rompt pas avec les évidences de la vie quotidienne. On marque le décalage entre le type idéal et le concret, sans parvenir à un choix entre les schémas, puisque l'on accepte d'avance que la réalité ne leur corresponde pas exactement. Au contraire, le savant qui interroge les données sans préjugés, arrive à établir des relations qu'il n'aurait pu anticiper, bien qu'il puisse, après coup, les expliquer psychologi quement (Ibidem, p. 273), (nous soulignons).

Afin d'étudier les faits passés, le chercheur peut, soit envisager la signification intrinsèque des événements, soit l'origine des idées;11 dans ce dernier cas, la compréhension est externe.

En précisant qu'une "oeuvre se définit par sa fin plus que par ses causes"

(Ibidem, p. 141), R. Aron souligne l'importance du temps.

La mise en évidence de logiques et la découverte des intentionalités constituera la trame, la base de l'étude envisagée ici. Le suivi ou l'absence de suivi d'une formation, la conception de l'avenir sera à mettre en relation avec des événements passés. Plus fondamentalement encore, les intentions et les projets s'intègrent dans une logique qu'il est nécessaire de retracer.

Ici encore, l'historien est susceptible de nous apporter une aide :

l'historien met en liaison les faits les uns avec les autres, il construit des ensembles spatiaux et temporels qui, par définition, tendent vers l'avenir.

Prophète après l'événement, il met l'histoire en perspective et saperspective se rattache au présent, présent vrai ou présent fictivement reporté dans le passé, en tout cas postérieur au devenir que l'on retrace (Ibidem, pp. 133-

134).

11 Ces "explications d'origine" sont illustrées par l'étude de Durkheim: "Les formes élémentaires de la vie religieuse": l'essence d'une réalité sociale se révélerait aux origines.

Précepte auquel nous n'opposerons pas leprécepte contraire: s'attacher d'abord au cas où le fait seprésente avec le maximum de netteté. L'un et l'autre partent d'une hypothèse au moins discutable, l'assimilation de l'histoire à un développement du simple au complexe. L'économie capitaliste est plus complexe sans doute, elle est surtout autre que les échanges élémentaires.

Pour les régimes sociaux, il s'agit bien plus de délimiter les ensembles que de construire une évolution humaine (Ibidem, pp. 140-141).

8

(11)

L'idéal-type de Wéber peut être utilisé lors de cette démarche. Weber présente deux conceptions du "type idéal". Une première, appelée "holiste", si tue les situations individuelles à partir d'éléments historiques caractéristiques d'un ensemble. Une seconde, à l'inverse, part de situations individuelles afin de présenter les caractéristiques essentielles d'un modèle.

La première conception est présentée par Watkins (Watkins J.W.N., 1953, pp. 722-743) sous le terme "objectivity".

The social scientist shouldfirst décidefrom what point ofview to approach history. Having decided, say, to treat its économie aspect, he should then sélectfrom this some unique configuration ofactivities and institutions, such as "the rise of capitalisme Then he should pin down and describe its components. His final task is to draw in the causal Unes between thèse components, imputing "concrète effects to concrète causes" (...) "The ideality of such a type lies in its simplification and aloofness from détail : it will be free from the detailed complexity of the actuality to be analysed with its aid

(Ibidem, p. 724).

La seconde conception est tirée de la première partie de "Wirtschaft and Gesellschaft" et est qualifiée par Watkins, d'"individualiste" car, contrairement à la version précédente, elle part de la situation des individus :

the individualistic idéal type is constructed bij inspecting the situations of actual individuals, and by abstracting from thèse : (a) gênerai schemes of Personal préférences; (b) the différent kinds of knowledge of his own situation wich the individual may possess; and (c) various typical relation- ships between individuals and between the individual and his ressources. An individualistic idéal type places hypothetical actors in some simplified situation (Ibidem, p. 725).

On privilégiera la seconde démarche afin de tenter de dégager différents types de suivi de la formation professionnelle en rappelant toutefois la valeur heuristique des modèles mis en place.12

12 L'image qui suit est un "type idéal" obtenu à partir de conditions rencontrées dans

différentes industries et en divers endroits. Elle ne prétend à rien d'autres qu'à fournir une il

lustration; il est doncparfaitement indifférent que, dans les exemples réels auxquels nous avons

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Dans la critique qu'opère Aron de l'utilisation du type-idéal par Max Weber, un point a retenu notre attention. Il concerne la distinction entre ce qui est rationnel et ce qui est compréhensible. Raymond Aron critique la typologie dressée par Weber; celui-ci privilégiant la rationalité et la "décrois sance de l'intelligibilité" ignore, de cette manière, la "compréhension des mobiles" et la "compréhension affective".13

Cette remarque doit nous inciter à la prudence lors de la mise en évidence du sens du suivi de la formation professionnelle. On ne pourra alors négliger les sentiments, les émotions. Ceux-ci dominent des situations mythiques ou intentionnelles.

Tout ceci ne doit cependant pas laisser croire à la possibilité d'une compréhension totale.14

pensé, ce processus ne se soit jamais déroulé exactement de la manière décrite (WEBER M., 1964, p. 68, note 23).

Plus loin encore : Pour mettre en relief les différences caractéristiques, il est nécessaire, ici encore, de parler en termes de "type idéal", ce qui fait violence dans une certain mesure à la réalité historique. Mais il serait impossible autrement d'aboutir à une formulation claire, étant donné la complexité des matériaux mis en oeuvre. Il faudrait examiner à part dans quelle mesure les différences que nous faisons ressortir aussi nettement que possible ne sont que relatives (Ibidem, p. 143).

13 Se demandant : Quelles sont les frontières du domaine qui relève de la sociologie

compréhensive ? La réponse qu'il (Weber) avait indiquée n'allait pas sans équivoque, car il distinguait mal non-conscient et non-compréhensible (en théorie, non en pratique) et il tendait à confondre rationnel et compréhensible. Faute de discerner nettement la compréhension des mobiles, d'analyser la compréhension affective (qu'il signalait seulement), il suivait, de la rationalité finale à la tradition, la décroissance de l'intelligibilité (Aron R., 1948, p. 153).

