© Camille Leclerc, 2020
Triade noire, personnalité limite et maltraitance
émotionnelle chez les adolescents: le rôle médiateur de
la mentalisation
Mémoire doctoral
Camille Leclerc
Doctorat en psychologie
Docteure en psychologie (D. Psy.)
Triade noire, personnalité limite et maltraitance
émotionnelle chez les adolescents: le rôle médiateur
de la mentalisation
Mémoire doctoral
Camille Leclerc
Sous la direction de :
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Résumé
La présente étude s’intéresse à la triade noire (TN) de la personnalité et aux traits de personnalité limite, ainsi qu’à leurs associations avec la maltraitance émotionnelle et la mentalisation. Ces construits de personnalité ont tous été associés à des déficits de cognition sociale et à un environnement adverse à l’enfance, mais la littérature n’est pas claire sur la nature de ces relations. La présente étude a pour premier objectif d’explorer les associations entre les construits de la triade noire et la personnalité limite. Le deuxième objectif est d’examiner la présence de déficits de mentalisation et de maltraitance émotionnelle chez les adolescents d’échantillons clinique et non clinique, ainsi que l’association entre ces variables et les construits de personnalité à l’étude. La mentalisation est alors proposée comme médiateur de la relation entre la maltraitance et les traits de personnalité chez des adolescents d’un échantillon clinique. Les résultats confirment une forte association entre les trois construits de la TN et une association modérée entre la personnalité limite et la TN. Les résultats révèlent que la mentalisation joue un rôle médiateur dans la relation entre la personnalité limite et la maltraitance émotionnelle. De plus, les résultats suggèrent que la mentalisation pourrait également jouer un rôle protecteur dans la relation entre la maltraitance émotionnelle et le machiavélisme. La présente étude n’a pas su démontrer que la mentalisation jouait un rôle médiateur dans la relation entre la maltraitance et le narcissisme ainsi qu’avec la psychopathie, mais les résultats suggèrent qu’il serait pertinent d’explorer davantage cette piste dans le cadre d'études ultérieures.
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Table des matières
Résumé ... ii
Table des matières ... iii
Liste des tableaux ... iv
Liste des figures ... v
Listes des abréviations ... vi
Remerciements ... vii
Introduction ... 1
Chapitre 1 : Recension des écrits ... 1
La triade noire de la personnalité ... 1
Cognition sociale, mentalisation et fonctionnement réflexif ... 5
Impact de la maltraitance sur la mentalisation ... 7
Triade noire, personnalité limite et cognition sociale ... 9
Triade noire, personnalité limite et maltraitance ... 13
Maltraitance, mentalisation et personnalité ... 15
Objectifs ... 15
Chapitre 2 : Méthode ... 17
Participants ... 17
Matériel ... 18
Procédure ... 20
Chapitre 3 : Analyses statistiques ... 21
Chapitre 4 : Résultats ... 23
Analyses descriptives ... 23
Analyses corrélationnelles ... 23
Analyse acheminatoire ... 26
Chapitre 5 : Discussion ... 28
Relations entre les trois membres de la triade noire ... 28
Traits de personnalité limite et triade noire ... 29
Rôle médiateur de la mentalisation ... 30
Limites de l’étude ... 35
Conclusion ... 37
iv
Liste des tableaux
Tableau 1
Description et comparaison des adolescents des échantillons clinique et non clinique…...43
Tableau 2
Comparaison du type de maltraitance émotionnelle rapporté en fonction du parent dans l’échantillon clinique………..…………. 44
Tableau 3
Corrélations de Pearson entre les construits de la TN, la personnalité limite, les facteurs de fonctionnement réflexif et la maltraitance émotionnelle dans l’échantillon clinique…...45
Tableau 4
Estimation des covariances entre les échelles de FR (médiateurs) et les variables
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Liste des figures
Figure 1.
Intercorrélations entre les trois membres de la TN (machiavélisme, narcissisme et
psychopathie)……….………...………47
Figure 2.
Analyse acheminatoire des associations significatives et marginalement significatives entre la maltraitance émotionnelle maternelle et paternelle, le FR des adolescents (confusion et intérêt/curiosité) et les traits de personnalité limite et machiavéliques auprès de 40
adolescents d’une population
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Listes des abréviations
BPFS-C………...……….……..Borderline Personality Features Scale for Children
CECA-Q………...…Childhood Experience of Care and Abuse Questionnaire
DD-Y………...………...………...………Dirty Dozen for Youth FR………..……….Fonctionnement réflexif PIANO……...……….Portail intégré d’applications numériques pour ordinateur
RFQ-Y………..………...Reflexive Function Questionnaire for Youth
SCEP………...………..…..Service de consultation de l’École de psychologie
ToM………...………...…Theory of Mind TN ……….…………..…..………Triade noire TPL………...……….….Trouble de la personnalité limite
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Remerciements
J’aimerais tout d’abord remercier ma directrice de recherche, Madame Karin Ensink, pour avoir cru en moi et en mon projet tout au long de ce processus. C’est vous qui m’avez introduit au monde de la recherche dans le cadre de ma Recherche dirigée et j’ai énormément appris sous votre supervision depuis ce temps. Je tiens également à remercier Madame Lina Normandin, présidente de mon comité d’encadrement, pour ses critiques toujours constructives concernant mon projet. Je n’aurais jamais pu arriver à ce résultat sans votre support et votre implication. Je dois également un énorme merci à Hélène Paradis, statisticienne, pour son aide précieuse en matière d’analyse statistiques.
Je dois également un énorme merci à toute l’équipe du laboratoire de recherche en psychologie clinique de l’enfant et de l’adolescents, qui a permis la réalisation de ce projet par son travail incroyable en matière de recrutement, de saisie de données et de gestion de banque de données. Un merci spécial à Michaël H. Bégin, qui a toujours été prêt à m’aider quand j’en avais besoin. Je ne peux pas non plus passer à côté d’Alexandra Thériault Séréno. En tant que collègue et amie, tu m’as toujours aidée à relativiser quand mon autocritique me jouait des tours, depuis Recherche dirigée jusqu’à aujourd’hui! Enfin, un grand merci à Marie-Claude Parent, ma partenaire de rédaction et soutien moral de l’été 2019!
Je tiens également à remercier mon amoureux, Francis, pour son soutien et ses encouragements. Tu as cru en moi et tu as toujours su voir le verre à moitié plein quand je le voyais à moitié vide (ou complètement vide, avouons-le)! Tu es arrivé dans ma vie à la fin de mon parcours doctoral, mais ton optimisme à tout épreuve aura eu plus d’importance que tu ne pourrais t’imaginer. Ensuite, un grand merci à mes parents et ma famille, qui m’ont toujours encouragée et supportée dans la poursuite de mes études et de ma carrière.
Finalement, un gros merci à mes amies du doc, Alexandra, Kelly Ann, Émilie, Sandra et Amber. Qu’aurait été le doctorat sans vous et sans nos sorties pour se changer les idées? Et Anne-Marie, ma partenaire de P2, je te dois aussi un très grand merci pour ton soutient à travers les épreuves que nous avons vécues ensemble. On va finir par aller le prendre notre nachos au pub!
