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L'acte de lecture structuraliste : déploiement de quelques variables

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Academic year: 2021

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(1)

MARTIN CHÉNARD "%¿

L'ACTE DE LECTURE STRUCTURALISTE:

DÉPLOIEMENT DE QUELQUES VARIABLES

Mémoire présenté

à la Faculté des études supérieures de l'Université Laval

pour l'obtention

du grade de maître ès arts (M.A.)

THÉOLOGIE

FACULTÉ DE THÉOLOGIE ET DE SCIENCES RELIGIEUSES UNIVERSITÉ LAVAL

DÉCEMBRE 2000

(2)

L'acte de lecture structuraliste:

déploiement de quelques variables

Résumé de 150 mots

Le mémoire observe, décrit et applique une structure constitutive de l'acte de

lecture, $tudiée dans la perspective structuraliste. Cette structure fondamentale

s'avère un cadre théorique épistémologique qui explique la polysémie et justifie

la possibilité d'une lecture plurielle. La structure est étudiée en trois temps.

D'abord, elle est repérée dans les assises théoriques du structuralisme. Ensuite,

les cinq éléments qui la composent sont décrits dans l'oeuvre de cinq auteurs

structuralistes (Lacan, Lévi-Strauss, Derrida, Barthes et Kristeva). Enfin, une

conclusion vient réaffirmer de manière concise la présence des cinq éléments

chez les auteurs étudiés, dégage les conséquences, propose une ouverture sur

l'exégèse et le théologique et présente des critiques du structuralisme.

1

Alain Faucher,

directeur

(3)

L'acte de lecture structuraliste:

déploiement de quelques variables

Résumé de 350 mots

Le mémoire observe, décrit et critique une structure constitutive de l'acte de

lecture, étudiée dans la perspective structuraliste. Cette structure fondamentale

s'avère un cadre théorique épistémologique qui explique la polysémie et justifie

la possibilité d'une lecture plurielle. La structure est étudiée en trois temps.

D'abord, elle est repérée dans les assises théoriques du structuralisme. Les cinq

éléments qui la constituent sont observés: l'utilisation de la psychanalyse,

l'utilisation de la linguistique, la recherche de l'Autre, l'utilisation du principe

d'immanence et le principe objectivant. Cette partie est complétée par un

parallèle entre le structuralisme et les principaux auteurs postmodernes et par

l'étude succincte de la pensée de Freud et Saussure comme précurseurs de la

lecture plurielle.

Ensuite, on observe les cinq éléments qui composent la structure étudiée dans

l'oeuvre de cinq auteurs structuraliste: le psychanalyste Jacques Lacan,

l'anthropologue Claude Lévi-Strauss, le philosophe Jacques Derrida, le critique

littéraire et sémiologue Roland Barthes et la psychanalyste et linguiste Julia

Kristeva. Une section dégage quelques conséquences du structuralisme pour la

théologie et l'exégèse.

Enfin, une conclusion vient réaffirmer de manière concise la présence des cinq

éléments chez les auteurs étudiés, dégage les conséquences, propose une

ouverture sur l'exégèse et le théologique et présente des critiques du

(4)

Remerciements

À tous celles et ceux qui ont été négligés de ma part pour la concrétisation de ce projet...

Sans les. personnes suivantes ceci ne serait pas:

Thérèse Beaulieu, Jean-Eudes Bergeron, Jacky Boucher, Jean-Paul Chénard, Mathieu Chénard, Manon Deschênes, Éric Lévesque et Murielle Lévesque.

Un remerciement professionnel à:

Pauline Bourdon, Alain Faucher, Bernard Keating et Anne Pasquier.

(5)

TABLES DES MATIÈRES

Résumé de 150 mots Résumé de 350 mots Remerciements Avant-propos

INTRODUCTION ET PRESENTATION DE LA

PROBLEMATIQUE

0.0 Problématique 0.1 Structure du mémoire

0.1.1 Première partie: description théorique de la structure 0.1.2 Deuxième partie: exploration de la structure chez cinq auteurs structuralistes

0.1.3 Troisième partie: conclusion

PREMIERE PARTIE: DESCRIPTION THEORIQUE DE

LA STRUCTURE

CHAPITRE UN: PRESENTATION DU

STRUCTURALISME

1.0 Présentation du structuralisme 1.1 Définition du structuralisme 1.2 La notion de «structure»

2.0 La structure de l'acte de lecture structuraliste: description théorique des cinq éléments

2.1 L'utilisation de la psychanalyse

2.1.1 L'oeuvre de Freud comme référence des auteurs structuralistes

(6)

27 28 29 32 35 40 41 44 45 45 47 47 47 48 49 51 52 56 57 59 60 61 64 66 67 69 74

76

2.1.2 Le rôle de l’inconscient dans le paradigme

structuraliste

2.1.3 Les structures sont inconscientes

2.2.0 L'omniprésence de la linguistique dans le paradigme structuraliste

2.3.0 Le structuralisme recherche !'Autre: dialectique du Même et de !'Autre

2.4.0 Le principe d'immanence: le sens selon le structuralisme

2.5.0 Le principe objectivant du structuralisme qui évacue la phénoménologie, le sujet et l'histoire

2.5.1 La déconstruction de la phénoménologie 2.5.2 La déconstruction du sujet

2.5.2.1 Nietzsche comme précurseur 2.5.2.2 Gilles Deleuze

2.5.2.3 Jacques Derrida 2.5.2.4 Michel Foucault

2.5.2.4 L'évacuation du sujet chez Foucault 2.5.2.4.1 La généalogie

2.5.2.4.2 La mort de l'homme

2.5.2.4.3 La problématique des sciences humaines 2.5.2.4.4 Le procès de subjectivation

2.5.3 La déconstruction de l'histoire 2.5.3.1 Nietzsche comme précurseur 2.5.3.2 Michel Foucault

2.5.3.2.1 L'épistémè

2.5.3.2.2 La généalogie supplante l'histoire 2.5.3.3 Claude Lévi-Strauss

2.6 Conclusion partielle

Tableau I: Description théorique des cinq éléments

3.0 Le structuralisme est en opposition avec l'herméneutique de l'époque (Ricoeur)

4.0 La problématique actuelle: le débat

modernité/postmodernité Deleuze-Lyotard-Rorty-Foucault, Habermas et Ferry

4.1 Habermas et la Modernité

(7)

78 78 80 81 82 85

88

89 91 92 93 94 95 95 100 101 102 102 103 105 105

106

107

4.2 Le postmodernisme

4.2.1 Les caractéristiques principales du postmodernisme 4.3 Nietzsche comme précurseur de la postmodernité 4.4 Les figures contemporaines de la postmodernité 4.4.1 Jean-François Lyotard

4.4.1.1 La postmodernité comme crise des métarécits 4.4.1.2 Le différend

4.4.2 Gilles Deleuze et Félix Guattari 4.4.3 Michel Foucault

4.4.4 Richard Rorty 4.4.5 Conclusion

Tableau II: Synthèse des éléments communs et différences entre le modernisme, le postmodernisme et le structuralisme 5.0 Les précurseurs théoriques à l'acte de lecture

structuraliste

5.1 Ferdinand de Saussure et la linguistique 5.1.1 Conclusion

5.2 Lorsque la psychanalyse s'approprie le texte: Freud et la littérature

5.2.1 Le premier rapprochement: les préoccupations communes du Judaïsme et de la psychanalyse 5.2.1.1 L'analogie entre le rêve et le texte littéraire 5.2.2 Le deuxième rapprochement: la littérature et la psychanalyse

5.2.3 Conséquence épistémologique pour l'acte de lecture structuraliste

5.2.4 Conclusion

DEUXIEME PARTIE: DESCRIPTION DE LA

STRUCTURE CHEZ CINQ AUTEURS

STRUCTURALISTES

CHAPITRE DEUX: JACQUES LACAN: LORSQUE

SAUSSURE RENCONTRE FREUD

108 2.0 Présentation de Jacques Lacan

(8)

109 109 110 110 112 115 117 118 120 120 121 122 122 123 124 125 125 125 127 128 128 2.1.0 L'utilisation de la psychanalyse 2.1.1 Freud

2.1.2 «L'inconscient est structuré comme un langage.» Une conception de l'inconscient qui tient compte des acquis de la linguistique structurale

2.1.2.1 Les présupposés théoriques: Lévi-Strauss 2.1.2.2 Les présupposés théoriques: Saussure 2.1.2.3 Les présupposés théoriques: Jakobson 2.1.3 L'inconscient dans la théorie lacanienne 2.1.4 «Lalangue» 2.2.0 L'utilisation de la linguistique 2.3.0 La recherche de !'Autre 2.4.0 Le principe d'immanence 2.5.0 Le principe objectivant 2.5.1 La négation de l'histoire

2.5.1.1 La négation de l'histoire par la théorie des quatre discours 2.5.1.1.1 Le discours du maître 2.5.1.1.2 Le discours de l'Université 2.5.1.1.3 Le discours de l'hystérique 2.5.1.1.4 Le discours analytique 2.5.2 Le sujet 2.6.0 Conclusion

