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Intoxications par des champignons shiitake

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Academic year: 2022

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Texte intégral

(1)

Intoxications

par des champignons shiitake

CONNAÎTRE, ÉVALUER, PROTÉGER

Rapport d’étude de toxicovigilance

Avril 2021

Intoxications par des champignons shiitake

(2)
(3)

 

 

AGENCE NATIONALE DE SÉCURITÉ SANITAIRE de l’alimentation, de l’environnement et du travail 14 rue Pierre et Marie Curie 94701 Maisons-Alfort Cedex

Tél : +33 (0)1 49 77 13 50 — www.anses.fr

ANSES/FGE/0035 [version h] – PR1/ANSES/9

           

Intoxications par des champignons shiitake

Étude des cas enregistrés par les Centres antipoison du 1

er

janvier 2014 au 31 décembre 2019

 

Groupe de travail « Vigilance des toxines naturelles »

RAPPORT d’étude de toxicovigilance

Auto-saisine de l’Anses n°2021-AUTO-0058

Avril 2021

 

 

(4)

                                                           

Mots clés  

Shiitake, Dermatite flagellaire, Centres antipoison, Toxicovigilance, Champignons crus    

(5)

Anses ● rapport d’étude de toxicovigilance n° 2021-AUTO-0058

page 3 / 27 avril 2021 

PRESENTATION DES INTERVENANTS 

Préambule : les experts, membres de comités d’experts spécialisés, de groupes de travail ou désignés rapporteurs  sont tous nommés à titre personnel, intuitu personae, et ne représentent pas leur organisme d’appartenance.  

 

GROUPE DE TRAVAIL VIGILANCE DES TOXINES NATURELLES  Président 

Luc DE HARO – CAP de Marseille ‐ Praticien hospitalier ‐ compétences en toxicologie clinique et toxinologie   Vice‐Président 

Gaël LE ROUX – CAP d’Angers ‐ Pharmacien ‐ compétences en botanique et toxicologie    

Membres 

Eric ABADIE – IFREMER ‐ Chargé de recherche ‐ compétences en toxicologie et biotoxines marines  David BOELS – CHU de Nantes ‐ Praticien hospitalier ‐ compétences en toxicologie clinique 

Nicolas  DELCOURT  –  CAP  de  Toulouse  –  Maître  de  conférences  des  univeristés  ‐  Praticien  hospitalier  ‐  compétences en toxicologie clinique 

Magali OLIVA‐LABADIE – CAP de Bordeaux ‐ Praticien hospitalier ‐ compétences en toxicologie clinique  Jérôme LANGRAND – CAP de Paris ‐ Praticien hospitalier ‐ compétences en toxicologie clinique 

Jérôme GUITTON – HCL ‐ Professeur des universités ‐ Praticien hospitalier ‐ pharmaco‐toxicologie  Sylvie MICHEL – Faculté de Pharmacie de Paris ‐ Professeur de pharmacognosie  

Nathalie PARET – CAP de Lyon ‐ Praticien hospitalier ‐ compétences en toxicologie clinique   

RAPPORTEUR 

David BOELS – CHU de Nantes ‐ Praticien hospitalier ‐ compétences en toxicologie clinique   

PARTICIPATION ANSES 

Coordination et contribution scientifique 

Sandra SINNO‐TELLIER – Chargée de mission Toxicovigilance – Direction Alertes et Vigilances sanitaires   

Contribution scientifique 

Chloé GREILLET

 – 

Chargée d’études en toxicovigilance – Direction Alertes et vigilances sanitaires   

 

Secrétariat administratif  Mme Agnès BRION    

Date  de  validation  du  document  :  Juliette  BLOCH  (directrice  de  la  Direction  Alertes  et  Vigilances  Sanitaires) 

19/03/2021   

(6)

SOMMAIRE

 

 

Synthèse 5 

Sigles et abréviations ... 6 

1.  Contexte ... 7 

2.  Principales caractéristiques du shiitake (Lentinus edodes) ... 7 

3.  Objectifs ... 9 

4.  Modalités de réalisation des travaux : moyens mis en œuvre et organisation ... 9 

5.  Prévention des risques de conflit d’intérêts ... 9 

6.  Matériel et méthodes ... 9 

6.1. Schéma et période d’étude ... 9 

6.2. Sources de données ... 10 

6.3. Sélection des agents ... 10 

6.4. Définition des cas d’intérêt ... 11 

6.5. Méthodes d’évaluation de l’imputabilité et de la gravité ... 11 

6.6. Plan d’analyse ... 12 

7.  Résultats ... 14 

7.1. Nombre de cas et de dossiers ... 14 

7.2. Description des cas ayant présenté au moins un signe cutané ... 15 

7.3. Gravité des cas ... 20 

8.  Discussion ... 21 

9.  Conclusions du groupe de travail et de l’Anses ... 23 

10.  Bibliographie ... 24 

11.  Annexes ... 25   

 

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 Anses ● rapport d’étude de toxicovigilance n° 2021-AUTO-0058

Version finale page 5 / 27 avril 2021 

Synthèse 

 

Le champignon shiitake (Lentinus edodes) est un champignon comestible qui a été initialement cultivé au Japon et  en Chine. En raison de l'augmentation rapide de la consommation d'aliments exotiques dans les pays occidentaux,  le shiitake a été de plus en plus cultivé, commercialisé et consommé en Europe. La dermatite flagellaire pouvant  survenir  suite  à  la  consommation  de  shiitake  a  été  décrit  pour  la  première  fois  au  Japon  en  1977  Cette  manifestation cutanée, se traduit par un prurit et l’apparition de petites papules sur le tronc et les extrémités,  parfois  sur  le  visage,  et  de  disposition  flagellée.  Une  précédente  étude  rétrospective  allant  de  janvier  2010  à  décembre 2013 sur la survenue de dermatite après consommation de shiitake (n = 15) avait été réalisée par les  Centres  antipoison  français.  Suite  à  ces  travaux,  un  arrêté  suspendant  pour  une  durée  d'un  an,  la  mise  sur  le  marché  de  ces  champignons  lorsqu'ils  sont  présentés  à  l'état  frais,  en  vrac  ou  préemballés,  s’ils  n’étaient  pas  accompagnés d'une information claire informant le consommateur de la nécessité d'une cuisson complète avant  la consommation avait été pris.  

