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Ç.S
p f / 3
FACULTE DES SCIENCES DE L'EDUCATION
THESE PRESENTEE
A L'ECOLE DES GRADUES DE L'UNIVERSITE LAVAL
POUR L'OBTENTION
DU GRADE DE MAITRE EN EDUCATION PAR
JACQUES PLANTE
ETUDE DE L'EFFET DU RENFORCEMENT
SOCIAL SUR LE BEGAIEMENT
Pour l'élaboration de cette recherche, il a été nécessaire de consulter quelques spécialistes de la Faculté des Sciences de l'Education et du Département de Psychologie de l'Université Laval. Nous leur exprimons notre vive gratitude pour leur collaboration.
Nous sommes redevables d'une reconnaissance particulière à l'endroit de Mademoiselle Aimée Leduc, professeur agrégé à la Faculté des Sciences de l'Education de l'Université Laval, qui a bien voulu assumer la direction de cet ouvrage et qui nous a fait bénéficier de sa compétence professionnelle et de son grand dévouement.
Il nous fait plaisir de remercier également Monsieur Gérard Scallon, professeur adjoint à la Faculté des Sciences de l'Education de l'Université Laval, pour l'aide précieuse qu'il nous a apportée relativement au schéma expérimental, au traitement statistique et à l'interprétation des données de cette recherche.
Nous ne pouvons oublier de remercier le docteur Jean-Yves Lortie, directeur du Département de la Psychologie Expérimentale, qui nous a fourni le matériel et les locaux nécessaires pour réaliser cette recherche. Enfin, merci à tous les parents et enfants qui ont bien voulu collaborer avec nous et apporter leurs si généreux concours.
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TABLE DES MATIERES
Chapitres Pages
I ECRITS RELATIFS A NOTRE SUJET ET ETUDES ANTERIEURES 2
1- Cadre de référence 2 2- Quelques théories sur l'étiologie du bégaiement 4
3- Remise en question de certaines explications du bégaiement 5
II PRESENTATION DE L'APPROCHE BEHAVIORISTE 10
1- Introduction 10 2- Principes 10 3- Application de la théorie behavioriste au bégaiement 12
A- Conditions 12 B- Application au bégaiement 12
C- Identification des renforceurs et application théorique au bégaiement . . . . 15
III PRESENTATION DU PROBLEME 18 1- Nature et énoncé du problème 18
A- Limitation du problème 18 B- Programme de renforcement à utiliser 19
C- Renforceur social utilisé 21
2- Définition des termes 22 A- Bégaiement 22 B- Blocage 22 C- Répétition 22 D- Hésitation 22 E- Pause 23 F- Durée moyenne des blocages 23
G- nombre de mots par minute 23 3- Hypothèse de la recherche 23
IV SCHEMA EXPERIMENTAL 26 V DESCRIPTION DE LA RECHERCHE 31
1- Echantillon 31 2- Méthodes utilisées 32
A- Le masquage des sons 32 B- La lecture en écho 33 3- Instrument de mesure 34
A- Justification des deux situations de mesure 34 B- Description des instruments de mesure 35
4- Consignes transmises à chaque sujet 36
VI PRESENTATION ET ANALYSE DES RESULTATS 38 1- Première étape: Variables principales du bégaiement 39 2- Deuxième étape: Variables associées au bégaiement 47
VII CONCLUSION DE LA RECHERCHE 56
Appendice 1 60 Appendice 2 64 Appendice 3 68 Appendice 4 70
LISTE DES TABLEAUX
0.1- Caractéristiques des sujets de chaque groupe quant à l'âge et répartition selon le sexe . 32
1.1- Résultats moyens obtenus au test D (pré-test et post-test) selon le nombre de blocages, de
répétitions et d'hésitations par minute pour chacun des quatre groupes 39 1.2- Résultats moyens obtenus au test D (pré-test et post-test) selon le nombre de blocages, de
répétitions et d'hésitations par minute pour chacune des deux méthodes 40 1.3- Résultats moyens obtenus au test D (pré-test et post-test) selon le nombre de blocages, de
répétitions et d'hésitations par minute pour chacun des deux groupes 41 1.4- Rapports F concernant les trois sources de variation au test D pour chacune des variables
principales du bégaiement 42
2.1- Réultats moyens obtenus au test L (pré-test et post-test) selon le nombre de blocages, de
répétitions et d'hésitations par minute pour chacun des quatre groupes 43
2.2- Résultats moyens obtenus au test L (pré-test et post-test) selon le nombre de blocages, de
répétitions et d'hésitations par minute pour chacune des deux méthodes 44
2.3- Résultats moyens obtenus au test L (pré-test et post-test) selon le nombre de blocages, de
répétitions et d'hésitations par minute pour chacun des deux groupes 45 2.4- Rapports F concernant les trois sources de variation au test L pour chacune des variables
principales du bégaiement 46 3.1- Résultats moyens obtenus au test D (pré-test et post-test) selon le nombre de pauses, de
3.2- Résultats moyens obtenus au test D (pré-test et post-test) selon le nombre de pauses, de
mots et la durée moyenne des blocages, pour chacune des deux méthodes 48 3.3- Résultats moyens obtenus au test D (pré-test et post-test) selon le nombre de pauses, de
mots et la durée moyenne des blocages, pour chacun des deux groupes 49 3.4- Rapports F concernant les trois sources de variation au test D pour chacune des variables
associées au bégaiement 50
4.1- Résultats moyens obtenus au test L (pré-test et post-test) selon le nombre de pauses, de
mots et la durée moyenne des blocages, pour chacun des quatre groupes 51 4.2- Résultats moyens obtenus au test L (pré-test et post-test) selon le nombre de pauses, de
mots et la durée moyenne des blocages, pour chacune des deux méthodes 52 4.3- Résultats moyens obtenus au test L (pré-test et post-test) selon le nombre de pauses, de
mots et la durée moyenne des blocages, pour chacun des deux groupes 53 4.4- Rapports F concernant les trois sources de variation au test L pour chacune des variables
Une question principale préside à la mise sur pied de la présente recherche. Est-ce que l'attention que l'entourage du bègue accorde à ce dernier lorsqu'il bégaie peut suffire à maintenir le bégaiement? Ou en d'autres mots, est-ce le fait de ne pas renforcer le bègue lorsqu'il parle avec une certaine fluidité qui empêche ce dernier d'apprendre à parler avec plus de facilité? C'est à la suite d'observations non contrôlées sur les réactions des gens au bégaiement que cette question fut soulevée. Ces quelques observations ont en effet permis de constater que lorsqu'une personne bégaie, les gens avec lesquels elle communique la regardent attentivement, l'aident à terminer ses phrases, etc..
Pour tenter de répondre à cette question, nous avons élaboré une recherche expérimentale. Nous présentons d'abord le cadre de référence dans lequel se situe notre problème et une remise en question de certaines explications données pour solutionner le bégaiement. Ceci nous amène à présenter une nouvelle approche de ce problème et à concevoir le bégaiement comme étant un comportement déviant appris et par conséquent susceptible d'extinction lorsque non renforcé. Nous arrivons alors au schéma expérimental proposé et à l'expérimentation proprement dite qui ont été élaborés pour évaluer l'effet du renforcement social quant à l'extinction du bégaiement et à l'acquisition d'un comportement oral plus fluide.
CADRE DE REFERENCE:
Bien qu'il existe plusieurs classifications des troubles du langage et bien qu'aucune d'entre elles ne semble universellement admise, il paraît utile d'en choisir une afin de situer le bégaiement dans l'ensemble des déficits de la parole et du langage. Les orthophonistes américains (West, 1957, p. 269) s'entendent pour diviser les troubles du langage en neuf catégories mutuellement non exclusives de la façon suivante:
A) APHASIE
a) aphasie pure: absence du langage b) dysphasie: trouble du langage
B) APHONIE: absence de la voix
C) DYSPHONIE: trouble de la voix
D) DYSARTHRIE (1)
a) dysarthrie pure: trouble d'articulation
b) anarthrie: absence totale ou quasi-totale d'articulation
E) DYSLALIE (1)
a) dyslalie pure: trouble d'articulation
b) alalie: absence totale ou quasi-totale d'articulation
(1) Il existe une différence entre la dysarthrie et la dyslalie. Dans le premier cas, la dysfonction est causée par le vieillissement ou l'altération des centres nerveux, autre que celui de l'aire du langage, qui contrôlent la motricité nécessaire à la phonation. Dans le cas de la dyslalie, la dysfonction provient d'une anomalie structurale des organes phonateurs eux-mêmes et/ou d'un déficit auditif.