Tableau III: Les cinq éléments chez Lacan

CHAPITRE TROIS:CLAUDE LEVI-STRAUSS, UNE

130

PENSÉE SAUVAGE

131 132 132 135 136 137 138 3.0 Présentation de Claude Lévi-Strauss

3.1 L'utilisation de la psychanalyse

3.1.1 Un rapprochement entre la psychanalyse et la pensée mythique

3.1.2 Conception de l'inconscient

3.1.3 L'étude des structures inconscientes 3.2.0 L'utilisation de la linguistique

3.2.1 L'influence de Saussure

(9)

138 141 142 143 144 145 146 147 147 148 150 150 152 152 153 153 3.2.2 L'influence du linguiste Roman Jakobson

3.2.3 L'analyse structurale

3.2.3.1 Les mythes comme objets de prédilection pour l'analyse structurale 3.3.0 La recherche de !'Autre 3.3.1.1 L'Autre du «civilisé» 3.3.1.2 L'Autre de la science 3.3.1.3 L'Autre de l'évolution 3.3.1.4 L'Autre de la Modernité 3.3.1.5 L’Autre de la hiérarchie 3.4.0 Le principe d'immanence 3.5.0 Le principe objectivant 3.5.1 Le sujet 3.5.2 L'histoire 3.5.3 La phénoménologie 3.6.0 Conclusion

Tableau IV: Les cinq éléments chez Lévi-Strauss

CHAPITRE QUATRE: JACQUES DERRIDA, UN

154

STRUCTURALISME DÉCONSTRUCTIVISTE

156 157 159 161 162 163 165 166 167 168 169 170 170 4.0 Présentation de Jacques Derrida

4.0.1 Nature du travail de Derrida 4.0.2 Le but de Derrida

4.1 L'utilisation de la psychanalyse 4.1.1 L'intérêt de Derrida pour Freud

4.1.2 Le rapprochement entre le rêve freudien et le texte derridien

4.1.3 L'intérêt pour Lacan

4.1.4 Le rapprochement méthodologique entre la psychanalyse et la déconstruction

4.2.0 L'utilisation de la linguistique 4.2.1 Saussure

4.2.2 Recherche sur la métaphore 4.3.0 La recherche de !'Autre

4.3.1 La différence comme recherche de !'Autre

(10)

173 177 176 176 178 179 180 181 182 4.3.2 Un type d'écriture autre

4.4.0 Le principe d'immanence 4.5.0 Le principe objectivant

4.5.0.1 La méthode de «déconstruction»

4.5.1 La déconstruction du sujet et de la phénoménologie 4.5.2 La déconstruction de l'histoire

4.5.3 L'impossibilité de l'herméneutique 4.6.0 Conclusion

Tableau V: Les cinq éléments chez Derrida

CHAPITRE CINQ: ROLAND BARTHES: L’AUTRE DE

183

LA LITTÉRATURE

184 186 189 193 196 197 199 199

200

201

202

Note

5.0 Présentation de Roland Barthes 5.1.0 L'utilisation de la psychanalyse 5.2.0 L'utilisation de la linguistique 5.3.0 La recherche de !'Autre 5.4.0 Le principe d’immanence 5.5.0 Le principe objectivant 5.5.1 L'impossibilité du sujet 5.5.2 Évacuation de l'histoire 5.6.0 Conclusion

Tableau VI: Les cinq éléments chez Barthes

CHAPITRE SIX: JULIA KRISTEVA; UNE NOUVELLE 203

SCIENCE: LA SÉMANALYSE

205 207 212 216 216 217 218 218 6.0 Présentation de Julia Kristeva

6.1.0 L'utilisation de la psychanalyse 6.2.0 L'utilisation de la linguistique 6.3.0 La recherche de !'Autre 6.4.0 Le principe d'immanence 6.5.0 Le principe objectivant 6.6.0 Conclusion

Tableau VII: Les cinq éléments chez Kristeva

(11)

TROISIEME PARTIE: CONCLUSION GÉNÉRALE

219

CHAPITRE SEPT: CONCLUSION GÉNÉRALE

220

221

221

221

222 222 222 222 223 223 224 224 224 225 226 227 228 229 229 231 231 232 233 234 235 236 237 238 7.0 Conclusion générale de la deuxième partie

7.1 Conclusion sur les cinq éléments 7.1.1 L'utilisation de la psychanalyse 7.1.2 L’utilisation de la linguistique 7.1.3 La recherche de !'Autre 7.1.4 Le principe d'immanence 7.1.5 Le principe objectivant

Tableau VIII: Tableau synoptique: !'utilisation de la psychanalyse

Tableau IX: Tableau synoptique: !'utilisation de la linguistique

Tableau X: Tableau synoptique: la recherche de !'Autre Tableau XI: Tableau synoptique: le principe d'immanence Tableau XII: Tableau synoptique: le principe objectivant 7.2.0 Conséquences et ouverture sur l'exégèse et le théologique 7.2.1 Jacques Lacan 7.2.2 Claude Lévi-Strauss 7.2.3 Jacques Derrida 7.2.4 Roland Barthes 7.2.5 Julia Kristeva

7.3.0 Critiques à l'endroit du structuralisme 7.3.1 L'indéchiffrabilité

7.3.2 La méconnaissance 7.3.3 Les cinq éléments

7.3.3.1 L'utilisation de la psychanalyse 7.3.3.2 L'utilisation de la linguistique 7.3.3.3 La recherche de !'Autre 7.3.3.4 Le principe d'immanence

7.3.3.5 Le principe objectivant qui évacue la phénoménologie, le sujet et l'histoire

(12)

7.3.4 Réception américaine 241

7.3.4.1 Le contexte culturel différent 241

7.3.5 Apports, conclusion 244

DERNIERS MOTS

248

LES ANNEXES

249

Annexe un: lexique général 250

Annexe deux: Tzvetan Todorov 259

Tzvetan Todorov: le meilleur de l'ex-Russie 260

0.0 Présentation de Tzvetan Todorov 260

1.0 L'utilisation de la psychanalyse 260

1.1 L'intérêt pour Freud 260

2.0 L'utilisation de la linguistique 262

3.0 La recherche de !'Autre 265

4.0 Le principe d'immanence 266

5.0 Le principe objectivant 267

6.0 Conclusion 268

Tableau XIV: Les cinq éléments chez Todorov 268

Annexe trois: Umberto Eco 269

Note 270

0.0 Présentation d'Umberto Eco 271

1.0 Présentation de la théorie d'Eco 273

1.1 L'intention de l'auteur 273

1.2 L'intention du lecteur 273

1.3 L'intention du texte 274

2.0 Deux visions de l'acte de lecture 274

2.1 La signification voulue par l'auteur 274

2.2 Une signification infinie 275

BIBLIOGRAPHIE

278

(13)

Avant-propos

־ Je - Premier acte de conscience dans le langage... Il m'est étrange et inquiétant1 d'écrire une telle phrase. Il me semble qu'une telle assertion n'est plus valable pour introduire un mémoire ayant comme objet de justifier et d'évaluer une structure qui neutralise le concept de sujet conscient ou le noie dans le langage, lieu d'exercice de l'inconscient. C'est pourquoi j'écrirai sans savoir ce que j'écris...

Le but délicat et indiscret (puisqu'il fait appel à mon vécu) de cet avant-propos qui est, semble-t-il, de répondre à la question: «Comment en suis-je venu à cela?».

Une approche historico-critique me commande de tout situer au départ entre 1988 et 1990. J'étais alors à l'étape de découverte de Jacques Lacan à partir de l'ouvrage

Le

Séminaire. Livre XI. Les quatre concepts fondamentaux de la

psychanalyse.2

J'étais alors épris d'exégèse historico-critique et de théologie. À travers le livre de Walter Vogels,

La Bible entre nos mains. Une initiation à la

sémiotique3,

je découvrais aussi le mot bizarre de «sémiotique», c'est-à-dire, grossièrement, une méthode de lecture qui ne requiert pas l'histoire et qui est centrée plus sur les structures du texte que sur son contenu.

Au hasard de mes lectures, je découvre Roland Barthes. Un mot revenait souvent dans ses travaux: «structuralisme». Je me mis à lire abondamment sur le structuralisme. À l'aide des deux tomes de

l'Histoire du structuralisme4

de

1 Comme en écho à Sigmund Freud, L'inquiétante étrangeté, Paris, Éditions Hatier, coil. «Profil philosophique», no. 722, 1987, 79p. Désormais cet ouvrage sera désigné ainsi: Sigmund Freud, L'inquiétante...

2 Jacques Lacan, Le Séminaire. Livre XI. Les quatre concepts fondamentaux de la

psychanalyse, Paris, Éditions du Seuil, coll. «Points», no. 217, 1990, 312p. Désormais,

Jacques Lacan, Le Séminaire. Livre XI...

3 Walter Vogels, La Bible entre nos mains. Une initiation à la sémiotique, Montréal, Éditions Paulines, coll. «De la parole à l'écriture», no. 8,1988, 63p.