L'objectif de cette présente étude est de décrire les cas ayant présenté des signes cutanés suite à la consommation  de  shiitake  notamment  les  dermatites  flagellaires  depuis  janvier  2014  et  de  mieux  décrire  les  caractéristiques  cliniques et les facteurs de risque associés à l’apparition de ces manifestations cutanées. 

Cette étude observationnelle est une revue rétrospective des cas rapportés aux Centres antipoison entre le 1er  janvier 2014 et le 31 décembre 2019. 

Sur 125 expositions aux shiitake, 70 cas ayant présenté au moins un signe cutané ont été identifiés dont 59 cas  caractéristiques de dermatite flagellaire. Concernant ces cas de dermatite, l’âge des patients était compris entre  19 et 69 ans (médiane : 39 ans). Les dermatites étaient survenues après la consommation de shiitake cru ou mi‐

cuit (par exemple, cuisson au wok, ajout dans une soupe, ou sur une pizza). L'éruption cutanée était apparue dans  les une à 168 heures (= 7 jours) après l'ingestion de shiitake (délai médian : 48 heures). Des papules et des plaques  linéaires, érythémateuses et urticariennes (dermatite flagellaire) s’étaient propagées sur le tronc, les bras et les  jambes en quelques heures et avaient persisté pendant un à 40 jours (médiane : 10 jours). La durée de la dermatite  était significativement augmentée par la quantité de shiitake consommée avec durée médiane de la dermatite 4  jours pour une quantité ingérée estimée à moins de 60g, versus 7 jours pour 60 à 150 g et 15 jours pour plus de  150 g. Tous les cas se sont complètement rétablis avec ou sans traitement symptomatique associé (corticoïdes ou  antihistaminiques). 

Le  mécanisme  de  la  dermatite  aux  shiitake  serait  dû  à  une  réaction  d'hypersensibilité  au  lentinan,  un  polysaccharide  thermolabile  composant  le  champignon.  Une  cuisson  inadéquate  semble  clairement  être  un  facteur déterminant de l'apparition de la dermatite. 

Certains  auteurs  émettent  l’hypothèse  d’une  réaction  imprévisible,  se  produisant  chez  des  individus  génétiquement prédisposés, indépendamment de la dose, représentant un mécanisme d'hypersensibilité. Cette  étude démontre qu'il existe une relation dose dépendante. 

Le traitement de cette dermatite repose sur le soulagement des symptômes ; elle se résorbe spontanément. Les  professionnels de la santé, les producteurs, les restaurateurs et la population en général doivent être conscients  du risque associé à la consommation de shiitake mal cuits. Des messages de prévention doivent être renouvelés. 

     

(8)

 

Sigles et abréviations 

 

ANSES : Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail   BNCI : Base nationale des cas d’intoxication  

BNPC : Base nationale des produits et compositions  CAP : Centre antipoison  

DAVS : Direction alertes et vigilances sanitaires   PSS : Poisoning severity score 

RTU : Réponse téléphonique à l’urgence 

SICAP : Système d’information commun des Centres antipoison   

   

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Anses  rapport d’étude de toxicovigilance n° 2021-AUTO-0058 

page 7 / 27 avril 2021 

1. Contexte  

 

Le champignon shiitake, ou lentin du chêne (Lentinula edodes) est le champignon le plus consommé au monde  après le champignon de Paris1.Originaire d’Asie où il était cultivé en Chine et au Japon, c’est un ingrédient de la  cuisine de ces pays et de leur médecine traditionnelle.  

Arrivé sur le marché européen depuis plusieurs années, il est maintenant cultivé et produit en France. S’il était  traditionnellement un ingrédient à cuire, la mode grandissante de la consommation de produits crus peut conduire  à  une  forme  d’intoxication  très  spécifique:  la  dermatite  toxique  «  en  flagelle  »,  ou  « dermatite  flagellaire »,  extrêmement prurigineuse.  

Les Centres antipoison (CAP) français sont confrontés depuis plusieurs années à des appels de consommateurs  présentant cette pathologie. Une première série de cas signalés entre janvier 2000 et décembre 2013 avait été  publiée (1). En juillet 2015, l’Anses a alerté la Direction générale de la santé (DGS) et la Direction générale de la  concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) de ces intoxications, en tenant compte  d’une actualisation des données des CAP. Un communiqué de presse de la Direction générale de la concurrence,  de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a informé le grand public le 21 août 2015 de la  nécessité de bien cuire cet aliment. Sur recommandation de l’Anses et afin que le consommateur soit prévenu au  moment de l’achat des effets cutanés possibles dus à une consommation sans cuisson, un arrêté du 5 août 20162  suspendait « pour une durée d'un an, la mise sur le marché à destination du consommateur final, à titre gratuit  ou onéreux, des champignons des espèces (...) Lentinula edodes, lorsqu'ils sont présentés à l'état frais, en vrac ou  préemballés, s’ils ne sont pas accompagnés d'une information claire informant le consommateur de la nécessité  d'une cuisson complète avant la consommation ».  

Cet arrêté suspensif d’une durée d’un an n’a pas été renouvelé.  Des cas de dermatites flagellaires sont cependant  toujours signalés aux Centres antipoison. Dans ce contexte, l’Anses a décidé d’étudier depuis 2014 l’évolution de  la survenue de cette intoxication très spécifique, ses caractéristiques cliniques ainsi que les facteurs de risque  influençant sa survenue (auto‐saisine de l’Anses n°2021‐AUTO‐0058).  

2. Principales caractéristiques du shiitake (Lentinus edodes) 

 

Lentinus edodes est un champignon lignicole. Ce champignon appelé plus communément shiitake en Europe est  le  deuxième  champignon  le  plus  cultivé  dans  le  monde.  Son  nom  commun  en  France  peut  être  champignon  parfumé, lentin, lentin du chêne. La Chine en est le plus grand producteur et consommateur bien que le shiitake  soit de plus en plus cultivé et consommé en Europe.  