14 D'autre part, faute de l'intuition des intentionalités d'autrui dans les expressions visibles

et les symboles, nous ne croyons pas accessible ce que Scheler appelait Gesinnung l'intention

morale d'un être. Spectateurs, nous avons une image globale des autres: tel paraît noble, tel

autre vulgaire. Mais la Gesinnung à supposer qu'elle se confonde avec la qualité morale (ce

qui ne va pas sans difîiculté, puisque, constitutive de chacun, elle échappe au choix conscient

et n'a rien à voir avec le mérite), n'apparaît jamais totale et univoque. Elle se définit comme

une impulsion, amour ou volonté, tendue vers une certaine hiérarchie des valeurs. Or on

accède jamais à une impulsion dernière et l'analyse des fins est par essence indéfinie. L'in

tention morale que l'on peut concevoir et qui se distingue et des motifs et des mobiles puisqu'elle

implique une appréciation, ne comporte pas de compréhension parfaite. Pas davantage le sujet

dans sa totalité ou dans sa décision libre n'est donné, soit à l'intuition spontanée de

l'observateur, soit à la reconstruction patiente de l'historien (Ibidem, p. 154).

(13)

En conclusion, tout au long de ce travail, on accordera la première place au paradigme privilégieant l'interprétation comme tâche essentielle de la sociologie.15

L'étude des jeunes confrontés au chômage ne pourra négliger la compréhension de leur situation, leurs intentions, le sens de leur action. Sans cela leur situation objective demeurerait vide de sens.

L'étude du quotidien ne peut, dès lors, avoir lieu qu'en tenant compte de l'intentionalite des acteurs impliqués.16 Celle-ci ne peut également ignorer la perspective historique afin de saisir la globalité évoquée précédemment.17

C'est pourquoi, avant de situer les personnes rencontrées et de préciser les étapes de cette recherche, il était important d'apporter des éléments d'in formation d'ordre historique présentés précédemment. Ceci, afin de permettre une compréhension plus judicieuse des discours recueillis auprès des jeunes.

Anthony Giddens a pu prendre en compte les éléments à la fois subjectifs et objectifs d'une situation et "concilier historicité et compétence de

15 En France, patrie du rationalisme... on trouve chez Claude Lefort, Cornélius Castoriadis, Georges Balandier, Edgar Morin, Alain Touraine ou Serge Moscovici le développement d'une conscience historiciste et une prise déposition parfois explicite (Lefort) sur la sociologie comme oeuvre d'interprétation. A l'intérieur de ce qu'il faut bien appeler ce nouveau paradigme concevant la sociologie comme travail d'interprétation, la question de la méthode est vouée à se poser tout autrement (Bertaux D., 1985, pp. 269-279, p. 275).

Dans l'étude dont on présente les résultats ci-après, "interprétation" se réfère à la démarche compréhensive dont parle M. Weber: comprendre signifie saisirpar interprétation le sens ou l'ensemble significatifvisé (Weber M., 1971, p. 8).

16 // m'apparaît qu'une véritable sociologie de la vie quotidienne est nécessairement une sociologie compréhensive. Pour faire savant, l'on pourrait avancer que le principe heuristique dominant d'une telle démarche est l'intentionalite des phénoménologues". "Pour les phénoménologues, l'intentionalite est au coeur même de toute démarche d'aperception du monde, partant d'autrui II s'agit d'un mouvement qui échappe au contrôle du cogito et qui se rapproche donc de la volonté.... (Javeau Cl., 1985, pp. 284-285).

v II s'agit évidemment, dans laperspective herméneutique que je m'efforce icide "défendre

et illustrer", de rapporter les significations incorporées (au sens que Bourdieu donne à cet

épithète) dans les faits et gestes de tous les jours, même les plus "insignifiants" en apparence,

à la totalité d'une expérience sociétale concrète, y compris dans ses dimensions historiques

(Ibidem, pp. 282).

(14)

l'acteur" (Giddens A., 1987; et Van Haecht A., 1990, pp. 129-143).

Cet auteur, ne niant pas la compétence des acteurs, montre en quoi l'existence de conditions non maîtrisées, de conséquences non intentionnelles et d'éléments inconscients peut influencer la situation des individus. Il souligne combien le temps et l'espace permettent de définir le contexte où se déroulent les actions. Les points de repère de cet espace temps sont les identités sociales.

Enfin, ce contexte constitue un type de contrainte à côté des sanctions et des contraintes matérielles (Ibidem, pp. 134-135).

Pour l'étude de la formation professionnelle, on insistera davantage sur le temps que sur l'espace, on reconnaîtra également combien les structures (ensemble de règles et de ressources permettant, par les contextes d'inter action, la reproduction des institutions) ainsi que le pouvoir, jouent un rôle essentiel. On soulignera aussi, comme le note Alain Eraly (1990), le fait que les structures et propriétés structurelles produisent des activités sociales et en

sont le résultat.

Pour conclure, on retiendra la nécessité de dépasser l'opposition quantitatif-qualitatif. En effet, il ne peut s'agir que d'un faux débat. Distinguer ces deux aspects n'a guère de sens, car le social est à concevoir dans sa globalité. Les pratiques quotidiennes le construisent au rythme de multiples interactions brèves ou longues, rapides ou lentes. Tout comme l'ordre social existe au niveau macro-sociologique, l'ordre de l'interaction règle les relations interpersonnelles. Les acteurs connaissent les limites dans lesquelles un autre acteur est susceptible d'agir; celui-ci se sentira normalement obligé d'agir de cette manière nous dit Goffman (Winkin Y., 1988, p. 96). Ces deux niveaux macro-sociologique et micro-sociologique, l'ordre qu'ils supposent et les possibilités d'enfreindre les règles qu'ils impliquent sont présents dans la démarche adoptée ici.