4 François Dosse, Histoire du structuralisme. T. I. Le chant du signe, 1945-1966, Paris, Éditions Le livre de poche, coll. «Biblio-Essais», no. 4211, 1995, 472p; Histoire du

structuralisme. T. II. Le chant du cygne, 1967 à nos jours, Paris, Éditions Le livre de

(14)

François Dosse. Je découvris que le structuralisme constituait un paradigme, c'est-à- dire un cadre conceptuel englobant. Je me mis alors à faire des rapprochements inattendus entre une constellation d'auteurs que j'avais lue. Non seulement entre les thèmes développés par les divers auteurs mais aussi dans la constitution même de leur acte de lecture. C’est ainsi que je dégageais une structure constituée de cinq variables sans être sûr de rien. Tout était à faire car je n'avais jamais rencontré un tel type de synthèse dans mes lectures.

Par la suite, je réalisais que cette structure fondamentale a cinq fonctions:

I - Elle est une définition du structuralisme. 2- Elle définit l'acte de lecture structuraliste.

3- Elle constitue le champ épistémologique dans lequel s'instaure l'acte de lecture structuraliste.

4- Elle constitue une grille de validation épistémologique.

5־ Elle tient compte de certaines exigences de la postmodernité.

Le plus amusant, c'est qu'à la rédaction du mémoire, je découvris que je vivais moi- même les postulats de base du structuralisme. Comme par exemple, celui qui affirme que les structures sont inconscientes. En fait, cette fameuse structure, je l'ai découverte et validée onze fois! Je l'ai découverte une fois pour chaque fonction d- haut, soit cinq fois; une fois aussi pour chaque auteur structuraliste étudié, soit Lacan, Lévi-Strauss, Derrida, Barthes et Kristeva, donc cinq fois, et une fois en annexe avec Tzvetan Todorov. Très ironique comme situation: je trouve une structure dans l'oeuvre des autres et je la retrouve ensuite dans mon oeuvre elle-même!

Autre exemple de découverte des postulats de base du structuralisme, celui du postulat de l'omniprésence de l'inconscient dans le langage: le sujet, s'il existe, ne sait pas ce qu'il dit. Voilà pourquoi j'affirme au premier paragraphe: «C'est pourquoi j'écrirai sans savoir ce que j'écris...».

II est probable que ce mémoire soit compris comme une tentative de neutraliser le concept d'interprétation. Cela peut se faire de deux manières. D'abord en faisant

poche, coll. «Biblio-Essais», no. 4212, 1995, 542p. Dorénavant François Dosse, Hist... T. I, ou Hist... T. II.

(15)

éclater les concepts qui s'y greffent, à savoir le sujet, le texte, la vérité, l'histoire pour y opposer l'objectivité des structures. Cela n'est pas sans atteindre les fondements épistémologiques de l'exégèse et de la théologie classique. Ensuite, en tentant de développer un cadre théorique qui favorise l'indéfini interprétatif, !'impossibilité de donner une sens univoque à un texte. En ce sens, ce mémoire est très nietzschéen.

Mais au-delà de tout cela, peut-être est-ce une vaine tentative de concilier l'homme de science et l'artiste en moi? D'ailleurs, n'est-ce pas une des conditions de la postmodemité que de revaloriser l'esthétique?5

En terminant, un seul regret qui peut être exprimé par un poème6: celui de la solitude et de l'isolement qu'entraînent parfois le travail intellectuel. Il est à noter que ce poème est l'expression de certaines thèses structuralistes...

Fou-thèse

Les cris durent. L'écrit dur.

Cinq ans devant un clavier sans musique. Cinq ans à s'évertuer dans le virtuel. Cinq ans à s'effrayer à défrayer des frais; Yé!

Précieux savoir solitaire à transmettre. Vie sociale morcelée.

Mort-scellée. Plus que postmoderne,

posthumain.

Un touché digital à un écran remplace...

L'in-prix-mente remplace... Information overloaded

5 Voir à ce sujet Jean-François Lyotard, Moralités postmodernes, Paris, Éditions Galilée, coll. «Débats», 1993, 211p. Désormais, Jean-François Lyotard, Moralités...

6 Poème écrit par Martin Chénard en mai 1999.

(16)
(17)

«L'auteur devrait mourir après avoir écrit. Pour ne pas gêner le cheminement du texte.»7

Umberto Eco

7 Umberto Eco, Apostille au Nom de la rose, Paris, Le livre de poche, coll. «Biblio-Essais», no. 4068, 1994, p. 14.

(18)

0.0 Problématique

Y a-t-il une vérité du texte à restituer? Si oui, en fonction de quoi peut-elle ou doit-elle varier? Quelle doit en être la méthode? À quelles exigences scientifiques doit répondre une telle méthode? L'histoire doit-elle toujours déterminer la véracité d'un récit? Y a-t-il d'autres modes de lecture valables? Qu'implique la postmodemité dans l'acte de lecture? Finalement, y a-t-il un acte de lecture qui puisse rendre compte des questions précédentes? Ces questions sont tour à tour impliquées par ce mémoire.

Tel est le but précis du présent mémoire: trouver une structure cohérente qui puisse justifier théoriquement un mode de lecture pluriel. Ce qui est en jeu dans le présent mémoire est la conception même du texte et de l'acte de lecture dans le but de répondre à la question: «Y a-t-il un cadre conceptuel valable dans lequel peut s'inscrire un type de lecture favorisant la polysémie?» Ce cadre théorique se retrouve dans la structure de l'acte de lecture des structuralistes.

Pour l'instant, le structuralisme peut être présenté comme un mouvement de pensée qui a pour but la recherche de structures inconscientes. L'hypothèse de base est que le structuralisme possède une structure de lecture précise constituée de cinq éléments et que cette même structure favorise une lecture plurielle des textes. De plus, cette structure peut remplir plusieurs fonctions à la fois: comme définition du structuralisme, comme définition de l'acte de lecture structuraliste, comme champ épistémologique dans lequel s’instaure l'acte de lecture structuraliste, comme critère de validation épistémologique et comme critère d'appartenance à la postmodernité en fonction de certaines exigences.

Le mémoire est constitué en trois parties. D'abord, la structure est décrite théoriquement de manière particulière par la définition des concepts opératoires qui prévalent à son déploiement. Par la suite, elle est observée de manière générale par la description théorique des diverses ramifications qu'elle prend chez les principaux auteurs structuralistes. Enfin, une conclusion vient réaffirmer de manière concise la présence des cinq éléments chez les auteurs étudiés, dégage les conséquences, propose une ouverture sur l'exégèse et le théologique et présente des critiques du structuralisme.

(19)

La méthode de base du présent mémoire se veut structuraliste et située dans m horizon structuraliste. C'est le propre de la méthode structuraliste de découvrir une structure et de l'observer dans différents systèmes. De plus, les diverses ramifications que prend la structure chez les auteurs sont présentées de manière synchronique, sans tenir compte de leur évolution chronologique. La nécessaire revue de littérature s'étend sur tout le mémoire.

Le propre de la méthode structuraliste est de décrire des structures et non pas de les interpréter. Ce qui revient à dire que le présent mémoire ne fait pas de lecture de contenu. Ce qui serait le propre de d'autres méthodes. Le présent mémoire se concentre sur les assises théoriques d'un acte de lecture pluriel et non pas sur m contenu issu d'une lecture. En revanche, la méthode structuraliste précise les conditions épistémologiques qui peuvent prévaloir à la création d'un contenu original. Un contenu de savoir s'inscrit dans une structure donnée.

0.1 Structure du mémoire

Le présent mémoire est divisé en trois parties: !'observation théorique de la structure, la description de la structure chez cinq auteurs et la conclusion. Par la suite, en guise de complément quelques annexes viennent ouvrir à d'autres perspectives. Notamment Umberto Eco avec le concept d'ccintention du texte».

Un court résumé de chaque partie permet de délimiter succinctement le cheminement intellectuel du présent mémoire.

0.1.1 Première partie: description théorique de la structure

Cette première partie consiste en une présentation du structuralisme, de son objet et d'une validation des cinq éléments qui constituent la structure de l'acte de lecture structuraliste.

(20)

Le but de cette partie est la compréhension du structuralisme et la description théorique de la structure de l'acte de lecture structuraliste. Cette partie serait donc incomplète sans une démonstration de l'opposition entre le structuralisme et l'herméneutique,8 sans établir un sérieux parallèle entre le structuralisme et les principaux auteurs postmodernes. Ce qui situe le structuralisme au coeur de la problématique actuelle. De plus, une partie sur Ferdinand de Saussure, le père de la linguistique moderne, et une autre sur Freud, le père de la psychanalyse, s'avèrent nécessaire car ces auteurs agissent tous deux en tant que précurseurs de la structure de l'acte de lecture structuraliste.

0.1.2 Deuxième partie: exploration de la structure chez cinq auteurs

structuralistes

Après avoir observé théoriquement la structure, il est logique de tenter de la retrouver dans divers systèmes de pensée du structuralisme pour constater son étendue. Il s'agit donc de rendre explicite le fonctionnement de la structure chez le psychanalyste

8 Sur l'herméneutique voir Maurice Boutin, «Le texte biblique et la question du sens», dans

Laval théologique et philosophique, Ste-Foy, Presses de l'Université Laval, vol. XXXVI, no.

