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Mon père était "communisse"...

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Academic year: 2022

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Texte intégral

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Mon père était "communisse"...

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Les recettes des livres vendus directement par Régine d'Humilly sont intégralement consacrées à son œuvre en faveur de l'enfance déshéritée.

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Régine d'Humilly

Mon père était

"communisse" ...

roman

Editions Hécate 3 bis, rue Dumaine 85400 Luçon

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© 1993, Editions Hécate Tous droits réservés pour tous pays ISBN 2-86913-054-5

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A mes petits gars de St François d'Assise

J'ai eu la grande joie en décembre 1990 de retrouver mes premiers élèves de l'orphelinat, j'ose presque dire

« mes premiers enfants ».

Ils m'ont témoigné une touchante reconnaissance mais moi aussi je leur dois un grand merci.

C'est pourquoi je leur dédie ce livre.

Ce sont eux qui m'ont éveillée à l'Amour maternel.

Leur affection filiale répondait si bien à la mienne qu'ils m'ont sensibilisée pour la vie.

Ils ont fait naître en moi une immense tendresse qui ne s'est jamais émoussée et c'est grâce à eux que je peux, à l'aube de la vieillesse, retrouver l'enthousiasme de mes 18 ans pour me pencher vers d'autres petits.

Régine d'Humilly

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Préface

Madame D'Humilly évoque l'enfant dont le père était communiste à une époque où il était dangereux d'afficher ses idées. Où est-il, ce Léopold ? Qu'est-il devenu ? A-t-il réussi sa vie comme dans le roman ? Sans doute que oui car rencontrer une personne comme Madame D'Humilly laisse des traces indélébiles à l'âge où l'enfant est si réceptif pour recevoir les bases d'un bon départ dans la vie.

Etant un de ses anciens élèves, 41 ans après, je lance un avis de recherche car je n'avais pas oublié cette personne extraordinaire, cette institutrice véritable maman pour les enfants de l'orphelinat qui en avaient tant besoin.

J'ai 9 ans en 1946 à l'orphelinat Saint François d'Assise. Je redouble pour la 3ème fois mon cours préparatoire. Je suis au fond de la classe car je suis le dernier comme cela se faisait à cette époque.

Alors, elle arrive ; la nouvelle maîtresse : 18 ans, très belle et surtout formidablement enthousiaste avec une volonté de faire réussir ces enfants déshérités.

48 ans après, je me souviens comme si c'était hier, je revois la classe avec, au mur, une fable de La Fontaine : Le Loup et l'Agneau.

Mademoiselle Régine D'Humilly refuse l'ordre établi, le dernier ne sera plus au fond de la classe, elle le place au 1er rang. Il y a une estrade, elle n'en veut plus, elle décide donc de la faire enlever, les enfants retrouvent les règles disparues l'année précédente, ces objets maudits

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servant à corriger les élèves.

Mademoiselle Régine D'Humilly n'en aura plus besoin, ses méthodes sont tout autres, elle nous oblige à la regarder droit dans les yeux et nous parle comme une véritable maman.

Un mois environ après la rentrée scolaire, Melle Régine D'Humilly pose une question et se trompe en la formulant : 4 moins 9, les enfants répondent « Cela ne se peut pas, maîtresse ». Mais moi, je réponds « moins 5, maîtresse ». A la récréation, elle me demande de rester dans la classe et me propose de m'aider à rattraper mon retard.

Je me mets à pleurer ; Melle Régine me console et, fidèle à son programme, elle me donne régulièrement des cours particuliers.

A la fin de l'année, je suis devenu un très bon élève.

... Tant d'années après, je la retrouve dévouée avec le même enthousiasme, toujours la même ardeur à défen- dre l'enfance malheureuse.

En retraite, elle fonde une association : Les enfants de Régine D'Humilly pour venir en aide aux orphelins de Roumanie et du Tiers-Monde.

Après l'avoir retrouvée, je recherche d'anciens élèves de l'orphelinat Saint François d'Assise et j'en retrouve quelques-uns. Tous ont les mêmes souvenirs et la même admiration pour Madame D'Humilly et aucun d'entre eux ne l'a oubliée.

Presque l'aîné de ses enfants, je me sens investi d'un devoir au nom de « Léopold dont le père était com- muniste », au nom de « Petit Pierre » et au nom de tous les orphelins : remercier Dieu d'avoir mis sur notre route un être de tendresse et d'amour, quelqu'un que l'on ne rencontre qu'une fois dans sa vie, une personne d'exception : Madame Régine D'Humilly.

Jacques Mathieu, ancien élève de Melle Régine D'Humilly de 1945 à 1952.

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Mon père était "communisse"

Cahier de Léopold, juin 1944, Ier chapitre Mon père était "communisse". Un jour des soldats allemands sont "venu" chez nous... Ils "Ion" emmené et puis...

Flora lit ce que j'écris par-dessus mon épaule. Elle me dit que j'ai mal débuté et qu'un récit doit com- mencer par le commencement. Elle me dit aussi que j'ai fait des fautes.

J'aime bien Flora. "Ces" la fille de mon tuteur. Elle a quatorze ans. Elle est blonde.

Quand je serai grand, je voudrais bien me marier avec elle malgré que je "suis" plus jeune. Moi, j'ai que onze ans.