Afin d'étudier l'action sociale par rapport à la globalité, l'approche compréhensive permet de rechercher les intentions des acteurs, de préciser le sens qu'ils donnent à leurs actions et d'en cerner le sens global. Pour ce faire, la mise en perspective historique, le va-et-vient entre passé et futur est indispensable.

L'outil méthodologique privilégié est alors le "type-idéal" : outil

12

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heuristique, il s'agit d'une construction qui, à partir d'observations, élabore différentes significations, diverses caricatures de la réalité. Aucun de ces modèles n'existe concrètement. Il s'agit de représentations simplifiées.

Cependant, comme la présentation des résultats permettra de le souligner, certains individus empiriques présentent des spécificités telles qu'ils en deviennent des individus épistémiques porteurs des caractéristiques du modèle, du type construit (Bourdieu P., 1984, pp. 34-40).

L'élaboration de ces modèles ne peut privilégier les aspects rationnels de l'action sociale, mais se doit d'envisager également les croyances, les sentiments et les passions des acteurs.

Enfin, après avoir explicité les éléments théoriques, historiques et méthodologiques de cette étude ainsi que les conclusions de recherches empiriques, il devient nécessaire maintenant de dégager les modèles relatifs au sens du suivi de la formation professionnelle dans un contexte socio-économi que donné.

13

(16)

1.2 Etapes de recherche

La compréhension et l'explication constituent deux étapes complémen taires intimement liées et parfois difficilement dissociables. De même, la description et l'explication peuvent s'avérer parfois difficiles à distinguer :

On distingue souvent entre hypothèses descriptives (intervenant dans l'étape de construction de l'objet)... et hypothèses explicatives, dont le but est de permettre la mise en évidence des causes des phénomènes intervenant dans le phénomène étudié. Il n'est pas possible, cependant, de séparer nettement les unes des autres. Un élément descriptifpeut se révéler aussi explicatif...

(Javeau Cl., 1988, p. 118).

Décrire, comprendre et expliquer constituent trois objectifs auxquels cette recherche tente de répondre et pour lesquels des procédures méthodolo giques adéquates ont dû être précisées. Les données statistiques d'enquêtes et de sondages disponibles à présent ne permettent pas de répondre aux exigences de la démarche compréhensive décrite précédemment. C'est pourquoi, j'ai dû procéder au recueil d'un grand nombre de données :

- une série d'entretiens approfondis auprès d'une trentaine de jeunes chômeurs complets indemnisés;

- une enquête semi-structurée auprès d'une centaine de jeunes : 70 en stage ou formation ONEM et 30 n'ayant pas suivi de stage ou de formation organisés par cet organisme;

- des entretiens menés auprès des formateurs du centre de formation;

- des interviews auprès des placeurs de l'ONEM et des employeurs de la région selon le secteur d'activité et la taille des entreprises;

- quelques entretiens menés en 1988 auprès de jeunes chômeurs en formation

ONEM afin d'actualiser les résultats.

Si les entretiens structurés ont permis de situer la population rencontrée

et de préciser les types de suivi d'une formation professionnelle, ceux-ci n'ont

pu réellement être élaborés qu'à partir de l'analyse d'entretiens approfondis

qui constituent la base de cette étude. L'analyse statistique devient alors un

outil facilitant la recherche de significations, une étape parmi d'autres

(17)

permettant de situer divers éléments les uns par rapport aux autres.18

Une recherche menée auprès de jeunes chômeurs nécessite le rejet d'un certain nombre de techniques, tel l'enregistrement systématique d'un entretien oral. Au cours des premières entrevues, certains jeunes éprouvaient des difficultés à s'exprimer : plus les sujets abordés étaient vastes et les questions ouvertes, plus l'incertitude apparaissait. L'enregistrement systématique au moyen du magnétophone présentait une difficulté supplémentaire.

L'entrevue s'est avérée relativement longue - de 30 minutes à deux heures - laissant à chacune des personnes rencontrées une grande liberté quant à l'orientation de l'entretien.19

...dans l'entretien non directif, on cherche à faire assumer par la personne interviewée le rôle d'exploration habituellement détenu par l'enquêteur; ce dernier ne joue plus alors qu'un rôle de facilitation et de soutien (Michelat G., 1975, pp. 229-247, p. 229).

Par ces deux approches - entretiens approfondis et entretiens struc turés —on a souhaité bénéficier d'un ensemble d'informations plus important afin de situer les jeunes par rapport aux modèles mythique et rationnel énoncés précédemment.

Ainsi, la recherche consiste, en résumé, à fabriquer le modèle, à la fois descriptif et explicatif(et aussi compréhensif, au sens wébérien), au fur et à mesure qu'elleprogresse, par apports successifs, réévaluations, modifications, confrontations avec de nouvelles pistes spéculatives, etc. La recherche, c'est la construction du modèle, elle-même (Javeau Cl., 1988, p. 119).

Afin de saisir le sens de la formation professionnelle par rapport, notamment, au processus d'insertion socio-professionnelle, la comparaison

18 La perspective adoptée souligne la grandeur des rapports entre éléments explicatifs.

Il devient dès lors essentiel de montrer que tel facteur à une incidence plus importante que tel autre et d'expliquer comment ce jeu d'éléments s'agence. L'application du modèle log-linéaire (voir annexe 3) répondra donc à ce souci de mettre en rapport différents

éléments.

19 Des entretiens plus longs suscitaient un sentiment de malaise et une incompréhension

de la part des chômeurs.