2, Juin 1980, pp. 139-171; Gilbert Hottois, «L'herméneutique philosophique» dans De la

Renaissance à la Postmodernlté. Une histoire de la philosophie moderne et contemporaine, Bruxelles, Éditions De Boeck-Université, coll. «Le points philosophique»,

1998, pp. 343-361 ; René Latourelle, L'accès à Jésus par les évangiles. Histoire et

herméneutique, Montréal, Éditions Bellarmin, coll. «Recherches», no. 20, 1978, 270p; Xavier

Léon-Dufour, «Brève histoire de l'interprétation», dans Collectif, Introduction à la Bible.

Édition nouvelle, T. III. L'annonce de l'Évangile, vol. 2, Paris, Éditions Desclée, 1976,

pp. 13-32; Jean-Claude Petit, «On comprend toujours à partir de soi», Entendre la voix du

Dieu vivant. Interprétations et pratiques actuelles de la Bible, Montréal, Éditions

Médiaspaul, 1994, pp. 245-260. Désormais, Collectif, Entendre...; Paul Ricoeur, «Structure et herméneutique» dans Esprit, no. 322, nov. 1963, pp. 596-627; Paul Ricoeur, Article «Signe et sens» dans Encyclopedia Universalis, corpus 14, 1979, pp. 1011-1015; Paul Ricoeur, De

!'interprétation. Essai sur Freud, Paris, Éditions du Seuil, 1965, coll. «Points», no. 298,

575p. Désormais, Paul Ricoeur, De l int...; Paul Ricoeur, Le conflit des interprétations, Paris, Éditions du Seuil, 1969, 505p. Désormais, Paul Ricoeur, Le conflit...

(21)

Jacques Lacan, chez l'anthropologue Claude Lévi-Strauss, chez le philosophe Jacques Derrida, chez le critique littéraire et sémiologue Roland Barthes et chez la psychanalyste et linguiste Julia Kristeva.9 Cette partie constitue le coeur du mémoire.

Il est à noter que chacm de ces auteurs accentue à sa manière certains aspects de la structure. Les cinq éléments sont repérables de manière distincte chez les cinq auteurs étudiés. Chacun, par ses travaux, fournit des éléments théoriques affirmant la possibilité d'une polysémie du texte et d'une lecture plurielle. Une conclusion générale complète cette partie.

Il peut sembler que certaines positions des auteurs structuralistes soient radicales et qu'elles portent en elles de graves conséquences épistémologiques. En effet, l'exclusion du sujet et de l'histoire comme relevant du domaine de !'interprétation peuvent entraîner un relativisme des diverses lectures. Il convient d'ajouter que certains concepts du structuralisme ont connu des réinterprétations.10 Il en est fait mention tout au long du mémoire. À titre d'exemple, la notion de dialogique reprise par Kristeva et Todorov a pour effet de réintroduire le sujet dans le structuralisme. D'ailleurs une synthèse du travail d'Umberto Eco en annexe peut apporter des pistes de réflexion sur les limites interprétatives d'un texte. Eco le fait notamment par son concept d'«intention du texte».

0.1.3 Troisième partie: conclusion

Cette conclusion est présentée en trois parties. Premièrement, une conclusion partielle porte sur les cinq éléments de la structure. Deuxièmement, les conséquences et une ouverture sur l'exégèse et le théologique prennent place.

9 En annexe se trouve le même exercice avec le linguiste Tzvetan Todorov.

10 L'ouvrage d'Antoine Compagnon, Le démon de la théorie. Littérature et sens

commun, Paris, Éditions du Seuil, coll. «La couleur des idées», 306p. se présente comme un

bilan de la théorie littéraire à partir de sept principaux concepts opératoires: l'auteur, le monde, la lecture, le style, l'histoire littéraire et la valeur. À consulter aussi dans un horizon plus teinté de structuralisme: Oswald Ducrot et Tzvetan Todorov, Dictionnaire encyclopédique des

sciences du langage, Paris, Éditions du Seuil, 1979, coll. «Points», no. 110, 470p.

(22)

Troisièmement, une partie contient des pistes de réflexion pour une saisie critique du structuralisme. Elle tente d'habiliter à une compréhension de la réception exégétique du structuralisme à travers les cinq éléments de la structure dégagés dans le présent mémoire. Elle vise aussi à dégager les enjeux du structuralisme, ce qui rend plus difficile sa réception, sa réception américaine et ses apports.

(23)

PREMIERE PARTIE

(24)

CHAPITRE UN

PRESENTATION DU STRUCTURALISME

(25)

«En magie comme en religion comme en linguistique, ce sont les idées inconscientes qui agissent.»11

Claude Lévi-Strauss

11 Claude Lévi-Strauss, «Introduction à l'oeuvre de Marcel Mauss» dans Marcel Mauss,

Sociologie et anthropologie, Paris, Presses Universitaires de France», 1968, p. XLIX. Cité

par Marie-Andrée Charbonneau, Science et Métaphore. Enquête philosophique sur la

pensée du premier Lacan (1926-1953), Ste-Foy, Presses de l'Université Laval, 1997, p.

248.

(26)

1.0 Présentation du structuralisme

Cette partie vise à définir le structuralisme, à préciser son objet et à expliciter théoriquement les cinq éléments de la structure de l'acte de lecture structuraliste. Quelques élaborations sur deux précurseurs à l'acte de lecture structuraliste, sur l'herméneutique et sur la postmodemité en lien avec le structuralisme s'ajoutent à cette partie afin d'aller plus loin dans la compréhension du structuralisme et d'en démontrer la pertinence. Cette partie, bien que quelque peu longue, s'avère très importante, voire essentielle, à la compréhension et à !'argumentation qui va suivre dans les prochains chapitres. Au besoin, la lectrice ou le lecteur peut consulter en annexe in lexique général.

1.1. Définition du structuralisme

Une des principales difficultés à laquelle est confrontée une personne qui veut définir le structuralisme est le recours à l'histoire. En ce sens, certains auteurs vont tenter de diviser le structuralisme en trois périodes ou plus, parlant de pré-structuralisme, de structuralisme, de néo-structuralisme, de post-structuralisme et parfois même de post- post-structuralisme.

C'est une tentative légitime à laquelle se risque Manfred Frank. Il établit une distinction marquante entre structuralisme et néo-structuralisme qui se ferait par le biais d'une extension du concept de structure et la quête du sujet aux alentours de 1968.12

Certains auteurs, comme Alain Renault et Luc Ferry, tentent d'établir des liens significatifs entre la pensée de 68 et les auteurs structuralistes.13 Ce qui, à l'avis de

12 Manfred Frank, Qu'est-ce que le néo-structuralisme?, Paris, Éditions du Cerf, coil. «Passages», 1989, p. 15: «Je désigne par là [néo-structuralisme] les ébauches théoriques ayant vu le jour peu avant Mai 68 et qui ont marqué la France intellectuelle au point qu'à l’étranger leurs auteurs ont été appelés les «nouveaux Français».

13 Antoine Compagnon s'y risque aussi: «Nous sommes en 1968: le renversement de l'auteur, qui signale le passage du structuralisme systématique au poststructuralisme déconstructeur, est de

(27)

François Dosse, n'est pas adéquat: «Ils [Ferry et Renault] se trompent par la corrélation qu'ils établissent entre cette pensée [structuralisme] et mai 68».14 Vincent Descombes partage la même opinion: «La révolte des jeunes en 1968 n'explique ni ne s'explique par le structuralisme et le post-structuralisme».15 Descombes renchérit en affirmant qu'Althusser, Foucault Derrida et Lacan «n'étaient nullement préparés intellectuellement à pressentir les événements de Mai: encore moins pouvait-il être question d'y consentir».16 D'ailleurs, Ferry et Renault présentent huit interprétations différentes des événements de Mai 68,17 ce qui tend à démontrer la pluralité d'interprétations qui peut se faire de la révolte étudiante de Mai 68. De plus, suite aux événements de Mai 6818, beaucoup d'auteurs hésitent à se qualifier de structuralistes sauf Claude Lévi-Strauss.19 Ce qui relativise une approche historique du structuralisme.

Cette tentative de diviser le structuralisme en périodes, avant et après une date, pose un autre problème: celui de la typologie. Quels critères d'appartenance permettent d'être qualifié de pré-structuraliste, de structuraliste, de néo-structuraliste ou de post- structuraliste?20

plain-pied avec la rébellion antiautoritaire du printemps.» Voir Antoine Compagnon, op. oit., p. 53.

14 François Dosse, Hist..., T.l, p. 431.

15 Vincent Descombes, Philosophie par gros temps, Paris, Éditions de Minuit, coll. «Critique», 1989, p. 80. Dorénavant Vincent Descombes, Phi..

16 Vincent Descombes, Ibid, p. 80.

17 Luc Ferry et Alain Renault, La pensée 68. Essais sur l'anti-humanisme

contemporain, Paris, Éditions Gallimard, coll. «Folio-Essais», no. 101, 1998, pp. 82-87.