F) SURDITE G) BEGAIEMENT H) DYSPHEMIE
I) DYSLOGIE
En se basant sur l'étiologie des troubles considérés, Robert West (1957, pp. 13—17) simplifie cette classification en la divisant en deux parties. Une première partie regroupe les troubles causés par l'effet direct d'une anomalie mécanique des organes phonateurs ou par l'effet direct d'une blessure cervicale localisée et, dans une deuxième partie, les troubles qui originent non pas d'une simple dysfonction des organes eux-mêmes, mais surtout de conditions pathologiques plus généralisées, par exemple: un déficit intellectuel, un trouble de la personnalité...
Ce sont, d'une part, les troubles primaires, (aphasie, dyslalie, dysarthrie, dysphonie et surdité) dont les symptômes sont liés à la dysfonction mécanique de l'organe et, d'autre part, les troubles secondaires (dysphémie et dyslogie) dont les symptômes ne sont plus un simple reflet de la dysfonction de l'organe mais plutôt le résultat d'un déficit intellectuel ou d'un trouble de la personnalité...
C'est pourquoi, dans le cas des troubles primaires, il est possible de retrouver, à partir des symptômes, une ou plusieurs causes spécifiques; il s'agit d'une relation en circuit fermé. La même démarche ne peut toutefois pas s'effectuer en face des troubles dits secondaires. Il faut analyser la personnalité de l'individu et son intelligence avant de diagnostiquer les troubles de la parole ou du langage; il s'agit ici d'une relation en circuit ouvert. La dysphémie et la dyslogie, entre autres, appartiennent, selon West, à cette catégorie. La première ressemble à la dysarthrie en ce qui a trait au défaut d'articulation et la deuxième est semblable à l'aphasie par ses manifestations extérieures. Ces deux troubles particuliers sont classés dans la catégorie dite secondaire et se différencient de leur congénère parce qu'ils ne proviennent pas directement d'un vieillissement, d'une lésion cervicale spécifique ou d'une anomalie structurale d'un organe, mais qu'ils sont
2- QUELQUES THEORIES SUR L'ETIOLOGIE DU BEGAIEMENT:
Il arrive quelquefois qu'un trouble primaire s'associe à un trouble secondaire pour devenir partiellement primaire et partiellement secondaire. Le bégaiement est l'exemple le plus concret d'une telle combinaison.
"... Stuttering probably always presents such a combination of etiology..."
(West, 1957, p. 268)
"... The assumption that stuttering behavior is symptomatic of a core problem is unproven position... "
(Rickard et Mundy, 1965, p. 269)
D'un point de vue étiologique, les praticiens, les chercheurs et les théoriciens expliquent le bégaiement de façons très diversifiées. Pour donner une vue d'ensemble de ces théories, Penny (1966, pp. 42—46) les a classées selon trois orientations théoriques. La première, celle des théories psychogénétiques, regroupe entre autres Bluenel, Coriat, Froeschels, Fitzsimons et Murphy. Selon eux, le bégaiement est dû à des conflits émotifs, à un processus d'équilibration non intégré de "pattern" appris, à un arrêt ou à une régression à la phase orale, à une difficulté qu'éprouve un individu à formuler sa pensée, etc...
La deuxième orientation, celle des théories somato-génétiques, comprend des auteurs comme Koop, Boone, Bryngelson, Nadoledznig et Van Ripper. Ces théories tentent de mettre en relation avec le bégaiement des composantes comme les caractéristiques du système nerveux, le "stress", les prédispositions psychomotrices, les déficiences physiologiques, les échanges d'énergie entre les hémisphères cérébraux, la qualité de la respiration, la présence d'une mauvaise latéralisation, etc..
est représentée par des praticiens et chercheurs tels que White, Adler, Lacey et Malmo. Pour ces auteurs, l'anxiété serait l'une des causes les plus importantes de l'installation et du maintien du bégaiement.
En référence à cette dernière orientation présentée par Penny, il est intéressant de constater que des behavioristes comme Walton et Black (1958, p. 110) dans l'optique du conditionnement classique, affirment que:
"Si Von considère le bégaiement comme une réponse d'évitement conditionnée à une situation de "stress" le bégaiement apparaîtra avec Vanxiété pour les mêmes "stress".
3- REMISE EN QUESTION DE CERTAINES EXPLICATIONS DU BEGAIEMENT:
A la suite de la synthèse présentée par Penny, il est facile de voir que parler du bégaiement c'est simplement réouvrir le dossier non encore fermé d'une pathologie complexe et mal définie des troubles du langage. Il est dit au début de ce chapitre que le bégaiement se présente probablement toujours comme un trouble partiellement primaire et partiellement secondaire (West, 1957) et que de ce fait, on ne devrait pas l'attribuer à une cause unique ou à un problème particulier (Rickard et Mundy 1965). Il est donc plus prudent de considérer le bégaiement comme la résultante de plusieurs facteurs encore mal définis. Cependant, des auteurs et des praticiens ont proposé des explications qui suscitent encore de nombreuses controverses. Ainsi, par exemple a-t-on identifié tour à tour comme facteur du bégaiement la dominance de l'un des hémisphères cérébraux, les lésions cérébrales, le problème du gaucher contrarié, les troubles respiratoires, l'incohérence dans la formulation de la pensée et l'hérédité.
Il n'entre pas dans le cadre de ce travail de faire une étude critique approfondie de ces différentes prises de position. Une attitude prudente vis-à-vis l'état actuel de la recherche sur le bégaiement ne permet pas d'affirmer qu'il existe un lien de causalité ou de dépendance entre ces facteurs et le bégaiement. Les recherches et les observations qui ont tenté de mettre en évidence le rôle de ces facteurs souffrent presque toutes de certaines lacunes. Il semble, par exemple, qu'un certain pourcentage de bègues soient des
à l'autre (Seeman, 1957, pp. 222—224). Même si l'on observait des pourcentages de gauchers contrariés sensiblement identiques d'un auteur à l'autre, on ne pourrait conclure à l'importance de ce facteur sans connaître la proportion des gauchers contrariés qui existe dans la population et la partie de cette proportion qui est affectée d'un bégaiement. De plus une information plus exacte sur ces différents pourcentages ne refléterait rien de plus que les facettes d'une simple association possible entre deux phénomènes à partir de laquelle il serait impossible d'imputer à l'un ou à l'autre un caractère causal.
En ce qui concerne la dominance de l'un des hémisphères cérébraux, dominance qui peut amener une mauvaise latéralisation chez un sujet, il est intéressant de noter que la dominance latérale présente un caractère évolutif. Il devient donc impossible d'identifier ce facteur comme étant une cause nécessaire puisque la dominance latérale elle-même n'est pas stable, n est toutefois plausible qu'une difficulté quelconque à ce même niveau puisse contribuer à l'apparition du bégaiement et que l'on puisse ainsi associer la dominance d'un hémisphère du cerveau avec le bégaiement. Cependant, comment pourrait-on expliquer, par exemple, que l'effet de cette dominance ne se fait plus sentir lorsqu'un bègue chante sans bégayer? De même, à partir du même exemple, comment soutenir alors que le bégaiement puisse être causé par des lésions cervicales? Borel Maisonny, spécialiste réputée dans le domaine, est très affirmative à ce sujet:
"// est évident aujourd'hui plus encore qu'autrefois qu'aucune altération organique ne peut être ni n'est à l'origine du bégaiement. "
(Borel Maisonny, 1954, p. 15)
Elle accorde de plus aux troubles respiratoires, un rôle beaucoup moins important. Elle les classe dans la catégorie des effets du bégaiement plutôt que dans les causes:
"// est à peine utile de redire... que toutes les manifestations musculaires, les arythmies respiratoires, les troubles vasosympathiques observés chez les grands bègues sont secondaires".