(18)

d'interviews approfondies de jeunes en formation, d'une part, et de jeunes n'ayant pas suivi un tel parcours, d'autre part, s'est avérée utile. Par ailleurs, le recours aux caractéristiques traditionnelles : origine sociale, âge, niveau d'études, statut socio-professionnel ou catégorie socio-professionnelle des parents n'a pas été négligé. Cela a permis de mettre en évidence les caractères spécifiques de la population rencontrée.20

Les rationalités élaborées en vue de l'occupation d'un emploi, la manière dont les jeunes s'y prennent pour réaliser ce souhait et la place que la forma tion professionnelle occupe parmi ces moyens constituent l'objet de cette

étude.

Plus fondamentalement peut-être, il s'agit d'appréhender, au-delà de l'évocation d'éléments antérieurs, la manière dont les jeunes rencontrés rendent compte au présent d'événements passés. De plus, il est possible de mettre en relation le compte rendu de ces événements avec la présentation de projets, l'expression de souhaits et l'évocation d'événements futurs.

La formation professionnelle constitue un phénomène complexe eu égard :

- au public impliqué : jeunes n'ayant jamais travaillé, travailleurs ayant déjà une expérience professionnelle relativement importante;

- aux objectifs poursuivis : initiation, formation de base, perfectionnement;

- aux attentes des employeurs.

Il s'agit donc de situer ce type d'action sociale qu'est la formation professionnelle face à l'école, mais également au monde du travail. On souhaite, de cette manière, définir l'existence d'un "nouveau" domaine d'activité intermédiaire entre deux sphères d'activités traditionnellement

20 // ne convient cependant pas d'oublier, cefaisant, que leplus souvent, c'est la technique

choisie qui commande la nature de l'objet et non l'inverse. Si le recours aux instruments à base

mathématique maintient la sociologie dans une perspective plus positiviste, il permet de rassem

bler, sur de grandespopulations, un grand nombre de renseignements précieux ayant trait aux

comportements, aux systèmes d'activités, aux "opinions" (pour autant qu'on ne voie dans

celles-ci que le reflet de jugements socialement légitimés et bénéficiant de moyens de diffusion

largement répandus). S'il s'agit, toutefois d'étudier des systèmes de représentations, des degrés

d'adhésion à des valeurs, des croyances, etc., l'abord qualitatif, qui se combine beaucoup mieux

avec une démarche compréhensive, s'imposera sans conteste (Ibidem, pp. 131-132).

(19)

étudiées en sociologie : l'éducation et le travail.

L'étude présentée ici est essentiellement d'ordre qualitatif. Il était, cependant, important de procéder à un nombre suffisant d'entretiens afin d'élaborer notre typologie. C'est pourquoi, d'une part, un certain nombre de regroupements ont été opérés lors de l'utilisation de statistiques et, d'autre part, le critère de saturation a été retenu afin de guider notre démarche, "la saturation est le phénomène par lequel, passé un certain nombre d'entretiens (biographiques ou non, d'ailleurs), le chercheur ou l'équipe a l'impression de ne plus rien apprendre de nouveau, du moins en ce qui concerne l'objet sociologique de l'enquête" (Bertaux D., 1980, pp. 197-225, p. 205, note 5).

Afin de disposer du plus grand nombre possible d'informations, la présentation des discours et les résultats d'entretiens menés auprès des jeunes chômeurs seront précédés d'éléments relatifs, d'une part, aux objectifs poursuivis par les formateurs et, dautre part, aux demandes énoncées par les employeurs. Une étude plus spécifique de la position des placeurs sera également envisagée.

Selon la méthode présentée par Alfred Schûtz et exposée, notamment,

dans l'ouvrage Le chercheur et le quotidien (Schûtz A., 1987), l'essentiel de

l'étude dont les résultats vont être présentés consiste dans la recherche du sens

du suivi ou de l'absence de suivi de la formation professionnelle. A travers les

discours plus ou moins clairs, et parfois contradictoires que les jeunes

chômeurs énoncent, il s'agira de faire appel à l'intersubjectivité des acteurs,

consociés, contemporains, de mettre en évidence les intentionalités des acteurs

et de tenter de préciser des typifications basées non pas spécifiquement sur la

rationalité en finalité dont parle Weber mais sur les éléments intersubjectifs

des actions sociales laissant apparaître les événements importants aux yeux des

acteurs concernés, les intentions qui soustendent leurs actions, les valeurs et

sentiments qu'ils portent.

(20)

II. PRESENTATION DES RESULTATS

II.1 La situation socio-économique de la région concernée

Si l'on considère la durée moyenne de chômage calculée en mois dans les différentes régions, on peut dire que la région liégeoise présentait, en 1987, une moyenne supérieure à la moyenne nationale. Cette situation existe pour les différentes tranches d'âge tant pour les hommes que pour les femmes (Biaise P., 1987, p. 28).

Depuis le début des années quatre-vingt, le climat économique ne s'est guère amélioré : Cokerill-Sambre, Cuivre et Zing, Tube-Meuse sont à ce moment en difficulté. Or, ces entreprises représentaient, pour les parents des jeunes chômeurs du secteur secondaire, la principale source d'emploi. Certains y sont occupés depuis plusieurs dizaines d'années et ont parfois été amenés à y prendre des responsabilités. Aujourd'hui, déçus dans leur espoir d'y trouver du travail, les jeunes peu qualifiés vivent une situation particulièrement

difficile.

En 1983, on comptait, dans la région liégeoise, 134 constitutions de sociétés et 309 faillites réparties selon les secteurs suivants :

Constitutions Faillites

Construction 22 49

Petits commerces 16 72

HORECA 10 59

Transport 8 15

Métal 8 2

Alimentation 14 14

Bois / 5

Divers 56 93

De plus, le rapport d'activité du service subrégional de Liège précise

"que les constitutions de sociétés ne sont parfois que le résultat d'une

modification de la structure juridique d'une entreprise et non la naissance

(21)

d'une activité nouvelle avec accroissement d'emplois" (ONEM, 1984, p. 6).