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Introduction
Bien que le narcissisme, la psychopathie et le machiavélisme soient trois construits distincts, la recherche montre qu’ils présentent certains chevauchements. Ces trois construits de personnalité, qui sont considérés comme aversifs sans nécessairement atteindre un seuil pathologique, forment la « triade noire » (TN; « dark triad »). Chacun de ces construits de personnalité implique à divers degrés des comportements d’autopromotion, une froideur émotionnelle, une tendance à la tromperie et à l’agressivité (Paulhus et Williams, 2002). Chez les adolescents de la communauté, les traits de personnalité de la TN, plus particulièrement la psychopathie et le machiavélisme, sont associés à la présence de délinquance et de symptômes d’agression (Muris, Meesters et Timmermans, 2013). De plus, les trois construits de la TN sont associés à des déficits au niveau de la cognition sociale, notamment un déficit d’empathie. Une meilleure compréhension de la relation entre la triade noire et la cognition sociale pourrait contribuer à améliorer les interventions auprès d’adolescents présentant ces traits de personnalité. De plus, puisque la plupart des études sur la TN ont été menées auprès d’adultes, il subsiste des lacunes au niveau des connaissances quant à l’expression de ces traits de personnalité et leurs relations chez les adolescents.
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Chapitre 1 : Recension des écrits
La triade noire de la personnalité
Narcissisme. Le narcissisme peut être conceptualisé comme étant la capacité d’un individu
à maintenir une image de soi relativement positive à travers une variété de processus d’auto-régulation, sous-tendant ses besoins de validation et d’affirmation ainsi que sa moti-vation à rechercher ouvertement ou secrètement des expériences de valorisation personnelle dans son environnement social (Pincus et al. 2009). Le narcissisme peu s’exprimer de façon saine ou de façon pathologique, reflétant une organisation adaptée ou mésadaptée de la per-sonnalité de l’individu, ses besoins psychologiques et ses mécanismes de régulation. Ces différents facteurs donnent lieu à des différences individuelles dans la façon de gérer les besoins de valorisation de soi et de validation (Pincus & Lukowitsky, 2010). Le narcissisme en tant que construit de la triade noire réfère aux aspects aversifs du concept de narcissisme, soit davantage au narcissisme pathologique.
Bien que le narcissisme à l’adolescence ait fait l’objet d’un nombre grandissant d’études dans les dernières années, des lacunes demeurent dans les connaissances à ce sujet. Pourtant, le narcissisme jouerait un rôle important dans le développement de l’adolescent, voire même un rôle adaptatif. Selon Hill et Lapsley (2011), le sentiment d’omnipotence serait une facette plus adaptative du narcissisme à l’adolescence, puisqu’elle est associée à une meilleure estime de soi et un sentiment accru de valeur personnelle. Toutefois, le sentiment d’être unique serait plutôt une manifestation maladaptée de narcissisme à l’adolescence, entraînant un sentiment de vulnérabilité et une certaine anxiété sociale. Selon Ensink et coll. (2018), le narcissisme pathologique à l’adolescence est associé à la présence de troubles internalisés et externalisés.
Deux phénotypes de narcissisme pathologique ont été identifiés : le narcissisme grandiose et le narcissisme vulnérable. Wink (1991) est le premier à avoir soulevé l’idée que le narcissisme puisse prendre ces deux formes. Il identifie le narcissisme grandiose comme étant associé à l’extraversion, une haute estime de soi, l’exhibitionnisme et l’agression, alors que le narcissisme vulnérable serait plutôt associé à l’introversion, une attitude défensive, une hypersensibilité, de l’anxiété, et une vulnérabilité face aux traumas.
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Malgré ces différences, les deux facettes du narcissisme partagent un noyau commun, soit l’arrogance, la complaisance et le mépris d’autrui. Si cette structure du narcissisme a d’abord été révélée au sein d’une population adulte, l’existence de ces deux facettes du narcissisme a aussi été confirmée récemment chez les adolescents (Ensink et coll., 2018).
Psychopathie. Le concept de psychopathie a d’abord été défini par Cleckley (1988),
à partir de ses impressions cliniques. C’est à partir des critères établis par Cleckley que Hare (1980) a développé la Psychopathy Checklist (PCL), une échelle largement utilisée en recherche qui fut révisée plusieurs fois par la suite (Hare, 1991; 2003) sur la base de travaux empiriques. Des analyses factorielles ont permis d’identifier deux composantes centrales de la psychopathie : un facteur affectif-interpersonnel et un facteur impulsif-antisocial. Le premier facteur est défini par un dysfonctionnement émotionnel, impliquant une réduction de l’empathie, des traits calleux-insensibles et un attachement réduit, alors que le deuxième facteur réfère à des comportements antisociaux (Hare et coll., 1990; Harpur, Hakstian et Hare, 1988). Des travaux plus récents remettent toutefois en doute cette structure à deux facteurs, proposant plutôt un modèle à trois facteurs (Cooke et Michie, 2001; Jones, Cauffman, Miller et Mulvey, 2006), dans lequel le facteur de dysfonctionnement émotionnel est divisé en deux sous-catégories, soit une dimension calleuse-insensible et une dimension de narcissisme. De manière similaire, trois dimensions de psychopathie ont été identifiées chez les enfants et les adolescents: (1) une dimension affective (émotions superficielles, manque d’empathie, dureté), (2) une dimension interpersonnelle (charme superficiel, manipulation, grandiosité, mensonge) et (3) une dimension comportementale (impulsivité, irresponsabilité, recherche de sensation, absence de but à long terme) (Andershed, Kerr, Stattin et Levander, 2002; van Baardewijk et coll., 2008). C’est la dimension affective, les traits calleux-insensibles, qui distinguerait de manière unique la psychopathie des autres troubles de types antisociaux (Sharp et Vanwoerden, 2014).
Machiavélisme. Le machiavélisme réfère à un style de personnalité marqué par le
cynisme, le pragmatisme, des croyances misanthropes et immorales, une empathie limitée, la manipulation, l’exploitation des autres, la tromperie et la planification stratégique (Christie, Geis, Festinger et Schachter, 2013). Le machiavélisme est d’ailleurs associé au
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fait d’être socialement manipulateur et à l’exploitation d’autrui à ses propres fins (Jonason, Li, Webster et Schmitt, 2009). Les individus ayant un haut degré de machiavélisme tendent à se comporter de manière froide et manipulatrice autant lors d’expériences en laboratoire qu’en milieu naturel (Christie et coll., 2013). La plupart des études sur le machiavélisme ont été effectuées auprès d’échantillons adultes, mais quelques études se sont penchées sur le machiavélisme chez les adolescents. Chez ces derniers, le machiavélisme serait associé positivement à différents types de difficultés, dont l’hyperactivité, les problèmes de comportement, les problèmes avec les pairs et certains symptômes émotionnels. Il semblerait d’ailleurs que le machiavélisme augmente avec l’âge, suggérant que les adolescents deviennent plus cyniques en vieillissant (Geng et coll., 2017).
Personnalité limite. Le trouble de la personnalité limite (TPL) est une
psychopathologie sévère qui se caractérise par un mode général d’instabilité des relations interpersonnelles, de l’image de soi et des affects, avec une impulsivité marquée qui se manifeste dans divers contextes (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-5) : Americain Psychiatric Association, 2013). Le diagnostic de TPL selon le DSM-5 représente un construit catégoriel. Or, en raison des aspects développementaux de la personnalité à l’adolescence, il vaut mieux adopter une approche dimensionnelle plutôt que catégorielle (Sharp et Fonagy, 2015). Chez les adolescents, la personnalité limite a été associée à une plus grande occurrence de troubles liés à l’utilisation d’une substance, de problèmes intériorisés et extériorisés (Chanen, Jovev et Jackson, 2007; Ha, Balderas, Zanarini, Oldham et Sharp, 2014) et d’autres troubles de personnalité appartenant à tous les groupes (Becker, Grilo, Edell et McGlashan, 2000).
