• Aucun résultat trouvé

Cataplus et Catabolus

N/A
N/A
Protected

Academic year: 2021

Partager "Cataplus et Catabolus"

Copied!
4
0
0

Texte intégral

(1)

98

FERNAND VERCAUTEREN .

vante seigneuriale levée sur ce produit . La glose fournie par notre text e se rapporte évidemment à la seconde acception et en donne une défi-nition d'autant plus instructive que les notions que l'on possède à so n égard sont assez vagues . Elle indique en même temps que le grutum étai t un agent de fermentation .

Quant à la forme scrutum, qui se rencontre dans l ' original et qu ' ont reproduite la copie suivie par les éditeurs signalés plus haut ainsi qu'un e charte de 1140 (Cartulaire de Saint-Trond, t . I, p . 57) et le continuateu r du xn e siècle des Gesta abbatum Trudonensium (lac, cit ., p . 383, 385 , 44G), elle n ' est évidemment qu ' une graphie fautive et n ' a aucun droit à figurer dans le dictionnaire du latin médiéval . EIle s'explique certainement: par le fait que le scribe de l'acte original ou de la minute d'après laquell e cet original a été dressé écrivait sous la dictée . Il a reproduit phonéti-quement ce qu'il entendait et transformé, sous l'influence de la liaiso n qui frappait son oreille, les mots « servientibus grutum u en « servien-tibus scrutum' D . Ce moment d' inattention a eu pour conséquence un e bévue qui, après avoir passé par les copistes et les éditeurs, s ' est enfi n insinuée parmi les notes de Du Cange et s ' est fait une place dans so n

glossaire .

H . PIRENNE .

CATAPLUS

ET

CATABOLU S

Du Cange s prête au mot Gatabolus deux significations : 1° Payement, imposition .

2° Port, ville maritime .

A l ' appui de la première, il cite deux exemples : l ' un pris dans le s Gesta Degoberti 3 , l 'autre à un diplôme de Clovis III du 5 juin 692' . Mais le texte des Gesta Dagobeeti n'étant que la paraphrase du diplôme d e Clovis III, ces deux exemples se ramènent en réalité à un seul, au di-plôme de 692 .

1, I1 aurait pu écrire sgruium . Le moyen le plus simple d'expliquer qu'il ne l'ai t pas fait est de supposer qu'il était Wallon et que le moine dictant était Flamand . Celui-ci aura prononcé le g en l'aspirant (sghrutum) ; celui-1à, faute de mieux, aur a tout naturellement essayé de rendre cette prononciation en employant la lettre c . On sait qu'auXI° et au xn^ siècle des moines flamands et des moines wallons vi-vaient eòte à celte à l'abbaye de Saint-Trond . Cf . H . Pirenne, histoire de Belgique , t. I (4° édit .), p . 152, n . 5 .

2. Glossariummediae et intimas latinitatis, t . II (éd . 1840-1850), p . 231 .

3. Ed . Krusch, M . G. H. :SS, rer . Merov ., t, Il, p . 406 . !i .Ed . Pertz, M. G . II. : DD ., in-fol ., p . 54, n° 61 .

(2)

9 9 CATAPLUS ET CATABOLUS .

A. l'appui cle la seconde signification, Du Cange donne un texte puis é dans les décisions du concile de Tolède de l'année 6931.

Quant au mot cataplus, Du Cange 2 y voit, avec raison, une graphi e latine du grec xaticítÄou5 . Il n'établit aucun rapport entre cataplus et ca-tabolus .

Nous croyons pouvoir affirmer, en ordre principal :

1° Que le mot cataplus, forme latinisée du grec )Œ'd1rAouç, a dans l e

latin du Bas-Empire le même sens que le mot grec dont il dérive, c'est -à-dire trajet en mer, arrivée de navires, débarquement .

2° Que le mot catabolus, forme latinisée du grec byzantin % ci oXoç° , a, à l'époque mérovingienne, le même sens que le mot grec dont il dérive , c'est-à-dire quai, port, débarcadère .

3° Qu'à partir du vie siècle, et par attraction, le mot cataplus en vien t à signifier la même chose que catabolus, c'est-à-dire port, quai, etc.