En 1983 également, année où cette recherche a débuté par l'interview des formateurs, on remarquait la différence de situation quant à l'emploi des métiers du secondaire et des métiers du tertiaire. Reprenons, pour les secteurs d'activités auxquels les formations ONEM préparent, la situation relative à l'offre et à la demande d'emploi en 1983.

Pour le secteur métal, les offres d'emploi présentent une régression "en raison de la crise profonde du bâtiment". Les employeurs demandent essentiellement de la polyvalence. Le chômage touche plus particulièrement les électriciens du bâtiment et très peu les électriciens industriels. Pour les soudeurs et les tuyauteurs, la collaboration formation profession nelle - placement - entreprise permet l'engagement de ces ouvriers essentiel lement auprès d'agences intérimaires. L'exigence de polyvalence se révèle également très importante dans le secteur machine-outil, "le nombre de demandeurs d'emploi est en augmentation et parallèlement le nombre d'offres est en régression, cependant, le placement des outilleurs demeure aisé, ce qui n'est pas le cas des tourneurs" (Ibidem, p. 26).

La crise du secteur construction explique le manque d'offres d'emplois, excepté pour les menuisiers et les couvreurs. Les engagements ont lieu sous forme de statuts précaires et de manière ponctuelle. "De nombreux engage ments d'aide-menuisiers, aides-peintres et techniciens des travaux publics ont eu lieu dans le cadre du Cadre Spécial Temporaire mis sur pieds suite au tremblement de terre. Les manoeuvres du bâtiment trouvent quelques débouchés dans des projets C.S.T. ou T.C.T. et des grutiers ont trouvé du travail intérimaire" (Ibidem).

Dans le domaine du secrétariat, les exigences des employeurs augmen tent et les offres d'emplois concernent de plus en plus de temps partiels. "Les employeurs exigent des qualifications de plus en plus élevées de la part des demandeurs d'emploi : rapidité, très bonne orthographe, bilinguisme ou trilinguisme, notions d'informatique, de traitement de texte ou de vidéotexte"

(Ibidem, p. 28). Il semblerait, dès lors, que les jeunes s'inscrivent plus rapide ment aux cours du soir ou en formation professionnelle des adultes.

Si l'on compare le nombre de chômeurs complets par rapport à la

(22)

population de la commune (non pas par rapport à l'ensemble des assurés contre le chômage), le pourcentage de chômeurs complets indemnisés est de 6,6% (40291/611184) pour le service subrégional de l'emploi à Liège (7,1%

- 22624/318789 - pour les femmes et 6,0% - 17667/292395 - pour les

hommes).

De plus, on peut ajouter à ce chiffre, l'existence du programme de résorption du chômage pour lequel 14554 contrats, dans le cadre du stage des jeunes, ont été conclus en 1983 ainsi que 8376 prolongations; 11490 béné ficiaires du système de prépension conventionnelle et 1034 Cadres Spéciaux Temporaires (422 hommes dont 113 ayant moins de 25 ans et 612 femmes dont 262 ayant moins de 25 ans) sont également à ajouter ainsi que les 92 employés et 45 ouvriers chômeurs mis au travail. Enfin, le programme 'Troisième circuit de travail" comptait en Décembre 1983, 678 personnes (348 hommes et 330 femmes) (Ibidem, pp. 13-24).

On compte donc, dans cette région, pour l'année 1983, 76560 chômeurs complets indemnisés ou engagés dans un programme de résorption du chômage, c'est-à-dire 13% de la population totale.

Si l'on compare à cette situation celle de 1987, on constate une diminution du pourcentage de chômeurs complets indemnisés par rapport à la population totale : 6,2% (37245/604448) pour la région liégeoise : 6,8%

(21312/314344) pour les femmes et 5,5% (15933/290104) pour les hommes (Service Subrégional de l'Emploi, Rapport annuel 1987, 1988, p. 92).

Cependant, si l'on y ajoute le nombre de personnes bénéficiant d'un plan de résorption du chômage, le nombre se révèle plus élevé qu'en 1983. Il y eut en 1987,21019 contrats de stage ONEM conclus ainsi que 11134 prolongations, 1235 chômeurs mis au travail dont 513 hommes et 722 femmes, 508 personnes (133 hommes et 375 femmes) occupées dans un cadre spécial temporaire fin

1987,2555 troisièmes circuits de travail dont 1454 femmes et 1101 hommes. En

y ajoutant le nombre de prépensions conventionnelles (20621 : situation cumulative depuis 1983) (Ibidem, pp. 40-58) on obtient un total de 94317, soit 16% de la population.

La situation par secteur d'activité, telle que perçue par le service placement est la suivante (Ibidem, pp. 13-24) : si l'on remarque une augmen-

20

(23)

tation de l'offre d'emploi dans la construction depuis 1983, on peut noter une demande de qualifications très élevée. Il s'agit de maîtriser non seulement la qualification apprise, mais de pouvoir manifester également des connaissances et un savoir-faire à propos de deux ou trois autres qualifications. On peut constater alors un hiatns entre l'évolution des demandes des employeurs et celle des formations, l'enseignement n'évoluant pas au même rythme.

Dans le secteur machines-outils, les restructurations d'entreprises, dont on parlait précédemment, on provoqué des licenciements :

Dans le secteur mécanique, le début de l'année 1987 a été marqué par les faillites successives des entreprises Cuivre et Zinc (660 personnes), Tube- meuse et des Ateliers de Cornillon (82). D'importantes restructurations sont intervenues dans de nombreuses entreprises du secteur telles que Cockerill- Sambre, ACEC, Soremi (36), Bottin, Tensia, Mémorex (68), Forges de Zeebrugge, Stenne. A la suite des licenciements collectifs, il est apparu que les ouvriers qualifiés retrouvent facilement un nouvel emploi tandis que les ouvriers sans qualification ou avec une qualification non demandée restent au chômage (Ibidem, p. 16).