Relations entre les construits de la triade noire. Une méta-analyse (Furnham,
Richards et Paulhus, 2013) conduite sur près d’une centaine de corrélations a cherché à évaluer la force des corrélations entre les trois construits de personnalité de la TN dans des échantillons non cliniques. Il en ressort que toutes les corrélations observées sont positives et significatives et qu’environ le quart d’entre elles sont plus grandes que 0,50. Enfin, selon cette méta-analyse, les construits les plus fortement corrélés seraient le machiavélisme et la psychopathie, alors que le narcissisme et le machiavélisme seraient les moins fortement associés. Une méta-analyse plus récente (Vize, Lynam, Collison et Miller, 2018) a examiné
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les différences entre les composantes de la TN et présente les intercorrélations moyennes obtenues avec le Dirty Dozen, dont une version adaptée aux adolescents est utilisée dans la présente étude. Les résultats montrent des corrélations modérées à fortes entre les concepts (rs = 0,49 pour le machiavélisme et le narcissisme, 0,33 pour le narcissisme et la psychopathie et 0,53 entre le machiavélisme et la psychopathie).
Triade noire vulnérable. Le narcissisme pathologique et la psychopathie font
preuve d’une certaine hétérogénéité. En effet, la pathologie du narcissisme peut se présenter selon le type grandiose ou vulnérable, et deux facteurs de psychopathie ont été identifiés, soit un facteur affectif/interpersonnel (i.e. psychopathie de type 1) et un facteur comportemental (i.e. psychopathie de type 2). Pour rendre compte de cette hétérogénéité, Miller et coll. (2010) ont étudié l’existence d’une TN dite « vulnérable », qui combine un style interpersonnel hostile à une dérégulation émotionnelle. Cette seconde triade serait composée du narcissisme vulnérable, de la psychopathie de type 2 et de la personnalité limite. D’un autre côté, la personnalité limite a également été suggérée comme quatrième membre potentiel de la TN originale (Furnham et coll., 2013), puisqu’elle présente une association significative avec le narcissisme vulnérable (Miller et coll., 2010) et la psychopathie (Hunt, Bornovalova et Patrick, 2015; Sprague, Javdani, Sadeh, Newman et Verona, 2012). Par ailleurs, le chevauchement entre la psychopathie et la personnalité limite serait particulièrement observable chez les femmes (Sprague et coll., 2012). La personnalité limite, tout comme les autres construits de la TN originale, est associée à des déficits de cognition sociale.
La personnalité dans une perspective de psychopathologie développementale
Si l’étude de la personnalité, tant normale que pathologique, s’est longtemps limitée à l’âge adulte, ces dernières années ont vu s’accroître l’intérêt envers les troubles de personnalité à l’adolescence. Dans leur revue portant sur l’état des connaissances en matière de troubles de la personnalité à l’adolescence, Lebel et Normandin (2015) soulignent le fait que l’adolescence est une période de grands bouleversements aux plans biologique, psychologique et social mettant grandement à l’épreuve les capacités d’adaptation des jeunes. De ce fait, l’approche de la psychopathologie développementale devient tout indiquée afin de mieux comprendre ce qui fait en sorte que certains adolescents
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vivent des difficultés au cours de cette période et d’autres non. Par ailleurs, une grande attention a été portée au trouble de la personnalité limite à l’adolescence, élargissant les connaissances quant à ses manifestations, sa stabilité et ses facteurs de risque. Les aspects plus sombres de la personnalité chez les jeunes ont quant à eux été moins étudiés, laissant la place aux aspects plus vulnérables. Or, considérant les difficultés associées à la présence de traits de la TN chez les adolescents, une meilleure connaissance des manifestations, du développement, de la stabilité et des facteurs de risque associés pourrait s’avérer d’une grande importance en termes de traitement et de prévention, tant pour la société que pour les adolescents eux-mêmes. De plus, le fait d’avoir vécu de la maltraitance émotionnelle durant l’enfance, pourrait potentiellement expliquer que certains adolescents développent des traits de personnalité narcissiques, psychopathiques, machiavéliques et limite. La mentalisation pourrait être la clé pour expliquer cette trajectoire, et ce concept sera davantage développé dans la section suivante.
Cognition sociale, mentalisation et fonctionnement réflexif
Définition de la cognition sociale. La cognition sociale fait référence aux
nombreux processus grâce auxquels les individus comprennent et donnent un sens au monde qui les entoure (Frith, 2008). Autrement dit, il s’agit du processus par lequel un individu, enfant ou adulte, se comprend lui-même et comprend les autres en termes de comment ils pensent, ressentent, perçoivent, imaginent, réagissent, attribuent et infèrent (Sharp, Fonagy et Goodyer, 2008). De nombreux mécanismes de cognition sociale ont été identifiés, et ceux-ci existeraient sur deux niveaux. Certains mécanismes sont implicites, largement automatiques, et considérés comme étant de bas niveau. Ces mécanismes de bas niveau permettent l’imitation, la contagion émotionnelle et la reconnaissance d’émotions à partir d’expressions faciales. Il existe également des mécanismes de plus haut niveau, qui sont plus lents et flexibles, et qui demandent un plus grand effort mental. Ces processus sont requis pour calculer les intentions, les croyances et les désirs d’autrui, et doivent donc intégrer une représentation mentale de l’esprit de l’autre, tout en suspendant temporairement sa propre perspective (Frith et Frith, 2008; Sharp et Vanwoerden, 2014).
Définition de l’empathie. L’empathie est un concept relié à la cognition sociale et
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y distingue généralement trois composantes : l’empathie cognitive, l’empathie émotionnelle et l’empathie motrice. L’empathie cognitive réfère à la capacité de l’individu de se représenter les états mentaux des autres, et donc à la théorie de l’esprit (Theory of Mind en anglais [ToM]), ou mentalisation (Frith et Frith, 2003; Leslie, 1987; Sharp et coll., 2008). L’empathie émotionnelle désigne plutôt la réponse émotionnelle aux émotions exprimées par les autres (expressions faciales et vocales, mouvements corporels, etc.) (Sharp et coll., 2008). L’empathie motrice se produit lorsqu’un individu reflète les réponses motrices d’une personne qu’il observe (Preston et de Waal, 2002).
Définition de la mentalisation. La cognition sociale englobe de nombreux
construits, dont la mentalisation, qui correspond à la capacité de concevoir les états mentaux chez soi et chez les autres. La mentalisation est un concept décrit autant dans les domaines de la psychodynamique (Fonagy, Jurist, Target et Gergely, 2014) que de la psychologie cognitive (Baron-Cohen, Tager-Flusberg et Lombardo, 2013; Morton et Frith, 1995). Le fonctionnement réflexif (FR) correspond à l’opérationnalisation du concept de mentalisation, et réfère au processus mental qui sous-tend la capacité de mentaliser. L’attribution d’états mentaux permet de donner du sens au comportement d’autrui, rendant celui-ci prévisible (Fonagy, Target, Steele et Steele, 1998). Le FR s’inscrit dans le contexte de l’attachement, et se développe dans le cadre des premières relations sociales de l’enfant (Fonagy et coll., 2014; Fonagy et Target, 1997). Le FR implique à la fois une composante autoréflexive et une composante interpersonnelle. Cette dernière permet à l’individu de distinguer la réalité interne de la réalité externe, le faire semblant des modes de fonctionnement « réels », et les processus mentaux et émotionnels intrapersonnels de la communication interpersonnelle. Le FR est un processus automatique qui permet d’interpréter de manière inconsciente l’action humaine. Le FR contribue également à donner forme et cohérence à l’organisation de soi, et ce de manière tout aussi inconsciente, contrairement à l’introspection, dont l’impact sur l’expérience de soi est clair et explicite (Fonagy et coll., 1998).