18 Luc Ferry et Alain Renault, Ibid., pp. 81-125. 19 François Dosse, Hist.., T. Il, p. 9.

20 Au début des années soixante-dix, pendant que les États-Unis découvraient les structuralisme par des introductions, le structuralisme français était dans une phase d'auto-critique. L'ouvrage de Derrida, De la grammatologie, ouvre la voie à cette critique de l'intérieur que constitue le post- structuralisme. Voir Art Berman, From New criticism to deconstruction. The Reception

of Structuralism and Post-structuralism, Urbana/Chicago, University of Illinois Press, 1988,

p. 114. Peter Caws lui, ne retient !‘expression «post-structuralism» qu'à condition qu'elle signifie «après le début du structuralisme». Voir Peter Caws, Structuralism. A Philosophy for

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En effet, la distinction de Manfred Frank entre structuralisme et néo-structuralisme, si ingénieuse soit-elle, implique une vision des étapes de croissance du structuralisme qui s'avère réductionniste pour la présente recherche, car celle-ci est située dans m horizon structuraliste privilégiant l'immanence au détriment de l'histoire. C'est ainsi que le structuralisme ne sera pas tellement délimité dans le temps mais bien davantage envisagé comme un paradigme, un cadre théorique conceptuel.

Il s'agit d'emprunter la même voie que le philosophe Gilles Deleuze [1925-1995] dans un article intitulé «À quoi reconnaît-on le structuralisme?».21 II contourne cette difficulté en dégageant des critères d'appartenance au structuralisme. Ils sont au nombre de sept: le symbolique, la position, le différentiel et le singulier, le différenciant et la différenciation, le sériel, la case vide, et «du sujet à la pratique».22 Pour le présent travail, il s'agit donc d'utiliser les éléments de l'acte de lecture structuraliste pour contourner la problématique de l'histoire.

Par contre, pour tenir compte des exigences légitimes des historiens, il est toujours possible de définir le structuralisme23 comme un vaste mouvement de pensée24

[looming] dans la définition du post-structuralisme, il préfère penser la période en terme de synchronie.

21 Gilles Deleuze, «À quoi reconnaît-on le structuralisme?» dans Collectif, La Philosophie au

XXe siècle, T. IV, Paris, Éditions Marabout, coll. «Marabout Histoire», no. 314, 1992, pp. 293-

329.

22 Gilles Deleuze, Ibid., pp. 293-329.

23 pour d'autres définitions du structuralisme voir: Jean-Marie Auzias, Clefs pour le

structuralisme, Paris, Éditions Seghers, 1968, p. 14; Franz-Peter Burk, Peter Kunzmann et

Franz Wiedmann, Atlas de la philosophie, Paris, Éditions Le livre de poche, coll. «Encyclopédie d'aujourd'hui», 1993, p. 233; Christian Descamps, Les idées contemporaines en France, Paris, Éditions Bordas, coll. «Philosophie présente», 1993, p. 31; Jean-Louis Dumas, Histoire de la pensée. Philosophies et philosophes, T. Ill, Temps modernes, Paris, Éditions Le livre de poche, coll. «Références», 1993, p. 369; Pierre

Watté, «L'idéologie structuraliste», dans Bilan de la théologie au XXe siècle, Paris, Éditions Casterman, 1969, p. 339.

24 Le structuralisme est multifonctionnel. Pour s'en convaincre, il suffit de mentionner la thèse de Dion sur le structuralisme littéraire: «Pour résumer, nous pouvons déjà indiquer que le

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caractérisé par un grand souci d'objectivité, qui pense la réalité à l'aide des «structures» et qui s'est manifesté au plus fort dans les années mi-soixante.25

Les chercheurs structuralistes26 sont équipés pour repérer les structures dans pratiquement toutes les disciplines avec comme but de «démythologiser,

structuralisme littéraire comporte, premièrement, une théorie générale de la signification; deuxièmement, une conception du discours littéraire (qui apparaît, entre autres, dans le concept de «littérarité»); troisièmement, un ensemble de procédés d'analyse qui constituent, à proprement parler, une méthode.» Voir Robert Dion, Le structuralisme littéraire en France, Éditions Balzac, coll. «L'Univers des discours», 1993, p. 15.

25 L'historien Françoise Dosse qualifie le structuralisme de «paradigme dominant dans les années 1950-1975.» François Dosse, L'empire du sens. L'humanisation des sciences

humaines, Paris, Éditions La Découverte, 1995, p. 164. Désormais, François Dosse, L'empire... Art Berman pour sa part, ne considère plus le structuralisme comme un mouvement

dès les années mi-soixante dix. Voir Art Berman, op. cit., p. 185. Cependant, pour retrouver ses origines, il faut remonter à Ferdinand de Saussure comme il sera démontré plus loin. Beaucoup d'écrits peuvent être rangés dans la catégorie «structuralistes» avant les années soixante: «Ferdinand de Saussure avait publié en 1878 son mémoire «sur le système primitif des voyelles dans les langues indo-européennes»; le programme de la phonologie fut dressé par Troubetzkoy en 1933; le premier grand ouvrage de Lévi-Strauss date de 1949 Les structures élémentaires

de la parenté; la thèse de Lacan est de 1932, et ses autres écrits s'étendent sur une vaste

période encore inachevée et commençant en 1936 le stade du miroir; les travaux de Foucault se publient depuis l'Histoire de la folie à l'âge classique 1961, etc.» Voir Louis Millet et Madelaine Varin d'Ainville, Le structuralisme, Paris, Éditions Universitaires, coll. «Psychothèque», no. 5, 1972, pp. 9-10. Certains événements importants peuvent être évoqués: la publication du Cours de linguistique générale de Saussure en 1916, Le Congres international des linguistes de La Hague en 1928. Le Congrès des Slaves en 1929. L'arrivée des réfugiés à New York en 1944. (Rencontre de Jakobson et Lévi-Strauss) La parution de l'article de Lévi-Strauss «L'analyse structurale en linguistique et en anthropologie» en 1945 et celle de son ouvrage Les structures élémentaires de la parenté en 1949. Voir Peter Caws,

op. cit., p. 11.

26 Les diverses typologies des auteurs varient en fonction des définitions du structuralisme et de leurs critères d'appartenance. À titre d'exemples: Robert Dion ne retient que ceux qui ont participé au huitième numéro de Communications, soit: Roland Barthes, Claude Bremond, Umberto Eco, Gérard Genette, Algirdas J. Greimas et Tzvetan Todorov. Voir Robert Dion, op. cit., p. 13. Art

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démystifier et déconstruire tout le fondement de notre pensée pour en suggérer d'autres usages».* 27 D'ailleurs, une des plus hautes figures structuralistes, Michel Foucault, affirme que «le structuralisme peut être décrit grossièrement comme une quête des structures logiques n'importe où il est possible de les trouver».28

La structure de l'acte de lecture structuraliste comporte cinq éléments qui sont explicités plus loin, et qui, à eux seuls, peuvent définir le structuralisme: le structuralisme est un paradigme centré sur le langage (par la psychanalyse (1 ) et la linguistique (2)) dont le but est de rechercher !'Autre (3) de manière immanente (4) dans une perspective d'objectivité (5).

Le structuralisme recherche les structures. Pour bien le comprendre, il faut se pencher sur son objet de prédilection qui est, justement, la structure.

Berman: Saussure, les Formalistes russes, l'école de Prague, Lévi-Strauss, Barthes, Todorov, Greimas et Genette. Voir Art Berman, op. cit., p. 114. Madan Sarup, pour qui le structuralisme et le post-structuralisme se résume à une critique du sujet, de !,historicisme, de la signification et de la philosophie, parle de Lévi-Strauss, Lacan, Derrida, Foucault, Deleuze et Lyotard comme des auteurs appartenant au paradigme structuraliste. Voir Madan Sarup, An Introductory Guide to

Post-structuralism and postmodernism, Athens, The University of Georgia Press, 1993, pp. 2-3.

27 Franz-Peter Burk, Peter Kunzmann et Franz Wiedmann, op. cit., p. 233.

28 Michel Foucault, «Interview avec Michel Foucault» (1968), dans Dits et écrits, T. I, p. 654. Cité par Arnold I. Davidson, «Structures and Strategies of Discourse: Remarks Towards a History of Foucault's Philosophy of Language» dans Arnold I. Davidson, Foucault and His

Interlocutors, Chicago, University of Chicago Press, 1997, p. 6. Traduction libre de l'anglais par

Martin Chénard: «One could describe structuralism roughly as the search for logical structures everywhere that they could occur.»

(31)

1.2 La notion de «structure»

«L'histoire littéraire ainsi comprise devient l'histoire d'un système: c'est l'évolution des fonctions qui est significative, et non celle des éléments, et la connaissance des relations synchroniques précède nécessairement celle des procès.»29

Gérard Genette

«Dégager la structure d'un domaine, c'est déterminer toute une virtualité de coexistence qui préexiste aux êtres, aux objets et aux oeuvres de ce domaine.»30

Gilles Deleuze

Le but de la recherche structuraliste est de détecter les structures inconscientes. C'est ainsi que pour le structuralisme, le sujet et l'histoire ne sont que les jouets de structures inconscientes.

Cette notion capitale peut se définir comme...

«un ensemble d'éléments qui entretiennent des relations de dépendance les uns avec les autres. L'interaction de ces éléments va dans le sens d'une complexité croissante jusqu'à produire m système. En ce sens, la structure signifie à la fois: ce qui organise des éléments entre eux et ce qui permet de produire leur évolution et leur accomplissement.»31

29 Gérard Genette, «Structuralisme et critique littéraire», dans Figures I, Paris, Éditions du Seuil, 1976, call. «Points», no. 74, p. 168.