Ce  champignon  pousse  naturellement  en  Extrême‐Orient  sur  le  bois  de  divers  arbres  feuillus.  La  culture  traditionnelle en Asie se fait habituellement sur rondins de chêne. De nos jours, les shiitake commercialisés en  Europe proviennent très majoritairement de leur culture en champignonnière (sur substrat de paille et de sciure  de chêne). 

Le shiitake appartient à la famille des marasmiacées.  

       

1 FAO 2004, wild Edible fungi a global overview of their use and impor‐1. tance to people by Eric Boa, NON‐WOOD  FOREST PRODUCTS,no 17 Rome. 

2 https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000033042025?r=SDay3mmD3C  

(10)

Il présente : 

‐ un chapeau convexe de 5 à 20 cm de diamètre de couleur brun roux, charnu, à mèches laineuses blanches 

‐ une marge longtemps enroulée régulière concolore 

‐ des lames moyennement larges, serrées, blanches, blanchâtres puis brunes au contact 

‐ un pied blanc cylindrique fibrilleux‐laineux, pelucheux, coriace avec un anneau laineux 

‐ des spores blanches 

‐ une chair du shiitake blanchâtre avec une odeur et saveur fongique. 

  Champignons shiitake. Source : Gettyimages. 

 

Le shiitake qui signifie "bon comestible" est un champignon très apprécié pour ses grandes qualités gustatives et  diététiques. Il est vendu dans les commerces de produits exotiques, magasins d'alimentation, champignonnières  et sur les marchés, à l’état frais, sous forme lyophilisée ou, plus rarement, en surgelé.  

Cependant,  lorsque  le  shiitake  est  consommé  peu  cuit  ou  cru,  il  peut  être  responsable  d’une intoxication  très  spécifique :  la  dermatite  flagellaire.  Celle‐ci  survient  généralement  1  à  2  jours  après  une  consommation  de  champignons  shiitake  crus  ou  mal  cuits.  Les  manifestations  cutanées  caractéristiques  comportent  de  petites  papules rouges linéaires disposées sur le tronc et les extrémités, parfois sur le visage, et de disposition flagellée. 

Le prurit est typiquement rapporté mais il n’y a pas d’atteinte muqueuse. Une réaction de photosensibilité est  observée chez 47% des patients (2). 

Le mécanisme physiopathologique de cette dermatite serait lié à une réaction d'hypersensibilité au lentinan, un  composant  polysaccharidique  thermolabile  du  champignon  [3].  Certains  auteurs  postulent  une  réponse  immunitaire imprévisible, survenant chez des individus génétiquement prédisposés, indépendamment de la dose,  par un mécanisme d'hypersensibilité (4).  

Des  allégations  thérapeutiques  sont  rapportées  pour  le  traitement  de  certains  cancers,  de  l’hypertension  artérielle, de l’hypercholestérolémie ou encore pour stimuler le système immunitaire. Un de ses composés, le  lentinan,  est  actuellement  utilisé  comme  thérapie  adjuvante  aux  traitements  classiques  contre  le  cancer  (chimiothérapie,  radiothérapie,  chirurgie),  au  Japon  et  en  Chine  (5).  À  ce  jour  cependant,  aucune  demande  d’autorisation de mise sur le marché en tant que substance pharmaceutique n'a encore été enregistrée au sein de  la Communauté Européenne. Du fait de son statut alimentaire, le shiitake est commercialisé sous forme d'extrait 

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Anses  rapport d’étude de toxicovigilance n° 2021-AUTO-0058 

page 9 / 27 avril 2021 

sec en gélules comme complément alimentaire dont certains sont concentrés en polysaccharides beta‐glucanes  (notamment lentinan, KS2, AC2P) (6). 

 

3. Objectifs 

Les objectifs de cette étude étaient : 

- D’identifier les cas d’expositions aux shiitake rapportés au réseau des Centres antipoison sur une période  allant du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2019. 

- De  décrire  les  cas  ayant  présenté  au  moins  un  signe  cutané  suite  à  la  consommation  de  shiitake  notamment les dermatites flagellaires 

- De déterminer les facteurs de risque de dermatite   

4. Modalités de réalisation des travaux : moyens mis en œuvre et organisation 

 

L’étude a été confiée à un expert rapporteur du groupe de travail (GT) « Vigilance des toxines naturelles » de  l’Anses, de mars 2020 à novembre 2020 et validée par le GT le 17 décembre 2020. 

Des  points  d’avancement ont  été  présentés  au  groupe  de  travail  « Vigilances  des  toxines  naturelles »  en  avril,  juillet, septembre 2020.  

 

5. Prévention des risques de conflit d’intérêts 

 

L’Anses analyse les liens d’intérêts déclarés par les experts avant leur nomination et tout au long des travaux, afin  d’éviter les risques de conflits d’intérêts au regard des points traités dans le cadre de l’étude. 

Les déclarations d’intérêts des experts sont publiées sur le site internet de l’Agence (www.anses.fr). 

 

6. Matériel et méthodes 

 

6.1. Schéma et période d’étude 

Il s’agissait d’une étude rétrospective des cas d’exposition aux shiitake rapportés au réseau des CAP. L’analyse des  cas d’exposition a été réalisée pour la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2019. 

Le début de l’étude a été fixé au 1er janvier 2014, la précédente analyse des cas publiée par les CAP se terminant  le 31 décembre 2013.  

   

(12)

 

6.2. Sources de données    

Base des cas 

 

Les cas sont issus de la base nationale des cas d’intoxication (BNCI) du système d’information commun des CAP  (SICAP),  qui  centralise  les  cas  d’exposition  collectés  par  les  CAP  français  au  cours  de  leur  mission  de  réponse  téléphonique à l’urgence (RTU).  

Dossier : chaque appel reçu par un CAP est enregistré dans un dossier médical, lui ‐même colligé dans la BNCI du  SICAP.  Chaque  dossier  correspond  à  une  exposition  donnée  pour  laquelle  le  CAP  a  été  consulté,  que  cette  exposition  concerne  une  ou  plusieurs  personnes.  Un  dossier  symptomatique  comporte  au  moins  un  cas  symptomatique.  