Développement de la mentalisation. La mentalisation se développe dans le
contexte de la relation entre l’enfant et son parent et de leurs interactions. Selon Fonagy et Campbell (2016), la compréhension qu’une personne a des autres dépend du fait que ses
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propres états mentaux aient été ou non adéquatement compris par des adultes attentionnés et non menaçants. En effet, le contexte d’un attachement sécure est idéal au le développement de la mentalisation, puisqu’il offre un environnement exempt d’obstacles à son développement (Fonagy et Allison, 2012). Selon Fonagy et Allison (2012), le plein développement de la mentalisation nécessite une interaction avec des esprits plus matures et sensibles. Lorsque le parent reflète les états mentaux de l’enfant, il organise de ce fait son expérience et l’aide à savoir ce qu’il ressent. Le reflet se doit d’être juste, mais un certain écart entre le ressenti de l’enfant et la représentation du parent peut être bénéfique. Un reflet trop exact peut faire en sorte que la représentation devienne une source de peur pour l’enfant. Si le reflet n’est pas disponible, s’il est contaminé par les préoccupations du parent ou si l’état mental de l’enfant est exagéré, cela peut compromettre le développement du soi (Fonagy et Target, 1997). Il est donc de mise que le développement de la mentalisation peut être compromis pour un enfant grandissant dans un contexte de maltraitance émotionnelle.
Impact de la maltraitance sur la mentalisation
Puisque la mentalisation se développe au sein du contexte familial et du lien d’attachement, le fait de grandir dans un contexte d’adversité peut avoir un impact négatif sur le développement des capacités de mentalisation et la cognition sociale en général. Selon la théorie de la mentalisation de Fonagy, l’une des conséquences de la négligence, de la maltraitance et de l’abus est le fait que les émotions de l’enfant ne sont pas reflétées de manière sensible, ce qui compromet la capacité de l’enfant à comprendre ses états mentaux et ceux des autres. De plus, dans un contexte d’abus, alors que le parent entretient des intentions hostiles envers l’enfant, la reconnaissance des états mentaux des autres peut devenir menaçante pour l’enfant, ce qui mine le FR. Enfin, un déficit de FR peut également découler non pas des actes d’abus eux-mêmes, mais également de l’atmosphère familiale qui les entoure (Fonagy et coll., 2014). Plusieurs études empiriques appuient cette hypothèse théorique, montrant que les enfants ayant vécu de maltraitance présentent des déficits au niveau de la ToM (Cicchetti, Rogosch, Maughan, Toth et Bruce, 2003; Germine, Dunn, McLaughlin et Smoller, 2015; O’Reilly et Peterson, 2015; Pears et Fisher, 2005) et de la reconnaissance des émotions (Ardizzi et coll., 2015; Camras, Grow et Ribordy, 1983; da Silva Ferreira, Crippa et de Lima Osório, 2014; Leist et Dadds, 2009; Pears et Fisher,
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2005; Pollak, Cicchetti, Hornung et Reed, 2000). Il est à noter que certaines études ont trouvé que les adolescents ayant vécu de la maltraitance émotionnelle ne présentaient pas de déficit sur le plan de la mentalisation (van Schie et coll., 2017) et que l’âge était un modérateur de cette relation, les déficits de mentalisation s’atténuant avec l’âge (Luke et Banerjee, 2013). En ce qui a trait à l’impact de la maltraitance sur le FR, moins de connaissances empiriques sont disponibles. Selon Ensink, Normandin, et coll. (2015), les enfants ayant un historique d’abus sexuel présentent des déficits de mentalisation par rapport à soi et aux autres, avec un impact plus sévère lorsque l’abus est de nature intrafamiliale. La mentalisation agit également comme médiateur de la relation entre l’abus sexuel et les difficultés intériorisées et extériorisées chez les enfants. Autrement dit, le fait d’avoir vécu un abus sexuel à l’enfance aurait un impact négatif sur la mentalisation, ce qui explique une augmentation des symptômes dépressifs et des comportements extériorisés (Ensink, Bégin, Normandin et Fonagy, 2016).
Cognition sociale, mentalisation et psychopathologie. Tel que rapporté par Sharp
et coll. (2008), la cognition sociale joue un rôle essentiel dans les interactions sociales et permet de s’impliquer dans diverses activités humaines, telles que la famille, l’amitié, l’amour, la coopération, le jeu et la communauté. De ce fait, un déficit de cognition sociale peut avoir un impact très négatif sur la vie d’un individu et de sa famille, ainsi que sur sa communauté. Plusieurs psychopathologies sont associées à un tel déficit, et cette relation a fait l’objet d’un nombre grandissant d’études dans les dernières décennies. Certaines, comme l’autisme, sont de l’ordre des troubles neurodéveloppementaux (voir Baron-Cohen et coll., 1985), mais on retrouve aussi des déficits de cognitions sociales dans certains troubles intériorisés, comme la dépression (Bora et Berk, 2016; Lee, Harkness, Sabbagh, et Jacobson, 2005), et extériorisés (Gambin, Gambin et Sharp, 2015). Par ailleurs, la cognition sociale constitue une pierre angulaire dans le développement de la personnalité, tant normale que pathologique (Sharp et Vanwoerden, 2014). La mentalisation, en tant que composante de la cognition sociale, peut être elle-même altérée, et des déficits sécifiques de mentalisation peuvent être associés à différentes psychopathologies. Deux types de difficultés de mentalisation sont identifiés : l’hypomentalisation (mentalisation faible ou absente) et l’hypermentalisation (ou ToM excessive) (Dziobek et coll., 2006; Sharp et coll., 2013).
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Triade noire, personnalité limite et cognition sociale
Quelques études ont examiné le lien entre la triade noire, la personnalité limite et la cognition sociale, avec des résultats généralement peu cohérents. Dans leurs études, Lishner, Hong, Jiang, Vitacco et Neumann (2015) ont testé l’hypothèse selon laquelle la psychopathie et les traits de personnalité narcissiques et limites sont reliés à un déficit dans l’expérience de l’empathie affective, en exposant des étudiants de premier cycle universitaire, à une tâche implicite d’empathie affective. Selon leurs résultats, seule la psychopathie (plus particulièrement les traits calleux) serait associée de manière consistante à un déficit d’empathie affective. De manière similaire, Lee et Gibbons (2017) ont trouvé que la psychopathie, en comparaison aux deux autres traits de la TN, était associée de manière unique à une réduction de la compassion rapportée, alors qu’un déficit d’empathie cognitive et affective agissait comme médiateur partiel de cette relation. Le narcissisme était toutefois associé à un plus haut niveau de compassion rapporté, relation expliquée par l’empathie émotionnelle. Les auteurs attribuent ce résultat à la propension des individus narcissiques à exprimer leurs émotions et leur supériorité. Aucun lien significatif n’a été révélé entre la compassion rapportée et le machiavélisme. Stellwagen et Kerig (2013) dans leur étude sur la relation entre quatre dimensions de la TN (traits calleux-insensibles, narcissisme, impulsivité et machiavélisme) et la ToM chez les enfants d’âge scolaire ont observé que les traits calleux insensibles étaient négativement reliés aux capacités de ToM, alors que le narcissisme y était positivement relié. Le machiavélisme et l’impulsivité n’étaient pas significativement reliés aux capacités de ToM. Une autre étude (Schimmenti et coll., 2017), menée auprès d’adultes, montre que tous les construits de la TN sont positivement associés à l’alexithymie et négativement associés à l’empathie et à la ToM. Cette variabilité dans les résultats peut être attribuable à l’utilisation de différents instruments de mesure des construits de cognition sociale. La présente étude pourrait contribuer à éclaircir la relation entre la triade noire, les traits de personnalité limite et la cognition sociale. De plus, en abordant la cognition sociale sous l’angle du FR, ce projet pourrait venir enrichir les connaissances en ce qui a trait aux déficits de cognition sociale associés à la TN, puisque ceux-ci ont principalement été étudiés sous l’angle de l’empathie et de la ToM.
