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Revue de la Pratique avancée - Vol. I - n° 1 - octobre-novembre-décembre 2020 52

VIE PROFESSIONNELLE

Élaboration du protocole

d’organisation, une étape clé de l’implantation de l’IPA : exemple au CHU d’Amiens-Picardie

en oncogériatrie

Guillaume Bonnet*

* Infirmier en pratique avancée DE, CHU d’Amiens-Picardie.

L ’émergence de la pratique infirmière avancée en France, sous l’impulsion de la loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé, a donné un cadre légal (article L. 4301-1 du Code de la santé publique) à l’exercice de l’infirmier en pratique avancée (IPA). Cette évolution à partir du métier socle, infirmier, permet d’acquérir des compé- tences élargies, notamment grâce à la possibilité de pratiquer des activités médicales dérogatoires et de développer une expertise plus approfondie en sciences cliniques infirmières. Ce nouveau champ d’activités ouvert aux IPA nécessite

d’être encadré par un protocole d’organisation établi entre le ou les IPA et les médecins.

A u C H U d ’A m i e n s - Picardie, l’implantation de cette nouvelle activité au sein du pôle de cancéro-

logie a pour objectif d’améliorer l’offre de soins, d’opti- miser le parcours coordonné des soins de la population

âgée de 70 ans et plus en cancérologie, qui nécessite une prise en charge complexe.

D’une pratique infirmière confirmée à la pratique infirmière avancée

La création de la fonction d’IPA au sein du pôle de can- cérologie représente une évolution de mon poste infir- mier qui existait dans un premier temps. En effet, après l’obtention de la Certification d’infirmier clinicien et d’un DU d’oncogériatrie, j’ai exercé une fonction transversale d’infirmier coordonnateur en onco- gériatrie, tout en déve- loppant une activité de

consultation appuyée par des compétences acquises en sciences cliniques infirmières.

Pourquoi me lancer dans la pratique avancée ? L’expé- rience professionnelle développée depuis 2005

© pikselstock

Le nouveau champ d’activités ouvert aux IPA nécessite d’être

encadré par un protocole d’organisation établi entre le

ou les IPA et les médecins.

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Élaboration du protocole d’organisation, une étape clé de l’implantation de l’IPA : exemple au CHU d’Amiens-Picardie en oncogériatrie

en oncologie avec l’exercice des fonctions d’infirmier d’annonce et de coordination et ma participation à diverses communications en congrès ou encore à des protocoles de recherche médicale et infirmière m’ont amené progressivement à m’intéresser à la pratique infirmière avancée. Dès la sortie des textes en 2018, j’ai souhaité m’engager dans le cursus de formation.

Retour sur le terrain : impulser un nouveau modèle de soins

De retour sur le terrain, ma première action fut de pro- poser un profil de poste et d’évaluer les besoins de la population ciblée : les personnes âgées de 70 ans et plus atteintes d’un cancer. Le cadre PEPPA (Participatory, Evidence-based, Patient-focused process for advanced Practice nursing (APN) role developpement) [1] a été choisi comme méthode d’implantation. Il constitue une étape incontournable afin de définir et faire connaître le rôle et les compétences de l’IPA.

Dans un premier temps, l’étude populationnelle nous a permis, avec les équipes d’encadrement et médicale, de définir les parcours de soins prévalents en onco- gériatrie, en nous appuyant sur la file active des patients suivis et en identifiant les organes les plus fréquemment concernés dans cette population.

Finalement, 3 parcours de soins chez les patients âgés de 70 ans et plus ont été retenus :

oncologie : patients atteints d’un cancer de la pro- state métastatique ;

oncohématologie : patients atteints d’un myélome ;

oncogériatrie : évaluation oncogériatrique et suivi des patients âgés fragiles atteints de cancer.

L’évaluation et le suivi oncogériatriques, en collabora- tion avec le médecin oncogériatre, ont été intégrés à ces différents parcours.

Le protocole d’organisation a été validé le 30 juin 2020 par la commission médicale d’établissement du CHU d’Amiens-Picardie.

La nouveauté apportée par l’obtention de mon diplôme en pratique avancée a été de pouvoir élargir mon champ d’activité. Il était initialement dédié à l’évalua-

tion et au suivi oncogériatriques. Il s’étend désormais au suivi oncologique et oncohématologique tout en intégrant une approche populationnelle. Il permet donc de développer une collaboration plus étroite avec les oncologues et les hématologues, en com- plément du travail en binôme qui existait déjà avec l’oncogériatre.

Ce nouveau modèle a pour objectif de répondre aux problématiques rencontrées dans la population âgée :

augmentation constante de la file active de patients âgés atteints d’un cancer ;

développement des thérapies anticancéreuses orales (risque de non-observance, d’interactions médicamen- teuses et de toxicité plus important chez le sujet âgé) ;

patients âgés atteints de cancer : plus fragiles, souvent en situation complexe nécessitant davan- tage de soins de support et une meilleure interface ville-hôpital ;

absence de formations dispensées aux équipes de soins ;

manque d’expertise paramédicale pour élaborer et développer des protocoles de recherche infirmière ;

favoriser l’inclusion de patients âgés dans les essais cliniques.

© pikselstock

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VIE

PROFESSIONNELLE

Afin de préciser mes modalités d’exercice, j’ai détaillé mon activité tout au long des 3 parcours de soins retenus. J’ai également élaboré un guide clinique dédié à la gestion des symptômes liés à la maladie ou aux effets indésirables des traitements. Ce guide a voca- tion à être un outil d’aide à la consultation pour l’IPA, notamment pour grader les toxicités.