4° Que le mot catabolus n'a pas le sens de payement . Et en ordre subsidiaire :

1° Que le mot catabolus signifie aussi écurie .

2° Que la graphie catabolensis, dérivée de catabolus, désigne le s membres d'une corporation à laquelle était imposée la charge de trans -porter avec des bêtes de somme des fardeaux et surtout les blés d e l'annone .

Nous ne nous attacherons pas à ces deux derniers sens : la Real-f

n-cyclopeclie de Pauly-Wissowal et le Dictionnaire des Antiquités clas-siques de Daremberg et Saglios leur ont consacré des articles qu i épuisent la matière° .

1. Mansi, Sacrorum concitiorum nova et amplissima collectio, t . XII, p . 62-63 . 2. Glossarium, etc . . ., t . II (éd . 1840-1850), p . 236 .

3. Sophoklis, Greek lexicon, p . €34, sub v° Kace6oaoc, et Ducange, Gloss, media e et infineae graceitatis, c . 607 . Cf . Suidas, Lexicon (éd . Gairford-Bernhardy, 1853) , t . I, p . 437, subv° Eanvewv (6 v0v ai' rco),?,oI an'ca0a ,av xaaoūmmv), et un scoliaste d e Thucydide (I, 30) cité dans Estienne, Thesaurus Linguae Graecae, t. IV, c . 1030 -1031 .

4. T . III, p . 1782 (0 . Sceck et Hülsen) .

5. T . 1 2 , p . 965 (G. Humbert) . Cf . Thesaurus Linguae Latinae, t . III, p . 586 . 6. Un passage du Ravennate (vII°-VIII° siècle) cité par dom Bouquet (R . II . F. , t . I, p . 120) nomme parmi les villes du royaume de Bourgogne une civitas appe-lée « Catabolon » . K. Miller (Itinera Romana, p . 138), reproduisant ee texte, identifi e cet endroit avec la descente du Petit-Saint-Bernard dans les Alpes-Grées . De mém e en Asie Mineure, sur la côte de la Méditerranée, au fond du golfe d'Alexandrette , à l'emplacement qu'occupe de nos jours le bourg de Jokara Burnuz, se trouvai t dans l'antiquité une petite localité appelée Catabolo . Elle est signalée dans l'Itiné-raire d'Antonin (Miller, Rimera Romana, p .LvIII),dans un Itinerarium Hierosolymi-tanurn (Ibid., p . fax) rédigé par un prétre bordelais en l'an 333, dans la Tabul a Peutingeriana (Ibid., p . 753), enfin sous la forme Catavolon et Cabulon dans le Ra-vennate .

Ces bourgades, situées, la première sur la route romaine qui traverse le col du Petit-Saint-Bernard, la seconde sur la route qui relie Tarse à Antioche, tiraient leur

(3)

100 FERNAND VERCAUTEIIEN .

Voici les exemples sur lesquels nous croyons pouvoir

étayer

nos

affir-mations :

1 .

Cataplus

employé dans le même sens que xa'rânaouç et signifian t

arrivée de navire, débarquement .

a) Ausone :

Ordo urbium nobiliorum

(Narbo)

MC . 11 . S'S .

Antiq . ,

L .

V, p . 102, v . 126-127 .

Et quidquicl vario per Ilumina, per Neto curs u advehitur, roto tibi navigat orbe catnplus .

Certains manuscrits ont même au lieu de

eataplus

1a forme grecqu e

xot'r'o ?ouç .

b) Sidoine Apollinaire :

lfpistulaa VI, 8 : M . G . H . S'S .

Antiq . ,

L .

VIII, p . 99 ,

(Il s'agit d'un petit négociant, Apicus) :

e . .,

pollens cran pecunlis

quo-cumpiam

eatapli

retentis nundinas adit, u

e)

Sidoine Apollinaire

Itpistulac VIT, 7 . Ibidem, 1),

110 ,

Amantius . . . Massillon' suam repetit, aliquid, ut maris est, de manu

-biis civitatis clomum reportaturus, si tarnen . . .

cataplus

arriserit ,

d)

Plusieurs gloses reproduites dans le

Corpus Glossariorum la -tino r ,

Corpus,

t . IV, p . 27 33 (Codex Vaticanus 3321 : var° s .) .