Cas groupés : au moins deux cas liés à la même exposition rapportés dans un dossier.  

Cas individuel : cas unique rapporté dans un dossier 

Base des agents 

 

Les agents (mélanges, substances/ingrédients, classes d’agents etc.) ont été recherchés dans la base nationale des  produits  et  compositions  (BNPC),  thésaurus  des  agents  ayant  motivé  une  téléconsultation  et/ou  ceux  faisant  l’objet d’une obligation réglementaire de déclaration de composition.  

La classe d’agents de la BNPC d’intérêt pour l’étude était la classe d’agents : « CHAMPIGNONS ». 

Les agents de la BNPC sont référencés dans des classes d’agents déterminées par une hiérarchie principale d’usage  : https://bnpc.antipoison.fr/h1.php  

 

6.3. Sélection des agents 

 

Une recherche des cas associés à une exposition aux shiitake a été effectuée sur les agents d’intérêt suivants :   - « SHIITAKE » 

- « LENTINULA EDODES, EXTRACT » (SUBSTANCE)  - « LENTINS » (agent en CLASSE) 

Une recherche complémentaire a également été effectuée dans les commentaires du dossier sur les mots clés  suivants : 

- « SHIITAKE »  - « LENTIN »  - « LENTINULA » 

- « CHAMPIGNONS NOIRS »  - « CHAMPIGNONS ASIATIQUES » 

(13)

Anses  rapport d’étude de toxicovigilance n° 2021-AUTO-0058 

page 11 / 27 avril 2021 

6.4. Définition des cas d’intérêt 

 

Les cas d’intérêt étaient les cas humains symptomatiques, exposés à des shiitake, enregistrés par les CAP dans  le cadre de la RTU. Suite à l’extraction des cas selon les agents d’intérêt pour l’étude référencés dans la BNPC,  tous les dossiers médicaux ont été relus par le rapporteur de l’étude, selon les critères d’inclusion ci‐dessous,  afin de vérifier que l’agent d’exposition correspondait à des shiitake. Certaines variables d’intérêt pour l’étude  ont été recodées. 

- Les symptômes cutanés ont été recodés (présence d’une dermatite, d’un prurit ou d’un érythème ou d’un  autre  signe  cutané)  de  même  que  le  délai  d’apparition  des  dermatites,  leur  durée  et  les  traitements  prescrits 

- Les  symptômes  digestifs (nausées,  vomissements,  diarrhée,  douleur  abdominale)  et  leur  délai  d’apparition ont également été recodés. 

Ont également été recherchés dans les dossiers et recodés :  - Le mode d’obtention des shiitake,  

- La forme de shiitake consommé (cru, peu cuit, cuit) 

La  quantité  consommée : dose  minime (moins  de  trois  champignons  (<60 g)), dose  modérée  (entre  3  et  8  champignons de 60 à 150 g) et dose importante (plus de 8 champignons (>150 g) 

 

Après  lecture  de  tous  les  dossiers  médicaux,  ont  été  exclus  les  cas  d’imputabilité  nulle,  c’est‐à‐dire  pour  lesquels  il  n’existe  pas  de  lien  entre  l’exposition  à  l’agent  d’intérêt  et  les  symptômes  ainsi  que  les  cas  de  circonstance n’entrant pas dans le champ de l’étude. 

 

6.5. Méthodes d’évaluation de l’imputabilité et de la gravité   

6.5.1. Imputabilité 

L’imputabilité est établie pour les cas symptomatiques selon la méthode d’imputabilité en toxicovigilance3. Elle  indique la force du lien causal entre une exposition à un agent et la survenue d’un symptôme, d’un syndrome ou  d’une maladie.  

Elle comporte 5 niveaux :  

- Imputabilité très probable [I4],  - Imputabilité probable [I3],  - Imputabilité possible [I2],  - Imputabilité non exclue [I1],  - Imputabilité nulle [I0].  

       

3 https://tv.antipoison.fr/v7.6/Calcul_imputabilite.html 

(14)

Le  toxicologue  qui  prend  en  charge  le  cas  évalue  l’imputabilité  et  la  code  dans  le  dossier  pour  chaque  agent  identifié. Dans le cadre de cette étude et pour les cas de gravité moyenne ou forte, l’imputabilité à l’agent a été  réévaluée et recodée si nécessaire par l’expert rapporteur. 

6.5.2. Gravité  

La gravité clinique a été évaluée selon la méthode de toxicovigilance de gravité adaptée du « Poisoning Severity  Score (PSS) » pour les intoxications aiguës. La gravité globale codée d’un cas correspond à la gravité la plus élevée  des différents symptômes de ce cas. 

La gravité comporte 5 niveaux :   - PSS 0 : absence de symptôme,   - PSS 1 : symptômes de gravité faible,   - PSS 2, symptômes de gravité modérée,   - PSS 3 : symptômes de gravité forte,   - PSS 4 : décès. 

L’évaluation de la gravité des cas du SICAP peut être réalisée à partir de 2 méthodes :  

- La gravité codée : le toxicologue qui prend en charge le cas réalise une évaluation de la gravité et code  une gravité dans le dossier en 5 niveaux selon les scores du PSS. Une limite de cette évaluation est qu’elle  repose sur un seul avis d’expert, qui peut être variable entre les experts ; 

- La  gravité  calculée  :  un  «  calculateur  de  gravité  »  a  été  mis  en  place  à  partir  des  travaux  du  groupe  Méthodes du Comité de coordination de toxicovigilance. La gravité est calculée de façon automatique à  partir des symptômes et résultats d’examens paracliniques codés dans le dossier médical. Pour chaque  cas,  la  gravité  est  évaluée  de  façon  reproductible  et  standardisée.  Une  limite  de  cette  évaluation  est  qu’elle repose uniquement sur les symptômes et examens codés dans le dossier sans tenir compte de  l’éventuelle observation médicale détaillée dans le dossier. 

 

6.6. Plan d’analyse 

 

- Les cas et les dossiers ont été dénombrés en précisant le nombre de cas par dossier. 