L'incohérence dans la formulation de la pensée est un problème délicat à traiter et encore plus délicat à isoler en tant que facteur causal. La meilleure façon de constater un tel fait est d'amener le bègue à s'exprimer d'une façon spontanée en employant les modes de communication qu'il désire. On peut constater alors que, bien souvent, lorsqu'il s'exprime oralement il associe des gestes au message qu'il désire formuler dans le but d'aider l'auditeur à comprendre son message. La présence et la signification de tels gestes laissent planer un doute sur l'affirmation d'une incohérence dans la formulation de sa pensée. De plus, lorsque le bègue s'exprime par écrit, Borel Maisonny remarque que dans plusieurs cas:
"le langage intérieur est si bien organisé que, en écrivant ce qu'il a tant de mal à dire, le bègue s'exprime parfaitement sans aucune difficulté ni anomalie dans l'ordonnance des mots et des phrases".
(Borel Maisonny, 1954, p. 12)
L'hérédité présente également un problème particulier. Ce problème en est d'abord un de définition. Seeman la présente:
"comme étant la capacité de l'organisme de former dans certaines conditions intérieures ou extérieures des caractères ressemblants ou similaires à ceux des ascendants".
(Seeman, 1957, p. 221)
D'un côté plus technique, M. Garnier, V. et J. Delamare la définissent comme étant une:
"propriété de transmettre par voie de génération non seulement le type spécifique, mais certains caractères physiques et intellectuels des ascendants".
(Garnier et Delamare, 1958, p. 558)
Et enfin, d'un point de vue plus restrictif, Rudaux la définit selon une loi biologique suivant laquelle:
"l'être vivant a tendance à se répéter dans ses ascendants et à leur transmettre ses propriétés"
"ne doit pas être confondue avec Vinnéité ou prédisposition présentée par un être après sa naissance et résultant des causes accidentelles ayant agi directement ou indirectement sur lui".
(Rudaux, 1962, p. 846)
Il est facile, en se rapportant à la définition de Seeman, de rendre l'hérédité responsable du bégaiement. Cependant, si l'on considère l'hérédité dans son sens technique, c'est-à-dire, comme étant d'ordre génétique, il est alors plus difficile d'accepter qu'elle soit une cause importante du bégaiement.
En résumé, tout comme l'hérédité, la dominance de l'un des hémisphères cérébraux, l'incohérence dans la formulation de la pensée etc., sont des facteurs qui ont été isolés à l'aide de recherche que Kerlinger (1964, p. 290—300) qualifierait de recherches "ex post facto". D'après lui, cette façon de rechercher quelque chose n'est pas à proprement parler une approche expérimentale. Un chercheur qui exploite ce type de recherche ne peut en effet contrôler les variables indépendantes ou dépendantes puisqu'elles sont présentes avant qu'il les observe et au moment même où il les observe. Dans une première étape, il observe une ou plusieurs variable(s) dépendante(s), dans une deuxième étape, il étudie rétrospectivement les effets des variables indépendantes sur la ou les variable(s) dépendante(s). Si on remarque par exemple que trente pourcent des bègues ont des parents qui sont bègues on en concluera souvent que l'hérédité peut expliquer le bégaiement. S'il est possible ici de dégager certaines relations ou associations entre deux phénomènes qui semblent apparaître de façon concomitante, il est impossible, par contre, d'établir une relation de cause à effet entre ces deux phénomènes. Il est donc normal de ressentir une certaine insatisfaction devant les données actuelles et d'explorer de nouvelles approches pour tenter de mieux comprendre le problème du bégaiement.
PRESENTATION DE L'APPROCHE BEHAVIORISTE
INTRODUCTION:
Nous avons vu au chapitre précédent que les principaux facteurs mis en évidence pour tenter d'expliquer le bégaiement suscitent de nombreuses controverses et ne peuvent être soutenus par des preuves concrètes valables. Il a été noté également que les modes de recherche utilisés relèvent le plus souvent d'observations après le fait (recherches ex post facto) et qu'il est difficile, par ces procédés, d'établir des liens de causalité entre deux phénomènes. Tout cela s'explique peut-être par le fait que l'on ne manipule pas directement les variables impliquées dans le bégaiement.
Dans le présent chapitre, il sera question d'une approche plus récente qui permet un meilleur contrôle de ces variables. Le bégaiement ne sera plus vu dans une optique étiologique mais simplement observé à travers ses manifestations. Les théories béhavioristes, qui ont donné naissance au conditionnement opérant, ont dégagé certains principes et conditions qui régissent les comportements humains, n est possible, à la lumière de ces principes et conditions d'augmenter ou de diminuer la probabilité d'une réponse et ainsi, de faire acquérir un nouveau comportement ou d'éteindre un comportement que l'on désire faire disparaître.
PRINCIPES:
Le principe général du conditionnement opérant veut que le comportement soit contrôlé par ses conséquences ou, si on parle du contrôle positif du comportement, que le comportement soit contrôlé par ses conséquences renforçantes positives. Il existe plusieurs façons de modifier le comportement à partir de renforceurs. Si on présente un renforceur positif immédiatement après une réponse donnée ou si on retire le renforceur négatif qui suit une réponse particulière, on augmente la probabilité que cette réponse se
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manifeste dans des occasions subséquentes. Si par contre, on retire le renforcement positif d'une réponse particulière ou encore, si on présente un renforceur négatif à cette réponse, on diminue la probabilité que cette réponse se répète dans des occasions subséquentes. C'est ce que l'on appelle tantôt le renforcement, tantôt l'extinction et la punition.
Le procédé employé pour présenter le renforceur joue également un rôle important dans le contexte de la modification de comportement. Il existe en effet des programmes de renforcement dont les deux principaux types sont appelés programmes de renforcement à proportion et programmes de renforcement à intervalle. Les premiers sont basés sur le taux ou le nombre de réponses manifestées et les deuxièmes reposent sur le temps. Dans le premier cas, on a les programmes de renforcement à proportion fixe ou variable. Ainsi, on peut renforcer l'individu après chaque bonne réponse (renforcement continu), à toutes les deux bonnes réponses, à toutes les trois, les quatre, , les "n" bonnes réponses. Il est possible également, à l'intérieur d'une même séquence, de renforcer l'individu non pas à toutes les "n" réponses, mais en fonction d'une moyenne de "n" réponses. On peut donc renforcer un sujet selon un taux fixe ou variable de bonnes réponses. La même possibilité se retrouve dans les programmes de renforcement à intervalle où un sujet peut être renforcé selon un intervalle fixe ou encore, selon un intervalle variable. Ce qui est important à retenir ici c'est l'effet que peuvent avoir tels ou tels programmes de renforcement.
Lorsque l'on renforce un individu après chacune de ses réponses, le comportement se modifie rapidement dans le sens désiré. Cependant, lorsqu'on arrête la présentation du renforceur, le comportement nouvellement acquis disparaît rapidement (extinction) et le comportement original réapparaît. Si par contre, le comportement est renforcé d'une façon intermittente, la modification du comportement s'opère lentement et, lorsqu'un nouveau comportement est acquis, l'extinction de ce dernier comportement est beaucoup plus lente après la cessation du renforcement.
Si on désire une modification rapide du comportement, il est donc souhaitable d'employer un renforcement de type continu et si on veut par la suite assurer le maintien du comportement nouvellement acquis, il faut ajouter un programme à renforcement intermittent afin d'en rendre l'extinction plus lente et plus difficile. Le problème qui nous
préoccupe depuis le début de ce travail est de trouver un moyen de faire disparaître les manifestations du bégaiement et d'amener plus de fluidité dans son expression orale. Il faut donc provoquer l'extinction d'un comportement (bégaiement) et favoriser l'acquisition d'un nouveau comportement (fluidité verbale) qui permettra à l'individu de s'exprimer avec moins de difficulté.
APPLICATION DE LA THEORIE BEHAVIORISTE AU BEGAIEMENT: A) Conditions:
Selon Bandura (1969, p. 225), il y a trois conditions qui sont nécessaires pour permettre le contrôle positif du comportement. Il faut, en premier lieu, identifier un renforceur suffisamment puissant pour faire acquérir et pour maintenir une réponse ou un comportement pendant une période prolongée. En second lieu, l'objet ou l'événement renforçant doit être contingent au comportement désiré ou à la réponse précise déterminée à l'avance. Enfin, la situation doit être structurée de façon telle que la réponse désirée apparaîtra.