Cataplus adventus navium .

Ibid ., t .

IV, p . 433 32

(Glossae

Vergilianae : Codex 1Aeidensis 67 l '

vin° s .) .

Cataplum adventum naviu)n .

3° Ibid ., t . IV, p . 492 33 (Glossac all'atim : Codex Leidensis (i 7

vin° s .) .

Cataplum adventus navium .

Ibid ., L .

[V, p . 214 33 (Codex Sangallensis 912 : var° s .) .

Cathaplum conventus navium vel adventus .

2 . Catabolzzs

employé dans le même sens que xcc d.oAoç et signifian t

port, quai, débarcadère, entrepót .

a) Dipldnze de Clovis III du 5 juin 692 : M. G . II.,DD .

(éd . Pertz) ,

p . 54, n° 61 .

Le roi y accorde 4 l'abbaye de Saint-Denis 100 sous d'Or sur la caiss e

nom d'une écurie et d ' un relais de poste établis en ce lieu, do mdmc que Io no m do «Acl publicanos s donnesìtla ville actuelle d'Albertville, 4 soixante icilotncòtres a u

nord-ouestdeChambéry, provenait du fait qu'un bureau du tonlicu (affermé sou s

l'Empire ihdes publicains) y était établi . Cf . Miller, op . cit ., p . 137, etR . Cagnat , Les Inapöts indirects chez les Romains .

(4)

CATArLUS rt'r CATAUOLUS .

1.01 . du toniieu de Marseille . Avec cet argent les envoyés de l'abbaye acluòte-ront des marchandises :

.Iuxta quod ordo cala/mil fueri4 .

En tenant compte du contexte, cela ne peut signifier qu'une chose : a selon les disponibilités du port ou de l'entrepôt n .

La môme phrase se retrouve dans un diplôme de Chilpéric 11 du 5 mar s

716 (Ibid .,

p.

73, n" 82) confirmant et reproduisant le diplôme de Clovis ICI, et dans les (Pesta L)agoberti (SS . rer . Mcroe' ., t . 11, p . 406 , u .'lt3) dont le texte n'est qu'une paraphrase des deux diplômes précédents .

.3 . 1?ratralrlus employé clans le sens c1e cutabolus .

(a)Grégoire de l'ours !Historia !e 'rancorum,1 . IV, e,1i ;3 ((ld . Arndt :

SS, car . Murer ., t . 1,

p . :177) .

Igitur advenienlihus ad Cataplum Massiliensium navibus truusmari-nis

f') 1ßn eoucile de 'l'olàde, (36)3 : Mansi, t . Xll, p . (32-W h

Netnu ex cisdeul Iudeeis il perltclituu durautibus ad cambium' pr o quilluslihot negoliis peragendis acculai, nec quodournque cunl Christie

-UIs culnmereiuln agere anduet .

f•'oterb/uio signifie ici un endroit oit l'on traite des affaires commer-ciales, une espeee de bourse . (,'exemple précédent nous autorise à pen-ser qu'il s'agit du port au des quais où les navires déciergaient les trlar-cliaudiscas ,

4 . Quant au sens de payement, imposition, nous ne pouvons le main -tenir . Ide seul exemple qu'en donne Du Cange est le passage du diplôm e de Clovis 111 cité phis haut, Or, nous avons vu que catabolus y a le sen s de port ou entrepôt . Nous croyons clone prudent d'affirmer que ce mo t n'a pas la signification que lui attribue l'illustre A.miénois5.

Fernand VlpncAuTIcRIals.

Grand, le 'ii mars 1926,

1. L'éditeur donne en marge la note suivante u Praetorium ubi cansac agun-Our (I) D .

2. M . Krusch, se fondant sur Du Cange, n commis la mCme erreur ; dans le Glos-saire du 4 . II des SS . ter . Merov . (p . 556) ii draine au moteatapluca le sens d e payement . L ' exemple de Grégoire de Tours (IV, 63) aurait cependant dû lui four-nir le sons exact du mot .

I~ul~h, DO CANGE . 1025-1926 .

Références

Documents relatifs