- Seuls les cas ayant présenté des signes cutanés sont détaillés dans le corps du rapport et sont comparés  aux cas tous symptômes confondus ou aux cas n’ayant pas présenté de signes cutanés. Ce choix s’explique  par la spécificité des manifestations cutanées suite à une consommation de shiitake peu cuits ou crus et  par les actions de prévention pouvant être mises en œuvre dans la continuité de l’étude précédente et  de l’arrêté préfectoral pris par la DGCCRF pour une durée d’un an. 

- Les cas ayant présenté des signes autres (digestifs notamment) sont détaillés en annexe.  

Répartition temporelle : 

- Répartition annuelle de 2014 à 2019 du nombre de cas  

- Répartition mensuelle du nombre de cas tous symptômes confondus et ayant présenté au moins un signe  cutané 

(15)

Anses  rapport d’étude de toxicovigilance n° 2021-AUTO-0058 

page 13 / 27 avril 2021 

Répartition géographique : 

- Répartition régionale du nombre de cas tous symptômes confondus et ayant présenté au moins un signe  cutané 

Focus sur les cas ayant présenté au moins un signe cutané  Caractéristiques sociodémographiques  

Lieu d’achat, forme et quantité consommée   Description des cas de dermatites flagellaires :  

- Délai  d’apparition  et  durée,  en  fonction  de  la  forme  et  des  quantités  consommées,  et  traitements  prescrits. Les délais médians ont été comparés par un test non paramétrique de Kruskal‐Wallis. 

Description des cas de gravité moyenne 

   

(16)

7. Résultats 

 

7.1. Nombre de cas et de dossiers 

Au total 180 cas ont été extraits entre le 1er janvier 2014 et le 31 décembre 2019. La relecture de l’ensemble des  dossiers a permis de confirmer 172 cas d’exposition à des shiitake et 8 cas qui ne rentraient pas dans le champ de  l‘étude (figure 1). 

Parmi les 172 cas d’exposition, 47 cas (32 dossiers) ne présentaient pas de symptômes et ont été secondairement  exclus. 

Au  total,  125  cas  symptomatiques  associés  à  une  consommation  de  shiitake,  répartis  dans  108  dossiers,  enregistrés par le réseau des CAP entre le 01/01/2014 et le 31/12/2019, ont été inclus dans la population d’étude. 

Il s’agissait de cas groupés pour 17 dossiers et le nombre de cas par cas groupés variait de 2 à 3 cas. 

Parmi ces 125 cas, 70 (56,0%) ont présenté au moins un signe cutané suite à la consommation de shiitake. Ces cas  sont détaillés dans la suite du rapport. Les cas ayant présenté des symptômes autres que cutanés sont présentés  en annexe du rapport.  

   Figure 1 : Diagramme de sélection des cas d’exposition par des  shiitake enregistrés par les CAP. Janvier 2014‐

Décembre 2019 (n=125) (source : SICAP). 

180 cas extaits entre le 1er  janvier 2014 et le 31 

décembre 2019

172 cas retenus (134  dossiers)

125 cas symptomatiques (108 dossiers)

70 cas (60 dossiers) ont  présenté au moins un 

signe cutané

59 cas ont présenté une  dermatite flagellaire

55 cas n'ont pas présenté  de signes cutanés

47 cas asymptomatiques  (32 dossiers)

Exclus Relecture de l'ensemble 

des dossiers et exclusion  des dossiers ne rentrant  pas dans le champ de 

l'étude

Dont 59 cas ont  présenté au moins un  signe digestif 

(17)

Anses  rapport d’étude de toxicovigilance n° 2021-AUTO-0058 

page 15 / 27 avril 2021 

7.2. Description des cas ayant présenté au moins un signe cutané 

 

Les 70 cas ayant présenté au moins un signe cutané étaient répartis ans 60 dossiers. 

 

7.2.1. Répartition temporelle 

La  répartition  temporelle  est  présentée  en  fonction  du  nombre  de  cas  et  non  pas  dossiers,  comme  c’est  plus  classique  de  le  faire  pour  tenir  compte  de  l’effet  « repas ».  Le  nombre  de  cas  groupés  ayant  présenté  des  symptômes cutanés étant très faible (10 dossiers, de 2 ou 3 cas groupés), le nombre de cas a été considéré comme  une approximation acceptable du nombre de dossiers.  

Comme l’indique la figure 2, les intoxications tous signes confondus sont en augmentation depuis l’année 2018,  avec plus de 50% des cas enregistrés pour ces deux dernières années. En revanche, le nombre des intoxications  avec signes cutanés reste stable dans le temps. 

 

Figure 2 : Évolution annuelle du nombre de cas ayant présenté au moins un signe cutané vs l’ensemble des cas  symptomatiques*. Janvier 2014‐Décembre 2019 (n=125) (source : SICAP). 

*cas ayant présenté des signes digestifs, et/ou cutanés, et/ou neurologiques… 

La  figure  3  présente  la  répartition  mensuelle  des  cas  entre  le  1er  janvier  2014  et  le  31  décembre  2019.  Cette  répartition temporelle semble montrer une saisonnalité des intoxications avec des cas moins nombreux au cours  des mois chauds, de mai à août.  La saisonnalité des formes avec atteinte cutanée se superpose à la précédente. 

6

20

17 18

29

35

4

15

11 13 15

12

0 5 10 15 20 25 30 35 40

2014 2015 2016 2017 2018 2019

Nombre de cas ayant présenté au moins un symptôme Nombre de cas ayant présenté au moins un signe cutané

(18)

 

Figure  3 :  Répartition  mensuelle  des  cas  ayant  présenté  au  moins  un  signe  cutané vs  l’ensemble  des  cas  symptomatiques. Janvier 2014‐Décembre 2019 (n=125) (source : SICAP). 

7.2.2. Répartition géographique 

Les  cas  d’intoxication  ont  eu  lieu  majoritairement  en  régions  Ile‐de‐France,  Provence‐Alpes‐Côte  d’Azur  et  Occitanie (figure 4). 

 

Figure  4 :  Répartition  régionale  des  cas  ayant  présenté  au  moins  un  signe  cutané vs  l’ensemble  des  cas  symptomatiques. Janvier 2014‐Décembre 2019 (n=125) (source : SICAP). 