Pour le secteur secrétariat-employé de bureau, on remarque une stagnation des demandes TCT (troisième circuit de travail) et CST (cadre spécial temporaire) surtout dans le privé, une exigence toujours importante en matière de langues, une augmentation des offres d'emploi Al et un "tasse

ment" des offres de bas niveau.

Il semblerait que la formation professionnelle individuelle permette une

augmentation du nombre d'engagements. Ce type de formation est d'ailleurs

en augmentation par rapport aux formations en gestion propre. Le nombre de

formations professionnelles individuelles (Ibidem, p. 76) conclu en 1982 était

de 53, de 114 en 1983, de 215 en 1984, de 367 en 1985, de 312 en 1986 et de

658 en 1987. Les formations individuelles permettent à l'Office d'intervenir

dans le coût de la formation assurée par les entreprises privées à condition que

cette formation débouche directement sur un emploi. Celui-ci doit présenter

une durée au moins égale à celle de la formation suivie. Aujourd'hui, tout

demandeur d'emploi peut bénéficier de ce contrat (non plus seulement les

chômeurs indemnisés).

(24)

II. 2 Les demandes des employeurs

En septembre 1988, une recherche réalisée dans la région liégeoise a permis de préciser le type de demandes émises par les employeurs quant aux engagements potentiels.

Des demandes de polyvalence sont adressées dans plusieurs secteurs : agro-alimentaire, chimie, fabrications métalliques, menuiserie, textile et habillement, filière informatique, construction, etc. La connaissance des langues et la capacité d'utiliser les nouvelles technologies sont de plus en plus

demandées.

Par ailleurs, dans certains secteurs, les employeurs sont susceptibles d'engager des personnes peu qualifiées et insistent alors sur les exigences de motivation, de présentation, de service à la clientèle, de capacité de réflexion, de souplesse et de mobilité, de capacité de travail (Robert J. et Sensi D., 1989). Cela se manifeste plus encore dans les petites et moyennes entreprises que dans les grandes entreprises.

On peut, en outre, souligner que certaines entreprises, souhaitant former elles-mêmes leur personnel, par exemple dans le secteur de la chimie ou des fabrications métalliques, s'assurent l'aide de l'ONEM afin de bénéficier de formations individuelles en entreprises pour former ou recycler leur personnel.

Une étude (Communauté française de Belgique, 1985) a été réalisée en 1985 en Communauté française. 622 entreprises du domaine de la construction ont accepté de participer à cette recherche. Cette enquête a permis de souligner la situation particulièrement difficile des entreprises du carrelage, de plafonnage et de chauffage. "Le taux des entreprises ayant accru leur personnel dans les deux dernières années excède les 20% en menuiserie, couverture, plomberie, peinture et électricité". Cet accroissement touche plus par ticulièrement les entreprises de 5 à 100 personnes.

Comparant les qualités requises pour réaliser un travail précis et celles demandées par les employeurs afin de réaliser les mêmes tâches, il semble que les employeurs demandent des qualifications supérieures à celles que la réalisation du travail exige. La qualification monovalente reste indispensable.

22

(25)

Cependant, "la notion de monovalence a évolué : non seulement par des évolutions internes au sein des techniques traditionnelles de chaque profession, mais également par intégration de techniques plus récentes ou empruntées à d'autres professions" (Communauté française de Belgique, 1985). De plus, une formation polyvalente, soulignée par les instructeurs, est également avancée par les employeurs. D'autres connaissances, telles les mesures de sécurité et la connaissance des langues sont également mentionnées.21

D'après cette étude, le proportion d'engagements de stagiaires ayant suivi une Formation professionnelle des adultes serait d'autant plus importante que la taille des entreprises est élevée. Il en va de même si l'on considère l'information relative à la connaissance des formations professionnelles (Ibidem).

Par ailleurs, on a pu constater que l'attitude des employeurs vis-à-vis de jeunes peu qualifiés est négative, que ceux-ci soient chômeurs ou non. Cette attitude est cependant davantage positive dans le secteur des services (Folque P., 1988, p. 105). Quant à l'engagement de jeunes peu qualifiés, s'il semble plus important dans les grandes entreprises, le taux d'embauché des jeunes peu qualifiés est plus faible dans les grandes entreprises (plus de 100 personnes) que dans les petites et moyennes entreprises (Folque P., 1988, p. 105).

Les critères d'embauché de jeunes peu qualifiés cités le plus souvent par les employeurs sont la motivation, le soin et le courage (Folque P., 1988, p. 105).

Enfin, face aux difficultés rencontrées lors de l'engagement de personnel qualifié, les employeurs recourent aux dispositions favorisant la formation des jeunes et plus particulièrement à la formation individuelle en entreprises (Ibidem, p. 106).

De plus, les entreprises manifestent un intérêt non négligeable pour la formation professionnelle. La Fédération des Entreprises de Belgique a mis en place une "Campagne de sensibilisation des entreprises à l'emploi et à la

21 Actuellement, le groupe de travail chargé d'étudier les demandes des employeurs en

la matière souligne le nombre élevé de qualifications demandées.

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formation des jeunes" en 1987 et 1988 appelée Challenge J :

La FEB a décidé de lancer une campagne de sensibilisation des entreprises au problème de la formation et de l'emploi des jeunes. Dans le cadre de cette campagne, l'accent sera mis, par priorité, sur la formation (Chal lenge J., 1988, p. 2).

Philippe Bodson et Raymond Pulinckx, président et administrateur délégué de la Fédération, soulignent le rôle actif joué par l'entreprise dans ce

domaine :

a son profit, pour assurer la qualification de sa main-d'oeuvre; au bénéfice des jeunes, pour leur permettre de mieux accéder au marché de l'emploi

(Challenge J., 1988, p. 2).

