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[Compte rendu de :] Histoires des religions et destin de la théologie / Ernst Troelsch. - Paris : Cerf, 1996
ASKANI, Hans-Christoph
ASKANI, Hans-Christoph. [Compte rendu de :] Histoires des religions et destin de la théologie / Ernst Troelsch. - Paris : Cerf, 1996. Positions luthériennes , 1997, vol. 45, no. 4, p. 451-453
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cieuse, mais trop souvent ignorée ou mal perçue, de la spiritualité pro- testante française ; ses aspects positifs ne doivent donc en aucun cas se perdre dans un indifférentisme liturgique et doctrinal qui demeure condamnable, même s'il s'avance, paré des couleurs séduisantes de l'unité. Une étude comme celle qui est consacrée au « Betkammerlein » (pp. 173-186) mérite de ce point de vue (et parmi d'autres) une lecture attentive, et ce n'est pas uniquement parc~ que nous avons été nourris à cette source dans notre enfance que nous disons cela !
Nous sommes également reconnaissant pour la manière magistrale et véritablement œcuménique dont Marc Lienhard sait rapprocher la pen- sée et l'héritage de Luther et ceux de Calvin, sans cacher les différences, les tensions et les complémentarités qui existent entre eux.
Nous sommes enfin reconnaissant à notre auteur de conjuguer avec un art consommé et avec une grande conviction la réflexion théologique et la pratique ecclésiastique, en montrant comment la première peut et doit inspirer la seconde et lui ouvrir sans cesse des voies nouvelles.
Nous nous réjouissons de penser que ce sont là des charismes dont Marc Lienhard fera profiter dans les années qui viennent l'Église de la Confession d'Augsbourg d'Alsace et de Lorraine, dont il préside désor- mais le Directoire.
Albert GREINER
Martin LUTHER, Le Magnificat, traduction d'Albert Greiner, présenta- tions de Daniel Olivier et de Sœur Évangéline, 2• édition, Paris, Nouvelle Cité, 176 pages. 79 F. ISBN 2-85313-071-1; ISSN 0335-8305.
Nous saluons avec joie et reconnaissance la réédition, depuis long- temps attendue, du beau commentaire spirituel du Cantique de Marie par le Réformateur de Wittenberg.
Günther WENZ, Theologie der Bekenntnisschriften der evangelisch-
luth~rischen Kirche, Eine historische und systematische Einführung in das Konkordienbuch, t. 1, Berlin -New York, Walter de Gruyter, 1996, 719 pages.
Voici le premier volume d'un ouvrage prévu en deux tomes. Après une introduction qui justifie l'entreprise (relever !es aspects particuliers d'une confession ne s'oppose pas à l'unité de l'Eglise, c'est un moyen pour déboucher sur ce qui est commun) et une méditation sur l'illustra- tion de la Loi et de l'Évangile par Lucas Cranach, l'auteur présente dans une première partie le Livre de Concorde, c'est-à-dire le corpus des confessions de foi luthériennes. Le sous-titre indique l'orientation du propos : «Témoignage chrétien sous forme d'interprétation de l'Écriture dans la continuité des symboles de l'Eglise ancienne». Dans un premier chapitre intitulé « La Réformation de Wittenberg et sa confession de foi » (p. 67-142), il est question successivement de la Réforme de l'Église et
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des Églises issues de la Réforme, du rapport entre confession de foi et confession au sens d'ensemble d'Églises confessionnelles, puis des rap- ports entre conflits confessionnels et ordre politique, et enfin des diverses composantes du Livre de Concorde. C'est un chapitre où domine l'ap- proche historique et l'auteur montre qu'il est très au fait des débats ré- cents concernant notamment l'unité et la diversité de la Réformation ou encore les problèmes afférant à l'entrée dans l'ère confessionnelle. Le se- cond chapitre intitulé «Fondement (Urkunde) de la confession de foi»
est plus proprement théologique. Il y est question successivement du rap- port entre la confession de foi et la tradition ecclésiale, de l'Écriture sainte, de la théologie des écrits confessionnels luthériens.