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Narcissisme et mentalisation. Si un manque d’empathie constitue un critère du
trouble de personnalité narcissique (TPN) (DSM-5; American Psychiatry Association, 2013), le lien entre narcissisme pathologique et cognition sociale a longtemps manqué de support empirique. Un nombre grandissant d’études s’est intéressé à la question, mais considérant le caractère multidimensionnel de l’empathie et du narcissisme, les résultats demeurent peu cohérents à ce jour. Une étude de Ritter et coll., 2011) révèle que les patients ayant un TPN présentent un déficit d’empathie affective, tout en conservant une bonne capacité d’empathie cognitive. L’étude de Marissen, Deen et Franken (2012) contredit toutefois ces résultats. Ces chercheurs ont observé que les individus ayant un diagnostic de TPN présentaient un déficit dans la reconnaissance d’expressions émotionnelles, plus spécifiquement en ce qui a trait à la peur et au dégoût, et concluent donc à un déficit d’empathie cognitive. Ces résultats divergents pourraient être expliqués par le fait que les observations de Marissen et coll. (2012) se limitent à la reconnaissance d’émotions.
En ce qui a trait au FR, l’étude de Duval, Ensink, Normandin et Fonagy (2019) montre que le narcissisme grandiose est positivement associé à une certitude excessive quant aux états mentaux d’autrui. Ces résultats sont cohérents avec ceux d’Ames et Kammrath, 2004). En effet, ces auteurs ont trouvé que les individus qui performaient le moins bien en termes de mentalisation étaient aussi ceux qui surestimaient le plus leur performance, et que le narcissisme grandiose permettait de prédire cette surestimation des compétences. Duval, Ensink, Normandin et Fonagy (2019) sont toutefois allé plus loin, montrant également que le narcissisme vulnérable était associé à une confusion et une difficulté à identifier et distinguer les états mentaux. Il semblerait de plus que le narcissisme vulnérable serait associé à un déficit dans la capacité de prendre la perspective d’autrui (empathie cognitive) tout comme dans la capacité de comprendre émotionnellement l’expérience des autres (empathie affective) (Luchner et Tantleff-Dunn, 2016). Le manque de consensus quant aux altérations de la cognition sociale associées au narcissisme pathologique montre la nécessité de poursuivre la recherche dans ce domaine et soutien la pertinence de la présente étude.
Psychopathie et mentalisation. Tel que rapporté ci-haut, un déficit d’empathie
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centrales de la psychopathie. Peu d’études ont utilisé des mesures précises et valides de mentalisation. Toutefois, il existe plusieurs études portant sur des variables apparentées. Ainsi, la littérature suggère que le déficit de cognition sociale associé à la psychopathie serait d’ordre affectif plutôt que cognitif. En effet, plusieurs études n’ont pas montré la présence de déficit de théorie de l’esprit, terme parfois utilisé de manière interchangeable pour désigner la mentalisation (Blair et coll., 1996; Dolan et Fullam, 2004; Jones, Happé, Gilbert, Burnett et Viding, 2010; Morosan et coll., 2017; Nentjes, Bernstein, Arntz, Slaats et Hannemann, 2015), soutenant l’idée que le réel déficit consiste plus en un manque d’intérêt envers les victimes potentielles plutôt que des difficultés de mentalisation. Supportant cette explication, Drayton, Santos et Baskin-Sommers (2018) ont trouvé que les individus psychopathes auraient la capacité de prendre intentionnellement la perspective d’autrui, mais présenteraient une propension réduite à penser automatiquement ou spontanément selon la perspective d’autrui.
D’autres études utilisant des conceptions différentes de la mentalisation sont toutefois arrivées à des résultats différents. Sharp et Vanwoerden (2014) ont étudié la relation entre les traits psychopathiques chez les adolescents et la ToM, en utilisant une conception plus large de la ToM, incluant des mécanismes de haut et de bas niveaux, et une distinction entre une ToM réduite et une ToM excessive. Leurs résultats soulignent une relation unique entre la composante affective de la psychopathie (traits calleux-insensibles) et une altération des processus de bas niveau et de haut niveau de la ToM. De plus, la composante affective de la psychopathie serait associée à une ToM excessive, alors que les composantes comportementales seraient plutôt associées à une réduction ou une absence de ToM. En ce qui a trait au FR, Taubner, White, Zimmermann, Fonagy et Nolte (2013) ont trouvé que chez les adolescents, les traits psychopathiques étaient associés à un niveau plus bas de FR. Le FR constitue un concept intéressant dans l’étude des déficits de mentalisation associés à la psychopathie, puisqu’il tient compte du contexte affectif.
Machiavélisme et mentalisation. Peu d’études se sont penchées spécifiquement sur
la relation entre la mentalisation et le machiavélisme. Parmi les études rapportées ci-haut ayant étudié simultanément les trois construits de la TN en relation avec la cognition sociale, certaines ont constaté une absence de lien entre le machiavélisme et la cognition
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sociale (Lee et Gibbons, 2017; Stellwagen et Kerig, 2013), alors qu’une étude a mis en lumière un déficit, plus précisément une association positive entre le machiavélisme, une théorie de l’esprit réduite, une faible empathie et l’alexithymie (Schimmenti et coll., 2017). Bernáth et Kovács (2013) ont étudié le lien entre trois facteurs de mentalisation, soit le besoin de mentaliser (ou de « lire » les autres), le besoin de relations sereines et l’attitude envers la mentalisation. Les individus présentant un haut degré de machiavélisme rapportaient un besoin plus faible de mentaliser, mais n’étaient pas différents des individus peu machiavéliques sur les deux autres facteurs. Les auteurs concluent donc que ces résultats appuient la théorie selon laquelle les individus ayant un haut degré de machiavélisme performent moins bien aux tâches de mentalisation parce qu’ils sont moins intéressés à lire les états mentaux des autres (argument motivationnel).
Personnalité limite et mentalisation. Les traits de personnalité limite, tout comme
les construits de la TN, ont également été associés à des déficits de cognition sociale. Certains chercheurs ont observé que les adolescents ayant un trouble de la personnalité limite (TPL), lorsque comparés à ceux ayant un trouble dépressif majeur, performaient moins bien à une tâche sollicitant la composante affective de la ToM, mais les deux groupes ne présentaient pas de différence pour ce qui est de la composante cognitive de la ToM (Tay, Hulbert, Jackson, et Chanen, 2017). En ce qui a trait à la reconnaissance d’expressions faciales, les personnes présentant plus de traits limites auraient tendance à détecter des émotions négatives qui sont à peine présentes, mais cela serait plus vrai pour les individus présentant un faible contrôle volontaire (Meehan et coll., 2017). Selon Fertuck et coll. (2009), toutefois, les individus présentant un trouble de la personnalité limite performeraient mieux que les individus sains en ce qui a trait à la reconnaissance des émotions à partir des yeux. Les auteurs suggèrent que cette sensibilité supérieure aux états mentaux des autres pourrait être à la base des déficits sociaux associés à la personnalité limite. Les individus ayant un trouble de personnalité limite auraient également une meilleure capacité de ToM, et seraient donc meilleurs pour attribuer des états mentaux aux autres (Franzen et coll., 2011). Sharp et coll. (2011) ont alors soulevé que les difficultés de mentalisation observées en lien avec la personnalité limite pourraient découler de l’émergence d’une stratégie alternative inhabituelle, soit l’hypermentalisation, plutôt que d’un réel déficit ou une perte de la capacité de mentaliser (hypomentalisation ou absence de
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mentalisation). Sharp et coll. (2013) définissent l’hypermentalisation comme un processus social-cognitif amenant l’individu à faire des assomptions quant aux états mentaux d’autrui qui dépassent largement ce qui est observable, au point où il est difficile pour les autres de voir en quoi ces assomptions sont justifiées. Selon Sharp et coll. (2013), il existe une relation spécifique entre la personnalité limite et l’hypermentalisation, indépendamment des difficultés intériorisées et extériorisées. Concernant le FR, Sharp, Penner et Ensink (2019) ont trouvé une relation inverse entre le FR et les traits de personnalité limite, mais seulement en présence de troubles extériorisés.