La formation constitue donc un élément essentiel de la politique de personnel. Néanmoins, une certaine hiérarchie entre les diverses formations est avancée laissant apparaître le caractère privilégié des formations individuelles par rapport aux formations en gestion propre étudiées plus particulièrement dans le cadre de notre étude. Les possibilités d'emplois sont plus importantes si la formation a lieu en liaison directe avec l'entreprise.22

Outre l'importance accordée à la qualification, il semble que les qualités de motivation, de courage soient aussi sinon plus importantes dans la mesure où elles peuvent, dans certains cas, suppléer à l'absence de connaissances techniques. Cette tendance se révèle d'autant plus grande que les entreprises sont susceptibles de former elles-mêmes leur personnel et de lui procurer les connaissances nécessaires selon les besoins en perpétuelle évolution.

Ces remarques s'inscrivent dans un courant plus général de modification de l'entreprise :

22 Ceci explique l'importance accordée par les responsables de la formation aux stages en entreprise en fin de formation. Ceci était particulièrement souligné en formation tertiaire et dans le secteur métal. Aujourd'hui, alors que le secteur du bâtiment connaît une activité plus importante, la création de formations plus modulaires et en liaison directe avec les entreprises est à l'étude. Une première expérience a cependant connu un succès limité.

24

(27)

Depuis la fin des années soixante-dix et le début des années quatre-vingts un renouveau semble se manifester avec un regain d'intérêtpour la situation de la maîtrise et de l'encadrement moyen. En fait, c'est l'ensemble des agents de l'entreprise qui sont sollicitéspar l'enjeu d'adaptativité permanente et de performativité et qui sont donc appelés à s'insérer dans un projet de formation permanente, de plus en plus directement contrôlé par l'entreprise

elle-même (Van Haecht A., 1986, pp. 165-178, p. 169).

Par ailleurs, Anne Van Haecht souligne bien l'importance de la motivation dégagée précédemment :

L'étude de terrain montre bien que, au moins en partie, certaines formations (de type psychosocial plus que de type technique) tentent d'amenuiser les difficultés posées à l'encadrement par un nouveau public de jeunes travailleurs chez lesquels on dénonce moins des manques de savoir-faire, que des manques dans l'acquis de socialisation; désigné comme capacité à manifester des "aptitudes sociales", ce queje préférerais appeler compétence sociale (Ibidem, p. 175).

En conclusion, si la proportion de chômeurs complets indemnisés tend à décroître, celle de ceux n'occupant pas une place réelle sur le marché du travail était en augmentation en 1987.

Accentuant encore cette tendance, les entreprises de grande taille, susceptibles aux yeux des jeunes rencontrés de leur procurer du travail, ont

connu des difficultés suivies de licenciements.

On peut également noter la croissance élevée des demandes des employeurs en faveur de personnel qualifié et polyvalent. Ces exigences se révèlent parfois disproportionnées par rapport au travail demandé peu de temps après l'engagement. De manière générale, les langues et la possibilité d'apprendre rapidement l'utilisation de l'outil informatique sont souhaitées.

Ces demandes permettent de comprendre les difficultés croissantes des

jeunes peu qualifiés. Si des possibilités d'emploi existent pour eux, la

connaissance des filières donnant accès à ces emplois semble laissée au hasard

des rencontres, à la débrouillardise, voire aux "combines". Pour les peu

qualifiés sont alors exigées la motivation, le soin, la mobilité.

(28)

Evoquant l'écart de plus en plus grand entre les demandes des employeurs et l'enseignement, les entreprises s'intéressent de plus en plus à la

formation.

Les collaborations entre l'Office de l'Emploi et les entreprises s'accen tuent de plus en plus par l'intermédiaire de stages ou de formations individuel les en entreprise. L'Etat intervient financièrement et gère les rapports entre l'entreprise, l'enseignement et la formation.

Les liens entre les entreprises et l'Office de la formation et de l'emploi sont assumés, notamment, par les placeurs. C'est pourquoi, même s'ils ne sont pas directement impliqués dans l'action de formation, il était utile d'en préciser

le rôle.

26

(29)

IL3 Les placeurs

Depuis 1987, un changement relativement important s'est opéré quant au caractère obligatoire du suivi d'une formation professionnelle.

L'arrêté royal du 20 Décembre 1963 stipulait :

Le chômeur qui sans motif légitime, refuse ou abandonne la formation professionnelle ou qui est congédié pour des motifs équitables eu égard à son attitude, perd ses droits aux allocations de chômage, conformément aux

articles 134 à 140.23

Or, l'arrêté de l'exécutif de la Communauté française du 12 Mai 1987 ne

reprend plus cet article.24

Ce changement s'accompagne d'une modification relative à l'indemnisa tion du chômeur en formation. En 1963, celui-ci percevait :

1° : une indemnité spéciale égale à la différence entre l'indemnité pour perte de salaire et le montant de l'allocation de chômage qu'il perçoit;

2° : des avantages complémentaires en espèces ou en nature;

3° : une indemnité pour frais de déplacement et de séjour".23

La période de formation était considérée, avant 1987, comme une période de travail. Elle permettait au chômeur de retrouver, par exemple, ses droits à un niveau d'allocation de chômage plus élevé à la suite de la formation, sa période de travail étant plus importante. En 1987, le stagiaire n'est plus nécessairement chômeur indemnisé; il peut s'agir d'une "personne qui s'est inscrite comme demandeur d'emploi auprès d'un service public de placement".

Dès lors, pendant la formation professionnelle, le stagiaire ne peut plus prétendre qu'à : "une prime de formation professionnelle; une indemnité pour

23 Arrêté royal du 20 Décembre 1963.

24 Arrêté de l'exécutif de la Communauté française relatif à la formation profession

nelle du 12 Mai 1987.

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frais de déplacement et de séjour" ( Cette prime est actuellement de 40 francs brut par heure de formation : la moitié de la prime est versée en cours de formation, l'autre moitié en fin de formation) (Ibidem).