30 Gilles Deleuze, loc. cit., p. 307.

31 Franz-Peter Burk, Peter Kunzmann et Franz Wiedmann, op. cit., p. 233. Pour d'autres définitions de la notion de «structure» voir Vincent Descombes, Le Même et !'Autre.

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Le structuralisme s'applique à découvrir et à étudier les structures32 mais aussi les rapports «par opposition ou association»33 et «s'intéresse à tout ce qui est différence, dissymétrie, déviance, réajustement».34 Ainsi, pour un structuraliste, ce n'est pas le contenu d'un texte qui importe ni tout ce qui s'y rattache extérieurement, comme par exemple le contexte historique dans lequel il a été rédigé, mais les structures internes de l'oeuvre elle-même. Un autre exemple peut aider à comprendre: un système philosophique ne serait pas abordé à partir du contenu des concepts mais bien davantage à partir des rapports d'oppositions qu'ils entretiennent et la structure dans laquelle ils s'inscrivent. Bref, ce qui prime pour un structuraliste, c'est que «la structure peut être retrouvée dans différents ensembles»35 et que dans «les structures, ce qui importe, c'est l'unité des différences».36

Quarante-cinq ans de philosophie française, Éditions de Minuit, coil. «Critique», 1993,

p. 121. Désormais, Vincent Descombes, Le Même...; Oswald Ducrot, «Le structuralisme en linguistique» dans Collectif, Qu'est-ce que le structuralisme?, Paris, Éditions du Seuil, 1968, p. 16. Désormais, Collectif, Qu'est-ce que...; Jean-Louis Dumas, op. cit., p. 368; Umberto Eco, Le signe. Histoire et analyse d'un concept, Paris, Éditions Le livre de poche, col!. «Biblio/Essais», no. 4159, 1993, p. 115. Désormais, Umberto Eco, Le signe...; Jean-Baptiste Fages, Le structuralisme en procès, Paris, Éditions Privât, 1968, p. 9. Dorénavant Jean-Baptiste Fages, Le struc...; Manfred Frank, op. cit., p. 26; Patrick Hochart et Robert Sctrick, Article «Structuralisme» dans Encyclopedia Universalis, corpus 21, 1989, p. 669; Marcel Hénaff, Claude Lévi-Strauss, Paris, Éditions Belfond, coil. «Les dossiers Belfond», 1991, p. 117; Henri Lefebvre, L'idéologie structuraliste, Paris, Éditions Anthropos, coll. «Points», no. 66, 1975, pp. 3637־; Jean Piaget, Le structuralisme, Paris, Éditions Presses Universitaires de France, coll. «Que sais-je?», no. 1311, 1968, p. 7; Salah Riza, Michel Foucault, Paris, Éditions Josette Lyon, coll. «Les maîtres à penser du XXe siècle», 1997, pp. 86-87.

32 Voir à ce sujet Gérard Genette, loc. cit., p. 155. 33 Jean-Baptiste Fages, Le struc..., p. 9.

34 Jean-Louis Dumas, op. cit., p. 374. 35 Jean-Marie Auzias, op. cit., p. 16. 36 Jean-Marie Auzias, op. cit., p. 17.

(33)

Cette quête des structures apporte au structuralisme beaucoup d'objets de recherche car les structures37 sont présentes partout: «Tout est structure et toute structuralité est un jeu infini des différences».38

Après avoir défini succinctement le structuralisme et son objet de prédilection, la structure, il est temps de considérer les cinq éléments de l'acte de lecture structuraliste un à un afin de les décrire théoriquement.

2.0 La structure de l'acte de lecture structuraliste: description théorique des

cinq éléments

Plus haut, le structuralisme a été défini à l'aide des cinq variables ce qui donna la définition suivante: le structuralisme est un paradigme centré sur le langage (par la psychanalyse (1) et par la linguistique (2)) dont le but est de rechercher !'Autre (3) de manière immanente (4) dans une perspective d'objectivité (5). Cette partie reprend chacune des variables, les définit, démontre leur appartenance au structuralisme et les valide théoriquement.

Chacun des éléments est présenté de manière succincte mais suffisante pour afficher l'unité de la structure, comment elle forme un tout. Il est évident que chacun des éléments a ses caractéristiques théoriques propres mais du fait qu'ils constituent une structure, chacun d'eux est en relation avec les autres ce qui crée une unité. De plus, ils sont explicités plus loin dans chaque système de pensée propre aux auteurs étudiés.

37 Selon Deleuze: « le calcul différentiel offre l'exemple le plus abstrait de ce que les structuralistes appellent structure, voire d'une totalité où la différence entre en rapport avec la différence et «fait système», sans présupposer aucune ressemblance et identité fixe. La structure est la raison suffisante du réel, le principe explicatif qui s'applique à tout domaine de l'Etre: mathématique, physique, biologique, anthropologique, linguistique, sociologique, littéraire, etc. (...) En tant que système périodique, code génétique, système phonétique, structure parentale ou économique, l'Idée-Structure est donc le vrai transcendantal.» Alberto Gualandi, Deleuze, Paris, Éditions Les Belles Lettres, coll. «Figures du savoir», no. 9, 1998, p. 49.

(34)

Autrement dit, les définitions s'étendent sur le mémoire entier. Pour l'instant, elles sont suffisantes et, au besoin, il suffit de consulter le lexique en annexe.

2.1 L'utilisation de la psychanalyse

L'oeuvre des auteurs structuralistes est en constant dialogue avec la psychanalyse. Plusieurs s'en servent comme méthode, voire comme philosophie39 comme, par exemple, le psychanalyste structuraliste Jacques Lacan.

Cette partie vise à illustrer les trois manières par lesquelles la psychanalyse est présente dans l'acte de lecture structuraliste:

1 - présence significative et dialogue avec l'oeuvre de Freud; 2־ place de l'inconscient;

3- thèse à l'effet que les structures sont inconscientes.

Cette partie se veut aussi un premier contact avec les divers auteurs structuralistes dont il est fait abondamment mention plus loin dans le mémoire.

2.1.1 L'oeuvre de Freud comme référence des auteurs structuralistes

Le premier élément qui détermine la place de la psychanalyse dans l'acte de lecture structuraliste est la présence théorique significative de Freud dans le paradigme. Beaucoup de maîtres structuralistes utilisent les travaux de Freud.

Parmi les plus influents se retrouve le philosophe marxiste Louis Althusser [1918־ 1990]. En 1964, il écrit un article intitulé «Freud et Lacan»40 qui traite des

39 Ce point est démontré dans le chapitre sur Lacan.

40 Article repris dans Louis Althusser, Positions, Paris, Éditions Sociales, coll. «Essentiel», 1982, pp. 13-40. Repris à nouveau dans Louis Althusser, Écrits sur la psychanalyse. Freud

et Lacan, Paris, Éditions Le livre de poche, coll. «Biblio-Essais», 1996, pp. 7-56. Ce volume

(35)

implications d'un «retour à Freud», de l'objet de la psychanalyse, de la linguistique et du complexe d'Oedipe. Althusser demeure une longue partie de sa vie en dialogue avec la théorie analytique de Freud et Lacan.

Claude Lévi-Strauss [1908-?], pour sa part, développe sa propre anthropologie à partir de l'inconscient. Il connaît le freudisme très tôt dans sa vie comme il l'affirme lui- même: «J'ai lu à l'époque, entre 1925 et 1930, ce qui était traduit de Freud qui a donc joué un très grand rôle dans la formation de ma pensée».41 L'inconscient occupe une grande place dans son oeuvre comme il est démontré plus loin. Il est intéressant de constater que Lévi-Strauss se dit encore structuraliste.42

En ce qui concerne Michel Foucault43 [1926-1984], élève d'Althusser44, il est lui- même qualifié par Dosse de «connaisseur précoce de l'oeuvre de Freud».45 Maurice Pinguet l'atteste aussi.46 Jacques Derrida dans un article intitulé: Etre juste avec Freud. L'histoire de la folie à l'âge de la psychanalyse47, «analyse en

comprend aussi la correspondance de 1963 à 1969 avec Jacques Lacan et celle de 1966 avec le futur psychanalyste d'Althusser.

41 Claude Lévi-Strauss, entretien avec François Dosse. Cité par François Dosse, Hist..., T. I,p.

139. Voir aussi Didier Bribón et Claude Lévi-Strauss, De près et de loin, Paris, Éditions Odile

Jacob, 1988, pp. 150-151; Jean-Louis Dumas, op. cit., p. 369.

42 Entretien de Martin Chénard avec Didier Bribón lors d'une conférence intitulée «Michel Foucault: la philosophie comme diagnostic du présent», présentée le 9 avril 1996 à l'Université Laval.

43 Sur le rapport de Foucault au structuralisme. Voir Pierre Billouet, Foucault, Paris, Éditions Les belles lettres, coil. «Figures du savoir», no. 16,1999, pp. 87-91.

44 Élisabeth Roudinesco, Jacques Lacan. Esquisse d'une vie, histoire d'un système

de pensée, Paris, Éditions Fayard, 1993, p. 388.