14 12

17 17

5 4

6 6

15

9 12

8 11

8 9 9

3 3 4 4

7

2 7

3

0 2 4 6 8 10 12 14 16 18

Nombre de cas ayant présenté au moins un symptôme Nombre de cas ayant présenté au moins un signe cutané

0 5 10 15 20 25 30 35 40

Normandie Centre‐Val de Loire Bourgogne‐Franche‐Comté Grand‐Est Pays de la Loire NR Hauts‐de‐France Nouvelle‐Aquitaine Bretagne Auvergne‐Rhône‐Alpes Occitanie Provence‐Alpes‐Côte‐d'Azur Ile‐de‐France

Nombre de cas ayant présenté au moins un symptôme Nombre de cas ayent présenté au moins un signe cutané

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Anses  rapport d’étude de toxicovigilance n° 2021-AUTO-0058 

page 17 / 27 avril 2021 

7.2.3. Caractéristiques sociodémographiques 

Parmi les 70 personnes qui ont présenté au moins un signe cutané, 40 étaient des hommes et 30 des femmes (sex‐ 

ratio 1,3). L’âge variait de 19 ans à 76 ans (médiane 39 ans) et manquait pour quatre cas (figure 5).  

 

Figure 5 : Répartition par âge et sexe des cas ayant présenté au moins un signe cutané. Janvier 2014‐Décembre  2019 (n=66) (source : SICAP). 

 

7.2.4. Lieu d’achat  

Le lieu d’achat des shiitake était renseigné pour 41 cas ayant présenté au moins un signe cutané (58,6%). Pour ces  41 cas, les shiitake avaient été achetés au supermarché pour 61,0% des cas (n=25), dans 17,1 % des cas sur un  marché (n=7) ou consommés dans un restaurant dans également 17,1% des cas (n=7). Ils avaient été achetés en  champignonnière pour 4,9% des cas restants (n=2) (figure 6).  

 

Figure  6 :  Lieu  d’achat  des  shiitake  pour  les  cas  ayant  présenté  au  moins  un  symptôme  et  lorsque  le  mode  d’obtention était renseigné. Janvier 2014‐Décembre 2019 (n=41) (source : SICAP). 

 

1

3

9

6 5

2 1

0

5

18

7

5 4

0 0

2 4 6 8 10 12 14 16 18 20

10‐19 20‐29 30‐39 40‐49 50‐59 60‐69 70‐79

Féminin Masculin

61%

5%

17%

17%

Supermarché Champignonnière Marché Restauration

(20)

7.2.5. Forme achetée   

L’information sur la forme des shiitake achetés était connue pour 66 cas (94,3% des cas ayant présenté au moins  un signe cutané). Les shiitake étaient consommés frais dans 84,8% (n=56), et sous forme déshydratée dans les  15,2% de cas restants (n=10) (figure 7). 

 

Figure 7 : Forme de shiitake achetés pour les cas ayant présenté au moins un signe cutané et lorsque celle‐ci était  renseignée.  Janvier 2014‐Décembre 2019 (n=66) (source : SICAP). 

 

7.2.6. Quantité consommée   

Enfin, la quantité de shiitake consommée était connue pour 67 cas. Parmi ces derniers, 70,1 % (47 cas), ont déclaré  avoir consommé une quantité modérée de shiitake (entre 3 et 8 champignons de 60 à 150 g) et 22,4 % (15 cas)  une quantité importante (plus de 8 champignons (>150 g). Pour 7,5 % (5 cas) cette quantité était minime (moins  de trois champignons (<60 g) (figure 8). 

 

Figure 8 : Quantité de shiitake consommés pour les cas ayant présenté au moins un signe cutané pour les cas où  elle était renseignée. Janvier 2014‐Décembre 2019 (n=67) (source : SICAP). 

Parmi les cas symptomatiques où le mode de cuisson était renseigné (115 cas), les patients présentant des signes  cutanés avaient consommé des shiitake majoritairement crus dans 67,1% des cas (47 cas), ou peu cuits dans 21,4% 

des cas (15 cas), contrairement aux cas qui n’avaient pas de signes cutanés (figure 9). 

A l’inverse, parmi les 55 personnes sans signes cutanés, seuls 25,5% (14 cas) avaient consommé des shiitake crus  et 10,9% des champignons peu cuits (6 cas) (tableau I). 

15%

85%

Deshydraté Frais

22%

8%

70%

Importante Minime Modérée

(21)

Anses  rapport d’étude de toxicovigilance n° 2021-AUTO-0058 

page 19 / 27 avril 2021 

 

Figure  9 :  Présence  de  signes  cutanés  en  fonction  du  mode  de  cuisson.  Janvier  2014‐Décembre  2019  (n=125)  (source : SICAP). 

 

7.2.7. Description des cas de dermatite flagellaire  

Cinquante‐neuf personnes (84,2%) ont présenté un tableau évoquant une dermatite, associée à un prurit et/ou  un  érythème.  Onze  (15,7%)  ont  présenté  uniquement  un  prurit  et/ou  un  érythème  sans  signe  de  dermatites  flagellaires. Enfin, plusieurs cas d’œdème des mains ou visage ont été rapportés.  

L'éruption cutanée est apparue dans les une à 168 heures (médiane : 48 heures) après l'ingestion de shiitake.  

Des papules et des plaques érythémateuses et urticariennes sont apparues sur le tronc, les bras et les jambes en  quelques heures et ont persisté durant 1 à 40 jours (médiane : 10 jours).  

La durée de la dermatite était significativement augmentée par la quantité de shiitake consommée avec durée  médiane de la dermatite 4 jours pour une quantité ingérée estimée à moins de 60g, versus 7 jours pour 60 à 150 g  et 15 jours pour plus de 150 g) (test de Kruskal‐Wallis ; p=0,007) (figure 9). 

4

14

6

31

6

47

15

2 0

5 10 15 20 25 30 35 40 45 50

Non renseigné Cru Peu cuit Cuit

Absence de signes cutanés Présence de signes cutanés

(22)

 

Figure 9 : Durée de la dermatite en fonction de la quantité de shiitake consommée. Janvier 2014‐Décembre 2019  (n=59) (source : SICAP). 