Triade noire, personnalité limite et maltraitance
Le narcissisme pathologique, la psychopathie, le machiavélisme et la personnalité limite partagent certains facteurs étiologiques communs. Notamment, ces construits de personnalités ont tous été associés à un environnement adverse à l’enfance, que ce soit empiriquement ou théoriquement. Miller et coll., (2010) ont observé que le narcissisme vulnérable, la personnalité limite et le facteur 2 de la psychopathie étaient tous associés à un patron similaire d’abus à l’enfance, alors que le narcissisme grandiose et le facteur 1 de la psychopathie seraient plus faiblement reliés à ces facteurs étiologiques. Afifi et coll. (2011), ont obtenu des résultats similaires, observant une association robuste entre l’abus et la négligence à l’enfance et les troubles de la personnalité du cluster B, incluant les troubles de la personnalité limite, narcissique et antisociale.
Peu d’études empiriques sont disponibles en ce qui concerne les aspects développementaux du narcissisme pathologique, dont le vécu traumatique. Ménard et Pincus (2014) ont observé que la maltraitance était positivement associée au narcissisme grandiose et vulnérable, alors que Miller et coll. (2010) ont trouvé que le vécu traumatique prédisait uniquement les aspects vulnérables du narcissisme. Selon Ensink, Chrétien, Daigle, Normandin et Fonagy (sous presse) le narcissisme, tant grandiose que vulnérable, est associé positivement au maltraitement (antipathie, négligence, abus psychologique, physique et sexuel) chez les adolescents, mais uniquement chez les filles. Les auteurs suggèrent que l’absence de lien significatif chez les garçons pourrait s’expliquer par une plus grande vulnérabilité des filles aux effets de la maltraitance. Selon Kernberg, (1975), le narcissisme pathologique se développerait dans un contexte familial impliquant des parents
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froids, durs, présentant une agressivité intense, mais cachée. L’enfant développerait alors un soi grandiose pour se protéger du sentiment de ne pas être aimé et d’être l’objet d’envie et de haine de la part de ses parents.
L’adversité à l’enfance serait également reliée à la psychopathie. Toutefois, la recherche concernant le rôle de la maltraitance dans le développement de la psychopathie demeure limitée. Il semblerait qu’un manque de soins maternels et de surprotection parentale ainsi que l’abus physique durant l’enfance seraient associés aux traits psychopathiques à l’âge adulte (Gao, Raine, Chan, Venables et Mednick, 2010). Les adultes présentant un niveau élevé de traits psychopathiques présenteraient également plus d’abus et de négligence à l’enfance que les adultes ayant un niveau faible de traits psychopathiques (Lang, af Klinteberg et Alm, 2002). Dans l’étude de Schimmenti, Di Carlo, Passanisi, et Caretti (2015), l’abus émotionnel à l’enfance est identifié comme un prédicteur positif des traits psychopathiques chez les délinquants violents. Ometto et coll. (2016) ont quant à eux observé que les adolescents ayant vécu de la maltraitance présentent plus de traits psychopathiques que les adolescents sans vécu de maltraitance, indépendamment du quotient intellectuel et des autres troubles psychiatriques.
Peu d’études se sont intéressées spécifiquement au lien entre la maltraitance émotionnelle et le machiavélisme à l’adolescence. Selon Láng et Birkás (2015) l’aliénation maternelle serait associée à un plus grand degré de machiavélisme chez les filles, alors que le manque de communication avec le père serait associé à un plus grand degré de machiavélisme chez les garçons. Chez les adultes, une relation positive faible, mais significative est observée entre la négligence à l’enfance mesurée rétrospectivement et le machiavélisme à l’âge adulte (Láng et Lénárd, 2015).
Enfin, le fait d’avoir vécu des événements traumatiques à l’enfance est reconnu dans la littérature comme facteur de risque important du trouble de personnalité limite à l’âge adulte (Bandelow et coll., 2005; Bujalski, Chesin et Jeglic, 2017). Bounoua et coll. (2015) ont observé que chez les adolescents, l’abus émotionnel avait un effet significatif sur les symptômes de trouble de personnalité limite, par l’entremise de la sensibilité à l’anxiété. La négligence serait par ailleurs un prédicteur significatif de symptômes accrus de personnalité limite (Jovev et coll., 2013). Selon Ensink, Biberdzic, Normandin et Clarkin (2015), l’abus,
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la négligence et le trauma augmenteraient le risque de développer un trouble de personnalité limite entre autres via leur impact sur les processus attentionnels, la mentalisation à propos de soi-même et des autres et une augmentation de la peur et de l’agression menant au clivage et à la diffusion de l’identité. Par ailleurs, les adolescents ayant vécu un abus sexuel et ceux ayant vécu de l’antipathie de la part de leurs parents en cooccurrence avec des abus physiques et de la négligence rapportent plus de traits de personnalité limite que les adolescents n’ayant pas vécu d’abus (Begin, Ensink, Chabot, Normandin et Fonagy, 2018).
Maltraitance, mentalisation et personnalité
Il existe peu d’études à ce jour s’intéressant au lien entre maltraitance émotionnelle, mentalisation et personnalité. L’étude de Sharp et coll. (2016) a été la première à démontrer empiriquement que l’hypermentalisation agit comme médiateur de la relation entre la cohérence de l’attachement et les traits de personnalité limite. Ces résultats sont intéressants, dans la mesure où la maltraitance est associée à une certaine discontinuité au plan de l’attachement (Weinfield et al., 2004). On peut donc supposer que la mentalisation pourrait jouer un rôle médiateur similaire dans la relation entre maltraitance émotionnelle et traits de personnalité limite. Duval et al., (2019), quant à eux, ont été les premiers à tester l’hypothèse centrale de la théorie de Fonagy et Bateman (2007), soit que le vécu de maltraitance à l’enfance entraîne des difficultés au plan de la personnalité via leur impact sur le FR, auprès d’adolescents de la communauté. Leurs résultats montrent que la maltraitance émotionnelle mène au développement de traits de personnalité limite par leur impact sur le FR. À notre connaissance, il n’existe pas à ce jour d’étude examinant simultanément la relation entre maltraitance, mentalisation et machiavélisme ou psychopathie, et plus précisément le potentiel rôle médiateur de la mentalisation.
Objectifs
L’objectif général de ce projet est d’explorer le lien entre la maltraitance émotionnelle, la cognition sociale, les traits de personnalité limite et la triade noire chez les adolescents. Dans un premier temps, les relations entre les différents construits de personnalité – narcissiques, psychopathiques, machiavéliques et limites – seront
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investiguées (objectif 1). Dans un deuxième temps, les relations entre les traits de personnalité, le FR et la maltraitance émotionnelle sera examinée et le rôle médiateur de la mentalisation sera testé dans la relation entre la maltraitance émotionnelle et les traits narcissiques, psychopathiques, machiavéliques et limites (objectif 2).
Ainsi, les hypothèses suivantes sont posées : (1) les construits de la triade noire seront fortement et positivement associés entre eux; (2) les traits limites seront positivement associés aux construits de la TN; (3) la maltraitance émotionnelle sera associée à plus de traits limites, narcissiques, psychopathiques et machiavéliques; (4) la présence de traits de personnalité pathologiques sera associée à des déficits sur le plan de la mentalisation et ; (5) le fait d’avoir vécu de la maltraitance émotionnelle sera aussi associé à des déficits sur le plan de la cognition sociale. Il est attendu que cette dernière joue un rôle médiateur entre la maltraitance émotionnelle et les traits de personnalité pathologique.