Le rôle essentiel de la direction des soins comme “chef d’orchestre” dans le processus d’implantation de l’IPA

Une première réunion a été organisée par la direction des soins afin de rassembler tous les acteurs concernés par cette nouvelle organisation : le cadre de santé de proxi- mité, la cadre supérieure de santé de pôle, le médecin- chef de pôle et chef du service d’hématologie, une hématologue qui sera référente pour l’hématologie, le chef du service d’oncologie médicale, l’oncogériatre, le médecin responsable de l’UCOG (Unité de coordina- tion en oncogériatrie) de Picardie et moi-même.

Cette réunion auprès des médecins du service d’onco- logie et d’hématologie a été organisée afin d’exposer les fonctions de l’IPA et de définir les tâches médicales

susceptibles de lui être transférées ainsi que son péri- mètre d’exercice (en hôpital de jour, auprès des équipes de soins et en consultation). Il est essentiel de clarifier les tâches de chacun et de savoir qui fait quoi.

Le positionnement de l’IPA au sein de l’équipe soignante doit être identifié par l’ensemble des acteurs avec les- quels il va collaborer. C’est pourquoi le soutien mana- gérial de la part de la direction des soins et des cadres de santé est incontournable. En effet, l’organisation, la coordination des activités, la conduite de projet ainsi que la transmission des informations font partie de leurs prérogatives.

En revanche, l’expertise clinique, la recherche en sciences infirmières, l’evidence-based nursing et l’en- seignement représentent les domaines de compétences qui sont attribués aux IPA.

Ce nouveau métier contribue à développer le leader- ship paramédical et nécessite donc d’organiser une campagne d’information institutionnelle expliquant les missions et compétences de l’IPA, non seulement auprès des médecins, mais aussi auprès des équipes soignantes.

© Robert Kneschke

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Élaboration du protocole d’organisation, une étape clé de l’implantation de l’IPA : exemple au CHU d’Amiens-Picardie en oncogériatrie

Définir une stratégie d’implantation Identifier les facteurs facilitants et limitants Le soutien et le pilotage pour la mise en place du pro- tocole d’organisation par

la direction des soins, en étroite collaboration avec l’encadrement, constituent indéniablement un facteur facilitant. De même, l’hématologue engagée dans cette démarche, elle- même impliquée dans la formation des étudiants IPA, a permis de finaliser

plus précocement la rédaction des parcours de soins en hématologie, notamment en raison de sa parfaite connais- sance du référentiel d’activités et de compétences des IPA.

Les facteurs limitants sont principalement un manque de connaissances relatives à ce nouveau métier de la part des différents acteurs concernés.

Validation en commission médicale d’établissement

Une fois achevé, le protocole d’organisation doit être validé par la commission médicale d’établissement.

La stratégie d’implantation doit impérati- vement s’accompagner d’une stratégie de communication

Cette information doit être diffusée auprès des onco- logues, des hématologues, des radiothérapeutes, des gériatres, des chirurgiens (ici gynécologues et urolo- gues), de l’ensemble des cadres de santé et des équipes soignantes concernés. Elle doit également se faire au niveau de la pharmacie, de l’unité de pharmacovigi- lance, du pôle de radiologie et du centre de biologie humaine. Il est en effet important que ces acteurs ne soient pas étonnés par les demandes de l’IPA ou qu’ils ne refusent pas de réaliser les actes qu’il prescrit.

Conclusion

L’élaboration du protocole d’organisation est un long processus qui nécessite une sensibilisation et une

mobilisation de l’ensemble des parties prenantes. Ce protocole fait essentiellement référence aux activités médicales dérogatoires. En conséquence, c’est l’une des 2 fonctions de l’IPA qui est principalement mise en évidence : celle d’infirmier praticien. Ce protocole d’organisa- tion ne doit en aucun cas occulter les autres missions dévolues à l’IPA français, notamment l’expertise en sciences cliniques infirmières liée à la fonction d’infirmier clinicien spécialisé. Un des mérites du modèle français est de ne pas avoir dissocié ces 2 fonctions.

Référence

1. Bryant-Lukosius D, Dicenso A. A framework for the introduction and evaluation of advanced practice nursing roles. J Adv Nurs 2004;48(5):530-40.

G. Bonnet déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet article.

G. Bonnet remercie S. Faucher (directrice des soins, CHU d’Amiens-Picardie), C. Boudernel (cadre supérieure de santé, Oncopôle, CHU d’Amiens- Picardie) et A. Lefebvre (cadre de santé, hôpital de jour de l’Oncopôle, CHU d’Amiens- Picardie) pour leur relecture attentive.

Éléments du protocole d’organisation

Le protocole d’organisation (à ne pas confondre avec les protocoles de coopération) matérialise le périmètre d’exercice de l’IPA en termes d’ac- tivités médicales dérogatoires. Il doit préciser (article R. 4301-4 du Code de la santé publique) les éléments suivants :

le ou les domaines d’intervention concernés ;

les modalités de prise en charge par l’infirmier exerçant en pratique avancée des patients qui lui sont confiés ;

les modalités et la régularité des échanges d’in- formation entre le médecin et l’infirmier exerçant en pratique avancée ;

les modalités et la régularité des réunions de RCP destinées à échanger sur la prise en charge des patients concernés ;

les conditions de retour du patient vers le médecin.

Le positionnement de l’IPA au sein de l’équipe soignante doit être identifié par l’ensemble

des acteurs avec lesquels il va collaborer.

Références

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