45 François Dosse, Hist..., T. I, p. 180. 46 François Dosse, Ibid., p. 180.

47 Jacques Derrida, «Etre juste avec Freud» L'histoire de la folie à l'âge de la psychanalyse» dans Résistances de la psychanalyse, Paris, Éditions Galilée, 1996, pp. 89-

146. Repris dans Jacques Derrida, «To Do Justice to Freud»: The History of Madness in the

Age of Psychoanalysis» dans Arnold I. Davidson, op. cit., pp. 57-96.

(36)

profondeur la question confuse de la relation de Foucault à Freud».48 De plus, Foucault se présente aux premiers séminaires49 du psychanalyste Jacques Lacan dès 1954,50 lequel revalorise la lecture de Freud. Si la psychanalyse lacanienne U apporte de précieux outils pour la réalisation de son ouvrage

Les Mots et les

choses51,

Foucault prend un certain recul avec

La volonté de savoir52

qu'il présente comme une «archéologie de la psychanalyse».53

Quant à Gilles Deleuze [1925-1995], qui est un philosophe post-kantien54 et nietzschéen55, il se situe en réaction à la psychanalyse. Il affirme que l'oeuvre de Freud, Marx et Saussure constitue un «répresseur à trois têtes».56 Dès 1972,

i

48 Arnold I. Davidson, «Structures and Strategies of Discourse: Remarks Towards a History of Foucault's Philosophy of Language» dans Arnold I. Davidson, Ibid., p. 1. Traduction libre de l'anglais par Martin Chénard: «consider in depth the tangled issue of Foucault's relation to Freud».

49 Pierre Billouet qualifie les séminaires de Lacan et les cours de Foucault d'«événement culturel». Pierre Billouet,op. cit., pp. 11-12.

50 Voir à ce sujet, Salah Riza, op. cit., p. 150.

51 Michel Foucault, Les Mots et les choses, Paris, Éditions Gallimard, (1966), coil. «Tel», no.

166, 1993, 400p. Désormais, Michel Foucault, Les Mots... Sur Les Mots et les choses voir

Jean-Paul Aron, «Les Mots et les Choses de Michel Foucault» dans Les modernes, Paris, Éditions Gallimard, coll. «Folio/Essais», no. 44,1986, pp. 272-276.

52 Michel Foucault, Histoire de la sexualité. T. I, La volonté de savoir, Paris, Éditions Gallimard, (1976), coll. «Tel» no. 166, 1994, 211p. Désormais, Michel Foucault, Hist..., T. I. 53 Michel Foucault, Ibid., p. 172. Cité par Didier Eribon, Michel Foucault, 1926-1984, Paris, Éditions Flammarion, coll. «Champs», no. 243, 1991, p. 289. Désormais, Didier Eribon,

Michel... Sur l'appartenance de Foucault au paradigme structuraliste, voir Didier Eribon, Ibid., pp.

195-197.

54 Vincent Descombes, Le Même..., p. 178. Deleuze consacre un petit ouvrage à Kant; Gilles Deleuze, La philosophie critique de Kant, Paris, Presses Universitaires de France, coll. «Initiation philosophique», no. 59, 1967, 103p.

55 Voir à ce sujet Jean-Louis Dumas, op. cit., coll. «Références», no. 0407, 1993, p. 384. 56 Gilles Deleuze et Claire Parnet, Dialogues, Paris, Éditions Flammarion, coll. «Champs», no. 343, 1996, p. 21. Voir aussi le chapitre «Psychanalyse morte analysez», pp. 95-147.

(37)

publie un livre en collaboration avec le psychanalyste lacanien57 Félix Guattari,

L'Anti-

Oedipe58,

qui s'avère une critique amusante de la psychanalyse.59 Jean-Marie Domenach qualifie l'ouvrage de Deleuze60 et Guattari comme étant «le plus anti- métaphysique qui ait jamais été écrit».61 Joël Birman le présente comme «l'une des origines de la pensée post-structuraliste».62 Ronald Bogue, quant à lui, considère cet essai comme la «contrepartie moderne»63 de

L'Antéchrist de

57 Vincent Descombes, Le Même..., p. 201. Guattari allait aux sémianires de Lacan dès 1953. Il est allé en analyse avec le maître de 1962 à 1969. Cette même année, il joint l'Ecole Freudienne de Paris comme membre analyste. Il a utilisé beacoup de concepts lacanlens dont l'obejt a, l'imaginaire, le phallus, etc. Voir Ronald Bogue, Deleuze and Guattari, New York, Éditions Routledge, coll. «Critics of the Twentieth Century», 1996, p.6

58 Paris, Éditions de Minuit, 1972, 460p.

59 Pour une présentation générale des travaux deleuziens voir Michel Cressole, Deleuze, Paris, Éditions Universitaires, coll. «Psychothèque», 1973, 121 p; Christian Descamps, op. cit., pp. 1623־; Pour un commentaire de L'Antl-Oedlpe, voir Jean-Louis Dumas, op. cit., pp. 387-388; François Dosse, Hist..., T. Il, pp. 247-249; Gilbert Hottois, op. cit., pp. 423-427; Pour une critique de l'ouvrage voir Jean-Marie Domenach, Le sauvage et l'ordinateur, Paris, Éditions du Seuil, coll. «Points», no. 72, 1976, pp. 91-103; pour une situation dans son contexte historique voir Jean-Paul Aron, «L'Anti-Oedipe» dans op. cit., pp. 325-343.

60 Deleuze affirme son rapport avec Lacan: « (...) il [Félix Guattari] devait tant de choses à Lacan (moi aussi). Mais je me disais que ça irait encore mieux si l'on trouvait les concepts adéquats, au lieu de se servir des notions qui ne sont même pas celles de Lacan créateur, mais celles d'une orthodoxie qui s'est faite autour de lui. C'est Lacan qui dit: on ne m'aide pas. On allait l'aider schizophréniquement. Et nous devons d'autant plus à Lacan, certainement, que nous avons renoncé à des notions comme celles de structure, de symbolique ou de signifiant, qui sont tout à fait mauvaises, et que Lacan, lui, a toujours su retourner pour nous en montrer l'envers.» Catherine Backès-Clément, Gilles Deleuze et Félix Guattari, «Entretien sur L'Anti-Oedipe▻ > dans L'Arc, no. 49, 1972. Repris dans Gilles Deleuze, Pourparlers, Paris, Éditions de Minuit, 1990, p. 25. Désormais, Gilles Deleuze, Pourparlers...

61 Jean-Marie Domenach, op. cit., p. 102.

62 Joël Birman, «Les signes et leurs excès. La clinique chez Deleuze» dans Eric Alliez (dir.),

Gilles Deleuze. Une vie philosophique, Paris, Presses Universitaires de France, coll. «Les

empêcheurs de tourner en rond», 1998, p. 481. Désormais, Eric Alliez (dir.), Gilles... 63 Traduction libre de l'anglais «Modem couterpart» par Martin Chénard.

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Nietzsche.

Ce «succès de scandale»64 a soulevé de nombreuses controverses en France, Allemagne, Italie, Angleterre, Australie et aux Etats-Unis.65

Finalement, se retrouve aussi le psychanalyste Jacques Lacan [19011981־] avec sa fameuse relecture de l'oeuvre de Freud66 dont la pensée est analysée plus loin.

Par honnêteté intellectuelle, il faut ajouter à cette liste l'homme à abattre pour le structuralisme, le représentant de l'herméneutique, le philosophe Paul Ricoeur [1913־] car l'herméneutique et le structuralisme sont opposés dans leurs conceptions théoriques comme il est démontré plus loin. Ricoeur consacre deux volumes à la psychanalyse freudienne.67 Il affirme que la psychanalyse est une herméneutique68 et établit des parallèles entre le «travail du rêve » et le «travail de l'exégèse».69

Il est relativement facile de constater l'ampleur de l'influence freudienne dans le structuralisme. Cette partie ne se voulait qu'une introduction à la place théorique de Freud dans le structuralisme. Par la suite, d'autres développements spécifiques à la pensée de chaque auteur sont amenés, notamment avec l'exploration de la structure dans l'oeuvre des divers auteurs. Cela démontrera avec plus d'ampleur le rôle de Freud.

Si l'influence du père de la psychanalyse est omniprésente dans le structuralisme,

i

est évident que celle de l'inconscient est manifeste aussi car ce dernier est le concept clef de la psychanalyse.

64 Ronald Bogue, op. cit., p. 83. 65 Ronald Bogue, Ibid., p. 83.

66 Elle fera l'objet d'un chapitre plus loin.

67 Paul Ricoeur, De l int..., 575p.; Paul Ricoeur, Le conflit..., 505p. Ricoeur consacre un chapitre au rapport herméneutique-structuralisme pp. 31-97 et un autre sur le rapport herméneutique-psychanalyse pp. 101-207.

68 Paul Ricoeur, De l int..., p. 78 .

69Pour un bref résumé des ouvrages de Paul Ricoeur voir François Dosse, Hist..., T. Il, p. 331.