B) Application au bégaiement:
La première question à poser est de savoir quel est ou quels sont les renf orceurs suffisamment puissantes) pour faire acquérir et maintenir le bégaiement? Pour cela, il faut savoir ce qui peut influencer la façon de s'exprimer chez une personne normalement constituée du point de vue phonateur lors de l'apprentissage de la langue.
On a déjà remarqué qu'il semblait y avoir des âges critiques où le bégaiement apparaît plus souvent. Même si cette remarque relève d'observations plus ou moins contrôlées, elle laisse voir qu'à un moment donné, quelque chose influence suffisamment l'individu pour lui faire adopter ce mode d'expression. Ce quelque chose, il en a été question au chapitre précédent, ne relèverait pas nécessairement de causes organiques ou héréditaires et encore moins d'une impossibilité à ordonner sa
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pensée. Jusqu'à maintenant, on a toujours cherché les causes du bégaiement dans l'individu lui-même. Cependant, l'un des facteurs importants dans l'apprentissage de la langue est celui de la rentabilité du langage lui-même en tant qu'instrument de communication. Le langage devient rentable quand celui qui "apprend" tire beaucoup des avantages qu'offre cet instrument de communication.
L'imitation consciente ou inconsciente constitue l'un des premiers jalons de l'apprentissage du langage. A ce sujet, Miller et Dollard (1941) ont démontré que l'imitation n'est pas quelque chose d'innée chez l'enfant. L'enfant apprend à imiter comme il apprend d'autres tâches. Pour qu'une imitation ou le résultat d'une imitation demeure dans le répertoire de l'enfant, il faut que le comportement imité soit renforcé par le milieu. Si cette condition n'est pas respectée, la réponse imitée disparaîtra de son répertoire (extinction) pour faire place à une autre imitation qui procure plus de satisfaction. Le langage s'installe et se spécialise de cette façon. Dans la même veine, cela permet peut-être d'expliquer pourquoi et comment le bégaiement peut passer d'un individu à l'autre, des parents aux enfants, de frères en frères et d'amis en amis.
Le renforcement qui influence l'apprentissage du langage provient de deux sources différentes. Selon Mowrer (1950), le fait pour un enfant d'entendre sa propre voix acquiert pour lui, à cause de la similitude de sa voix à celle de sa mère, une valeur de renforceur. Il semblerait donc que le langage d'un individu soit conditionné à la fois par le renforcement que son milieu lui accorde et par le renforcement qu'il se donne lui-même lorsqu'il s'entend parler. Le renforcement social et celui qui provient de l'individu sont tellement puissants qu'une personne pourra se sentir gênée de parler d'une autre façon que les gens de son milieu. Si les gens du milieu d'où il provient et dans lequel il vit emploient un langage du genre "toué pi moue", il continuera, en dépit de ses connaissances de la langue, à employer les mêmes termes, les mêmes façons de prononcer les mots et les mêmes intonations. Si par contre il change de milieu, il tentera souvent, pour les mêmes raisons, d'imiter le langage de ce nouveau milieu. Il arrive ainsi qu'un individu puisse entretenir deux façons ou plus de s'exprimer, utilisant l'une ou l'autre dépendant de l'endroit où il se trouve ou de la personne à qui il parle.
L'apprentissage du langage semble donc respecter en tout point le principe fondamental de behaviorisme qui veut qu'une réponse donnée qui est suivie d'une conséquence positive, voit sa probabilité d'apparition augmentée et, inversement, qu'une réponse donnée qui n'est suivie d'aucune conséquence, aura tendance à disparaître (extinction). Les trois conditions importantes des théories behavioristes se retrouvent également lors de cet apprentissage. Il y a en effet un renforceur puissant, provenant du milieu et de l'individu lui-même, qui est appliqué à une réponse ou à une situation précise.
Si l'apprentissage de la langue et son utilisation en tant qu'instrument de communication semblent se faire de façons "conséquentielles", quelques évidences scientifiques semblent également démontrer que le bégaiement:
"may be an unconscious imitation of the speech of stutterers as a mechanism for gaining attention, sympathy, immunity from
work assignments, or other primitive adventage".
(Robert West, 1957, p. 253)
Si de plus, en considérant le bégaiement comme "an ongoing behavior maintained by its consequences" (Goldiamond, 1957, p. 106), le bégaiement se maintient parce qu'il:
"... continue to be reinforced on a low aperiodic schedule by important environmental figures; and aperiodically reinforced habits are highly resistant to extinction"
(Stanley and Lewis in Rickard and Mundy, 1965, p. 269)
il est possible alors d'inférer et de formuler le postulat fondamental de cette recherche, à savoir que le bégaiement est un comportement appris, qui présente un certain degré de déviation (comportement déviant) par rapport au langage normal, et de ce fait, qui est susceptible d'inhibition lorsque non renforcé.
Si d'une façon analogue à l'apprentissage de la langue, le bégaiement s'apprend et se maintient parce qu'il est renforcé par le milieu, il est possible de nouveau de
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retrouver les trois conditions fondamentales des théories behavioristes. Le fait de postuler que le bégaiement est un comportement déviant appris ne règle pas tout le problème. Si réellement on apprend à bégayer, il devrait être possible d'amener l'extinction de ce comportement et de faire acquérir un comportement oral plus fluide et plus spontané.
La littérature nous apprend deux choses à ce sujet. Il est possible, premièrement, de provoquer l'extinction d'un comportement donné en enlevant le renforceur qui le maintient et, deuxièmement, il est possible d'instaurer un nouveau comportement en renforçant la réponse précise ou le comportement que l'on désire faire acquérir. Pour éteindre le comportement déviant qu'est le bégaiement, il faut donc, en référence aux trois conditions principales des théories behavioristes (Bandura, 1969, p. 225), identifier le renforceur qui le maintient, le retirer pour éliminer la réponse ou le comportement déviant et appliquer un renforceur adéquat pour faire apparaître et maintenir le nouveau comportement désiré.
C) Identification des renforceurs et application théorique au bégaiement:
Quels seraient alors les renforceurs responsables du maintien du bégaiement et pourquoi le seraient-ils? Stanley et Lewis (dans Rickard et Mundy, 1965, p. 269), tel que cité précédemment, ont avancé l'hypothèse que le bégaiement est renforcé continuellement d'une façon apériodique par le milieu ce qui le rend très difficile à éliminer. Rickard et Mundy ajoutent que:
"a portion of the reinforcement might come from the stutterer himself in the form of stuttering feed-back"
(Rickard et Mundy, 1965, p. 269)
De plus, Tomatis (1950), par ses recherches sur le "feed-back" différé, accorde une grande importance à cet auto-renforcement du bégaiement qui provient du fait que le bègue peut entendre le son de sa voix. Comme dans le cas de l'apprentissage du langage et de son maintien, le renforcement social et le renforcement provenant du bègue lui-même semblent donc être les deux types de renforceurs responsables du
maintien du bégaiement. Lors des discussions sur le langage, il a été démontré que ces deux types de renforceurs étaient suffisamment puissants pour expliquer son maintien. Si on applique maintenant ces renforceurs à des réponses précises ou en des circonstances définies pendant qu'une personne parle, il est fort probable que cela aura pour effet de modifier le langage de cette personne. Or quand une personne bégaie, c'est justement lorsqu'elle manifeste son bégaiement que le milieu la renforce. On prête attention à ses faits et gestes, on tente de terminer ses mots, on l'aide à compléter ses phrases, etc.. Au contraire, lorsqu'elle ne manifeste pas de bégaiement cette dose spéciale d'attention lui est retirée et les gens l'ignorent la plupart du temps. C'est l'inverse qui devrait se produire. Le fait de renforcer ce comportement précis qu'est le bégaiement a pour effet d'augmenter la probabilité d'apparition de ce comportement et d'assurer son maintien. Il faudrait donc renforcer les comportements verbaux fluides et ignorer les manifestations du bégaiement. Ceci, en tenant compte des trois conditions importantes des théories behavioristes, devrait amener l'extinction progressive du bégaiement et l'acquisition graduelle d'un langage fluide.