Une seconde partie (pp. 231-248), traite du Petit et du Grand Catéchismes de Luther, d'abord sous l'angle historique (les origines des catéchismes), puis sous un angle plus proprement théologique. Là en- core, l'auteur est bien informé sur les recherches récentes, en particulier celles d' Albrecht Peters. Mais c'est la troisième partie qui occupe la plus large place (pp. 349-718). Elle traite de la Confession d'Augsbourg de l'Apologie, des Articles de Smalkalde et du traité. Du pouvoir et de l'au- torité du pape. Les trois premiers chapitres sont encore historiques : pré- sentation de la Diète d'Augsbourg puis de la Confession d'Augsbourg et de son Apologie. Un troisième chapitre présente la réaction de Luther à la Confession d'Augsbourg le problème du droit de résistance, les Articles de Smalkalde et le traité de Melanchthon sur l'autorité du pape.
La quatrième partie systématise l'exposé en traitant du Dieu trinitaire et de la transmission du salut. Elle sera complétée par deux chapitres pré- vus dans, un volume à paraître ultérieurement (la justification du pé- cheur, l'Eglise et son ministère). Ce second volume traitera également de la Formule de Concorde.
Impossible évidemment de résumer ce très riche volume qui allie de façon stimulante l'approche historique et l'exposé théologique. L'auteur s'inscrit de propos délibéré dans la tradition luthérienne, mais sa présen- tation équilibrée, bien informée, évite aussi bien un confessionalisme re- fermé sur lui-même qu'une actualisation ignorant la complexité des pro- blèmes historiques et des enjeux théologiques au XVI• siècle. Espérons
seule~ent que la caractère volumineux de cet ouvrage, qui n'est que le prenuer, ne rebutera pas les lecteurs. ce serait dommage !
Marc LIENHARD
Ernst TROELTSCH, œuvres, t. III : Histoires des religions et destin de la théologie, Paris/Genève : Cerf/Labor et Fides, 1996. 673 pages. ISBN 2- 202-054 78-X.
« Ernst Troeltsch est ce théologien qui a été conduit par son sens de la vé- rité à sortir du domaine de la théologie et à s'ouvrir à l'horizon d'une compré- hension et d'une évaluation historique et culturelle du christianisme. Ainsi est-t-il arrivé à une pénétration philosophique des questions éthiques et des problèmes de la philosophie de la religion qui sont posées par ce même
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christianisme. » Cette caractéristique donnée par le philosophe de la religion Albert Lewkowitz en 1923 esquisse l'évolution de la pensée de Troeltsch. Elle indique en même temps le centre de gravité de ses intérêts: une considé- ration historique du christianisme qui est princip.alement ouverte sur les don- nées culturelles, sociologiques et religieuses ; une considération pourtant - faut-il ajouter-qui n'aboutit pas à un relativisme, mais qui au contraire, dans la situation et dans la « crise » de la modernité et à traver"s l'acceptation de son défi, ose - d'une manière nouvelle - réfléchir sur ce qu'est cette religion et quelle orientation nous pouvons gagner dans sa réinterprétation.
Né en 1865, Troeltsch occupe depuis 1894 (à l'âge de 29 ans) la chaire de théologie systématique à l'université de Heidelberg. ll y est collègue de M. Weber, auquel il est lié - au-delà des rapports amicaux - par une com- munauté d'intérêts et de questions (des diagnoses historiques et sociolo- giques), par rapport auquel il prend pourtant distance par une autre manière de répondre à ces problèmes, à ce diagnostic sur la société moderne et sur la
place qu'y tient le christianisme. . .
La nomination à une chaire de « philosophie de la culture, de l'histOire, de la société et de la religion » ainsi que d'« histoire de la religion chrétienne»
à Berlin en 1914 exprime non seulement l'étendue des intérêts de Troeltsch, elle marque aussi une évolution de la pensée de Troeltsch pendant de longues années. Sont pour lui en jeu les questions de la relation entre une pensée dogmatique et une pensée historique, entre une compréhension intra- théologique du christianisme et une perspective (externe) des sciences de la religion ; sont en jeu des questions méthodologiques concernant les sciences humaines (notamment l'histoire) et la place de la théologie par rapport à elles ; sont en jeu les relations des différentes religions entre elles, ainsi que la relation du christianisme au fait, au phénomène religieux ... Toutes ces ré- flexions sont nourries et même provoquées par le besoin de répondre à une situation et une problématique qui sont typiquement modernes : la recherche d'une médiation entre histoire (historicité) et normativité, - et la question du rôle que le christianisme peut occuper dans cette médiation.
À l'automne 1995 s'est créée à Paris une association, dont le but est l'édi- tion et la diffusion de l'œuvre de Ernst Troeltsch dans l'espace francophone.