Maman est morte au mois d'avril. Ma petite sœur Ondine a été placée à l'hôpital.

Les gens disent en parlant d'elle :

— "Ces" une pauvre petite "innossente". Moi, je vis chez mon tuteur depuis la mort de ma mère.

J'aime pas mon tuteur ; il s'occupe de moi que pour

"crié" ou me punir.

Il a dit qu'il me placera en pension. Je m'en fous, je me ferai "renvoyé". Je veux habiter ici à cause de Flora.

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Donc, Flora lit derrière moi au "fure" et à mesure que j'écris.

Elle "ma" pris par le cou et "ma" proposé de corri- ger mes fautes.

Elle, elle est forte en français et puis, elle a déjà passé le certificat d'études. Elle a été reçue avec la mention bien.

Je veux pas que Flora corrige le premier chapitre

"pasque" je me suis drôlement appliqué, "pasque" j'aime pas faire deux fois la même chose et "pasque" je me fous des fautes. Mais j'ai accepté "quelle" m'aide à rédiger (comme elle dit) la suite de mon histoire "pasque" je veux bien "quelle" connaisse mes secrets et aussi

"pasqu'on" sera contents de relire tout ça quand on sera grands et qu'on vivra ensemble.

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Journal de Léopold corrigé par Flora Juin 1944

Le plus loin que je me rappelle, c'est quand j'avais cinq ans. Ma petite sœur n'était pas encore née.

Cette année-là, j'allais à l'école pour la première fois.

C'était en octobre 1938. Maman m'avait acheté un petit cartable de cuir et un beau tablier noir tout luisant.

Dans la maison voisine, j'avais un petit copain qui s'appelait Rémi. Lui aussi allait en classe pour la pre- mière fois mais il n'allait pas à la même école que moi.

J'aurais bien aimé ne pas être séparé de Rémi mais papa voulait pas que je fréquente « l'école des curés ». Il m'avait inscrit à la Communale. J'avais une gentille maîtresse. Le matin de la rentrée, elle avait essayé de nous apprivoiser. On l'appelait Mademoiselle Rose.

Elle nous avait demandé nos noms puis pour conso- ler ceux qui pleuraient un peu, elle avait distribué des bonbons. L'après-midi, elle avait donné à chacun un cahier à deux lignes, une ardoise et un crayon. Elle nous avait demandé de faire un joli dessin puis elle nous avait raconté une belle histoire.

Le soir, je me dis que l'école, c'était drôlement bien.

Seulement, j'étais pressé de retrouver Rémi. Je voulais

qu'il m'explique sa première journée. Avait-il, lui aussi,

une gentille maîtresse ?

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Les élèves de l'école libre commençaient le matin plus tard que nous. Ils sortaient donc le soir une demi- heure après nous.

A la communale, la classe se terminait à seize heures.

Le directeur ouvrit la porte de la cour et les élèves libérés coururent dans tous les sens comme des moineaux éparpillés.

Je traversai la rue et j'allai me planter devant la porte de l'école catholique à côté de l'église. J'attendis un moment.

Le grand portail s'ouvrit et les élèves s'échappèrent en se bousculant. J'aperçus Rémi et je m'approchai en souriant.

Rémi rougit un peu et passa à côté de moi sans me regarder.

Tout déçu et désemparé, j'essayai de le rattraper. Peut- être ne m'avait-il pas vu ?

Un garçon se jeta sur moi, je m'échappai mais les gamins me lançaient des pierres.

Ils s'égosillaient :

— Qu'est-ce que tu viens faire ici, toi, tu vas à l'école du diable... Va-t-en ou on va te dérouiller.

Je courais devant moi, éperdu et le cœur gros.

Rémi, à présent, était hors de vue. Brusquement, je m'arrêtai, me penchai et ramassai un caillou pour le jeter à mes agresseurs qui me poursuivaient de leurs quolibets (Merci Flora). Un homme se dressa à côté de moi. Il avait une robe noire. C'était celui que mon père appelait « Le Curé ».

Il m'attrapa doucement par le bras et me fit jeter ma pierre.

Il n'était pas en colère. Il me parla d'une voix calme.

— Il ne faut pas se battre, mon petit garçon...

Indigné, je voulais lui crier que c'étaient les autres qui m'avaient attaqué. Pourtant je ne dis rien et je m'enfuis en courant.

J'étais infiniment malheureux et j'avais les yeux pleins de larmes.

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Il s'appelait Léopold...

Il avait onze ans...

Il était orphelin de mère et son père était déporté politique.

On lui avait nommé un tuteur qui ne venait jamais le voir.

Je l' ai connu en 1944 avec ses yeux tristes et son visage révolté...

Il était interne au collège où j'étais sous-maîtresse.

C'était un petit garçon tout seul et un mauvais élève.

Il n 'avait jamais ni visite, ni colis ni lettre et il était toujours puni.

Il écrivait son journal qui commençait ainsi :

« Mon père était "communisse". Un jour, des soldats allemands l'ont emmené. »

Je ne me suis pas senti le droit d'en lire davantage.

J ai voulu évoquer ce petit bonhomme qui ne souriait jamais.

Les hommes, avec leur guerre, lui avaient volé son enfance.

Au nom de tous les enfants victimes de la violence et de la haine des grands, j'ai essayé de réinventer son histoire.

Régine d'Humilly

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