PRESENTATION DU PROBLEME
NATURE ET ENONCE DU PROBLEME:
Le problème soulevé au cours de cette recherche est celui posé par l'extinction du bégaiement par la manipulation directe de facteurs pouvant provoquer son acquisition et son maintien. Au chapitre premier il a été vu que l'analyse étiologique du bégaiement présentait certains problèmes. Il y a d'abord celui de l'identification des facteurs qui seraient responsables du bégaiement, vient ensuite la difficulté d'établir des liens de causalité entre ces facteurs d'une façon certaine, et ceci en raison du type de recherche employé (recherche ex post facto), reste encore celui des théories controversées et souvent contradictoires. La conclusion apportée à la fin de ce premier chapitre rendait compte d'une insatisfaction prononcée sur ce mode d'approche et, conséquemment, sur le besoin d'avoir de nouvelles voies d'accès au problème du bégaiement.
Une approche plus récente semble ouvrir de nouvelles portes en ne considérant plus le bégaiement selon son étiologie mais en le voyant tout simplement comme un comportement déviant appris. Les théories behavioristes apportent en effet un regard neuf sur le bégaiement. Tel que discuté au deuxième chapitre, le bégaiement est examiné au travers ses manifestations. Il est vu comme un comportement présentant un certain degré de déviation par rapport au comportement verbal normal. Il reste alors à réorienter ce comportement en manipulant directement les forces dont il est la résultante, c'est-à-dire, le renforcement social et le renforcement venant du bègue lui-même. Les théories behavioristes nous ont appris à ce sujet que lorsqu'on renforce positivement un comportement précis, on augmente la probabilité d'apparition de ce comportement et, inversement, lorsqu'on cesse de renforcer positivement un comportement précis, on diminue la probabilité d'apparition de ce même comportement (extinction). Pour obtenir l'extinction du bégaiement et l'installation d'un langage fluide, il a été conclu à la fin de ce deuxième chapitre qu'il fallait renforcer les comportements verbaux fluides et ignorer les comportements qui correspondent aux manifestations du bégaiement.
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A) Limitation du problèmg
Le rôle du renforcement venant du bègue lui-même fut mis en valeur grâce aux travaux de Lee (1950) sur le feed-back différé (delayed feed-back) et à leurs applications par Tomatis (1954), Cherry et Sayers (1956), Walton et Black (1958) et plusieurs autres. Ces auteurs ont constaté que la suppression du retour du son amène une disparition progressive du bégaiement. Cependant, comme le signale Tomatis (1954, pp. 138—145), certains bègues ne semblent pas influencés par ce genre de technique. D est intéressant ici de noter que le renforcement social n'intervient pas comme variable dans leurs travaux et que ce type de renforcement, il en a été discuté précédemment, est un des facteurs les plus puissants dans l'apprentissage de la langue et, conséquemment, un des facteurs qui peut contribuer le plus au maintien du bégaiement. Le but de cette recherche est de mesurer les effets du renforcement social comme facteur pouvant provoquer l'extinction du bégaiement et l'installation d'un comportement verbal fluide. Puisque la recherche se limite à ce seul type de renforceur, il faudra éviter l'introduction des autres genres de renforceurs possible et surtout, contrôler le renforcement venant du bègue lui-même en l'empêchant d'entendre sa propre voix lorsqu'il parle.
B) Programme de renforcement à utiliser
Nous avons déjà signalé qu'il existe plusieurs façons de présenter les renforceurs dans le but d'augmenter la probabilité d'apparition d'une réponse précise (cf.p. 10). Avant de choisir tel ou tel type de programme de renforcement, il faut tenir compte de la situation particulière où nous nous trouvons ici. La recherche porte sur un problème de langage, instrument de communication à très forte intensité sociale, qui selon nos prémisses, est causé principalement par le renforcement social du milieu. Le bègue ne manifeste pas son bégaiement à tous les mots qu'il prononce. Ce nouveau comportement à établir, qu'est le langage fluide, est déjà présent dans une plus ou moins grande proportion dépendant des individus et c'est lorsque ce langage plus fluide se manifeste qu'il faut renforcer le sujet. Dans ce cas précis, Bandura
suggère que: < j 5 l ^ v .
"If the behavior that a change agent wishes to strengthen is already present and occurs with some frequency, then contingent application of incentives can, from the outset, increase and maintain the desired response patterns at a high level"
(1969, p. 32)
Il serait souhaitable alors, si on veut augmenter la probabilité que la contingence s'établisse entre la réponse désirée (fluidité verbale) et le renforceur utilisé, de renforcer le sujet immédiatement après l'apparition de la réponse désirée et à chaque fois qu'il la manifestera. Ainsi, plus l'individu répondra dans le sens désiré, plus il sera renforcé et, conséquemment, plus la fréquence d'apparition,de cette même réponse par unité de temps sera augmentée.
Il est connu cependant, qu'un tel programme de renforcement n'est pas l'idéal pour assurer le maintien de la réponse. Dès que le renforcement cesse, la fréquence d'apparition de la réponse diminue rapidement. Idéalement il faudrait changer de programme de renforcement dès que les réponses désirées produites par le sujet ont atteint un niveau dit de plateau. Il faudrait utiliser alors un programme à intervalle variable.
"C'est la meilleure façon de maintenir un comportement que l'on désire voir durer longtemps, même en l'absence de tout renforcement".
(Malcuit, Granger et Laroque, 1968, p. 21)
Comme à court terme, le but de cette recherche est de provoquer l'extinction du bégaiement et l'acquisition d'un comportement verbal plus fluide, seul le programme à renforcement continu sera utilisé. L'autre type de programme de renforcement pourra être utilisé dans des recherches ultérieures qui porteront plus spécifiquement sur le transfert des nouveaux comportements verbaux acquis au milieu naturel des sujets.
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C) Renforceur social utilisé:
Le renforcement social est un procédé qui demande une description précise. Le dictionnaire psychologique et psychoanalytique de H.B. English et A.C. English a donné une définition intéressante:
"... strengthening the tendency to make a given response by insuring that it wins a social reward such as approval,a parent's love, attention".
(1968, p. 509)
Au deuxième chapitre, il a été question de l'effet de la présentation et du retrait de cette approbation ou de cette attention sur le bégaiement (cf. p. 14). Il a été conclu alors qu'une attention particulière devrait être portée à l'individu lorsque celui-ci parle sans bégayer. Cette attention se résume en fait à approuver, soit verbalement ou par signe, la réponse ou le comportement émis par le sujet. Par exemple, des expressions du genre "très bien, parfait, très très bien, de mieux en mieux" peuvent constituer une approbation verbale, tandis qu'un hochement de tête de haut en bas et un sourire peuvent constituer une approbation par signe. Quand le sujet regarde l'expérimentateur, l'approbation peut se manifester de l'une ou l'autre façon et, quand le sujet ne regarde pas l'expérimentateur, l'approbation verbale seule est utilisée. L'important est de porter attention au sujet à chaque fois qu'il s'exprime avec fluidité et de lui faire sentir immédiatement qu'on est content de lui lorsqu'il s'exprime de cette façon.
Des évidences scientifiques démontrent cependant que la simple intervention verbale ne suffit pas à changer un comportement.
"The power of verbal influence is largely determined by the anticiped or accompaning response consequences".
(Bandura, 1969, p. 240).
Ainsi, pour concrétiser le renforceur social qu'est l'attention portée au sujet lorsqu'il s'exprime d'une manière fluide, un cadran est placé en face de lui et cumule
le nombre de fois qu'une attention spéciale lui est accordée. A la simple lecture de ce cadran, le sujet peut ainsi savoir le nombre de fois qu'il a émis une réponse correcte et, d'une rencontre à l'autre, s'apercevoir s'il émet plus de bonnes réponses que les fois précédentes.