Ayant rencontré les placeurs à plusieurs reprises, il me semble que les changements décrits précédemment soient importants. Cependant, l'obligation de suivre la formation n'était pas appliquée de manière générale. Cela variait d'un placeur à l'autre. Les responsables du placement rencontrés ont souligné

"l'absurdité" qu'une telle obligation impliquait.

Le rôle du placeur semble essentiel pour le chômeur. Chaque demandeur d'emploi se voit attribuer un placeur en fonction de la profession dans laquelle il s'inscrit. Ce dernier prendra en charge la constitution du dossier du demandeur d'emploi. Il intervient également dans l'orientation du demandeur d'emploi vers un employeur potentiel ou vers le service chargé de la formation professionnelle. Les placeurs sont surchargés étant donné l'importance des changements de réglementation, la multiplicité des statuts que le demandeur d'emploi est susceptible d'occuper, les changements d'emploi de plus en plus nombreux qu'une même personne connaît, les demandes de plus en plus diversifiées et nombreuses des employeurs.

Le placeur occupe donc une position centrale : il est chargé d'interpréter la demande des employeurs et d'évaluer ceux qui, parmi les demandeurs d'emploi, répondent aux exigences demandées. II se base sur des critères précis : diplôme ou formation complémentaire, connaissance des langues et/ou de l'informatique, etc. Il envoie une convocation aux demandeurs d'emploi concernés afin qu'ils se présentent chez le placeur puis éventuellement chez l'employeur. Son travail est simplifié par l'informatisation des dossiers lui permettant d'opérer plus rapidement une sélection. Néanmoins, les charges

administratives s'en trouvent accrues. Au détriment éventuel des visites aux

employeurs et de l'accueil des demandeurs d'emplois, le responsable du placement insiste sur l'importance de la connaissance que le placeur a du demandeur d'emploi et des employeurs, cette connaissance répond éventuel lement à des critères qui ne sont pas toujours objectifs. En fonction de celle-ci, le placeur orientera le demandeur d'emploi vers le suivi d'une formation professionnelle ou non, vers tel ou tel emploi.

28

(31)

De plus, les pratiques des demandeurs d'emploi varient sensiblement : certains s'adressant régulièrement à leur placeur afin d'obtenir un emploi, d'autres ne le rencontrant jamais. Les placeurs sont donc amenés à connaître davantage certains dossiers que d'autres.

Par ailleurs, la représentation que les jeunes rencontrés ont de leur placeur peut varier considérablement; les uns les considèrent comme les représentants de l'institution et s'y opposent; d'autres les voyent comme des personnes susceptibles de les aider à moins qu'ils ne manifestent une totale

indifférence.

On peut également ajouter que l'âge et l'expérience professionnelle des placeurs varient de façon significative. Ils ne reçoivent pas régulièrement une formation sociale ou psychologique suffisante pour l'exercice d'un métier défini, par certains, comme administratif et, par d'autres, comme social. L'ap

prentissage de leur rôle se fait essentiellement "sur le tas".

A propos de la formation professionnelle, ils insistent tous sur son utilité étant donné les demandes de qualifications de plus en plus poussées de la part des employeurs.

Pour conclure, on soulignera le rôle non négligeable des placeurs au sein de l'Office. D'une part, ils sont amenés à orienter les demandeurs d'emploi vers l'un ou l'autre employeur à moins qu'ils ne suggèrent le suivi d'une formation professionnelle; d'autre part, il s'agit des premières personnes que le demandeur d'emploi rencontre à l'ONEM (aujourd'hui FOREM). L'image que le demandeur d'emploi aura de l'institution en dépend. La position du placeur se révèle, à cet égard, difficile dans la mesure où il ne détient pas le monopole des offres d'emplois.

La rencontre des placeurs a également permis de souligner l'importance des changements opérés ces dernières années dans l'organisation de la formation. Désormais, celle-ci n'est plus assimilée à une période de travail. Si les stagiaires continuent à percevoir une allocation, celle-ci se révèle être nettement moindre aujourd'hui. Parallèlement à ce changement, le caractère obligatoire du suivi de la formation a disparu.

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II.4 Les formations ONEM

La synthèse des recherches empiriques a permis de souligner l'existence d'attitudes différentes par rapport à l'avenir.

La partie théorique, quant à elle, a mis en évidence une typologie des actions sociales tenant compte, d'une part, du temps, et, d'autre part, de la place laissée à la raison ou aux sentiments.

Si on peut, d'une certaine manière, opposer le modèle de la rationalité à celui du mythe, on doit toutefois noter que, celui-ci fait de passions et de croyances, permet à la raison d'exister. De plus, entre la raison et le mythe, on peut situer l'intention. Celle-ci relève plutôt de l'ordre de la volonté.

Cette distinction accorde également une place importante au temps. La rationalité ainsi que l'intention semblent associées essentiellement au futur alors que le mythe accorde une place privilégiée au passé ou se situe hors du

temps.

On tentera de situer par rapport à la raison, à l'intention et au mythe les interviews recueillies auprès des jeunes chômeurs.

Cependant, si le temps et la raison ou le mythe constituent des éléments fondamentaux afin de comprendre aujourd'hui les actions sociales, celles-ci dépendent d'un mode de socialisation spécifique. Or, l'enseignement et le travail participent, de manière très importante, à la socialisation des individus.

De plus, la manière dont la période de chômage se vit semble étroitement liée à l'expérience de travail, positive ou négative, connue précédemment. Le

travail reste une valeur dominante de notre société. Son absence sera vécue

socialement de manière diverse. Hommes ou femmes, belges ou immigrés, jeunes ou vieux, ouvriers ou employés, scolarisés ou non scolarisés,... vivront des situations de chômage variées.

De plus, les formations destinées initialement aux chômeurs indemnisés

et organisées par l'Office constituent un objet d'étude privilégié afin d'étudier

les rapports existants entre les entreprises privées et l'Etat, la formation et

l'emploi, le système scolaire de base et la formation continue.

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