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2.1.2. Le rôle de l'inconscient dans le paradigme structuraliste

Une des raisons pour laquelle Freud occupe une place prépondérante dans le structuralisme est le fait que l'inconscient est au coeur du paradigme.70 En effet, l'inconscient est manifeste dans le structuralisme par l'oeuvre de plusieurs auteurs, comme par exemple Foucault, qui cherche «l'inconscient du savoir humain».71 72 * * * * Le philosophe résume la pensée structuraliste dans son lien avec l'inconscient: «D'une manière positive, nous pouvons dire que le structuralisme explore par dessus tout m inconscient. Ce sont les structures du langage, de la littérature, et du savoir que l'on tente d'illuminer».77

La pensée des deux auteurs du structuralisme qui ont le plus théorisé l'inconscient, soit le psychanalyste Jacques Lacan et l'anthropologue Claude Lévi-Strauss, est développée plus loin.

En structuralisme, l'inconscient et les structures sont très liés car les structures sont inconscientes et l'inconscient est lui-même constitué de structures.

70 Voir à ce sujet François Dosse, Hist..., T. I, p. 10.

71 Michel Foucault, «Foucault répond à Sartre» 1968, dans Dits et écrits, T. I, pp. 665-666. Cité par Arnold I. Davidson, «Structures and Strategies of Discourse: Remarks Towards a History of Foucault's Philosophy of Language» dans Arnold I. Davidson, op.cit., p. 7, voir aussi Michel Foucault, «Préface à l'édition anglaise (1970)» dans Dits et écrits, T. Il, pp. 9-10. Cité par Davidson, Ibid., p. 7.

72 Michel Foucault, «Interview avec Michel Foucault» (1968), dans Dits et écrits, T. I, p. 654. Cité par Arnold I. Davidson, loc. cit., 1997, p. 6. Traduction libre de l'anglais par Martin Chénard: «In a positive manner, we can say that structuralism investigates above all an unconscious. It is the unconscious structures of language, of literary work, and of knowledge that one is trying at this moment to illuminate.»

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2.1.3 Les structures sont inconscientes

Le postulat de base du structuralisme à l'effet que les structures sont inconscientes73 implique le fait qu'il est possible d'«énoncer leur caractère de données objectives, de phénomènes observables et donc susceptibles d'une approche scientifique».74

Les structures sont inconscientes parce qu'elles sont «nécessairement recouvertes par leurs produits ou effets».75 Comme par exemple, une structure économique est voilée par «les relations juridiques, politiques, idéologiques où elle s'incarne».76 C'est ainsi que les structures se retrouvent par leurs effets.77

Cette idée de l'inconscience des structures se retrouve dès 1921 dans l'oeuvre du linguiste américain Edward Sapir [1884-1939]78:

«Sapir apporte quelque chose d'absolument essentiel à la définition du structuralisme. Pour lui, la structure linguistique est de nature irrationnelle et inconsciente. La langue n'est pas un discours sur la pensée. Elle est le discours même de la structure, parce qu'elle met en rapport les éléments symboliques de la conscience. Le fait de la langue c'est la classification, la configuration formelle, le rapport entre les concepts. Tout le livre de Foucault,

Les Mots et

les choses,

est un commentaire de cette thèse.»79 * * *

73 Voir à ce sujet Jean-Marie Auzias, op. cit., p. 18; Gilles Deleuze, loc. cit.,p. 306. 310; Marcel Hénaff, op.cit., p. 103.

74 Marcel Hénaff, Ibid., p. 111. 75 Gilles Deleuze, loc. cit., p. 310.

76 Ibid. 77 Idem.

78 Ses travaux sont déterminants pour la compréhension la linguistique structurale en contexte américain. Terence Hawkes, Structuralism and Semiotics, Los Angeles, University of California Press, 1984, p. 29.

79 Jean-Marie Auzias, op. cit., p. 44.

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Ce texte est important. Il constitue une amorce de démonstration du caractère inconscient des structures, mais aussi du rôle prédominant de la linguistique dans le structuralisme: la plupart des maîtres structuralistes reprennent cette donnée et hi rendent une coloration particulière selon leurs propres champs d'étude.

2.2.0 L'omniprésence de la linguistique dans le paradigme structuraliste

«Le langage est une traduction symbolique de la réalité, mais la «réalité» telle que nous la percevons est, pour une large part, «inconsciemment fondée sur nos habitudes linguistiques» et, en particulier, sur la classification du monde sensible qui nous est suggérée par notre langue. Mieux encore, une réalité ne nous paraît vraiment réelle que si elle porte un nom. Enfin, substitut de l'action, le langage est lui-même une forme d'action.»80

Jean-Elie Bolantski

Le deuxième élément constitutif de la structure de l'acte de lecture structuraliste est la linguistique. Au sein du paradigme structuraliste, la linguistique est la «science pilote»,81 que ce soit en philosophie avec Derrida, en anthropologie avec Lévi- Strauss ou en psychanalyse avec Lacan. C'est par la linguistique, ou du moins par

80 Jean-Elie Boltanski au sujet de la linguistique de Sapir dans Edward Sapir, Linguistique, Paris, Éditions Le livre de poche, coll. «Folio-Essais», no. 149, 1991, p. 8.

81 François Bosse, Hist..., T. I, p. 10. Voir aussi Louis-Jean Calvet, Pour et contre

Saussure. Vers une linguistique sociale, Paris, Éditions Petite Bibliothèque Payot, no.

266, 1975, p. 11. Désormais, Louis-Jean Calvet, Pour...

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ses méthodes, que les sciences humaines inspirées par le structuralisme se sont découvertes un cadre théorique valable.

Ce parti-pris pour le langage et la linguistique entraîne quatre principales conséquences. La première conséquence concerne le texte, la seconde conséquence implique le rapport à la littérature, la troisième est en lien avec le fait «sémiotique» et la dernière conséquence se rapporte à la méthode de base dans le structuralisme, l'analyse structurale.

La première conséquence de !'utilisation de la linguistique et de ses méthodes est une définition élargie du «texte». Ainsi, dans le paradigme structuraliste, la notion de texte est comprise comme «tous les ensembles et systèmes signifiants».82 Dans une telle optique, presque tout objet d'étude peut devenir «texte», ce qui est démontré plus loin dans le chapitre sur le critique littéraire Roland Barthes.

La seconde conséquence est le rapprochement avec la littérature. La rencontre entre structuralisme et littérature est évidente car elle est une «oeuvre de langage»83 et le structuralisme se présente comme une méthode requérant la linguistique. Ils ont m objet commun, le langage.

Le philosophe Jacques Derrida, par sa méthode de déconstruction, réduit les frontières entre la littérature et la philosophie. Le psychanalyste Jacques Lacan lit des textes littéraires à l'aide de la psychanalyse comme par exemple la nouvelle «La lettre volée»84 d'Edgard Allan Poe85 [1809-1849]. Cette lecture de Lacan donna lieu à une controverse entre les deux auteurs dont la pensée est étudiée plus loin.

La troisième conséquence est que tout peut être considéré comme «sémiotique» comme l'explique Jean-Marie Benoist:

82 Jean-Marie Benoist, La révolution structurale. Althusser, Barthes, Lacan, Lévi-

Strauss, Paris, Éditions Denoël/Gonthier, coll. «Médiations», no. 202, 1980, p. 26.

83 Gérard Genette, loc. cit., p. 149.

84 Jacques Lacan, «Le Séminaire sur «La lettre volée» dans Écrits I, Paris, Éditions du Seuil, coll. «Points», no. 5, 1970, pp. 19-75. Désormais, Jacques Lacan, Écrits..., T. I.

85 Edgard Allan Poe, «La lettre volée» dans Histoires extraordinaires, Paris, Éditions Booking International, 1996, pp. 127-144.

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«sémiotique de !,inconscient avec Lacan, sémiotique des codes de parenté et des corpus mythiques avec Lévi-Strauss, sémiotique des relations et des contradictions sociales avec le marxisme d'Althusser, sémiotique de l'archive et du document historique dont l'archéologie foucaldienne constitue le discours de la méthode.»86

Il est relativement simple de conclure qu'il est impossible de sortir du «langage» car, comme l'écrit Umberto Eco résumant la pensée de Lacan: «le langage nous précède et nous détermine».87

À ce titre, il est évident que la linguistique joue un rôle primordial dans ce travail de déconstruction entrepris par le structuralisme qui veut déconstruire «les philosophies de la conscience, du sujet. Car l'émetteur est omis - c'est même une condition de possibilité - aux systèmes signifiants, aux structures de langage qui sont premières logiquement et chronologiquement».88

La quatrième conséquence est !'utilisation de l'analyse structurale par la plupart des auteurs structuralistes. La linguistique est omniprésente dans le structuralisme à cause des principaux concepts opératoires du linguiste Ferdinand de Saussure qui sont démontrés plus loin et par !'utilisation de l'analyse structurale comme méthode de base des travaux structuralistes. Le rêve, le mythe et le délire sont, comme textes, les «objets privilégiés de l'analyse structurale»89 car ils sont une manifestation évidente de !'Autre.

86 Jean-Marie Benoist, op. cit., p. 25. 87 Umberto Eco, Le signe..., p. 187. 88 Christian Descamps, op. cit., p. 34 89 Vincent Descombes, Le Même..., p. 97.

Figure

Tableau I: Description théorique des cinq éléments
Tableau II: Synthèse des éléments communs et différences entre le  modernisme, le postmodernisme et le structuralisme
Tableau III: Les cinq éléments chez Lacan
Tableau IV: Les cinq éléments chez Lévi-Strauss
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Références

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