DEFINITION DES TERMES:
Pour chacune des définitions suivantes, il ne sera question que du langage oral en production spontanée ou induite, c'est-à-dire, en situation de lecture et devant des dessins. Ces définitions ne sont en fait que les diverses manifestations de la variable dépendante qui seront soumises à un pré-test et à un post-test.
a) Bégaiement
C'est le nombre de répétitions de la même erreur (répétitions de phonèmes ou de mots, hésitations et/ou blocages) et le nombre de tics, d'arythmies respiratoires, de pauses, d'embolophrasies, etc., par unité de temps.
b) Blocage
Il y a blocage durant la phonation lorsqu'il y a un arrêt soudain dans la chaîne sonore du discours.
c) Répétition
Il y a répétition lorsqu'à la morphologie habituelle des mots du discours le locuteur emploie des réitérations d'une partie quelconque du mot: phonèmes, syllabes, etc..
d) Hésitation
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au sein de la chaîne sonore qu'il est en train de produire, un glissement, une insistance ou une prolongation.
e) Pause
C'est un repos momentané que prend le sujet. Ce repos peut être occasionné par le besoin de respirer, par un changement d'idées, de phrases, etc..
f) Durée moyenne des blocages
C'est la moyenne arithmétique du temps total (en seconde) pris pour réaliser tous les mots qui sont bloqués à la fois au pré-test et au post-test, divisé par le nombre de mots bloqués.
g) Nombre de mots par minute
C'est le nombre total de mots dits par le sujet divisé par le temps (en minute) utilisé pour les dire.
Il est à noter, sauf pour la durée moyenne des blocages, que les cinq variables dépendantes définies ci-haut seront enregistrées selon leur fréquence moyenne d'apparition à la minute. Pour obtenir cette fréquence moyenne d'apparition, il ne faut tenir compte que du temps pendant lequel le sujet parle. Ainsi, pendant une conversation de cinq minutes, le sujet peut ne parler effectivement que deux ou trois minutes. En fait, le chronomètre fonctionne seulement lorsque le sujet parle; il ne fonctionne pas lorsqu'il réfléchit, lorsque l'expérimentateur intervient etc..
HYPOTHESE DE LA RECHERCHE:
Compte tenu des variables dépendantes en jeu, des divers écrits portant sur le problème du bégaiement, des possibilités qu'offre le conditionnement opérant et en admettant, bien entendu, le postulat que le bégaiement est un comportement déviant,
l'argument majeur soutenu jusqu'ici dans cette recherche permet d'énoncer l'hypothèse suivante:
Le renforcement social des comportements qui ne reflètent pas un bégaiement et le non renforcement social des comportements qui reflètent un bégaiement ont pour effet, de diminuer significativement la probabilité d'apparition des comportements qui manifestent un bégaiement, et d'augmenter la probabilité d'apparition des comportements fluides.
Cette hypothèse de recherche constitue le pivot du chapitre suivant. Elle sera éprouvée statistiquement au moyen de l'analyse de la variance d'une façon indirecte par l'intermédiaire des sous-hypothèses qui en découlent.
SCHEMA EXPERIMENTAL
Pour mesurer l'effet du renforcement social sur le bégaiement, en situation expérimentale, nous avons examiné les possibilités que nous offraient entre autres les expériences de Walton et Black (1958) sur la lecture en écho, de Dunlap (1932) et Case (1960) sur la pratique négative, de Cherry et Sayers (1956) sur le masquage des sons, de Goldiamond (1962-1967), Ullmann et Krasner (1965) sur les comportements déviants, de Wyatt (1969) sur l'influence du milieu social chez le bègue et de Azrin, Jones et Flye (1968) sur l'influence du rythme sur le bégaiement. La méthode de Walton et Black et celle de Cherry et Sayers bien qu'à proprement parler elles se situent dans le cadre du conditionnement classique, ont été choisies parce qu'elles permettaient de contrôler le renforcement venant du bègue lui-même. Une brève description de ces méthodes est donnée au chapitre suivant. Leur grande qualité est de permettre une combinaison des techniques de renforcement telles qu'appliquées dans le conditionnement opérant et ainsi, de pouvoir utiliser le renforcement social à l'intérieur même de ces méthodes sans pour autant altérer leur originalité.
Après que ces deux méthodes furent choisies, un certain nombre de sujets ont été répartis au hasard pour être soumis à la méthode du masquage des sons et à la méthode de la lecture en écho. Les sujets désignés pour chacune de ces méthodes ont été divisés au hasard en deux groupes pour être soumis à la présence et à l'absence du renforceur dont il est question dans l'hypothèse de recherche. Les quatre groupes ainsi constitués correspondent aux traitements suivants:
— Groupe M.R.: masquage des sons avec renforcement; — Groupe M.: masquage des sons sans renforcement; — Groupe L.R.: lecture en écho avec renforcement; — Groupe L.: lecture en écho sans renforcement;
Au début et à la fin de l'expérimentation, chaque sujet a subi deux tests qui ont servi de mesures du niveau opérant (pré-test) et de mesures du niveau terminal (post-test).
27 Ce schéma expérimental a permi d'identifier les principales sources suivantes de variation:
— la méthode utilisée; — le renforcement social;
— l'interaction "méthodes et groupes";
— les différences individuelles au pré-test (variable concomitante);
en vue de vérifier les hypothèses spécifiques suivantes reliées à l'hypothèse principale de la recherche:
H.l- Les résultats du groupe M.R. seront plus faibles au post-test qu'au pré-test
(M.R.) post-test <(M.R.) pré-test
H.2- Au post-test, les résultats du groupe M.R. seront plus faibles que les résultats du groupe M.
(M.R.) post-test<c(M.) post-test.
H.3- Les gains du pré-test au post-test seront plus grands pour le groupe M.R. que pour le groupe M.
(M.R.) C pré-test — post-test D>(M.) Q pré-test — post-test U
H.4- Les résultats du groupe L.R. seront plus faibles au post-test qu'au pré-test.
(L.R.) post-test<(L.R.) pré-test
H.5- Au post-test, les résultats du groupe L.R. seront plus faibles que les résultats du groupe L.
(L.R.) post-test <(L.) post-test
H.6- Les gains du pré-test au post-test seront plus grands pour le groupe L.R. que pour le groupe L.
Les sujets furent évalués selon deux facettes, c'est-à-dire, pendant une activité de lecture et lors d'une activité de parole plus spontanée, induite par la présentation de dessins (cf. appendice 4). Cela revient en fait à mesurer de deux façons, au début et à la fin de l'expérience, les variables dépendantes dont les définitions sont données au chapitre précédent.
En résumé les variables dépendantes considérées dans la présente étude sont donc les suivantes:
1- A) nombre de blocages par unité de temps B) nombre de répétitions par unité de temps C) nombre d'hésitations par unité de temps 2- A) nombre de mots par unité de temps
B) nombre de pauses par unité de temps C) durée moyenne de blocages
Elles ont été divisées en deux groupes afin de faire ressortir les manifestations principales du bégaiement (premier groupe) et quelques unes des manifestations secondaires ou associées au bégaiement (deuxième groupe). Les six hypothèses énoncées dans ce chapitre jouent pour chacune de ces variables dépendantes. Cependant, l'interprétation des changements manifestés au niveau des trois variables dépendantes comprises dans le second groupe s'est effectuée en fonction des conclusions apportées après l'analyse des changements survenus au niveau des variables du premier groupe. Chacune des variables a été mesurée au début et à la fin de l'expérience à l'aide de deux instruments de mesure, un texte de lecture et des dessins, et ceci, pour chacun des groupes désignés selon les quatre variables indépendantes suivantes:
1- Masquage des sons avec renforcement (Gr. 1)
2- Masquage des sons sans renforcement (Gr. 2) 3- Lecture en écho avec renforcement (Gr. 3)
4- Lecture en écho sans renforcement (Gr. 4)
Dans les pages qui vont suivre, l'ensemble formé par les groupes 1 et 3 sera désigné "groupe expérimental" et celui formé par les groupes 2 et 4, "groupe témoin". De plus,
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lorsqu'il s'agira de la combinaison des groupes 1 et 2 et de celle des groupes 3 et 4, il sera alors question de la méthode "M" (masquage des sons) ou de la méthode "L" (lecture en écho).
Ces nouvelles appellations sont dues, d'une part, au fait que les résultats obtenus par les sujets soumis au renforcement social ont été comparés aux résultats de ceux qui n'ont pas été soumis à ce traitement et ceci, indépendamment des méthodes et d'autre part, au fait que les résultats obtenus par les sujets soumis à une méthode, indépendamment du traitement, ont été comparés aux résultats de ceux soumis à l'autre méthode.