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Chapitre 2 : Méthode
Participants
La présente étude comporte deux échantillons, le premier étant un échantillon clinique et le second un échantillon non clinique.
Les participants de l’échantillon clinique sont 73 adolescents âgés de 12 à 21 ans (M = 16,15; ET = 2,41), qui consultent pour diverses difficultés d’ordre psychologiques et/ou psychiatriques et ont accepté de participer au projet de recherche. Cet échantillon est composé à 71% de filles et 29% de garçons. Il existe plusieurs définitions de l’adolescence, et l’étendue d’âge incluse dans cette période de développement varie d’une étude à l’autre et d’un endroit du monde à un autre. L’âge de majorité civile est souvent utilisé pour désigner la fin de l’adolescence et le début de l’âge adulte. Or, il s’agit d’un critère relativement arbitraire, qui varie généralement entre 15 et 21 ans selon différentes régions du monde. De plus, des études de neuroimagerie longitudinale auraient démontré que le cerveau, et plus précisément le cortex préfrontal, qui coordonne les processus cognitifs de haut niveau ainsi que les fonctions exécutives, se développeraient et matureraient au-delà de l’âge de 20 ans (Johnson et al., 2009). Sawyer et ses collaborateurs (2018) suggèrent même que l’adolescence prendrait fin vers l’âge de 24 ans, la transition de l’enfance à l’âge adulte occupant une plus grande partie du cours de la vie qu’auparavant. Cela justifie donc que les jeunes âgés entre 18 et 21 ans soient inclus dans la définition d’adolescents dans le cadre du présent projet.
La présente étude s’inscrit dans un projet de recherche plus large visant la validation d’un protocole d’évaluation clinique auprès d’adolescents présentant un trouble de personnalité. Dans le cadre de l’évaluation psychologique, les participants étaient donc invités à participer en remplissant une batterie de questionnaires en ligne et en complétant quelques entrevues et tâches informatisées. Les participants sont recrutés au sein de deux milieux : le Service de consultation de l’école de psychologie (SCEP) et le Centre de pédopsychiatrie du Sacré-Cœur.
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échantillon composé au total de 672 adolescents âgés entre 12 et 21 ans (M = 14,57; ET = 1,67) provenant de la communauté. Cet échantillon est composé à 46% de filles et 36% de garçon. Les données concernant le sexe sont manquantes pour 17% de l’échantillon. Ces adolescents ont été recrutés à l’Université Laval et dans plusieurs écoles et ont été invités à participer en remplissant une batterie de questionnaire en ligne ou un protocole papier.
Matériel
Dirty Dozen for Youth (DD-Y). Le DD-Y (Muris et coll., 2013) est un instrument
mesurant les traits de la TN, adapté aux adolescents à partir du Dirty Dozen original (Jonason et Webster, 2010). Cette version adaptée est comparable à l’originale, mis à part certains changements dans la formulation des items, visant les rendre plus compréhensibles pour les enfants et les adolescents. Cet instrument comporte 12 items regroupés sous trois sous-échelles, mesurant chacune un construit de personnalité associé à la TN, soit le
narcissisme (e.g. « J’ai tendance à vouloir que les autres me trouvent important »), la
psychopathie (e.g. « J’ai tendance à ne pas chercher à savoir si mes comportements sont
bons ou mauvais ») et le machiavélisme (e.g. « J’ai tendance à manipuler les autres pour obtenir ce que je veux »). Le DD-Y capte les aspects vulnérables du narcissisme
pathologique tout comme les aspects grandioses (Maples, Lamkin et Miller, 2014). Pour chaque item, le participant doit indiquer son niveau d’accord avec l’énoncé sur une échelle de type Likert de 1 « fortement en désaccord » à 9 « fortement en accord ». Les scores sont obtenus en faisant la moyenne des items pour chaque sous-échelle. Un score total peut être obtenu en effectuant la moyenne de tous les items. Bien qu’il soit considéré que cet instrument mesure trois construits distincts, certaines preuves empiriques suggèrent que les mesures de la TN représentent un seul facteur latent, soit un style interpersonnel d’exploitation (Jonason et coll., 2009). La version francophone du DD-Y utilisée dans la présente étude est traduite par Normandin et Fraissignes-Jacquin (2016).
Borderline Personality Features Scale for Children (BPFS-C). Le BPFS-C est un
questionnaire autorapporté qui évalue les caractéristiques de la personnalité limite chez les enfants et adolescents à partir de l’âge de 9 ans (Crick et coll., 2005). La version du BPFS-C utilisée dans cette étude est une version francophone validée par Ensink, Bégin, Kotiuga, Sharp et Normandin (2020). Basé sur une perspective développementale, le BPFS-C
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contient 24 items regroupés sous quatre sous-échelles, soit l’instabilité affective (« J’alterne
entre différentes émotions, comme la colère, la tristesse ou la joie »), les problèmes d’identité (« J’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui manque chez moi, mais je ne sais pas ce que c’est »), les relations interpersonnelles négatives (« J’ai choisi des amis qui m’ont maltraité »), et les comportements à risque (« Je me mets dans le trouble parce que je fais des choses sans réfléchir »). Pour chaque item, le participant doit indiquer sur une
échelle de type Likert allant de 1, « pas vrai du tout », à 5 ,« toujours vrai », comment ils se sentent par rapport à eux-mêmes ou aux autres (Crick et coll., 2005). Les scores individuels de chacun des 24 items sont additionnés pour obtenir un score total de traits de personnalité. Le score total peut varier de 24 à 120. Un score total plus élevé indique des niveaux plus élevés de caractéristiques de la personnalité limite. La version francophone présente une cohérence interne élevée, avec un alpha de Cronbach de 0,91 pour l’ensemble des items. Puisque certaines sous-échelles présentent une cohérence interne faible, seul le score total sera utilisé dans la présente étude.
Reflexive Functioning Questionnaire for Youth (RFQ-Y). Le RFQ est un
questionnaire autorapporté développé afin de fournir une méthode simple pour mesurer la mentalisation (Fonagy et coll., 2016). L’instrument utilisé dans la présente étude est composé de 25 items regroupés sous trois sous-échelles identifiées par Duval, Ensink, Normandin, Sharp et Fonagy (2018). Une première sous-échelle de confusion est constituée de 11 items et réfère à une confusion face aux états mentaux ou une difficulté à reconnaître et distinguer les états mentaux. Une deuxième échelle d’intérêt/curiosité comporte huit items illustrant l’intérêt de l’individu dans les états mentaux et sa capacité à prendre conscience des états mentaux qui tendent les comportements. Enfin, la troisième sous-échelle, certitude excessive, comporte six items montrant la certitude de l’individu par rapport à sa connaissance des états mentaux des autres. Les participants indiquent pour chaque item, sur une échelle de Likert allant de 1 « totalement en désaccord » à 6 « totalement en accord ». Un score moyen est calculé pour chaque sous-échelle. Les échelles de confusion et certitude excessive sont associées à des déficits de mentalisation, alors que l’échelle d’intérêt/curiosité représente une mentalisation adéquate. La présente étude utilise une version francophone (Duval, Ensink, Normandin, Sharp et Fonagy, 2018) du Reflexive Functioning Questionnaire for Youth (Ha, Sharp, Ensink, Fonagy et Cirino,
20 2013) est utilisée.