Pour  38  cas,  l’information  sur  le  ou  les  traitement(s)  prescrit(s)  était  disponible.  Un  traitement  par  antihistaminique  avait  été  prescrit  37  cas,  associé  soit  à  un  traitement  par  corticoïdes  per  os  (11  cas)  ou  par  corticoïdes par voie locale (6 cas).  

Une amélioration sous traitement a été observée pour 14 cas.  

7.3. Gravité des cas 

La  majorité  des  cas  était  de  gravité  faible  (89,6%).  Seuls  13  cas  étaient  de  gravité  moyenne  (PSS2).  Aucun  cas  n’était de gravité forte, mettant en jeu le pronostic vital.  

Concernant les cas de gravité moyenne, il s’agissait essentiellement des signes digestifs persistants ou des signes  cutanés très marqués avec photosensibilisation et/ou œdème associé. Onze cas sur les 13 avaient consommé une  quantité modérée ou importante de shiitake. Par ailleurs, les champignons avaient été achetés à l’état frais dans  9 cas. Trois cas avaient déclaré avoir consommé les shiitake dans un restaurant. Enfin, les champignons avaient  été consommés crus ou peu cuits dans la quasi‐totalité des cas.    

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Anses  rapport d’étude de toxicovigilance n° 2021-AUTO-0058 

page 21 / 27 avril 2021 

8. Discussion 

 

Le champignon shiitake (Lentinus edodes) est un champignon comestible qui était initialement cultivé au Japon et  en Chine. En raison de l'augmentation rapide de la consommation d'aliments exotiques dans les pays occidentaux,  la consommation de shiitake s’est développée en Europe et en France et s’avère responsable d’intoxications. Une  précédente étude rétrospective des CAP français rapportait 15 cas de dermatites au shiitake (1). 

Dans  cette  nouvelle  étude observationnelle  entre  le 1er  janvier  2014  et  le  31  décembre  2019,  les  symptômes  observés  suite  à  la  consommation  de  shiitake  étaient  principalement  des  réactions  cutanées  (érythème,  rash,  prurit, dermatite flagellée linéaire accompagnée de papules, pustules...) (n=70) et des signes digestifs (douleurs  abdominales, vomissements, diarrhée) (n=59). 

Sur  125  expositions  au  shiitake,  ont  été  identifiés  70  cas  avec  signes  cutanées  dont  59  cas  évocateurs  d’une  dermatite au shiitake : le sex‐ratio était de 1,80 ; les âges variaient de 19 à 69 ans (médiane: 39 ans). L'éruption  cutanée est apparue entre 1 h à 168 h (médiane: 48 h) après l'ingestion de shiitake. Papules et plaques linéaires,  érythémateuses, urticariennes dispersées sur le tronc, les bras et les jambes en quelques heures et ont persisté  pendant 1 à 40 jours (médiane 10 jours).  

Les  signes  digestifs  survenaient  quel  que  soit  le  mode  de  cuisson  contrairement  aux  réactions  cutanées  qui  survenaient après la consommation de champignons crus, peu ou pas assez cuits.  

Le mécanisme de dermatite associée à la consommation de shiitake semble lié à une réaction d'hypersensibilité  retardée au lentinan, un composant polysaccharidique thermolabile du champignon (4,7). Une cuisson inadéquate  semble clairement un déterminant de la survenue de la « dermatite shiitake ». Des auteurs ont montré qu’une  cuisson à 100oC était insuffisante et il convient de préconiser une cuisson à 150oC au minimum pendant 15 minutes  (4). Dès lors plusieurs sources alimentaires semblent présenter un risque (le shiitake étant fréquemment cuisiné  comme le champignon de Paris): carpaccio, sautés au wok ne permettant pas une cuisson suffisante, cuisson sur  pizza, soupe de shiitake à partir de champignons frais ou lyophilisés. 

Par ailleurs, des kits contenant du mycélium sur un substrat de sciure de copeaux de bois sont maintenant vendus  pour la culture de shiitake à la maison. Ces kits permettent plusieurs récoltes de shiitake durant 4 à 6 mois. Sur les  fiches conseils de ces kits peuvent persister encore des messages indiquant de consommer les shiitake crus qui  font l’objet d’un signalement à la DGCCRF. 

Certains auteurs émettent l’hypothèse qu’une réponse immunitaire imprévisible, survenant chez des individus  génétiquement  prédisposés,  indépendamment  de  la  dose,  représentant  un  mécanisme  d'hypersensibilité  (4). 

Dans  notre  étude,  la  durée  de  la  dermatite  était  significativement  augmentée  par  la  quantité  de  shiitake  consommée. Cela semble indiquer qu'il existe très probablement une réponse dose‐dépendante. Selon Nguyen et  al., la dermatite au shiitake serait une réaction cutanée d’hypersensibilité dose‐dépendante survenant à partir  d’un certain seuil d’exposition chez des individus génétiquement prédisposés  (3,8). 

Le traitement actuel proposé de la dermatite au shiitake est symptomatique (médicaments corticostéroïdes et/ou  antihistaminiques).  Cependant  aucune  étude  n’a  pour  l’heure  démontré  un  bénéfice  significatif  du  traitement  dans l’évolution clinique (3,9). Dans notre étude tous les cas ont évolué favorablement vers la guérison. Certains  auteurs indiquent que le traitement médical (corticoïdes et/ou antihistaminiques) pourrait légèrement raccourcir  l'évolution de la maladie (à 9–11 jours, variant selon le traitement) (3).  

(24)

L’arrêté qui avait été pris en 2016 pour une durée d’un an a pris fin en août 2017. La persistance des cas mis en  évidence  par  cette  étude  confirme  la  nécessité  de  renforcer  les  messages  de  prévention  par  une  information  adaptée auprès du public et des professionnels de santé, sur le risque de dermatite liée à la consommation de  shiitake non ou insuffisamment cuits. Une sensibilisation des professionnels de la vente de ces champignons, pour  qu’ils avertissent leurs clients, ainsi que des restaurateurs, est indispensable. 