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DESCRIPTION DE LA RECHERCHE
ECHANTILLON:
Le schéma expérimental, tel qu'il a été conçu au chapitre précédent, exigeait un minimum de vingt sujets pour satisfaire au besoin de cette étude. Le choix de l'échantillon global ne s'est pas fait au hasard. Grâce à la collaboration de la commission scolaire de Sainte-Foy, nous avons obtenu une soixantaine de noms de sujets qui semblaient, selon leurs professeurs, présenter certaines manifestations du bégaiement. Une dizaine d'autres personnes se joignirent à ce groupe par la suite pour constituer un échantillon possible de soixante-dix sujets.
Les sujets et leurs parents, quand il s'agissait d'écoliers, furent rencontrés individuellement une première fois afin de vérifier si oui ou non il s'agissait de bégaiement. Lors de cette première rencontre, quarante des soixante-dix sujets furent éliminés. Diverses raisons pouvaient amener cette élimination. D pouvait s'agir d'individus qui ne répondaient pas à notre définition du bégaiement, d'une certaine réticence des parents devant l'expérience, ou encore, d'une absence trop prolongée durant la saison estivale, saison qui coïncidait avec l'expérience. A la deuxième rencontre, six sujets furent de nouveau éliminés parce que les parents de ces enfants ne pouvaient assurer qu'ils seraient présents régulièrement deux fois par semaine pendant six semaines.
Il restait donc vingt-quatre sujets dans l'échantillon total pour composer les quatre groupes nécessaires à la bonne marche de l'expérience. Pour effectuer les subdivisions, les sujets furent ordonnés selon l'ordre alphabétique et identifiés par le nombre correspondant à leur rang. Par la suite, à l'aide d'une table de nombres au hasard, ils furent répartis dans les quatre groupes, le premier choisi allant dans le premier groupe, le deuxième dans le deuxième groupe, etc. Au cours de l'expérimentation cependant, trois sujets appartenant aux groupes deux, trois et quatre, ont abandonné le travail.
Le tableau 0.1 présente une description de l'échantillon en fonction du groupe, de la médiane d'âge, de l'étendue simple et du sexe.
Tableau 0.1
Caractéristiques des sujets de chaque groupe quant à l'âge et répartition selon le sexe
MEDIANE D'AGE ETENDUE SIMPLE GROUPES MEDIANE D'AGE ETENDUE SIMPLE GR1 GR2 GR3 GR4 MEDIANE D'AGE ETENDUE SIMPLE 11.5 34 12 11 9 9 11 13 SEXE MASCULIN SEXE FEMININ
NOMBRE TOTAL DE SUJETS 6 0 5 4 0 1 4 1 SEXE MASCULIN SEXE FEMININ
NOMBRE TOTAL DE SUJETS 6 5 5 5
2- METHODES UTILISEES A) Le masquage des sons
Cette méthode consiste à faire entendre au sujet, à l'aide d'un générateur audio et par l'intermédiaire d'écouteurs stéréophoniques, un son à basse fréquence surpprimant la conduction aérienne et osseuse du son de la voix émis par le locuteur. Il se produit alors une coupure dans le retour du son et le sujet est dans l'impossibilité de réagir à ce type important de renforcement qu'est celui venant du bègue lui-même.
Pour utiliser cette méthode, nous avons branché à un amplificateur stéréophonique un générateur audio, capable de générer des fréquences variant de 90
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à 180 cycles par seconde. Des écouteurs stéréophoniques ont été branchés sur cet amplificateur afin de permettre un meilleur contrôle des sons masquants. De plus, un microphone a été intercalé dans le circuit de l'appareil afin de permettre à l'expérimentateur de communiquer avec le sujet lorsque ce dernier utilisait les écouteurs stéréophoniques. Deux boutons de contrôle rendaient possible le choix de la fréquence et de l'intensité à générer afin de masquer le plus possible la voix du sujet. La fréquence pouvait varier, dépendant du sujet, de cent dix (110) à cent quarante (140) cycles/sec Un troisième bouton pouvait être utilisé pour communiquer avec le sujet par l'intermédiaire du microphone. Lorsqu'une communication avait lieu, le son masquant produit par le générateur audio était coupé automatiquement et recommençait lorsque la conversation était terminée. L'ensemble de l'appareillage utilisé pour la mise en marche de cette méthode ne pouvait être contrôlé que par l'expérimentateur et le sujet ne pouvait en aucune façon modifier ou influencer son fonctionnement.
B) La lecture en écho
Le but de cette méthode est de fournir au locuteur un support vocal extérieur qui provoque une distorsion dans le retour du son de la voix du sujet. Comme pour la méthode précédente, le sujet ne peut plus réagir au renforcement issu de la perception de sa propre voix (auto-renforcement). Parmi les multiples façons d'utiliser cette méthode, nous avons adopté la suivante:
1) le sujet lisait un texte simultanément à un narrateur qui lisait le même texte; 2) le sujet répétait le mieux possible et au même rythme ce que lisait le narrateur.
Un magnétophone stéréophonique, douze minicassettes d'une durée maximum de cent vingt minutes chacune et une paire d'écouteurs stéréophoniques ont été utilisés pour réaliser cette procédure. Une personne possédant une très bonne diction a lu différents textes ou parties de textes et ces lectures furent enregistrées sur les minicassettes. La vitesse de lecture pouvait varier de soixante à cent quarante mots à la minute du début à la fin d'une lecture. Quelques textes, destinés aux sujets les
plus jeunes, à ceux qui présentaient quelques difficultés de lecture ou à ceux qui étaient incapables de suivre le rythme imposé par le narrateur, avaient une vitesse constante de lecture de soixante, quatre-vingts et cent mots à la minute. Lorsque le magnétophone fonctionnait et que le sujet entendait la lecture du texte par l'intermédiaire des écouteurs, il était possible, en pressant un bouton, d'arrêter le déroulement du ruban magnétique et de communiquer avec lui grâce au magnétophone incorporé dans le circuit de l'appareil.
INSTRUMENTS DE MESURE
A) Justification des deux situations de mesure
Le bégaiement peut se manifester dans diverses situations, dépendant de l'individu. Plusieurs bègues éprouvent de la difficulté surtout lorsqu'ils ont à exprimer des idées personnelles, d'autres, quand ils s'adressent à une certaine catégorie de gens, d'autres encore, quand ils lisent. Un individu peut bégayer dans toutes ces situations ou dans une seule de ces situations. Habituellement, le bégaiement atteint son maximum lorsque le bègue converse avec un tiers. Cependant, il existe quelques cas où le bégaiement augmente justement pendant la lecture et "... U arrive même que le bégaiement ne se présente que dans la lecture et non pendant l'action de parole". (Seeman, 1967, p. 216) Puisque le but de cette recherche est d'évaluer les effets du renforceur social sur le bégaiement il a semblé important de tenir compte du fait que le bégaiement puisse se manifester à une intensité différente lorsque le bègue exprime ses idées ou lorsqu'il lit.
Pour cela, deux instruments de mesure ont été utilisés afin de vérifier l'impact du renforceur social sur le bégaiement qui apparaît dans une conversation induite par des dessins ou dans une situation de lecture. Cela a fourni l'occasion, en même temps, de vérifier si les changements survenus au niveau des variables dépendantes ont une importance égale dans les deux situations de mesure.
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B) Description des instruments de mesure
Pour chacune des deux méthodes impliquées dans la recherche (méthode M et méthode L), deux types ou deux situations de mesures ont été utilisés. Un premier type de mesure permet d'évaluer le sujet en conversation induite et dirigée par la présentation de dessins sans légende. Des planches représentant les aventures de Monsieur Nimbus ont servi dans ce but. Le matériel comporte un ensemble de planches; sur chacune d'entre elles apparaissent cinq dessins sans légende qui présentent, dans un ordre chronologique, divers événements de la vie de Monsieur Nimbus. Dix de ces planches (cf. appendice 4) ont été choisies au hasard pour effectuer les mesures. Chaque sujet devait raconter avec le plus de détails possibles l'histoire représentée sur chacune des planches et commenter les faits et gestes du ou des personnage(s) principal(aux). Une pré-expérimentation de ce procédé avec le matériel a permis de constater que la durée totale de ce premier type de mesure pouvait varier de douze à quinze minutes.