Childhood Experience of Care and Abuse Questionnaire (CECA-Q). Le CECA-Q
(Bifulco, Bernazzani, Moran et Jacobs, 2005; Smith, Lam, Bifulco et Checkley, 2002) est un questionnaire autorapporté évaluant le vécu d’adversité à l’enfance. Développé à partir d’une entrevue rétrospective validée, la Childhood Experience of Care and Abuse Interview (Bifulco, Brown et Harris, 1994), ce questionnaire évalue le manque de soins parentaux (négligence et antipathie), l’abus physique par les parents, et l’abus sexuel commis par tout adulte avant l’âge de 17 ans. Ainsi, le CECA-Q comporte six sous-échelles : antipathie (α = .86), négligence (α = .86), abus psychologique (α = .89), abus physique, abus sexuel et
renversement de rôle (α = .83). L’abus physique et l’abus sexuel sont des variables
dichotomiques, alors que les autres sont des variables continues. Chaque type d’abus est évalué d’abord en relation avec la mère (ou figure maternelle), puis avec le père (ou figure paternelle), à l’exception de l’échelle d’abus sexuel, qui est évalué par rapport à tout adulte. La présente étude s’intéresse à la maltraitance à caractère émotionnel. Ainsi, une moyenne des scores aux sous-échelles antipathie, négligence émotionnelle et abus psychologique est obtenue pour chacun des parents, avec une cohérence interne acceptable tant pour la mère (α = 0,83) que pour le père (α = 0,80). Une version francophone du questionnaire traduite par Biberdzic, Chrétien, Ensink et Normandin (2012) est utilisée.
Procédure
Le protocole de recherche est administré aux participants par un clinicien ou un membre de l’équipe de recherche. Les participants remplissaient une batterie de questionnaires incluant le DD-Y, le BPFS-C, le RFQ, le RMET et le CECA-Q, sur une plateforme sécurisée, le Portail intégré d’applications numériques pour ordinateur (PIANO). Une dérogation éthique permettait aux participants âgés de 14 ans et plus de consentir eux-mêmes à l’étude. Dans le cas des participants âgés de 12 et 13 ans, les parents devaient consentir par courriel, avant que leur enfant puisse compléter la procédure.
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Chapitre 3 : Analyses statistiques
Dans le cadre d’analyses préliminaires exploratoires, des tests t seront effectués afin de vérifier si l’échantillon clinique se distingue de l’échantillon recruté dans la communauté en termes de niveau de traits de personnalité de la TN et limite, de mentalisation et de vécu de maltraitance émotionnelle. Les analyses suivantes seront effectuées uniquement auprès de l’échantillon clinique. Des analyses descriptives seront effectuées afin de décrire les types de maltraitance émotionnelle maternelle et paternelle rapportée (antipathie, négligence émotionnelle et abus psychologique).
Des analyses de corrélations seront ensuite utilisées afin de répondre au premier objectif, soit d’examiner les liens existants entre les différents construits de personnalité étudiés. Des corrélations de Pearson seront donc effectuées (α < .05) afin d’évaluer l’association entre les trois sous-échelles du DD-Y (narcissisme, psychopathie et
machiavélisme), et l’association entre le score total du BPFS-C et ces trois mêmes
sous-échelles. Les corrélations entre les traits de personnalité, les échelles de FR et la maltraitance émotionnelle maternelle et paternelle seront également rapportées afin d’investiguer la relation entre les différentes variables à l’étude préalablement à la conduite des analyses acheminatoires. Ces analyses seront effectuées à l’aide du logiciel SPSS (version 24).
Afin de répondre au deuxième objectif et tester le modèle mettant en relation la triade noire, la maltraitance émotionnelle et la mentalisation, des analyses acheminatoires seront effectuées allant de la maltraitance (prédicteur) vers les traits narcissiques, psychopathiques, machiavéliques et limites (résultat), en passant par la mentalisation (médiateur). Ces analyses seront effectuées à l’aide du logiciel Mplus (Muthen et Muthen, 1998-2017). Le modèle teste des effets indirects sur la base de calculs semblables aux analyses de médiation. Ces analyses permettront mettre en lumière l’effet des prédicteurs, ou variables indépendantes (maltraitance émotionnelle maternelle et paternelle) sur les variables indépendantes (traits de personnalité machiavélique, narcissique, psychopathique et limite) via les variables médiatrices potentielles (confusion, intérêt/curiosité et certitude excessive). Les effets indirects sont rééchantillonés 1000 fois pour construire des intervalles de confiance de 95%. Cette procédure de rééchantillonage (bootstrap procedure) crée
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aléatoirement 1000 échantillons en remplacement de l’échantillon original afin de construire les intervalles de confiance. Les effets indirects seront jugés significatifs à un niveau alpha de 0,05 si la valeur zéro n’est pas incluse dans l’intervalle de confiance. Plusieurs indices d’ajustement seront utilisés afin de vérifier l’adéquation du modèle : le ratio du chi-carré divisé par les degrés de liberté (χ²/dl), l’erreur d’approximation de la racine carrée moyenne (RMSEA), le résidu standardisé de la racine carrée moyenne (SRMR), l’indice d’ajustement comparatif (CFI) et l’indice d’ajustement Tucker-Lewis (TLI). La statistique χ²/dl indique un bon ajustement lorsque le chi-carré est non-significatif et que le ratio χ²/dl est inférieur à trois (Ullman, 2001). Le RMSEA et le SRMR sont des échelles allant de zéro à un. Une valeur obtenue entre 0,01 et 0,06 indique un excellent ajustement tandis qu’une valeur entre 0,06 et 0,08 consiste en un ajustement appréciable (Browne et Cudeck, 1993). Le CFI et le TLI sont des indices dont une valeur supérieure à 0,9 est considérée acceptable (Schumacker et Lomax, 2010) tandis qu’une valeur supérieure à 0,95 est considérée appréciable et recommandée (Hu et Bentler, 1999).
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Chapitre 4 : Résultats
Analyses descriptives
Les résultats des analyses descriptives sont présentés dans le tableau 1. Les tests t effectués afin de comparer les échantillons clinique et non clinique montrent des différences significatives sur toutes les variables à l’étude, à l’exception du machiavélisme et du facteur de certitude excessive du RFQ-Y. En comparaison des adolescents de l’échantillon provenant de la communauté, les adolescents de l’échantillon clinique présentent un niveau significativement plus élevé de narcissisme, de psychopathie et de traits de personnalité limite, avec des tailles d’effet moyennes-élevées. Les analyses n’indiquent pas de différence statistiquement significative entre l’échantillon clinique et l’échantillon non clinique sur le plan du machiavélisme, avec une petite taille d’effet. En comparaison de l’échantillon non clinique, les adolescents de l’échantillon clinique présentent un degré de confusion significativement plus élevé, avec une taille d’effet faible-moyenne. Les adolescents de l’échantillon clinique présentent un niveau significativement plus élevé d’intérêt/curiosité, avec une taille d’effet faible. La différence entre les deux échantillons sur le plan de la certitude excessive est non significative, avec une petite taille d’effet. Concernant la maltraitance émotionnelle, les adolescents de l’échantillon clinique en rapportent des niveaux significativement plus élevés que les adolescents de l’échantillon non clinique, tant pour la mère que pour le père, avec des petites tailles d’effet. Il est à noter que la différence d’âge moyen entre les deux groupes est statistiquement significative. Des analyses descriptives ont également été menées afin d’examiner les différences entre les types de maltraitances rapporté en fonction du parent (père et mère). Les résultats sont présentés dans le tableau 2. Au sein de l’échantillon clinique, les niveaux moyens d’antipathie et d’abus psychologique maternel et paternel ne diffèrent pas significativement, mais le niveau moyen de négligence émotionnelle rapportée est significativement plus élevé pour le père que pour la mère. Le niveau moyen total de maltraitance émotionnelle rapporté pour les deux parents n’est pas significativement différent.