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Travail, technologie, compétences : un éclairage philosophique

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Academic year: 2021

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HAL Id: hal-01793672

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Travail, technologie, compétences : un éclairage

philosophique

Christine Noël Lemaître

To cite this version:

Christine Noël Lemaître. Travail, technologie, compétences : un éclairage philosophique. Congrès de l’AGRH, 2017, Aix en Provence, France. �hal-01793672�

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Travail, technologie, compétences : un éclairage philosophique

Analyser les rapports entre travail et technologie implique dans un premier temps de se pencher sur le sens des termes. Et ne pas confondre technique et technologie comme c’est souvent le cas dans le langage usuel.

Le terme de technologie n’a pris son sens actuel qu’au 17e siècle et il renvoie à une transformation radicale de la vision du monde en Occident amorcée par Newton et Descartes. Jusqu’au 17e, la technè désigne une capacité à fabriquer des objets grâce à son intelligence, c’est le « faire » avec habileté. La technè est avant tout celle de l’artisan qui est capable d’appliquer ses compétences manuelles à partir des connaissances pétries d’expérience et de la maîtrise du kairos (saisie de l’occasion favorable, de l’adaptation à la singularité du vécu). L’émergence d’une vision mécaniste du monde transforme la manière dont on conçoit le travail et la production. Le logos de la technè découle de la connaissance et de l’application des principes généraux des sciences de la nature. Mais quels sont les bénéfices attendus de la technologie dans le travail ? Pour Mitcham (1979), la technologie vise la rationalisation du processus de production. En soumettant le faire aux lois de la raison, l’homme espère en tirer de multiples avantages pour les organisations marchandes et politiques : remplacement du travail humain par du capital (substitution des machines à l’homme), augmentation de la productivité, voire diminution de la pénibilité du travail. Le rêve fou d’Aristote qui selon lui rendrait permettrait de ne plus avoir recours à l’esclavage (voir des navettes qui tissent toutes seules) est rendu possible grâce à la technologie.

La technologie impacte ainsi directement notre organisation (économique et politique) par une substitution des machines à l’homme. Cet aspect là a alimenté une abondante littérature (reprise dans l’émission TV d’hier diffusée sur Arte)

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traitant de la fin du travail. Jérémy Rifkin, Dominique Méda, André Gorz et bien avant eux Hannah Arendt se sont interrogés sur les conséquences d’une disparation du travail humain rendue possible par la technologie. Faut-il le percevoir comme une fatalité laissant les hommes désoeuvrés incapables de trouver leur inscription dans le monde ? ou au contraire faut-il y voir une opportunité pour renouer avec la définition antique de l’homme comme animal politique, un animal qui se serait débarrassé du fardeau du travail ? comment réinventer nos sociétés fondées sur la valeur travail ? Pour Arendt, nous devrions nous interroger non sur l’utilité ou le danger pour l’homme de telle ou telle technologie mais pour le monde commun dans lequel nous vivons.

« La discussion du problème de la technologie dans son ensemble, c’est-à-dire

de la transformation de la vie et du monde par l’intervention de la machine s’est considérablement égarée car on s’est concentré trop exclusivement sur les bons ou mauvais services que les machines rendent aux hommes. C’est en ce sens anthropocentrique qu’on a compris exclusivement l’instrumentalité. Il ne s’agit donc pas simplement de savoir si nous sommes les maîtres ou les esclaves de nos machines. Mais si les machines servent encore le monde et ses objets ou si au contraire avec le mouvement automatique de leurs processus, elles n’ont pas encore commencé à dominer voire à détruire le monde et ses objets. »

(Condition de l’homme moderne, p. 204).

Mais la technologie impacte également l’activité réelle de travail (ce que les hommes mettent en œuvre concrètement) et par suite les compétences et les qualités des protagonistes du travail. C’est à la fois l’activité et les sujets qui sont transformés par la technologie. Je vais donner un exemple qui était traité par le magasine Cash investigation il y a qq semaines. La chaine Lidl a mis en œuvre dans ses entrepôts des sortes de GPS qui guident les manutentionnaires dans leur travail. Ces GPS indiquent aux manutentionnaires combien de cartons de quels produits ils doivent se saisir et dans quelle rangée de l’entrepôt ils

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doivent les placer. Les journées de ces M sont ainsi rythmées par les directives de ces machines qui buggs dès qu’une parole prononcée par l’opérateur sort du protocole d’échange (c’est le cas d’un salarié qui dit bonjour à un collègue qu’il croise et la machine annonce alors contrôle erreur). Le recours à ces GPS est sensé simplifier le travail des opérateurs qui n’ont qu’à écouter et faire. Or certains opérateurs se plaignent d’une forme de déshumanisation de leur travail car ils se sentent alignés sur des machines, pire ils se sentent réduits au rang d’instruments pour des machines. C’est un élément bien connu désormais que la technologie n’est pas neutre sur nos facultés. Le psychologue Vygotsky considérait que l’usage d’un instrument va influencer le psychisme humain en activant ou au contraire en inhibant des facultés cognitives ou émotionnelles. Il en est ainsi de l’usage de la machine à calculer qui va entraver les compétences de numération de l’homme. Autre exemple : combien parmi vous connaissent par cœur leur numéro de téléphone portable ? L’usage du répertoire téléphonique a pris le relai de nos facultés mnésiques. Or une faculté qui ne trouve pas à s’exercer s’éteint progressivement. Cet aspect là qui consiste à interroger ce que la technologie fait à l’activité de travail et à l’homme et à l’organisation est sans doute davantage investi par l’ergonomie et la psychologie que par la philosophie, à l’exception près de l’ergologie, philosophie de l’activité humaine.

Actuellement on peut dire qu’on est rentré dans l’ère du travail mécanique : non au sens où la production est de plus en plus assurée par des machines et non par des muscles humains, mais au sens où le travail constructif est désormais séparé de l’agir. C’est pour Tim Ingold cette séparation qui confère au travail sa qualité mécanique. Lorsque nous considérons que le travail peut être considéré indépendamment de l’homme, de sa subjectivité, qu’il est soluble dans les procédures résultant de la technologie, nous rendons le travail mécanique. Ainsi

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pour Margolis, la technologie est toujours l’intersection d’une idéologie et d’un savoir pratique.

Tim Ingold, « L’Outil, l’esprit et la machine : Une excursion dans la philosophie de la « technologie » », Techniques & Culture [En ligne], 54-55 | 2010, mis en ligne le 30 janvier 2013, consulté le 30 septembre 2016. URL : http://tc.revues.org/5004 ; DOI : 10.4000/tc.5004

Mitcham, C. 1978 Types of Technology, Research in Philosophy and

Technology 1: 229-294. — 1979 Philosophy and the History of Technology. In

G. Bugliarello and D.B. Doner (eds), The History and Philosophy of

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