 

   

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9. Conclusions du groupe de travail et de l’Anses 

 

Les cas de dermatites flagellaires suite à une consommation de shiitake sont toujours observées par les Centres  antipoison, ce qui n’est pas surprenant, le shiitake étant de plus en plus consommé dans les pays occidentaux.  

La relation dose‐réponse mise en évidence dans cette étude, oriente vers un mécanisme toxique de la dermatite  associée  à  la  consommation  de  shiitake  probablement  dû  au  lentinan,  un  composant  polysaccharidique  thermolabile du champignon.   

Cette étude confirme par ailleurs la nécessité de cuire les shiitake. L’Anses recommande donc de sensibiliser à  nouveau  les  professionnels  de  la  vente  de  ces  champignons  avec  des  messages  clairs  en  direction  des  consommateurs ainsi que des restaurateurs, et de renforcer les messages de prévention auprès du public et des  professionnels de santé.  

                               

   

(26)

10. Bibliographie 

 

1. Boels D, Landreau A, Bruneau C, Garnier R, Pulce C, Labadie M, et al. Shiitake dermatitis recorded by French Poison Control Centers - new case series with clinical observations. Clin Toxicol. juill 2014;52(6):625‑8.

2. Hanada K, Hashimoto I. Flagellate mushroom (shiitake) dermatitis and photosensitivity. Dermatology.

1998;197(3):255‑7.

3. Nguyen AH, Gonzaga MI, Lim VM, Adler MJ, Mitkov MV, Cappel MA. Clinical features of shiitake dermatitis: a systematic review. Int J Dermatol. juin 2017;56(6):610‑6.

4. Corazza M, Zauli S, Ricci M, Borghi A, Pedriali M, Mantovani L, et al. Shiitake dermatitis: toxic or allergic reaction? J Eur Acad Dermatol Venereol. juill 2015;29(7):1449‑51.

5. Wang H, Cai Y, Zheng Y, Bai Q, Xie D, Yu J. Efficacy of biological response modifier lentinan with chemotherapy for advanced cancer: a meta-analysis. Cancer Med. oct 2017;6(10):2222‑33.

6. Aldwinckle J, Kristiansen B. A Quality-of-Life Study in Healthy Adults Supplemented with Lentinex®

Beta-Glucan of Shiitake Culinary-Medicinal Mushroom, Lentinus edodes (Agaricomycetes). Int J Med Mushrooms. 2020;22(5):407‑15.

7. Wang AS, Barr KL, Jagdeo J. Shiitake mushroom-induced flagellate erythema: A striking case and review of the literature. Dermatol Online J. 15 avr 2013;19(4):5‑5.

8. Camouse MM, Swick AR, Ryan CA, Hulette B, Gerberick F, Tinkle SS, et al. Determination of in vivo dose response and allergen-specific T cells in subjects contact-sensitized to squaric acid dibutyl ester. Dermatitis.

avr 2008;19(2):95‑9.

9. Ricar J, Pizinger K, Cetkovska P. Shiitake dermatitis: a distinctive clinical entity. Int J Dermatol. déc 2013;52(12):1620‑1.

   

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Anses  rapport d’étude de toxicovigilance n° 2021-AUTO-0058 

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11. Annexes 

 Description des signes digestifs : 59 cas 

Les signes digestifs étaient les manifestations cliniques les plus fréquemment rencontrés après les manifestations  cutanées. 

Cinquante‐neuf  cas  (46,5%)  ont  présenté  au  moins  un  signe  digestif.  Il  s’agissait  majoritairement  de  douleurs  abdominales (76,3%) pouvant être accompagnées de vomissements et de diarrhée. Pour 6 cas, ces signes digestifs  étaient accompagnés d’une hyperthermie.  

Le délai d’apparition médian des signes digestifs était de 5h (15min‐120h). Les champignons ont été consommés  pour plus de la moitié de cas cuits (50,8%) et crus pour 27% des cas. Près de 80% ont déclaré avoir consommé une  quantité modérée de shiitake.  

 Autres symptômes 

Outre  les  symptômes  cutanés  et  digestifs  à  la  consommation  de  shiitake,  13,6%  des  cas  ont  présenté  des  symptômes neurologiques et neuromusculaires de type vertige, céphalées mais également des signes généraux  (6,4%) de type asthénie et hyperthermie. Dans une moindre mesure, quelques cas ont présenté des signes cardio‐

vasculaires (hypertension, tachycardie) ou oculaire (trouble de la vision).  L’ensemble des symptômes est présenté  dans le tableau II. 

Tableau II répartition des symptômes autres suite à la consommation de shiitake 

Classe de symptômes et symptômes   n  % 

Neurologiques et neuromusculaires  17  13,6 

Vertige  9  7,2 

Céphalées  6  4,8 

Tremblements généralisés  2  1,6 

Hypotonie musculaire  1  0,8 

Paresthésie  1  0,8 

Somnolence  1  0,8 

Généraux  8  6,4 

Asthénie  6  4,8 

Hyperthermie de courte durée / entre ..  3  2,4 

Cardio‐vasculaire  2  1,6 

Hypertension artérielle  1  0,8 

Tachycardie sinusale non précisée  1  0,8 

Oculaire  2  1,6 

Diminution de la vue  1  0,8 

Vision anormale  1  0,8 

Génito‐urinaires  2  1,6 

Pollakiurie  1  0,8 

Douleur pelvienne  1  0,8 

Respiratoire  1  0,8 

Bronchospasme  1  0,8 

 

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Notes                                                     

Citation suggérée : Anses. 2021. Intoxications par des champignons shiitake : Étude des cas enregistrés par les  Centres  antipoison  du  1er  janvier  2014  au  31  décembre  2019.  Rapport  d’étude  de  toxicovigilance.  (Agence  nationale de sécurité sanitaire pour l’alimentation, l’environnement et le travail, France). 27 p 

(30)

CONNAÎTRE, ÉVALUER, PROTÉGER

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xications par des champignons shiitake

79-10-286-0383-0- Dépôt légal : avril 2021 - © Anses Éditions  2021 - Cdit photo : Lentinula edodes, J. Guinberteau, Cercle d’étude Mycologique en Aquita

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