En assumant le défi de la situation de crise des sociétés occidentales (crise d'orientation ; d'identité, crise des institutions, des valeurs ... ) et en recon- naissant la parenté de la problématique « troeltschienne » avec la nôtre, cette association s'est donné un projet ambitieux et important : la traduction en français des principales œuvres de Troeltsch. L'édition française compor- tera 13 volumes, parmi lesquels Philosophie de la religion, Dogmatique et doctrine de la foi, Les doctrines sociales des Églises et groupes chrétiens.
Le tome 3 (le premier volume paru, établi sous la responsabilité de Jean- Marc Tétaz et Pierre Gisel) comporte 8 essais de Troeltsch rédigés entre 1900 et 1913. Parmi ces essais on trouve des textes célèbres comme
« L'absoluité du christianisme et l'histoire de la religion » et « Que signifie
"essence du christianisme" ? »
À la traduction de chaque texte sont ajoutées en annexe une « notice his- torique » ainsi que des « notes explicatives >~,qui situent la réflexion d_ans son contexte historique et théologique et qUI donnent au lecteur d'utiles orientations. Le volume est - somme toute - le résultat d'un travail exem- plaire de traduction et d'édition. Les deux introductions - la 2' « centrée sur
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le contexte historique qui a vu naître les textes de Troeltsch », la première regardant « la situation, culturelle et religieuse ... de l'Europe ... en cette fin de XX' siècle » (p. IX) et mettant en relation cette situation avec les problé- matiques soulevées et abordées par Troeltsch - sont plus que des introduc- tions dans le volume présenté. Elles sont des introductions à la pensée d'un théologien, historien, philosophe (les trois à la fois et en tension de l'un à l'autre) qui pendant assez longtemps a été presque oublié, mais dont l'actua- lité qui peut surprendre, comme la force de réflexion et l'ouverture d'esprit valent d'être remarqués aujourd'hui, car ils sont à même d'influencer et de modifier le débat (les débats) théologiques contemporains.
Donnons pour terminer et pour permettre une impression - aussi mo- deste soit-elle - de l'atmosphère et de la perspective de cette pensée la pa- role à Troeltsch même, en citant les 6' et 7' thèses sur « L'absoluité du chris- tianisme et l'histoire de la religion » - deux thèses qui doivent être lues et comprises ensemble afin d'éviter tout malentendu hélas trop courant :
(6) « Le christianisme est donc à considérer comme un phénomène pure- ment historique, avec tous les conditionnements d'un phénomène historique individuel ; il doit donc exclusivement être étudié avec les méthodes histo- riques universelles. »
(7) « Cette conception du christianisme et de sa position dans l'histoire n'implique pas un relativisme sans finalité, mais apporte à chaque homme pieux, croyant donc au but et au sens de l'histoire, la tâche d'examiner le rapport de valeur que la révélation chrétienne de Dieu entretient avec les ré- vélations de Dieu présentées dans les autres religions. »
- Ajoutons, parce que cela vaut la peine et parce que l'on a envie de continuer, encore une thèse, la 8':
(8) «La décision axiologique en résultant ne recourt pas à un critère pré- déterminé ; en tant que conviction personnelle contraignante, le critère ré- sulte de la comparaison et de l'empathie hypothétique elles-mêmes ; cette conviction ne peut certes être démontrée à personne, mais pour celui qui la possède, elle forme le résultat nécessaire d'un débat aussi bien intérieur et intellectuel qu'extérieur et pratique. »
Que de problèmes sont envisagés dans cette seule thèse !, et à quel ni- veau nous entraîne l'auteur pour y répondre !
Hans-Christoph ASKANI
Gerhard EBELING, Prédications illégales, Berlin 1939-1945, Genève, Labor et Fides, 1997, 180 pages. ISBN 2-8309-0783-3.
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Dans le livre recensé ci-dessus, Ebeling parle dans un « interview sur D. Bonhoeffer» du temps où il fréquentait le séminaire pastoral de Finkenwalde dirigé par Bonhoeffer lui-même, et où il commençait son mi- nistère de pasteur dans deux paroisses de Berlin (cf. Theologie in den Gegensiitzen des Lebens, p. 649s.). C'étaient des «paroisses de détresse», c'est-à-dire des paroisses de l'Église confessante qui ~'étaient pas offisielle- ment reconnues et donc illégales aussi bien pour l'Etat que pour l'Eglise
«officielle». Ebeling y était pasteur durant les années 1939-45 (avant de devenir professeur de théologie à Tübingen et à Zürich).
Toutes les prédications publiées dans ce volume ont été prononcées pen-