La deuxième situation de mesure a permis d'évaluer le sujet dans une activité de lecture. Le texte complet comportait deux cent soixante-cinq mots et la durée moyenne enregistrée pour sa lecture totale, lors d'un pré-test avec des sujets pouvait varier de deux à cinq minutes. Le titre de ce texte est "VAlouette" et il est utilisé habituellement comme test d'analyse de la lecture et de la dyslexie (ctappendice 3). Il comporte de nombreuses difficultés et favorise en quelque sorte l'apparition des erreurs caractéristiques du bégaiement, tels les blocages, les répétitions et les pauses, ceci en raison du fait que la succession des mots et leur morphologie rendent presqu'impossible une lecture stéréotypée.
L'ordre de présentation de ces deux situations de mesure a varié au hasard d'un sujet à l'autre lors du pré-test. Lorsque l'ordre de présentation fut connu pour chaque sujet, au pré-test, l'ordre inverse de présentation fut employé au post-test afin de contrebalancer l'influence que pourrait avoir un test en particulier sur le suivant. Ainsi, un sujet qui avait d'abord lu le texte de lecture et, par la suite, commenté les dessins sans légende lors du pré-test, a subi, à l'occasion du post-test, l'ordre inverse de cette présentation, c'est-à-dire la description des dessins sans
légende suivie de la lecture du texte. (1)
CONSIGNES TRANSMISES A CHAQUE SUJET:
^ i i i —
Lors de la première des douze rencontres réservées à l'expérience, des consignes précises ont été transmises à chacun des sujets relativement au but et à la marche à suivre de l'expérience, à la description et au fonctionnement des appareils utilisés, au travail à effectuer à l'aide de ces appareils et aux tests qu'ils auraient à subir au cours des première et dernière rencontres (cf.appendices 1 et 2). Ces informations ont varié selon la méthode (méthode M ou L) et le traitement (présence ou absence de renforceurs sociaux) utilisés.
Pour les sujets soumis au renforcement social, ces consignes ne tenaient pas compte des interventions verbales de l'expérimentateur. Cependant, ce dernier encourageait le sujet à chaque fois qu'il réussissait sa tâche, c'est-à-dire à chaque fois qu'il ne manifestait pas de bégaiement. Ce n'est qu'une fois l'encouragement donné qu'un chiffre s'additionnait sur le cadran destiné à cumuler le nombre de réussites du sujet (et appendices 1 et 2). Cet encouragement pouvait se verbaliser par des expressions telles: "très bien", "parfait", "de mieux en mieux", ou encore se faire sentir par des signes tels: un hochement de la tête, un clignement de l'oeil ou une autre mimique du même genre. Le cadran ne servait qu'à concrétiser davantage ces formes de renforceurs sociaux et à indiquer au sujet le nombre total de réussites obtenues à la fin de chaque séance.
(1) Lors de l'analyse des résultats, le test de dessin sans légende sera désigné "test D" et celui du texte de lecture "test T".
PRESENTATION ET ANALYSE DES RESULTATS
Avant de commencer l'analyse et la présentation des résultats, rappelons que cette recherche s'intéresse surtout aux changements de comportements survenus au niveau de six variables dépendantes dans chacun des quatre groupes concernés. Les six variables dépendantes dont il est question ici sont:
— le nombre de blocages par unité de temps, (bloc.); — le nombre de répétitions par unité de temps, (rép.); — le nombre d'hésitations par unité de temps, (liés.); — le nombre de pauses par unité de temps, (pau.); — le nombre de mots par unité de temps, (mot); — la durée moyenne des blocages, (d. bloc).
Ces variables dépendantes ont été mesurées dans les quatre groupes suivants: — Gr. 1 — Masquage des sons avec renforcement; — Gr. 2 — Masquage des sons;
— Gr. 3 — Lecture en écho avec renforcement; — Gr. 4 — Lecture en écho.
Dans les lignes qui vont suivre, les groupes 1 et 2 seront désignés "méthode M" et les groupes 3 et 4 "méthode L". L'ensemble formé par les groupes 1 et 3 sera considéré comme le "groupe expérimental" et celui formé par les groupes 2 et 4 comme le "groupe témoin".
Il faut rappeler également que la mesure des variables dépendantes s'effectue dans deux situations différentes, c'est-à-dire, par la présentation de dessins sans légende, le "test D", et par la présentation d'un texte de lecture, le "test T". La présentation et l'analyse des résultats se feront en deux étapes: l'examen de ce qui se passe au niveau des caractéristiques principales du bégaiement (bloc, rép., hés.) et dans un deuxième temps, les caractéristiques secondaires ou associées au bégaiement (pau., mot., d. bloc).
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1- Première étape: Variables principales du bégaiement.
TABLEAU 1.1
Résultats moyens obtenus au test D (pré-test et post-test) selon le nombre de blocages, de répétitions et d'hésitations par minute pour chacun des quatre groupes.
■ "— -Groupes Pré-test Post-test Groupes Bloc. Rép. Hés. Bloc. Rép. Hés. Gr. 1 8.50 13.24 10.91 0.43 1.27 1.59 Gr. 2 6.67 10.27 6.79 5.81 9.61 6.30 Gr. 3 10.24 8.52 6.23 2.44 3.57 1.99 Gr. 4 8.17 11.80 5.40 7.00 9.71 5.25
Dans ce tableau, il se dégage des tendances fort intéressantes en regard de nos hypothèses. La première chose à constater, et elle est des plus rassurantes, c'est le fait qu'aucun groupe n'augmente sa moyenne entre le pré-test et le post-test. Cela revient à dire que la recherche telle qu'elle fut conçue, n'a pas nui à aucun groupe qu'il s'agisse des expérimentaux ou des témoins. Les changements qui sont intervenus entre le pré-test et le post-test au niveau du groupe expérimental (Gr. 1 et Gr. 3) se sont manifestés dans le même sens que celui prédit par nos hypothèses, c'est-à-dire, des résultats au pré-test plus élevés que ceux au post-test pour chacune des trois variables dépendantes.
TABLEAU 1.2
Résultats moyens obtenus au test D (pré-test et post-test) selon le nombre de blocages, de répétitions et d'hésitations par minute pour chacune des deux méthodes.
Méthodes
Pré-test Post-test
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Méthodes
Bloc. Réo. Hés. Bloc. Rép. Hés. Mth.M Mth. L 7.68 9.20 11.89 10.16 9.04 5.82 2.88 4.72 5.06 6.64 3.73 3.62
Il ne semble pas à la lecture de ce tableau qu'une méthode soit plus favorisée qu'une autre. Au pré-test, la seule différence notable entre la méthode M et la méthode L est au niveau de la variable dépendante "hésitation".
Cette différence importante est attribuable aux différences individuelles entre les sujets et suggère l'emploi d'un test statistique qui élimine les différences au point de départ avant de tenir compte des changements manifestés au post-test. Le schéma expérimental discuté au chapitre précédent suggère l'emploi d'un tel test statistique. A l'aide de l'analyse de la variance, on projette en effet les variables dépendantes du post-test sur les variables concomitantes qui ont été égalisées au pré-test. Cela a pour effet de placer tous les sujets sur un même point de départ et il est facile par la suite d'apprécier les changements qui se sont manifestés au post-test.
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TABLEAU 1.3
Résultats moyens obtenus au test D (pré-test et post-test) selon le nombre de blocages, de répétitions et d'hésitations par minute pour chacun des deux groupes.
Groupes Pré-test Post-test
Groupes Bloc. Rép. Hés. Bloc. Rép. Hés. Gr. Exp. Gr. Tém. 9.29 7.42 11.09 11.03 8.78 6.10 1.34 6.41 2.32 9.67 1.78 5.78
Ici les changements se font dans le même sens que celui qui est anticipé par les hypothèses de recherche. Le groupe expérimental subit une baisse très marquée au niveau des trois variables dépendantes entre le pré-test et le post-test tandis que le groupe témoin demeure assez stable.
Les trois tableaux précédents ne permettent pas d'identifier la source de variation qui coopère le plus aux changements positifs remarqués jusqu'ici. Trois sources de variation principales ont été identifiées dans le schéma expérimental, au chapitre précédent. Ces trois sources de variation sont: les méthodes, indépendamment du traitement, le renforcement social ou le traitement (Gr. Ex. et le Gr. Tém.), indépendamment de la méthode et enfin, l'interaction groupes méthodes. Les rapports F qui suivent proviennent de ces trois sources de variation après l'élimination des différences individuelles à l'ensemble des six variables dépendantes.